LL
tance , le volume. On a même dit , d’après cela , que le sens du tact était le plus propre à nous faire reconnaître notre propre existence , puisque , toutes les fois que deux .de nos parties se touchent, l’âme recoit deux impressions , qui, venant toutes deux se fondre dans le moi , font mieux ressortir Ce moi.
Telle est l’histoire du tact. Il nous reste à indiquer la portée de ce sens chez l’homme, comparativement à ce qu’il est dans les animaux. Dans tout animal, ce sens sera d'autant plus exquis , que la peau sera, d’une part, plus pénétrée de nerfs , et d’autre part plus dépouillée de parties insensibles accessoires , commepoils, plumes, écailles. À ce double titre, il est peu d’animaux aussi bien partagé que l’homme ; sa peau est très-nerveuse , très-unie , et tout-à-fait nue. Il est évident que chez lui la nature a sacrifié dans la peau, ce qui en fait une enveloppe protectrice , à ce qui doit en faire un organe du tact. Tandis que dans les animaux, la peau est souvent toute couverte de poils, d’écailles , qui, fondent pour eux de véritables vêtemens , leur constituent une armure
défensive; celle de l’homme est tout-à-fait nue ; il faut que, par son intelligence , il supplée à ce que ne lui a pas donné primitivement la nature sous cerapport; mais ce désavantage est compensé en lui par un tact exquis. Cependant, plusieurs animaux ont un tact encore plus délicat que lui. On dit généralement que ce sens va en se perfectionnant, à mesure qu’on descend dans la série des animaux, à mesure qu’on voit dans les animaux les autres sens se dégrader et disparaître ; ilest vrai que les derniers animaux ont le tact si fin, qu'ils perçoivent les plus légères ondulations du liquide dans lequel ils vivent ; mais n'est-ce pas confondre des phénomènes dissemblables , que de dire que , par le tact, ils perçoivent les odeurs et les couleurs ? Ne prend-t-on pas pour un tact percu, ce qui n’est qu'un rapport organique, tel que celui qu’on observe chez les végétaux , qui se dirigent aussi du côté de la lumière ? Du reste, ce tact sera d’au-
tant plus exquis dans les divers hommes, et dans les di-
verses régions du corps, que la peau sera plus délicatement organisée , et conservée en cet état de délicatesse par des précautions hygiéniques convenables.
Avons-nous besoin de dire, qu'il peut s’exercer de deux manières; passivement , quand les corps extérieurs s'appliquent d'eux-mêmes et à l'insu de la volonté à la
peau; activement , quand c’est la peau qui s'applique
elle-même aux corps extérieurs pour les connaître ? Sous le premier point de vue , la peau est une sentinelle extérieure , qui continuellement veille à la sûreté du corps, en avertissant des moindres objets qui peuvent le toucher. Sous le second point de vue, elle est un instrument précieux pour l'esprit , et par lequel celui ci acquiert à
volonté la connaissance des corps. Pour ce dernier but,
la peau à un appareil musculaire volontaire qui lui est annexé , et cet appareil est tout le corps lui-même. Dans le tact actif, il y a d’abord action de cet appareil pour appliquer la peau à l’objet qu’on veut toucher ; ensuite érection des trois parties nerveuses, du concours desquelles résulte la sensation. Sans doute on ne peut pas dire en quoi consiste cette impulsion que la volonté imprime , et à la papille cutanée, et au nerf conducteur, et au cerveau qui perçoit ; mais elle est certaine : il n’est personne qui n'ait observé sur soi-même la différence d'énergie d’une sensation tactile, selon qu’elle est produite passivement ou activement: le poids et le contact de nos vêtemens , par exemple , que nous n’apercevons pas d’ordmaire , il suffit d'arrêter sur eux notre attention pour les apprécier.
Enfin, puisque le tact est, dans son exercice, dépendant de la volonté, il est passible de l’éducation; et l’on peut “en restreindre ou en étendre la puissance. Mais nous renyoyons les preuves de ce fait à l’article du toucher. Terminons en disant que dans ce sens , la partie nerveuse ne provient pas d’un système nerveux spécial , et c’est ce qui explique pourquoi toute partie mise accidentellement à nu peut, plus ou moins, en remplir les fonctions.
Cependant , voici un fait nouvellement aperçu. C’est de la moelle spinale que viennent la plupart des nerfs qui se distribuent à la peau; ils en naissent , comme on sait, par deux racines , une antérieure et une postérieure qui , après s’être réunies près le trou intervertébral, pro
duisent le nerf. Or, M. Magendie a fait quelques expériences qui semblent prouver que les racines postérieures seules président à la sensibilité , tandis que les anté
rieures ne servent qu'aux mouvemens. Selon qu’il coupe
les unes ou les aütres sur un animal vivant dans les portions lombaire et sacrée de la moëélle spinale , il étéint la sensibilité seule ou la locomotilité dans le membre correspondant; si, dans le premier cas, on fait prendre de la noix vomique à l'animal , ou qu’on le soumette à uné irritation galvanique , il éprouve le tétanos qu’excite d’ordinairé cette substance , ou manifeste de fortes contractions ; tandis que l’un et l’autre effet ne s’observent pas dans le deuxième cas.
2° Histoire du Toucher.
Nous avons dit que, parmi les diverses qualités des
corps dont le tact nous donne la notion, il en était
quelques-unes qui ne pouvaient pas être appréciées par”
toute portion quelconque de la peau , mais qui exigeaient dans cette membrane une disposition spéciale qu’elle
n'offre pas dans tous les points de son étendue. Telles”
ont été, par exemple, les notions de la forme, du volume, qui ne peuvent être recueillies qu’autant que la peau peut embrasser les contours des objets extérieurs. Nous
avons ajouté que, parce que toutes les parties de [a peau“ ne présentent pas cette condition , il y avait toujours
dans les animaux supérieurs et dans l’homme, une région de cette membrane , qui était plus spécialement affectée
à effectuer le tact, et qui était ce qu’on appelle l'organe
du toucher. Le faconnement d’une partie de la peau et organe du toucher avait d’ailleurs cet autre avantage, de faire eflectuer le tact, sans avoir besoin de mouvoif tout le corps. Or, on appelle toucher ce taêt exercé par la partie de la peau qui est disposée de manière à donner facilement toutes les notions des corps qu'on peut demander à ce sens, et que la nature paraît avoir plus
SENS DU TÂCT ET DU TOUCHER. 259 spécialement dans chaque animal affectée à son accomplissement.
A ce titre , le toucher n’est donc que le tact; et aussi toutes les différences qu’on a établies entre eux, sont-elles vaines , à les prendre d’une manière absolue. Par exemple, on a dit que le toucher était toujours actif, et seul faisait connaître la figure des corps ; mais le tact ne peut-il pas être actif aussi , quand le corps, dans sa mobilité générale, applique la peau à l’objet extérieur , ou seulement même quand la volonté érige la papille nerveuse qui doit éprouver l'impression ? et ne donne-t-il pas aussi la notion de la figure des corps, quand ceux-ci sont appliqués à une portion de la peau qui est disposée de manière à embrasser leurs contours, à les toucher par plusieurs points, comme aux aisselles ? Il n’est aucunes différences essentielles entre ces deux actions ; et tout ce qu'on peut dire du toucher , c'est que : d’une part, il est toujours un tact actif, c’est-à-dire exercé avec volonté, et allant s'appliquer aux corps extérieurs, au lieu de les attendre; et, d'autre part, un tact effectué par une partie de la peau qui , à raison de son aptitude à embrasser les corps , à se mouler à leur surface, est très-capable d’en faire apprécier la figure , etgst celle qui est le plus ordinairement employée quand il s’agit d'exercer le tact.
L’organe du toucher varie beaucoup dans la série des
animaux; quel qu'il soit , toujours il présente les deux
conditions suivantes : 1° la sensibilité tactile y est fort
grande ; soit parce que les papilles nerveuses y soni plus
grosses , plus nombreuses , mieux disposées ; soit , parce
que la peau qui le forme y est plus dépouillée de poils,
mieux soutenue par le tissu cellulaire graisseux subja-
cent , plus adhérente aux parties qui sont au-dessous 15*
d'elle; 2° la portion de peau qui forme cet organe est très-mobile , et peut embrasser la surface des corps; soit que cet organe du toucher soit en entier mou, soit que la peau qui le forme soit isolée sur une portion du squé: lette fracturée et mobile , et propre à embrasser le corps extérieur par tous ses points. Aussi, presque toujours cet organe du toucher est en même. temps l'organe de préhension de l'animal; circonstance de structure heureuse; puisque les deux facultés que cetorgane exécute se prêtent ainsi un appui mutuel et nécessaire ; le tact guidant dans la préhension des corps, et la préhension à son tour servant au toucher , en appliquant la peau à tous les contours des corps.
Ce n’est pas ici le lieu de rappeler quels sont les divers organes du toucher dans la série des animaux; chez les uns, ce sont des tantacules , des antennes ; chez d’autres, ce sont les lèvres, la langue , les pieds, la queue. Ghez l’homme , cet organe est la main.
D’après l’ordre que nous avons suivi jusqu’à présent , nous devrions commencer l’histoire du toucher par l'étude anatomique de la main. Mais , comme cette mam
est en même temps notre instrument de préhension , # nous aimons mieux renvoyer sa description à la fonction " de la locomotion ; d'autant plus qu’alors le parallèle de la main et du pied, du membre supérieur et du membre inférieur, fournira texte à d’intéressantes considérations. Ici , nous allons, par quelques détails rapides, prouver seulement que la main jouit des deux conditions d’organisation que nous ayons dit exister en tout organe du toucher ; savoir , qu’elle est très-mobile et apte à se mouler à la surface des corps , et qu’elle est très-sensible,
D'abord , elle termine le membre supérieur de la mobilité duquel elle participe , et qui est pour elle un long lévier qui la promène au loin , et peut l'appliquer aux corps extérieurs. Ensuite ; quelque petite qu’elle soit , elle n’est pas d’une seule pièce; vingt-sept os en forment la charpente profonde ; et ces os , articulés entre eux de manière à être mobiles les uns sur les autres , la partasent en trois parties flexibles ; le carpe, 4e métacarpe, et les doigts. Le carpe, ou poignet, en est la partie supérieure , celle qui est articulée avec l’avant- bras; il est formé de huit os ,*mais qui sont disposés sur deux rangées ; et comme ces deux rangées exécutent entre elles les mêmes mouvemens que ceux qui sont possibles entre le carpe et l’avant-bras , il s'ensuit que ce carpe est comme formé lui-même de deux parties. Le métacarpe forme le corps , la paume de la main ; il est composé de cinq os, qui, non-seulement peuvent se mouvoir sur le carpe avec lequel ils s’articulent, mais qui encore peuvent s’écarter ou se rapprocher les uns des autres, de manière à faire varier le degré de concavité de la paume de la main , et à la proportionner au volume et aux contours des corps extérieurs. Enfin ; les doigts sont ces appendices qui terminent la main, et qui fracturés eux-mêmes en plusieurs pièces mobiles, sont si propres à embrasser les corps extérieurs , et à se mouler à leur surface. Ils sont au nombre de cinq, et chacun est partagé en trois petites brisures, qu'on appelle phalanges , excepté le premier, le pouce, qui n’en à que deux. Ce pouce est articulé sur un plan plus antérieur que les autres doigts; l’os du métfcarpe , qui le porte, est en outre libre par sa partie inférieure ; et, à ces deux conditions de structure , il doit de pouvoir être mis en
opposition avec les autres doigts , de pouvoir faire pince avec eux; ce qui est une des plus grandes perfections de la main de l’homme. Ces doigts n’ont pas non plus une égale longueur : celui du milieu est plus long ; de chaque côté de lui , la longueur va ensuite en diminuant : et, tous les doigts, considérés dans leur ensemble sous ce rapport, présentent encore la condition de structure la plus heurëhse pour embrasser le mieux possible la surface des corps. En même temps que tous ces os sont articulés entre eux, de manière à constituer une charpente assez solide, à donner à la main toute la consistance que devait avoir cette partie destinée à être dans un contact immédiat avec les corps extérieurs , ils le sont aussi, de manière à pouvoir exécuter les uns sur les autres, tous ces mouvemens délicats que réclamaient, soit le toucher, soit la préhension des corps. La main, dans sa totalité, peut exécuter sur l’avant-bras des mouvemens de flexion, d'extension , d’inclinaison latérale et de circumduction. Les deux rangées du carpe peuvent exécuter de semblables mouvemens l’une sur l’autre, et les petits ossde chacune de ces deux rangées peuvent tous, en outre, se mouvoir un peu. Les os du métacarpe peuvent , ainsi que nous l’avons dit, s’écarter ou se approcher plus ou moins, et chacune des phalanges des doigts est aussi plus ou moins mobile. De nombreux muscles , enfin, sont destinés à effectuer ces divers mouvemens, les uns mouvant la main en totalité, et situés à l’avant-bras , d’autres mouvant chaque partie de la main séparément , situés à l’avant-bras aussi et à la main elle-même”
Quant à la peau qui recouvre la main, elle est ce qu'elle est partout ailleurs ; mais avec des conditions a0-
SENS DU TACT ET DU TOUCHER, 279 cessoires qui lui font exercer, avec toute délicatesse, sa fonclion tactile. En eflet, elle est fortement unie aux parties subjacentes par un tissu cellulaire fort dense, et par là a une grande fixité : elle est très-tendue , trèslisse , sans aucune ride, et ne présente que les plis qui correspondent aux mouvemens que la main doit exécuter pour être concave, et pouvoir embrasser les corps. Les éminences dites thenar et hypothenar , qui existent de chaque côté de la concavyité de Ja paume de la main, el qui sont formées par les muscles moteurs des doigts, forment pour elle un utile coussinet. Ses papilles nerveuses sont fort développées, et: convenablement mises à pu; à l'extrémité des doigts, surtout, où le toucher est le plus délicat, ses papilles sont rangées le long de lignes courbes conceniriques , etcomme fondues dans un lissu spongieux, que quelques-uns disent doués d’une faculté d’érectilité, mais qui remplit au moins l’oflice d’un coussinet. Celui que faisaient à la paume de la main les éminences thenar et hypothenar se retrouve de même entre chacune des phalanges des doigts. Enfin, Ja main présente, à l'extrémité postérieure des doigts , les poils composés, connus sous le nom d'ongles Et qui , en soutenant par derrière la pulpe des doigts, servent le toucher en rendant le contact plus immédiat. En un mot, la mature a pris, pour rendre Ja main trèssensible, des précautions égales à celles qu'elle avait prises pour la rendre très-mobile et apte à se mouler à la surface des corps. On était même allé jusqu'à croire que les papilles nerveuses de La peau ayaient, à la main et aux doigls, une sensibilité plus exquise qu'ailleurs : il est possible, en effet, qu'elles y soient plus grosses , plus nombreuses, plus dépouillées; mais il est probable
que la plus grande faculté tactile de la main, tient à a réunion de toutes les circonstances accessoires d’organi: sation que nous venons de faire remarquer : cette exquise sensibilité est surtout prononcée à la face palmaire.
Telle est la main , dans la structure de laquelle il est aisé de séparer ce qui est de l’organe du sens proprement dit, de ce qui est de l'organe de préhension, et de l’appareil locomoteur, qui est annexé à tout organe de sens, pour que la volonté l’emploie à son gré. Il n°y a en elle que la peau qui appartienne au toucher ; la charpente osseuse, ainsi que les muscles qui la meuvent, constituent l’organe de préhension, et l'appareil locomoteur du sens.
Venons à l’histoire physiologique du toucher. Le toucher n'étant que le tact actif, le tact aidé de la locomotion , le tact exercé par une partie de la peau qui est disposée de manière à pouvoir embrasser les corps extérieurs, son mécanisme rentre dans celui du tact. C’est la même chose pour tout ce qui est relatif au mode selon lequel s'effectue le contact qui est la cause de l'impression , pour ce qu’est l’impression elle-même; et, enfin , pour la part qu'ont à la formation de cette impression chacune des parties constituantes de la peau. Il doit nous suflire ici de relever les diverses conditions destructure qui donnent à la main la double faculté que doit réunir tout organe de toucher, c’est-à-dire la mobilité et la sensibilité. |
Or, c’est ce que nous avons déjà fait dans la déscription abrégée que nous avons donnée de cet organe. Placée à l'extrémité du membre supérieur, la main a, dans ce membre, un long levier, à l’aide duquel elle va chercher au loin les corps extérieurs. Ce membre remplit, à son égard, et avec bien plus de latitude , l'office
SENS DU TACT ET DU TOUCHER. >8t
que les muscles de l'œil, par exemple , remplissent à l'égard de cet organe. On conçoit comment cette main, formée de vingt-sept os mobiles les uns sur les autres, subdivisée en plusieurs brisures , le carpe , le métacarpe et les doigts , terminée par cinq appendices découpés et fracturés eux-mêmes , peut se mouler aux corps extérieurs , et appuyer particulièrement sur chacun des points de leur surface. Nous avons surtout relevé l’avantage qu'ont les os du métacarpe de s’écarter , pour faire varier la concavité de la paume de la main , ainsi que la possibilité qu’a le pouce de se mettre en opposition avec les autres doigts, de faire pince avec eux. La diversité de longueur des doigts est, elle-même, une circonstance heureuse, ainsi que la plus grande étendue des mouvemens de toutes les parties de la main dans le sens de la flexion. Ainsi, tout en elle est réuni pour qu’elle puisse semouler aux contours des divers corps extérieurs, se mouvoir sur eux, les toucher par plusieurs points , et avec un degré de pression mille fois variable. En même! temps , la peau de la main a, comme on l’a vu, plus de sensibilité qu’en toute autre région du corps. Enfin, cet organe a toute la solidité qui lui était nécessaire pour être impunément dans un contact immédiat avec les objets extérieurs.
