‹ Physiologie de l'homme (volume 4)Chapitre 22 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mécanisme de la Fonction de la Sensibilité.

Nous avons dit que la sensibilité était la fonction à laquelle nous devons d’avoir des perceptions, d’éprouver des sentimens. Destinée à nous guider dans l’établissement des rapports extérieurs que réclame notre vie, nous lui devons deux sortes de notions ; celle de l'univers extérieur avec lequel tout animal a des contacts inévitables, et dans lequel il puise ce qui est nécessaire à sa nutrition et à sa reproduction; celle de nous-mêmes , et des besoins qui intéressent notre conservation et le rôle

auquel la Providence nous a appelés. C’est une fonction multiple , embrassant un très - grand nombre d’actes que nous rapportons à deux ordres : 1° les sensations proprement dites, qui se composent de toutes les actions par lesquelles l’âme perçoit une impression éprouvée par un organe quelconque du corps; 2° les facultés intellectuelles et affectives, qui sont les opérations de l’âme elle-même. Nous allons en traiter successivement; et, après avoir ainsi acquis la connaissance de tous les actes sensoriaux, nous terminerons par quelques considérations sur le plaisir et la douleur , qui sont les deux types sous lequel tous se présentent.

ARTICLE [®

Des Sensations.

Quoique les actes intellectuels et moraux soient , à parler rigoureusement , des sensations, puisqu'ils consistent en des perceptions, on n’appelle généralement sensations que les actes divers par lesquels l'âme a la perception d'une impression éprouvée par un des organes du corps. Ainsi, l’action par laquelle l’ame perçoit lPimpression que la peau recoit par le contact d’un corps étranger , et qu'on appelle ft ; cette autre par laquelle elle percoit l’impression qu’éprouve l’estomac qui réclame des alimens , et qu’on appelle faim , sont des sensations. Une sensation est, comme le dit M. Gall, la perception d’une irritation quelconque.

Ces sensations sont fort nombreuses dans l’économie de l'homme; et, d’après la cause qui détermine l’impression qu’éprouve l'organe, on les divise en deux sections : les externes et les internes. Les premières sont

celles dans lesquelles la cause de l'impression est le contact d’un corps étranger, comme cela est dans ce qu’on

appelle les sens. Les secondes sont celles dans lesquelles .

celte cause est organique ,, interne , comme dans les sentimens de la faim , de la soif, etc.

Nous verrons que les unes et les autres de ces sensations sont également les sauvegardes de l’économie : les sensations externes accusant la présence des corps extérieurs avec lesquels nous avons des contacts continuels et inévitables, dans lesquels nous puisons ce qui est utile à l’entretien de notre vie ; les sensations internes nous avertissant de nos divers besoins, et étant les sentinelles du dedans comme les sensations externes sont celles du dehors. Mais, avant de traiter en particulier des unes et des autres , il faut dire ce qu’elles ont de commun.

Toute sensation, soit de santé et externe ou interne , soit morbide et constituant une douleur, bien qu’on la rapporte à l'organe qui éprouve immédiatement limpression qui en est la cause , a besoin pour être produite de l'intermédiaire du cerveau , ce même organe que nous verrons être le siége des facultés intellectuelles et affectives. Il semble que l'organe éloigné ne fasse qu'éprouver l'impression; et que ce n’est que lorsque cette impression a été portée au cerveau et travaillée par cet organe , que la sensation est produite. Voici les faits qui sont la preuve de cette proposition : 1° si le nerf d’une partie sensible quelconque , de l’organe d’un sens, de celui qui est le siége d’une sensation interne , d’une douleur , est lié , coupé, comprimé , et qu'ainsi l’organe sensible ne communique plus avec le cerveau; si ce nerf est imprégné d’opium , substance qui a la propriété d’engourdir laction nerveuse; en vain la cause de l’impression est appli-

quée à l'organe , el probablement l'impression éprouvée par lui, la sensation n’est pas produite. Des expériences directes, des observations de maladie , ont mille fois constaté ce fait; 2° sile cerveau ne péut pas agir, soit parce qu'il est lésé et comprimé , comme dans les plaies de tête; ou parce qu'il est engourdi par de l’opium, plongé dans le sommeil; soit parce que son activité est toute employée à ses actions propres, à des méditations intellectuelles, par exemple; c’est encore vainement qu'un organe est dans les conditions propres à éprouver une impression sensilive , la sensation n’est pas produite non plus; 5° si, au contraire, l’action du cerveau est excitée par la volonté , l'attention, des impressions qui semblaient faibles ou même n'étaient pas perçues , paraissent alors fortes et intenses; 4° enfin , il est des cas où le cerveau seul engendre la sensation , sans qu’existe l'impression qui en est la cause occasionelle; dans les rêves, par exemple, où l’on entend des sons, où l’on voit des objets, bien qu'à coup sûr l’oreille et l'œil n’aient pas recu les impressions qui correspondent à ces sensations ; dans les aliénations où les malades accusent des sensations qui ne sont aussi engendrées que dans leur cerveau. Ces faits incontestables prouvent que toute sensation , quoique rapportée par notre sentiment intime à une partie autre que le cerveau , réclame l'intervention de ce cerveau pour être produite.

Les physiologistes ont varié sur Pexplication qu’ils ont donnée de ces faits : la plupart ont dit que les organes sensibles ne produisaient pas eux-mêmes la sensation qui leur est rapportée, mais qu'ils ne faisaient qu’en éprouver l'impression , et que c'était le cerveau qui, en percerant cette impression, la constituait sensation.

D’autres ont cru expliquer ces faits par la dépendance dans laquelle sont de l’encéphale les diverses parties nerveuses , dépendance que nous avons dit être d'autant plus grande que les animaux sont plus élevés dans léchelle animale , plus âgés , et que la fonction à laquelle préside la partie nerveuse est plus élevée dans lanimalité : alors les sensations seraient en entier produites dans les organes auxquels notre âme les rapporte. M. Gal! est surtout celui qui a émis cette opinion dernière ; sans laffirmer , il la met en doute, et cite à l'appui les considérations suivantes: 1° qu’il y a des animaux qui sont sensibles, et qui, cependant, n’ont pas de cerveau: 2° que le degré de sensibilité des organes paraît être en raison du nombre et de l’état des nerfs qui s’y distribuent, et non en raison du volume du cerveau ; que, par exemple, souvent dans les animauxles sens sont trèsexquis, quoique le cerveau soit petit; 5° que des acéphales, des animaux décapités ou auxquels on avait enlevé le cerveau, ont encore exécuté pendant quelque temps des mouvemens volontaires , et, par conséquent , percus; 4° que le cerveau lui-même paraît insensible, quand on le coupe ; 5° que chaque sens ayant son ganglion d’origine, ses renforcemens spéciaux, son épanouissement final , paraît former un tout , et, d’ailleurs, est généralement trop compliqué pour n'avoir à effectuer qu'un usage aussi borné, celui de recevoir une impres-. sion; 6° qu'enfin, on a des exemples de personnes qui, ayant perdu un sens, avaient perdu aussi toutes les idées qui se rapportent à ce sens.

Mais , de ces deux explications, la première nous paraît préférable; et, en effet, on peut réfuter chacun des argumens de M. Gall. Est-il réellement un animal avec

DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL, 221 système nerveux et sensibilité évidente , qui n’ait pas de ganglion central ou de cerveau ? Sans doute , l'état et le nombre des nerfs d’un organe influent sur le degré de sensibilité de cet organe ; mais c’est seulement comme effectuant l'impression sensitive, et non comme la perceyant ; les nerfs des organes n’ont que la faculté de recevoir, de propager les impressions, et non celle de les percevoir; de même que les muscles n’ont que la faculté d’exécuter les contractions , et non celle de les vouloir. Les mouvemens qu’on dit avoir observés dans les ani-maux décapités et les acéphales, étaient-ils bien des mouvemens volontaires et perçus ? Très-probablement ils n’en avaient que l'apparence, et ont été produits dans le même ordre que s'ils avaient été volontaires , à cause de l’arrangement organique des parties ou de l'habitude. Si le cerveau est insensible à une irritation extérieure, ce qui d’ailleurs est contestable, cela ne prouve rien dans

la question dont il s’agit; car il faut distinguer dans cet organe la faculté qu’il a de recevoir une impression qu'il a comme toute autre partie, de celle qui lui est propre, de percevoir les impressions. Si, évidemment, c’est le cerveau qui perçoit les impressions des sensations internes de la faim, de la soif, il doit de même percevoir celles des sens externes : ce qu'il y a de compliqué d’ailleurs dans les organes des sens, n’a trait, comme on le verra, qu’à la partie physique des sens, et, par conséquent , à l’action d'impression. Enfin , beaucoup de personnes qui avaient perdu des sens , ont conservé les idées qui semblaient appartenir à ces sens ; et, d’ailleurs, la formation des idées est étrangère à l’action des sens, et est une œuvre de l’entendement seul.

Ainsi, nous pensons que les organes auxquels nous

rapportons nos diverses sensations , ne font qu'éprouver, effectuer une impression , et que c’est le cerveau qui, en percevant cette impression, fait la sensation. De là, nous conclurons que , dans l’étude de toute sensation , il y a trois choses à examiner, l’action de l'organe , auquel la sensation est rapportée, et qu’on appelle l'émpression; l’action du cerveau, qui perçoit cette impression et la constitue sensation; et, enfin, l’action de l'or. gane intermédiaire à l’un et à l’autre, et qui conduit l'impression du premier au second. Enfrons dans quelques détails sur ce triple objet.

1° Action d'impression. À légard de cette action, nous professerons les deux propositions suivantes : qu'il n’est aucun organe du corps qui ne puisse l’exécuter, et qui, par conséquent, ne puisse être dit sensible ; et que tout organe doit cette faculté aux nerfs qui entrent dans sa composition. En vain on à contredit, nié même l’une et l’autre de ces propositions; elles nous semblent: incontestables.

D'abord, nous disons que toute partie quelconque du corps, peut développer, par une cause externe ou organique, l'impression qui est la base de la sensation, ou autrement peut se montrer sensible. En cela, nous sommes en opposition avec Haller , qui a déclaré qu’il y a dans notre corps des parties qui sont toujours et tout-à-fait insensibles. Mais l'erreur dans laquelle est tombé ici ce physiologiste tient à la base sur laquelle il avait fait porter son jugement. Ï avait prononcé d’après des expériences faites sur des animaux vivans, d’après des vivisections. Prenant des animaux de différentes espèces et de différens âges , il mettait successivement à nu les différentes parties de leur corps; et, après avoir

DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL. 2923 attendu quelque temps pour laisser ces animaux se remettre de leur effroi, il soumettait successivement , et tour à tour, chacune de ces parties à quelque irritation physique ou chimique : par exemple , il les pinçait, les piquait , les coupait, les bràlait avec le feu ou un caus: tique, etc.; et il jugeait ensuite par l'agitation et les cris de l’animal, ou par sa tranquillité et son silence, sices parties étaient sensibles ou non. Arguant d’expériences de ce genre , et répétées à l'infini, aller partagea toutes les parties de notre corps en deux classes : les sensibles, savoir : la peau, les muscles, les diverses membranes muqueuses , le cœur un peu, les glandes, les viscères, les mamelles, le pénis, la langue, la rétine , l'iris, la choroïde et les nerfs ; et les insensibles, savoir : l’épiderme , la graisse et le tissu cellulaire, les tendons , les ligamens , les capsules articulaires , le périoste , les os, la moelle, les méninges, les diverses membranes séreuses, les artères , les veines.

