ET
[Lu on
.. Gette qualité qu'a l'air d’être véhicule du son, est d'autant plus prononcée , qu’il est plus dense , plus chaud , et parlant plus élastique. Dans l'expérience de Hauksbée , que nous avons citée plus haut, on entend le son diminuer graduellement , à mesure que l’on | fait le vide. Qui n’a remarqué la différence d'intensité” des sons , selon que l’air est brumeux ou serein? Saussure dit que sur le sommet du Mont-Blanc, le bruit d’un pistolet lui paraissait égaler à peine celui d’une pièce d'artifice. M. Biot a répété l'expérience d'Jauhksbée avec différens gaz, et il a vu que l'intensité du son était en raison de la densité du gaz, plus grande dans l'acide carbonique que dans le gaz hydrogène.
La rapidité avec laquelle le mouvement passe d’une couche aérienne à une autre, d’où résulte la vitesse de la propagation du son, est assez grande ; on en juge ordinairement par l'intervalle de temps qui s’écouleentre le moment où l’on apercoit la lumière d’un canon que l’on tire, et celui où l’on en entend le bruit, Commela lumière est vue à peu près au moment même de sa pros duction , tout le temps qui s'écoule entre l'instant où on la voit et celui où le coup est entendu , est le temps, qu'a employé le son à se propager. En 1758 , l’Acadé mie des sciences de Paris fit faire des expériences sur un terrain long de 14636 toises , ou 29000 mètres, situé | entre Monthléry et Montmartre , et il en est résulté que le son, dans un air tranquille, et à la température deb degrés, parcourt 1 75 toises, 557,18 mètres par seconde. Cette transmission était également rapide dans la diree-, tion vers le nord, dans celle vers le sud , par un cielserein ou brumeux, avec un son faible et avec un son fort. Les variations barométriques n'avaient sur «elle
de: !
SENS DE L'OUIE. 299 aucune influence; de sorte que les résultats seraient les mêmes qu’on opérätlans les hautes régions de l’atmosphère ou à la surface de la terre. Le son, dans cette propagation , marchait toujours avec la même rapidité, ni plus vite en commençant, ni plus lentement à la fin; mais il parcourait toujours les mêmes espaces dans des temps égaux. Le son n’influe pasnon plus sur la vitesse; car M. Biot ayant fait jouer un air de flûte à l’extrémité de ce cylindre , long de 951 mètres, l’a entendu avec toute justesse à l’autre extrémité ; ce qui prouve que les divers tons avaient été propagés avec une vitesse uniforme. La transmission, en un mot , n’était modifiée que par l'agitation de l’atmosphère : selon que des vents souflloient dans le sens dans lequel venait le son , ou dans un sens contraire, ce son arrivait plus vite, ou était retardé dans sa marche, ou même cessait de parvenir.
Une chose remarquable , c’est que l'air transmet plus rapidement le son, que ne le comportent ies conditions physiques auxquelles il doit d’avoir cette faculté. Cette transmission est plus rapide d’un sixième ; car le calcul indique 144 toises , 279 mètres , au lieu de 173 toises , 557 mètres. Voici comme M. Delaplace explique cette différence. I] dit que dans la formation des ondes sonores , les couches d’air éprouvent alternativement des compressions et des dilatations rapides, qui mettent en jeu le calorique latent de latmosphère, font varier à chaque instant sa température avec une promptitude telle que le thermomètre ne saurait en tenir compte , et par conséquent font varier aussi son ressort.
La disposition des lieux que traverse le son , produit quelques phénomènes dont il importe de donner en peu
de mots l'explication. Si l'air chargé d’un son rencontre
une surface résistante qui s’oppose à son passage, le son est réfléchi de manière à fairefun angle de réflexion égal à celui d'incidence , et situé dans le même plan. Si la surface réfléchissante est assez éloignée pour que l'oreille ait le temps de recevoir le son direct , avant que lui parvienne le son réfléchi , le son est entendu deux fois, et il y a ce qu’on appelle écho. Get écho peut être redoublé, c’est-à-dire que le sonréfléchi peut l'être encore de nouveau , et de manière qu’il soit toujours chaque fois entendu séparément.
Ainsi, par suite de la facilité avec laquelle l'air répète les oscillations des corps sonores , et les propage de proche en proche, le son se répand de tous côtés en lignes droites et divergentes , qu'on appelle en physique lignes ou ondes sonores. Le mouvement est d'autant plus intense , qu’on se rapproche plus du corps sonore , qui est comme le centre de toutes les ondes.
Du reste, l’air n’est pas le seul corps qui soit véhicule du son ; des liquides, des solides peuvent l'être. également. L’eau est évidemment conducteur du son. Nollet et Franklin ont expérimenté pargux-mêmes qu'ils entendaient pendant qu’ils étaient plongés dans l’eau. Cela résulte d’ailleurs de l'observation journalière des plongeurs , de celle des animaux aquatiques qu'attire la musique, etque met en fuite le bruit. De même , tout corps solide dont les molécules composantes sont assez élastiques, pour recevoir et transmettre un mouvement vibratil , peut être aussi , et est effectivement , véhicule du son : si l’on fait communiquer avec l'oreille , par un fil de fer, un piano qui est trop loin pour que par l'air , on puisse en entendre le son, on en entend le jeus on sait que la plus légère percussion exercée à
SENS DE LOUE. | 357 l'extrémité d’une longue poutre , est entendue par l'oreille qui est placée à l’autre extrémité : le mineur entend le travail du mineur qui lui est opposé ; nous entendons les bruits qui se font dans les appartemens placés au-dessus de celui que nous habitons. Enfin , des physiciens de profession ont fait des expériences à ce sujet. M. Jassenfratz à reconnu dans les cavernes qui sont sous Paris , que le son résultant dela percussion du mur de la caverne, arrivait plus tôt à son oreille par l'intermédiaire du mur lui - même contre lequel son oreille était appliquée , que par l’air ; il séparait les deux modes de transmission; l’une était plus prompte, mais plus faible. M. Biot a fait la même observation dans les aqueducs de Paris : un coup frappé sur un cylindre de fonte long de 951 mètres, était entendu deux secondes et demie plus tôt par les parois du cylindre que par l'air ; mais Je son s’en propageait moinsloin. Il ya plus : la transmission passe aisément d’un conducteur solide à un conducteur gazeux , et d’un conducteur gazeux à un véhicule solide. M. Geoffroy a répété l'expérience d’Jauksbée, de manière à ce qu'une tige métallique pouvait être à volonté appliquée à la sonnerie mise sous le récipient de la machine pneumatique ; et il a vu que, lorsque le vide était fait , la sonnerie était de même entendue par la tige métallique , qui en transmettait les vibrations à Vair. N’entend-t-on pas d’ailleurs dans l'air un bruit qui
est fait dans l’eau, et dans l’eau un bruit qui est produit
dans l’air ?
