PS SP
SYSTÈME NERVEUX, 197 sent des usages d’un même genre. Ces groupes sont : les systèmes nerveux du thorax et de l'abdomen , ou le grand sympathique ; ceux des mouvemens volontaires et des sensations tactiles , ou la moelle spinale ; les sysièmes nerveux des sens , ou la moclle allongée ; et ceux des facultés de l'esprit , ou le reste de l’encéphale, c’està-dire le cerveau et le cervelet.
Les premiers sont les plus généralemont répandus dans les animaux, les moins nobles de tout l’appareil nerveux, et constituent, par leur ensemble, le grand sympathique. Get organe est ici considéré à la manière de Reil et de Bichat, c’est-à-dire que, non-seulement il n'est pas dérivé de l’encéphale et de la moelle spinale , et est présenté comme un système nerveux à part: mais encore il est dit multiple, composé de plusieurs systèmes indépendans, régissant chacun un organe de la vie intérieure , et seulement unis entre eux, et avec l’encéphale et avec la moelle spinale , par des branches de communication. Les argumens sont les mêmes que ceux qu'avaient invoqués W'inslow, Reil et Bichat.
Les systèmes nerveux des mouvemens volontaires et de sensibilité générale , constituent par leur ensemble la moelle spinale. Cette moelle d’abord ne peut être dite un appendice, un prolongement de l’encéphale ; car elle n’est pas dans un rapport forcé de volume avec lui; elle est plus petite, par exemple, chez l’homme que chez les animaux, bien que l’encéphale soit plus gros chez le premier que chez les seconds ; et même, cette observation avait engagé d’anciens anatomisies, à dériver l’encéphale de la moelle spinale. D'ailleurs , elle ne s’amincit pas graduellement à mesure qu’elle fournit des nerfs, mais est alternativement plus grosse
ou plus grèle, selon le nombre et le volume des nerfs auxquels elle donne naissance. Ajoutons que, dans son développement , elle précède lencéphale; que celui-ci, dans son origine, paraît être édifié sur le même type; et qu'enfin, dans les animaux, elle se montre géntralement d'autant plus développée, que le cerveau est plus imparfait. Elle forme donc un système nerveux à part. De plus, selon M. Gall, elle n’est pas un cordon nerveux unique; mais, Comme le grand sympathique , elle est une suite de ganglions unis entre eux par des branches de communication. Ses argumens sont : 1° qu’elle parait être telle dans les vers , les chenilles , les insectes , et que l’analogie porte à lui assigner la même composition dans tous les animaux. Dans les vers, effectivement, elle s’offre sous l'apparence d’un cordon présentant d’intervallés en intervalles des renflemens, des espèces de nœuds; et l’on peut croire que ces renflemens sont autant de ganglions , de systèmes nerveux distincts, et que les filets qui les unissent et qui paraissent faire du tout un seul orgañe, ne sont que des branches de communication entre les uns et lés autres. Le nombre des ganglions , en effet , correspond à celui des anneaux ou segmens du corps; de chaque ganglion naissent des nerfs ; et il y à ün rapport de volume entre le ganglion et’ le nombre et la force des filets nerveux qui en sortent. Il ya une telle disproportion de volume entre ces ganglions, et les filets qui les unissent, que bien que ia moelle paraisse férmer un tout continu, on ne peut métonnaître qu’elle est, comme le grand sympathique, un groupe de plusieurs systèmes. Or, l’analogie porte à pensér qu'il en est de même de la moelle spinale des autres animaux : seulement les ganglions étant plus rap-
prochés, et les filets qui les unissent étant presqu’aussi gros qu'eux, la distinction des uns et des autres est à peine saisissable, et la moelle spinale paraît davantage être un cordon d’une seule venue ; 2° que la moelle spinale ne diminue pas graduellement de haut en bas, mais est, au contraire , alternativement plus grosse et plus petite, selon le nombre des nerfs qu'elle a à fourpir ; 5° enfin, que la direction des filets nerveux qui, de cette moelle spinale, vont former les nerfs vertébraux, est confirmative de cette composition; ces filets sortant de la matière grise qui est au centre de la moelle, et composant , comme nous l'avons vu, deux faisceaux, un antérieur , et un postérieur , sont dirigés en effet pour chaque nerf , les uns de haut en bas, les autres de bas en haut, et d’autres horizontalement dans le milieu, comme s'ils venaient de la partie supérieure , de la partie inférieure et du milieu d’un ganglion isolé. Toutefois, c’est de cette moelle spinale que naissent les nerfs spinaux; les ganglions qui la composent président aux mouvemens volontaires et à la sensibilité générale : en même temps qu'ils communiquent entre eux par des branches intermédiaires , ils communiquent aussi avec les ganglions du grand sympathique, et avec les systèmes nerveux supérieurs , s'ils existent ; cela était nécessaire pour établir l'indiviaualité de l'être, et surtout parce que les ganglions spinaux sont des instrumens utiles aux facultés supérieures, et que l'organe de cellesci devait avoir sous sa subordination.