Mais qui ne pressent les objections qui peuvent. être faites à Haller : 1° chaque partie a sa sensibilité spéciale, et ne développe de la sensibilité que sous l’influence d’un irritant déterminé ; et il résulte de là que , pour oser aflirmer qu’une partie est vraiment insensible , il faut avoir essayé sur elle tous les genres d’irritant, ce qui est impossible. Souvent une partie qui, jusqu'alors, avait paru être insensible , parce qu’on ne lui avait appliqué que les irritans ordinaires , tout à coup s’est montrée sensible , parce qu’on lui en a appliqué un nouveau. Ainsi, Bichat ayant vainement torturé de mille manières les ligamens, sans les trouver sensibles, a mis en évidence leur sensibilité, en les soumettant à une distension. Gette sensibilité spéciale des parties est si réelle,

224 FONCTION DE LA sensBirré:

qu'un même organe paraît tour à tour être sensible et insensible, selon qu'on l'irrite par tel ou tel excitant ; 2° Haller, pour constater la sensibilité d’une partie, la soumettait seulement à une irritation externe; il ne tenait-nul compte des irritations organiques que l’état de maladie peut y développer; or, celle-ci n’en annonce pas moins la faculté d’être sensible; et, sous ce rapport, il n’est aucune partie qui ne puisse la manifester : il n’est aucune partie du corps qui ne puisse, par la maladie, devenir douloureuse.

D'ailleurs, il aurait sufli de la diversité des résultats accusés par {aller et ses disciples sur la sensibilité ou l'insensibilité de nos parties , pour juger de l’insuflisance du moyen employé par eux. Beaucoup de physiologistes répétèrent les expériences de aller, et le fer et le feu à la main , allèrent à la découverte de la douleur dans le corps palpitant d'animaux ; mais souvent ils annoncèrent des résultats contradictoires. Par exemple, Æaller, avec Castelli, Zimmermann , Bordenave, Housset, avait dit insensibles les tendons, les ligamens, le périoste, que J'opinion du temps présentait comme doués d’une grande sensibilité, et dont on croyait, à cause de cela, les plaies très-dangereuses ; et, au contraire, Boëérhaave, Le Cat les disaient très-sensibles. La moelle, que /alles avait dite insensible, fut déclarée sensible par Duverney , Deventer. I en fut de même de la dure-mère que, contre l'autorité de Baglivi, Haller avait dite insensible, et qui fut déclarée d’une sensibilité exquise par Benefeld , etc. Cependant tous arguaient d’expériences. Leurs dissidences sur un point qui devrait en être exempt, puisqu'il s’agit d’un fait, s'expliquent aisément : 1° l’ef- {roi de l'animal pouvait en imposer; d’un côté, faire

croire sensible une partie qui ne l’est pas, l’animal criant et s’agitant par crainte, ou par suite des douleurs qu’il redoute ou qu’il a déjà éprouvées; de l’autre , faire croire insensible une partie qui est sensible, parce que la nouvelle douleur qui résulte de son irritation, est couverte par le trouble général; 2° les différens expérimentateurs n'avaient pas pris, sans doute , un égal soim d'isoler des parties qu'ils irritaient, les nerfs qui pouvaient y être accolés , et qui de toute évidence sont sensibles; 3° ils n'avaient pas également égard à l’état du centre de perception au moment de l’expérience. Nous avons prouvé plus haut que c’est le cerveau qui , en percevant l'impression, la constitue sensation ; que si cet organe n’agit pas, en vain l'impression est éprouvée ; que les sensations sont faibles ou fortes, selon l’attention qu’on y apporte; or, dans quels états divers d’excitation et de stupeur peut se trouver le cerveau d’un animal rempli de crainte, et qu’on tourmente par la douleur ? 4° Enfin , les expérimentateurs employaient des irritans divers; et, comme chaque partie a sa sensibilité spéciale, n’est sensible qu’à tel irritant, telle partie qui aura paru insensible à un expérimentateur , parce qu'il ne lui appliquait qu'un seul excitant, se sera montrée sensible à un autre qui lui en aura appliqué un nouveau.

Toutelois, puisque toute partie du corps peut, par cause organique , interne , développer de la douleur; puisque , pour assurer qu’une partie est inapte à être sensible par cause externe , il faudrait avoir essayé sur elle tous les irritans de ce genre, ce qui ne peut être fait ; nous concluons que toute partie du corps est apte à développer une impression sensitive. Nous ajouterons

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seulement, que , dans l’état actuel de la science, il est certaines parties du corps qui ne. se sont pas montrées sensibles sous l'influence des irritans externes , quelque variés qu’aient été ces irritans ; savoir : les os, les cartilages , tous les organes fibreux , etc.

Voilà pour notre première proposition : quant à la seconde , que toute partie doit sa sensibilité aux nerfs qu’elle contient , aller Pavait consacrée. Ce physiologiste, voyant que toutes les parties qui, dans ses expériences , s'étaient montrées sensibles, offraient des nerfs. dans leur texture ; que les parties insensibles, au con-

“traire , paraissaient n’en point avoir ; que les nerfs étaient

les parties qui avaient accusé la plus vive sensibilité ; que des parties sensibles avaient cessé de l'être, quand on avait altéré leurs nerfs; Haller avait conclu de ces observations , que la sensibilité était l’apanage exclusif du système nerveux ; que toute partie sensible ne l'était que par les nerfs qu’elle possède; et qu’il n’y a que les parties qui recoivent des nerfs qui soient sensibles,

Quelques physiologistes l'ont aussi combattue, et la mettent en doute encore aujourd’hui. Ils se fondent : 1° sur ce que, dans les derniers animaux, il n’y a pas de système nerveux distinct; 2° sur ce que la sensibilité dans un organe n’est pas toujours en raison du nombre et du volume des nerfs qu’il recoit ; et que, tels organes, quoique recevant peu de nerfs, sont plus sensibles que tels autres qui en recoivent davantage: 3° sur ce que beaucoup.de parties où l'anatomie ne peut découvrir de nerfs, sont cependant sensibles à divers excitans, les ligamens , par exemple; 4° enfin, sur ce qu'il y a beaucoup de. parties du. corps dans lesquelles on n’a pas dé-

couvert de nerfs , et qu'il n’en est cependant aucune qui ne puisse devenir sensible en maladie.

Mais on peut répondre à chacun de ces argumens. D'abord, si le système nerveux n’est pas distinet dans les derniers animaux, la sensibilité n’y est pas évidente non plus; nous avons dit qu’il était impossible de l'y démontrer d’une manière rigoureuse. En second lieu , le nombre et le volume des nerfs ne sont pas les seules : conditions qui règlent la sensibilité d’une partie; celle-ci peut tenir aussi à la nature intime et spéciale du nerf, à la manière dont ilsetermine et sedispose dansle parenchyme de l'organe. Enfin, est-il réellement quelqu'’une de nos parties où il n'existe pas de nerfs ? Il est vrai que: l'anatomie n’en démontre pas dans toutes; mais y manquent-ils pour cela ? Suit-on davantage dans les organes les dernières ramilications des vaisseaux? Il est très-probable que les filets du nerf grand sympathique , au moins, sont aussi répandus que les vaisseaux artériels qu’ils en-veloppent, et qu'ils sont, comme eux , un des élémens générateurs de’ toutes les parties. C’est ce que pense M. Chaussier , qui appelle nerfs staminaux ces filets. nerveux perdus ainsi dans le parenchyme des parties. Comment concevoir sans cela cette dépendance dans laquelle toute partie est d’une influence nerveuse? H. resterait alors à expliquer comment une partie primitivement insensibie , devient tout à coup sensible par Fétat maladif; car , on sait que les nerfs du grand sympathique ne donnent pas à l’âme , dans l’état ordinaire de leurs fonctions , la conscience des impressions qu'ils. éprouvent. Or, n'est-il pas facile de supposer que l'état maladif leur fait revêtir tout à coup cette disposition in—

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connue qui, de sourds qu'ils étaient aux impressions qu'ils recevaient , les rend aptes à les annoncer ? Toujours est-il que, dans cette question, on se trouve dans l'alternative également non démontrée , ou d’admettre de la sensibilité sans le secours des nerfs , ou de croire à des nerfs dans des parties où notre grossière anatomie n’en peut trouver; et, dès lors, il me paraît plus raisonnable de se ranger de ce dernier parti.

Aïnsi, l’action d'impression aura lieu dans les nerfs de la partie à laquelle est rapportée la sensation. Du reste, elle varie autant qu’il y a d'espèces de sensations, et c’est son étude qui fera l’objet spécial de l’histoire de chaque sensation en particulier. Nous pouvons conséquemment ne pas nous étendre davantage sur elle.

2° Action de perception. De toute évidence elle a lieu dans le cerveau; c’est ce qui résulte des faits par lesquels nous avons prouvé la nécessité de l’intervention du cerveau pour la production de toutes sensations , et qu’il est inutile de répéter. Mais en quoi consiste-t-elle ? Nous sommes arrêtés dès ce premier pas ; nous ne voyons pas le cerveau agir ; l’action à laquelle il se livre est trop moléculaire pour être apercue par quelques-uns de nos sens; elle ne nous est manifestée que par son résultat, qui est la perception. De plus, l'essence de cette action n'est pas plus pénétrable que celle de toute autre, et nous ne pouvons qu'indiquer celles des forces auxquelles on peut la rapporter. Or, il est évident que ce ne peut être à aucune force physique ou chimique, et que, par conséquent, cette action est de celles qui sont exclusives aux Corps vivans, et qu’on appelle organiques et vitales. On verra que trop souvent c’est là le seul terme

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auquel nous arrivons dans l'étude des phénomènes de la vie, c’est-à-dire que nous consacrons seulement leur opposition avec les phénomènes de la nature morte. Du reste, on voit que, dès la première action que nous avons à analiser, nous nous montrons fidèle à l’ordre de discussion que nous avions annoncé. Seulement nous ajouterons que cette action de perception se produit avec rapidité; qu'elle est l’œuvre du cerveau , puisquersi ce cerveau est malade , ou engourdi par le sommeil, ou livré à ses autres opérations , la perception n’a pas lieu; puisque , par un long exercice, cet organe se fatigue, et a besoin de se reposer pour pouvoir agir de nouveau. Nous dirons encore qu'elle est la même en toute sensation que ce soit, de sorte que désormais elle ne nous occupera plus. On a cherché enfin, s'il est une partie du cerveau qui en soit plus spécialement l’agent , ou sisa masse entière y concourt. C’est la première de ces propositions qui est la vraie. Il est sûr qu’on peut enlever plusieurs couches de l’encéphale sur des animaux vivans, sans anéantir la faculté de percevoir les sensations. Des expériences récentes des DD. Rolando et Flourens , qui consistent à enlever ou détruire diverses portions cérébrales sur des animaux vivans , l’ont mis hors de doute. Mais alors quelle est précisément la partie de l’encéphale qui effectue les perceptions ? d’après ces mêmes expériences , il est sûr que ce sont les hémisphères cérébraux ; etque c’est jusqu’au lieu où les tubercules quadrijumeaux adhèrent à la moelle allongée, que les impressions doivent parvenir pour être perçues.