Telle est Phistoire physique du son : nous y avons suivi les idées admises par le plus grand nombre desphysiciens. Cependant quelques-uns ont douté que les oscillations de Vair fussent capables de propager le son, et ont admis
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un fluide particulier pour cet objet. Tel est M. Lamarck, qui suppose un fluide invisible , très-subtil, éminemment élastique, d’une rareté extrême, répandu dans tous les corps , dans tout le globe, et aux vibrations duquel sont dus les sous. Tel est encore M. Geoffroy Saint-Hilaire, qui conjecture que la matière du son est une combinaison de l'air extérieur avec l'air polarisé par le corps sonore. Mais il n’est pas de notre objet de débattre ces questions de haute physique,
j 2° À natomie de l'organe de l'Ouie.
L'organe de l’ouie , l'oreille, selon M. de Blainville, n’est encore qu’une partie de la peau, qui seulement s’est modifiée pour être sensible aux plus légères vibra-
‘tions des corps , et pour que l'impression de ces vibra-
tions ne soit pas restreinte à un simple tact. [est certain en effet que l’ouïe n’est encore qu’une sorte de toucher ; et que beaucoup d'animaux qui n’ont pas ce sens, apprécient cependant les oscillations vibratiles des corps sonores , par la seule impression que ces oscillations font
sur leur peau. Gette oreille semble à ce naturaliste
avoir , dans sa structure la plus simple , I: même orga - nisation que le poil, dont il dérive toutes les parties de » KR peau ; c’est-à-dire consister en une capsule fibreuse,
-qui, d’un côté, reçoit les vaisseaux et les nerfs qui ta-
pissent son intérieur, et de l’autre , présente une ouverture, qui sert à établir la communication entre Ja pulpe nerveuse intérieure et l'extérieur.
Il est bien vrai que c'est à cela que se réduit cet organe dans les animaux chez lésquels il a la plus grandé simplicité de structure. Dans l’écrevisse, par exemple, il consiste uniquement en un sac fibreux, rempli d’un fluide
SENS DE L'OUÏE, 299 gélatineux, recevant dans sonintérieur lesystèmenerveux spécial de l’ouie , le nerf acoustique , et communiquant avec l'extérieur par une ouverture destinée à laisser arriver les ondes sonores. Mais , dans les animaux supérieurs et l'homme , il'est plus compliqué; à cette première partie, qui est principale , et qui éonséquemment existe en toute oreille , il s’en ajoute d’autres qui apportent quelques perfectionnemens au sens : de sorte que c’est surtout ici qu'éclate la distinction que nous avons faite de deux parties : l’une nerveuse , située plus profondément, et développant l’action d’impréssion; et l’autre , placée au devant de celle-là ; et consistant en un appareil dont toutes les pièces sont calculées d’après les lois physiques de la propagation du son.
Toutefois , chez l’homme , l’organce de Fouïe est pair, et placé à la base du crâne , tout-à-fait sur les côtés de la tête : à mesure que l’on descend dans les animaux , ON voit les deux oreilles se rapprocher l’une de Pautre, ét se porter à la partie supérieure et postérieure de la tête. IL est situé en grande partie dans un os quilui est propre, le rocher, et qui n’appartient que secondairement à la composition du crâne ; à mesuro qu'ilestplus compliqué, il emploie plusieurs autres os, qui appartiennent à l'appendice de la mâchoire inférieure. Les anatomistes de l'homme y distinguent trois parties : l’oréclle interne ,où labyrinthe, qui est la partie la plus profonde de l'organe; l'oreille moyenne, ou cavité du tympan, qui est déjà plus rapprochée de l'extérieur ; et enfin, l'oreille externe, qui est la partie de l’organe qui apparaît au dehors du corps.
1° Oreille interne, ou labyrinthe.C’est la partie la plus profonde et en même temps la plus essentielle de lor-
gane : elle consiste en plusieurs cavités anfractueuses , creusées dans l’apophyse pétrée de l’os temporal, et qui recoivent l'expansion finale du nerf de l’ouie; savoir , le vestibule , les canaux demi-circulaires et le limacon.
Le vestibule est la partie moyenne du labyrinthe, et est ainsi nommé parce qu’il conduit, et dans les canaux demi-circulaires qui sont en arrière , et dans le limacon qui est en devant. C’est la partie la plus essentielle de lorgane de l’ouie, puisque souvent il est la seule qui existe. C'est une cavité à peu près sphéroïdale , située en dehors du conduit auditif interne, en dedans de la cavité du tympan, en avant des canaux demi-circulaires , en arrière du limacon , et communiquant par plusieurs ouvertures avec ces diverses parties. En effet, à sa face interne, sont d’abord beaucoup de petits trous, qui correspondent au fond du conduit auditif interne , et par lesquels arrivent les filets du nerf acoustique. A sa face externe , est une ouverture fermée d'une membrane, dite fenétre ovale , qui le fait communiquer avec la cavité du tympan. En arrière, en sont cinq autres, qui le font communiquer avec les canaux demi- circulairés. En avant , en est une qui le fait communiquer avec une des moitiés du limacon, avec ce qu’on appelle la rampe externe de ce limaçon. Enfin, en arrière et en bas, près l’orifice commun des deux canaux demi - circulaires appelés verticaux , est l’orifice d’un petit canal osseux, qui aboutit d’autre part à la face postérieure du rocher, dans une petite cavité de la dure-mère , et qu’on appelle aqueduc du vestibule.