La partie de l'encéphale appeléemoelle allongée, forme le groupe des systèmes nerveux,des sens. D'abord , à la différence de M. Chaussier, qui fait. finir cette partie encéphalique à la ligne appelée, collet, M. Gall la pra-
longe jusqu’au grand trou occipital ; il considère comme en faisant partie tout ce que M. Chaussier rattache à la moelle spinale sous le nom de bulbe supérieur du pro- Jongement rachidien ; et il se fonde sur ce que la ligne ‘prétendue de séparation , le collet, n'existe qu'à la surfâce , n’est qu'une apparence produite par les fibres iransversales de la moelle, et qu’en la fendant on voit se prolonger au-dessous d’elle les faisceaux ascendans qui de la moclle allongée vont former le cerveau. Ce collet, dit-il, est moins marqué dans les mammifères que dans l’homme, parce que les fibres transversales sont moindres, et même il manque dans les reptiles , les poissons où ces fibres manquent aussi. Ensuite M. Gall établit que cette moelle allongée n’est un prolongement, ni du cerveau, ni de la moelle spinale, puisqu'elle n’est en rapport de volume ni avec l’un, ni avec l’autre, et que les nerfs qui en naissent se dirigent, pour la plupart , de bas en haut, et non de haut en bas, comme cela devrait être, si elle dérivait du cerveau; elle a aussi une existence indépendante etisolée. Enfin , il professe qu’elle n’est pas une masse nerveuse unique , mais un composé de plusieurs systèmes différens / affectés chacun à un acte spécial , plus ou moins nombreux dans chaque animal , unis entre eux par des branches de communication, ainsi que cela était du grand sympathique et de la moelle spinale. Les seules différences sont , que les premiers groupes de systèmes nerveux étaient, ou épars , ou disposés sur une ligne; tandis qu'ici ils sont en bloc; et que chez les premiers, les nerfs naissant de chaque ganglion s’en séparaïent aussitôt, tandis qu'ici plusieurs nerfs restent encore , pendant un espace assez long , plongés dans la masse commune, etne s’en séparent qu’à des
distances diverses, ce qui a trompé sur le lieu précis de leur origine. Mais cette différence , ajoute M. Gall , n’est que mécanique, et était commandée par la nécessité dont il était que tous ces divers systèmes fussent renfermés dans une même cavité osseuse. M. Gall en porte le nombre chez l’homme à douze, qui sont les douze nerfs encéphaliques ; savoir : quatre dont les nerfs se séparent dès leur origine, et sur le point de départ desquels il n’y a jamais eu de controverse , l’accessoire de Willis , le nerf grand hypoglosse, la huitième paire ou le vocal, et le glosso-pharyngien; et huit, dont les nerfs restent plongés plus ou moins loin dans la masse commune , et sur l’origine desquels il y a eu débats, qui sont , l’'abducteur de l'œil ou la sixième paire encéphalique , le facial ou portion dure de la septième paire; l’auditif ou portion molle de la septième paire ; le trifacial ; la quatrième paire ; l'oculo-musculaire commun ; l'optique et l’olfactif. À ces douze systèmes nerveux que M. Gall spécifie dans la moelle allongée, il joint encore les origines premières du cerveau et du cervelet.
