CONCOURS DES SOLIDES ET FLUIDES
D'autre part, les fluides ne servent pas moins les solides ; 1° ils les forment, ou au moins fournissent les matériaux qui les recomposent : n'est-ce pas, en effet, le sang qui nourrit tous les solides , et qui se change dans la substance de chacun d’eux ? 2° Ils en sont les résidus: ce sont eux qui entraînent ce que les solides rejettent pour leur décomposition. 3° Enfin , les fluides sont par-
tout les excitansdes solides , ce qui provoque ces solides à l'exercice de leurs actions. Le sang, par exemple, est un fluide dont la présence est nécessaire en tout organe, non-seulement pour qu’il se nourrisse , mais encore pour qu'il ne meurepas instantanément , et puisse exercer sa fonction propre.
Ainsi les usages des solides et des fluides sont réciproques ; et c’est ce qui devait être déduit de la seule réunion des uns et des autres dans l’économie; les solides sont formés par les fluides , et les fluides par les solides ; sans cesse les solides se fluidifient , et les fluides se solidifient. Les fluides renouvellent les solides, et les dépouillent de ceux de leurs matériaux que la vie a usés; les solides forment ces mêmes fluides qui les recomposent et les décomposent. C’est un cercle où l’on revient toujours à ce concours mutuel des uns etdes autres, dans lequel on ne peut indiquer le commencement ni la fin.
Cela seul frappe d’absurdité les théories exclusives de solidisme et d’humorisme, qui ont si long-temps divisé les médecins , dans lesquelles on voulait tour à tour faire jouer un rôle exclusif aux solides et aux fluides pour la production des phénomènes de la vie. On voit que ces deux sortes de parties sont également nécessaires. Seulement , remarquons que les humeurs n’accomplissent,
par lefait , aucune des fonctions de l’homme , mais qu’elles *
ne servent qu'à mettre en état d’agir les solides qui sont seuls les instrumens de ces fonctions.
* 8° Proportions. Enfin , il nous paraît impossible d’établir avec rigueur les proportions respectives des solides et des fluides. Il n’est aucun moyen de séparer absolument les uns des autres; la quantité de chacun, d’ailleurs, varie sans cesse. Mais on professe généralement que la masse des liquides l’emporte de beaucoup sur celle: des solides. On ne peut, en effet, entamer un solide quelconque, sans qu’il en découle un liquide. M. Richerand dit que les fluides sont dans le corps humain aux solides, comme 6 à 1. M. Chaussier croit la proportion des fluides encore plus considérable, et l'estime, par approximation , comme 9 à 1 : ce professeur ayant mis dans un four un cadavre pesant cent vingt livres, a vu qu'après quelques jours de dessiccation, ce cadavre ne pesait plus que douze livres. Un résultat analogue est obtenu , quand on fait macérer un cadavre, ou qu’on le laisse seputréfier, circonstances qui dissipentles humeurs, et ne laissent que les parties solides. Qui ne sait aussi à quel poids léger , à quelle émacération extrême se réduisent certains malades ? Cependant il me semble que ces expériences sont un peu fautives relativement à La question dont il s’agit ici : dans la calcination, la maccration , la putréfaction du cadavre, par exemple, il y a certainement décomposition de quelques organes , fluidification de quelques solides; de sorte que la proportion des fluides a certainement été portée trop haut. Encore une fois, je ne connais aucun moyen de connaître avec rigueur la proportion respective des solides et des fluides.
ACTIONS DE L'HOMME EN GÉNÉRAL. 135 CHAPITRE Il.
Considérations générales sur les Actions de l'Homme.
Les actions qu’exécute l’homme , et qui se produisent en lui, sont nombreuses; la seule complication de son organisalion suffit pour le faire pressentir ; car la nature n’a jamais ajouté de nouvelles parties à la composition matérielle d’un être , que pour lui faire exécuter quelques actes de plus , que parce que les procédés par lesquels il existe sont plus nombreux et plus complexes. Les prin-
cipales de ces actions sont même déjà connues ; elles
ont été indiquées par cela seul qu’on a assigné à l’homme un rang dans la grande série des êtres de notre globe. Ainsi, puisque l’homme est un être organisé , il est sûr que ses actions constituent une vie; c’est-à-dire un mode d'existence dans lequel il se conserve comme individu par une nutrition , comme espèce par une reproduction , et dans lequel il passe pendant sa durée , qui est limitée , par une série d'états divers, mais constans, appelés âges. Puisque de plus Fhomme est un animal , on sait que parmi les actions que présente sa vie doivent se trouver celles qui le feront sentir, se mouvoir et exprimer ses sentimens. Enfin, puisque l’homme appartient à la première classe des animaux, les articulés internes ou vertébrés , etmême est au premier rang dans cette classe, on est sûr qu'il présentera les plus hauts degrés de complication dans chacune des cinq facultés principales dont il est doué. Sa faculté de sentir, par exemple, offrira le concours de cinq sens, et de nombreuses facultés intellectuelles et affectives. Sa faculté de se mouvoir lui
fera effectuer sa station, sa progression , et mille mouvemens divers. Sa faculté d’expression emploiera des phénomènes de divers ordres, et particulièrement des sons qui seront articulés et convertis en parole. Le mécanisme de sa nutrition surtout sera fort complexe, et exigera le concours de six fonctions au moins, une digestion, une absorption , une respiration , une circulation, une assimilation et des excrétions. Chacune de ces fonctions en elle-même sera aussi très-compliquée : l’absorpton, par exemple, donnera naissance à trois fluides distincts ; la circulation sera double ; les excrétions seront multiples , et ne seront plus que des dépendances d’actions diverses rattachées à une même fonction , la fonction des sécrétions. Enfin, la reproduction sera ellemême très-compliquée; elle exigera accouplement , et renfermera dans sa généralité une grossesse et un allaitementi.
Mais il s’agit maintenant de faire connaître avec plus de détails ces actions diverses qui composent la vie de l’homme. On leur donne le nom générique de fonctions. Nous allons successivement dire ce que c’est qu'une fonction, spécifier le nombre de celles qui existent dans l’homme, et en établir une classification qui marquera l’ordre dans lequel nous traiterons de chacune d'elles en particulier.
ARTICLE [*
Du nombre des Fonctions de l'Homme.
La nutrition et la reproduction , ces deux traits caractérisques de toute vie, ne sont pas plus chez l’homme que chez les autres animaux supérieurs, des actes simples ; elles sont au contraire des résultats qui sont pro-
DU NOMBRE DES FONCTIONS. 139 duits par le concours de beaucoup d’autres actions. Par exemple, pour que l’homme se nourrisse, il faut : 1° que des sensations , La faim, le sollicitent à prendre des alimens; et qu’à l’aide de ses sens, il fasse choix de ces alimens; 2° que par des mouvemens volontaires, il effectue la préhension de ces alimens , et les introduise dans la cavité qui doit les digérer ; 5° qu’alors la digestion s’en opère dans cette cavité ; 4° qu’ensuite une absorption vienne puiser dans cette cavité le chyle qui résulte de son travail, et le conduise à l’organe de la respiration, en même temps que les absorptions internes , Jymphatique et veineuse, y conduisent aussi leurs produits ; 5° qu'alors la respiration. élabore ces fluides, et fabrique avec eux celui qui doit immédiatement nourrir et vivifier les parties , le sang artériel ; 6° que la circulation conduise ensuite ce sang artériel dans toutes les parties où il doit servir ; 7° que chacune de ces parties s’approprie ce fluide nutritif, et par lui renouvelle sa substance, et maintienne sa température ; 8° enfin , que les matériaux anciens, dont se dépouillent les organes , soient sous forme d’excrétions rejetés au dehors du corps.
