CHAPITRE I‘. Anatomie du Système nerveux
La partie du corps, l’appareil qui, dans les animaux et dans l’homme, est l'instrument de la sensibilité, la condition matérielle nécessaire à la production des sensations , est le système nerveux. Sous ce nom collectif, on comprend toutes les parties du corps des animaux qui sont formées par la fibre primitive nervale. Plus ou moins compliqué dans la série des animaux, ce système destiné aussi à établir les liens entre tous les organes, comprend chez l’homme comme dans tous les animaux binaires, quatre parties: l’encéphale, la moelle ‘spinale, les nerfs ou cordons nerveux qui sont étendus de ces deux centres à tous les organes du corps, et le grand sympathique.
1° L’encéphale est la masse nerveuse considérable qui remplit la cavité du crâne. Point de départ des nerfs des principaux sens , agent des facultés intellectuelles et
affectives, cet organe est d’abord enveloppé de trois membranes, la dure-mère qui est la plus dure et la plus extérieure , l’arachnoïde, et la pie-mère, qui est la plus interne ; elles lui fournissent même des replis , qui s’engagent dans sa substance pour en soutenir les diverses parties. Il est de plus contenu dans la cavité osseuse du crâne, partie supérieure de la colonne vertébrale, et formée par un assemblage de vertèbres réunies entre elles d’une manière immobile. Symétrique , c’est-à-dire formée de parties qui sont, ou doubles et placées de chaque côté de la ligne médiane , ou impaires et situées sur la ligne médiane et composées de deux moitiés semblables ; la description détaillée de cet encéphale sera donnée à l’article de la fonction psycologique. Nous dirons seulement ici qu'on distingue dans sa masse trois portions : le cerveau, qui en forme la partie antérieure et supérieure; le cervelet , qui est placé en arrière et en bas ; et la moelle allongée , ou mésocéphale, qui semble unir l’un à l’autre, et se continue par le grand trou occipital avec la moelle épinière. De cet encéphale, se détachent plusieurs nerfs qui, sortant du crâne par les trous divers qu'offre cette cavité, se rendent à leurs organes respectifs.
2° La moelle épinière ou spinale, ou prolongement rachidien, est un long faisceau de même substance , qui , depuis le grand trou occipital où il est continu avec la moelle allongée , se prolonge dans tout le rachis jusqu’au niveau de la seconde vertèbre lombaire. Du reste, les anatomistes sont divisés sur le lieu où ils la font commencer en haut. Warole, Willis y rattachaient a moelle allongée , et la prolongeaient bien avant dans le crâne. M. Chaussier , au contraire , ne la fait commen-
SYSTÈME NERVEUX. 179 cer qu’au-dessous de la moelle allongée, à une ligne horizontale qui paraît les séparer en cet endroit et qu'il appelle le collet; et, comme alors une portion de cette moelle spinale est encore renfermée dans la cavité du crâne, et que celte portion est plus'grosse , ce prof-sseur l’appelle là le bulbe supérieur du prolongement rachidien. Enfin, M. Gall, avec Haller, ne la fait commencer qu’au-dessous du trou occipital. Considérée par les uns comme partie centrale de tout le système nerveux, par d’autres comme point de départ des nerfs de la locomotion, cette moelle spinale est aussi entourée de trois membranes : la pie-mère, qui, quoique vasculaire , comme dans le crâne, est ici bien plus dense, adhère à la moelle, et est réellement sa membrane protectrice ; l’arachnoïde; et la dure-mère, qui , fibreuse , comme dans le crâne, n’adhère ni au rachis, dans la cavité duquel elle est comme flottante, ni à la moelle qui , de même, flotte au dedans d’elle. Elle-est également renfermée dans un canal osseux, le rachis, formé par un assemblage de vertèbres articulées entre elles d’une manière mobile. Nous en renvoyons la description détaillée à l’article de la locomotion. Disons seulement que cette moelle est symétrique commel’encéphale; une fissure qui règne sur la ligne médiane, à ses surfaces antérieure et postérieure, depuis le haut jusqu’en bas, et qui est assez profonde , marque la distinction de ses deux moitiés semblables. Sæmmering croit que ces deux moitiés s’entrecroisent dans le fond de cétte scissure; mais M. Gall dit qu'il y a seulement continuité et communication; il n’admet d’entrecroisement qu'aux éminences pyramidales antérieures. Se prolongeant dans toute l’étendue du rachis jusqu’à
la seconde vertèbre des lombes , cette moelle n’y a pas une égale grosseur ; elle n’y décroit pas non plus uniformément , mais elle est plus grosse là où elle détache un plus grand nombre de nerfs. Dans son trajet émanent d'elle ,‘de chaque côté , trente paires de nerfs, qui sortent par les trous intervertébraux, et vont se ramifier à tous les muscles des mouvemens volontaires et à la peau. À sa terminaison, sont deux petits nœuds, desquels se détachent aussi quelques nerfs qui, joints à d’autres que la moelle a fournis plus haut , forment, dans cette partie inférieure du canal rachidien , ce qu’on appelle la queue de cheval.
3 Les nerfs sont des cordons de la même substance nerveuse qui compose l’encéphale et la moelle spinale ; étendus , depuis l’un ou l’autre de ces deux centres , dans toutes les parties du corps; allant depuis cette origine , en se partageant successivement en troncs, branches, rameaux , ramusCules ; communiquant souvent entre eux dans leur trajet ; souvent aussi dans ce trajet s’entrelacant entre eux d’une manière inextricable , et formant ce qu’on appelle des pleæus ; offrant quelquefois, d’intervalles en intervalles, des renflemens appelés ganglions ; et finissant enfin par se perdre dans le parenchyme des organes, dont ils sont un des élémens générateurs. Âgens des sensations, et conducteurs des ordres de la volonté pour la production des mouvemens, ces organes sont symétriques aussi, el disposés par paires. D’après leur origine, qui est rapportée à l’encéphale et à la moelle spinale, on les divise en nerfs encéphaliques el nerfs spinaux.