C’est encore en examinant la moelle allongée dans les animaux que M. Gall a été conduit à concevoir ainsi sa composition. Chez eux, les pyramides qui sont dans cette moelle, les faisceaux primitifs du cerveau, sont petites proportionnellement ; et dès lors les douze autres systèmes nerveux se laissent mieux distinguer. Chez les poissons , par exemple , on voit clairement que l’optique et l’olfactif appartiennent à la moelle allongée. Bien entendu , d’ailleurs , que dans ces animaux le nombre des systèmes de la moelle varie , selon que la nature leur a accordé ou refusé les facultés auxquelles ces systèmes
président. Cependant c’est l’analogie et le raisonnement, plus que la décomposition physique qui est impossible , qui ont surtout entraîné M. Gall. D'abord, il a vu que chacun des nerfs de la moelle allongée présentait les dispositions d'organisation qui existent, selon lui, en tout système nerveux, el que voici. M. Gall établit que des deux substances grise et blanche qui composent les organes nerveux, C’est la grise qui partout engendre les filets nerveux , et il l'appelle , à cause de cela , la substance matrice des nerfs. Tout système nerveux y prend son origine, en trouve sur sa route des amas destinés à le renforcer , et arrive à l’organe auquel il doit se terminer toujours plus gros qu’il n’était à son principe. Les ganglions , les plexus, sur lesquels nous avons vu les auteurs si divisés, ne sont, selon M. Gall, que ces amas de matière grise destinés à donner origine aux différens systèmes nerveux, et à leur faire acquérir leur volume propre en leur fournissant dans leur trajet de nouveaux filets. Aussi, il y a un rapport entre le volume d’un sysième nerveux quelconque, et celui des ganglions de malière grise dans lesquels il prend origine , ou par lesquels il est renforcé dans son chemin. Dès lors M. Gall veut que, dans l'étude anatomique d’un système nerveux quelconque, on suive l’ordre de son développement , c’est-à-dire qu’on remonte d’abord à son ganglion d’origine et au premier faisceau qui en est le produit ; ek qu’ensuite on suive celui-ci jusqu'à son expansion dernière, en signalant les différens renforcemens qu’il éprouve en son trajet. Or , tout cela est vrai des systèmes nerveux de la moelle allongée; chacun naît dans de Ja substance grise, et est renforcé , perfectionné dans son
SYSTÈME NERVEUX. 209 trajet, par cette même substance grise qui l’accompagne, ou est disposée sur sa route en ganglion ; chacun ainsi arrive à sa fin plus gros qu'il n’était à son origine ; chacun finit par un épanouissement. Tous sont pairs ou symétriques ; et-ceux d’un côté sont réunis avec ceux de l’autre côté, par des filets placés sur la ligne médiane , et qui forment ce qu'on appelle des commissures. Ainsi, les systèmes nerveux de la moelle allongée offrent les mêmes lois d'organisation que les autres systèmes. D'un autre côté , ils ont évidemment des fonctions propres, celles de présider aux sens spéciaux et à la locomotion de la tête; et leur indépendance les uns des autres est si évidente, qu’il n’y a nulle proportion de volume entre eux, etqu’ilsne s’accroissent ni se dégradent simultanément. On sait, en effet, que dans un animal, un sens peut être très-étendu, et un autre très-obtus ; qu'un sens a son développement plushàtif ou meurt plutôt, tandis qu'un autre s'ouvre etfinit plus tard.
Toutefois, la pluralité des systèmes nerveux de la moelle allongée admise, on concoit que ces systèmes, pour constituer une individualité, devront être liés , et entre eux, et avec les systèmes nerveux de la moelle spinale , qui leur sont inférieurs, et avec ceux du cerveau, qui leur sont supérieurs. Quelques-uns de ces systèmes pourraient être assimilés à ceux de la moelle, spinale, comme ne servant qu’à dés mouvemens volontaires et à la sensibilité générale ; par exemple, les troisième , quatrième et sixième paires encéphaliques ; mais néanmoins l'ensemble représente des systèmes plus relevés que les précédens , et dont la nature a gratifié les animaux à mesure qu'elle a voulu les rendre plus par-
faits. Ils sont aussi subordonnés au cerveau, la plus noble de toutes les parties nerveuses.
Endin , les systèmes nerveux des facultés de l'esprit, auxquels sont dues les mdustries instinctives, les facultés de l'esprit et de l’âme , forment , par leur ensemble , le reste de la masse encéphalique , c’est-à-dire le cerveau et le cervelet. Le cerveau est aussi un crgane nerveux distinct, existant par lui-même, et qui ne dérive nullement de la moelle allongée, ni de la moelle spinale. De plus, il n’est pas une masse nerveuse unique , homogène; mais, ainsi que le grand’ sympathique, et les moelles spinale et allongée, il est un groupe de sysièmes nerveux différens , plus ou moins nombreux dans le cerveau de chaque animal, selon l’étendue de sa psycologie, affectés chacun à la production d’un acte intellectuel ou affectif spécial, et unis entre eux par des branches de communication. Pour éviter des répétitions , nous ne détaillons pas cette proposition, parce qu'elle se représentera à l’article de la fonction de l’intellect et du moral.