A tous ces titres, la main est l’instrument de toucher le plus ingénieux et le plus parfait que puisse présenter la généralité des animaux : aucun autre ne l’égale ; et, de plus, parmi les animaux qui ont une main, aucun n’en à une aussi bien disposée : dans le singe , par exemple , le pouce est plus petit, plus court, et tel qu’il ne peut pas aussi facilement faire pince avec lès autres doigts ; ceux-ci ne peuvent pas autant se mouvoir isolé-
ment les uns des autres ; lemembre supérieur, d’ailleurs, n'est pas chez lui exclusivement organe de préhension: il sert autant que le postérieur à la station et à la progression , et dès lors l’épiderme des doigts est toujours plus épaissi, et la sensibilité des papilles émoussée. Aussi, de tout temps , les philosophes ont admiré l’heureuse structure de la main : Galien l'appelait l'instrument des instrumens. On est aïlé jusqu’à attribuer à cet organe la supériorité de l’homme sur les animaux, et la suprématie qu'il exerce sur toute la nature; mais c’est là une erreur : la main n’est, après tout, qu’un instrument, il faut au-dessus d’elle l'intelligence pour la conduire. Si l’homme est le premier des animaux , c’est à son organisation cérébrale qu’il le doit; seulement la nature lui ayant donnéune grande intelligence , elle a dû lui donner aussi l'instrument nécessaire pour en accomplir les combinaisons ; pouvant concevoir beaucoup de choses, il fallait qu’il pût les exécuter, C’est une observation certaine , que, dans Ja série des animaux , les organes de toucher se perfectionnent , à mesure que ces animaux sont plus intelligens; de sorte que par eux on peut juger du degré d'intelligence , non comme en étant la cause, mais comme étant dans un rapport de perfectonnement avec elle.
Quant aux services du toucher, puisque ce toucher m'est que le tact, ses fonctions doivent êlre les mêmes que celles de ce sens, Ainsi, sa fonction immédiate est de donner des sensations de température, de chaud et de froid; et ses fonctions médiates, sont de fournir à l'esprit les impressions à l’aide desquelles celui-ci acquiert les notions des qualités générales des corps, de la grandeur , de la figure , de la consistance , de la pesan-
teur, etc. C’est, en effet, surtout , pour l'appréciation de ces qualités qui ne peuvent pas être acquises par toute région de la peau indifféremment ; qui exigent, pour l'être, que la peau s’applique à tous les points des corps extérieurs , se meuve, se presse sur leur surface , qu'est employé le toucher. N'est-ce pas la main que nous employons de préférence dans ces diverses circonstances ? Il est facile alors d’analiser ce qui, dans le jeu de cet organe , est dû à la peau seule et au tact seulement, comme la sensation de température; et ce qui est dû au toucher proprement dit , c’est-à-dire au tact aidé de la locomotion , comme les notions de la densité, de la figure.
Du reste, les métaphysiciens ont été divisés relativewent aux services qu'ils ont attribués au toucher ; et, généralement , ils ont beaucoup exagéré la puissance de ce sens, comme on ya le voir,
D'abord , Condillac a établi que, de tous les sens , 1 toucher était le seul qui nous donnat la notion de l’existence des corps, tous les autres ne constituant que des sensations , des affections du moi. Mais M. Destuit-Traéy a très-bien prouvé que le toucher ne peut pas plus ici que tout autre sens. Qu’y a-t-il, en effet, en lui, plus qu’en tout autre sens? qu’esti autre chose aussi qu’une simple affection , une modification du moi ? La notion de l'existence des corps est une œuvre de l'esprit, à l’acquisition de laquelle le toucher ne concourt pas plus prochainement que tout autre sens,
Ensuite , on a dit que le toucher était de tous les sens le moins sujet à erreur, le sens géométrique par excel lence, Mais cela n’est vrai que pour celles des notions
Li 2.2
des corps qui sont relatives à l'étendue; et alors d’aurtres sens offrent la même précision que lui : la vue, par exemple , fait juger aussi sûrement les dimensions des corps. Quant aux autres notions des corps, le toucher
peut induire en erreur autant que les autres sens. En effet , est-il question de celles que donne ce sens sur la température? Nous avons vu qu’elles n’étaient que relatives; que le toucher nous apprenait, non la quantité absolue de calorique qui existe dans le corps que nous touchons , non celle qui existe dans ce corps relativement à celle qui est en nous ; mais seulement que la quantité du calorique que nous soutire ou nous fournit le corps que nous touchons , est différente de celle qui nous était soutirée ou fournie dans le temps précédent. Aussi , un même corps nous paraît-il tour à tour chaud ou froid , selon la température du corps que nous touchions avant lui. Des corps qui au thermomètre ont la même température, nous semblent en avoir une différente , parce que leur surface est plus ou moins polie, qu’ils sont plus ou moins bons conducteurs du calorique, ou qu'ils ont pour ce fluide une capacité différente. Où sont , dans ces divers cas, cette sûreté, cette infaillibihité qu’on accorde à ce sens ? * | En troisième: lieu, on à professé que le EE était le sens régulateur de tous les autres, celui par lequel nous sommes instruits des notions fausses que peuvent nous donner les autres sens. Pour bien juger cette asser-
tion , rappelons la distinction faite des fonctions des sens en immédiates et médiates. D’abord , chaquessens a sa fonction immédiate exclusive , et, à l'égard de laquelle il ne peut être suppléé par aucun autre ; ainsi , Le tou-
PRE ne — Frs
cher seul donne les sensations de température, aucun autre sens ne peut le remplacer en cela ; mais de son côté, il ne peut nullement donner les sensations de saveur , d’odeur , de son et de couleur , qui sont les fonctions immédiates des autres sens. Ainsi , la proposition est fausse déjà , quant à ce qui concerne les fonctions immédiates. Pour ce qui est des fonctions médiates , elle est exagérée ; en effet , le propre de ces fonctions est d’être souvent accomplies par plusieurs sens à la fois : l’ouie, l’odorat par exemple, font juger de la distance des corps aussi bien que le toucher; la vue fait, comme ce sens , apprécier leur figure. Or , à cet égard , tous les sens se prêtent des appuis mutuels ; l'impression que l’un a échap: pée, peut être recueillie par l’autre ; l'erreur d’esprit dans laquelle un des sens jette, peut être reconnue par un autre , et le toucher , sous ce rapport, n’a pas plus de : priviléges qu'un autre sens. S’ilsert la vue , par exemple, en,ayertissant des illusions qu’en beaucoup de cas ce sens produit; à son tour , il est souvent secouru par elle; qu’une feuille de rose soit placée entre deux doigts , elle échappe au toucher , et la vue avertit de sa présence; un liquide qui, pour la vue et le toucher paraît semblable à un autre liquide, est reconnu par l’odorat ou le goût en être différent.
En quatrième lieu , on a voulu que le toucher fût nécessaire à plusieurs autres sens , pour leur faire acquérir toute leur puissance , et donner à l'esprit toutes les notions qui aujourd’hui leur sont dues. Ainsi, Buffon disait que si nous voyons les objets droits et simples, bien que l'image qui s’en trace au fond de l’œil soit renversée, et bien qu'il y ait deux yeux, c’est que l’âme avait été instruite par le toucher de l'erreur dans laquelle la jetait
la vue , et qu’alors elle s’était habituée à effectuer cette reclification , au point de ne plus même s’en apercevoir. Ainsi, Molineux , Berckley , Condillac ont établi que la vue n’a pas primitivement la faculté de donner les notions de la grandeur, de la figure, de la distance des corps , el que ce sens n’acquiert cette faculté que par le secours du toucher , et après avoir été stylé, si l’on peut parler ainsi , par ce sens. Mais ces deux propositions sont également fausses. D'abord , sans rechercher ici pourquoi nous voyons des objets droits et simples, ce que nous agiterons à l’article de la vue, il estsûr que ce n’est päs parce que l’âme à rectifié par le secours du toucher l'impression visuelle qu’elle a recue. En effet , l’âme est passive quand elle recoit des sensations , et elle est forcée de les recevoir , telles que les organes des sens les lui envoient; dans le sens de la vue, par exem-
ple, elle est contrainte de voir, selon l’ordre de! ré- :
flexion et de réfraction des raÿons qui ébranlent l&5rétine, et à cet égard, ni l'habitude ni le secours d’un autre sens né peuvent modifier l'impression visuelle : les illusions d’optique en sont la preuve ; le toucher avertit bien du caractère de quelques-unes d’entre elles ; mais l’âme ne les recoit pas moins telles que l'œil les forme et les lui envoie. Ainsi, le secours du toucher n’est pas ici ce qu'on le disait être , et il rentre dans les services respectifs que nous avons dit que les sens se rendent les uns les autres. De même, il est faux que le toucher donne à la vue une puissance qui n'aurait pas été dans son essence primitive : nous venons de dire que l'âme voit irrésistiblement d’après l’ordre de réflexion et de réfraction selon lequel arrivent à l’œ:il les rayons, et que ni le secours d’un autre sens ni l'habitude ne pou-
SENS DU TACT ET DU TOUCHER. 287 vaient modifier une impression visuellé : or, si la vue nous fait aujourd’hui juger la figure ; la distance , ce dont on né peut douter, c'est que c'était dans ses attributs primitifs , et elle ne le doit pas au toucher. A la vérité, comme c’est généralement d’après la même base, le degré d'ouverture de l'angle visuel, que la vue juge de la distance et de la grandeur des objets , il peut lui arriver de faire attribuer à la grandeur ce qui tient à la distance, et vice versä. Sans doute alors le toucher peut servir à prévenir cette erreur de la vue : mais il n’y a encore là que la faculté qu'ont les sens de se secourir mutuellement dans l’exercice de leurs fonctions médiates ; et ce qui le prouve, c’est que la vue peut seule reconnaître les premières erreurs dans lesquelles elle précicipitait l'esprit , et parvenir à démêler ce qui est de la distance et ce qui est de la grandeur. II faut admettre comme vérité physiologique, que tout sens exécute par lui-même ses diverses fonctions , sans avoir besoin du secours de l’éducation, ni d’un autre sens, dès que son organe est suflisimment développé; ce serait faire injure à la puissance du créateur que de croire qu’il ait édifié des sens qui auraient eu besoin d’autres sens pour accomplir leurs fonctions.
Enfin , beaucoup de métaphysiciens et de philosophes ont rattaché au toucher toutes les aptitudes indastrielles des animaux, tous les arts mécaniques de l’homme. Nous avons déjà ditque Galien avait rapporté à la main notre supériorité dans l’univers. Mais, d’abord , ces métaphysiciens ont confondu dans la main, ce qui est du sens du toucher , et ce qui est de l'instrument de préhension. Ensuite , ces deux instrumens ne sont que secondaires , et exigent au-dessus d'eux l'intelligence pour les
diriger et les mettre en œuvre. En effet, il n’y a chez les animaux et les hommes aucuns rapports entre l’état des aptitudes industrielles et des arts d’une part, et l’état du toucher de l’autre : beaucoup d’animaux qui ont des organes de toucher , ne sont cependant capables d’aucun travail mécanique ; beaucoup avec des organes de touchersemblables , suivent des instincts mécaniques divers ; et d’autres avec des organes de toucher différens , accomplissent un même travail. Dans l’espèce humaine, l’idiot qui à l’organe de toucher parfait, est cependant inca
ble de tout travail mécanique ; et d’autre part, le meilleur mécanicien n’est pas nécessairement celui qui a le toucher le plus fin. Encore une fois, la main n’est qu’un instrument subordonné, que dirige et met en action un organe supérieur , celui de l'intelligence.
Ainsi les philosophes avaient trop étendu la puissance du toucher; néanmoins comme ce sens fournit beaucoup d’impressions à l’esprit , il est avec la vue et l’ouie de ceux qu’on appelle intellectuels par opposition aux sens du goût et de l’odorat qui ont des services plus corporels, comme on le verra.
Comme le toucher est un tact actif, c’est-à-dire un tact exercé toujours avec volonté, c’est surtout à lui que doivent se rapporter les grandes inégalités qu’amène dans la puissance de ce sens la mesure dans laquelle on l’emploie. Bien que la pratique de la vie la plussimple mette en jeu le toucher, etne permette pas qu’on laisse ce sens tout-à-fait oisif, on peut par plus ou moins de culture lui faire acquérir une plus ou moins grande perfection. On voit, par exemple, des aveugles discerner les couleurs au toucher, et cela par la très-légère différence des impressions que font sur la peau les imper-
les &
ceptibles inégalités de la surface des corps colorés. Les sourds-muets comprennent ce qu'on paraît écrire sur leur : dos. On a conservé les faits bién remarquables du sculpteur Ganivasius , qui, devenu aveugle, continua de pratiquer son art avec succès, se guidant par le toucher ; de ’antiquaire Saunderson ; qui, aveugle aussi, distinguait néanmoins par letactune médaille vraie d’avec une fausse ; de l’aveugle-né de Puiseaux , qui exécutait les ouvrages des doigts lesplus délicats , etc. Nous n’avons pas besoin d’expliquer pourquoi ce sont surtout des aveugles qui offrent ces exemples de toucher si exquis; c’est que , privés. d’un sens , la nécessité les a contraînts d’exercer d’autant:plus ceux qui leur restent; et il ést de fait quelles sens dela vue et du toucher s’associent comme faisant apprécier. également la figure des corps; maïs où “concoit que par l'exercice tout autre homme ferait acquérir à son touchér une semblable délicatesse. Du reste, dans ces heureux effets, la culture a porté autant sur les facultés de l’esprit ae sur le sens du toucher (luimême.
$. II. Sens du Goût.
Le sens du gout est celui qui donne la notion de la qualité des corps qu’on appelle sapidité. I n’est encore qu’un toucher, mais plus délicat , et qui fait apprécier une qualité plus intime des corps. Plus local déja puisqu'il est borné à la petite étendue de la surface supérieure de la langue , son histoire sera partagée en trois parties ; étude physique des saveurs , c’est-à-dire de l’éxcitant extérieur qui, par son contact ; produit l’action d'impression ; étude de la structure de organe du sens; ététude de l’action de cet organe.
1° Des Saveurs.
{Lemot saveur ne deyrait, à la rigueur, exprimer que la sensation particulière qu’un corps sapide produit par son application à l'organe du goût. Mais on l’emploie aussi pour désigner, ce qui ; dans un corps quelconque, est la cause de sa qualité sapide. En ce sens, la saveur est la molécule intégrante du corps sapide ‘lui-même; car c’est cette molécule qui agit sur l’organe, et lui fait développer l’action d'impression qui est la base de la sensation. Il en est, én effet , dans le sens du goût comme dans.celui du tact ;. le corps extérieur , que ce sens fait juger, est dans un contact immédiat avec son organe.
Une première question qui se présente est de savoir si cette molécule du corps sapide qui , par son applica-
tion. à l’organe du goût, y fait naître l'impression sensi-" a Lorg 5
tive , est un élément unique et spécifique des corps ; ou seulement une de leurs molécules. intégrantes. L’anciénne chimie professait la première opinion; mais, aujourd’hui, on admet la dernière ; on se fonde sur ce qu’il faudrait reconnaître autant d’espèces de principes sapides qu’il y a d'espèces de saveurs ; et , sur ce que ces saveurs, si elles avaient constitué un principe spécifique , auraient dà présenter au moins dans les divers corps sapides quelques caractères généraux et communs. :,
On a recherché ensuite à quelle circonstance la molécule intégrante d’un corps sapide devait de faire ainsi impression, sur l’organe du goût. Les uns ont fait consister cette circonstance dans la forme decette molécule, et, par suite, ont rapporté la diversité, des saveurs à la diversité de figure {des molécules des, corps. Ainsi, la figure des molécules était-elle arrondie? la saveur était
douce ; cette figure était-elle anguleuse ? Ja saveur était piquante , etc. Mäis on ne peut saïsir aucun rapport constant entre la forme des molécules des corps et leur saveur; un même sel, et qui, conséquémmenit , à toujours la même saveur, souvent cristallise de plusieurs manières ; les sels, quoique dissous dans l'eau, continuent de manifester la saveur qui léur ést propre , etc. Les objections contre cette première opinion sont véritablement: insurmontables. D’autres ; avec plus de raison, ont rapporté la cause de la sapidité à la nature chimique des corps; et alors mille hypothèses ont été proposées, selon le degré de perfectionnement de la chimie; l’on a rapporté tour à tour la qualité sapide à la présence d’un principe , sel , ou acide , ou igné, Tout cela est vain ; ilfaub ävouér que dans l’état actuel de la science, on ne sait pas à quelle condition physique ou chimique un corps doit d’être sapide. |
Il résulte de là que l'expérience est le seul moyen que ñous avons dereconnaîtreles corps sapides ; on ne peut les juger tels à priori. À cet égard , tous les corps extérieurs se partagent en trois classes: les sapides qui font impression sur l'organe du goût; les snsipides qui n’affectent pas cétorgane , etles savoureux qui font sur lui une forte impression, On avait établi que les corps étaient d'autant plus sapides , qu'ils avaient plus de solubilité; mais cette assertion n’est pas absolue; ilest des corps insolubles qui ont une saveur prononcée , et d’autres très-solubles, qui sont à peiné Sapides. Encore une fois, la sapidité des corps tient à un rapport des molécules des corps avec l'organe du goût , et on ignore en quoi consiste ce rapport et quelle est sa cause.
Les saveurs sont innombrables; car, d’une part, elles
sont aussi diverses que le sont les corps sapides eux mêmes, tant ceux.que la nature présente tout formés , que ceux que l'art peut créer par d’heurenses combi; naisons ; et, d'autre part , elles varient autant que les organes du goût eux-mêmes dans la série des animaux , nonseulement d’espèce à,espèce, mais encore d’individu à individu. Pour énumérer toutes les saveurs, il faudrait , 1° avoir goûté tous les corps de Ja nature, et même toutes les combinaisons que l’art peut en faire ; 2° l'avoir fait dans toutes les. conditions variées que le sens du goût peut présenter , non-seulement dans chaque espèce animale , mais encore dans chaque individu , selon l’âge, le,sexe , le tempérament, l’idiosyncrasie , l’état de santé de maladie , l’assuétude , etc.