Les premiers proviennent de l’encéphale, et sortent du crâne par les trous qui sont à la base de cette cavité, Ils
SYSTÈME NERVEUX. 179 sont au nombre de douze; savoir, de devant en arrière : le nerf olfuctif, qui se distribue à l'organe de l’odorat ; l'optique , qui avive celui de la vue ; le nerf oculo-muscu. laire commun , ou de la troisième paire , qui donne ses filets à la plupart des muscles moteurs de l'œil; le nerf oculo-musculaire interne , où pathétique , qui distribue les siens au muscle grand oblique de l’œil ; le trifacial, ou cinquième patre , qui se partage en trois branches pour l’œil, le nez et la langue; la sixième paire, ou oculomusculaire externe , qui se distribue au muscle droit externe de l'œil ; le nerf facial , ou portion dure de la septièmepaire, qui se distribue aux muscles du visage , et qui , d’après les derniers travaux de Ch. Bell, est le nerf respirateur et d'expression de la face; le nerf acoustique ou portion molle de la septième paire, qui se rend à l’organe de l’ouïe ; le nerf de la huitième paire, ou vague , ainsi nommé parce qu'il distribue ses filets à beaucoup de parties à la fois , et particulièrement au larynx, au poumon, au cœur et à l’estomac ; le glosso-pharyngien, nerf qui souvent a été considéré comme une subdivision du précédent , et dont le nom indique la distribution ; le grand hypoglosse, qui se distribue à la langue ; et enfin, le nerf spinal , ou accessoire de Willis, qui paraissant remonter du canal rachidien , sort cependant par un des trous de la base du crâne , pour aller se distri. buer à quelques museles du col. Du reste, il y à quel--
ques dissidences parmi les auteurs sur le nombre des nerfs encéphaliques : 1° parce qu’incertains sur l’origine précise de la moelle spinale , ils ont tour à tour regardé le dernier de ces nerfs, le spinal , comme un nerf encéphalique, ou comme un nerf spinal; 2° parce que tour à tour ils ont rattaché quelques-uns de ces nerfs à une
seule paire , ou en ont fait des paires séparées ; comme cela a été, par exemple, des nerfs facial et acoustique sous les noms de portions dure et molle de la septième paire , du glosso-pharyngien qui a été rapporté àla huitième paire. Tous ces nerfs seront décrits à l’article des fonctions qui les concernent. Tous proviennent de la partie de l’encéphale qu’on appelle moelle allongée. Le cerveau n’en fournit aucun, non plus que le cervelet ; bien que , jusqu’à ces derniers temps, on ait dit que les nerfs olfactif et optique provenaient du premier , et que jadis on professait que le second donnait naissance à tous les nerfs des mouvemens involontaires.
Les nerfs spinaux sont au nombre de trente-une ou trente paires , selon qu'on y a compris ou non le nerf spinal ou accessoire de Willis. Ils sont partagés d’après les vertèbres dans l'intervalle desquelles ils sortent ; en trachéliens ou cervicaux, au nombre de sept ou huit; en dorsaux, au nombre de douze; en lombaires, au nombre de cinq; et en sacrés, au nombre de six. Ces noms indiquent leur position. La première paire cervicale sort entre les vertèbres atlas et axis; la dernière entre la septième cervicale et la première dorsale, et les autres dans l'intervalle. La première paire dorsale sort entre les deux premières vertèbres dorsales ; et la dernière , entre la dernière vertèbre dorsale et la première lombaire. La première paire lombaire sort entre les deux premières vertèbres lombaires; et la dernière entre la cinquième vertèbre lombaire et le sacrum., Enfin, la première paire sacrée sort par le premier trou sacré, et la dernière par l’échancrure supérieure du COCCYX.
Ces nerfs, soit encéphaliques , soit spinaux, pro-
Viennent, par un certain nombre de filets, ou déjà réunis, ou isolés, de l’un et de l’autre de ces deux centres, Ils naissent, non de la surface seulement, mais de l’intérieur, à une certaine profondeur. On verra que la matière nerveuse qui forme l’encéphale et la moelle spimale affecte deux types , est, ou blanche , ou grise ; c’est dans cette dernière que les nerfs ont leur origine. Cette origine n'offre rien d’uniforme dans les nerfs encéphaliques ; mais, dans les spinaux , chaque nerf résulte toujours de deux faisceaux de filets, les uns antérieurs, les autres postérieurs, séparés d’abord les uns des autres par ce qu'on appelle le ligament, denticulé, mais se réunissant au-delà de ce ligament , et formant, près le trou intervertébral, un de ces renflemens, connus sous le nom de ganglions. M. Richerand pense que ces paires de nerfs s’entrecroisent à cette origine, et il s’appuie sur ce que , dans les maladies et les expériences, la paralysie ou les convulsions se déclarent aux côtés du corps qui est opposé à celui où l’encéphale et la moelle spinale sont lésés. D’autres, au contraire, Bichat, M. Gall , nient cet entrecroisement.