5° Action conductrice des nerfs. Enfin , puisqu'il n’y a de sensation produite qu’autant que l'action d’impres-

sion éprouvée par un organe est perçue par le cerveau, on conçoit qu'il faut qu’un organe intermédiaire transmetie cette impression, dé l'organe qui l'eflectue , au cerveau qui la perçoit, et cet organe est un nerf: C’est ce qui résulte des mêmes faits que nous avons présentés plus haut. Si le nerf intermédiaire au cerveau , et à une partie sensible quelconque , est lié, coupé, comprimé, imprégné d'opium, désorganisé; en vain l'organe de la perception sera intègre , et même tenu en éveil par l’attention et la volonté pour opérer la perception; en vain l'impression sera éprouvée par l'organe éloigné; la sensation ne sera pas produite : c’est ce qu'ont montré beaucoup d'expériences directes, beaucoup d’observations de maladies. Cela n’a jamais été mis en.doute pour les sensations externes. Bichat et Buisson ont voulu le contester pour les sensations internes, et cela, parce que souvent les organes de ces sensations internes ne paraissent pas avoir de nerfs ; mais nous répondrons toujours que, dans l’alternative où l’on est alors d'admettre de la sensibilité sans nerfs , ou de croire que des nerfs existent dans des parties sensibles, bien que l'anatomie ne les fassé pas découvrir , la dernière opinion nous paraît ioujours la plus raisonnable.

En quoi consiste celte action conductrice du nerf? Nos sens ne peuvent non plus la saisir, et elle n’est éga: lement connue que par son résultat ; elle est aussi ignoe rée que l’action percevante du cerveau, et 6n ne sait d'elle que son opposition avec toute action physique où chimique, et son admission au rang des actions organiques et vitales.

Les physiologistes , à la vérité, ont été plus ambitieux,

et leur imagination s’est exercée à scruter le mécanisme de cette action de transmission des nerfs. Deux hypothèses principales ont été faites. Dans l’une, on admet que le cerveau sécrète un fluide subtil , qui circule dans Jes nerfs , des parties au cerveau, pour y conduire les impressions qui sont la matière des sensations, et du cerveau aux muscles et aux parties, pour y portér les ordres de la volonté et distribuer l'influence nerveuse dont toutes ont besoin. Dans l’autre , les nerfs sont considérés comme des cordes qui, ébranlées par l’excitant dans les sensations, et par le cerveau , lors des déterminations de la volonté et de l'influence nerveuse, transmettent mécaniquement leurs vibrations des parties au cerveau , dans le premier cas, et du cerveau aux parties, dans le second. Faisons remarquer, en effet, que , comme les nerfs sont aussi les conducteurs des ordres de la volonté et de l’influx nerveux dans l'innervavation , il fallait que l'hypothèse imaginée püût convenir à ce triple office , et cela ajoutait à la difficulté. L'hypothèse du fluide nerveux , des esprits animaux a jé la plus répandue. ippocrate , Galien, les Arabes ét la plupart des anatomistes des dernierssiècles, Hurvée, Bartholin , Spigel, Vieussens, Willis ; Borelli, Baglivt, Boërhaave, Haller, etc. , en ontété successive ment les sectateurs. Ils arguaient ‘des considérations suivantes : 1° le cerveau, auquel paraissent aboutir tous les nerfs, recoit à peu près le tiers de tout le sang du corps ; c’est beaucoup plus qu’il ne dui faut pour sa nutrition; et c’est déjà une présomption pour croire que ce cerveau est chargé d’une sécrétion ; 2° les nerfs paraissent être une continuation de la substance médullaire

du cerveau : or, d’après Malpighi, on considérait cette substance médullaire comme une réunion de tubes sécréteurs émanés des glandes dont on disait composée la substance grise ; il était doncnaturel de regarder comme des vaisseaux les nerfs qu'on disait une continuation de cette substance médullaire; 3° cela devait paraître d’autantplus probable,quelaligature de ces nerfs n’interrompt leurs fonctions , que dans la partie du corpsqui est située au-dessous de la ligature ; qu’une irritation de ces nerfs ne se fait sentir de même qu'aux ramifications qui sont au dessous du lieu qu'on irrite. Bellini, par exemple, en irritant le nerf phrénique, a vu l'effet de l’irritation ne se manifester jamais qu’au-dessous du point irrité; de sorte qu’il semblait suivre la marche du fluide nerveux ; 4° sans cette disposition supposée vasculaire des nerfs, on ne concevrait pas enfin, comment les nerfs pourraient agir, étant. composés comme ils le sont de filets très-fins, et séparés dès leur origine les uns des autres. ;

Seulement, les fauteursde ce systèmedifférèrententre eux, relativement à la manière dont ils appliquèrent Jhypothèse générale à la triple fonction des nerfs, et relativement à la nature qu'ils assignèrent au fluide nerveux. Ainsi, sous le premier point de vue , Baglivi et Pacchiont, qui avaient établi que les méninges étaient l’organe et le siége de la sensibilité , professèrent que le névrilème était la seule partie des nerfs qui effectuait Faction de transmission dont nous nous occupons : mais Monro a expérimenté sur le nerf sciatique d’une grenouille , qué ce névrilème est aussi insensible que le sont

les méninges elles-mêmes. D’autres fondirent les deux

hypothèses , et dirent que les nerfs agissaient par vibra. tions pour conduire les volitions, et que c’élait par le fluide nerveux qui circule en eux qu'ils étaient les conducteurs des impressions sensitives; ou bien, tout au contraire, que c'était par vibrations mécaniques qu'ils transmettaient les impressions, et par le fluide nerveux qu'ils portaient les ordres de la volonté et l’influx vital. Zimermann , par exemple, a émis la première opinion, et Le Cat la seconde. Hérophile distinguait deux espèces de nerfs, des sensitifs solides, et agissant par vibrations , et des-moteurs , creux , et agissant par l’intermède du fluide qui circule en eux. Il en était de même de Galien qui en reconnaissait de trois espèces , des sensitifs qui étaient mous, des moteurs qui étaient durs, et des miles qui avaient ces deux facultés à la fois : les premiers venaient du cerveau; les seconds de la moelle spinale; les troisièmes de ces deux centres à la fois. Willis admitaussi cette distinction , ainsi que Boérhaave qui faisait sécréter les esprits animaux pour les sensations et les mouvemens dans le cerveau, et les esprits vilaux pour l’innervation dans. le cervelet. Enfin , quelques-uns ont, avec Lieutaud, admis deux fluides nerveux, un plus subtil présidant aux sensations, un autre plus matériel présidant aux mouvemens; du reste, l’un et l’autre si déliés qu’ils pouvaient semouvoir ensens inverse dans lemême nerf, absolument commeles rayons sonores et lumineux se meuvent dans l’air sans se confondre.

Sous le second point de vue, /lippocrate disait les esprits animaux de nature aérienne, et les faisait provenir de l'air atmosphérique , qui, lors de la respiration, parvenait par le nez au. cerveau, et était élaboré par cet organe ; Sylvius les disait un esprit-de-

vin subtil; d’autres, un sel volatil huileux , un esprit recteur universel ; l’ieussens en a fait un air subtil imprégné de nitre; Descartes, un éther, une matière ignée ; F'lemming est allé jusqu’à en ‘indiquer les élémens constituans; savoir : de l’eau, de l'huile, un sel animal et une terre. La plupart les assimilèrent au fluide électrique. Haller leur assigna pour caractères , 1° d’être très-mobiles , afin de pouvoir transmettre avec une rapidité vraiment merveilleuse, et les impressions des sensations , et les ordres dé la volonté ; 2° d’être trèsfluides, pour pouvoir se mouvoir avec tant de vitesse; 8° d’être très-fins , pour pouvoir circuler en des canaux si ténus qu’on ne peut les apercevoir ; 4° d’être cependant assez matériels pour pouvoir être contenus dans des vaisseaux et arrêtés par des ligatures ; 5° enfin de n’avoir aucunes qualités sensibles, ni odeur, ni saveur, afin de ne pas modifier les qualités des impressions dont ils sont les conducteurs: Nous nous abstenons de toutes réflexions sur ces idées qui sont évidemment toutes hypothétiques , et que nous ne rapporlons que comme partie historique de notre science.

L'hypothèse des vibrations , quoique aussi ancienne , et remontant également au temps d’AJippocrate , a été bien moins généralement admise. On peut lui opposer en effet que les nerfs sont mous, non tendus, non libres dans leur trajet , et, par toutes ces rai$ons, incapables de vibrer: qu'ils ne sont pas fixés à leurs extrémités ; que formés d’un grand nombre de filets renfermés dans un même névrilême, ces filets devraient se communiquer aisément leurs vibrations respectives, ce qui devrait amener de la confusion dans les sensations et les autres actions nerveuses.

De nos jours , ces deux hypothèses sont également récusées; on avoue que l’action du nerf échappe à nos sens ,et qu'on ne voit d’elle que son opposition avec toute action physique ou chimique quelconque. Si on se laisse aller à quelque conjecture sur ce qu’elle peut être en elle-même, on suppose à là vérité quelque chose d’analogue aux deux systèmes que nous venons de faire connaître ; mais on avoue que ce ne sont que des conjectures , et d’ailleurs là chose est concue moins mécaniquement. Ainsi, remarquant que les phénomènes les plus éminens de la nature, les plus fortes détonations, parexemple, sont dus à l’action de fluides si subtils qu’ils sont impondérables , tels que le calorique , la lumière , le fluide électrique; on à supposé qu'un fluide de ce genre circule dans le système nerveux , et préside à toutes les fonctions de ce système ; soit que ce fluide soit fabriqué en entier par te système et sécrété du sang par l’action de la substance grise , soit qu'il soit absorbé dans l'univers ; de manière toutefois à ce que , dans les deux cas , il soit la cause de la ” vie. Voilà une théorie qui se rattache , comme on voit, à celle des esprits animaux. D'autre part , quelques personnes professent encore le système dés vibrations , mais en admettant nôn plus une oscillation du nerf en masse, mais seulement des vibrations de chaque molécule du nerf , se transmettant successivement des ‘unes aux autres.

Nous nous bornons donc à dire que le nerfest le moyen de transmission, en avouant que mous iénorohs comment il'opère. Nous savons seulement que la transmission es£ rapide , et-que le nerf agit pour l’effectuer ; puisque, s’il est malade, la transmission ne se fait plus, et que, par

un long exercice, ce nerf se fatigue, et a besoin de repos pour recouvrer son aptitude à agir. Nous ajoutons que celte action de transmission est la même en toute sensation que ce soit; peut-être même n’est-elle que l’action d'impression qu'a effectuée dans l'organe éloigné l’extrémité du nerf, et qui se continue dans toute la longueur de ce nerf; de sorte que ces deux actions ne seraient séparables qu’aux yeux de l'esprit.

Telles sont les trois actions du concours desquelles résulte toute sensation quelconque. On voit dès lors combien il est impropre de dire quenous sommes passifs dans toutes nos sensations. Dans quelque sensation que ce soit , il faut toujours le concours de trois organes ; et il suffit qu’un seul n’agisse pas pour que la sensation ne soit pas produite. De ce qu’un excitant extérieur , affecte nécessairement un sens, par cela seul qu’il lui est appliqué , il ne s'ensuit pas que ce sens soit passif dans la production de la sensation; celle - ci est au contraire le fruit de son activité propre : et ce qui le prouve, c’est que la sensation n’est plus produite après la mort ; c’est que , pendant la vie, elle varie par l’état de santé et de maladie ; c’est que, dans la santé, elle est influencée pag la volonté qui.érige en quelque sorte le sens pour qu'il réponde mieux à l’excitant.

Mais venons à l’histoire de chacune des sensations en particulier. Nous partageons en deux classes celles qui sont propres à l’état de santé, savoir les externes et les internes ; nous allons en traiter successivement, et dans une troisième classe nous parlerons de celles qui n’éclatent que dans les maladies , c’est-à-dire des douleurs.

PREMIERE CLASSE DES SENSATIONS, Sensations externes.