Combien dès lors doivent être insuffisantes toutes les classifications des, saveurs. qui ont.été proposées par les auteurs! Galien ; par exemple, en comptait huit principales: l’austère, V'acerbe , Vamer , le salé, Vâcre., Vaide, le doux et le gras: Haller , douze, le fade, le doux, V'amer, l'acide, l'acerbe ,l’âcre , lesalé,V'urineuæx, le spiritueux , aromatique , le nauséeux et le putride. Linnœus , qui.les opposait entre elles , les partageait en douces et âcres, grasses el styptiques , visqueuses et salées , aqueuses et sèches ;'et il en signalait dix, le doux, l’âcre , le gras, le styptique, V'amer , l'acide, le mu queux, le salé, l'aqueux et le sec. Selon Boërhaave , les saveurs, sont, ou primitives, comme l'acide, le doux, l’amer, le salé, l’âcre , l’alkalin,:le. vineux , le spiritueux, l'aromatique , l’acerbe ; ou composées , c’est: à-dire résultant de l’association , de la combinaison des saveurs primitives. Tout cela est nécessairement et ne peut être qu'incomplet; car il est toujours possible de
RE Te SE
SENS DU GOUT, : l 209 signaler chaque nuance , en créant pour elle un nom qui la désigne , et d'augmenter ainsi indéfiniment le nombre des saveurs.
La seule distinction qu’on puisse faire des saveurs est cellé qui les partage ‘én agréables et en désagréables ; tout en reconhaïssant encore qu’il n’est pas plus possible de savoir pourquoi une saveur est agréable ou désagréable , que de savoir pourquoi un corps est sapide ; tout en avertissant que ce rapport d'agrément ou de désagrément que présente une saveur ;né doit s’entendre que d'une espèce animale déterminée, souvent même que d’un individu , et de cet individu dans une condition donnée. Qui ne sait, en effet, que: tel corps dont là saveur ést'jugée agréable par tel animal}, est désagréable à un autre änimal ; et que, sous ce rapport ;schacun est organisé de manière à avoir relativement au sens du goût; des sympathiés et des’ antipathies spéciales ? Iién':est dé ‘même entre les individus d’une même espèce : chez les hommes ,. par exemple, la saveur qui plaît à l’un, répugne à un autre. Enfin, cela varié dans un même individu , selon la condition dans laquelle il se trouve : la saveur qui , dans un âge était récherchée , est souvent repoussée dans un autre ; une. saveur , que état de santé fait j juger désagréable , és Souvent Re délicieuse par l’état de RUES , el vice Dersà ; l’habitude : selon son degré, fait juger tour ‘at tour agréable ou désagréable une saveur qui, primitiveniént avait déplu, ou avait été recherchée. Certainerent le secret de ces sympathies et antipathies originelles s ou acquises , réside dans l’ organisation intime du EP du goût ; mais ilest, et bent il sera toujours Pre de le pénétrer.
Nous ne pouvons, du reste, définir aucune de ces
nombreuses saveurs ; toute sensation ne peut être représentée par le langage; on ne peut qu’en rappeler le souvenir à ceux auxquels on parle , s’ils l'ont jamais éprouvée ; et, dans le cas contraire , il est à jamais impossible de leur en donner une idée. De même, qu’on avoue n'avoir aucun moyen de faire connaître les couleurs à un aveugle de naissance , de même, il est impossible d'exprimer ce qu’est une saveur en général , ni ce qu'est chaque espèce de saveur en particulier. Chacun a bien le sentiment de ses propres sensations; maisil ne peut les peindre aux autres, qu’en leur rappelant le souvenir de celles qu’ils ont éprouvées ; et par la même raison ; nous ne jugeons des sensations des autres que d’après notre manière de sentir, C'est pour cela que ; ne pouvant goûter par la langue d’un autre animal, il est peut-être mille saveurs que percoivent les animaux , et qui nous sont inconnues; et, c’est ainsi que, pour tous les actes de Ja sensibilité, nous sommes renfermés dans les limites du moi. Le 2° Anatomie! de l’organe du Goût.
L’organe du goût chez l’homme, et chez les animaux qui sont rapprochés de lui, est la langue, ou mieux la membrane nerveuse , qui est située à la face supérieure de cet organe musculeux. Peut-être aussi que les lèvres , la membrane palatine, l'intérieur des joues, quelques points de l’intérieur de la bouche, jouissent un peu de la faculté d'effectuer le goût; du moins on cite quelques observations de personnes qui, ayant perdu la langue par accident , avaient néanmoins conservé Ja faculté du goût.
La langue, considérée dans la généralité des animaux vertébrés , est un corps musçuleux plus ou moins consi-
SENS DU GOUT. 209% dérable , situé dans la bouche, qui revêt ou prolonge la première des pièces médianes qui composent la série inférieure des os du squelette , l’hyoïde , et sur la surface supérieure duquel est étalé la membrane qui est le siége du goût. Elle est généralement formée de deux parties; l’une postérieure , dans la composition de laquelle entre toujours l’os hyoïde; et l’autre antérieure, exclusivement musculeuse , quiest plus ou moins développée ,et qui est la langue proprement dite. Mais ces deux parties sont souvent en rapport inverse l’une de l’autre , c’est-à-dire que lorsque l’une est très-développée , l’autre l’estmoins,; etvice versà. Comme c'est surtout sur la partie antérieuré qu'est étendue la membrane gustative ; cette partie antérieure compose, presque àelle seule , la langue chez les animaux qui ont le goût exquis ; et, au contraire; chez ceux qui n’ont pas le sens, elle manque tout-à-fait, et l'organe est réduit à sa portion hyoïdienne.
L'homme est dans la première de ces catégories ; chez lui , la langue, très-développée dans sa partie antérieure ; fort peu dans sa partie postérieure, consiste en une masse musculeuse , ayant la forme d’une pyramide .allongée arrondie en pointe mousse en ayant, large .et'comme tronquée en arrière; renfermée dans la première cavité de l'appareil digestif, dans la bouche; et qui, située sur le plancher inférieur de cette cavité, y adhère par sa base et par une partie de sa face inférieure. Libre, en effet, à sa face supérieure, sur laquelle est étendue la membrane qui est le siége du sens; libre encore à.sa pointe ; la langue , au contraire , adhère : 1°par sa base, d’une part à l'os hyoïde, sur lequel elle repose, et qui l’entraîne en ses mouvemens; d’autre part à l’épiglotte, par trois replis de la membrane muqueuse, de la bouche;
9° par sa facè inférieure , à la’ paroi inférieure de Ex -
bouché! 26 le repli dé là membrane muqueuse de Ia
bouche ; qu’on appellé Je fréin dé l& langüé d’üne part.
ét d’autre part, par des muscles , les génio - glosses en avant ; et les hyo-glosses en arrière.
K faut étudier ‘dans la langue la partie musculeuse qui en fait le corps, et là mémbrane qui est étalée à sa‘surface. supérieure, ét $ est spécialement Porgane du goût. gd
1° La première est fofmée de muscles, “qui, depuis
M alpighi , sont partägés én ettrinsèques èt intrinsèques.
Les muscles extrinsèques ont été nommés ainsi, parce qu'ils paraissent moins former la ligue, qü’aboutir à cet organe, pour en mouvoir la totalité. On en reconnaît trois: le stylo-glosse, dont les fibres sont étendues obliquement d’arrière én avant, et de haut en bas, depuis l'apophyse styloïde du temporaï, jusqu'aux bords de la langue ; lPhyo-glosse , dont les fibres se portent, verticalement de bas en ‘haut, des branchés de Fhyoïde aux bords: de la lingüé, et qui, à cause dé sa triple insertion à l'hyoidé'; ‘était jadis divisé en trois muscles : le basio-glôssé le grand kérato-glosse et le petit keratoglosse ; enfin , lé génio-glosse, qui, de l’apophyse géni de l’os maxillaire, va, par des fibres divergentes , aboutir à toute la face inférieure de la langue. Quelques-uns en spéeifient encore un quatrième, le mylo-glosse , qui, de la païtie la plus reculée de l’arcade alvéolaire de Fos maxil Jaire , va se terminer à la partie postérieure de la langue.
Les muscles intrinsèques , au contraire , sont ceux qui forment spécialemént la langue, et produisent ses mouvémens partiels : long-temps on les a fait consister en fibres musculaires entrelacées entre elles d’une manière
SENS DU GOUT. 397 inextricable , dirigées dans tous les sens, en long, en travers, obliquement, verticalement, et formant ainsi uné masse où tout était confondu. Lesanatomistés ne spécifiaient , sous le nom de muscle lingual , qu’un seul faisceau apparent à la face inférieure de Ja langue et sur le côté, étendu d’arrière en avant, entre le stylo-#losse ét l’hyo-glosse, qui sont en dehors, et le génio-glosse , qui est en dedans. Mais, récemment, quelques anatomistés disent être parvenus à démêler ce tissu én apparence inextricable : MM. Gerdy êt Blandin , aides d’anatomie à la faculté de Paris, et M. Baur, professeur à Puniversité de Tubingue. Lé prémier signale, outre le faisceau lingual , depuis long-témp$ admis, un muscle lingual superficiel , un lingual transverse, un lingual vertical et des linguaux obliques ; plus , un tissu jaunâtre particulier, qui seul forme l'organe à sa base. M. Blandin, outreun plantransversalet un plan longitudinaldistincts, a vu sur la partie moyenne de la langue ; au milieu de son tissu propre, une sorte de raphé-fibro cartilagineux, placé de champ dans la langue, donnant insertion sur ses deux faces aux fibres transverses de l'organe , et se continuant énarrière avecune membrane fibreuse, qui à la forme d’un croissant, et qui unit la langue au corps de l’hyoïde. Cette partie lui paraît être la portion hyoïdienne de l’organe, Panalogue du prolongement osseux ou cartilagineux que présente l’hyoïde dans la langue de certains animaux, les oiseaux, par exemple.
Toutefois, c’est à cette première partie de la langue que cet organe doit de pouvoir , non-seulement se mouvoir en totalité, se porter plus ou moins au dehors de la bouche et dans tous les points de cette cavité, mais encore se mouvoir partiellement, se rouler sur elle-
même , se creuser en gouttière, etc. Une grande mobilité devait être donnée à cet organe , que la nature a fait en,même temps siége du goût, et instrument de mastication et de déglutition des alimens, d’articulation des sons, de sputation, etc. Gette première partie de la langue est, à la seconde, c’est-à-dire à la membrane qui en revêt la face supérieure, un appareil musculaire ‘analogue à celui que nous avons dit être annexé à tout organe de sens, pour qu’il puisse être à volonté soustrait ou appliqué au contact de l’excitant extérieur.
2° La seconde partie de la langue, et celle dans laquelle réside spécialement le sens du goût , est la membrane qui en revêt la surface supérieure. Cette membrane a une assez grande analogie de texture avec la peau, Elle est aussi composée de deux feuillets : 1° un extérieur, épidermoïque, formé par la concrétion d’un suc que sécrète le feuillet profond , et qui remplit l'office d’un vernis qui abrite les papilles de la langue , etrenferme le contact dans la mesure convenable; il est beaucoup plus mince que celui de la peau, et à peine apercevable; 2° un plus interne, qui est l’analogue du derme , et qui forme spécialement le corps de la membrane. Les anatomistes ont émis , sur la texture de ce second feuillet, des opinions aussi diverses que sur la texture du derme de la peau; la plupart aussi l’ont dit formé de trois couches superposées les unes aux autres ; savoir, profondément un chorion, assemblage de fibres albuginées, formant le canevas solide de la membrane, et laissant passer à travers mille trous qu’il présente , les vaisseaux et les nerfs qui vont au-delà de lui former les autres couches ; ensuite , immédiatement sur ce chorion, un corps, pa= pillaire, assemblage de papilles formées par les der-
nières exirémités des nerfs du goût, et qui serait la partie de l’organe qui développerait l’action d'impression : enfin, un corps muqueux , qui est, comme à la peau, ou un mucus qui recouvre les papilles, ou un entrelacement de vaisseaux, laissant entre eux des aréoles que remplit un fluide albumineux , que concrète la chaleur, et duquel dépend la couleur de la langue. Ce corps muqueux cependant , n’est guère qu’en vestige chez l’homme ; mais il est fort épais dans la langue des quadrupèdes. C’est, comme on. voit, la distinction des mêmes élémens qu’au derme. D’autres, au contraire, nient. cette superposition de trois couches distinctes, et veulent que ce second feuillet ne soit qu’une seule trame, dont le fond est formé de filamens celluleux assez denses, et àla surface de laquelle viennent se disposer en papilles ; les dernières extrémités des nerfs et des vaisseaux.
Quoiqu'il en, soit de cette double opinion, c’est la considération des papilles qui intéresse surtout. Sans doute, comme à la peau , ces papilles sont formées principalement par les dernières extrémités des nerfs; mais leur ténuité est telle , qu'il est difficile de voir comment ces dernières extrémités des nerfs s’y disposent. On dit généralement qu’ellesse sont, avec les dernières ramifcations des vaisseaux exhalans et absorbans , groupéesen pinceaux , en pénicilles, agglomérées en petits mamelons , à l’aide d’un tissu spongieux susceptible d’érectilité, D’après leur forme, on en distingue de deux sortes ; 1° celles dites coniques ou pyramidales , parce qu’elles sont plus larges à leur base qu’à leur sommet. Elles se montrent en petites aspérités sur toute la surface supérieure de la langue , depuis sa pointe à sa racine , serrées les unes auprès des autres , comme les soies d’une
brosse ; 2° celles dites fungiformes ; parce que leur some, met s’élargit en champignon ; moins nombreuses que les premières , celles-ci sont éparses parmi elles ; et ras: semblées au bout de la langue. Ælbinus en ädmettait encore d’autres ; sous lé nom de fi iliformes ; mais il n°y a à que des variétés de forme , et toutes ces sie ont au fond la même nature.
Une difficulté, quin’est pas moins grande que celle qui est relative à la structure intime dé’ées papilles , est de savoir quel nerf cor é concourt à leur formation ; et par là mérite d’êtré appelé lernerf du goût. Il y à controverse à cet égard , parce qué plusieurs nerfs se distribuent à là fois à la langue ; savoir, lé nérf lingual de la cinquième paire ;‘le nerf grdnd Hpéglôbe dé le glosso - pharyngien ; et même quelques filets venant du maxillaire supérieur ; du ganglion sphéno -palätin ,
et du ganglion décrit par Scarpa sous le nom de
nés palätin. Galien, Vésale, Willis, Haller | etc. , ont regardé le nerf lingual comme le nerf spécial du goût , et n’ont considéré les autres nerfs que comme lés nerfs moteurs de la langue ; ils’'se sont fondés sürtout sur la distribution respective de ces nerfs , lé premier leur ayant paru aboutir plus spécialement aux papilles, etles autres au corps charnuet musculeux de la langue. Quelques Modernes ontajouté, à appui de cette opinion, que le nerf grand hypoglosse n’existe pas chez les poissons , animaux qui cependant paraissent avoir évidemmentle sens dugoût. Boérhaave, au contraire , présente le nerf grand hypoglosse comme étant le nerf du goût, et le lingual et le glosso-pharyngien comme étant simplement des nerfs moteurs ; etil se fonde sur ce que le nerf du goût doit être nécessairement un nerf spécial , ce que ne peut
SENS DU GOUT. 301 être le nerf lingual , qui dérive d’un nerf qui se distribue à la fois aux sens de la vue, de l’odorat , du goût , et et à la face , et ce qu'est au contraire le grand hypoglosse , qui d’ailleurs est plus gros que le nerf lingual,
Jusqu’à présent , ni l'inspection anatomique , ni les expériences , ni les observations pathologiques , ni l’anatomie comparée, n’ont pu faire résoudre cette difficulté, Il est bien vrai que ceux qui ont pu suivre les nerfs jusqu’à leurs ramifications dernières , disent avoir vu le nerf lingual se distribuer plus particulièrement aux papilles , et les autres nerfs au tissu musculeux de la langue : mais , indépendamment de ce que d’autres nient qu'il soit possible de suivre les filets nerveux audelà de leur arrivée dans l’organe , les premiers anatomistes conyiennent. eux -mêmes qu’en même temps que le nerf lingual fournit aux papilles , il se distribue aussi aux fibres musculaires ; que le nerf grand hypoglosse fournit aussi.quelques filets aux papilles ; et qu’enfin tous ces nerfs établissent dans le tissu de la langue les plus fréquentes anastomoses. Dans les expériences, on a vu la section de l’un et de l’autre de ces nerfs, entraîner également la perte ou l’affaiblissement du goût. Il en a été de même dans les observations de maladies qui consistaient dans des affections de ces nerfs. Enfin , dans tous les animaux qui ont une langue , les trois nerfs s’y ren dent ; et, par exemple , bien que probablementles poissons, qui ne font qu'avaler leur proie sans la mâcher , aient le sens du goût fort obtus , ils ont, comme tous les autres animaux , le nerf grand hypoglosse.