Telle est la doctrine de M. Gall sur le système nerveux ; on voit que la pluralité des systèmes nerveux en est l’idée capitale. Non-seulement le nombre de ces syÿsièmes varie dans les animaux ; mais chacun d’eux a dans chaque animal, dans chaque individu, un degré particulier d’activité et de développement; et, ainsi, il devient facile d'expliquer toutes les variétés possibles de psycologie comparée. En effet, toujours des différences dans l’organisation nerveuse en supposeront dans les actions , et toujours les actions seront en proportion eË en raison directe du nombre, du développement et de
SYSTÈME NERVEUX. 203 l’activité intrinsèque des systèmes nerveux. Avant M. Gall, on n’admettait que deux systèmes nerveux , l'animal et l'organique ; et on ne présentait comme multiple que ce dernier : M. Gall à établi que le premier l'était également.
Aujourd’hui beaucoup d’anatomistes professent, comme lui, la mulüplicité des systèmes nerveux : tel est M. de Blainville, dont voici les idées sur cet important sysième. Loin d’être un , il est un amas de ganglions, plus ou moins nombreux dans chaque espèce animale, et présidant chacun à une fonction particulière. Ces ganglions , ou parties centrales, sont les systèmes nerveux des divers organes. Formés par la réunion des substances grise et blanche , la première sécrétant le fluide nerveux et servant d'origine aux nerfs , la seconde constituant les nerfs , ils ont chacun leur organisation propre; et, ce qui le prouve, c’est le défaut d'anomalies qu’on observe dans le système nerveux, par opposition à celles qui se voient dans les artères. Quelquelois, ils sont en- #ermés dans des membranes, et cela , d'autant plus que le ganglion appartient àune fonction plusrelevée, comme la tête. De ces ganglions , naissent les nerfs, qui ne sont plus formés que par la substance blanche, et qui se rendent ; et à l'organe qu'ils doivent animer ,:et aux autres ganglions , s’il en existe , pour établir l’individualité xe l'être. PTE Dans l'animal où le système nerveux est le plus simple, il n’y a que trois de ces ganglions qui, d’un côté, envoient des filets à la peau et à la cavité digestive , et qui, de l’autre, communiquent entre eux : de là, la facilité qu'ont la peau et la membrane digestive d’échanger leurs fonctions, quand on retourne l'animal; de là,
la particularité qu'ont ces animaux de former d’autres animaux de chacune des portions dans lesquelles on les divise, si cependant chaque portion à conservé un des ganglions.
Mais, dans les animaux plus compliqués, non-seulement les divers ganglions sont plus nombreux , et communiquent entre eux, mais encore ils communiquent avec un ganglion central; ce qui établit le plus complètement possible l’individualité de l'être. C’est ce qui est, par exemple, dans l'homme et les animaux supérieurs ; et, à leur égard , M. de Blainville définit le système nerveux , un nombre de ganglions plus ou moins grand, de chacun desquels partent des nerfs, dont les uns vont se terminer à l'organe qu'ils doivent animer et en établissent la vie particulière, et dont les autres vont communiquer avec les autres ganglions et le ganglion central, pour établir la vie générale. Les ganglions , en effet, ‘communiquent , non-seulement avec le ganglion cen tra, : mais encore avec les autres ganglions, selon que les fonctions auxquelles les'uns et les'autres président sont plus rapprochées. Parmi ces ganglions ; ilken est qui n’aboutissent à aucun appareilextérieur , qui exécutent seuls leurs fonctions: ce sont ceux qui sont chargés des ‘aë- -tions les plus élevées, de celles de l’intelligence et de lesprit.