De même , pour que l’homme se reproduise , il faut : 1° que des sensations fassent désirer et connaître l’individu de Pautre sexe dont le concours est nécessaire pour cette reproduction; 2° que des mouvemens volontaires établissent avec lui l'union; 5° qu’alors le germe de l’organe femelle soit fécondé par le contact du sperme qu’a projeté sur lui l’organe mâle , ce qui s’appelle la conception ; 4° qu’ensuite ce germe fécondé aille s’attacher dans un réservoir, et y commencer ses développemens à l’aide des sucs qu'il puise dans la mère, ce qui constitue la grossesse; 9° que plus tard ce germe se détache, soit
excrété, et donne naissance à l'individu nouveau , ce qui constitue l’accouchement ; 6° enfin que l'enfant, dansles premiers mois de sa vie, puise sa nourriture dans une des liqueurs de sa mère , soit allaité.
Or, ce sont ces actes secondaires, partiels , par lesquels s'effectuent la nutrition et la reproduction, qui sont ce qu'on appelle les fonctions. Ces fonctions constituent ainsi les différens procédés par lesquels un être organisé vit : elles sont, comme le dit M. Richerand, ses moyens d'existence. L'esprit peut les assimiler à chacun des ressorts qui entrent dans la composition d’une machine quelconque. De là même, ce mot fonction, du verbe latin fungt, s'acquitter; et, enfin, nous les définissons les actes divers des êtres vivans , plus ou moins nombreux dans chacun d’eux, bien distincts les uns des autres par l'office spécial qu’ils remplissent , et l’organe ou l'appareil d'organes qui en est l’instrument, et à l’aide desquels s’accomplit le mécanisme de leur vie, c’est-à-dire de leur nutrition, de leur reproduction et de leurs diverses facultés.
Nous disons d’abord que ces fonctions sont plus ou moins nombreuses dans la série des corps vivans ; et, en effet, puisque ces fonctions sont les procédés divers à l’aide desquels un être organisé vit, le nombre doit en être différent en chaque être vivant, selon que le mécanisme de sa vie est plus ou moins compliqué, Puisque les fonctions sont, pour un être vivant, ce que sont les ressorts pour une machinequelconque ; on concoitque de même que le nombre des ressorts peut varier dans celleci, selon son degré de simplicité ou de complication , de même aussi le nombre des fonctions varie dans chaque être vivant , selon que la nature a fait simple ou com-
DU NOMBRE DES FONCTIONS. 197 pliqué le mécanisme de sa vie. Nous disons, en second lieu , que les actes qu’on appelle fonctions ; doivent être divers , et offrir ce double caractère ; 1° de remplir , dans l’économie animale, un office spécial, et qui puisse être distmgué de tout autre; 2° d’avoir, dans cette économie , un organe ou un appareil d'organes affecté à sa production. Et, eneffet, puisque les fonctions sont établies sur la distinction analitique des actes par lesquels s’accomplit la vie, il faut bien convenir des bases d’après lesquelles on fera la distinction de ces actes , sinon l’esprit, abandonné à lui-même, limitera ou multipliera diversement ces divisions.
C’est ce qui est, en effet, arrivé aux physiologistes , comme on va le voir en recherchant quel est le nombre des fonctions dans l’homme, et quelles elles sont. Il règne, sous ce double rapport, la plus grande dissidence entre eux. Vicqg-d’'Azyr et Fourcroy, par exemple, admettaient neuf fonctions : la sensibilité, la digestion , la respiration, la circulation , la nutrition , les sécrétions , la génération , qu’on n’a pas besoin de définir ; l’érritabilité, ou la fonction des mouvemens volontaires , et l’ossification , ou l’action par laquelle se forment et s’entretiennent les os. M. C'uvier en reconnaît aussi neuf; mais ce ne sont plus les mêmes : les sensations , les mouvemens , la digestion , larespiration, la circulation, la génération , qui étaient admises par . Vicq-d'Azyr et Fourcroy : plus, l'absorption, les sécrétions et la transpiration : Vossification et la nutrition ont disparu; et l’on a les excrétions au lieu des sécrétions, et de plus, labsorption et la transpiration. M. Richerand en compte dix : sensations , mouvemens, digestion, absorption, respiration, circulation, nu-
trition ,\sécrétions ; génération , comme les précédens ; et de plus, voiæ etparole. M. Chaussier en établit onze : circulation , respiration, digestion , absorption , sécrétions, nutrilion, génération , comme les précédens ; plus, les actions d'impression, ou sens externes; les actions de perception , ou sens interne ; les actions d'expression, ou les mouvemens et la voix; et enfin, l’innervation , qui consiste dans l’influence exercée dans l’homme, comme dans tous les animaux supérieurs, par le système nerveux sur quelque partie du corps que ce soit. Bichat, enfin, en établit treize : toujours la digestion , l'absorption , la respiration, la circulation , la nutrition, les sécrétions, les sens externes, le sens interne , les mouvemens , la voix et la parole, la généraion : plus, l’exhalation, qui est un mode de sécrétion; et la calorification, qui s’entend de l’action par laquelle l’homme entretient sa température propre. D'où proviennent toutes ces diversités ? de trois causes : 1° de ce que plusieurs fonctions sont elles-mêmes des résultats produits par le concours de plusieurs actes, qu'on a pu alors tour à tour réunir ou séparer, pour n’en faire qu'une fonction, ou en faire plusieurs. La digestion , par exemple , résulte du concours de plusieurs actes, mastication, déglutition, chymification,ete.; 2° de ce que plusieurs fonctions sont multiples, c’est-àdire disséminées en plusieurs lieux de l’économie, comme les sensations et les sécrétions , par exemple; de sorte qu’on à pu tour à tour réunir ces actions en une seule fonction, ou en faire des fonctions séparées. C’est ainsi que plusieurs physiologistes ont subdivisé la fonction de la sensibilité en deux, sous les noms de sens externes et de sens interne; que d’autres ont séparé l’exhalation
des sécrétions , la transpiration des excrétions ; 3° enfin, de ce que, n’ayant pas précisé les caractères d’après lesquels on doit constituer une fonction , n'ayant rien arrêté sur les bases d’après lesquelles on devait procéder dans la distinction à faire des actes qui accomplissent la vie de l’homme, on a fait tantôt plus, et tantôt moins de divisions. ,
De ces trois causes de dissidences , les deux premières sont inévitables ; et, il faut avouer qu’à leur égard, il est laissé quelque chose à l'arbitraire dans l'établissement des fonctions. Pour ce qui est des fonctions multiples, par exemple , bien qu’au fond les actes qu’on leur rapporte soient toujours les mêmes, cependant ils offrent aussi en eux quelques particularités; et, dès lors , selon qu’on attachera plus ou moins d'importance à ces particularités, on en fera des fonctions différentes , ou onles rapportera à une même fonction. C’est ainsi que beaucoup de physiologistes ont fait des actes intellectuels et affectifs, sous le nom de sens interne, une fonction distincte des sens proprement dits , tandis que d’autres ont réuni tous ces actes divers dans la fonction de la sensibilité ou des sensations , parce qu’en effet ils consistent tous en des sentimens qui sont percus. C’est encore ainsi que les uns ont séparé les sécrétions et les excrétions, que d’autres ont réunies.