La question n’est donc pas encore résolue. De nos jours, on croit plus généralement que le nerf du goûtest le lingual. On fait remarquer que l'union de cenerfavec
les autres rameaux de la cinquième paire , n'empêche pas , d’après l’idée qu’on se fait aujourd’hui de la composition des nerfs, de le considérer comme un nerf isolé. On invoque une expérience de M. Richerand, qui a reconnu , par le galvanisme , que ce nerf était moins moteur que les autres. On argue enfin , de ce que, parmiles nerfs encéphaliques , le nerf de la cinquième paire est le premier qui se montre dans les animaux , comme le goût est le premier dessens spéciaux qu’on observe.On remarque que ce nerf consiste d’aborduniquement dans le rameau lingual; et que généralement son volume-est en rapport dans les animaux, avec celui de l'organe du goût et de l'appareil masticateur ; qu’ainsi , il est assez petit proportionnellement chez l’homme. Mais tout cela ne constitue pas une démonstration absolue ; et, par exemple , si, dans l'expérience de M. Richerand , les nerfs grand hypoglosse et glosso-pharyngien ont le mieux répondu aux excitations galvaniques , il n’en résulte pas
que ces nerfs ne soient que des nerfs moteurs , et né
contribuent en rien à la sensation du goût. M. de Blainville conjecture que le sens du goût n’est peut-être encore ni assez spécial , ni assez peu étendu , pour n'avoir qu’un système nerveux isolé; et qu’ainsi les trois nerfs de la langue servent également au goût , de même que les différens nerfs de la peau, qui pro viennent de paires multiples , servent également au tact. Selon que l'appareil membraneux d’un sens à, dit ce savant , plus ou moins d’étendue , un plus ou moins grand nombre de nerfs doivent y aboutir pour en former les papilles. On se rappelle en effet que, parmi les ganglions qu'il a affectés dans la masse encéphalique aux organes des sens’, il n’en est aucun pour l'organe du
goût, à ia différence des sens de l’odorat, de l’ouie et de Ja vue. :
Toutefois, telle est là membrane qui revêt le corps charnu de la langue , et qui est spécialement l’organe du goût. Tout-à-fait confondue par sa face interne avecletissu musculaire sous-jacent, elle a toute la solidité qui lui permet de supporter un contact immédiat. Gomme la peau, elle est, par sa face libre , le siége d’une perspiration, et apte àeffectuer une fonction d'absorption. Comme elle, elle contient dans son épaisseur de nombreux follicules sécrétant un mucus destiné à la lubréfier. Ces follicules se montrent en petites aspérités à la surface de la langue ; on . lés a dit aussi des papilles , et on les à appellés papilles à calice ; maïs cette expression est impropre , comme assimilant des parties qui diffèrent par la strûcture et par les usages. Ges follicules abondent surtout à la base de la langue, où , réunis au nombre de 9 à 10 , ils sont placés les uns par rapport aux autres, de manière à figurer un V, dont la pointe est tournée vers le pharynx. Ils aboutissent en grande partie à un trou unique, situé en arrière de la langue, sur la ligne médiane, appellé trou aveugle de Morgagny, lacune de la langue. La ressemblance de cette membrane avec la peau est dans quelques animaux , portée au point qu’il y a production * à sa surface de poils ou d’étuis cornés qui recouvrent les papilles; ce derniér fait, par exemple , s’observe dans les chats. Rien de tout cet appareil n’existe à la face inférieure de la langue , où le tissu musculeux n’est revêtu que par la membrané muqueuse commune à toute la bouche.
Voilà l’organe du goût. Ajoutons que la cavité de la bouche , les deux mâchoires qui forment cette cavité.
les diverses glandes qui l’avoisinent , pourraient encore être indiquées comme des dépendances de cet organe. La cavité de la bouche en effet recoit le corps sapide, et le maintient.en contact ayec la langue; les mâchoires , en se mouvant, triturent ce corps , et le mettent dans les conditions physiques , sinon indispensables , au moins
les plus favorables pour qu’il atteigne mieux les papilles. |
Enfin, les sucs perspirés par la membrane muqueuse de la bouche , ceux qui sont fournis par les follicules de cette membrane , et surtout la salive , liquéfient la molécule sapide , et la font pénétrer plus facilement jusque dans la spongiosité de la papille. Mais l’histoire anato-
mique de ces parties appartient plus spécialement à la |
digestion ; et les notions générales qu’on en possède suffiront pour entendre,le mécanisme de la gustation.
39 Mécanisme du Goût.
La cause de l’action d'impression est dans le goût, comme dans le tact, le contact d’un COrps étranger ; et il n’y a rien de diflicile à concevoir non plus dans la manière dont se fait ce contact. Le corps:sapide est porté à la bouche , qui s’ouvre pour le recevoir ; et, par cela seul, ce corps est mis en contact avec la membrane qui est le siége du sens, et que nous avons dit occuper la face libre et supérieure de la langue. Faisons remarquer, à cet égard, que la langue étant située dans une cavité qui est d'ordinaire fermée , et dont l'accès n’est permis que par une volonté expresse, le sens du goût est de tous les sens celui qui dans son exercice est le plus dépendant de la volonté. En effet , le sens du fact est bien moins volontaire; son organe étant tout-à-fait extérieur ;
à SENS DU GOUT. 305
e’est souvent malgré lui que des corps viennent J’imressionner. Il en est de même des sens de l’ouïe et de lodorat, dont les organes à la vérité sont plus intérieurs , mais aboutissent au dehors par des ouvertures "qui sont constamment béantes , et qui, conséquemment permettent en tout temps , et même contre la volonté , l'accession des ondes sonores et des molécules odorantes. Enfin , il en est de même encore du sens de la vue: l'organe de celui-ci a bien à la vérité , dans les paupières, un appareil qui laisse libre ou découverte, selon le besoin et notre volonté, sa surface antérieure ; mais comme l'emploi de ce sens est réclamé , dès qu'il y a veille, il “’ensuit que les paupières sont bien plus souvent ouvertes que ne l’est la bouche , et que, par conséquent, l’œil est encoregplus exposé que la langue à recevoir le contact de son excitant spécial.
Toutefois, le corps sapide étant ainsi appliqué à la surface supérieure de la langue, aussitôt la membrane nerveuse qui y est étalée se livre au mouvement propre qui constitue l’action d'impression , absolument comme cela était dans le tact. Seulement, il faut que le contact soit un peu prolongé, sinon la membrane de la langue n’est pas provoquée à agir; on sait que , lorsque les sub : stances que nous mangeons Ont une saveur qui nous répugne , nous nous hâtons de les avaler , afin que, restant peu de temps sur la langue, elles ne fassent pas impression sur elle. À l'égard de ce contact du corps sapide, on a pensé que , pour qu'il ait lieu , il fallait constamment que le corps sapide fût liquéfié. On a généralement professé que le goût , qui était destiné à nous faire connaître
| une qualité plus intime des corps, exigeait que ces corps | fussent préalablement réduits en liquide. De là, l'avantage à: 20
5c6 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ: j pour la gustation : 1° de la mastication qui brise le corps sapide , s’il est solide, et isole les unés des autres ses molécules intégrantes , que nous avons vu être ce qui agit spécialement sur le sens. 2° Des nombreux sucs, qui, affluent dans la bouche, et qui liquéfient ces molécules " intégrantes sapides , et les font parvenir jusqu’à la partie nerveuse qu'elles doivent impressionner. Cependant cette assertion ne doit pas être prise en toule rigueur, sinon pour l’homme , au moins pour la généralité des animaux ; , il est quelques-uns de ceux-ci qui goûtent sans liquéfier préalablement le corps sapide, les oiseaux , par exemple ; ces animaux ont le bec corné , la langue sèche, ct cependant ils goûtent, puisqu'ils font un choix parmi lesh graines qu'ils mangent.
Voilà donc le contact du corps sapide eflectué . Alors l’organe du goût développe l'impression , qui portée au cerveau et perçue par lui, devient sensation de saveur. Cette impression n'est pas plus connue ici, qu'elle l’a été dans le sens du tact, qu'elle le sera dans tout autre sens; et nous ne pouvons que répéter à son égard ce " que nous avons dit de celle du tact. Elle est trop moléculaire pour que nos sens puissent l’apprécier , con- | séquemment pour que nous puissions la décrire ; ek elle ne nous est manifestée que par son résultat. Elle n’est en rien analogue aux actions physiques et chimiques, et dès lors doit être dite organique et vitale. On a prétendu , à la vérité, que cette action d’impression consistait en une modification chimique qu'avait éprouvé le fluide nerveux dela papille ; et même , à cause de cela , on avait dit le goût un, sens chimique, par opposition aux sens du toucher, de l’ouie et de la vue, qu’on disait des sens mécaniques , faisant consister
SENS DU GOUT. 60% leur mécanisme en un simple ébranlement du fluide nerveux ; mais ce ne sont là que des conjectures. Enfin, l'organe n'est pas passif dans sa production , et ne la recoit pas mécaniquement de l’excitant extérieur, mais
. il la développe en vertu de son activité propre. Nous n'avons pas besoin de rapporter ici les raisons qui justifient chacune de ces propositions ; nous les avons données à l’article du tact.
Ce sont les papilles qui exécutent ceite action d’impression. Toutes les autres parties de la membrane ne $ervent qu'à favoriser le contact, et le renfermer dans la mesure convenable. Le chorion donne à la membrane
de la Rangue la solidité dont elle à besoin pour supporter impunément un contact. Les nombreux exhalans qui sont ouverts à sa surface , fournissent un fluide, qui tout à la fois, entretient l'humidité, la souplesse des papilles, et liquéfie le corps sapide. H en ést de même du mucus des follicules. Cependant celuï-er est plutôt relatif aux autres fonctions de la langue , comme d’invisquer le bol alimentaire pour la déglutition, et de le rendre plus glissant : c’est ce que prouve la situation de ces fol licules , qui , rares à la pointe et sur jes côtés de la langue, c’est-à-dire aux parties de cet organe les plus propres au goût, sont au contraire nombreux à sa base. L'espèce de spongiosité dans laquelle se termine le nérf, et où son extrémité se dispose pour former la papille, est trèspropre à favoriser la pénétration du liquide chargé de la molécule intégrante sapide : la compare-t-on en effet à | une spongiosité ordinaire ? elle se laisse mécaniquement imbiber par le liquide sapide : est-elle formée de ce tissu
| spongieux susceptible d’une dilatation active? Elle s’é-
| rige en quelque sorte, se redresse dans l’acte de la gus-
tation, et applique elle-même la pulpe nerveuse à Ia molécule sapide. Enfin, l’épiglossis remplit ici le même office que l’épiderme à la peau; il renferme le contact dans la mesure convenable : est-il trop épais ? le goût est obtus : est-il trop mince, ou enlevé par accident ? le contact est douloureux, et la saveur n’est pas perçue.
On peut même indiquer les services des parties qui sont accessoires à l’organe du sens. La bouche est une cavité convenablement disposée pour maintenir le corps sapide dans un contact continuel avec la langue. La circonscription formée par les arcades dentaires des deux mâchoires, est, dans cette vue, heureusement complétée par la voûte palatine et les joues. Les mouvemens de la mastication servent à triturer le corps sapide, à séparer ses molécules intégrantes, de manière à ce qu’elles atteignent mieux la papille. La salive liquéfie le . corps sapide, et en fait pénétrer la molécule intégrante jusque dans la spongiosité de la papille. Enfin, la langue, par sa partie musculeuse , peut se mouvoir sur le corps sapide , le presser de manière à en exprimer la partie liquéfiée; toutes circonstances qui influent sur la perfec-# tion du goût.
Ainsi, dans cette action de gustation, l’on reconnaît encore, d’un côté l’action nerveuse et vitale de la partie fondamentale de l’organe du sens; et de l’autre , le service tout mécanique de l’appareil antérieur destiné à
ik
appliquer le corps sapide à la partie nerveuse. Dans cet. |
appareil antérieur , il y a tout à la fois des conditions propres à atténuer un peu les effets du contact, comme
l’épiderme, et d’autres propres à faciliter ce contact,
comme les divers sucs qui liquéfient la molécule sapide, et en empreignent la papille.
Du reste, le goût a surtout son siége à la partie de la langue où les papilles sont en plus grand nombre et plus développées, à sa pointe et sur ses bords. C’est là que se trouvent les papilles fungiformes. À mesure que lon avance vers la base de la langue , il devient de plus en plus obtus , et finit par disparaître tout-à-fait. [In’existe d’ailleurs qu’à la face supérieure de la langue; car cet organe en dessous n’est revêtu que par la membrane muqueuse qui est commune à toute la bouche. Gependant, comme nous l’avons annoncé plus haut, la langue n’en est pas peut - être tout-à-fait l’organe exclusif; il paraît siéger aussi un peu à la voûte du palais, aux lèvres, aux parties de la bouche qui reçoivent quelques rameaux des nerfs linguaux : on y voit, en effet, quelques papilles; et Ruisch même y admettait
» un appareil papillaire semblable à celui de la langue. Cette dernière assertion est sans doute exagérée ; mais on cite des observations de personnes qui ont conservé le sens du goût après la perte de la langue. Roland, chirurgien de Saumur , dans une thèse.intitulée : Aglos sostomographie , cite l'observation d’un enfant du Bas- Poitou , âgé de six ans, qui ayant perdu la langue à la suite de la petite-vérole , n’en avait pas moins conservé les facultés de parler , de cracher , de mâcher , d’avaler , etde goûter. De Jussieu fit voir , en 1718, à l’Académie des Sciences, une fille portugaise qui était née sans langue , et qui avait conservé aussi toutes ces facultés. Dans un temps où les blasphémateurs et les parjures
étaient punis par la mutilation de la langue , et subissaient us isupplice qui consistait à fixer à un arbre, à l’aide
d'un clou , la langue du criminel , et àla percer , de part
LM
en part, avec un fer rouge , on a eu plusieurs occasions de faire la même remarque.
Il -paraîtrait que le système nerveux de l'organe du goûl se compose dans ses différens points de fibres nerveuses particulières, ou du moins que les différentes régions de l'organe ont un mode de sensibilité particulier pour les corps sapides. Ceux-ci, en effet, agissent de préférence, tantôt sur la langue, tantôt sur le pharynx et le palais. Nous en dirons autant des saveurs qui laissent après elles dans la bouche ce qu’on appelle un arrière-goût. Gelui-ci peut aussi affectionner plus particulièrement certaines parties de la bouche ; les corps âcres laissant une impression dans le pharynx , les acides sur Jes lèvres et les dents, etc. Cette particularité qu'a une saveur dese prolonger , empêche souvent que celle qui lui succède soit perçue ; et c'est un moyen dont on se sert en médecine pour dérober aux malades la saveur désagréable de certains médicamens. Elle est due, ou à ce qu’une partie du liquide sapide imbibe encore les papilles , ou à ce que le corps sapide a imprimé une striction particulière , a exercé un premier degré d'action caustique irritante sur les organes. ,
Telest le. goût. Quant à ses usages , sa fonction immédiate est de donner la sensation des saveurs ; à cetégard , aueun sens ne peut le suppléer , et il Paccomplit sans avoir besoin d’un exercice antérieur , de Phabitude , du secours d’un autre sens, et dès que son organe a acquis le développement suflisant. Ses fonctions médiates où | auxiliaires sont nulles, ou au moins très-bornées ; il ne É fournit presque aucunes notions à l’esprit, età cause de
ge
© SENS DE GOUT. 911 cela est dit, non un Séns dé l'intelligence, mais Un sens de la nutrition. Si l'on extepte, en eflet, les sécours qu'en obtiennent le chimiste ; lé minéralogiste dans l'étude des corps, ce sens sért moins l’esprit que le Corps. Chargé de préjuger les alimens dont nous usons, il est réellerent une sentinelle ayancée de la digestion. D'un côté, son organé est situé dans la première cavité de l appäreil disbotif, de manière que l’alimént doit forcément affeéter le sens au passage : les premiers actes de 14 digestion , tels que la mästication sans laquelle les alimens solides ne pourraient passer de la bouche dans l'estomac ; l’insalivation et là déglutition, ne peuvent s'effectuer sans que la gustation n'ait lieu : de sorte que ce sont déjà autant de preuves que toutes ces actions Sont enchaînées dans un même but. D’uüun autre côté, la connexion la
“plus intime unit le Soût à toutes lés parties de l'appareil
digestif : ce sèns , par exemple , juge-t-il l'aliment désägréable ? aussitôt les mâchoires semblent se refuser à en opérer Rà mastication ; la sälive paraît se tarir , ét laisse là bouche dans un état de sécheresse peu favorable à la fonction ; le pharynx ; loin de se disposér à laï$ser passer l'aliment, se resserre , et l'estomac lui-même sémble éprouver d'avance dés nauséés , et se disposer à rejeter l'aliment &il arrive jusqu'à lui. L’aliment , au contraire, a t-il uné saveur agréable? là mastication s’en fait avec plaisir et sé prolonge, Ce qui réñd l'aliment plüs disposé aux mutations qu'il a à éprouver dans la suite dé Pappareil ; la salive coulé avec plus d’abondänce, le pharynx s'ouvre et s'élève comme pour aller au-devant de l’alient , et l'estomac lui-même semble se disposër à bien récevoir un aliment qu'il $aäit d'avance lui convénir. C'est surtout avéc l'estomac, organe principal de Îa
digestion, que le goût est uni. Ainsi, dans la série des animaux, généralement, le goût trouve une saveur agréable aux substances naturelles qui sont assignées pour alimens à ces animaux; et, au contraire , il trouve une saveur désagréable à celles qui sont réfractaires à l’économie digestive , et qui pour cela sont des médicamens. A cet égard , ie goût varie dans la série des animaux dans le même rapport que l'alimentation. De même, la faim signale-t-elle le besoin qu’éprouve l'estomac de recevoir
des alimens ? Le goût est éveillé, disposé à agir; il
s'exerce avec plus Fh vivacité et de jouissance ; les papilles de la langue sont plus saïllantes. Au contraire, à mesure que la faim s’apaise, le goût se fatigue de ce qui lui avait plu d’abord. Une maladie atteint-elle l’es-
tomac, et y empêche-t-elle le développement de la:
faim , ou y fait-elle naître une faim pervertie ? le goût participe de ces états divers; ou il ne treuve aucune saveur aux alimens , les papilles de la langue sont allaissées ,
et la surface de cette membrane toute lisse ? ou bien , il
trouve une saveur fausse aux alimens , indépendamment des erreurs qu’il peut devoir aux sucs muqueux morbides qui peuvent former un enduit à la langue. Rien
? : ? ns ve A .
n’est donc mieux prouvé que l’usage principal du goût : et, remarquons en passant, combien est grande la bonté
de la nature , qui pour nous contraindre à un acte qui:
importe à notre conservation, y a attaché le caractère séduisant du plaisir,
Il nous reste à indiquer quelle est la portée de ce sens dans l’homme, relativement à ce qu’elle est dans les animaux. Ce sens est chez nous assez délicat; car, d’an côté, la partie nerveuse de l’organe est assez développée, les trois nerfs de la langue sont assez gros ; de
l’autre côté, l’appareil antérieur est convenablement disposé , les papilles sont spongieuses et assez mises à nu; la surface de la langue est sans cesse humectée de sucs qui sont toujours prêts à liquélier le corps sapide , et qui maintiennent souples les papilles ; l’épiderme n’est nitrop épais, ni trop mince, etc. On est même allé jusqu’à dire, à cause de cela , que Le goût n'était chez aucun animal plus parfait que chez l’homme. Sans doute beaucoup d’animaux lui cèdent sous ce rapport; les oiseaux, par exemple, qui ont la langue cornée ; les poissons, qui avalent leur proie sans la mâcher; mais beaucoup aussi paraissent avoir un goût plus délicat; à juger du moins par la grande.étendue de leur langue,, le gros volume des nerfs qui y aboutissent, le grand développement des papilles , la finesse de due Si dans aucun la langue n’est aussi mobile que dans l’homme , cela nuit moins à la fonction du goût qu’aux autres fonctions " de la langue, à la parole , par exemple, Il est certain, au moins, que le goût est pour l'homme un guide moins sûr dans le choix des alimens que pour les animaux; tandis que ce sens est pour les animaux, un instinct conservateur d'autant plus fidèle qu'ils sont plus inférieurs , ilest souvent trompeur dans l’homme; il faut dans cet être que l'intelligence apprenne sans cesse à reconnaître et à prévenir ses erreurs. IL semble que là nature ait voulu, sous ce rapport, comme sur tant d’autres , nous
abandonner à nous-mêmes, se reposant sur l'intelligence dont elle nous a fait don, et voulant nous fournir une nouvelle occasion d’en déployer la puissance.