Sortis des cavités du crâne et du rachis, ces nerfs se portent à leurs organes respectifs , en se ramifiant successivement , et en établissant entre eux de fréquentes anastomoses. Parmi les encéphaliques, l’olfactif, l’optique et l’acoustique se rendent à leur destination , sans communiquer avec aucun autre nerf; les autres ofirent des communications entre eux , d’autant plus nombreuses qu'ils naissent plus inférieurement dans la moelle allongée. Les nerfs spinaux , après avoir dépassé le ganglion
qui est à leur origine, sortent par les trous interverté- 1. 12
braux; les supérieurs, par les trous qui leur corres pondent , et les autres , par des trous qui sont d’autant plus au-dessous de leur origine , qu'ils sont eux -mêmes plus inférieurs. Étant ainsi d'autant plus obliques et
plus gros , qu'ils sont plus inférieurs, ils forment entre
eux, avant de se distribuer aux parties qu'ils doivent animer, des entrelacemens inextricables, qu’on appelle plexus; et c’est ensuite de ces plexus que se détachent les nerfs , qui vont par branches , rameaux, ramuscules ; se distribuer aux organes : tels sont les plexus cervical, brachial, lombaire , sciatique.
Les troncs qui sont formés d’abord sont ordinairement ronds, plus ou moins allongés; ils marchent seuls, ou accompagnent de gros vaisseaux, et sont placés dans les intervalles cellulaires qui séparent les organes; d’eux
naissent les branches ; des branches, les rameaux; et, |
des rameaux, les ramuscules. Du reste, ce n’est pas une véritable origine, ni une bifurcation, c’est simplement le détachement de quelques-uns des filets, que nous allons dire composer le nerf. Les communications sont des plus fréquentes, de sorte que le système ner-
veux ne représente pas , dans son ensemble, un arbre,”
comme il en est du système artériel , mais unréseau. Ges nerfs, du reste, varient beaucoup par leurs apparences extérieures ; les uns sont ronds , les autres aplatis, d’autres canelés sur les côtés , et généralement tous sont placés de manière à être à l’abri des lésions extérieures. |
Parvenus au dernier degré de ramification, ces nerfs, se terminent en s’unissant, ou avec d’autres nerfs ou à des filets du grand sympathique , cette qua-
trième partie du système nerveux , dont il nous reste à parler; ou en se perdant dahs le parenchyme des organes qui doivent à leur présence leur sensibilité, leur vie. À ce dernier égard , on ne sait pas comment se fait cette terminaison, si la pulpe nerveuse s’épanouit en membrane, comme cela paraît être pour les nerfs des sens de la vue, de l’ouie et de l’odorat; où si elle forme , dans chaque partie, des pénicilles , des papilles, etc. Il est certain , seulement , que les organes du corps diffèrent beaucoup entre eux, sous le rapport de la quantité des nerfs qui s’y terminent, et relativement à la disposition que les extrémités nerveuses y affectent. Il est des organes qui, dans leur parenchyme , offrent beaucoup de nerfs , et d’autres qui paraissent n’en point avoir. Il en est chez lesquels ces nerfs sont presque à nu, très-dépouillés, et d’autres où cela n’est pas. On verra que cette double circonstance influe sur le degré
de la sensibilité des parties.
Quant à l’organisation de ces nerfs, on dit que chacun d’eux est composé: 1° de cordons nerveux, placés les uns à côté des autres , et formés eux- mêmes de filets plus fins; 2° d’une enveloppe extérieure, qui circonscrit le tout , appelée névriléme. Reil prétend avoir reconnu cette texture en plongeant deux nerfs; l’un dans l'acide nitrique qui détruisait le névrilème, et ne laissait que la substance nerveuse coagulée ; et autre, dans une eau alcaline, qui détruisait la substance nerveuse , et ne laissait subsister que le névrilème, Celui-ci est, selon cet anatomiste , un canal de consistance assez grande , de nature cellulaire ; et qui paraît êire une continuation de la pie-mère , au imoins, pour les nerfs
spinaux. Les filets intérieurs sont de la substance quenous allons dire tout à l'heure former tout le sysième nerveux : ils font au dedans du nerf des plexus, comme les nerfs en forment entre eux, et sont entourés chacun d’une enveloppe cellulaire. Se séparant , à mesure que le nerf chemine, pour former d’autres nerfs, ou pour se réunir aux filets d’un autre nerf, c’est par eux que se font les subdivisions , et que s’étabiissent les anastomoses. Nous n'avons pas besoin de dire que ces nerfs contiennent de plus les tissus générateurs, qui servent à former toute partie ; du tissu cellulaire, qui entoure le nerf pour l’unir aux parties voisines, et pénètre dans son intérieur pour en unir les différens filets; des vaisseaux sanguins, qui y apportent les matériaux nutriüifs, etc. C’est à tort, en effet, qu’on avait dit que le névrilème était l’organe sécréteur de la substance nerveuse ; il n’est évidemment, aux nerfs, que ce que sont les méninges à l’encéphale et à la moelle spinale; et, à coup sûr, ce ne sont pas ces méninges qui sécrètent ces masses nerveuses. Il ya plus même : on conteste aujourd’hui les observations de Reil; MM. Magendie et Blainville les ont répétées en vain, et croient que le névrilème n’est qu'une enveloppe cellulaire analogue à celle qui recouvre les vaisseaux et toutes les parties en général.