Mais il n’en est pas de même de la troisième; il est certainement possible de spécifier les caractères constitutifs d’une fonction ; et, en le faisant , on trouve même un moyen d'échapper, jusqu’à un certain point , à l’arbitraire que nous accusions tout à l’heure. Gest pour avoir omis ce soin , que les physiologistes surtout sont si dissidens dans la question que nous traitons ici. Dans
le défaut absolu de toutes bases propres à fixer leurs divisions , on les voit, dans l’établissement des fonctions, tomber dans l’un ou l’autre des trois vices suivans : 1°ou ils font de doubles emplois , c’est-à-dire considèrent comme formant autant de fonctions séparées des actes qui doivent se rattacher à une seule, comme Vicqd'Azyr et Fourcroy, quand ils font une fonction distincte de l’ossification , qui n’est évidemment qu’une dépendance de la nutrition, celle des os ; 2° ou bien, au contraire , ils rapportent à une seule et même fonction des actes qui doivent en constituer deux, comme lorsqu'on a réuni les mouvemens et la voix ; 3° ou bien enfin, ils ont considéré comme fonctions, des abstractions de l'esprit, ou des résultats obtenus par le concours de tous les actes de l’économie animale, comme quand ils ont fait une fonction de l’animalisation.
C’est pour éviter ces écueils, et en même temps pour échapper, autant que possible, à l’arbitraire que nous avons reconnu exister un peu , que nous avons proposé pour caractères spécifiques de toutes fonctions , de remplir, dans l’économie animale , un office spécial et bien distinct, et d’y avoir pour instrument un organe ou un appareil d’organes évident. Dès lors, en effet : 1° on ne peut plus faire de doubles emplois , puisqu'on voit bien vite que les actions, qu’on considérait comme autant de fonctions différentes , sont produites par des organes d’un même ordre , et remplissent des oflices d’un même: genre ; on a une règle propre à guider dans ce qui regarde les fonctions multiples ; 2° on ne peut plus non plus réunir en une même fonction des actes différens , puisqu'on est aussitôt averti de la différence de ces actes par celle des offices qui leur sont dus , et par la diversité
" - DU NOMBRE DES FONCTIONS. 141 des organes qui les produisent; 3° enfin, on ne peut plus présenter comme fonetions de pures abstractions de l'esprit, puisqu'on voit aussitôt qu'on ne peut assigner pour agent à ces prétendues fonctions aucun organe ou appareil de l’économie. Remarquons d’ailleurs, que nous sommes ainsi ramenés à ce qu'il y a de positif dans l’économie , l’action des organes ; car , les fonctions, considérées séparément des organes qui les exécutent, sont elles-mêmes de simples abstractions de l'esprit; il n’y a pas de digestion , mais un estomac qui digère. Toutefois, d’après ces bases, nous admettons onze fonctions dans l’homme.
1° La fonction de la sensibilité, ou des sensations , qui est celle à laquelle il doit d’avoir un moi, d’avoir perception de sa propre existence, de connaître l’univers , et d’être provoqué à tous les actes qui importent à sa conservation. C’est à l'égard de cette fonction que l’homme est le premier des animaux; elle est chez lui au plus haut degré d’extension, parce qu'il est l’être social par excellence, et à cause de la vocation plus noble à laquelle il est destiné; elle comprend des actes irès-nombreux et très-divers, que nous rapportons à deux ordres : les sensations proprement dites, ou les actions par lesquelles l’âme a perception des impressions diverses reçues par les différens organes du corps ; et les actes intellectuels et affectifs, qui fondent les opérations de l’âme elle-même, les facultés de l'esprit et du cœur. 2,La fonction de la locomotion , ou des mouvemens volontaires, qui est celle en vertu de laquelle l’homme meut à sa volonté, ou tout son corps. en Masse, ou seulement quelques-unes des parties de son corps, et peut ainsi effectuer les différens rapports extérieurs qui
142 DE L'HOMME EN GÉNÉRAL, intéressent sa conservation. Multiple aussi, c’est par cette fonction que l’homme assure sa station , accomplit sa progression , meut les organes de ses sens , emploie son instrument de préhension, saisit l’air et les alimens dont il a besoin pour sa nutrition , etc.
3° La fonction des expressions, ou des langages , qui est celle par laquelle l’homme manifeste au dehors de lui les différentes idées qu'il a conçues , les différens sentimens dont il est animé. Gette fonction , qui est dans les animaux en raison de leur degré de sensibilité et de leur puissance dans l’univers, est, à ce double titre, très-étendue chez l’homme : elle comprend deux sortes de phénomènes : 1° des changemens survenus dans l’attitude générale du corps, dans la coloration de la peau, dans la pose des membres , changemens qui fondent une expression muette des sentimens intérieurs , et qui sont compris sous le titre générique de gestes ; 2° les actions par lesquelles l’homme profère des sons, et dont les principales constituent ce qu’on appelle la voix et la parole.
4° La digestion, qui est la fonction par laquelle les matériaux nutritifs de l’homme, connus sous le nom d’alimens, sont introduits dans son appareil digestif , et y sont , par une élaboration , amenés à l'état sous lequel l'absorption peut les saisir. Gette fonction ouvre la série des actes par lesquels se fait la nutrition ; elle réclame un rapport avec l'extérieur, c’est-à-dire la préhension des alimens sur lesquels elle opère. Or , on sait que tous les rapports extérieurs qui commencent la nutrition et la reproduction sont laissés chez les animaux à la volonté et à la perception de l'être, et accomplis par la sensibilité et la locomotilité : il ne faudra donc pas s’éton-
ner si cette fonction de digestion comprendra, dans sa généralité , quelques actes qui appartiennent aux fonctions précédentes ; c’est-à-dire des sensations, comme la faim, puisque les sensations sont les seuls actes de l’économie qui soient percus; et des actions musculaires volontaires , comme la mastication , la déglutition, puisque les actions musculaires sont les seules de l’économie que la volonté dirige. s 5 Les absorptions , qui sont les fonctions par lesquelles sont recueillies les diverses substances , tant venant du dehors que provenant de l'économie elle-même, avec lesquelles est fait le fluide essentiellement nutritif, le sang artériel. Chez l’homme, ces absorptions sont, comme dans les anima périeurs , de trois espèces : l'absorption externe, ou digestive ; qui recueille le chyle net le produit des alimens dans l’intestin ; et les &bsorptions interne, lymphatique et veineuse, qui recueillént , dans toutes les parties, les matériaux usés dont elles se dépurent , et les divers sucs sécrétés récrémentitiels. 6° La respiration, qui est la fonction qui , appliquant dans le poumon l'air atmosphérique aux trois fluides des absorptions, chyle, lymphe , et sang veineux, change ces trois fluides en celui qui est immédiatement nuütritif et viviliant , le sang artériel. Gette fonction est aussi de celles qui ouvrent la scène de la nutrition, qui exigent un rapport avec l'extérieur, savoir , la préhension de l’air ; dès lors, comme la digestion , elle offrira, dans sa généralité, quelques-uns des actes qui appartiennent aux fonctions de la sensibilité et de la locomotilité , comme le besoin de l'inspiration, qui est une sensation , et les mouvemens de l'inspiration et de l'expiration, qui sont des actions musculaires volontaires.