Appliquant ces idées générales au système nerveux de l'homme ,-voici comment M. de Blainville en considère l’ensemble. 1 le dit composé d’une partie centrale commune , placée dans le rachis , se prolongeant dans le crâne , qui est la moelle spinale ; et aux extrémités et
-sur les côtés de laquelle sont placés les ganglions des diverses fonctions,
SYSTÈME NERVEUX. 207 D'abord, à l'extrémité antérieure de cette partie centrale, à celle qui se prolonge dans le crâne, est un amas de ganglions divers tassés dans cette cavité, et constituant ce qu'on appelle l’encéphale. L’encéphale, en effet, n’est pas non plus, selon M. de Blainville un organe unique, mais un groupe de sept ganglions; savoir : les hémisphères cérébraux, le cervelet , le ganglion olfactif , le ganglion optique , auquel se rapportent les nerfs locomoteurs de l'œil, le ganglion de la cinquième paire , le ganglion acoustique, auquel se rattache le nerf facial, et le ganglion des parties supérieures des appareils digestif et respiratoire, d'où proviennent les nerfs vague et glosso -pharyngien : ils sont les agens de l’intelligence , des sens et des mouvemens partiels de la tête. Dans l’homme , où les ganglions de l’intelligence , savoirs, les hémisphères cérébraux et le cervelet, sont trèsoros, les autres sont cachés et recouverts par eux; mais, dans les animaux où c’est le contraire , les ganglions des sens sont très-apparens : dans les poissons , par exemple, l'encéphale paraît être une série de ganglions isolés. De ces sept ganglions , qui composent l’encéphale, deux n’aboutissent à aucun appareil extérieur, les hémisphères cérébraux , et le cervelet , et sont chargés des fonctions les plus relevées , des actes intellectuels et affectifs. Les cinq autres, au contraire, envoient leurs filets à des organes spéciaux; et, il faut y étudier alors, non-seulement le ganglion en lui-même , mais encore les filets qu’il envoie à l’organe qu’il anime , ceux par lesquels il peut communiquer à d’autres ganglions, et qui sont la source de beaucoup de sympathies , et ceux enfin par lesquels il communique au ganglion central. Le plus antérieur de tous, et cela dans tous les animaux,
est le ganglion olfactif; il consiste en une partie cendrée, située dans la fosse ethmoïdale; il est fort petit chez l’homme ; son nerf sort par les trous de la lame criblée de l’os ethmoïde, pour serendre à l’organe de l’odorat ; ces trous sont comme le premier trou de conjugaison des quatre vertèbres, auxquelles M. de Blainvilleramène les os qui composent le crâne. Le second , est le ganglion optique; placé dans l’encéphale , déjà plus loin de l’organe extérieur qu'il anime, il forme ce qu'on appelle les tubercules quadrijumeaux qui sont situés à la face supérieure et dorsale de la partie centrale du système nerveux , et qui, dans l’homme, sont recouverts par les deux ganglions supérieurs, le cerveau et le cervelet : son nerf, l'optique, ainsi que ceux de l'appareil locomoteur de l’œil, savoir, les troisième, quatrième et sixième paires encéphaliques , sortent par le trou optique et la fente sphénoïdale, pour aller à l’œil; ce trou optique et cette fente sphénoïdale sont comme le second trou de conjugaison du crâne; et, en effet, il est beaucoup d’animaux chez lesquels ces deux trous se confondent en un. Le troisième ganglion est celui de la cinquième paire , qui est sur un plan plus postérieur encore, et fournit le nerf trijumeau : c’est lui qui a inspiré à M. de Blainville cette manière de considérer l’encé: phale ; ses filets d’origine sont, en effet, disposés déjà comme ceux des nerfs spinaux; ils forment deux faisceaux, un antérieur et un postérieur qui, en se réunissant, produisent un ganglion dans la fosse temporale interne; et c’est ensuite de ce ganglion que naît le trifacial, dont les trois branches , l’ophthalmique , le maxillaire supérieur et le maxillaire inférieur , se rendent aux organes qu’ils doivent animer; les trous oval et rond,
SYSTÈME NERVEUX. 209 par lesquels sortent ces deux dernières branches, représentent le troisième trou de conjugaison des vertèbres de la tête; et, en effet, souvent dans les animaux ils sont confondus en un. Le quatrième ganglion est l’acoustique , qui fournit le nerf de l’ouie et le nerf facial ; il consiste en un petit ruban blanc, situé vers les péduncules du cerveau, petit dans l'espèce humaine ; Mais fort apparent dans les animaux, dans les ruminans surtout; le double nerf qui en provient sort par le:trou sphéng-palatin , qui est le quatrième trou de conjugaison du crâne. Enfin, le cinquième ganglion, le plus postérieur de tous, et qui déjà ressemble à ceux qu’on ya voir exister sur les côtés de la partie centrale, est celui qui fournit le nerf vague, le glosso-pharyngien , et le grand hypoglosse; les filets originels de ces nerfs forment, en effet, déjà deux faisceaux, un antérieur , et un postérieur; les filets supérieurs produisent le glosso-
.pharyngien; lesmoyens, le nerf vague ; et les inférieurs, le grand hypoglosse. Ces trois nerfs sortent par les trous déchiré postérieur et condyloïdien, qui sont comme le cinquième trou de conjugaison du crâne; et ; en effet,
dans beaucoup d'animaux, ces trous n’en font qu’un.