Les sensations externes sont celles qui résultent du contact d’un corps étranger sur quelques-unes des parties du corps, qui sont produites par le contact d’un corps étranger à la partie à laquelle on les rapporte. Nous n’indiquons pas seulement pour caractères de ces sensations qu'elles soient le produit d’un corps étranger , car elles peuvent résulter du contact d’une des parties du corps humain lui-même sur une autre , ou de celui d’une de ses excrétions , et peut-être répugnerait-on alors à considérer les corps qui sont ici au contact comme étrangers ; mais nous disons que, dans toute sensation externe , la cause de l’impression consiste dans le contact d’un corps, qui est extérieur à la partie à laquelle on rapporte la sensation.

Nous les subdivisons en deux ordres : celles qui fondentles sens proprement dits, et à l’aide desquelles l'esprit acquiert la notion des corps extérieurs et de leurs diverses qualités : et celles qui, reconnaissant pour cause un contact, cependant ne sont pas pour l'esprit une lumière ; d’autre part, ne sont pas des sensations morbides , des douleurs; et, à ce double titre, doivent constituer un ordre à part, comme le chatouillement, le prurit ou dé- Mmangeaison , etc.

I, OnDre. — Sens externes.

Les sens externes sont des organes qui subissant le contact des divers corps extérieurs , font par suite éprou:

ver des sensations à l’aide desquelles l'esprit acquiert la notion de ces corps et de leurs qualités. Ils sont des instrumens qu’emploie l'esprit pour arriver à la connaissance du monde extérieur. Ils varient en nombre et en délicatesse dans les divers animaux; et leur puissance réunie fixe seule la somme des connaissances que nous pouvons acquérir sur l’univers. L’homme en a cinq : le tact ou le toucher, le goût, Vodorat , Vouie et la vue. Âvant de faire l’histoire particulière de chacun d’eux, ous allons présenter quelques considérations générales, qui sont communes à tous.

D'abord , puisque les sens sont destinés à nous faire connaître par un contact les divers corps de l’univers et les qualités extérieures de notre propre corps , on conçoit que leurs organes doivent être placés Lous à la périphérie du corps, ou au moins y aboutir. C’est ce qui est en effet. L’organe du tact et du toucher est la peau , qui forme la surface exterieure du corps. L’organe du goût est la membrane qui revêt la surface supérieure de la langue; l'organe Ge l'odorat, celle qui tapisse l'intérieur du nez; et ces deux membranes communiquent librement à l'extérieur par des ouvertures , qu toujours béantes, ou que nous pouvons ouvrir à volonté. Enfin, il en est de même de l'oreille qui est l'organe de l’ouie , et de Pœil, qui est celui de la vue. Ainsi, déjà les organes des sens sont constamment exté:ieurs.

En second lieu, par cela seul qu’ils sont situés à la périphérie du corps, et parce qu'ils sont chargés d’une fonction de relation , ils sont symétriques, c’est-à-dire, ou formés de deux moitiés semblables , ou pairs. La peau, la langue, le nez sont dans le premier cas , et l'oreille et l'œil dans le second.

SENS EXTERNES. 299 En troisième lieu, quelques simples ou compliqués que soient les organes des sens , on peut toujours faire en eux la distinction de deux parties principales : 1° une nerveuse, qui est située plus profondément , et qui, étant celle qui, par le contact du corps extérieur, développe l'impression d’où résulte la sensation , est la plus importante ; 2° une autre placée au-devant de celle-là , destinée à recevoir préalablement le corps extérieur , et à le lui appliquer convenablement , et, à cause de cela, géné- ralement calculée d’après les lois physiques qui régissent ce corps. En effet, puisque d’une part les organes des sens sont des instrumens de sensation , il fallaithbien qu'ils eussent en eux une portion nerveuse, une dépendance du système sans lequel il n’y à pas de sensation. D'autre part, puisque les sens doivent être dans un contact immédiat avec les corps extérieurs , il fallait bien que partie de leur structure au moins fût calculée d’après les lois physiques qui président aux phénomènes de ces corps. Aussi , en tout organe de sens, ferons-nous cette distinction: et par exemple, ilest évident que dans l’orcille et l'œil il y a au devant des nerfs auditif et oculaire de véritables appareils d’acoustique et d'optique , tout-à-fait édifiés d’après les lois physiques de la propagation du son et de la lumière. La perfection d’un sens sera, en raison de la structure plus ou moins heureuse de ces deux parties, selon que la partie nerveuse sera plusou moins volumineuse et plus ou moins bien disposée , ek selon que l’appareil antérieur sera aussi plus ou moins apte à effectuer convenablement le contact. Nous verrons que cet appareil a dans chaque sens une structure spéciale, qui est en rapport avec l’excitant extérieur qu’il doit appliquer au nerf.

En quatrième lieu, les sens étant des instruméns qu'emploie l'esprit pour arriver à connaître les corps ; leurs organes ont dû être subordonnés à celui de l’esprit; ils ont dà . dans leur exercice, être dépendans de: la volonté. Et, en effet , d’abord sont annexés, à chacun des organes des sens, des appareïls musculaires volontaires, qui, à notre gré, les dérobent ou les soumettent au contact des corps extérieurs, les en éloignent ou les en approchent, et par là préviennent ou déterminent leur emploi. Le toucher, par exemple, a le membre supérieur qui le conduit ; les quatre autres sens sont mus par la tête en masse, et chacun, en outre, à um appareil musculaire propre ; la langue , à notre gré, sort de la bouche, ou se cache dans cette cavité; et, de même , l'œil , tour à tour , est libre ou abrité sous les paupières. En outre , la volonté érige , en quelque sorte, la partie nerveuse de l'organe du sens, et augmente son action, comme le prouve la plus grande intensité qu'a une sensation , toutes les fois que cette sensation est perçue avec volonté et attention. Ce n’est pas que la volonté puisse arrêler leur action une fois que les excitans extérieurs leur sont appliqués; il est certain qu’alors ils sont irrésistiblement contraints de donner la sensation des corps qui les touchent ; mais cette volonté peut les dérober ou les soumettre au contact des corps extérieurs , et ainsi suspendre ou employer leur service.

De cette dernière particularité , nous déduirons cette conséquence : que les sens sont susceptibles de s'exercer de deux manières; ou passivement , quand l'organe, par le fait seul de sa situation à la périphérie du corps , et indépendamment de la volonté, est impressionné par les corps extérieurs; ou activement, quand cet or-

SENS EXTERNES. 241 gané , âu contraire , mu par la volonté et érigé par elle, va, Conime au devant des corps, pour en recevoir l'impression. Nous en conclurons aussi qu'ils seront susceptibles d’être perfectionnés par l’éducation. En effet, l’éducation ne doit s'entendre que de la mesure et du mode dans lequel nous employons nos divers organes; et, par conséquent, elle ne peut s'appliquer qu'à ceux de ées organes qui, dans leur exercice , sont soumis à la volonté. Or, les sens sont dans ce cas. Il est d’observation certaine que l'exercice convenable de tout organe volontaire a les deux effets suivans : d’un côté, d’augmenter le mouvement de nutrition et de développement de l'organe , et, conséquemment, de lui faire acquérir plus de volume; d'autre part, de rendre plus faciles, plus sûrs , et plus prompts à se produire , les mouvemens par lesquels cet organe remplit sa fonction. Si l'organe n'est pas assez exercé, d’une part il ne se développe pas aussi complètement qu'il le pourrait; de l’autre , il n’acquiert pas, dans son jeu, toute la prestesse et toute la sûreté dont il est capable, et se rouille en quelque sorte.«Si l'organe au contraire est trop exercé , il s’épuise, et se force , si on peut parler ainsi. Ce n’est que quand il est exercé dans la mesure convenable, qu’il acquiert toute l’extension dont il est susceptible. Or, c’est là tout le secret de l'éducation; et, les sens qui en sont dépendans, nous offriront beaucoup de différences parmi les hommes , seront plus où moins délicats ou obtus , selon qu’on les aura plus ou moins cultivés.

Enfin, les sens ont pour usages communs de nous faire connaître les qualités des corps de l'univers. Mais, dans l'appréciation de leurs services, il faut bien séparer ce qui est dû à eux seuls ; de ce qui exige en outre

Le 16

l'intervention de l'esprit. Généralement les métaphysiciens ont trop méconnu cette dernière intervention, et dès lors ont exagéré les services des sens. Dans tout sens il faut distinguer deux sortes de fonctions : une dite immédiate , qui consiste dans la sensation brute qu’il donne, qui est unique pour chaque sens , à l’égard de laquelle il ne peut être suppléé par aucun autre , pour l’accomplissement de laquelle il n’a besoin ni du secours d’un.autre sens , ni de l'habitude , ni d’un exercice préalable, et qu’il effectue aussitôt que son organe est convenablement développé : d’autres , dites médiates ou auxiliaires , qui consistent dans les secours qu'ils fournissent à l'esprit, et d’après lesquels celui-ci acquiert la notion des corps et de leurs diverses qualités; celles-ci sont multiples pour chaque sens, souvent les mêmes pour plusieurs, et à leur égard les sens peuvent se suppléer.

Mais arrivons à l’histoire de chaque sens en particulier. De ces sens, deux exigent le contact immédiat des corps extérieurs, et ne sont impressionnés que par les objets rapprochés, savoir , le toucher et le goût. Les trois autres reçoivent à distance les impressions des objets, et par conséquent étendent leur puissance jusque sur les corps éloignés ; ce sont l’odorat, l’ouie et la vue. Quelques-uns sont affectés par le corps extérieur luimême dont ils accusent les qualités, comme cela est dans le toucher, le goût et l’odorat; les autres ne le sont que par un Corps qui est intermédiaire , et à eux,

et à l’objet extérieur qu'ils font juger, comme dans l’ouie”

et la vue. Nous remarquerons que les sens qui sont impressionnés à distance , sont les seuls qui seront susceplibles de nous présenter des illusions , parce qu’en effet

les molécules odorantes , les ondes sonores et les rayons lumineux pourront éprouver, dans leur trajet de Fobjet extérieur à lorgane, diverses modifications. Nous allons commencer par le sens du tact et du toucher, parce qu'il est le plus général , le plus répandu dans les animaux , et celui duquel, à parler philosophiquement , dérivent tous les autres.

. I. — Sens du Tact et du Toucher.

Ce sens, accompli par la surface externe du corps, par la peau , est celui qui donne la notion de la température et des qualités les plus générales des corps. Mais, comme dans les animaux supérieurs , et par conséquent dans l’homme , il y a toujours une partie de la peau qui est plus spécialement destinée à l'exercer , et qui est ce qu’on appelle l'organe du toucher , son histoire se partagera en deux parties, celle du tact et celle du toucher.

1° Histoire du Tact.

L'histoire du tact, comme celle de toute autre fonction, doit comprendre l'étude anatomique des parties qui en sont les instrumens , et l’exposition du mode par lequel ces parties l’accomplissent.

A. Anatomie des organes du Tact.

L’organe du tact est, chez l’homme, la peau, qui forme l’enveloppe extérieure de son corps. Quelques physiologistes, à la vérité, ont dit que toute partie quelconque du corps , dès qu’elle est sensible, peut

accomplir le tact ; et, à cause de cela, ils ont établi 16*

que le tact n’était autre chose que la sensibilité générale. Ils se sont fondés sur ce que plusieurs de nos parties intérieures, lorsqu'elles sont accidentellement à pu , se montrent sensibles au contact des corps extérieurs qui sont appliqués sur elles. Mais d’abord , la sensation tactile que, dans ces cas accidentels , ces parties intérieures mises à nu font éprouver, est le plus souvent confuse, ou même est une douleur; et, dans l’un et l’autre cas , ce sont bien des sensations externes, mais non des sensations de tact; car on ne doit donner ce nom qu’à celles qui donnent la notion de la température et des qualités générales des corps. Ensuite, ce n’est qu’accidentellement que ces parties sont devenues extérieures ; et, il est bien certain que, dans l’état naturel , il n’y a de destinés à l’accomplissement du tact que la peau, et un peu l’origine des membranes muqueuses.