7° La cireulation, qui est la fonction par laquelle sont conduits, d’un côté, de toutes les parties du corps, à l'organe de la respiration , les trois fluides des absorptions , chyle , Iymphe , et sang veineux , pour qu'ils y soient changés en sang artériel; et , d’autre part, ce sang artériel de l’organe de la respiration où il a été fait, à toutes les parties du corps, où il doit servir. Du reste, cette fonction de circulation est différemment définie , selon le lieu où l’on fait commencer et finir le cercle décrit par le sang : quand c’est à l'organe de la respiration, sa définition est telle que nous venons de la donner ; quand c’est au cœur, on définit la circulation, l’action par laquelle le sang est envoyé du cœur, partie au @èumon , partie à tous les organes , et est rapporté du poumon et de tous les organes au Cœur.
8° Les assimilations, ounutritions nsproprement dites, qui sont les fonctions par lesquelles chaque organe, pénétré par le sang artériel, se l’applique en partie pour renouveler sa subsiance, pendant qu'il laisse en même tempsles absorptions internes lui enlever une quantité des matériaux anciens qui le compôsaient. Ges fonctions sont le dernier terme des fonctions précédentes , qui n’éiaient, en quelque sorte, que des échafaudages destinés pour elles.
9° Les calorifications sont des fonctions à peu près semblables , par lesquelles chaque partie puise aussi dans le sang artériel qui lui arrive le calorique qui lui est nécessaire pour s’entretenir à une température propre, indépendante de celle des organes voisins , et de celle du milieu dans lequel vit l’homme.
10° Les sécrétions, sont des fonctions par lesquelles
certains organes , appelés sécréteurs , fabriquent avec le sang des fluides divers , qui tantôt doivent rentrer dans le cercle circulatoire, et tantôt, au contraire, doivent être rejetés hors du corps, et fondent alors ce qu’on appelle lesexcrétions. Ges sécrétions sont aussi diverses que le sont les organes sécréteurs et les humeurs sécrétées dont nous avons fait l’énumération. Lorsque les fluides , qui en sont le produit , doivent être rejetés hors du corps, souvent la nature, pour nous sauver ce qu’aurait de dégoûtant la continuité de leur écoulement, a ménagé dans notre corps des réservoirs où ils s’accumulent, et d’où ils ne sont plus rejetés que d’intervalles en intervalles ; et alors, commecetteexcrétion constitue un rapport extérieur , et que tout rapport extérieur doit être, sinon volontaire , au moins perçu , ces sécrétions ont , dans leur généralité, des sensations et des mouvemens volontaires , comme la digestion et la respiration. Dans la sécrétion urinaire, par exemple, existera une sensation interne , le besoin d’uriner ; et une action musculaire volontaire aidera à l’action contractile du réservoir. 11° Enfin la génération, qui est la fonction par laquelle l’homme effectue sa reproduction. Exigeant aussi un rapport avec l'extérieur , soit en commencant, lors du rapprochement des sexes, soit en finissant, lors de l’accouchement , elle offrira aussi dans sa généralité des sensations et des mouvemens volontaires, comme la sensa tion voluptueuse qui accompagne le rapprochement des sexes , et l’action musculaire volontaire qui effectue ce rapprochement.
Telles sont les onze fonctions auxquelles , selon nous, on‘peut rapporter toutes les actions de la vie de l’homme. à; 10
D'une part , il nous est facile de justifier ce en quoi nous différons ici des autres physiologistes. Nous n’avons pas séparé les actes intellectuels et affectifs des autres actes de la sensibilité, parce qu’ils consistent aussi en des perceptions , et reconnaissent pour intrument un organe du même ordre, des parties nerveuses. Nous avons mieux aimé faire une fonction des expressions , que d’en faire une de la voix et de la parole, parce que ainsi nous réunissons tous Îles phénomènes par lesquels l’homme manifeste ses sentimens et ses idées. Nousavons séparé les nutritions et les calorifications , parce que les résultats de ces actions sont divers , et que ces actions ne sont pas nécessairement coïincidentes et proportionnelles. Nous n'avons pas séparé les sécrétions et excrétions, parce que la fabrication de la matière à excréter est, aprèstout , la chose principale, et que, d’ailleurs, si on faisait une fonction des excrétions , il faudrait en faire une des ingestions ; mais les unes et les autres se font par plusieurs voies. En ne faisant qu’une seule fonction de tous les actes dont le concours accomplit la génération, nous avons imité tous les auteurs; cependant on pourrait subdiviser la reproduction en plusieurs fonctions, la copulation, la conception, la grossesse, l’accouchement , l'allaitement, à aussi bon droit qu’on a reconnu plusieurs fonctions dans le mécanisme de la nutrition. Nous avons rejeté l’ossifteation de Fourcroy , la transpiration deM. Cuvier, et l’exhalation de Bichat , comme étant évidemment des doubles emplois. Enfin, nous avons rejeté aussi l’innervation de M. Chaussier, considérant les actes que ce professeur range sous ce titre, moins comme constituant une fonction principale , que
comme dépendans des liens qui existent entre les divers organes.
D’autrepart , chacune desonze fonctions que nous admettons, réunitles deux caractères que nous avons dit être spécifiques de toutes fonctions : 1° chacune remplit dans l’économie un ofice spécial ; la sensibilité engendre les sensations: la locomotilité fait les mouvemens volontaires ; la fonction des expressions les langages ; la digestion élabore les alimens et les dispose à être absorbés : les absorptions , avec les substances tant externes qu’internes qu'elles recueillent , constituent les matériaux
de l’hématose ; la respiration fait le sang artériel; la circulation conduit ce sang: l'assimilation l'applique aux organes pour le renouvellement de leur substance , et la calorification pour l’entretien de leur température ; les sécrétions fabriquent chacune leur fluide propre ; et la génération reproduit l'espèce. 2° De même , chacune a dans l’économie un organe ou un appareil d’organes affecté à sa production ; la sensibilité a le système nerveux ; la locomotilité, le système musculaire ; la digestion , la respiration , la circulation, les appareils d igestif respiratoire et circulatoire ; Les absorptions , les différens systèmes vasculaires absorbans ; les sécrétions, les divers organes sécréteurs; la génération , l’appareïl génital. Cela est même des nutritions et calorifications , bien que ces actions ne paraissent pas avoir d'organes ou d'appareils distincts ; car c’est le parenchyme de chaque partie qui en est lui-même l’instrument. Il n’y a de difficultés apparentes que pour la fonction des expressions , mais seulement , comme on le verra, parce que on y comprend plusieurs phénomènes qui tiennent aux liens des organes entre eux.
Du reste, quand nous avons posé pour premier caracière, que l'office d’une fonction soit spéciale, et sans aucun analogue dans l’économie , nous n’avons pas entendu dire que l’action qu’on lui rapporte serait unique, ethornée à un seul lieu de l’économie. Nous avons reconnu au contraire , et nous allons revenir là-dessus tout à l'heure , que plusieurs fonctions sont multiples, comme les sensations , les sécrétions. Mais ces actions , pour être multiples , n’en sont pas moins identiques, analogues, etpar conséquent ne doivent constituer qu'une seule fonction.