Sur les côtés de la partie centrale , et tout le long du rachis , sont d’autres ganglions, desquels partent les nerfs appelés: spinaux , et qui sortent par les trous de conjugaison des vertèbres du rachis. Ce sont Les ganglions des mouvemens volontaires : leur nombre est égal à celui des paires de nerfs spinaux , et en rapport, par leur volume, avec la grosseur de ces nerfs. C’est par l’iatermède de la partie centrale, que le ganglion central ou cerveau se les subordonne.
Enfin , dans les cavités splanchniques , près des vis-
cères auxquels ils doivent fournir des nérfs , sont d’autres ganglions, ceux des fonctions nutritives. L'un est le ganglion cardiaque ; qui est destiné exclusivement au cœur et aux artères de ce viscère , et qui ne remonte pas sur l'artère aorte. Les autres sont les plexus abdominaux , le plezus semi-lunaire , dont les filets enveloppent les artères, et arrivent avec ces vaisseaux dans la substance même des organes qu'ils doivent vivifier.
Quant au grand sympathique, M. de Blainville le considère comme un cordon nerveux intermédiaire à tous ces systèmes , et destiné à unir les ganglions des fonctions organiques avec ceux des mouvemens volontaires , et même avec les ganglions encéphaliques. Les nerfs appelés cardiaques , ne sont, selon cet anatomiste, que des filets par lesquels le ganglion cardiaque va communiquer avec le ganglion de la huitième paire, et avec ce grand sympathique qui est intermédiaire à tous les systèmes. Il en est de même des nerfs grand et petits splañchniques , par rapport aux plexus abdominaux et sémi-lunaire. Tout le monde sait qu'aux régions sacrée , lombaire et dorsale du rachis , le grand sympathique communique avec les ganglions spinaux. Il s’avance de même dans la tête pour communiquer avec les ganglions encéphaliques : vers le premier ganglion thoracique, par exemple, il s'enfonce dans le canal rachidien , et par lui entre dans le crâne; ce n’est, en effet , que lui qu’on a décrit sous le nom de nerf vertébral. Alors, ik va donner un filet de communication à chacun des cinq ganglions encéphaliques , si ce n’est à l’olfactif pour lequel on n’en a pas encore trouvé. Il a, en effet, communication avec l’optique par le filet ophthalmique; avéc le ganglion de la cinquième paire, puisque jadis on.
SYSTÈME NERVEUX, 211 l'en dérivait ; avec le cinquième ganglion encéphalique , par les ganglions cervicaux ; et M. Jacobson dit en avoir trouvé une avec le nerf facial du quatrième ganglion. Dans cette manière de voir, ce grand sympathique mériterait entièrement son nom , puisqu'il servirait à établir des liaisons , des sympathies. On expliquerait pourquoi il n'existe pas dans tous les añimaux, dans tous les vertébrés même, la nature ayant pu, sans son secours , établir, entre les divers ganglions, les unions nécessaires.