De la Peau.

Dans les derniers animaux, la peau n'existe pas, et c’est la surface externe du corps qui accomplit le tact, aussi bien que toutes les fonctions de l’économie. Mais dans l’homme , comme dans les animaux supérieurs , la peau est une membrane distincte du reste du corps, qui en forme l’enveloppe externe, et qui ne remplit plus que quatre offices ; savoir : 1° d’être une des voies d’excrétion les plus abondantes pour la décomposition du corps, comme siége de la transpiration dite insensible ; 2° d'effectuer une absorption , qui n’est plus qu’un reste de celle si active que présentent les derniers animaux, et par laquelle ils se nourrissent ; 3° d’être une enveloppe protectrice , et de servir mécaniquement d’abri défensif

au corps; 4° d’être enfin l'organe du tact. C’est une membrane du genre des folliculeuses ou villeuses composées, sensible, perspirable , absorbante , servant d’en-veloppe extérieure à tout le corps , au travers de laquelle les organes subjacens laissent apercevoir leurs formes les plus saillantes , épaisse de deux à trois lignes , tout à la fois douce , souple, extensible, élastique, suflisamment solide , et composée de deux feuillets, le derme et l’épiderme.

Le derme est le feuillet le plus profond de la peau, celui qui en forme presque toute l'épaisseur , et en même temps la seule partie qui y soit vivante et organisée. Ses élémens constituans sont , 1° des fibres lamineuses, denses, résistantes , qui tissées en membrane ,‘en forment la trame, le canevasprincipal; 2° de nombreux vaisseaux artériels, veineux, exhalans et absorbans , qui aboutissent à sa surface externe, les uns pour y effectuer l’'exhalation , les autres l’absorption , fonctions dont nous avons dit que la peau était le siége; 3° des nerfs nombreux aussi, qui se terminent et s’épanouissent à la surface du derme pour l’accomplissement du'tact. Depuis Malpighi, la plupart des anatomistes ont professé que ces divers élémens constituans du derme étaient disposés par couches superposées les unes aux autres , eb au nombre de trois ; savoir : le chorion, le corps papillaire et le corps muqueux. Le chorion était la couche la plus profonde ; assemblage de fibres denses ;, entrecroisées, à la manière d’un feutre, et laissant entre elles des trous par où passent les vaisseaux et les nerfs qui vont former les couches plus externes de la peau , et où se prolonge même souvent le tissu cellulaire sous-cutané

graisseux , il forme le canevas de la peau , et donne à cette membrane la solidité dont elle a besoin pour constituer une enveloppe protectrice; il a une trame d’autant plus serrée qu'il est plus extérieur. Le corps papillaire était la seconde lame du derme , et consistait en un assemblage de petites papilles formées par les extrémités des nerfs et des vaisseaux quiaprès avoir passé par les trous dont est cribléle chorion , se sont groupées en petits pinceaux , en petits pénicilles , dans un tissu spongieux érectile. Enfin le corps muqueux, la couche la plus externe du derme était considéré par Malpighi comme un mucus sécrété par les papilles , et étendu à la surface . du corps papillaire , pour l’abriter un peu , et le conserver dans l’état de souplesse qui lui est nécessaire pour l'exercice de ses fonctions. C'était une sorte de vernis mou, dans lequel résidait la matière colorante qui donne à la peau la couleur qui la distingue, et que l’on sait être diverse dans les différens climats. Depuis, on a émis sur lui de nouvelles idées. D'abord, Bichat assurant n'avoir jamais vu ce prétendu mucus dans lequel -où le fait consister, l’a présenté comme un réseau de vaisseaux artériels, veineux , exhalans et absorbans, et qui, tout à la fois , est le siége du piguementum auquel la peau doit sa couleur , et l’organe des fonctions d’exhalation et d'absorption de la peau. Ensuite M. Gaultier a considéré ce corps muqueux comme composé luimême de quatre lames ; savoir : une première, la plus profonde, composée de vaisseaux artériels et veineux, contournés sur eux-mêmes , formant de petits bourgeons sécrétant la matière colorante de la peau; une seconde, déjà plus externe , de couleur blanche , de nature

SENS DU TACT ET DU TOUCHER. 247 épidémique , sécrétée par la première qu’elle abrite , et qu'il appelle albuginée profonde ; une troisième , plus superficielle encore , composée comme la première de vaisseaux artériels et vemeux réunis en bourgeons, appelée la membrane brune , et qui est imprégnée de la matière colorante de la peau ; enfin, une quatrième , la plus superficielle de toutes , de natureépidémique comme la seconde, appelée, à cause de cela, la membrane albuginée superficielle , et qui , formée par la troisième couche , lui sert d’abri. De ces quatre couches , la première et la troisième seraient seules vivantes; seules, elles exécuteraient les fonctions d’exhalation et d’absorption de la peau; et, de cette manière, cette membrane se montrerait de moins en moins sensible et vivante, à mesure qu'elle deviendrait plus extérieure, et conséquemment plus soumise au contact des corps étrangers. Enfin, M. Dutrochet n’admet dans le corps muqueux que les trois couches les plus externes ; il dit que la plus interne n’est que la terminaison des vaisseaux , ét, par conséquent , ‘fait partie du corps papillaire.

M. Chaussier nie cette superposition de couches; il croit que cette manière de concevoir l’organisation du derme , est plutôt une vue de l'esprit qu’un résultat de l'observation. Quelques délicates qu’aient été ses disséctions ; il n’a jamais pu voir cette succession des lames; et toujours le derme ne lui à paru être qu’une seule ét même trame, dont‘Je fond était un tissu solide ; formé de fibres lamineuses , denses et 'entre-croisées entre elles, et à la surface de laquelle venaient se terminer en papilles les dernières extrémités des ie et des vaisseaux exhalans etabsorbans.

Quoi qu’il en soit de cette discussion de fine anatomie, on reconnaît déjà dans le derme les élémens organiques « auxquels la peau doit d'exécuter les fonctions qui lui sont propres ; savoir : les nerfs par lesquels elle est un organe de tact ; les vaisseaux exhalans et absorbans par lesquels elle effectue la transpiration et l’absorption ; et enfin , la trame cellulaire dense et résistante quila

rend solide, et capabled’être une envéloppe protectrice. IL n’est pas un point de la peau de l’homme, auquel n’aboutissent la dernière ramification d’un nerf, celle d’un vaisseau exhalant, et où n’existe l’orifice d’un vaisseau absorbant. | L’épiderme , le second feuillet constituant de la peau, en est la partie la plus extérieure : c’est une membrane sèche, inorganique , dépouillée de vaisseauxiet de nerfs, s’usant mécaniquement par le frottement, croissant el se reproduisant par une excrétion du derme; faisant enfin l’oflice d’un vernis sec qui empêche le ‘contact immédiat des corps extérieurs sur les papilles nerveuses et absorbantes, et par là amoindrit l'impression tactile , et s’oppose un peu à l'absorption: Get.épiderme étalé sur le derme lui adhère assez intimement ; d’abord, par lintermède des vaisseaux exhalans et absorhans, qui des parties profondes de la peau vont en le traversant s'ouvrir à la surface externe; «ensuite par les poils qui de même s'étendent de dessous le derme: à travers l'épiderme jusqu'au dehors de la peau, et qui recçoivent de cet épiderme, au moment où ils le traversent , une légère enveloppe corticale ; enfin ; par un tissu lamineux très-fin, et trop tenu pour qu’on puisse en distinguer la structure. On a beaucoup discuté sur la

composition , la nature et la formation de cet épiderme. Les uns l’ont dit une série de petites écailles qui se recouvrent à moitié les unes les autres, d’une manière imbriquée ; comme sont les écailles qui existent à la peau de certains animaux. D’autres l’ont dit une imémbrane tout-à-fait plane. La plupart l'ont jugé inorganique ; et, ‘en effet, on n’y découvre ni vaisseaux , ni nerfs, ni tissu cellulaire ; il est insensible, étranger à toutes les fonctions de la peau , à toutes ses maladies. Quelques-uns cependant , M. Mojon de Turin, M. Gaultier , veulent qu'il soit organisé encore, au moins dans ses lames les plus internes. Enfin, on l’a dit tour à tour; le produit de ladessiccation des parties les plus superficielles du derme par le contact de l’air; celui de la pression exercée d’une manière continue sur le derme, d’abord par les eaux de l’ampios pendant la vie utérine, ensuite par l’air atmosphérique et les vêtemens après la naïssance ; le produit de la coagulation d’un suc albumineux que sécrète le derme. Cette dernière opinion est la plus ancienne , et aussi la plus probable , et doit faire ranger l’épiderme dans la classe des membranes couenneuses. On a dit cette membrane percée de pores obliques pour le passage des poils et les orifices des vaisseaux exhalans et absorbans: mais M. de Jlumboldt n’a pas vu ces pores même avec un microscope qui grossissait 312,400 fois les objets ; et quelques anatomistes pensent que cet épiderme est une barrière non vasculaire placée à la périphérie du corps, et qui ne laisse passer que par une imbibition mécanique ce qui tend x entrer dans le corps et ce qui tend à en sorlir. |

Telles sont les deux lames qui constituent la peau de l’homme. Cette membrane renferme encore dans son

épaisseur deux sortes d'organes , qu'il importe ‘de faire connaître pour compléter son étude anatomique ; savoir : les follicules sébacés , et les poils. Les premiers sont de petits organes sécréteurs , sous forme d’ampoules , ou de vésicules membraneuses , situés dans l'épaisseur du derme, et séparant dusangun fluide huileux qui lubrifie la peau, et en entretient la souplesse. Ils abondent surtout aux lieux de Ja peau où il y a des plicatures, des poils , où la peau est exposée à plus de frottemens. Ces follicules semblent même différer un peu les uns des autres dans les diverses régions de la peau ; du moins le fluide qu’ils sécrétent n’est pas tout-à-fait le même au crâne , aux aisselles , aux aines, au pourtour de l’anus , etc. Ce fluide, tout en conservant à la peau le liant dont elle a besoin pour l’exercice de ses fonctions, est aussi destiné à la défendre de l’impression des corps liquides. |

Les poils au contraire servent surtout à défendre la peau du contact des corps solides. Ge sont des filamens cornés, en apparence épidermiques , qui sortent de la peau en plus ou moins grand nombre, et qui, lorsqu'ils sont abondans et épais , forment à cette membrane un vêtement naturel. Ils sont composés de deux parties : une: qui est vivante, qui produit l’autre, et qu’on appelle le

bulbe ; et une autre qui est morte, qui est produite, et

qu'on appelle le poil proprement dit. La première esk une espèce de capsule fibreuse, située au - dessous du derme , creuse, intérieurement remplie d’une pulpe vasculaire , et percée à chacune de ses extrémités d’une ouverture ; par l’une de ces ouvertures , pénètrent dans le

bulbe les vaisseaux et les nerfs qui vont former la pulpe

intérieure ; par l’autre sort la matière cornée , sécrétée .