4° Enfin, nous avons dit que dans l’homme, comme dans les animaux supérieurs, une portion du système nerveux se subordonnait les fonctions qui se produisent involontairement en nous, et sans que nous en ayons conscience ; et cette portion est ce qu’on appelle le grand sympathique. Gest chez l’homme un organe nerveux,
composé d’une série de ganglions tous unis entre eux par des branches intermédiaires ; formant ainsi un tout étendu sur les côtés du rachis , depuis le col jusqu'aux lombes; communiquant par un rameau avec chacune des trente paires de nerfs spinaux; et détachant de ses divers ganglions des nerfs qui, accompagnant les artères , vont se distribuer particulièrement aux organes des fonctions involontaires. Ayant son origine en haut, cachée dans le canal carotidien et le sinus caverneux, il se présente là sous la forme d’un plexus gangliforme, dont deux filets vont à la rencontre de la sixième paire encéphalique, un autre à celle du nerf vidien de la cinquième paire : par cette cinquième paire, il communique avec un ganglion dit ophtalmique, que Bichat considère comme lui appartenant , et qui, comme son nom l'indique , est destiné à l’œil. Sorti du canal carotidien , il se dirige alors en bas, sur le côté du rachis jusqu’au sacrum, présentant une série de ganglions: trois au col, les ganglions cervicaux supérieur , moyen et inférieur; douze au dos, les ganglions thoraciques ; cinq aux lombes, les ganglions lombaires; et trois ou quatre au sacrum , les ganglions sacrés. Arrivé au coccix, il se termine par un petit ganglion , dit coccigien, ou en s’unissant avec le nerf grand sympathique du côté opposé. C'est à travers l'intervalle qui sépare les piliers du diaphragme , qu’il passe du thorax dans F’abdomen. À raison des branches qui unissent les ganglions entre eux , il paraît ne constituer qu’un seul nerf. Il faut étudier en lui les ganglions , et les nerfs qui les unissent et en proviennent pour se distribuer aux organes.
Les ganglions ont une forme irrégulière, assez géné-ralement arrondie. Indépendamment d’une double en-
veloppe celluleuse qui les revêt, et des vaisseaux sanguins qui les pénètrent pour leur nutrition , ils sont composés de deux parties : 1° de filets nerveux blancs , qui en émanent ou y aboutissent , et qui sont droits quand le ganglion est formé d’un seul nerf, ou entrelacés, quand ils sont formés de plusieurs. M. Lobstein dit avoir vu nettement, sur un nerf grand sympathique macéré , que Île cordon médullaire, émané du ganglion cervical supérieur, par exemple , traversait tous les autres ganglions , en s’y mêlant , à la vérité , avec d’autres cordons qui constituaient leur substance ; 2° d’une matière molle, d'un gris rougeâtre, pulpeuse, albumineuse ou gélatineuse , qui remplit les intervalles des filamens nerveux : on a voulu assimiler cette matière à la substance grise du cerveau; mais elle ne se comporte pas de même aux réactifs , comme le prouvent des expériences de Bichat et de Wutzer. Que sont ces ganglions? Les auteurs sont très-divisés sur ce point. Willis, Haller, Winslow, en font de petits cerveaux sécrétant les esprits animaux ; Lancisy , Vicq-d’Azyr, des espèces de cœur , imprimant une impulsion à ces esprits, ou des réservoirs où ils se mettent en dépôt. La plupart les considèrent comme des moyens de division, de distribution des nerfs, ou comme servant à les unir, à les mélanger. Scarpa fait le mot ganglion synonyme du mot plexus ; et, selon lui, les glanglions ne sont que des plexus dont les filets sont très - rapprochés, et les plexus, des ganglions, dont les filets sont plus écartés. JÆohnstone dit qu'ils servent à entraver la transmission des sensations et les ordres de la volonté dans les nerfs qui en éimanent: D’autres , au contraire, veulent qu'ils concentrent, renforcent l’action nerveuse , ou la répartissent uniformément dans les
Las
SYSTÈME NERVEUX. 185 appareils des fonctions nutritives. Enfin, on en a fait les centres d'autant de systèmes nerveux particuliers , et les analogues des ganglions qui composaient à eux seuls le système nerveux dans les animaux qui ont offert ce système au plus grand degré de simplicité.
Quant aux nerfs du grand sympathique , ils sont de trois sortes ; ceux qui unissent les ganglions entre eux , et paraissent ainsi en former un seul organe ; ceux qui unissent ces ganglions aux trente paires spinales ; et enfin ceux qui des ganglions se distribuent aux organes. Les premierssont blancs , courts , ne formentpas de plexus , ne fournissent aucuns rameaux, ressemblent aux nerfs spinaux, et ne paraissent être qu'anastomotiques. 1l en est de même des seconds. Mais les derniers qui sont les plus importans, sont d’un ordre particulier ; ils sont rougeâtres, mous, sans disposition plexiforme dans leur intérieur , et restent toujours petits et grèles. Emanant des ganglions, et non du cordon nerveux qui est dans leur intervalle , ils s’entrelacent autour des artères , et les accompagnent jusque dans leurs ramifications dernières ; ils deviennent ainsi un des élémens générateurs des organes les plus répandus , et probablement existent en toute partie. Souvent , avant de suivre les artères, ils forment auparavant, en s’entrelacant entre eux, des plexus inextricables auxquels on a donné des noms particuliers; et c’est de ces plexus que partent ensuite les nerfs qui s’attachent aux artères et les suivent. Ainsi, du plexus gangliforme qui existe dans le canal carotidien, naissent des filets qui, selon }f/inslow et M. Ribes , s’attachent aux artères cérébrales ; du ganglion cervical supérieur , en proviennent d’autres qui suivent l'artère carotide externe. Beaucoup de filets provenant des gan-
glions cervicauxet thoraciques , forment en s’entrelaçant le plexus dit cardiaque d’où naissent les nerfs du cœur et des gros vaisseaux. Ces mêmes ganglions thoraciques en fournissent pour chaque artère intercostale. Un rerf dit grand splanchnique , provenant de quelques-uns des ganglions thoraciques, passe à travers les piliers du diaphragme du thorax dans l'abdomen, et, à peine parvenu dans cette cavité , s’y termine dans un vaste plexus , dit pleœus semi-lunaire; ce plexus , en s’unissant avec celui du côté opposé , forme un entrelacement nerveux plus vaste encore, appelé pleœus solaire ; et c’est ensuite de celui-ci que partent les nombreux filets qui s’attachant aux artères coronaire stomachique , hépatique, splénique , spermatique, rénale, mésentérique supérieure, mésentérique inférieure, hypogastrique, etc., vont se distribuer aux parties que ces artères alimentent , à l’estomac , au foie, à la rate, aux testicules, aux reins , à l’intestin , etc. Nous ne présentons encore ici qu’une description générale de ce nerf , sur lequel nous reviendrons à l’article des fonctions involontaires.