Les canaux demi-circulaires occupent la partie postérieure du labyrinthe , et sont au nombre de trois, 1° un appelé vertical supérieur , transversal au rocher ; s’ou-
SENS DE L'OUIE. 561 vrant , d’un côté, à la partie antérieure et supérieure du vestibule , et de l’autre, à la partie postérieure et interne de ce même vestibule , par un orifice qui lui est commun avec un des autres canaux. 2° Un autre, appelé vertical postérieur, perpendiculaire comme le précédent, mais placé dans le sens de la longueur du rocher; et ouvert d’un côté à la partie postérieure et inférieure du vestibule , de l’autre, à sa partie postérieure et interne par le même orifice que le vertical supérieur. 5° Enfin, un troisième, appelé horizontal, plus petit , plus court, et qui s'ouvre dans le vestibule, d’un côté, entre l’orifice antérieur du vertical supérieur et la fenêtre ovale, de l’autre, entre l’orifice unique du vertical postérieur et l'orifice commun des deux canaux verticaux. Le nom de ces canaux indique leur figure : ils ne sont pas uniformes dans leur capacité ; leurs orifices aussi sont inégaux, mais toujours ouverts, de sorte que du mercure qui est injecté dans le vestibule les pénètre. Leurs parois sont formées d’une lame compacte, plongée dans le tissu spongieux du rocher. Ils sont la première partie qui s'ajoute au vestibule.
Le limaçon est la partie la plus antérieure du laby rinthe , et est ainsi nommé à cause de sa forme, qui cependant , n’est celle d’un limaçon que dans les mammifères et dans l’homme. Chez ce dernier, c’est un canal conoïde, contourné en spirale, faisant deux tours sur lui- même , et reposant sur un noyau osseux, qui fait comme l'axe de la cavité toute entière. Le limacon de l'oreille droite est contourné comme une coquille ordinaire; celui de l'oreille gauche l’est en sens opposé, ce qui peut servir à les faire distinguer. La base du noyau est 6AGavée , et correspond au fond du conduit auditif in-
terne ; elle est percée de petits trous par lesquels arrivent à l'organe les filets du nerf acoustique. Son: sommet se termine au milieu du canal spiroïde par une petite cavité qu'on appelle Fentonnoir, Le canal qui tourne autour de ce noyau, est partagé par une cloison moilié osseuse el moilié membraneuse , en deux parties qu’om appelle rampes : l’une, dite supérieure , externe , vestibulaire, s’ouvrant dans le vestibule, à la partie antérieure el inférieure, est plus étroite et plus longue; l’autre, appelée inférieure , interne , est plus large , plus courte, et commence à une ouverture fermée d’une membrane , appelée fenétre ronde, e& qui établit. une autre communication de l'oreille interne avec l'oreille moyenne. Ces deux rampes vont toujours en se relrécissant, à mesure qu’elles s’approchent du sommet du limacçon : là, elles communiquent entre elles. La partie osseuse de la cloison.est fixée au noyau osseux, et est composée de deux lamelles, entre lesquelles existent beau= coup de petits canaux pour les nerfs ; la partie mem braneuse est fixée au.côté opposé, et existe seule au
sommet; elle est très-mince, sèche, cassante , amaloguë | à la membrane du tympan , dont nous parlerons ci-après.
Enfin , à la rampe interne ou tympanique, près la fenêtre | ronde , commence un canal osseux, qui, s'élargissant de plas en plus va s'ouvrir à la face postérieure du rocher, | etest appelé l’aquedue du limaçon. Celimacon, dureste; non-seulement n'existe pas dans tous les animaux qui onf | une oreille, mais encore, quandilexiste, iln’apas toujours | le même degré de complication : par exemple, dans les! poissons, il est réduit à deux ou trois petites pierres contenues dans le vestibule; et dans Les oiseaux, il n’est! qu’un simple cône qui n’offre aucune spirale. ,
Mais ces trois parties, vestibule , canaux demi-circulaires et limaçon, ne’‘sont pas la partie essentielle de l'organe ; elles ne sont que la cavité osseuse dans laquelle siége celle-ci , qui est une membrane à laquelle aboutissent Les derniers filets du nerf acoustique. En beaucoup d'animaux, en effet , cette membrane existe seule , et n'a pas de parois osseuses : dans les poissons, par exemple, toutes les parties que nous venons de décrire sont purement membraneuses. Le rocher , selon les zoologistes , n’est pas un os ducräne, mais seulement l’encroûtement de la partie fibreuse externe de la membrane de l'oreille interne. Une membrane très-fine , très-délicate , tapisse donc toutes les cavités du labyrinthe , et le vestibule, et le limacon , et les canaux demi-circulaires : dans ces derniers , elle forme comme un tuyau membraneux renfermé dans le tube osseux , mais d’un diamètre plus petit, et qui est attaché à l'os par un tissu cellulaire très-fin , et comme muqueux ; elle forme mêmeen avant d'eux, et dans le vestibule , deux sacs flottans dans la cavité du labyrinthe. La nature de cette membrane est ignorée : ce qu'il y a desûr , c’est qu’elle n’est, ni un périoste , ni une membrane vibratile du genre de celle du tympan : elle exhale un fluide très-limpide , qui remplit toutes les cavités, et qu’on appelle la {ymphe de Cotugno. C'est à elle que se termine le système nerveuxespécial de l’ouïe , le nerf acoustique.