De même, quand nous avons assigné pour second caractère d’une fonction , d’avoir évidemment dans l’économie un organe ou un appareil d'organes affecté à sa production, nous n’avons pas entendu dire que chaque fonction dût avoir son organe spécial , et qui ne servît qu’à elle, Presque toujours, au contraire, un même organe sert à l’accomplissement de plusieurs fonctions. La langue, par exemple , appartient à la fois ; et à l’appareil de la sensibilité comme organe de goût; et à celui du mouvement volontaire et de la digestion , comme agent de la mastication et de la déglutition des alimens ; et à celui des expressions, comme agent de l’articulation des sons. Dans la machine humaine , comme dans toute machine bien ordonnée , l’auteur de la nature a dû chercher à faire servir un même ressort, un même organe à plusieurs offices , afin de simplifier la machine tout en obtenant la même somme d'effets. Mais chaque fonction n’en a pas moins dans l’économie un organe ou un appareil d'organes affecté à sa production. C’est même à cause de cela que, dans toui être vivant, l’organisation ou le nombre des organes est en raison de la vie
ou du nombre des fonctions. Puisque toute fonction doit avoir son instrument, on concoit que là où la vie est simple , accomplie par un petit nombre de fonctions, l’organisation est simple aussi , composée d’un petit nombre d'organes; que là, au contraire, où la vie est compliquée , exige le concours de beaucoup de fonctions, l'organisation l’est aussi, et se compose de beaucoup d'organes. Il y a même un rapport entre la simplicité ou la complication d’une fonction, et la structure simple ou irès-compliquée de l'organe ou de l'appareil d’organes qui en est l'instrument. C’est ainsi que la vie et l’organisation , les fonctions et les organes, marchent de pair, et que nous sommes toujours ramenés à des considérations matérielles , aux formes et à la structure des êtres et des organes.
Toutefois , telles sont les onze fonctions que nous admettons dans la vie de l'homme. Nous signalons aussitôt en elles deux principales différences. La première est que parmi ces fonctions , il en est quelques-unes qui, outre les mouvemens propres qui les constituent , contiennent toujours en elles quelques actes qui appartiennent à d’autres fonctions , et qu’à cause de cela on pourrait appeler composées : telles sont la digestion, la respiration et la génération, qui, ainsi que nous l'avons vu, comprennent dans leur généralité des sensations et des mouvemens volontaires. Telles sont encore celles de nos sécrétions excrémentitielles, dont les produits solides ou liquides sont recueillis dans des réservoirs, d’où ils ne sont plus rejetés que par intervalles. Toutes les autres fonctions , au contraire , sont simples, c’est-à-dire n’offrent jamais que l’ordre unique des mouvemens qui les constituent. Il est bon de noter que toutes les fonctions
qui sont composées, sont celles qui exigent l’établissement de quelques rapports avec l'extérieur; etil est facile d’en donner la raison. Tout acte extérieur , avons-nous dit, est laissé à la volonté et à la perception de l'être ; et 1] n’y a d'actes volontaires et perçus dans notre économie , que ceux de la sensibilité et de la locomotilité; il adonc fallu que la nature entät, si l’on peut parler ainsi, sur les fonctions qui réclament un rapport avec l’extérieur, cest-à-dire sur la digestion, la respiration, Ja génération, les actions de notre économie qui seules comportent avec elles conscience , c'est-à-dire des sensations , et celles qui seules sont dépendantes dela volonté, c'est-à-dire des actions musculaires volontaires. Ge principe est si vrai, que quelques fonctions qui sont simples, comme celles des sens, ont toutes annexées à leurs. organes des appareils musculaires volontaires , pour les soustraire ou les appliquer selon le besoin à J'action de leurs excitans ; et cela, par cela seul que ces excitans sont pris à l’extérieur, et que ces fonctions ont irait à des relations avec l'extérieur.
La seconde différence est que parmi les fonctions, quelques -unes sont uniques , c’est-à-dire n'existent qu'en un seul lieu du corps; et d’autres, au contraire, sont multiples , c’est-à-dire disséminées cà et là dans plusieurs lieux de l’économie, Comme on le concoit, alors l'appareil des premiers sera un, et celui des seconds sera aussi multiplié qu’elles le seront elles-mêmes. La digestion, par exemple, est évidemment une fonc: tion ‘unique ; et les sensations , les sécrétions , sont des fonctions multiples. Il est bon de remarquer que ce :sont les fonctions composées qui sont en même temps uniques ,‘et que les fonctions simples sont mul-
tiples. Il n’y a évidemment qu'une digestion, une respiration, une génération. Au contraire, il y a plusieurs sens, plusieurs appareils musculaires volontaires, plu sieurs phénomènes expressifs , plusieurs sécrétions : nous avons dit les absorptions , les nutritions, les calorifications , parce qu’il y a, en eflet, autant de variations dans ces actions qu'il y a de parties diverses dans le corps. Il n’y a d'exception que pour la cireulation ; et encore , si on a égard à ce qu'il y a de capillaire dans cette action, on peut dire que les circulations capil laires sont en nombre égal à celui des parties du corps; car cette circulation diffère en toutes.
AnTicze Il.
Classification des Fonctions.
Les fonctions étant les actes qui par leur concours accomplissent la vie, il en résulte que c’est leur: étude qui constitue spécialement la physiologie. C’est, en effet, en faisant connaître d’abord le mécanisme particulier de chacune de ces fonctions, et ensuite la manière dont ces fonctions par leur concours assurent l’individualité de l'être, que l’on dévoile la mécanique de l’homme. H faut les connaître à la fois en elles-mêmes, et dans leurs rapports entre elles, afin de juger l’ordre harmonique dans lequel chacune concourt au grand ensemble.
On concoit qu’il faut d’abord étudier chacune de ces fonctions en particulier et avec détails , avant de rechercher quelles sont leurs connexions. Mais alors par laquelle de ces fonctions commencer ? Au lieu de suivre dans leur étude un ordre arbitraire, ne serait-il pas plus naturel et plus utile de suivre l'ordre même de ieur enchaîne-
ment? Cela ferait , en effet , ressortir d’avance la mécanique de l’homme. Or, c’est ce qu’on a eu en vue en cherchant à établir une classification des fonctions. A la vérité, pour établir cette classification des fonctions sur l’ordre selon lequel elles s’enchaïnent, il faut avoir la connaissance de chacune d'elles ; et c’est ainsi que , dans la science de l'homme , on se trouve dans l'impossibilité de suivre la filiation rigoureuse des idées : inevitabilis difficultas est in reperiendo ordine, qui non peccat in leges bonæ methodi. (Boer. Inst. Med. , $ 47.) Gependant, comme il suflit d’une connaissance superficielle des fonctions pour apprécier Fordre de leur enchaînement , et que ce que nous en avons dit déjà suflit pour cet objet, nous allons chercher, dès à présent, avec les auteurs à en établir une classification , qui sera l’ordre dans lequel nous les étudierons séparément.
Cetie classification a beaucoup occupé les physiologistes; non qu'ils voulussent en faire un soutien de la mémoire , le petit nombre des fonctions la rendait peu nécessaire sous ce rapport; mais, encore une fois , dans la vue d'exprimer tacitement par elle le concours harmonique des fonctions dans la vie de l’homme. Considérée sous ce rapport, la recherche de cette classification n’est pas un objet purement scolastique, maisrentre dans l'étude du mécanisme compliqué de la vie.