Tel est le grand sympathique chez l’homme. Les premiers anatomistes l’appelaient le nerf intercastal, et le considéraient comme un nerf encéphalique, provenant de la cinquième ou de la sixième paire , ou des deux ensemble. Pourfour du Petit ensuite le dérivant dela moelle spinale , en fitun nerf spinal , sur trois raisons; 1° que sa communication avec la cinquième ou sixième paire encéphalique , qu’on disaitson origine , sefaisait sous un angle aigu en arrière; ce qui annonçait que ce nerf, au lieu de provenir de ces paires de nerfs, allait seulement les rejoindre ; 2° que la sixième paire encéphalique était plus
grosse après avoir reçu le filet du grand sympathique qu'avant ; ce qui prouvait encore qu'elle ne fournit pas ce nerf, maislerecoit ; 5° qu’enfinle nerfgrand sympathique diminuait de volume à mesure qu'il approchait du cerveau , ce qui est le contraire de ce qui aurait dû être , s’il y avait pris son origine. Enfin, #inslow présenta le grand sympathique comme un système nerveux isolé ; il considéra les ganglions qui le composent comme autant de petits cerveaux, et regarda les filets qui l’unissent en haut avec la cinquième et sixième paires encéphaliques, et tout le long du rachis avec chacune des trente paires de nerfs spinaux , comme de simples anastomoses. Cette dernière opinion ne fut pas admise aussilôt, et même quelques anatomistes de nos jours rattachent encore le grand sympathique, ou aux nerfs encéphaliques, comme M. Chaussier, ou à la moelle spinale, comme Legallois. Mais Bichat et Reil, s’emparant de l'idée de Winslow , l'ont fait adopter presque généralement. Le grand sympathique est, selon eux, formé d’une série de ganglions, constituant autant de sysièmes nerveux spéciaux, indépendans les uns des autres, seulement communiquant par des branches intermédiaires, et entre eux, et avec la moelle spinale , et avec le cerveau. Leurs argumens sont : 1° queles ganglions ophthalmique et sphéno-palatin de ce nerf qui sont à la tête, sont isolés , et ne communiquent entre eux que par des branches des nerfs encéphaliques ; 2° qu’on a trouvé souvent des interruptions dans le grand sympathique, au col , au dos , ou aux lombes ; 3° que dans les oiseaux, le ganglion cervical supérieur est toujours séparé. Quant aux usages de ce grand sympathique , les Anciens croyaient que ce nerf servait à établir les connexions
des divers organes ; et de là même le nom qu'ils lui avaient donné. Ensuite Bichat remarquant : 1° que les organes des fonctions involontaires , de la digestion , de la respiration , de la circulation, etc. , ont besoin , pour pouvoir agir, de l'intégrité des nerfs qui s’y distribuent, ainsi que nous le montrerons ; 2° que les nerfs de ces organes proviennent en grande partie du grand sympathique; 5° qu’enfin les nerfs du grand sympathique décèlent des propriétés bien différentes de celles des autres nerfs; que , par exemple , tandis que dans les expériences les autres nerfs se montrent irès-sensibles , ceux du grand sympathique paraissent insensibles , sont impunément coupés , brûlés , etc. Bichat, àraison de ces considérations , a conjecturé , que le grand sympathique est chargé de présider à toutes les fonctions qui sont en nous hors la dépendance de notre volonté et de notre conscience ; et cette opinion est aujourd'hui presque universellement adopiée en physiologie. De là le nom de système nerveux organique donné à ce nerf, par opposition aux autres parties nerveuses comprises sous le nom de système nerveux animal; parce que le premier est dit présider aux fonctions involontaires et non senties , et le second aux fonctions animales ou de relation.