ou le poil proprement dit. Gelui-ci se compose d’une série de cônes cornés, épidermiques , sécrétés par la pulpe intérieure , et emboîtés les uns dans les autres, de manière que celui qui est le plus élevé, qui est au sommet du poil, est celui qui a été formé le premier. Du reste , ces poils rares à la peau de l’homme dans la structure de laquelle tout est sacrifié au tact , offrent dans la série des animaux de grandes différences : tantôt ils sont des poils proprement dits; tantôt ils sont des plumes, car il n’est pas possible de nier l’analogie de ces deux genres d'organes. Ils peuvent encore être distingués en simples et en composés : simples , lorsque chaque bulbe est isolé, séparé, et que son poil est distinct ; composés , lorsqu’au contraire plusieurs bulbes pileux sont agglomérés , de manière à ce que les différens poils qu’ils ont sécrétés , se sont soudés pour former un seul corps solide plus ou moins gros , un ongle , une écaille, une corne , etc. Dans l’homme , dont la peau est unie, et auquel la nature n’a voulu donner ni armes offensives ni armes défensives , il n'existe pas de ces poils composés , si ce n’est à l’extrémité des doigts , où sont les ongles, qui soutiennent d’une manière si utile pour le tact la pulpe de l’extrémité des doigts. Mais, dans les animaux qui, à cause de leur intelligence bornée, devaient avoir des moyens naturels d'attaque et de défense , il y a souvent de ces poils composés : ou la peau est revêtue d’écailles ; ou les ongles | plats de l’homme sont devenus de fortes griffes , ou sont convertis en sabots ; ou à diverses parties de la tête se sont développées des cornes. Les zoologistes assimilent toutes ces parties à des poils, et en expliquent de même la production. Plusieurs vont même jusqu’à placer dans cette catégorie d'organes les dents , qu’ils disent ap-

partenir primitivement à la peau de la bouche, et ne s'être placées qu’accidentellement dans le système osseux, dans les os des mâchoires. Tel est M. de Blainville, par exemple. Ce zoologiste considère le poil comme le rudiment de toutes les parties constituantes de la peau , et même de tous les organes des sens , quelque complexes qu'ils soient. Par exemple , le follicule sébacé ne lui paraît être qu’un sac fibreux , analogue au bulbe du poil, et qui n’en diffère que parce qu’il sécrète un suc huileux au lieu d’une matière cornée. Le dèrme ne lui semble être qu’un assemblage de petits bulbes analogues , placés les uns à côté des autres , et laissant bourgeonner par leur ouverture externe, les dernières ramifications des nerfs pour le tact, et celles des vaisseaux exhalans et absorbans pour la transpiration et l'absorption de la peau. Nous venons de voir que , sous le nom de poils composés , il rapporte à ce genre d’organes les plumes , les ongles , les écailles, les cornes et même les dents. Enfin , partant de cette idée , que la peau est dans les derniers animaux le seul organe de sens qui existe ; et que les autres sens, à mesure qu'ils apparaissent dans la série des animaux, ne doivent être que des dépendances de cette peau , il regarde l’œil et l'oreille eux-mêmes, comme des bulbes analogues à ceux des poils, mais qui seulement se sont beaucoup modifiés , pour pouvoir exercer les fonctions très-délicates auxquelles ils étaient appelés. Nous ne nous faisons pas caution de la justesse de cette analogie ; mais nousla rapportons comme preuve de la direction nouvelle imprimée à l’anatomie comparée, et qui consiste, non plus seulement à démêéler toutes les différences d’organisation que présentent les animaux, mais en outre à spécifier quels sont dans les

divers êtres vivans les organes analogues , quelque divers que puissent paraître d’ailleurs ces organes par leurs formes extérieures.

Telleest la peau, cette membranequirecouvre enentier toute la périphérie du corps, qui finit aux ouvertures naturelles qui conduisent dans les organes intérieurs , et communique avec les membranes muqueuses qui semblent en être un prolongement. Par sa face interne, elle adhère plus ou moins lâchement aux parties subjacentes par un tissu lamineux, qui tantôt est si peu serré qu’elle peut se déplacer de dessus les parties qu’elle recouvre, qui tantôt est si serré qu'elle ne peut aucunement se mouvoir. Quelquefois aussi, elle adhère à une couche musculeuse, qui alors l’entraîne dans ses contractions, c’est-à-dire tour à tour l’épanouit ou la fronce. Dans les animaux, cette couche musculeuse est étendue à presque tout le corps , et forme ce qu’on appélle le pannicule charnu : l’homme n’en a que des vestiges au front, au crâne, au scrotum. Par sa face externe , elle est libre , et de ce côté se voient, indépendamment des poils : 1° un grand nombre de petites aspérités, qui sont la trace des papilles qui existent à la surface du derme, et qui se laissent dessiner à travers l’épiderme. Ces aspérités n’empêchent pas que la peau ne paraisse lisse ; nulle part elles n’ont une disposition régulière, si ce n’est à l’extrémité des doigts , où elles sont rangées sur des lignes courbes , qui sont concentriques les unes aux autres; 2° çà et là différens plis; dont les uns tiennent au mode d’union de la peau avec les parties subjacentes , et sont commandés par la direction dans laquelle se font les mouvemens : dont d’autres sont les effets de la contraction des muscles subjacens; dont quelques-uns enfin sont le produit de la

vieillesse, de la faiblesse, de la perte de la propriété élastique et rétractive de la peau. Du reste , cette membrane n’a pas partout la même épaisseur , la même fixité ou mobilité , le même nombre de nerfs, de vaisseaux exhalans, absorbans, de follicules sébacés , de poils. Nous nous occuperons ailleurs de sa couleur.

Des Membranes muqueuses.

Les membranes muqueuses sont celles qui revêtent l'intérieur de tous les organes du corps qui communiquent au dehors par des ouvertures naturelles. Elles semblent former dans leur ensemble comme une sorte de peau intérieure; car 6’est entre elles et la peau proprement dite que semble compris tout le corps; et comme elles se continuent avec la peau aux ouvertures naturelles du corps, on les a dit un prolongement de cette membrane. Cela est en effet dans les animaux les plus simples; mais, dans les animaux supérieurs, elles sont réellement un organe différent, bien que lui ressemblant un peu par l’organisation et les fonctions. Elles diffèrent même les unes des autres dans les divers points de leur étendue. Les anatomistes les ramènent toutes à deux grandes surfaces ; la gastro-pulmonaire , qui commence aux ouvertures de Fœil, du nez et de la bouche , et qui,

tapissant les appareils respiratoire et digestif, se termine.

à l’anus ; et la genito-urinaire , qui commencant à l’orifice de l’urètre chez l’homme, et à celui de la vulve chez la femme , tapisse l’intérieur des appareils urinaires et génitaux. Il faut y ajouter celle qui pénètre par le conduit auditif externe , et celle qui tapisse l’intérieur des vaisseaux excréteurs de la mamelle. ;

Ces membranes, comme la peau, sont le siége d’une

fonction d’exhalation, d’une fonction d'absorption, et sont toujours en contact avec des corps étrangers; savoir : les substances que nous ingérons pour notre composition , comme l'air, les alimens; et les substances que nous excrétons , comme les fèces , l’urine : on peut bien , en effet, considérer comme corps étrangers ces diverses substances. Une de leurs faces adhère aux organes qu’elles concourent à former; l’autre s’offre librement au contact des substances ingérées ou excrétées. Elles sont composées de deux feuillets, un derme et un épiderme. Le derme est aussi ce qui en forme le corps; un peu moins dense que celui de la peau , on voit se terminer , à sa surface, les orifices des vaisseaux qui président aux fonctions d’exhalation et d'absorption, et des nerfs , qu'on dit aussi être figurés en papilles, surtout au voisinage des ouvertures naturelles du corps. On l’a dit également formé de trois couches : un chorion, un corps papillaire et un corps muqueux; mais cela est encore bien moins distinct qu’à la peau. L’épiderme en ést la lame externe ; également inorganique , il n’existe guère qu’au commencement des membranes muqueuses, et manque dans leur profondeur. Enfin , les membranes muqueuses offrent aussi, dans leur texture , les deux sortes d'organes annexes que nous avons trouvés dans Ja peau. D’abord , elles ont évidemment des follicules , dits muqueuæ , qui sécrètent un fluide destiné à lubrifier la membrane , et qui sont d'autant plus abondans, que ce fluide supplée à l'office protecteur de l’épiderme , qui manque ici. Quant aux poils , les membranes muqueuses de l’homme , à la vérité, n’en offrent jamais; et, encore pourrait-on offrir comme contraire à cette assertion , les dents, qui, selon M. de Blainville, n’appartiennent pas

206 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ, primitivement aux mâchoires , et sont des dépendances de la membrane muqueuse de la bouche ; mais, chez les animaux, souvent elles en présentent, et même des poils composés , des écailles.

B. Mécanisme du Tact.

Dans l'étude de toute sensation en particulier, nous .

n’étudierons que l’action d'impression , parce que c'est elle seule qui est spéciale ; les actions conductrice du nerf, et percevante du cerveau, sont réglées sur elle, et à l’article des sensations en général , nous avons dit tout ce qu’on savait de ces deux dernières. Dans l'étude de cette action d'impression, nous rechercherons successivement quelle est sa cause, comment agit cette ca ise; ce qu’est en elle-même cette action d’impression ; quelle est la part qu'ont, dans sa production, chacun des élémens organiques qui entrent dans la composition de la peau; et, enfin, voyant le tact en résulter, nous terminerons, en recherchant quelle est la portée de ce sens dans l’homme, relativement aux animaux , et quels sont ses services; la même marche sera suivie dans l’histoire de tous les sens.

Puisque le tact est une sensation externe, la cause de l’action d'impression , qui est le fondement de cette sensation , est le contact d’un corps extérieur. Il n’y a rien de difficile à concevoir dans le mode selon lequel se fait ce contact. Gomme la peau forme la périphérie du corps, elle est soumise, par le fait seul de sa situation, au contact du corps extérieur; et, d’ailleurs, à raison de la mobilité du tronc et des membres sur lesquels elle est étalée, on peut l'appliquer aux corps exté: rieurs dont on veut recevoir une impression tactile. Dans

SENS DU TACT ET DU TOUCHER, 297 les deux cas, les papilles qui saillent à la surface du derme sont atteintes; et, pour peu que le contact soit prolongé et un peu fort, elles recoivent , ou mieux développent l’action d'impression.

En quoi consiste cette action d'impression? on l’ignôre tout-à-fait : on a beau observer les papilles, on ne peut rien voir en elles des changemens qu’elles éprouvent consécutivément au contact; ces changemens sont trop moléculaires pour être aperçus, et leur résultat seul , c'est-à-dire la production de la sensation, annonce qu'ils ont eu lieu. On a conjecturé que par le contact le fluide nerveux éprouvait un ébranlement mécanique quise pro: pageuit au cérveau , ou qu'il se faisait dans ce fluide un changement chimique ; mais ce sont là des hypothèses toutes gratuites , el qui ne reposent sur aucuns faits.

Si l’on ne peut voir cette action d'impression, à plus forte raison ne peut-on saisir son essence ; et, tout ce qu'on sait d'elle, c’est que : 1° elle ne ressemble à aueune action physique ou chimique de la nature , et qu’elle est une des actions propres des corps vivans et animés , qu'à cause de cela on appelle ‘organiques ét vitales ; »° que la peau n’est pas passive dâns’sa production, ne la recoit pas mécaniquement de Fexcitant extérieur : mais qu'elle la développe en vertu de son activité propre, et par suite du rapport que la nature a établi entre elle et les corps extérieurs. Et, en effet, l’état de vie et de santé est une condition nécessaire pour la production de cette action; la volonté la rend plus intense, en érigeant la papille nerveuse ; cetté papille , à la longue, se fatigue, et a besoin de se reposer pour recouvrer son aplitude à agir; 5° enfin, qu'elle répète scrupuleuse. ment toutes les qualités du corps qui est au ‘Contact.