Telest , selon M. de Blainville, l'appareil nerveux: système surajouté au corps des êtres vivans, pour faire jouir ces êtres de quelques facullés de plus. Dans les fonctions les plus relevées, il constitue à lui seul les organes ; par exémple, dans le cerveau, pour les actes intellectuels: Dans les organes des sens qui exécutent des fonctions moins relevées , il est déjà moins abondant. fl l’est encore moins dans les organes des fonctions volontaires ; et il va ainsi en diminuant de plus en plus dans les organes de la digestion, de la respiration , de la‘ vie intérieure , jusqu’au dernier terme de l'assimilation ét de la reproduction. En un mot , c’est un système qui, d’un côté , est d’autant plus développé dans un animal que le mécanisme de la nutrition et dé la reproduction dans cet animal est plus compliqué, que cet animal est plus élevé dans l'échelle ; qui, de l’autre , exerce sur toute fonction une influence d’autant plus prochaine, que cette fonction est plus éloignée du dernier termé de la nutrition et de la reproduction. À cause du premier fait, on a même dit qu’il était tout l’homme , et que les autres organes du corps n'étaient faits que pour lui, pour
le conserver, servir ses besoins, et exécuter ses facultés. En somme, la proposition de la pluralité du système nerveux est aujourd’hui presque généralement admise en physiologie. Tout récemment encore M. Charles Bell a fait des expériences pour prouver que les nerfs ont des fonctions différentes , suivant qu'ils proviennent de telle ou telie partie du cerveau , ou de la moelle épinière. En coupant sur un âne les branches du nerf facial qui se distribuent. aux narines, il a paralysé les narines , mais sans que la peau et les muscles de la face aient rien perdu de leur sensibilité : il y a plus même ; les muscles paralysés ne l’étaient que relativement aux mouvemens respirateurs et d'expression , et ils pouvaient exécuter d’autres mouvemens , ceux de la mastication, par exemple. Au contraire, en coupant le rameau maxillaire supérieur. de la cinquième paire , il a anéanti la sensibilité de la peau de Ja face, et a paralysé les muscles de cette partie; mais ceux-ci, incapables de la plupart des inouvemens,, de ceux de la mastication , par exemple, consérvaient leur puissance relativement à la respiration et à d'expression. De même, en coupant, sur un animal dont les épaules s'élèvent lors de la respiration, le nerf accessoire de Willis, il a paralysé les muscles de l’épaule et du col sous ce rapport; mais il les a vus rester aptes à produire d’autres mouvemens, Ainsi , non-seulement les nerfs du sentiment et du mouvement dans ces expériences se montrent distincts , mais encore les nerfs moteurs président chacun à des mouvemens spéciaux, et dans un même muscle on peut tour à tour paralyser l’un ou l’autre de ces mouvemens. M. Bell regarde comme. nerfs respirateurs , C'est-à-dire comme présidant aux
SYSTÈME NERVEUX. 219 mouvemens de la respiration, le diaphragmatique , le nerfwague , l'accessoire de Willis, le facial qu'il appelle le nerf respirateur de la face, ct un nerf qu'il appelle respirateur externe , et qui naissant sur les côtés du col, près le diaphragmatique , se porte à la partie antérieure du thorax. Or, il dit qu’en coupant successivement ces nerfs sur un animal qui respire fort, on empêche plusieurs muscles de prendre part äux mouvemens de la respiration , mais que ces muscles, paralysés sous ce rapport n'en sont pas moins aptes à entrer dans d’autres combinaisons de mouvemens.
Aussi, arguant de ces expériences ; de quelques faits d'anatomie comparée, et de quelques raisonnemens, M. Bell a émis , sur le système nerveux, quelques propositions qui nous paraissent aussi dignes d’être rapportées que les précédentes. Un organe, dit-il, qui ne sert qu’à une seule fonction , quelque parfaite que soit son action , n’a jamais qu’un seul nerf. Quand deux nerf, d’origine différente , se distribuent àune mêmepartié, c’est que cetle partie remplit une double fonction; de sorte queles nerfs que recoit un organe sont d'autant plus nombreux, que cet organe a des fonctions plus variées ; et que la pluralité des nerfs dans un organe sert, non àaccumuler en luita puissance nerveuse, mais à le rendre apte à des actions diverses. Certes ; on ne peut trouver aucunes propositions plus confirmatives de l’idée de la pluralité des systèmes nerveux. Appliquant ces idées aux nerfs de l’homme , il en fait deux classes ; ceux qu'il appelle réguliers, et qui communs à tous les animaux depuis les vers jusqu’à Yhomme , président en eux à la sensibilité générale et aux mouvemens volontaires; et ceux qu'il appelle érréguliers, surajOhtés aux précédens, à mesure que l’orga-
nisation des animaux offre des organes nouveaux ou plus compliqués. Les premiers naissent tous par deux racines ; l’une’, de la colonne antérieure de la moelle épinière , et l’autre , de la colonne postérieure , et ont des ganglions à l’une de leurs racines : de Jà ils se rendent de chaque côté à certaines parties, marchant perpendiculairement à la division longitudinale du corps , mais sans servir à établir des rapports entre les différens systèmes de l’économie : chez l’homme , ce sont les vertébraux , les sousoccipitaux et les trifaciaux. Les seconds ne naissent que parune racine , à laquelle n'existent jamais de ganglions ; et sans symétrie aucune dans leur distribution , ils se rendent à des organes qui sont déjà amplement pourvus des premiers , et y président à de nouvelles fonctions ; c’est par eux que sont établis les rapports des organes : M. Bell y comprend les troisième, quatrième et sixième paires encéphaliques, le facial , le nerf vague , la neuvième paire enc‘phalique, le glosso-pharyngien, l’accessoire de Willis, etc.