Ce nerf naît dans la moelle allongée; près la paroi antérieure du quatrième ventricule , dans des filets de substance grise , qui forment ce qu’on appelle le ruban gris. C’est ce lieu dont M. de Blainville fait son quatrième ganglion encéphalique. De ce point , lé nerf se €'ige obliquement en dehors , en avant et en haut,
ei s'engage dans un canal situé à la face postérieure du rocher, et appelé conduit auditif interne, Ge canal , qui, chez les animaux n’est souvent qu’un trou, répond dans son fond à la face interne du vestibule , et à la base de l’axe du limacon; là , il offre d’abord un premier trou , par lequel un nerf, autre que Facoustique , le facial, passe pour s'engager dans ce qu’on appelle Pæqueduc de F'allope , distribuer des filets à diverses parties de l’oreille moyenne , et sortir ensuite par le trou stylomastoïdien , et se perdre dans les muscles de la face : il en offre ensuite beaucoup d’autres, par lesquels les filets du nerf acoustique arrivent dans le labyrinthe. Ces filets se partagent là en deux sortes de rameaux ; les uns
très-nombreux , mais solides, et assez semblables à ceux
de l’olfactif, se distribuent au limacon; les autres beaucoup plus mous , comme diffluens , se distribuent au ves=
tibule et aux canaux demi-circulaires ; ils se terminent .
tous par des ramifications très-déliées dans le tissu et à la surface de la membrane.
2° Oreille moyenne, ou cavité dutympan. Gette partie consiste chez l’homme dans une cavité creusée dans l'intérieur du rocher, plus en dehors que le labyrinthe , d’une figure hémisphéroïdale , communiquant au dehors par un canal qui est toujours ouvert , étant par suite toujours remplie d'air , traversée de part en part par une chaîne de petits osselets ; et enfin, placée entre l'oreille interne , qui est plus en dedans qu’elle , et l'oreille externe, qui est plus en dehors ; et communiquant avec l'une et avec l’autre.
C’est à sa paroi interne que sont ses communications avec l'oreille interne : cette paroi offre 1° en haut une ouverture appelée fenétre ovale ou vestibulaire , dirigée
SEXS DE L OUIE. 565 horizontalement , et qui fait communiquer cette cavité du tympan avec le vestibule. Gette ouverture est fermée par une membrane qui est composée de trois feuillets : un interne, qui appartient à la membrane labyrinthique ; un externe. qui dépend de la membrane que nous verrons tapisser la cavité du tympan , et un moyen qui est le seul qui lui soit propre. Entre ces deux derniers, se trouve cernée une des extrémités de la chaîne d’osselets que nous avons dit traverser de part en part la cavité du tympan, celui des os qui termine cette chaîne , et qu’on appelle l’étrier ; 2° en bas et en arrière , une autre ouverture , appelée fenétre ronde ou cochléaire , qui fait communiquer la cavité du tympan avec la rampe interne du limacon. Cette ouverture est fermée aussi par une membrane , composée également de trois feuillets , qui sont comme ceux de la fenêtre ovale ; les seules différences sont , que cette membrane n’est pas parallèle , mais oblique à celle du tympan , et ne recoit pas comme la précédente l’attache de la chaîne des osselets. Entre ces deux ouvertures de communication avec l'oreille interne , la paroi interne de la cavité du tympan fait une saillie qui résulte du vestibule et du limacçon qui sont par derrière , et qu’on appelle le promontoire. Au-dessus et en arrière de la fenêtre ovale , se trouve aussi une saillie osseuse qui dépend d’un canal osseux , appelé aquedue de Fallope , qui existe par derrière.
C’est au contraire du côté externe que se trouve la communication de l’oreille moyenne avec l'oreille externe. Là se trouve en effet une ouverture , qui correspond au fond du conduit auditif externe , et qui est fer- -mée par une membrane appelée lamembrane du tympan. Cette membrane, située obliquement de haut en bas, et
de dehors en dedans , est un peu plus étendue que le trow qu’elle bouche , ce qui lui permet de s’enfoncer de l’un ou l’autre côté ; elle est plus généralement enfoncée dans la cavité du tympan. Long-iemps on a cru qu’elle était percée d’un trou dans son centre ; mais cela n’est pas. Elle est formée de trois feuillets : un extérieur qui n’est que la couche muqueuse dermoïde du conduit auditif externe ; un intérieur , qui appartient à la membrane de la cavité du tympan ; et un moyen, qui est le seul qui Jui soit propre. Celui-ci se sépare assez facilement du feuillet externe ; mais son adhérence avec le feuillet in terne est beaucoup plus forte. Entre ceux-ci se trouve comprise l’autre extrémité de la chaîne des osselets, celui de ces os qu’on appelle le marteau ; de sorte que cette chaîne, par une de ses extrémités , le marteau, est attachée à la membrane du tympan, et par l’autre , l’étrier, à celle de la fenêtre ovale. Ce feuillet propre est du reste une membrane sèche, mince , transparente , sans vais= seaux sanguins , Lels que sont ceux des membranes de la fenêtre ovale et de la fenêtre ronde.