On concoit, du reste, que dans chaque espèce animale , et même dans chaque individu d’une même es. pèce, dans chaque home , les nerfs du goût ont une
La
organisation spéciale qui détermine, non-seulement le degré de délicatesse du sens, mais encore le genre de savéur qui est trouvé aux différens corps sapides. On sait que telle substance qui est insipide pour tel animal , est, au contraire, sapide pour tel autre; que telle substance qui à pour tel individu une saveur agréable, souvent en a une désagréable pour tel autre. Ainsi que nous l'avons dit, toutes ces différences tiennent à une organisation spéciale des nerfs du goût , mais qu’il nous est impossible dé caractériser; nous ne pouvons pas même les juger, car, pour ce qui est de tout acte de sensibilité, nous en sommes réduits à ce que nous éprouvons nous-mêmes , et notre manière de sentir est le tÿpe auquel nous rapportons tout. Trois circonstances expliquent loutes les variétés que présente le goût dans les divers hommes : l’organisation spéciale des nerfs du goût, et qu'il nous est impossible dé spécilier ; la structure plus ou moins heureuse de la langue, qu’il est plus facile d'apprécier; enfin , l’observance plus ou moins éntière de toutes les précautions d'hygiène propres à conserver la langue dans l’état le plus convenable pour l'exercice de sa fonction.
Dirons-nous que le goût est comme tout sens, même plus que tout autre, dépendant de la volonté ? que paf conséquent il s'exerce de deux manières, passivement ou activement, et est passible de l’éducation? Dans l'exercice actif du goût , il y a d’abord action de l’appareil musculaire de l’organe , pour appliquer la partie sentante au corps sapide ; la partie musculeuse de lal1ngue presse ce corps. sapide, l'enveloppe, pour que le contact soit en même temps le plus parfait possible, et dans le degré qui convient à la délicatesse de la
sensation. Ensuite , il y a érection de la papille nerveuse qui exécute l’action d'impression. Par la culture, enfin, on fait acquérir à ce sens une délicatesse extrême. Quelle différence n’y a-t-il pas , entre le palais du simple habitant des campagnes et celui du volupteux citadin ? Les gourmets vont jusqu’à percevoir plusieurs saveurs à la fois, jusqu’à analiser l’aliment composé dont ils usent. Il n’est pas rare de trouver dans notre Bourgogne méridionale des personttes qui, nonseulement , reconnaissent les vins de chacun des terroirs qui la composent, mais encore assignent la propriété particulière qui les a fournis , et l’année où ils ont été récoltés. Pour faire acquérir au goût ce degré de perfection, il faut des soins , de l'étude ; d’un côté, éviter tout ce qui, mécaniquement , peut altérer l'organe , épaissir l’épiderme , par exemple ; de l’autre , exercer souvent, et avec mesure , le sens, et arrêter son attention sur les sensations qu’il fournit. Certainement , on juge mieux une saveur à la septième ou huitième fois qu'on l'éprouve, qu'à la première; souvent un aliment qui avait paru peu savoureux d'abord , devient ensuite
l'objet désiré de nos friandises. Si le goût acquiert moins
vite de la perfection qu'un autre sens , et si l’on conserve moins la mémoire de ses sensations, c’est que généralement la faïm fait précipiter ses opérations, et que le bien-être qui résulte de l'introduction des alimens dans l'estomac vient se joindre à ses proprés sensations, ét y jeter de la confusion. Mais ces fuits ne contredisent pas la possibilité de donner à ce sens beaucoup de sûreté et de délicatesse par un exercice convenable , et tous les gourmets en feront foi. Chez l'enfant , il est plus avide que délicat; chez le vieillard , quelque importance que
celui-ci y attache, il offre, comme les autres. actions , l’empreinte de la vieillesse; l'adulte est, par d’autres goûts, distrait de ses impressions ; c’est dans l’âge mûr qu'il est le plus sûr, le plus exact, parce qu'on s’en occupe davantage. -On conçoit bien qu'il ne faut pas en forcer l’exerciéc; on sait que ce sens se perd chez les personnes qui abusent des aromates, des épices, des alimens de haut goût. Du reste, tout ceci doit s’entendre autant des déterminations intellectuelles qui font suite au goût , que du goût lui-même.
$. III. Sens de l’Odorat.
Le sens de l’odorat, ou del’olfaction, est celui qui nous donne la notion de cette qualité particulière des corps, qu’on appelle leur odeur. Il n’est aussi qu’un toucher, mais encore plus délicat que le goût, puisqu'il fait apprécier une qualité des corps encore plus intime que celle de la sapidité. Son histoire va comprendre les mêmes considérations, l’étude physique des odeurs, l'étude anatomique de l'organe du sens , et l’exposition du mécanisme de l’odorat.
. 1. Des Odeurs.
De même qu’on avait appelé saveur la molécule intégrante du corps sapide, la partie de ce corps sapide qui,..en impressionnant la langue, a été la cause de la sensation de saveur ; de même on a donné le nom d’odeurs à des molécules du corps odorant , à des particules qui, émanées de sa substance, vont impressionner le sens de l’odorat ; et sont la cause de la sensation d’odeur. Dans l’odorat comme dans le tact et le goût, c’est encore le
ad SENS DU L'ODORAT. 317
corps extérieur lui-même qui est en contact avec la partie nerveuse. La seule différence, c’est que ce corps n’agit ici que par des émanations lancées au loin, et qu’ainsi l’odorat est un sens qui âgit à distance , tandis que le tact et le goût ne sont impressionnés que par les objets rapprochés.
Walther , à la vérité, a émis l'opinion qu’un corps odorant n'était tel que par une force dynamique , ana logue à celle qui fait le corps sonore. Mais il est impossible de méconnaître que les odeurs ne soient des molécules matérielles, lorsqu’on les voit être incarcérées dans des vases, retenues par le verre; lorsqu'on les voit se suspendre dans des liquides , ou aqueux , ou huileux, ou alcooliques, et qui alors manifestent leurs propriétés ; lorsque l’on remarque que chacune affecte une préférence pour l’un ou l’autre de ces dissolvans; qu'elles s’attachent de même à des corps solides, qui en deviennent odorans ; lorsqu'on les voit enfin modifier l’économie, en même temps qu’elles affectent l’o-
" dorat. Qui ne sait, en effet, combien les odeurs agissent
sur le système nerveux ? Plusieurs causent des migraines, des assoupissemens , des convulsions: Les molécules qui les composent peuvent même être saisies par les absorbans, et aller exercer dans l’économie une influence alimentaire ou médicinale, On raconte que Démocrite
se soutint pendant trois jours par la vapeur qui se déga-
geait du pain chaud. Bacon cite l’exemple d’un homme qui put supporter une abstinence de plusieurs jours en
.respirant l’odeur d’un mélange d’herbes aromatiques et
alliacées. Boyle et Sennert disent que deux personnes ont été purgées pour être restées dans une chambre où l'on pilait de l’ellébore noir et de la coloquinte,
Ainsi, les odeurs sont évidemment des particules émanées des corps odorans, et qui, dissoutes dans Pair, ou suspendues dans son sein, vont impressionner l'organe de Fodorat. MM. Bertholet et Bénédict Prévost ont même prouvé par des expériences directes. Le premier a placé un morceau de camphre au haut du tube d’un baromètre entièrement rempli de mercure , et il a vu qu’au bout de quelque temps le mercure descendait , que le eamphre avait diminué, et qu'il était remplacé par un gaz odorant sans combinaison. Le second a vu qu’en placant à la surface de Feau de petits fragmens d’une matière odorante quelconque , ces petits fragmens se mouvaient subitement et en tournoyant avec une grande vitesse, ce qui était dû à une foule de particules qui émanaient de tous les points de leur surface; il s’est même servi de ce procédé, qu’il appelle oaoroscope, pour deviner quels corps sont odorans, et quels autres ne le sont pas.
Mais , quelle eause fait ainsi émaner d’un corps quelconque ces particules ? Est-ce un mouvement intestin dans le corps odorant , ou l’action dissolvante du calorique sur ce corps? On a adopté cette dernière opinion , et on en a conclu que tout corps est odorant, parce qu'il n’en est point en effet dont le calorique ne puisse volatiliser quelques perties. T'héophraste l'avait avancé dès long-temps ; et l’on dit que le corps qui est inodore ne nous paraît tel, que parce que Les particules qui émanent de lui, sont trop subtiles pour faire impression sur l’organe de l’odorat. On s’appuie sur ce: qu’il suffit de faire varier , par des circonstances extérieures quelconques, la quantité dans laquelle se fait la volatilisation des molécules d’un corps, ainsi que le vo-
SENS DE L'ODORAT. 951q
‘jume desces molécules volatilisées , pour que le corps, d’inodere qu'il était, devienne odorant. Il est certain que , par une chaleur artificielle , Fapplication de la lumière , le frottement , l'humidité, de nouvelles combimaisons , l'électricité , la fermentation , l’état de l'air qui est le véhicule des odeurs , etc. , on développe la qualité odorante dans des corps qui ne la présentaient pas d’abord. Mais cette conséquence me paraît fausse ; ce n’est pas tout qu'un corps soit tel que le calorique puisse volatiliser quelques-unes de ses molécules , il faut encore que celles-ci soient de nature à impressionner l'organe de l’odorat; sinon, tout corps qui est volatil serait odorant , ce qui n’est pas. De même tout corps n’est pas sapide , parce qu'ilestsoluble ; de même tout corps n’est pas odorant, parce qu’il est volatil. IL faut de plus un rapport spécial entre la particule liquéfiée ou volatilisée , et les organes du goît et de l’odorat.
Toutefois, les odeurs étant des molécules des corps, dissoutes , volatilisées par le calorique, et répandues dans l'air , forment autour de chaque corps odorant une atmosphère particulière , qui est d'autant plus chargée d’odeurs, qu’elle est plus rapprochée de ces corps. Tout corps odorant en projette en tout sens;et, comme on le conçoit, le rapprochement , la condensation de ces molécules , influe sur l'intensité de l’impression qu’elles dé-
terminent sur l’organe de l’odorat,
Une fois dégagées par le corps odorant , ces odeurs se répandent dans l’atmosnhère , qui. en est le véhicule ; elles ne s’y comportent pas cependant comme la lumière ; leur mouvement, en effet , n’est ni direct ni rapide ; elles s’y propagent à la manière d’un fluide qui se mêlerait dans un.autre ; elles flottent dans son sein, et, en
suivent toutes les impulsions. En général , si atmosphère” est immobile ou tranquille, la force des odeurs sera en raison inverse du carré de la distance. Du reste , il est parmi elles des variétés sur la distance à laquelle elles s'étendent. Comme les molécules matérielles qui les constituent sont très-divisées, en général elles sont très-dissolubles , et se propagent au loin; ainsi, un grain de muse suffit pour parfumer tout un vaste appartement. On rapporte que des vautours vinrent d’Asie sur le champ de bataille de Pharsale, attirés par l'odeur des cadavres qui y gissaient ; Boyle dit que l’on reconnaît , à vingt-
cinq milles en mer , l'approche de l’île de Ceylan , par |
l'odeur de cannelle qui s’en émane. Il est d’autres odeurs, au contraire, qui ne sont pas à un si haut degré dissolubles dans l'air ; le parfum des roses, par exemple, se concentre autour du buisson qui porte les fleurs qui le dégagent.
L'air est-il le seul fluide qui puisse être véhicule des odeurs ? long-temps on l’a pensé, plusieurs le pensent encore ; et même "à cause de cela , on a nié l’existence de l’odorat dans les animaux aquatiques , et particulièrement dans les poissons. Mais , les particules odorantes s’attachent aux corps solides ; pourquoi dès lors ne pourraient-elles pas se suspendre dans des fluides ? Ne rendons - nous pas odorant #des fluides ? Il y a d’ailleurs toujours de l'air incarcéré entre les molécules de l’eau , et cet air peut encore se charger des odeurs , et les porter à l'organe de l’odorat des poissons. Il est sûr au moins, que ces animaux sont attirés'de loin par les appâts odorans que nous mettons dans nos piéges ,. et qu'ils ont le nerf olfactique.
Du reste, ces particules odorantes sont généralement
d'une ténuité extrême : cette ténuité est souvent telle , que , quelle que soit la quantité de ces odeurs dégagées par un corps odorant , le poids de celui-ci n’en est pas changé. D’après des calculs de Boyle et de Nollet , 2 grains de musc se sont divisés en 22,658,58/4,000 molécules , qui , à juger par ce nombre considérable, devaient être d’une ténuité excessive. C’est ordinairement le fait des odeurs que l’on cite en physique, pour prouver l’extrémedivisibilité de la matière. Cependant, quelque ténues que soient ces molécules odorantes , elles le sont moins que les molécules lumineuses , puisque le verre , que celles-ci traversent , les retient. | C’est surtout relativement aux odeurs , qu’on s’est de= mandé si les particules qui les constituent forment un élément unique et particulier des corps, qu’on a appelé arome, esprit recteur, ou si elles ne sont que les molécules intégrantes du corps odorant qui ont été volatilisées par le calorique et dissoutes par l'air. Long-temps on professa la première opinion , et les corps devaient d’être odorans à un arome ou esprit recteur qui, selon les uns, était acide, et, selon les autres, huileux. Mais aujourd'hui , on croit le contraire , et l’on se fonde sur ce qu'il faudrait admettre autant d'espèces d’aromes ou d’esprits recteurs , qu'il y a d’odeurs ; sur ce que ces odeurs , si | elles avaient constitué un principe unique, auraient dû | présenter au moins quelques caractères généraux et communs ; sur ce qu'on développe la qualité odorante dans un corps par des circonstances extérieures qui ne font que volatiliser quelques-unes deses parties, comme la chaleur , le frottement , etc.
On a aussi beaucoup cherché la cause des odeurs ; c’està-dire , pourquoi les particules odorantesimpressionnent 1. 21
Vorgane de l’odorat. Les unsont accusé la figure de ces particules; mais elles sont si ténues , que la vue et le toucher , qui sont les seuls sens qui peuvent apprécier les figures, ne peuvent les apercevoir. D’autres l'ont fait consister dans la nature chimique de ces particules, mais sans pouvoir spécifier quelle est la composition chimique qui rend un corps odorant. Dans l’état actuel de la science , on ignore aussi à quelle condition physique ou chimique est due la qualité odorante des corps ; ét de là résulte que l’expérience seule fait juger quels corps sont odorans; on ne peut les dire tels à priori. À cet égard , tous les corps naturels sont partagés en odorans et en inodores : ceux qui sont odorans, le sont en mille degrés.
Les odeurs ne sont pas moins nombreuses et variées que l’étaient les saveurs. Elles sont aussi multipliées qu'ilya, d’un côté , de corps odorans dans l'univers, et, de l’autre, d'espèces d'organes d’odorat. Or , les uns et les autres sont innombrables. Pour énumérer
toutes les. odeurs , il faudrait : 1° avoir odoré tous les ;
corps de la nature , et toutes les combinaisons que.
l'art peut en faire ; 2° les avoir odorés dans toutes les conditions possibles que peut présenter l'organe de l’odorat dans chaque espèce animale , et dans chaque individu. On voit que cela est impossible.