Seulement , f'eber a publié , en 1817,àLeipsick, une Dissertation sur l'anatomie comparée du grand sympathique , dans laquelle il établit que la fonction attribuée au grand sympathique d’être le nerf viscéral, est aussi en partie remplie par le nerf vague. Selon ce savant, le nerf grand sympathique est d’autant moins dévelopné, que l’animal est inférieur ; le nerf vague, au contraire , l’est d'autant plus, et à la fin finit par être le seui
SYSTÈME NERVEUX. 107 nerf viscéral. Ainsi , le grand sympathique , quoique existant dans tous les mammifères , diminue déjà chez eux en raison de la place qu'ils occupent dans le cadre zoologique : dans les oiseaux , c'est encore plus marqué, les ganglions du col et le cœliaque manquent; et au lieu des plexus viscéraux, ce ne sont que de simples filets : dans les reptiles , il se confond avec le nerf vague , et les branches qu'il recoit des nerfs spinaux sont plus grosses que celles qu’il envoie aux viscères : enfin dans les poissons , il disparaît presque en entier, et n’a plus aucuns ganglions. Au contraire , on voitle nerf vague augmenter à mesure que le grand sympathique se dégrade; et il finit par le remplacer en entier dans les mollusques céphalopodes : par exemple , dans l’homme , la portion que le nerf vague envoie au poumon et aux viscères abdominaux, est petite ,comparativement à celle que le grand sympathique fournit à ces mêmes parties : dans les oiseaux, les reptiles surtout, la part du grand sympaihique diminue , et celle du nerf vague augmente : dans les poissons , c’est le nerf vague seul presque qui vivifie les viscères ; et aussi ilest si gros , que les deux réunis égalent en grosseur la moelle épinière ; il envoie des filets, mème à la face interne du crâne: enfin, dans les mollusques céphalopodes , le grand sympathique manque, et le nerf vague seul reste. à
Tel est le système nerveux fort compliqué de l’homme : nous en verrons reparaître les diverses parties aux fonctions diverses auxquelles elles président. Comme l’homme est le premier des animaux, l’encéphale est le plus gros possible , relativement au reste du système ; on sait que c’est le contraire dans les animaux, à mesure qu'ils sont plus simples; et qu'à mesure que l’on des-
cend dans l'échelle animée , la matière nerveuse se montre de moins en moins centralisée. Toutes ces parties sont formées par la fibre primitive nervale, dont la nature est et sera probablement toujours inconnue. M. J’auquelin en a tenté l’analise, et lui assigne pour élémens; eau, 80,00; matière blanche grasse, 4,53; matière rouge grasse , 6,70 ; osmazome, 1,12; albumine, 7,00 ; phosphore , 1,50; soufre , phosphates acides de potasse, de chaux, de magnésie, 5,15. Dans la moelle épinière , il y a plus de matière grasse , et moins d’osmazome , d’albumine et d’eau: au contraire, dans les nerfs, l’albumine prédomine, et les matières grasses y sont moindres. Mais quelles’ lumières cette analise peutelle répandre sur les actions merveilleuses de cette matière ? On a cherché aussi à en pénétrer la nature à l’aide du microscope : ainsi, Bichat l'a dit une bouillie stagnante , tenant le milieu entre les solides et les fluides ; Della Torre, une collection de globules innombrables, transparens et plongés dans un fluide diaphane; Prochaska , une collection de globules unis par du tissu cellulaire; Monro , un assemblage de fibres solides, sans cavité, d’un neuf millième de ligne de grosseur , et entortillées entreelles; Fontana, une réunion de petits cylindres transparens homogènes , uniformes, remplis d’un fluide gélatineux , clair, etc. MM. Bauer et Ev. Home récemment disent y avoir reconnu les mêmes globules que ceux qui forment le sang; seulement ils étaient blancs , dépouillés de l'enveloppe de matière colorante, plus petits, et unis entre eux en fibres et en faisceaux par une substance gélatineuse soluble dans l’eau et entièrement transparente. Mais tout cela est aussi peu constaté , et aussi peu propre à faire pénétrer le mystère des actions.
SYSTÈME NERVEUX. 189 La seule chose apparente dans cette matière nerveuse, c’est qu’elle s'offre dans les organes nerveux que nous avons décrits sous deux états , sous forme d’une matière grise qui est plus molle, et sous forme de matière blanche qui est plus compacte; la première appelée la substance grise ou corticale ; et la seconde la substance blanche ou médullaire. Ges dénonmations sont vicieuses ; car la substance grise n’est pas toujours à l'extérieur comme une écorce; et la substance blanche n’est pas toujours à Fintérieur, et surtout n’est pas une moelle. La substance blanche est évidemment fibreuse ; cela est moins évident pour la substance grise, qui doit sa couleur aux vaisseaux sanguins qui la pénètrent. Les anatomistes se sont efforcés de pénétrer l’organisation de ces deux substances ; ils se sont arrêtés à deux hypothèses qui sont aussi peu démontrées l’une que l’autre. L’une est celle de Malpighi, qui considère la substance corticale grise comme un assemblage de petits follicules destinés à sécréter le fluide nerveux qu’on suppose circuler dans les nerfs ,‘et la substance médullaire blanche comme composée des vaisseauxexcréteurs de ces glandes ; Bidloo, sectateur de cette opinion, alla jusqu’à faire graver les prétendues glandes de la substance grise. L'autre est celle de Ruisch, soutenue par Leuwenhoeck, Boërhaave , dans laquelle on établit que la substance corticale n’est qu’un composé de vaisseaux très-divisés et très- repliés sur eux-mêmes. Sœæmmering admet même quatre substances dans les organes nerveux, la blanche, la grise, la noire et la jaune: mais il n’y a là que des différences de couleur, tenant à la proportion dans laquelle sont mêlés les vaisseaux sanguins, et les substances grise et blanche. Voilà une exposition abrégée du système nerveux,
considéré surtout sous le rapport de ses formes extérieures; mais arrivons à des considérations plus physiologiques. Les anatomistes ont, jusqu’à ces derniers temps, professé sur ce système trois opinions fondamentales : l’une , que toutes ses parties naissent d’un centre , qu’on a dit tour à tour être l’encéphale ou la moelle spinale ; l’autre , que ce système est un ; If troisième enfin, qu'il est homogène , et a partout la même organisation. Il faut discuter chacune de ces opinions.