Dans la paroi antérieure de la caisse du tympan est le canal par lequel cette cavité communique au dehors, | et recoit l’air qui la remplit. Ce canal, appelé trompe d'Eustachi, ou conduit guttural du tympan, est long de deux pouces , et s’étend dans une direction oblique | en avant et en dedans , depuis la partie antérieure de la cavité du tympan jusqu’à la partie latérale et supérieure du pharynx, derrière l’ouverture postérieure des fosses | nasales. [1 va , en s’évasant, du côté du pharynx , où son orifice , de ferme ovalaire, ressemble à une fente ; il est | en partie osseux , et en partie fibro-cartilagineux et mem- | braneux : la portion ossense en fait le tiers postérieur,
SENS DE L’OUÏE. 567 el est creusée dans le temporal ; le sphénoïde la com-
plète un peu en avant et en dehors : la partie fibro-cartilagineuse en fait la paroi interne , et c’est à elle sur-
tout que la trompe doit de n'être pas affaissée dans les
mouvemens de la déglutition ; elle s'attache à la lame externe de l'apophyse ptérigoïde, et au cartilage qui bou-
che le trou déchiré postérieur : enfin, la portion mem-
braneuse forme presque à elle seule Le côté externe, et
en même temps tapisse tout le canal : elle paraît être un
prolongement de la membrane muqueuse nasale , et res-
semble d'autant plus à un périoste, qu’on l’examine plus
près de la cavité du tympan. Dans ces derniers temps,
ox est parvenu à faire des injections par cette trompe
dans la cavité du tympan. Les muscles qui composent
et meuvent le voile du palais, savoir , les péristaphylins
interne et externe, en agissant sur le voile du palais,
modilient un peu l'ouverture de la trompe &’Eustachi ;
le premier la rétrécit , et le second la dilate.
Enfin, la cavité du tympan offre, en arrière et en haut , un canal court et raboteux , qui conduit dans des cellules creusées dans l’apophyse mastoïde , cellules qui sont variables en nombre , en grandeur . en disposition , qui communiquent entre elles, et qu’on appelle cellules mastoidiennes.
Telle est la cavité du tympan, qui, généralement, est d'autant plus ample dans les animaux, qu'ils ont V'ouie plus délicate, qui est très-grande, par exemple, dans le chat, les animaux nocturnes. Chez l’homme , elle a trois lignes de profondeur et cinq à six de largeur , et est creusée dans un os particulier, dépendant de l’appendice de la mâchoire inférieure , et appelé os du tympan. Souvent même l’ouverture du tympan constitue
un os spécial, appelé cadre du tympan; mais, chez l'homme, tout cela est fondu en un seul et même os, le temporal. Cette cavité est tapissée par une membrane un peu fibreuse extérieurement, mais muqueuse intérieurement, et qui paraît être un prolongement de la muqueuse nasale ; nous avons indiqué les feuillets que cette membrane fournit aux membranes propres de la fenêtre ovale , de la fenêtre ronde et de l’ouverture du tympan : elle pénètre aussi dans les cellules mastoiïdiennes , et se replie sur les osselets ; elle exhale une sérosité dont le superflu s'écoule dans le pharynx par la trompe d’Eustachi.
Mais la cavité du tympan , avons-nous dit, est traversée par une chaîne de petits os, articulés entre eux de manière à former un levier angulaire , et dont une extrémité est attachée à la membrane du tympan, et l’autre à celle de la fenêtre ovale. Ces petits os sont au nombre de quatre : le marteau, l'enclume , Vorbiculaire et l’étrier ; ils sont articulés les uns aux autres de dehors en dedans dans cet ordre, et de manière à pouvoir un peu se mouvoir les uns sur les autres. La membrane muqueuse de la cavité du tympan qui se replie sur eux , est ce qui fait leur principal lien. Un petit appareil musculaire sert à les mouvoir , et se compose de trois muscles : 1° le muscle interne du marteau, qui, implanté au cartilage de la trompe d’Eustachi, et à la face inférieure du rocher , pénètre dans la caisse par un canal situé à la paroi antérieure de cette cavité , au dessus de la trompe d’Eustachi, se contourne là sur une petite poulie appelée bec de cuiller, ou éminence trochléiforme , et se fixe enfin à une apophyse qui unit le col et le manche du marteau: il tire cet os en dedans et en
SENS DE L'OUIE, 309 ävant , et, à cause de cela, Ælbinus l'avait appelé le tensor tympan ; 2° le muscle antérienr du marteau, qui, de l’apophyse épineuse du sphénoïde, et de la partie externe de la trompe d’Eustachi, se dirige en arrière et en dehors, vers la fente glénoïdale , s’y engage, et va s'attacher , vers le col du marteau, à une apophyse de cet os, dite de Raw; il tire ce petit os en avant et en dehors, et conséquemment relâche la membrane du tympan; 5° enfin, le muscle de l’étrier, qui est logé dans la cavité d’une éminence osseuse, située à la paroi postérieure de la cavité du tympan, au-dessous de l'ouverture des cellules mastoïdiennes , appelée la pyramide, et qui, de là se porte en avant à la partie postérieure du col de l’étrier ; il fait basculer ce petit os, et conséquemment tend la membrane de l’ouverture vestibulaire. Quelques anatomistes indiquent un quatrième muscle , le muscle externe du marteau, qui, de la partie interne , supérieure et postérieure du conduit auditif, ya s'attacher au col du marteau , tire cet os en dehors, et par suite relâche la membrane du tympan; mais le Plus souvent ce quatrième muscle n’est pas distinct. Gomme on le concoit, ce n’est pas le nerf acoustique qui anime ces muscles, c’est Le nerf facial, pendant son trajet souterrain dans l’aquéduc de Fallope; ce nerf envoie un filet au muscle interne du marteau, un autre au muscle de l’étrier, et surtout fournit ce rameau particulier appelé corde du tympan , qui, entrant dans Ja caisse par un trou situé à sa face postérieure , au-dessus de la pyramide, la traverse de part en part, sort en avant par la félure de Glaser, ct va s’anastomoser en dehors de l'oreille avec le nerf lingual.
Telle est l'oreille moyenne, qui n’existant pas dans
370 FONCTION.DE LA SENSIBILITÉ. ‘ tous les animaux qui ont une oreille, ne commence à se montrer que dans les reptiles, et n'offre pas le même degré de complication dans tous ceux où elle existe. Souvent , en effet, il n’y a qu’une caisse de tympan sans les osselets , souvent il n’y a qu’un seul de ces petits os.