Et, en effet, il est sûr que les nerfs conducteurs trans: mettent toujours les impressions sensitives, telles qu’elles ont. été formées , et que le cerveau aussi les perçoit telles qu’elles lui sont envoyées. Or, si le tact nous fait appré: cier toutes les nuances des qualités générales des corps, comme on ne peut en douter , il faut bien que l’action d'impression ait représenté en elle-même avec autant de. délicatesse que d’exactitude , toutes les qualités des corps sous le rapport du tact.

Mais quel est le rôle précis de chacune des parties constituantes de la peau dans la fonction du tact? D’abord , il est sûr que les papilles seules développent laction d'impression dont nous venons de parler; elles seules, en effet,;-sont des organes nerveux, et l’on sait qu'il n’y à, dans. notre économie, que les parties nerveuses qui soient aptes. à effectuer des actions sensoriales. D'ailleurs, la section, la lésion des nerfs qui forment ces papilles, la stupéfaction de ces papilles par l’opium ;, paralysent le tact. Toutes. les autres parties de la peau; ou bien ont trait aux.autres fonctions que doit accomplir cette membrane; ou ; servant à favoriser le contact, à le renfermer dans la mesure propre à ce qu’il ne soit pas douleureux , elles constituent l'appareil mécanique que nous avons dit être dans, tout, sens placé au- devant de la partie nerveuse. Ainsi, pour nous renfermer ici dans ce qui concerne le tact, le chorion, base du derme, ne sert qu ’à donner à da peau la solidité nécessaire , pour que cette membrane puisse, supporter, sans être déchirée , les contacts de corps assez denses. Le fluide colo-

rant du réseau de Malpighi conserve les papilles dans l’état d ‘humidité et. de souplesse que réclame leur fonction tactile. Le même effet résulte de l'humeur sébacéé

SENS DU TACT ET DU TOUCHER. 299 de la peau, qui, en même temps, tient souple la peau toute entière. Le tissu érectile, qui fait la base de la papille, et dans lequel l'extrémité nerveuse s’est disposée en bourgeon , ou lui sert d’un coussinet mécanique bien favorable au contact, ou par le mode de motion qui lui. est propre , applique bien mieux l’extrémité nerveuse au corps extérieur. L’épiderme enfin, en même temps qu'il est un agent défensif de la peau , un obstacle que la nature a posé elle-même à la fonction d’absorption de cette membrane , sert le tact, en limitant le contact dans la mesure qui est convenable ; selon que cet épiderme manque , ou est trop épais, l'impression est douloureuse ou trop faible. On peut même apprécier les services des parties accessoires de la peau, relativement au tact ; le tissu cellulaire graisseux } par éxemple, qui est sous cette membrane , lui sert de coussinet, lui donne de la tension , du poli, et l’appliquemieux aux corps qui doivent la toucher ; la mobilité de tout le

tronc sur lequel la peau est disposée, favorise le tact » en appuyant convenablement la peau sur les se extérieurs qu’elle a à faire connaître.

Dans cette analise de la part qu’a chaque partie constituante de la peau à la production du tact , ressort le rôle respectif des deux parties principales de tout organe de sens , la partie nerveuse qui effectue limpression qui ici est la papille, et l’appareil antérieur qui sert à établir le contact , qui ici est l’épiderme. Comme le contact ici est immédiat , et que le corps qui touche est le plus souvent grossier ; cet appareil antérieur , à la différence de ce qu’il est dans plusieurs autres sens, a dà tendre plus à atténuer les effets du contact , qu’à les renforcer. Cependant quelques conditions d’organi-

sation servent aussi ici à ajouter aux effets du contact, et nous les avons indiquées; comme celle du tissu cellulaire graisseux sous-cutané qui fait coussinet , etc. En général, dans tout sens, nous trouverons des conditions de structure , dont les unes paraïîtront augmenter les cffets du contact, tandis que les autres semblerontles diminuer.

Telest le mécanisme du tact à la peau. Aux membranes muqueuses , ce mécanisme est absolument le même. Nous remarquerons seulement qu’à ces membranes la faculté tactile n’existe qu’à leur origine. Les alimens, par exemple , qui sont perçus dans la bouche et le pharynx, cessent d’être sentis , à mesure qu'ils descendent dans l’æsophage, et ne le sont plus dans l'estomac. Qui ne sait que l’aliment qui brûle la bouche et le gosier, n’est plus senti quand il arrive dans l'estomac ? De même, la masse alimentaire ne fait aucune impression tactile dans l'intestin , et le tact ne l’apprécie de nouveau que lorsqu'elle’ en sort en forme de fèces. Il en est de même de l'air, relativement #Ÿla membrane muqueuse pulmopaire; de l'urine et du sperme , relativement aux membranes muqueuses des appareils urinaire et génital. Aussi, ces membranes ne recoivent de nerfs encéphaliques et spinaux qu'à leur origine ; et, dans leur profondeur, elles ne reçoivent que des nerfs des ganglions,

lesquels , dans l’état de santé, ne donnent pas à l’âme

perception de leurs impressions. Le siége de la sensibilité tactile des membranes muqueuses est, du reste, dans un rapport heureux avec le genre de corps étrangers qui sont mis en contact avec ces membranes, et avec l'utilité dont devait être leur tact. Ces corps étrangers sont, ou des substances d’ingestion qui sont introduites dans les organes pour y servir à Ja nutrition , ou

des substances d’excrétion, dont le corps doit se dépurer. Il ne nous importait dès lors d’avoir la notion tactile de ces substances , qu’au moment où s’en effectuent l’ingestion et l’excrétion, et c’est ce qui est en effet. Le tact muqueux est limité au point où les surfaces externe et interne du corps communiquent , pour qu’il veille au passage d’une de ces surfaces à l’autre. Tandis que le tact de la peau surveille tout ce qui se passe à Ja périphérie du corps , le tact muqueux sert à diriger dans l’ingestion des substances nutritives et l'expulsion des matières excrémentitielles. Nous reviendrons , du reste, sur ces sensations tactiles muqueuses , à l’article des fonctions dont elles font partie : les notions qu’elles donnent sont les mêmes que celles que fournis le tact de la peau.

Ces notions sont relatives aux qualités les plus générales des corps; nous avons à les indiquer, ou autrement à caractériser les services du sens du tact, à spécilier ces fonctions. Ges fonctions sont, comme celles de tout autre organe de sens; immédiates, c’est-à-dire accomplies par lui seul ; et médiates, c’est-à-dire exigeant en outre l'intervention de l'esprit.

La fonction immédiate du sens du tact est de nous faire apprécier la température des corps. Il est certain que par cela seul que nous touchons un corps, nous éprouvons une sensation de chaud ou de froid, qui annonce sa température. C’est là la fonction immédiate du tact , qu'il accomplit par lui seul , dans laquelle aucun autre sens ne peut le remplacer, qu'il effectue sans avcir besoin du concours d’un autre sens, sans l’aide d’un exercice antérieur , de l'habitude , et dès que son organe a acquis un développement suffisant. Ji‘est remarquable

même , que , sous ce rapport, notre tact n’est jamais oisif, Car notre peau est sans cesse touchée par l’air extérieur au moins, et celui-ci fait une impression sur elle en raison de sa température. Les gaz, que d’abord on pouvait croire indépendans du tact, sont, à cetégard, tributaires de ce sens; et, à la fonction tactile de la peau , doivent ainsi se rapporter les diverses sensations de chaud et de froid que nous éprouvons par le contact du milieu dans lequel nous vivons. Entrons ici dans quelques détails.

La température d’un corps s'entend de la sensation de chaud ou de froid que son contact développe en nos organes, ou du nombre de degrés auquel ce contact fait monter l'instrument de physique, appelé thermomètre. Ce double effet est dû à une matière très-subtile, appelée calorique, que dégage tout corps en quantité plus ou moins grande , et qui, dans le premier cas , agit sur les nerfs des organes, de manière à développer en eux une sensation; et, dans le second F s’interpose entre les molécules du liquide du thermomètre , de manière à lui donner plus ou moins de volume. Ge calorique est ainsi dégagé par tout corps, soit en vertu d’une simple faculté de rayonnance, soit parce qu’il est attiré par les autres Corps voisins, ayant tendance à se mettre de niveau dans tous. C’est, en effet, une loi constante pour tous les corps non vivans , que le calorique qui les pénètre, et qui, se dégageant de chacun d’eux en une quantité" déterminée fixe leur température , tend à se mettre en équilibre en tous , de manière à ce que tous à la fin agissent de même sur le thermomètre. Si deux corps sont voisins , et n’ont pas la même température, celui qui est leplûs chaud se refroïdira un peu , en four-

SENS DU TACT ET DU TOUCHER. 2635 nissant de son calorique à celui qui est le plus froid; celui-ci, par suite, s’échauffera un peu; et tous deux finiront par avoir la même température, car ils agiront de même sur le thermomètre. Get équilibre arrivera d'autant plus tôt, que ces deux corps se toucheront par plus de points, et seront meilleurs conducteurs du calorique. Les corps vivans seuls sont affranchis de cette loi générale, dite d'équilibre du calorique; non que le calorique , dégagé par les corps extérieurs environpans , quand ils sont plus chauds qu'eux, ne tende à Les pénétrer; non encore que les corps extérieurs environnans ne leur soutirent sans cesse du calorique, quand ils sont plus froids qu'eux, de manière à tendre à les amener , dans les deux cas, à leur niveau : mais parce qu'ils dégagent eux-mêmes le calorique, qui fixe leur température; ek, qu'ayant, jusqu’à un certain point, la puissance ; et de consumér aussitôt le calorique surabondant qui les pénètre, et de renouveler celui qui leur est soutiré, ils restent toujours à une même température, qui n’est pas celle du milieu ambiant , mais est la leur propre : seulement les sensations tactiles de chaud et de froid les avertissent de celles de ces deux conditions dans lesquelles ils sont tour à tour. Nous n’avons pas ici à traiter de l’action par laquelle le corps humain dégage le calorique duquel sa température propre dépend , non plus que de celles par lesquelles il consume le calorique qui lui est fourni, et remplace celui qui lui est soutiré; elles seront le sujet d’une fonction particulière ; nous n'avons qu’à spécifier les cas dans lesquels éclatent en-lui, par le contact du milieu ambiant ; ou de corps étrangers, les sensations de chaud et de froid.

Or, cela est facile : la température du corps humain

est de 32 degrés; et, le milieu ambiant, comme les corps extérieurs qui le touchent , ne peuvent être, à cet égard, que dans l’une ou l’autre de ces trois conditions ; ou ils auront une température supérieure à celle du corps humain, ou ils en auront une égale, ou ils en auront une moindre. Voyons quelles sensations de chaud ou de froid sont éprouvées dans chaeun de ces cas.

Le corps extérieur , ou l'air atmosphérique lui-même, a-t-il une température supérieure à celle de 52 degrés ? Le calorique extérieur que dégagent ces corps pénètrera mécaniquement , et, d’après les lois physiques de la propagation de ce fluide , la peau et le corps humain; et, s’ajoutant ainsi à celui que l’économie produit elle-même, il y scra en plus, et fera développer dans les nerfs une sensation de chaud. On ne peut nier cette pénéiration mécanique du calorique dans la peau et le corps, puisqu’on les voit s’échauffer physiquement , et à l'instar d’un autre corps, lorsqu'ils sont exposés aux rayons ardens du soleil, ou devant un corps en ignition. Seulement le corps humain a , jusqu’à une certaine limite , des moyens de consumer aussitôt ce calorique surabondant , et de rester conséquemment à sa même température : nous les indiquerons ailleurs.