1° Le système nerveux a-t-il un centre duquel naissent toutes ses parties ? Deux considérations ont généralement fait admettre une partie centrale au système nerveux, et ont fait regarder l’encéphale comme cette partie centrale. L'une est anatomique. À l'inspection, en effet, tout le systèmenerveux paraît provenir de l’encéphale; la moelle spinale semble en être le prolongement; par l'intermédiaire de cette moelle on peut lui rattacher les nerfs spinaux; les nerfs encéphaliques en naissent immédiatement ; enfin le grand sympathique peut aussi lui être rapporté , soit par l'intermédiaire des cinquième et sixième paires encéphaliques, soit par celui de la moelle spinale ; toutes les parties du système nerveux forment ainsi un tout continu. L'autre est physiologique; toutes les parties nerveuses, en effet, et par suite les fonctions auxquelles elles président , sont , dans l’homme et les animaux supérieurs au moins , dépendantes de l'intégrité de l’encéphale, et de leur communication avec lui. Si, dans l'homme adulte, l’encéphale est altéré , tout le reste du système nerveux n’exécute plus ses fonctions ; les sens ne transmettent plus les impressions des corps extérieurs ; les muscles volontaires cessent de maintenir la station du corps, d’exécuter les mouvemens ; le grand sympa-
SYSTÈME NERVEUX, 191 thique lui-même paraît ne plus exercer sur les organes des fonctions automatiques, son influence importante. Il en est de même si la communication d’une partie nerveuse avec l’encéphale a cessé , parce qu’on a coupé ou lié le nerf qui l’établissait. À la vérité , la suspension , pour le grand sympathique , est plus tardive; la mort n'arrive qu'après quelques heures , tandis que la paralysie du sens et du muscle locomoteur succède immé diatement à la section ou à la ligature de son nerf; mais néanmoins sa dépendance de l’encéphale , pour être moins prochaine, n’en est pas moins réelle.
Mais, de ces deux considérations , la première d’abord n’entraîne pas nécessairement la conséquence qu’on en a déduite : l’union de toutes les parties nerveuses , leur continuité ne prouvent pas absolument leur émanation del’encéphale, mais seulement leur communication avec cet encéphale. Quelques faits anatomiques sont même directement contraires à cette idée d’une dérivation. 1° Si l’encéphale ou la moelle spinale étaient des centres “desquels dérivassent tous les nerfs , il devrait y avoir des rapports de volume entre ces diverses parties ; c’est-àdire que là où l’encéphale est gros , il devrait donner naissance à une grosse moelle spinale , à de gros nerfs; et qu’au contraire , là où il est, petit , il devrait fournir une moelle spinale petite, I serait , en effet , absurde de faire dériver les unes des autres , des parties qui n’auraient aucun rapport de volume. Or, ce rapport de volume le plus souvent manque: chez l'fomme, où l'encéphale est le plus gros possible, la moelle spinale et les nerfs sont plus petits que chez les animaux où l’encéphale est petit, 2° Selon les zoologistes , il est des animaux chez lesquels l’encéphale manque, et qui ont
cependant les autres parties nerveuses. 3° Enfin, dans l’homme et les animaux supérieurs, on a vu exister les différens nerfs , bien que l’encéphale et la moelle spinale : manquassent : par exemple , dans des cas d’acéphalie et d’anencéphalie , les nerfs spinaux et le grand sympathique existaient, et même avaient le volume que comportait l’âge du fœtus. Il est évident ici qu'on ne peut dériver ces parties nerveuses d’un encéphale et d’une moelle spinale qui n’existent pas.
La seconde considération n’est pas péremptoire non plus, en ce qu’elle n’est pas applicable à tous les animaux , à tous les âges de l’homme , et à toutes les parties nerveuses également. Ainsi, 1° s’il est vrai , comme le veulent les zoologistes , qu’il existe des animaux qui n'aient pas d’encéphale, les autres parties nerveuses de ces animaux feront leur office , sans l'intervention de ce prétendu centre. 2° En beaucoup d'animaux qui ont un encéphale , cet encéphale peut être enlevé, ou les autres parties nerveuses privées de communication avec lui, sans que celles-ci soient paralysées aussitôt: par exemple, les expériences de Redi ont montré des grenouilles , des tortues survivans des mois à la décapitation. 3° l’indépendance dans laquelle sont de l’encéphale les autres parties nerveuses est même vraie de l’homme et des animaux mammifères; mais seulement pendant leur vie fœtale, et d'autant plus qu’ils sont plus jeunes : dans l’acéphalie , les fœtus vivent et croissent jusqu’au moment de l’accouchement , et par conséquent le grand sympathique agit : dans l’anencéphalie incomplète , le phénomène est encore plus évident; car la viese prolonge quelques jours après la naissance ; l'enfant respire, goûte les alimens qu'il prend. Legallois, dans des expériences que nous
relaterons par la suite, a fait vivre des animaux décapités pendant quelques heures encore , pendant un temps d’autant plus long qu'ils étaient plus jeunes , seulement en remplaçant la respiration par une insufilation d’air dans le poumon. 4 Enfin, cette dépendance n’est pas égale pour toutes les parties nerveuses ; elle est d'autant plus grande que ces parties nerveuses président à une fonction plus élevée dans l’animalité, et d'autant moindre que ces parties nerveuses régissent une fonction plus inférieure : par exemple , elle est plus prochaine pour les nerfs des sens et des mouvemens , qui sont paralysés aussitôt dans une apoplexie , que pour le grand sympathique qui, dans cette maladie , fait agir encore quelque
temps les organes centraux de la vie, Relativement à la première proposition émise par les auteurs sur le système nerveux , nous pensons donc : ° qu'il n’est aucune partie nerveuse qui naisse d’une autre, mais que chacune existe par elle-même, dès que la nature a voulu faire jouir l'être de la faculté dont elle est l'instrument; et que seulement , toutes Communiquent entre elles, pour qu’elles puissent s’influencer réciproquement, et que les plus nobles puissent commander l’activité de celles qui semblent des instrumens créés pour leur service; 2° que dans les animaux supérieurs seulement, et d’autant plus qu’ils sont moins jeunes, toutes les parties nerveuses sont subordonnées à l’encéphale , et d'autant plus prochainement, qu’elles président à une fonction plus élevée dans l’animalité : c'est ce qui est, par exemple, chez l’homme. Les z00logistes, à cet égard, partagent les animaux en deux classes : ceux dans lesquels le système nerveux n’a pas de partie centrale , qui accessibles à des impressions exté.