En commencant cette recherche , nous ferons d’abord trois remarques importantes : 1° que dans une machine aussi compliquée que l’est le corps humain , où il y a à la fois tant d'actes distincts, et qui cependant concourent à un même but, on a dû saisir plusieurs ordres d’enchaînement entre €es actes, et, par suite, établir des classifications diverses des fonctions : c’est ce qui a été
én effet, comme on va voir ; 2° que, parmi ces diverses classifications , il doit y en avoir une cependant qui soit la plus naturelle, et qui décèle le mieux l’enchaînement des fonctions ; 3° enfin, que, dans l’état actuel de la science , il n’en est aucune qui ne présente, en quelques points, confusion, croisement des phénomènes ; parce qu’en effet toutes les fonctions , bien que remplissant chacune leur office, se sont mutuellement nécessaires; et, parce que l’économie animale forme , comme l’a dit Æippocrate, un cercle où l’on ne sait placer rigoureusement le commencement ni la fin.
1° La plus ancienne classification des fonctions est celle qui les partage en vitales, naturelles et animales : fonctions vitales, c’est-à-dire qui sont tellement impor. tantes , qu'elles ne peuvent être interrompues sans entraîner aussitôt la perte de la vie, comme la circulation , la respiration , l’innervation : fonctions naturelles, c’est-à-dire qui opèrent la conservation matérielle de l’homme , tant en élaborant l'aliment, et l’appropriant aux organes , qu’en dépurant l’économie des matériaux usés; comme la digestion, les absorptions, les nutritions , sécrétions , etc. : et enfin, fonctions animales, c'est-à-dire qui, caractéristiques des animaux et exclusives à ces êtres , sont perçues et sous l’empire de la volonté, comme les sensations, la locomotion et la voix.
Cette première classification repose sur deux différences qu'oflrent entre elles les fonctions. L’une, est que certaines fonctions s’exercent continuellement , et ne peuvent jamais être suspendues, L'autre, est que certaines fonctions comportent avec elles conscience, et sont soumises, dans leur exercice , à la volonté, tandis
que d’autres se passent irrésistiblement, et sans être percues. L'esprit dut être frappé aussitôt de ces oppositions; et de là la séparation des fonctions en vitales, qui ne peuvent s’interrompre un instant sans entrainer la mort; animales, qui sont percues, et pour la plupart volontaires ; et, en naturelles, qui, au contraire, s’accomplissent aussi sourdement et aussi irrésistiblement que toutes les fonctions du végétal.
On a reproché à cette classification : 1° d’avoir employé des dénominations vicieuses , toute fonction pouvant être dite vitale, naturelle, animale; ÿ de n’avoir pas posé des lignes de démarcation bien précises entre les classes : la respiration, en effet, qui est une fonction vitale , sous le rapport de sa nécessité prochaine pour la vie, ne peut-elle pas, par exemple, être considérée aussi comme une fonction naturelle, puisqu'elle concourt à former le fluide nutritif, et, comme une fonction animale, puisqu'elle est un peu dépendante de la volonté ?
Mais le premier de ces reproches n’était qu’une pure dispute de mots; et, quant au second, les classifications les plus vantées de nos jours, le mériteront de même. On va voir que cette classification des Anciens contient réellement le germe de toutes celles qui ont été imaginées depuis. Aussi , beaucoup de physiologistes n'ont fait que la conserver, en changeant les dénominations , et faisant de la génération une quatrième classe, sous le nom de fonctions seœuelles, où génitales. Tel a été Fourcroy, qui partage les fonctions en vitales , naturelles , animales et sexuelles. Tel est le professeur Chaussier, qui les divise en vitales ou publiques, en autritives, sensoriales et sexuelles. Tel a été encore
Mauduyt, qui classe les fonctions selon qu’elles servent à l'existence actuelle (vitales des Anciens), selon qu’elles sont nécessaires à l'existence prolongée (naturelles et animales) , et selon qu’elles servent à l'existence perpétuée (les sexuelles). Tel est, enfin, M. Cuvier, qui fait deux classes de fonctions : les vitales , comprenant toutes celles qui accomplissent la nutrition et la reproduction, ces facultés communes de toute vie, et les animales, qui sont exclusives aux animaux.
2° Nous ne parlerons pas de la classification des fonctions en physiques , chimiques , mécaniques et organiques ; une pareille classification ne repose que sur des détails de fonction et non sur leur ensemble , et d’ailleurs est étrangère au but qu’on se propose. Nous tairons aussi l’idée de V'icq-d’Azyr, qui classaitles fonctions en trois groupes, celles qui ont pour résultats des sensations, celles qui donnent naissance à des mouvemens sensibles ct apparens , et celles dont le produit est une élaboration des sucs : ce n’est là aussi que considérer ces fonctions en elles-mêmes , et non dans leurs connexions. Nous arrivons aussitôt à la classification proposée par Dumas. Ce professeur fait quatre classes de fonctions : 1° des fonctions de constitution, ou de composition , qui préparent, perfectionnent et reproduisent les élémens qui composent les organes , la matière du corps; comme la digestion, les sécrétions , la nu-° triion; 2° des fonctions d'agrégation, ou d'organisation, qui maintiennent dans les solides et les fluides du corps l’état de cohésion et de liquidité qui leur est naturel, et qui convient à l’exercice de leurs fonctions : savoir , la respiration et la circulation; 3° les fonctions de relation générale, qui sont celles par lesquelles s’é-
tablissent les rapports généraux de l’homme avec Îles corps extérieurs; savoir, les sens externes et la locomotion; 4° enfin , les fonctions de relation spéciale, qui sont celles qui unissent l’homme à ses semblables et à son espèce pour la reproduction , savoir , les expressions et la génération.
D'abord , nous retrouvons ici, mais avec moins de clarté , la classification des Anciens: les deux premières classes de Dumas , les fonctions de composition et d’organisation, ne sont que les fonctions naturelles ou nutritives ; et, les deux dernières classes, les fonctions de relation générale et de relation spéciale , ne sont que les fonctions animales. La seule différence est dans le partage que Dumas a fait de chacune de ces classes en deux. Or, où en est l’avantage? Qu’entend Dumas par les fonctions d’agrégation ou d’organisation? La respiration , qu’il range en cette classe , n’appartient-elle pas plutôt à celle des fonctions de composition ? Peut-on ainsi séparer la circulation , et de la digestion qui l’alimente, et de la nutrition et des sécrétions qui lui doivent leurs matériaux? Il me semble qu'ici tous les rapports naturels sont rompus, et que la classification ne remplit plus son principal objet, qui est, comme on l’a dit, de faire ressortir l’ordre d’enchaïînement des fonctions. Le partage de la seconde classe a quelque chose de mieux fondé : il semble tendre en effet à séparer les actes par lesquels l’homme est si supérieur aux autres animaux, et desquels résulte sa sociabilité. Il est certain que tandis que les animaux n'ont, dans leur psycologie, que des facultés intellectuelles et affectives bornées et relatives à leur conservation brute et matérielle seulement, l’homme , au con-
traire , en a de bien plus étendues , et surtout en a quelques-unes qui lui sont exclusives , et qui , étrangères à sa conservation corporelle, lui donnent un caractère moral et religieux. Il est sûr que ces actes prédominent tellement chez lui, qu’il ne paraît plus avoir été créé que pour les exercer , et qu’ils semblent constituer tout son être. Or, on peut louer Dumas d’avoir cherché à les séparer dans la classe des fonctions de relation spéciale. Mais encore, peut-on lui reprocher d’avoir luimême atténué le bon effet de cette séparation, en rattachant à cette même classe la fonction de génération ; ce qui était de nouveau confondre le physique avec le moral, pour parler le langage des gens du monde.