3° Oreille externe. C’est la partie la plus extérieure de l'organe , et elle semble être un cornet acoustique, destiné à recueillir les rayons sonores , et à les diriger dans les parties plus profondes ; elle se compose du conduit auditif externe et du pavillon.
Le conduit auditif externe est un canal cylindroïde, placé entre l'articulation temporo -maxillaire et l’apophyse mastoïde, long de dix à douze lignes, étendu de la conque externe à la membrane du tympan. Dirigé en dedans , en arrière et en bas, il est plus long à sa paroi inférieure qu'à sa paroi supérieure , à cause de l’obliquité de la membrane du tympan qui en fait le fond, et plus étroit dans son milieu qu'à ses extrémités. Profondément , et dans une longueur de six lignes, il est tout osseux, et creusé dans l’os temporal; mais plus en dehors, c’est un fibro-cartilage, prolongement de celui de la conque , qui le forme. Ge fibro-cartilage a la f= gure d’un tube qui achève le canal osseux ; cependant
en haut et en arrière , il offre quelques fentes auxquelles on à donné le nom d’incisures de Santorini. Un pro-| longement de la peau revêt intérieurement cette char pente mi-osseuse et mi-cartilagineuse; il est d’autant |
plus ténu , qu’on l’examine plus profondément; recouvert d’un léger duvet, il offre quelquefois quelques poils
tout près de l’orifice externe , et contient , dans son épais- |
seur, des follicules qui fournissent une humeur oléo-
SENS DE L'OUIE, 971 muqueuse , appelée cérumen , qui lubréfie le canal. On dit qu'il y a un petit appareil de muscles, destiné à faire varier le calibre de ce conduit; du moins on a signalé, sous le nom de muscle de la grande incisure, quelques fibres musculaires aux environs des incisures de Santorint.
Le pavillon, ou conque, est cette partie la plus extérieure de l'oreille, mince, large , élastique, de forme à peu près ovale , située sur les côtés de la tête, et qui figure assez mal une conque, un cornet acoustique , parce qu’elle n’est qu’un vestige de ce qu’elle est en certains animaux. Elle n’est , en effet , nullement dirigée en avant, du moins dans notreétat social perfectionné. Elle présente, en dehors, différentes saillies et enfoncemens, auxquels les anatomistes ont donné les noms d’héliæ, d’anthélix, de tragus, d’antitragus , de rainure de l'hélix , de fosse naviculaire et de conque. L’hélix marque le contour du pavillon; le tragus est ce petit mamelon qui est placé au devant du conduit auriculaire ; la conque est l’enfoncement borné par les éminences anthélix, tragus et antitragus. Du reste, tout cela est spécifique à l'oreille externe de l’homme, qui, seule aussi, se termine en bas par celte partie graisseuse à laquelle on suspend des bijoux, et qu'on appellele lobule. À mesure qu’on descend dans la série des animaux, ce lobule disparaît, la moitié inférieure du pavillon se supprime; et la supérieure , au contraire , se déroule , et s’allonge en cornet. Ajoutons que cette conque qui, chez l’homme, est située entre la ligne des yeux et celle du nez, va, en s’élevant de plus en plus , dans la série des animaux.
Ce qui forme le corps de ce pavillon, est un fibrocartilage qui cependant ne se prolonge pas jusqu’au
lobule , mais qui pénètre dans le conduit auditif externe ; et concourt à le former. C’est à ce fibro-cartilage que le pavillon doit sa forme, son élasticité, sa solidité : il est recouvert par une couche de peau très-fine, et qu’assouplit un fluide sébacé. Le tissu cellulaire qui unit la peau au fibro-cartilage , n’est jamais pénétré de graisse, afin que le pavillon ne cesse pas d’être élastique. L’attache de ce pavillon à la tête et au reste de l’oreille se fait : 1° par la portion tubuleuse du fibro-cartilage qui pénètre dans le conduit auditif externe ; 2° par trois ligamens , qui sont formés par un tissu lamineux dense, et qui sont appelés, d’après leur situation et leurs attaches; l’un, le zigomato - auriculaire, où auriculaire antérieur; le second, le temporo-auriculaire , ou auriculaire supérieur ; et le troisième, le mastoido-auriculaire , ou auriculaire postérieur : ils se terminent tous à la convexité de la conque.
Un appareil musculaire qui, à la vérité, n’est ici que comme vestige, est annexé à ce pavillon, pour le mouvoir ou le tendre. Il est composé de muscles extrinsèques et de muscles intrinsèques. Les premiers , qui meuvent le pavillon en totalité et servent à le fixer, sont au nombre de trois, disposés comme les ligamens que nous venons de dénommer, et par conséquent appelés comme eux ; savoir : le zigomato-auriculaire , le temporo-auriculaire , et le mastoïdo-auriculaire. Les muscles intrinsèques font exécuter des mouvemens partiels à quelques parties du pavillon , et sont au nombre de cinq, le grand, muscle de l'hélix, le petit anuscle de l'hélix, le muscle du tragus, celui de l’antitragus, etlemuscle transverse.
Cette oreille externe, la partie la moins importante de l’organe, ne commence à exister que dans les mam-
SENS DE L'OUIE, 3758 mifères, mais souvent elle est plus compliquée chez eux que chez l'homme.
3° Mécanisme de l’Ouie.
Il ne s’agitencore ici que de tracer la marche des rayons sonores à travers les oreilles externe et moyenne jusqu’à l'oreille interne , de faire voir leur application au nerf acoustique, et d’indiquer le rôle spécial de chacune des parties de l'organe.