Que dire alors de toutes les classifications qu'on a faites des odeurs ? Les uns les ont partagées en anima des , végétales et minérales ; mais des odeurs analogues se retrouvent à la fois dans les trois règnes : l’odeur de muse, par exemple , est exhalée par la chair du crocoz dile, du rat musqué , la liqueur noire des poulpes, la sueur de l'homme quelquefois ; par quelques végétaux,
l'erodium moschatum , la rosa moschata ; et enfin, par quelques dissolutions d’cr,quelques terres dont on fait en Chine des théïères. Il en est de même de l’odeur de l'ail, quise retrouve à la fois et dans le végétal qui porte ce nom et dans l’arsenic que l’on brûle, et dans une espèce de crapaud. Nous pourrions citer bien d’autres exemples. aller, d’après la sensation plus ou moins agréable que les odeurs produisent , en faisait trois genres : les ambroisiaques ou agréables ; les fétides ou désagréables ; et les mixtes. Linnæus avait fait sept genres d’odeurs : les aromatiques , comme celle des fleurs d’œillet; les flagrantes, comme celle des fleurs de lis; les ambroisiaques , comme celles de musc, d’ambre ; les alliacées ; les fétides , comme celle du bouc ; les repoussantes où vireuses, comme celles de la plupart des plantes de la famille des solanées; enfin, les nauséeuses. Il avait négligé les odeurs des substances minérales. Lorry en établissait cinq genres : les camphrées ; les narcotiques , les étherées , les acides volatiles, et les alkalines ; et, selon leur degré de ténacité, il les rapportait à un principe fugace ou fixe. Fourcroy les classait d’après la nâture chimique supposée des corps odorans , et en faisait cinq classes : les extractives ou muqueuses , les huileuses fugaces, les huileusesvolatiles, les aromatiques et acides, et les hydre-sulfureuses.
Nous répétérons ici ce que nous avons dit à l’occasion des saveurs. D’abord, ces classifications ne peuvent être
: qu'incomplètes; car, comme on peut toujours attacher
un nom particulier à la moindre nuance d’odeur, on
| peut toujours aussi augmenter indéfiniment le nombre
des odeurs. En second lieu, la seule classification pos-
: Sible des odeurs, est celle qui les partage en agréables
et désagréables ; bien entendu qu’on ne sait pas plus pourquoi un corps à une odeur agréable ou désagréable, qu’on ne sait pourquoi il est odorant ; bien entendu encore que ce rapport d'agrément et de désagrément que présen te une odeur, varie, non-seulement d'espèce à espèce, d’individu à individu , mais encore dans le même individu, selon les conditions diverses dans lesquelles ül peut être. Enfin, on ne peut pas plus définir les diverses odeurs que les saveurs; étant des actes de sensibilité , on ne peut aussi qu'en rappeler le souvenir aux personnes qui les ont éprouvées, étant à jamais dans l’impossibilité de les faire connaître à celles qui ne les ont pas reçues.
2° Anatomie de l’organe de l’Odorat.
L'organe de l’odorat chez l’homme est une membrane nerveuse , analogue à celle qui est l’organe du goût, mais dans laquelle les papilles nerveuses sont encore plus délicatement disposées , parce que l’excitant qui doit les impressionner est encore plus ténu. Gette membrane
appelée olfactive ou pituitaire ,est située à la tête aussi,
dans une cavité osseuse creusée dans l'épaisseur de la face, et appelée fosse nasale. Cette cavité est ouverte en avant pour permettre l'accession dans son intérieur
des molécules odorantes , et en arrière pour permettre,
à l’air de la respiration qui la traverse , de parvenir au poumon. Son ouverture antérieure est recouverte par une espèce de chapiteau, qui est destiné à recueillir les molécules odorantes , et qu’on appelle le nez. De toutes ces parties qui composent chez l’homme l'organe de l’odorat, la membrane olfactive est la seule qui soit essentielle ; aussi souvent dans les animaux elle compose
à eile seule l’organe de l’odorat ; les autres ne sont que des pièces accessoires , qui ont été surajoutées successivement dans la série des animaux pour perfectionner le sens.
1° Fosse nasale. Gette cavité, creusée dans l'épaisseur de la face , est située au-dessus dela bouche , au-dessous du front , sur la ligne médiane, dans l’épaisseur de l’appendice qui forme la mâchoire supérieure. Ses parois sont en partie osseuses et en partie cartilagineuses ; et elle résulte de l’assemblage de quatorze os ; savoir: le frontal , l’ethmoïde, le sphénoïde, les os propres du nez, les os palatins, susmaxillaires , unguis , les cornets inférieurs et le vomer. Sa forme est fort irrégulière ; elle est partagée en deux moitiés par une cloison médiane que forment la lame perpendiculaire de l’ethmoïde , le vomer et un cartilage. C’est même pour cela que l’on dit les fosses nasales , et non la fosse nasale. Chaque fosse a une forme quadrilatère , est plus large en bas qu’en haut , et telle qu’on peut y distinguer quatre faces , et deux ouvertures. 1° La face supérieure est concave de devant en arrière et la moins étendue de toutes ; elle est formée par les os propres du nez en avant , les racines de los ethmoïde au milieu , et le corps du sphénoïde en arrière, En ce dernier lieu, elle présente une ouverture qui conduit dans des cavités qui existent dans le corps du sphénoïde, et qu'on appelle le sinus sphénoïdal. 2° La face inférieure est convexe de devant en arrière, et concave transversalement; plus large que la précédente, et s’inclinant en arrière; elle est formée par l’apophyse palatine de l'os susmaxillaire en avant , et la portion transversale de l'os palatin en arrière. 3° La paroi interne correspond à la cloison qui sépare en deux la cavité nasale, et elle
est formée par la lame perpendiculaire de l’os ethmoïde , le vomer et un cartilage; elle est lisse, le plus souvent droite , quelquefois cependant déjetée d’un côté ou de l’autre. 4° La paroi externe est la plus grande de toutes, formée par les unguis, palatin , ethmoïde, susmaxillaire ét cornet inférieur , et hérissée d’un grand nombre d’éminences et d’aspérités qui ont recu le nom de cornets. Ces cornets sont au nombre de trois , placés les uns audessus des autres de haut en bas, et ainsi désignés : le cornet supérieur , formé par une lame de l’ethmoïde qui est roulée sur elle-même ; le cornet moyen qui est au-dessous , et formé de même dans l’ethmoiïde : enfin le cornet inférieur , qui est situé le plus bas , et qui est formé par un os particulier , l'os du cornet inférieur ou sous-ethnioïdai. Ghacun de ces trois cornets est séparé l’un del’autre par une sorte de gouttière , à laquelle on a donné le nom de méat. Il y a donc aussi trois méats; le supérieur , situé immédiatement au-dessous du cornet supérieur, recouvert par lui, et présentant denx ouvertures ; l’une en avant , appelée trou sphéno-palatin , et par où pénètrent dans la cavité nasale les nerfs et vaisseaux de ce nom; l’autre en arrière qui conduit à des cellules dont est creusée la moitié postérieure de l’os ethmoïde : leméat moyen , qui est au-dessous du cornet moyen, plus étendu que le précédent, et qui offre aussi deux ouvertures , une en avant qui conduit à des cellules creusées dans la moitié antérieure de l’os ethmoïde, et qui est appelée infundibulum; une autre en arrière qui conduit dans une cavité qui existe dans l’os susmaxillaire , et qu’on appelle sinus maæxillaire ou antre d’Higmore : enfin le méat inférieur , situé au-dessous du cornet inférieur , dans lequel aboutit l’orifice inférieur du canal
nasal ou lacrymal. 5° L'ouverture antérieure est triangulaire, bornée par les os propres du nez et les apophyses montantes des os susmaxillaires dans le squelette , mais étendue pendant la vie par les cartilages du nez; elle correspond au nez. 6° L'ouverture postérieure est quadrilatère , plus longue que large, formée par le corps du sphénoïde en haut, le palatin en bas, le vomer en dedans , l’apophyse ptérigoïde en dehors ; c’est par elle que l’air de la respiration passe du nez dans le larynx; et près d’elle vient aboutir le conduit guttural du tympan ou trompe d’Eustachi.
Les fosses nasales sont agrandies par des cavités creusées dans l'épaisseur des os qui les forment, et qu'on appelle sinus. Ces sinus sont au nombre de quatre chez l’homme : 1° le sinus ethmoïdal, appelé encore cellules ethmoïdales, qui consiste en des cellules qui sont creusées dans l’intérieur de l’os ethmoïde, et qui sont au nombre de huit; quatre de chaque côté, deux antérieures , et deux postérieures; les cellules antérieures ne communiquent pas avec les postérieures ; mais celles du côté droit communiquent avec celles du côté gauche. Les cellules antérieures s'ouvrent dans les fosses nasales à la partie antérieure du méat moyen, et les postérieures , à la partie postérieure du méat supérieur. 2° les sinus frontaux , qui, creusés entre les deux tables de l'os frontal , s’étendent de la racine du nez à un pouce à peu près en hauteur , et à une distance un peu plus grande en largeur de chaque côté sur les sourcils ; ils sont séparés l’un de l’autre par une cloison verticale, et s'ouvrent dans les fosses nasales, non immédiatement , mais par l’intermède des cellules ethmoïdales antérieures auxquelles ils aboutissent ; 3° le
sinus sphénoïdal qui est creusé dans l'épaisseur de l'os sphénoïde , qui est aussi séparé en cellules , et qui s'ouvre à la face supérieure des fosses nasales; 4° enfin le sinus maæillaire ou antre d'Higmore, creusé dans l’os susmaxillaire, ets’ouvrant à la partie postérieure du méatmoyen.
Telle est la cavité fort anfractueuse et assez étendue, dans laquelle est étalée la membrane olfactive.
2° Membrane olfactive. Gelle-ci revêt tout l’intérieur de cette cavité, et y adhère assez fortement. Du genre des membranes muqueuses , puisqu'elle tapisse une cavité qui communique au dehors par une ouverture naturelle, elle a encore une assez grande analogie de texture avec la peau. Elle est en effet composée de deux feuillets , un extérieur muqueux , et un intérieur fibreux. Celui - ci n’est pas celui sur lequel porte l’analogie , il n’est que le périoste ou le périchondre des cavités nasales, L'autre est formé coinme la peau, d’un chorion très-prononcé , aussi épais que celui des gencives et du palais, à la surface duquel aboutissent les ramifications des vaisseaux exhalans, absorbans et sanguins , et des nerfs, et recouvert d’un épiderme si ténu, qu’il est à peine apercevable, Ces deux feuillets adhèrent intimement l’un à l’autre ; et la membrane qui en résulte est épaisse, molle, d’un rouge pâle, et a l’apparence d’un velours mou et pulpeux. Du reste, elle varie dans les divers points de son étendue : sur les cornets, par exemple, elle adhère à la paroi osseuse subjacente, par une couche fibreuse prononcée , et est plus molle, plus épaisse , plus rouge, et a un système capillaire plus marqué : dans les sinus, au contraire, elle n’adhère aux os que par une cellulosité assez lâche , et eile est plus dense, plus mince, moins rouge , pénétrée de moins de vaisseaux, arrosée par des
SENS DE L'ODORAT. 329 sucs plus limpides. En outre, ce ne sont pas les mêmes nerfs qui la pénètrent dans ces divers points : aux uns, c’est le nerf olfactif; et aux autrés, le nerf nasal de l'opthalmique de la 5° paire.
Le nerf qui forme ici les papilles de la membrane, est, pour cette fois, une paire de nerfs séparée, un sysième nerveux spécial , le nerf olfactif ou ethmoïidal, ou de la 1° paire. Long -temps les nerfs olfactifs ne furent pes considérés comme tels : Galien, par exemple, les disait des espèces d’émunctoires , de canaux, par lesquels s’écoulait la pituite, qu'était supposé sécréter le cerveau. Aujourd'hui, il n’y a plus de doutes que sur le lieu de l’encéphale, où l’on place leur origine. Les uns l’assignent à la partie inférieure du lobe antérieur du cerveau; et ils le dérivent de là par trois racines , dont deux sont de substance nerveuse blanche, la troisième de substance nerveuse grise, et dont une peut être suivie en dehors jusqu’à la scissure de Sylvius. D’autres les font naître aux corps striés, qu’on a appelés , à cause de cela , couches du nerf ethmoidal; mais il n’y a nulrapport de volume dans l’homme et les animaux, entre les corps siriés et les nerfs olfactifs. M. de Blainville les rapporte à son premier ganglion encéphalique , qu’il dit être situé sur la lame criblée de los ethmoïde; ne considérant plus les filets qu’on présente comme ses racines , que comme des
filets de communication que ce ganglion envoie au ganglion central. Enfin, M. Gall dit qu'il provient, comme tout autre ner! des sens , de la moelle allongée; et, dans un casd'hydroctphalie qu’arécemment observé M. Beclard, la destruction d’une partie du cerveau par la maladie, Va mis à même de reconnaître cette origine. Quoi qu’il en soit du reste de cette controverse, le nerf, de la partie
inférieure du lobe antérieur du cerveau où il est distinct, se dirige en avant du côté de la lame criblée de los ethmoïde, et se divise là en une quarantaine de petits filets, qui, s’engageant dans les trous dont est percée cette lame osseuse, pénètrent dans l’intérieur des fosses nasales, dans le tissu de la membrane olfactive qui les tapisse, et se distribuent à sa partie supérieure et moyenne , sans paraître s'étendre jusqu’à sa partie inférieure. On ne peut voir comment ils s’y disposent ; la plupart ont cru que ces filets allaient former des papilles; mais Scarpa, Blumenbach, n’ont pu les poursuivre jusque dans ces papilles, et leurs dissections les portent à croire que le nerf se termine par des filets, qui forment en serpentant une espèce de membrane propre. Toutefois c’est ce nerf qui est considéré, par tous les physiologistes , comme le système nerveux de l’odorat. Ce n’est pas que l'organe n’en reçoive d’autres encore; savoir : le rameau nasal de la branche ophthalmique du trifacial , et des filets venant du rameau frontal du même tronc, du ganglion sphéno-palatin , du grand nerf palatin , du nerf vidien , et du rameau dentaire antérieur du maxillaire supérieur. Mais le premier qui pénètre dans la fosse nasale par la fente qui est à la partie antérieure de la lame criblée de l’ethmoïde , se distribue surtout à la partie postérieure et inférieure de la membrane; et À, la membrane ne paraît plus être apte à effectuer l’odorat. Tous les autres se distribuent plus aux parties accessoires du sens, qu’à la membrane olfactive ellemême. Un de ceux-ci s'engage dans les conduits nasopalatins, arrive à la voüte palatine, et, dans ce trajet, traverse un petit ganglion situé dans ces conduits , que M. 1. Cloquet a décrit avec soin sous le nom de ganglion
naso-palatin, et qu’il conjecture être la cause organique des phénomènes sympathiques des sens du goût et de l’odorat. Méry , à la vérité, pour élever du doute sur la proposition que nous émettons , avait prétendu avoir vu le sens de l’odorat persister après la destruction du nerf olfactif ; il arguait des cétacées et des poissons qui certainement odorent , et chez lesquels le nerf olfactif était dit manquer. Mais les travaux des zoologistes modernes ont prouvé que le dernier fait est faux, et tout porte à croire que le premier l’est aussi.
Telle est la membrane olfactive, qui , adhérente par une de ses faces , par l’autre est libre, et le siége d’une action d'absorption , et d’une action d’exhalation. Le produit de cette dernière sert à l’entretenir dans un état d’humidité convenable. Le même effet d’ailleurs est obtenu par le mucus quesécrètent des follicules qu’elle contient dans son épaisseur , et cela était d'autant plus nécessaire , que la membrane courait le risque d’être toujours desséchée par le passage continuel de l'air de la respiration. Cesont ces deux fluides qui , avec les larmes qui par le canal nasal tombent dans le nez, forment la matière du moucher. Elle est d’autant moins fongueuse , qu’elle est plus près de l'ouverture extérieure du nez, et, à cet orifice , elle présente souvent de petits poils, appelés vibrisses , qui évidemment servent à tamiser l’air de la respiration. En recouvrant les anfractuosités qui résultent des cornets et des méats , elle rétrécit beaucoup la voie que l’air de la respiration doit traverser ; et ce qui le prouve , c'est qu'au moindre rhume, au plus léger gonlement de cette membrane, le passage devient difficile et même impossible. À l'endroit où elle bouche l'entrée du sinus maxillaire , elle contient dans sa duplicature
une glande , qui est plus petite ici que chez les animaux, et qui est couverte d’une quantité mnombrable de petits vaisseaux excréteurs.
3° Nez. On appelle ainsi l'espèce d’auvent, situé au milieu de la face , sur la ligne médiane entre la bouche et le front , sur l'ouverture antérieure des fosses nasales , et qui sert à recueillir les molécules odorantes , et à les diriger dans ces cavités. Une cloison médiane, et qui est une continuation de celle que nous avons vu exister dans les fosses nasales , partage aussi ce nez en deux cavités appelées narines. Sa forme est celle d’une pyramide triangulaire, dont la base est en bas, etle sommet en haut. Le sommet est ce qu’on appelle la racine du nez, et est dirigé vers le front. La base présente les ouvertures des deux narines , qui sont toujours béantes , afin qu’en tout temps l’air puisse pénétrer dans le nez ; et dirigées en bas, ce que nécessitait la station bipède de l’homme. Par sa face postérieure, le nez recouvre l'ouverture antérieure des fosses nasales. Ses faces latérales sont extérieures ; on voit se prolonger sur elles un sillon , qui sépare le nez des joues ; et leurs parties inférieures s'appellent les ailes du nez. Le bord qui réunit ces faces latérales s’appelent le dos du nez; et le lieu où ce bord se termine à la pointe , est ce qu’on appelle le lobe du nez. Du reste, ce nez varie beaucoup par sa grosseur , sa longueur , sa direction ; on en distingue de plusieurs espèces, l’aquilin, le camard , Fépaté , le retroussé , etc.