3° Le désir louable de séparer de tous les actes de l’homme ceux qui sont les plus élevés en lui, savoir, son intellect et son moral, est ce qui a inspiré la classification de Buisson. Ce jeune physiologiste ne veut pas qu’on ne voie dans l'homme que lanimal qui travaille matériellement à sa nutrition et à sa reproduction;
\mais il voit surtout en lui l'être intelligent destiné à remplir la carrière sociale à laquelle il est appelé. I dit que ce dernier point est l’objet principal , celui auquel tout le reste est subordonné; et , définissant l'homme , avec M. de Bonald, une intelligence servie par des organes, il partage conséquemment toutes les fonctions en deux classes , celles qui servent immédiatement l'intelligence , et celles qui travaillent à la conservalion matérielle du corps.
Ïl appelle la première classe vie aetive, et ÿy range le tact général , la vue, l’ouïe, la locomotion et la voix. Il est certain , en effet, que ces fonctions , servent l’inielligence , soit en donnant à l’homme la connaissance
des objets extérieurs, soit en apportant à l'être intellectuel les signes de la pensée , soit enfin en exécutant et exprimant ses volontés. Buisson subdivise ensuite cette vie active en deux séries d'actions : l’une , qui donne à l'être intellectuel la connaissance des objets, et lui apporte les signes de la pensée, savoir, le tact général, la vue et la locomotion ; l’autre , qui exécute et exprime les volontés de cet être intellectuel , savoir, l’ouie et la voix. La locomotion est placée à côté de la vue, parce que les actions auxquelles préside cette locomotion, savoir , le toucher, le geste et la progression , ne s’exécutent pas sans le concours de ce sens ; parce que les actions de ces deux fonctions sont liées l’une à l’autre, et par la nature des objets sur lesquels elles s’exercent qui sont également des objets figurés , et par la manière dont elles servent l'intelligence, et par la succession” naturelle de leurs phénomènes, leur dépendance immédiate. De même, la voix est placée à côté de l’ouiïe, parce qu’elle ne peut exister sans ce sens, comme on le voit par les sourds-muets.
Buisson appelle sa seconde classe vie nutritive ; et il la subdivise en trois ordres : les fonctions exploratrices , les fonctions préparatoires , et les fonctions qui sont immédiatement nutritives. Les premières sont celles qui inspectent les matériaux qui sont pris au dehors pour la réparation du corps, savoir, les sens du goût et de l’odorat : l'un est attaché à la fonction de la digestion, et l’autre à celle de la respiration. Ces sens , dit Buisson, ne servent en rien l'intelligence, à la différence des sens de la vue et de l’ouïe , qui lui apportent les signes écrits et parlés de la pensée. Les fonctions préparatoires sont celles qui forment , avec les matériaux
CLASSIFICATION DES FONCTIONS. 15 qui sont pris, au dehors, le fluide qui doit nourrir les organes. [1 y en a deux: la digestion et la respiration ; et elles ont ceci de commun , qu’elles s’exercent également sur des substances prises au dehors, travaillent pour la circulation, et manquent dans le végétal et le fœtus, Enfin les fonctions immédiatement nutritives sont celles qui accomplissent immédiatement la nutrition , et l’auteur les subdivise en trois groupes : l’un, des actions qui commencent aux organes et finissent à la circulation , savoir, les absorptions ; un second , qui comprend celles qui commencent à la circulation et finissent aux organes, savoir, les nutritions et sécrétions; et, enfin, un troisième, comprenant la fonction qui est intermédiaire à celles-là, c’est-à-dire la circulation.
Sans doute, cette classification est très-méthodique. Mais mérite-t-elle le nom pompeux que lui a donné son auteur , d'étre la division la plus naturelle des phénomènes physiologiques? D'abord , cette classification repose sur une base qui n’est pas du ressort des sciences physiques, la nature spirituelle de l'homme. Ensuite, il n’y est pas fait mention de la génération. En troisième lieu , où est la fonction intellectuelle et morale? Quoique constituant les opérations de l'esprit et de l’âme, elle n'en exige pas moins l'intervention d’un organe. En quatrièmelieu , Buisson , dans sa vie active, indique comme fonctions qui font connaître les corps extérieurs et apportent les signes de la pensée , la locomotion ; et ilrange, au contraire , l’ouïe parmi les actions qui effectuent les volontés de l'intelligence; n’est ce pas plutôt la locomotion qui sert les volontés de l’acte intellectuel, et l’ouie qui lui apporte les signes de la pensée ? Les sens du goût et de l’odorat ne peuvent-ils pas être employés par
l'esprit de même que les autres sens , comme instrumens secondaires propres à lui donner des lumières sur les corps ? enfin , on retrouve encore ici la distinction primitive des Anciens , des fonctions animales , et naturelles ou nutritives.
& Bichat a proposé une classification des fonctions , qui a été plus généralement adoptée. Nous avons dit que les fonctions étaient les actes secondaires par lesquels s'effectuent la nutrition et la reproduction. Or, Bichat fait déjà deux classes de fonctions, selon qu’elles travaillent à l’un ou à l’autre de ces deux résultats : fonetions de la nutrition, ou vie de l'individu, et fonctions de la reproduction, ou vie de l'espèce.
Ensuite , on sait que toute nutrition exige que l’être qui se nourrit établisse des rapports au dehors de lui, pour prendre les matériaux dont il a besoin ; et que, chez les animaux , les actes qui effectuent ces rapports sont laissés à la volonté et à la perception de l’être. On sait qu'à cause de cette particularité, les actes qui eflectuent Ja nutrition sont partagés en deux sortes, ceux qui commencant la nutrition et consistant en des rapports extérieurs sont dépendans de la volonté, et comportent avec eux conscience ; et ceux qui, dérivant des premiers, se passent dans la profondeur de l'être, irrésistiblement et sans qu’il en ait conscience. Or, Bichat a, d’après cette base , subdivisé la vie de l’individu en deux orüres, selon que les fonctions servent à établir des rapports volontaires et perçus au dehors de l’homme, ou, qu’au contraire, elles travaillent, en silence , à la conservation matérielle du corps. Il a appelé le premier vie animale, parce qu'il renferme les fonctions exclusives de l’animalité, celles qui donnent à l’animal un moi sentant et
voulant ; et il appelle le second , vie organique, parce que le but des fonctions qui y sont rangées se retrouve en tout être organisé quelconque. La vie animale comprend les sensations , les mouvemens et les expressions : la vie organique , la digestion , les absorptions , la respiration , La circulation , les nutritions , les sécrétions, etc.
Dans la vie animale, Bichat reconnaît deux séries d’actions opposées : l’une, où les actions procèdent de la circonférence au centre , et par lesquelles les corps extérieurs agissent sur l’homme; elle comprend les sens ex: ternes : l’autre, où les actions procèdent du centre à la circonférence , et par lesquelles l’homme agit à son tour sur les corps extérieurs; elle comprend le sens interne , la locomotion et la voix. Comme le cerveau appartient à la fois à ces deux séries d'actions, comme terme de la première et origine de la seconde , comme point où arrivent les sensations et d’où partent les volitions , il est dit le centre de la vie animale.