D'abord , l’arrivée des rayons sonores jusqu’au fond de l’oreilleexterne , etsurla membranedutympan , qui est le commencement de l'oreille moyenne, est un effet forcé de la situation et de la disposition des parties. Le conduit auditif externe est effectivement toujours ouvert. On a dit que dans ce premier acte de l'audition, le pa-
villon remplissait l'office d’un cornet acoustique, recueillant les sons, et les réfléchissant sur la membrane du tympan; on a signalé comme conditions de structure favorables à cet office , sa forme concave en dehors, sa nature fibro-cartilagineuse qui le fait jouir d’une grande élasticité, sa largeur qui est opposée à l’étroitesse du conduit auditif. Boërhaave a même avancé que les courbures que présente ce pavillon en dehors , étaient géométriquement disposées , de manière à refléchir toutes les ondes sonores dans le conduit auditif. M. Ztard conteste tout ce point de doctrine; ilavouen’avoir jamais vu, quoi qu'on en ait dit, la perte de l’auricule entraîner Tafaiblissement de l’ouie ; le pavillon ne pourrait remplir l'office qu’on lui attribue, qu’autant qu’il aurait là forme d’un cornet, ce qui n’est pas ; beaucoup d’animaux , qui ont l’ouie très-fine , n’ont pas de pavillon, la taupe, les oiseaux , par exemple; et chez ceux qui en
ont un figuré en cornet, et très-mobile , peut-être est-il plus nuisible qu'utile , et sert-il plus pour les expressions de l’animal que pour l'audition ? Sans adopter en entier l'opinion de M. Ztard , il est sûr que le pavillon est peu utile à l’audition. On à dit que les muscles qui lui sont
attachés servent, les extrinsèques, à le diriger du côté
d’où viennent les sons ; et les intrinsèques , à le tendre pour lui donner plus d’élasticité, et rendre le conduit auditif plus accessible en écartant le tragus et l’antitragus : mais il est évident que tout cela estpeu marqué.
Quant au conduit auditif externe, on a relevé comme conditions de structure heureuses , sa nature moitié osseuse et moitié fibro-cartilagineuse qui le rend trèsélastique ; et sa courbure qu’on a dit propre à ajouter à l'intensité des sons. Peut-être celle-ci ne sert-elle qu’à garantir la membrane du tympan de laction trop di: recte de l’air et des agens extérieurs ; ce qu'il y a de sûr au moins, c’est que dans tous les animaux qui ont un conduit auditif, ce conduit est tortueux. On a dit aussi que les poils qui sont à l'entrée de ce conduit tamisent l'air, et empêchent les atômes suspendus dans ce gaz d'y pénétrer; que le cérumen éloigne , par son amertume, les insectes dont la présence troublerait Vaudition, et en même temps entretient le bon état du conduit ; qu’enfin le muscle des incisures de Santorini sert à rapprocher les bords de ces incisures. Dans tout cela , éciate le désir d’assigner une fonction aux parties les plus insignifiantes de l’organe.
Le son parvenu à la membrane du tympan, celle-ci à raison de sa nature sèche et vibratile , partage promptement les oscillations sonores ; et promptement aussi ces oscillations sont propagées à travers l'oreille moyenne
‘SENS DE L'OUÏE. 375 jusqu'aux membranes des fenêtres ovale et ronde qui commencent l'oreille interne. Cette transmission se fait par l’air qui, pénétrant sans cesse par la trompe d’Eustachi , remplit la cavité du tympan ; et cet air doit d’autant mieux remplir cet office qu’il est renfermé dans une cavité à parois très-denses , partant très-élastiques , et qui réfléchissent sur lui jusqu'aux moindres vibrations. On avait cité encore comme agens de cette transmission , la chaîne desosselets qui s’étend , comme on sait, de la membrane du tympan à la membrane de la fenêtre ovale , et les parois même de la caisse du tympan, qui, toutes osseuses et composées surtout d’une substance très-dure et partant très-élastique, semblaient trèspropres à transmettre au labyrinthe les oscillations. Mais le fait est douteux au moins , pour ce qui est de la chaîne des osselets; et, certainement , il est faux quant aux parois de la caisse du tympan , qui peuvent bien propager les vibrations d’un corps sonore qui leur est immédiatement appliqué, mais non répéter les oscillations sonores de l’air , comme nous le montrerons ci-après.
Mais nous ne devons pas neus borner à cette exposision générale , il faut encore chercher à spécifier le rôle propre de chacune des parties de l'oreille moyenne, comme on l’a fait de celles de l'oreille externe; et c’est ici que notre ignorance, sur beaucoup de points, va éclater. Sans doute, en réfléchissant sur la disposition de la caisse du tympan, terminée de deux côtés par une
“membrane très-élastique, et percée d’une ouverture analogue à celle qui se trouve au centre de la partie cylindrique d’un tambour, on ne peut guère méconnaître en elle un véritable instrument d’acoustique destiné à recevoir , renforcer et propager les ondes sonores.
Mais quel est le rôle de chacune des parties de cette oreille moyenne ?
D'abord , il est certain que la membrane du tympan répète et recoit les vibrations sonores. Mais on a formé quelques conjectures de plus sur son action. D’une part, Dumas à dit qu'elle était elliptique, et composée de cordes diverses qui correspondaient chacune à autant de tons particuliers. D'autre part, admettant presque généralement que la chaîne des osselets, dont une extrémité y est fixée, en fait varier la tension, on a voulu indiquer les circonstances de l’audition dans lesquelles elle se tend, et celles dans lesquelles elle se relâche. Selon les uns, cette tension est relative au degré d’in-
tensité des sons, et telle que l’oscillation sonore parvient.