Il est formé de trois couches, superposées les unes aux autres , et qui sont de tissus différens : une externe cutanée , une interne muqueuse , et une intermédiaire à ces deux-là, en parlie osseuse, et en partie cartilagi-
; SENS DE L'ODORAT. 555 neuse. 1° Celle-ci est comme la charpente du nez : osseuse et toute solide en haut, cartilagineuse et un peu mobile en bas, elle représente supérieurement une voûte,
* formée par les os propres du nez, etles apophyses montantes des os susmaxillaires , et que soutient l’épine du frontal. Dans le milieu , cette voûte est continuée par une substance cartilagineuse : celle-ci, selon Bichat , n’est qu’un seul cartilage, qui d’abord continue la cloison médiane du nez, et qui ensuite, vers le dos du nez, projette en dehors deux lames , pour en former les ailes; mais , selon les autres anatomistes , elle constitue au contraire trois Carlilages , savoir , celui de la cloison et ceux des ailes. Enfin , tout-à-fait en bas , deux fibro-carti- lages achèvent cette charpente, un antérieur bordant le contour des ouvertures antérieures des narines, et un postérieur concourant à former les ailes du nez. Des ligamens attachent ces diverses parties , et cette structure est telle , que le nez est fort solide en haut où est spécialement le siége du sens , et au contraire fort mobile en bas, vers l’ouverture des narines , afin de faciliter et d’entraver selon le besoin l’entrée des odeurs et de l'air. 2° Une couche de peau revêt en dehors cette charpente du nez ; elle est riche en follicules sébacées ; son adhérence à la charpente osseuse est lâche en haut, mais fort intime en bas. 5° Enfin, intérieurement est une muqueuse, à laquelle appartiennent, plutôt qu’à la membrane
olfactive , les petits poils appelés vwibrisses, dont nous avons parlé plus haut.
Les ouvertures antérieures des narines , à raison du
- fibro-cartilage , qui en borde le contour, sont toujours béantes. Sous ce rapport, l'organe de l’odorat diffère des organes-du goût et de la vue, dont les orifices externes
sont musculeux , et ouverts ou fermés à volonté ; et ilse rapproche de l'organe de l’ouie , dont l’orifice est de même un fibro-cartilage toujours ouvert , l’auricule. Cependant il est annexé à ces ouvertures des narines un petit appareil musculaire , destiné à les agrandir ou les rétrécir selon le besoin , et faisant mouvoir les ailes du nez ; il se compose de quatre muscles : 1° le pyramidal, ou fronto-nasal, qui paraît n'être qu’un prolongement de l’occipito-frontal , et qui sert moins aux mouvemens des ailes du nez, qu’à ceux de la peau du front ; 2° le transverse du nez, ou sus-maæillo-nasal, étendu de l’os sus-maxillaire , près l’angle externe de l'orbite, jusque sur le dos du nez, où il se réunit à celui du côté opposé ; on le croyait jadis un constricteur du nez, mais il en est un dilatateur ; 3° l’élévateur commun des ailes du nez et de la lèvre supérieure, grand sus-maæxillo-labial, dont les fibres descendent de la face externe de l’apophyse montante de l'os sus-maxillaire au cartilage des ailes du nez sur les côtés du nez , et qui est un dilatateur du nez ; 4° enfin, l’abaisseur des ailes du nez, qui s'étend de la face antérieure de l’os sus-maxillaire , au-dessus des dents incisives , à la partie postérieure de la narine correspondante , depuis le cartilage de la cloison jusqu'à celui de l’aile du nez , et qui tirant l'aile du nez en bas eten dedans , est réellement le seul constricteur des narines,
Tel est l’organe de l’odorat. Chez l’homme , il est sur un plan postérieur à celui sur lequel est placé lorgane du goût; mais , à mesure que l’on descend dans la série des animaux , l’on voit au contraire l’argane de l'odorat devenir antérieur , et recouvrir et dépasser l’organe du goût. On peut y reconnaître les deux parties
SENS DE L'ODORAT. 339 qui composent tout organe de sens : la partie nerveuse, qui développe l'impression, et l’appareil antérieur destiné à effectuer le contact. Nous aurions pu lui rattacher l’appareil musculaire, qui préside à l'entrée et à la sortie de l'air de la respiration : nous allons voir en effet que c’est cet appareil qui porte la molécule odorante dans le nez ; mais sa description appartient plus spécialement à la fonction de la respiration.
3° Mécanisme de l’Odorai.
Nous n’avons toujours ici qu’à faire voir comment la molécule odorante qui, par son contact, est la cause de l’impression, parvient jusqu’à la membrane pituitaire; qu'à montrer comment celle-ci développe, par suite, une impression; quel est le rôle de chacune des parties de l’organe du sens pour la production de cette impression ; et, enfin, qu'à énumérer les usages de l’odorat , et évaluer sa puissance chez l’homme.
D'abord , c’est le mouvement d'inspiration , par lequel l'air est introduit sans cesse dans le poumon pour la respiration, qui fait pénétrer dans l’intérieur des fosses nasales les molécules odorantes que l’on sait être en suspension dans l'air. Ge mouvement d'inspiration est, en quelque sorte, indispensable pour l'exercice de l’odorat. Perrault et Lower, en eflet, ont expérimenté qu’en pratiquant sur des animaux une ouverture à la trachée-artère, et en empêchant ainsi l’air de la respiration de passer par les fosses nasales, ces animaux n'avaient plus d’odorat ; les chiens, soumis à l'expérience, mangeaient alors des alimens auxquels ils avaient répugné auparavant. M. Chaussier a répété ces expériences, et en a obtenu les mêmes résultats. Qui n’a d’ailleurs
Fe mr.
observé sur soi-même que, pour échapper à une odeur; ou l’on suspend momentanément sa respiration , ou l’on ouvre la bouche de manière à ce que l’air de la respiration passe par cette cavité, et non par les fosses nasales. Lahire fils cite même, à cet égard, l'observation d’un homme qui, dans ces cas, contractait le voile du palais, de manière à ce que l'ouverture postérieure des fosses pasales fût fermée, et qu'aucune molécule odorante ne pût pénétrer de ce côté. Ne sait-on pas aussi que, pour odorer un parfum qui plaît, on presse, on rapproche les mouvemens d'inspiration , pour que l’air parfumé soit sans cesse introduit dans les fosses nasales ?
On concoit dès lors pourquoi l’organe de Fodorat est placé sur les voies de la respiration : c’est afin que l’air, qui est respiré, dépose en passant les molécules odorantes dont il est chargé; c’est peut-être aussi pour que l’odorat juge par avance des qualités de l'air respiré ; car il est possible que ce sens soit, pour la fonction de la respiration , ce qu’est le goût pour celle de la digestion. Cependant cette situation de l’organe de l’odorat sur les voies de la respiration n’est pas une chose générale dans tous les animaux : dans plusieurs , les poissons, par exemple , l'organe de l’odorat forme une cavité à part, et qui n’a plus qu'une ouverture en avant pour l’entrée des odeurs.
Cependant, si c’est l'inspiration qui conduit le plus souvent et ordinairement les molécules odorantes dans les fosses nasales, quelquefois aussi ces molécules y parviennent d’elles-mêmes , par le fait seul de leur expansibilité. On sait que, pour échapper à une odeur, souvent il ne suflit pas de suspendre sa respiration, mais qu'il faut encore se boucher le nez.
Îl est évident que ce n’est que dans ce premier temps de l’odoration qu'agit le nez. Ce chapiteau, évidemment, ne sert qu’à recueillir les odeurs et les réfléchir dans l'intérieur des cavités : sa position élevée, et telle, qu'il est au lieu où abondent les odeurs, qui, comme corps volatils et gazeux , tendent toujours à monter ; la direction horizontale en en bas de ses ouvertures, qui, ainsi , sont tournées du côté d’où s'élèvent les odeurs; la forme de cet auvent, qui est celle d’un cône, ayant sa base en en bas; l’élargissement des fosses nasales, par rapport à lui, élargissement qui s’augmente à mesure qu'on pénètre plus dans leur profondeur; la texture cartilagineuse des ailes du nez et du bord des ouvertures des narines , qui fait que cet auvent réfléchit plus facilement dans les fosses nasales les molécules odorantes, et surtout peut être agrandi, au besoin , par l’action des muscles que nous avons dit s’y attacher : telles sont quelques-unes des conditions de structure qui rendent le nez très-propre à l’oflice que nous lui assignons ici, Il n’est pas jusqu'aux petits poils appelés vibrisses, dont on ne puisse assigner l'usage , qui est de tamiser l’air ; ce qui, du reste, sert peut-être plus à la respiration qu'à l’olfaction , ou n’est relatif qu'à la conservation de la membrane où siège le sens. On peut d'autant moins nier cette fonction du nez, que, de toute évidence , les personnes qui ont le nez écrasé, petit, et dans lesquelles les narines sont dirigées trop en avant, ont l’odora presque nul; qu'il en est de même de celles qui ont perdu le nez par accident ou par maladie; et que ces personnes reconnaissent la plus grande différence d’intensité dans leur odorat, selon qu'elles odorent ou non
Le. 9
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avec le nez artificiel qu’elles ont l'habitude d'adapter à leur visage, pour diminuer leur difformité.
Toutefois , la molécule odorante ainsi mise en contact avec la surface de la membrane olfactive, les papilles si fines qui y existent sont aussitôt ébranlées, et instantanément la sensation est éprouvée. Avons-nous besoin de répéter qu’on n’en sait pas plus sur l’action d'impression que développe ici la papille, que sur les actions d'impression des sens précédens? Cette action est également trop moléculaire pour être appréciée par les sens, et elle n’est connue que par son résultat. On en ignore l'essence. On a voulu aussi la faire consister en une modification chimique du fluide nerveux des papilles, et, par suite, dire l’odorat un sens chimique comme le goût; mais ce n’est [à qu’une conjecture que rien ne confirme; et, tout ce qu’on peut assurer, c’est que cette action n’est pas physique, ni chimique , et dès lors est organique et vitale. Il est sûr aussi qu’elle
n’est pas une suite mécanique de l'application de l’ext
citant extérieur , mais le fait de l’activité propre de l'organe.
Ce ne sont encore que les papilles nerveuses qui développent l’impression , et toutes les autres parties de l'organe ne tendent qu’à en favoriser le développement: Ainsi, les sucs qui sont exhalés à la surface de la meme brane, le mucus qui la lubréfie, servent à la maintenir souple et humide, à prévenir la dessiccation dont la menace le contact continuel de l’air de la respiration, et peut-être à dissoudre les molécules odorantes, étant pour ces molécules ce qu'était la salive pour les molécules sapides, L’épiderme est ici à peine apparent , parce
que la molécule odorante est si déliée, qu’il n’était plus nécessaire ; la papille est presque à nu , et la membrane a l'apparence d’un velours très-fin. Le petit appareil de muscles appartenant aux ailes du nez, sert à agrandir ou à diminuer, au besoin, l’ouverture antérieure des narines ; cet appareil est avec celui de l'inspiration pour le sens de l’odorat , l'appareil locomoteur que nous avons dit être annexé à tout organe de sens, pour qu'il soit soumis à la volonté.
Il n’y a guère qwe les cornets et les sinus dont on ne peut indiquer sûrement les usages ; les auteurs sont tous dissidens à cet égard. On a dit tour à tour; que les lames des cornets servaient à prolonger la surface sur laquelle doit s’étaler la membrane pituitaire , et par conséquent à augmenter l’étendue de cette membrane; qu’elles formaient des conduits qui dirigeaient Pair odorant vers lesembouchures des sinus ; que ces sinus étaient des réservoirs où les odeurs étaient mises en réserve, et d’où elles allaient se répandre dans la partie des fosses nasales qui est plus spécialement le siége du sens; qu'ils fournissaient les mucosités qui entretiennent humide la membrane pituitaire. Tout cela est conjectural. Sans doute , ces cornets et ces sinus ont une influence quelconque ; et sur la respiration en amortissant peut-être le choc de l’air qui arrive au poumon ; et sur la voix en concourant à lui imprimer le timbre qui lui est propre. Nous discuterons ailleurs leur utilité sous ce double rapport. Mais ici , nous n'avons à juger que leur service dans l’olfaction. Or, d’une part, certainement ils ne fondent pas la partie essentielle du sens; car, le nerf olfactif, qui est le nerf exclusif de l’odorat , ne se distribue pas à la portion de pituitaire qui revêt les cornets
inférieur et moyen , non plus qu'à celle qui tapisse les sinus ; cette pituitaire a , dans les sinus, une autre nature; ces sinus manquent dans l'enfant , qui cependant a déjà l’odorat; ils n'existent que dans les mammifères ; enfin , nous allons dire tout à l’heure que le siége spécial du sens est à la partie supérieure des fosses nasales ; et que des injections odorantes qui ont été portées par Dessault et M. Deschamps fils dans les sinus frontaux, et par M. Richerand dans le sinus maxillaire, n’y ont pas été percues. D’autre part, il n’est guère possible de méconnaître que ces cornets et ces sinus ne soient au moins des perfectionnemens pour le sens, puisque généralement ces cornets sont d’autant plus multipliés dans les animaux, et ces sinus d'autant plus vastes, que les animaux ont l’odorat plus fin. Dansle chien, par exemple, le cornet inférieur au lieu de consister en une simple demi-spirale , comme chez l’homme , forme deux tours et demi , et présente, à son extrémité, une série de dicotomies qui augmentent beaucoup le nombre de ses lames; les sinus frontaux occupent tout l’os frontal, remplissent l'intérieur des apophyses orbitaires externes, et descendent jusque dans la paroi postérieure de l’orbite. Dans le cochon et l'éléphant, ces sinus s’étendent encore plus loin, puisque , régnant dans l’épaisseur des os pariétaux et temporaux, ils se prolongent jusqu'aux condyles articulaires de l’occipital. Il faut avouer que, convaincus que ces parties concourent à la perfection de l’odorat, nous ignorons en quoi ils y servent. Voilà un premier exemple de l'impossibilité où nous sommes d'indiquer l’usage précis de toutes les parties constituantes d’un organe de sens; mais l’histoire des sens de J'ouie et de la vue nous en fournira un bien plus grand nombre.
Comme nous l’annoncions tout à l'heure , c’est la partie supérieure des fosses nasales qui paraît être surtout le siége du sens. En effet, si on empêche l'air odorant d'y arriver, l’odorat est nul; et si, au contraire , à l’aide d’un tube , on dirige les odeurs sur cette partie exclusivement , la sensation est éprouvée. Dessault parle d’une fille qui avait une fistule des sinus frontaux, et qui, quoiqu’elle respirât par cette voie, ne percevait pas l’odeur qu’on présentait à l’orifice de sa fistule , parce que celle-ci ne communiquait pas avec la partie supéfieure des fosses nasales. M. Deschamps fils cite l’observalion d’un homme qui avait aussi une fistule du sinus frontal, et chez lequel on injectait impunément, dans le sinus, une solution d’éther , lorsque préalablement on avait fermé toute communication entre ce sinus et la partie supérieure des fosses nasales; au contraire, cet homme percevait mieux les odeurs lorsqu'elles parvenaient par le trou fistulaire , que lorsqu'elles arrivaient par l’ouverture naturelle des narines. D'ailleurs, qui ne sait que pour odorer avee plus d’exactitude, on fait de fortes inspirations , pour faire pénétrer l’air odorant jusqu’à la partie supérieuré des fosses nasales ? n'est-ce pas à cette partie supérieure que se distribue le nerf olfactif particulièrement ? en vain voudrait- on mettre en doute que ce nerf soit le système nerveux exclusif de J'odorat ? Il a dans les animaux un volume et un développement proportionnés à l’énergie de l’odorat; il paraît, par son origine et sa distribution, plus qu'aucun autre nerf du nez, constituer un système nerveux spécial ; c’est là où il se distribue que la pituitaire a cet aspect fongueux , velouté, qui semble si propre à la fonclion ; enfin, on a une observation de Loder, qui a vu
une anosmie produite par une lumeur squirreuse qui comprimait les nerfs olfactifs dans le crâne.
Les impressions des odeurs sont, comme celles des saveurs , susceptibles de persister en certains cas, et quelquefois on a peine à échapper à leur durée. Gela provient, ou de ce que la molécule odorante est retenue par le mucus nasal, ou engagée dans les anfractuosités et ies détours des sinus et des cornets, ou de ce que limpression odorante est de celles qui laissent après elle de longs souvenirs. Ce dernier fait est possible , à juger par la puissance de l’excitant extérieur du sens ; les mo lécules odorantes, non-seulement agissent sur l’odorat, mais impressionnent tout le système nerveux ; elles produisent des céphalalgies, des spasmes, des convulsions ; elles influent surtout sur les organes génitaux et le cer veau; qui n’a remarqué que les odeurs provoquent aux plaisirs de l’amour , et stimulent le travail de la pensée? Rousseau, dans son Émile, appelle , à cause de cela, lodorat, le sens excitant de l'imagination.
L’odorat , sous le rapport de ses usages, est dans la même catégorie que le sens du goût. Sa fonction 1mmédiate est de donner la sensation des odeurs ; et, sous
ce point de vue, il sert à explorer la qualité de l'air qui
est respiré , et celle des alimens qui sont introduits dans
lestomac; à cause de cela, il est, d’une part, placé à |
l'entrée de l'organe respiratoire , et de l’autre, situé de manière À surveiller tout ce qui entre dans la bouche. Les impressions qu’il éprouve vont retentir dans les appareils respiratoire et digestif, et les disposent à recevoir ou rejeter la substance qui leur est envoyée. L'air qui est respiré, par exemple, a-t-il une odeur désàgréable ? l'inspiration semble se faire à regret , et la poi-
trine se resserrer d'avance. De même, l’odeur d’un aliment est-elle nauséeuse? tout ce qu'excite une saveur désagréable dans les organes de la mastication, de la déglutition, de la chymification , se manifeste; et, ce qu'il y a de surprenant, c'est que chacun de ces appareils digestif et respiratoire ne répond qu'aux impreéssions odorantes qui le concernent , et reste sourd à celles qui sont relatives à l’autre appareil. Cependant, répétons ici la remarque que nous avons faite, sous ce point de vue , à l'histoire du goût. Les avertissemens de l’odorat, pour la respiration et la digestion , deviennent d’autant moins sûrs, que les animaux sont plus supérieurs ; et, dans l'homme particulièrement , ils sont souvent trompeurs , où au moins insuflisans ; ce sens , pour beaucoup d'animaux, est un guide fidèle; mais, chez l’homme souvent , il ne lui décèle pas les gaz dont la respiration est funeste, et même lui fait trouver une odeur désagréable à de bons alimens , ét-une odeur agréable à dé dangereux poisons. La nature à encore privé Fhomme de cette lumière toute instinctive , afin de lui faire déployer, toujours de plus en plus, éeïte puissance d’observation dont elle a fait le caractère de son intelligence.