Ce dogme de la pluralité des systèmes nerveux, n'est point contredit du reste par l'union qui exisie entre tous ces systèmes, et la subordination dans laquelle se trouvent quelques-uns par rapport aux autres. Lorsque, dans ue machine quelconque , il y a plusieurs rouages , il faut bien qu'ils soient liés entre eux ; et dès lors l'inté-. | grité de la liaison devient une condition nécessaire pour que la machine agisse. Cela est surtout nécessaire si, parmi ces rouages , il en est quelques-uns qui doivent se subordonner les autres. Or, c’est ce qui est du cerveau, pour lequel les systèmes nerveux des sens , des mouvemens ; sont des instrumens secondaires , qu'il devra pouvoir à son gré mettre en jeu ou laigfer en repos.
3° Enfin , le système nerveux est-il homogène? Puisque le système nerveux n’est pas un , il ne peut être homogène ; au contraire, chacun des systèmes qui de composent doit avoir ses qualités propres , se distinguer des autres par ses propriétés physiques, son organisation , ses usages. Quelles différences , par exemple ; entre la mollesse , la rougeur des nerfs du grand sympathique ; la blancheur, la consistance des nerfs spinaux, la délicatesse des fibres du cerveau ? Qui ne distinguerait à la vue seule, et bien qu’isolés de leurs organes respectifs , un nerf optique , par exemple, d’avec un nerf olfactif? L'organisation dans chaque nerf est certainement différente ; la grosseur des filets, leur disposition,leur nombre, celui des plexus qu'ils forment dans son intérieur , tout varie ; et chaque nerf présente, sous tous ses rapports, l’uniformité la plus constante. Indépendamment de ces difiérences. dans la contexture du nerf, il en est aussi dans la nature intime de la fibre nerveuse elle-même ; et nul doute , par exemple , que l'optique ne soit seul apte à être affecté par la lumière , l’acoustique par le son , etc. Bonnet portait cette idée jusqu’au point de vouloir que chaque filet ait son organisation spéciale ; qu'il y ait, par exemple, dans l’optique , l’olfactif, des filets qui correspondissent à telles couleurs , telles odeurs. Chacun de ces systèmes d’ailleurs n’a-til pas son origine séparée, son modé particulier de renforcement, sa terminaison ? La constance avec laquelle un même nerf se rend toujours à un même organe n'est-elle pas une preuve qu'il est le seul apte à faire jouir cet organe de sa fonction ? Il y a plus même : chaque système nerveux recevant une ivritation différente, il fallait bien qu’il eût une organisation eppropriée à cette irritation, pour qu'il la transmit avec
ses qualités spécifiques. Enfin, ces systèmes ont chacun leurs fonctions particulières : les uns dirigent les organes de la vie automatique ; les autres , les organes des sens et des mouvemens; d’autres président aux facultés de l'esprit. En vain on voudrait arguer en faveur de la prétendue homogénité du système nerveux, des analises chimiques qui n’ont fait voir dans tous les organes nerveux que les mêmes élémens : ce n’est pas le seul cas où la chimie se montrera trop faible pour signaler des différences , que les phénomènes de la vie prouveront d’une manière incontestable. En vain encore, voudra-t-on arguer de prétendues métamorphoses d’actions nerveuses dans les maladies et le magnétisme , d'observations , parexemple , dans lesquelles tous les sens étaient exercés à la région épigastrique ; ces observations sont toutes suspectes ; et il est sûr que la différence des fonctions exécutées par chaque nerf , tient à la différence de la nature intime de ces nerfs, etnon , comme on l’a ditlong-temps, à celle des organes auxquels ils se terminent.