Dans la vie organique, existent aussi deux séries d’actions opposées; les unes procédant de dehors en dedans et effectuant la composition ; les autres, se passant au contraire de dedans en dehors, et accomplissant la décomposition. Dans la première, sont la digestion, les absorptions et la respiration qui font le sang ; la circulation , qui porte ce sang aux parties ; et les nutritions et calorifications, qui l’emploient. Dansla seconde, sont les absorptions, quiretirent des organes les matériaux usés, la circulation, qui conduit ces matériaux aux organes dépurateurs , et les sécrétions qui en effectuent le triage etle dépouillement. La circulation, dans la vie organique , appartient à la fois aux deux mouvemens opposés de composition et de décomposition ; comme dans la vie
animale, l’action du cerveau avait appartenu aux deux séries d'actions. Gomme c’est à la circulation qu’aboutissent, et les matériaux nouveaux qui sont destinés à la composition , et les matériaux anciens de l'extraction desquels dépend la décomposition ; et, comme le cœur est l’organe principal de cette circulation, on a dit ce cœur le centre de la vie organique , comme on avait dit le cerveau le centre de la vie animale. Enfin, comme le poumon estlié, et à la vie animale , en ce qui concerne la préhension de l'air , et à la vie organique , comme organe de la sanguification, Bichat FL le poumon comme le lien de l’une et l’autre vie.
Quant à la vie de l’espèce , elle se compose de la génération.
Telle est la classification de Bichat , adoptée par M. Richerand , et la plupart des physiologistes modernes. M. Moreau , de la Sarthe ; a proposé d’y faire une légère modification ; celle de subdiviser les fonctions organiques , en fonctions de nutrition spéciales , et fonctions de nutrition générales ; les premières, ainsi nommées, parce qu'elles sont spéciales aux animaux, et sont liées aux fonctions animales , comme la digestion ; la respiration ; les secondes , au contraire, existant dans tous les êtres vivans sans exception , comme les nutri= tions et calorifications.
Gette classification est, sans doute, préférable à toutes celles que nous avons exposées ; mais elle est encore sus: ! ceptible des mêmes observations. D'abord , les divisions | principales en étaient déjà dans la classification des Anciens; les trois organes , cerveau, cœur et: poumons | que Bichat présente comme les centres des vies animale et organique , forment la classe des fonctions vitaless |
la vie organique forme celle des fonctions naturelles; la vie animale , celle des fonctions animales ; enfin , la vie de l'espèce est la classe des fonctions génitales ou sexuelles. Ensuite , les dénominations des classes et des ordres ne sont pas plus exemptes de reproches. Que n’a-t-on pas dit sur les mots de vie, par lesquels Bichat désigne chaque classe de fonctions , ainsi que sur les épithètes d’animale et d'organique, qu’il a données aux ordres ? Enfin , les démarcations entre les-classes et les ordres ne sont pas plus précises. D'abord, la vie de l’espèce s’accomplit, comme celle de Findividu ; par le concours d'actes dont les uns sont perçus et volontaires , et dont les autres succèdent irrésistiblementret sourdement aux premiers ; et on peut reprocher à :Bichat de ne lui avoir pas appliqué, comméësà la vie de l'individu ; la distinction des actes animaux et des actes organiques. Ensuite des actes organiques , des sécrétions , en font une partie principale. Sous ce double rapport, la vie de l’espèce est confondue avec celle de l'individu. De même , les vies. animale et organique se confondent : dans la vie organique, par exemple , toutes les fonctions qui sont composées , comme la digestion ; la respiration , etc. , renferment , dans leur généralité, des actes qui appartiennent à la vie animale, des sen sations et des mouvemens volontaires. Ainsi, se trou vent justifiées, à l'égard, de la classification la plus vantée de nos jours, les trois propositions que nous avons émises en Commencant cette discussion: On voit qu'il n’est aucun ordre qui n'offre , en quelques points ; confusion et croisement de phénomènes : et que les fonctions ir cireulum abeuntes , comme disait Hippocrate, représentent un cercle dans lequel on ne peut in-
à dl
diquer , ni le point où commence le travail, ni celui où il s’achève.
La distinction de la vie animale et de la vie organique ; était une des idées chéries de Bichat; et, pour la justifier, il avait signalé, entre les fonctions de ces deux vies, neuf différences importantes. Quelques-unes sont réelles : ainsi, les organes des fonctions animales, par opposition à ceux des fonctions organiques, sont tous pairs ou symétriques ; ils sont soumis, dans leur service, à une intermittence d'action qui constitue le sommeil, et qui contraste avec la continuité d’action des fonctions organiques. Quelques autres , au contraire , sont trop absolues : ainsi, il n’est pas vrai qu'il y ait entre les fonctions de la vie animale moins de dépendance qu'entre celles de la vie organique ; que ces fonctions seules recoivent une influence de l'habitude : il est douteux qu’il y ait nécessité d’une harmonie d’action entre les organes pairs d’une fonction animale , pour qu’il y ait intégrité de cette fonction : il n’est pas toutà-fait exact de dire que, tandis que la vie animale ne commence qu'après la naissance, n’acquiert que graduellement et tardivement son développement , et meurt la première ; la vie organique, au contraire , existe dès les premiers instans de la conception , que ses fonctions ont aussitôt toute.leur perfection, et ne‘cessent qu'avec la vie. Enfin, il en est quelques-unes qui sont tout-àfait.fausses , comme celle qui rattachait toute la partie de notre psycologie qu'on appelle intellect ; à la vie animale, et toute celle qu’on appelle passions , affections, à la vie organique. Mais, nous passons rapidement sur ces divers points de la doctrine de Bichat, parce que la discussion s’en retrouvera ailleurs.
5° Enfin, voici la classification que nous allons suivre, et qui n'est que celle de Bichat, rectiliée en ce sens, que nous appliquons également aux vies de l’individu et de l'espèce , la sous-division des actes animaux et organiques. Comme tout être qui se nourrit et se reproduit, le fait par le concours de deux sortes d’actes : les uns, dont il a perception, et qui sont dépendans de sa, volonté , et qui consistent dans l'établissement de rapports avec l’extérieur ; les autres, qui , irrésistibles et non perçus , font suite à ceux-là, et se passent toutà-fait dans la profondeur de l’être ; d’abord , nous faisons des premiers une classe séparée, sous le nom de forctions de relation. Nous les nommons ainsi , parce que ce sont ces fonctions qui effectuent tous nos rapports avec l'extérieur, tant ceux qui intéressent matériellement notre nutrition et notre reproduclion, que ceux qui concernent le rôle élevé que nous sommes appelés à remplir sur la terre; et nous y comprenons les sensations, les mouvemens volontaires et les expressions. Quant aux autres actes qui dérivent de ceux-là, et qui se produisent en silence, nous en faisons deux autres classes, selon qu’ils effectuent la nutrition ou la reproduction. La classe des fonctions de la nutrition comprend la digestion, les absorptions , la respiration, {a circulation , les nutritions , les calorifications et les sécrétions. La classe des fonctions de la reproduction comprend la génération. C’est donc tout-à fait la classification de Bichat, en fonctions animales, organiques et fonctions de l'espèce, sinon que nous faisons clairement entendre de plus que les fonctions de rela-
tion s'appliquent aussi bien à la reproduction qu’à la nutrition.