Quant à ses fonctions médiates, elles sont bornées comme celles du goût, et ce’sens sert bien moins Fintelligence que le toucher, la vue et l’ouïe. Cependant le minéralogiste , le chimiste en usent pour reconnaître les différences des corps. Il peut aussi éclairer sur la distance et la direction des corps , parce que l'impression que les molécules odorantes font sur l’organe, est d’autant plus forte que ces molécules sont en plus grand aombre, et que ce nombre varie selon la distance à laquelle on est du corps odorant. On sait quel secours
tirent de ce sens, sous ce rapport, les animaux chasseurs. On avait voulu lui rapporter la faculté qu'ont les animaux et l’homme de reconnaitre les lieux : on sait, par exemple, que des chiens transportés à plusieurs centaines de lieues , reviennent néanmoins à l'habitation de leur maître ; l’hirondelle, à l'approche de l'hiver, s'éloigne de nos climats , müis s’yremontreau printemps, et vient y retrouver jusqu’au même nid qu’elle y avait bâti: on avait expliqué ces faits, en disant que les miasmes odorans déposés par l'animal à son premier passage, avaient été recueillis par l’odorat au retour, et avaient servi de guide pour ce relour; mais, comment croire que le plus souvent ces miasmes n’aient pas été détruits par les vicissitudes atmosphériques pendant le long espace de temps qui s’est quelquefois écoulé? et, d’ailleurs, en existe-t-il, quand l’animal suit, au retour , une route différente de celle par laquelle il est allé? Cette faculté est étrangère à l’odorat, et constitue un instinct qui a sa cause dans le cerveau.
Tel est l’odorat. Il nous reste à indiquer la puissance de ce sens chez l’homme , comparativement à ce qu’elle est dans les animaux. Nul doute que l’homme ne soit encore, relativement à l’odorat, mieux partagé que beaucoup d'animaux ; cependant ce sens est de tous, celui qui est le moins parfait chez lui, et il est chez beaucoup d’animaux plus exquis. Le nerf olfactif de l’homme est assez petit proportionnellement; le ganglion olfactif fort grèle, et tel qu’il n’est, selon M. de Blainville, que rudimentaire ; les fosses nasales sont peu étendues ; les cornets ne sont que des demi-anneaux , et ne présentent pas ces contours doubles et triples , Les dicotomies multipliées qu’offreni les cornets du chien : le
nez extérieur enfin , n’est pas , pour l'office qu'il a à remplir , aussi bien disposé que le sont le museau du chien, le grouin du cochon, la trompe de l'éléphant. par exemple; l'ouverture antérieure de ce nez est fort petite, peu mobile; les petits muscles qui y aboutissent, ne sont guère que des vestiges de ceux qui existent dans certains animaux. M. Cuvier veut que les animaux carnivores aient constamment l’odorat plus fin que les herbivores : cela peut être; mais M. Gall objecte qu'il n’y a aucune corrélation. forcée entre l’odorat et l'instinct de se nourrir de chairs ou de végétaux; il dit avoir vu le nerf olfactif très-gros chez des herbivores; et , en effet, si l’odorat est sentinelle de la digestion , les herbivores n’en ont-ils pas autant besoin que les carnivores ?
Du reste , nous n’avons pas besoin de dire que le nerf olfactif a certainement, dans chaque espèce animale, une organisation spéciale qui détermine quelles substances sont odorantes , et quels rapports d'agrément ou de désagrément sont trouvés aux odeurs. Ce qui est odorant pour un animal peut être inodore pour un autre; etce qui plaît à une espèce peut déplaire à une autre. La cause de ces différences réside dans l’organisation profonde du nerf olfactif, mais sans qu'on puisse dire en quoi elle consiste. C’ést cette même cause qui produit les antipathies et les sympathies diverses d’odeurs que présentent les hommes; certaines personnes recherchent des odeurs que d’autres trouvent désagréables; Louis XIV, par exemple, aimait les odeurs vireuses; les Persans qualifient de n:anger des Dieux V'assa-fœtida, que nous appelons du nom de stercus diaboli. Trois circonstances aussi déterminent toutes les variétés de l’odorat ; la structure intime du nerf olfactif; la disposition plus ou moins
heureuse des parties accessoires de l’organe du sens, sinus , cornets, nez extérieur; enfin, l’observance ow l’oubli des soins propres à maintenir la membrane olfactive dans l'intégrité qui importe à l'exercice de sa fonction; il y a certainement une grande différence entre l’odorat obtus de la personne qui abuse du tabac , et celui de la personne qui n’a pas émoussé la sensibilité de sa membrane pituitaire par le contact de cette substance irritante.
Le sens de l’odorat est aussi soumis à la volonté; on avait voulu le nier à cause de son union au mouvement d'inspiration : mais de ce que l’état de vie nécessite ce mouvement d'inspiration , il ne s'ensuit pas que l’exercice de l’odorat soit irrésistible ; il l’est si peu , que l’inspiration est elle-même un mouvement volontaire. C’est comme si l’on prétendait que la vision n’est pas un acte volontaire, parce que l'exercice de la veille réclame toujours l’emploi de ce sens. D'ailleurs, quand nous disons que les sens sont des fonctions volontaires , nous entendons dire seulement que la volonté peut commander leur action; nous savons bien que lorsque les corps extérieurs les ont impressionnés, leur service est forcé; et qu’à raison deleur situation à la périphérie des corps, ils sont souvent impressionnés malgré nous.
De là, toutefois, un odcrat passif, et un odorat actif. Dans ce dernier, qui est ce qu’on appelle le flairer, il y a de plus; 1° action des appareils musculaires propres àrapprocher le corps odorant et l’organe du sens: c’est- à dire, action de l'organe de préhension qui approche du nez l’objet odorant, ou action de Ja tête qui conduit le nez près de l’objet ; inspirations qui, au lieu de se succéder machinalement et dans la seule vue
SENS DE L'ODORAT. 347 de la respiration , se pressent , et surtout se prolongent, afin que l'air odorant soit introduit jusqu’à la partie supérieure des fosses nasales, et que son contact , sur la membrane nerveuse , soit le plus long possible; sans cette dernière circonstance , l'expiration remportant Pair apporté par l'inspiration , la sensation ne serait pas produite : enfin actions des muscles qui meuvent les ailes du nez, pour augmenter l'ouverture des narines, de l’élévateur commun qui tire les ailes du nez en haut, du transverse qui les tire en dehors , des muscles du voile du palais qui rendent aussi accessible que possible l'ouverture postérieure des fosses nasales; 9° érection des papilles de la membrane olfactive. La volonté veutelle, au contraire , soustraire le sens à l’impression d’une odeur? on éloigne le corps odorant; on le fuit ; on suspend les inspirations, ou au moins on les fait petites et courtes; le muscle myrtiforme et les muscles du voile du palais agissent, le premier pour diminuer un peu l'ouverture antérieure des narines, et les seconds leur ouverture postérieure.
Enfin l’odorat , par la culture, acquiert comme tout sens un assez haut degré de perfection. Les parfumeurs, par exempie , démélentles traces les plus légères d’une odeur qu'on a ajoutée à beaucoup d’autres : il en est de même des pharmaciens, des chimistes, de tous ceux qui consultent souvent lodeur des diverses substances naturelles pour reconnaître ces substances. Il existe de grandes différences dans l’odorat d’un chien , selon qu'on le mène peu ou souvent à la chasse. On sait que les nègres ont l’odorat si subtil, qu'ils distinguent de loin si l'homme qui les approche est un nègre ou un blanc; et'ils doivent cette faculté, en partie à ce que privés
des ressources de notre civilisation , ils se sont plus aflachés aux lumières naturelles que peut leur fournir ce sens, et en partie à ce que dans leur race l'organe de l’odorat offre déjà des dispositions de structure plus rapprochées des animaux, comme l’ont observé Blumembach et Sœmmering. À l’article du toucher, nous avons parlé d’aveugles qui, par cela seul qu'ils étaient privés des secours que donne le sens de la vue, avaient beaucoup perfectionné le sens du toucher; on en cite de même à l’occasion de l’odorat; on parle d’un aveugle qui distinguait par ce sens si sa fille avait manqué ou non aux règles de la chasteté.
$. IV. — Sens de l'Ouie.
Le sens de l’ouïe est celui auquel nous devons la notion des sons. Son histoire doit comprendre aussitrois objets , l'étude physique du son ou de l’excitant extérieur qui frappe le sens, l'étude anatomique de l’organe dn sens, et le mécanisme de l'audition.
1° Histoire physique du Son.
Quand on imprime à un corps une percussion, ik s'établit dans les molécules qui le composent des mouvemens de vibration qui ne s'arrêtent que par degrés; ces oscillations sont aussitôt partagées et répétées par l'air qui touche le corps ; cet air les propage de proche en proche aux différentes couches qui composent l’atmosphère jusqu’à une certaine distance; et l’ébranlement parvenant enfin jusqu’à l'oreille , y produit une sensation qui est ce qu'on appelle le son ou le bruit. Dans le sens de l’ouie, l’excitant extérieur n’est donc pas le corps sonore lui-même, comme cela était dans le toucher; ce
SENS DE L'OUIE. 549 n’est pas même une de ses molécules intégrantes , comme cela était dans le goût et l’odorat; c’est l'air quia répété le mouvement vibratil auquel est en proie le corps sonore.
Il est bien certain que telle est la cause de la production et de la propagation du son ; car les oscillations moléculaires dont nous le faisons résulter sont perceptibles à la vue, au toucher, dans une cloche que lon frappe , une corde que l’on fait résonner. Ces oscillations ne doivent s'entendre que des molécules insensibles du corps; car souvent il n’y a pas de son produit, quoiqu’on détermine des vibrations dans sa masse totale , comme lorsqu'on abandonne à leur élasticité les deux branches d’une pincette, après les avoir rapprochées ; et, au contraire, on anéantit ou l’on diminue le son, lorsqu'on met un obstacle aux vibrations des molécules insensibles du corps, comme lorsqu'on applique la main sur la surface d’une cloche, ou qu’on recouvre d’une étoffe de laine la peau d’un tambour.
Ce qui détermine les vibrations d’où résulte le son, est tout ce qui comprime les molécules d’un corps; cellesci, en eflet , à raison de leur élasticité, tendent alors à revenir sur elles-mêmes ; mais leur rétablissement à leur état premier ne se fait que par une série d’oscillations, d’abord assez étendues, mais dont les amplitudes vont toujours en diminuant , et qui graduellement cessent toutà-fait. La rapidité de ces oscillations est d’autant plus grande, que le corps est plus dur et a plus d’élasticité : d’où l’on a pensé que ces deux qualités étaient ce qui rendait un corps sonore. Peut-être, cependant, est-il aussi diflicile de dire rigoureusement ce qui constitue un corps sonore , que ce qui fait un corps sapide ou odorant.
Mais ces vibrations, desquelles résulte le son, sont
susceptibles d'offrir beaucoup de différences, sous le
rapport de leur étendue et de leur nombre , en un temps : donné ou de leur rapidité ; et de ces différences dé-
peadent deux des qualités particulières du son, sa force
el son ton.
La force ou la faiblesse du son dépend de l'étendue des oscillations qu’exécutent les molécules du corps sonore:; le son est fort, si ces oscillations sont étendues : ilest faible, dans le cas contraire. Quandon fait résonner une corde, on reconnaît que le son s’affaiblit à mesure que l'amplitude de ses oscillations diminue, Il y a mille différences dans le degré de force et de faiblesse des sons. On le mesure par la distance à laquelle on peut les entendre.
Le ton d’un son tient, au contraire , à la rapidité des oscillations, à leur nombre en un temps donné, quelle que soit d’ailleurs l'étendue de ces oscillations , et par conséquent la force ou la faiblesse du son. Le ton est grave, si les oscillations sont peu rapides , et leur Lénine dans un même temps donné, petit: il est aigu dans le cas contraire. Il y a mille intermédiaires entre le son le plus grave, et le son le plus aigu ; comme il y avait mille degrés de force et de faiblesse. Le son le plus grave que notre oreille puisse apprécier, est celui qui résulte de 32 vibrations par minute , et le son le plus aigu est celui qui résulte de 8192. C’est entre ces deux extrêmes que sont tous les tons appréciables : en-decà et au-delà iln’y a que du bruit. Il y a, en effet, cette différence entre le son et le bruit, que le premier s'entend de sons qui
résultent d’ondulations permanentes et régulières , et di
que l'oreille peut apprécier; et que le second, au contraire, est un son que l'oreille ne peut apprécier, soit
parce qu’il résulte d’ondulations non permanentes et non régulières, soit parce qu'il est formé par une maltitude confuse de sons divers , et qui, conséquemment, n’ont pas de netteté. Du reste, quoique tous les sons comparables , musicaux, soient renfermés entre ces deux extrêmes , 52 et 8192 vibrations , l'oreille la plus délicate ne peut pas encore les apprécier tous ; les nuances les plus légères échappent, et le nombre des intermédiaires entre le ton le plus graveet le ton le plus aigu n’est pas aussi grand qu'on pourrait le croire. Cette étendue contient huit octaves environ, dans chacune desquelles il y a sept intervalles ou sept sons , que l’on désigna d’abord par les sept premières lettres de l'alphabet, auxquels on donna ensuiteles noms connusdeut, re, mi, fa, sol, la, si, et qui constituent ce qu’on appelle une gamme. Seulement, afin de rendre moins sensibles les intervalles naturels des tons d’une même gamme, on introduit entre eux des sons intercalaires que l’on nomme dièses el bémoles, etqui indiquent qu’une note est élevée ou abaissée au-dessus ou au-dessous de sa valeur primitive d’un semi ton mineur.
Il est une troisième qualité du son , qu’on appelle son timbre. Les physiciens n’ont pu encore en indiquer la cause ; la plupart la font dépendre de la nature substantielle du corps sonore , si c’est une surface , et en même temps de sa forme, si c’est un tuyau. M. Biot conjecture qu’elle est due à la série des sons harmoniques que fait entendre tout son appréciable quelconque. Tout son, en effet, est accompagné de deux autres sons , que lon appelle sons harmoniques, dont l’un est la quinte de l’octave du son fondamental , et l’autre la tierce majeure de sa double octave; et probablement ces deux sons ne
sont que Îés premiers termes d’une série prolongée in-. définiment de sons de plus en plus aigus et de plus en plus faibles, et qui aurait pour expression la suite des nombres naturels , 1, 2, 3,4, 5 , etc. Toutefois , sous ce rapport du timbre, le son offre beaucoup de variétés ; il y en a en quelque sorte autant que de corps sonores , et ici l’art peut ajouter beaucoup à la nature, par d’heureuses combinaisons; et comme les sons pouvaient déjà varier beaucoup sousle rapport de la force et du ton, il en résulte que les sons sont aussi innombrables que l’étaient les saveurs et les odeurs.
Mais , pour que les vibrations effectuées par le corps sonore affectent l’organe du sens, ilfaut qu’un corps intermédiaire les répète et les lui transmette : ce corps intermédiaire est ce qu’on appelle le véhicule du son , et c’est ordinairement l'air. Ce gaz, en eflet, environne de toutes parts le corps sonore , et peut conséquemment en recevoir les oscillations ; de plus, son élasticité le rend très-propre à les répéter et à les propager jusqu'à l’oreille. Le fait est d’ailleurs manifeste. On voit la flamme d’une bougie , le liquide contenu dans un verre , s’agiter consécutivement à la production d’un son un peu fort. Dans quelques cas même , les oscillations aériennes sont appréciables au tact. Æauksbée enfin , ayant placé une pièce d’horlogerie sous le récipient de la machine pneumatique, cessa d’en entendre le son , après avoir fait le vide ; et M. Biot , répétant la anême expérience avec une petite cloche, a signalé le même résultat.
Les couches d’air qui touchent les corps sonores , recoivent d’abord une première impulsion des molécules qui vibrent ; ces couches ensuite la transmettent aux couches d’air suivantes, et cela ainsi de suite, plus ou
SENS DE L'OUÏE. 333 moins loin, selon l'intensité du mouvement vibratil , et la sphère plus ou moins grande de la masse aérienne dans laquelle se répand le son. On concoit que plus l’oscillation sonore sera forte, plus le son se transmettra Join; que plus la transmission se fera dans de nombreuses directions , plutôt le mouvement s'arrêtera , une petite perte de mouvement se produisant nécessairement à chaque passage d’une couche à une autre. M. Büiot a prouvé, par expérience , ce dernier fait ; il a vuque, së la colonne d’air qui est le véhicule du son ne s’étend qu’en une direction, la transmission du son se fait beaucoup plus loin : parlant à voix très-basse à l’une des extrémités d’un cylindre, long de 951 mètres, dans les aqueducs sous Paris , il était entendu à l’autre extrémité. Dans cette transmission du son par l’air, le son ne perd que de sa force , en raison inverse du carré de sa distance ; mais c’est toujours le même ton et le même timbre qui sont entendus. C’est réellement une chose digne d’être remarquée , que cette souplesse avec laquelle l'air recoit et transmet toutes les nuances si va riées des sons : non -seulement il répète chaque son , mais il en propage plusieurs à la fois, sans les confondre, bien qu’ils diffèrent en force , en ton et en timbre. Mayran , pour expliquer ce phénomène, disait que l’air était composé de molécules diverses affectées chacune à un ton particulier ; mais c'était là une hypothèse tout-àfait gratuite. Il vaut mieux dire que les diverses molécules d’air répètent les oscillations des différens sons , et ‘es propagent sansles confondre ; comme on voit les cerles que l’on produit à la surface de l’eau , par des pieres qu'on y lance , se succéder et se couper entre eux, ans se confondre.