reures ne peuvent pas réagir sur les corps, chez lesquels la vie n’est pas centralisée , et qu’on peut multiplier en les divisant ; et ceux, au contraire, chez lesquels le système nerveux a une porlion centrale commune , à l’aide de laquelle la vie est centralisée , et qui ne peuvent plus conséquemment se reproduire par boutures, M, de Blainville, par exemple, présente la moelle spinale comme la partie centrale du système nerveux de l’homme ; régnant dans toute la longueur du rachis , et se prolonseant fort avant dans la cavité du crâne, c’est sur les côtés de cette partie centrale, et à son extrémité antérieure , que sont disposés les différentes parties nerveuses qui président aux diverses fonctions.
9 Le système nerveux est-il un? Dès long-temps quelques doutes avaient été émis sur cette proposition. Galien , par exemple, séparait les nerfs des mouvemens et ceux des sensations ; /f’illis, ceux des mouvemens volontaires et ceux des mouvemens involontaires ; et on assignait aux uns et aux autres une origine et une organisation différentes. Cependant, jusqu’à ces dernières années , la plupart des anatomistes professaient que les nerfs étaient partout identiques; et ils attribuaient la différence des sensations qui leur sont dues, des mouvemens qu'ils déterminent , de l’influence nerveuse qu'ils exercent , à celle des parties auxquelles ils se terminent. Tissot, par exemple, donne comme preuves de cette opinion, que tous les nerfs font apprécier des contacts ; que ce sont les mêmes nerfs qui se distribuent aux muscles locomoteurs , et à l'organe du tact et du toucher, c’est-à-dire à la peau; que le nerf de la cinquième paire encéphalique se distribue à la fois aux organes de la vue , del’odorat, du goût, et à la peau
SYSTÈME NERVEUX: 198 et aux muscles de la face. Cabanis s'exprime aussi franchement à cetégard. M. Cuvier le dit dans un endroit de son Anatomae comparée ;et le méten doute dans un autre.
W'inslow , Reil et Bichät commencèrent à ébranler celte opinion per la manière ‘dont ils considérèrent le grand sympathique. D'un côté, äls cessèrent de faire naître ce nerf,:soit de d’encéphale ;: soit de Ja moelle spinale, et le dirent une série de ganglions, non-seulement distincts de ces deux centres, mais encore dis tincts les uns des autres. D'un autre côté, arguant de son organisation spéciale, de sa distribution, de la différence de ses propriétés , ils le dirent affecté aux foncetions involontaires. Ainsi ils consacrèrent deux systèmes nerveux distincts : le système nerveux animal, dont l’'encéphale estle centre, et qui préside à toutes les fonetions de relation; et le système merveux organique ou des ganglions , qui préside aux deux autres classes. de fonctions, à tout ce qui se produit irrésistiblement dans notre économie, et qui même est multiple, c’est-à-dire est composé de plusieurs systèmes différens.
M. Gall ensuite appliqua ‘ces'mêmes idées à tout le reste du système nerveux, et professa la pluralité des systèmes nerveux. Ge qu'on appelle ainsi est , selon lui, un composéde beaucoup de systèmes , tous différens d'organisation et d’usages , affectés chacun. à des fonctions particulières ; et plus ou moins nombreux, à mesure qu’on s'élève ou qu’on descend dans l'échelle des animaux. L’anatomie comparée montre, en etlet, cet appareïl , le plus remarquable de ceux qui entrent dans la composition des:animaux , ‘allant en se compliquant de nouvelles parties, à mesure que la sensibilité et la vie de l'animal sont-plus étendues ; et il'semble
vraiment que , pour faire jouir un animal d’une faculté de plus, il ait suffi à la nature de lui faire don d’une partie nerveuse nouvelle. Par exemple; manquant , à proprement parler ; dans les animaux amorphes, ce système se réduit , dans les animaux radiaires, à trois ou quatre ganglions placés chacun dans un des rayons dé l'animal , ét qui, suffisant à sa vie nutritive et sensitive simple, sont les rudimens du grand sympathique. Dansles animaux binaires, ce système s’augmente d’une moelle spinale et d’un encéphale; et, ensuite, chacune de ces trois parties vont elles-mêmes , ense compliquant, en se composant d'un plus ou moins grand nombre de systèmes, à mesure que les animaux s'élèvent davantage dans l'échelle. M. Gall, en effet, applique à la moelle spinale ‘et à l’encéphale les idées qu'on se fait, d’après Bichat, du grand sympathique. La moelle spinale n’est plus un‘cordon nerveux unique , mais une suite de ganglions nerveux différens , présidant aux mouvemens volontaires et à la sensibilité générale ; et plus ou moïns nombreux dans les animaux, selon la longueur du corps, et le nombre des muscles à vivifier. IL en est de même de la partie de l’encéphale ; qu’on appelle moelle allongée , et qui est un groupe de systèmes nerveux affectés aux fonctions des sens. Enfin ; il en est de même aussi de l’autre partie de l’encéphale , appelée cerveau, qui est un assemblage des systèmes nerveux des facultés de esprit. Mais entrons äici-dans:plus de détails.
M: Gall ramène à quatre groupes tous .les systèmes dont:se compose l'appareil: nerveux si composé de l’homme; groupes qui sont eux-mêmes multiples, composés de plusieurs systèmes ; mais dont on peut rapprocher:les systèmes composans, parce qu'ils remplis-