Les corps extérieurs, ou l'atmosphère, ont-ils une température de 32 degrés , c’est-à-dire égale à celle de l’homme? en ce cas, ils ne soutirent ni ne fournissent dé calorique à notre corps. Mais, comme notre état habituel est d’être plongé dans un milieu plus froid que nous , et qui nous soulire toujours du calorique ; comme les ressorts de notre économie sont montés à ce qu’une portion de calorique nous soit sans cesse soustraite; cette portion ne étant plus, il en résulte que le calorique est

encore en plus dans nos organes , et dès lors nous éprouvons encore une sensation de chaud. Dans ce cas, comme dans le cas précédent , l'économie a, jusqu'à un certain point, des moyens de dissiper le calorique surabondant , de manière à rester danssa température propre.

Enfin, le corps extérieur , ou l'atmosphère, ont-ils une température inférieure à celle de 32 degrés ? ces corps , par suite de la tendance qu’ils ont à se mettre au niveau de la température des objets qui sont dans leur sphère , soutirent , attirent à eux une partie du calorique du corps humain; et, selon que cette quantité de calorique soustraite est plus ou moins considérable que celle qui nous est enlevée dans le milieu dans lequel nous avons habitude de vivre, comme alors le calorique se trouve ou en moins ou en plus dans nos organes , nous éprouvons une sensation de froid ou de chaud. D'abord, on ne peut pas nier encore ici le refroidissement graduel de la peau et du corps humain; car on peut l’apprécier soi-même par le tact, on peut l’évaluer par le thermomètre , et l’on voit les corps extérieurs s’échauffer, à mesure que ce refroidissement s'effectue. Ensuite nous disons que tour à tour la sensation éprouvée sera de chaud ou de froid , selon que la quantité de calorique qui sera soulirée au corps , sera inférieure ou supérieure à celle qui lui est soustraite par le milieu dans lequel on a habitude de vivre. En effet , l'homme , avonsnous dit , a une température de 52 degrés ; et l’atmosphère dans iaquelle il est plongé , en à , au contraire, une constamment moindre; qui, dans nos climats, est de 15 à 16 degrés dans les saisons tempérées , bien audessous dans les hivers , et de 25 au plus dans les étés : à çe titre , il doit toujours lui être soutiré du calorique,

et il semble qu’il devrait toujours sentir du froid. C’est ce qui est en effet, et de là pour cet être le besoin de

recourir à l’artifice du feu , de se défendre des intem-

péries de l’air à l’aide de vêtemens et en s’abritant dans des habitations. On sait que ces usages ont été observés üniversellement chez tous les peuples. Gependantcomme cette condition est constante pour lui; qu’au milieu des variations de la température extérieure, il y a un état moyen qui est le plus ordinaire : l'habitude a fait que dans cet état moyen l’on paraît n’éprouver aucune sensation de température , ni chaud, ni froid , bien qu’alors il nous soit soutiré toujours du calorique , notre économie étant montée à fournir à cette soustraction ; et ce n’est plus que selon que la température extérieure diffère de celle de cet état moyen , qu’on éprouve du chaud ou du froid. ÂAïnsi , la température de ce milieu moyen baisset-elle ? comme alors il est soutiré plus de calorique qu’à l'ordinaire , il y en a moins dans les organes , et la sensation éprouvée est une sensation de froid. La température de ce milieu moyen, au contraire, hausse-t-elle ? bien qu’alors elle soit inférieure à celle du corps; que, conséquemment , il soit soutiré à celui-ci du calorique : comme il lui en est soutiré moins qu’à l’ordinaire, que le fluide, conséquemment , est en plus dans les organes, la sensation éprouvée est une sensation de chaud. Cependant , il y a dans cette’ soustraction du calorique parles corps extérieurs un état moyen, au-dessus et au-dessous duquel la sensation éprouvée est toujours de froid et de chaud; c’est à partir du milieu dans lequel nous nous sommes fait habitude de vivre , milieu qui n’est pas le même dans les divers climats, qui, dans chaque climat même diffère un peu selon les saisons , et qui varie

aussi pour chaque homme en raison des habitudes qu’il a prises. L'économie a encore ici jusqu’à un certain point la puissance de renouveler son calorique , à mesure qu'il lui est enlevé , de manière à conserver toujours sa température propre.

Non-seulement la température du milieu moyen dans lequel nous avons habitude de vivre , est en général ce qui décide des influences de chaud et de froid qu’exercent sur nous les divers corps : mais, par les mêmes raisons que nous venons d'exposer, la température du corps que nous venons de toucher , a la plus grande influence sur le degré de chaud ou de froid que nous fait éprouver le corps nouveau qui succède à son contact. Pour qu’une sensation quelconque de temperature soit éprouvée , il suffit qu’il y ait des changemens d’avec ce qui était dans le temps précédent, chaud , si moins de calorique est enlevé , moins chaud ou froid , si c’est le contraire. Ainsi , l’on s’explique, comment un même corps nous paraît chaud dans un temps et froid dans un autre, semble froid à une de nos parties et chaud à une autre , selon qu'était basse ou élevée la température du corps au contact duquel il succède. Le séjour de nos caves qui nous semble chaud en hiver, parce que la température extérieure estalors très-froide , nous semble au contraire, et, par une raison analogue , trèsfrais en été. Si, ayant l’une des mains glacée , et l’autre chaude , on plonge ces deux parties dans un même sceau d’eau tiède , cette eau paraîtra chaude à l’une des mains, et froide à l’autre. Du reste, comme la quantité de calorique dégagé par les corps est susceptible de nombreuses variétés , il y a desnuances infinies dans ces sensations de température , dans les sensations de chaud depuisle tiède

jusqu’au brûlant , dans celles de froid depuis le frais jusqu'au glacé.

Dans cette analise des sensations de chaleur et de froid consécutivement au contact du milieu ambiant, nous n'avons parlé que des différences qui sont dues aux varialions de ce milieu; mais il en est aussi qui proviennent de léconomie elle-même. Puisque ces .sensations sont dues au rapport qui existe entre la température de l’homme et celle de l'atmosphère , on concoit que leurs variations arriveront autant par les différences qui surviendront dans la calorification de l’homme , que par celles qui éclateront dans la température de l’atmosphère. C'est ainsi que le vieillard, le convalescent éprouveront du froid sous une constitution atmosphérique , qui leur eût paru indifférente ou même chaude à un autre âge, ou dans la force de la santé. En général , on peut concevoir

l’homme sous le rapport de la température , comme placé 1

entre deux puissances : l’une qui lui est propre , et qui fournit le calorique qui détermine sa température ; une autre, qui lui est extérieure , et qui cherche à l’abaisser ou à l’élever à son niveau. Des sensations de chaud et de froid sont ce qui accompagne ce combat; mais on conçoit qu’elles doivent également se faire sentir, soit que ce soit l'attaque du dehors qui se ralentisse ou augmente, soit que ce soit la défense du dedans qui se montre plus faible ou plus énergique.

Telle est la théorie des sensations de chaud et de froid , consécutivement au contact du milieu ambiant. Cette théorie est la même pour celles qui succèdent au contact d’un corps solide ou liquide quelconque. Seulement, la densité des corps , la faculté qu’ils auront d’être plus ou moins bons conducteurs du calorique, et enfin leur

eapacité pour le calorique , sont autant de eirconstances qui influeront sur le degré de chaud ou de froid qu’ils feront éprouver. En effet , le degré de la sensation tient à la quantité de calorique libre qui reste dansles organes , et les trois circonstances que nous venons de rappeler influent sur la rapidité avec laquelle ce calorique est soustrait , et sur la quantité dans laquelle il est pris. Plus un corps est dense, par exemple, est bon conducteur du calorique , a de capacité pour le calorique , plus il soutire vite le calorique de notre corps, et plus il nous paraît froid. C’est pour cela que les divers corps que nous touchons , bien qu’ils aient la même température au thermomètre, du bois et du marbre, ou un métal ne nous paraissent pas également chauds ou froids.

Toutefois il résulte de ces faits que le tact ne nous donne sur la température des corps que des notions re- Jatives ; il ne nous apprend pas quelle quantité absolue de calorique existe dans Le corps que nous touchons; ni même la quantité de calorique libre qui existe dans ce corps, relativement à celle qui est en nous ; il nous apprend seulement que la quantité de calorique libre que nous fournit ou nous soustrait un corps, est différente, plus grande ou plus petite, que celle qui nous était fournie ou enlevée dans le moment précédent.

Telle est la fonction immédiate du tact. Quant à ses fonctions médiates ou auxiliaires, elles consistent dans les impressions que ce sens peut fournir à l'esprit, et à l'aide desquelles celui-ci peut acquérir quelques notions des! corps. Elles sont multiples; car, par le tact, nous apprécions la grandeur , la densité, la pesanteur, la fisure , la distance , la mobilité ou l’immobilité , le nombre des corps, etc. Il est certain en eflet que le tact est em-

ployé par nous pour acquérir ces diverses notions , mais qu’ilne peut les donner seul , et qu’il lui faut l'intervention de l'esprit. ILest certain aussi que beaucoup d’autres sens peuvent les donner également ; la vue, par exemple, fait juger de même la figure, les dimensions des corps; louie , leurs distances, etc. M. Spurzheim , auqueknous avons emprunté cette idée de partager les fonctions des sens en immédiates et en médiates , dit que ce dernier trait est le plus propre à guider dans ce partage ; car toutes les fois qu’une conception quelconque a pù être donnée par plusieurs sens , il est sûr qu’elle est le pro: duit d’une faculté intérieure qui, pour l’acquérir , a employé tour à tour tel ou tel sens, comme la volonté emploie à son gré les mains ou les pieds.

Nous n’avons pas besoin du reste d'entrer dans les

détails des services du tact à tous ces égards. Un corps.

est-il en entier soutenu par la peau ? La sensation qui eù résulte alors peut en faire apprécier le poids: Un corps presse-t-il de toute sa masse sur la peau, ou mieux la peau; dans un tact actif, presse-t-elle sur le corps extérieur, de manière à en faire céder la masse ? on est à même d’en juger la consistance. Un corps roule-t-il à la surface de la peau ? on peut juger qu'ilest mobile, et même apprécier la direction dans laquelle il se meut. Un corps touche-t-il la peau dans un lieu où cette membranelest disposée de manière à ce qu’elle puisse embrasserses contours , envelopper sa surface ? le tact en fait apprécier la figure. Il en est de même de l'étendue, des dimensions des corps. Seulement on voit que, pour que le tact puisse effectuer plusieurs de ces offices, il faut qu'il soit exercé par une partie de la peau disposée de manière à pouvoir embrasser les corps extérieurs , les toucher par

plusieurs points, circonscrire leurs contours , se presser, se promener sur leur surface. Or, comme toutes les parties de la peau ne réunissent pas également ces conditions , il y en a toujours une , dans l’homme et les ani: maux supérieurs , qui, les possédant, est plus spécialement affectée à ces services du tact , et qui constitue ce qu’on appelle Porgane du toucher. Nous allons nous en occuper bientôt. Non-seulement le tact nous fait juger ces diverses qualités des corps extérieurs , mais aussi il nous fait apprécier les mêmes qualités de notre propre corps : notre peau, en touchant une autre partie de nous-mêmes , nous en fait juger la température, la forme, la consis-

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