àl’oreille interne dans un degré assez fort pour faire une impression, mais trop faible pour causer de la douleur; la membrane se tendrait pour un son trop faible, et se relâcherait pour un son trop fort. On cite à l’appui de cette opinion ce fait de quelques personnes, qui ne
ouveient entendre des sons ordinaires, qu'après que: P
leur oreille avait été frappée par des sons très-intenses ; ceux-ci, dit-on, ayant excité la membrane du tympan à se tendre. Selon d’autres, cette tension est relative au ton des sons, et alors la membrane se tendrait pour la production des tons graves, et se relächerait pour celle des tons aigus; ou , au contraire , se relâächerait pour la perception des tons aigus , et se tendrait pour celle des
tons graves: car tour à tour l’on a dit l’une et l’autre"
chose. Il estprobable que le degré de tension de la membrane du tympan varie par les mouvemens de la chaîne des osselets ; en vain M. /tard dit avoir examiné à l’œil nu la membrane du tympan, et n’y avoir jamais re-
SENS DE L'OUIE. 977 marqué de mouvemens sous l'influence de sons variés, ou très-aigus ou très-graves, ou très-foris ou trèsfaibles ; en vain dit-il n’avoir pas vu davantage se mouvoir une soie de porc qu’il posait sur le centre de cette membrane ; la disposition des parties , l'existence seule des muscles des osselets , doivent faire croire à la réalité de ce fait. Mais il faut avouer que nous ignorons dans quelles circonstances et pour quel but de l'audition se font la tension et le relâchement. À la vérité , l'intégrité de la membrane du tympan n’est pas une condition absolue pour l'audition ; elle peut être percée , sans qu’il s’ensuive perte du sens ; on en a plusieurs observations, une entre autres de Riolan , relative à un sourd qui, s'étant accidentellement percé cette membrane avec un cure-oreille , avait recouvré l’ouïe ; cela même avait inspiré à Cheselden le projet de percer cette membrane sur un criminel qui était sourd , et qu'on exemptait de sa peine à ce prix ; et depuis, M. Ztard a pratiqué plusieurs fois cette opération avec succès. Mais cependant sa lésion le plus souvent entraîne des accidens ; quand elle s’est épaissie, l’ouie devient très-dure; et sa déchirure près l’attache du marteau prive de la faculté d’entendre la voix basse.
La caisse du tympan, par l’air qui la remplit, sert à propager les ondes sonores: mais on a dit de plus, tantôt qu’elle diminuait l'intensité des sons, tantôt qu’elle les
‘renforçait. On à fondé la première opinion, sur ce que l'air qui la remplit est très-raréfié , et partant est moins élastique. En faveur de la seconde qui est plus vraisemblable , on a fait valoir la très-grande densité, et, par conséquent , la très-grande élasticité des parois osseuses
de la caisse; son ampleur d’autant plus grande dans les
animaux que l’ouie est plus délicate.
On est encore plus dissident sur l'usage des cellules mastoidiennes. Selon les uns, elles favorisent la dilatation de l’air de la caisse ; selon les autres , elles servent de diverticulum à cet air , quand la membrane du tympan le presse; ceux-ci disent qu’elles ne font qu’ajouter à l’ampleur de la caisse; ceux là, qu’elles réfléchissent les rayons sonores , les concentrent , et ajoutent ainsi à l'intensité du son. Tout cela est conjectural. Seulement il ne paraît pas que la force de l’ouie soit en raison de leur étendue. Ces cellules, par exemple, ne sont chez aucun animal plus amples que chez les oiseaux ; au nombre detrois , dans ces animaux , elles se prolongent jusque dans l’occipital, et vont se réunir à celles du côté opposé; et, cependant, les oiseaux ne sont pas, parmi les animaux , ceux qui ont l’ouie la plus fine. Toutefois, on a conseillé et pratiqué avec succès une ouverture de ces cellules à l’apophyse mastoïde, dans la vue de remédier à une surdité qui , sans doute, avait sa cause dans une partie de l’oreille, appartenant à l'oreille externe ou à l'oreille moyenne.
Que n’a-t-on pas dit sur la chaîne des osselets ! Bérenger de Carpi a prétendu que mus par l'air , ils frappaient l’un sur l’autre , etformaient ainsi le son: Massa a fait seulement frapper le marteau sur la membrane du iympan. Ges deux assertions sont également fausses. Aujourd’hui, l’on n’assigne que deux offices à cette chaîne ; l’un, qui même peut être mis en doute, de propager mécaniquement le son de la membrane du tympan à la membrane vestibulaire ; l’autre, de faire varier le degré de tension de ces deux membranes. Mais,
SENS DE L'OUÏE. 379 à l’égard de ce dernier, on ignore en quelles circon stances de l’audition , et pour quel but se fait le mouvement de la chaîne des osselets ; est-ce dans un rapport avec la force du son, ou avec son ton, ou seulement lors de l'exercice actif du sens ? ce mouvement est-il volontaire ou non ? I] y a même controverse sur la manière dont agit ce petit levier angulaire : les uns font tendre la membrane du tympan par le jeu des muscles du marteau , et la membrane vestibulaire par le muscle de l’étrier : M. Chaussier , au contraire , dit que ce levier agit par un mouvement de bascule, et conséqueniment que c’est le muscle de l’étrier qui agit sur la membrane du tympan, et ceux du marteau sur la membrane vestibulaire: il y a dans tout cela beaucoup de choses ignorées. Le certain, c’est que ces petits os se meuvent; si cela n’était pas, à quoi serviraient les muscles qui y sont attachés ? M. Ztard dit que leur lésion prive de la faculté d’entendre la voix basse. A cause de leur action présumée sur la membrane du tympan, on a dit que cette membrane était dans l'oreille ce qu'est la pupille dans l'œil; qu’elle se proportionnait aux ondes sonores, comme la pupille aux rayons lumineux ; mais le premier fait est beaucoup moins démontré que le second.
La trompe d’Eustachi paraît ne servir qu’à introduire et renouveler sans cesse dans la cavité du tympan, l'air qui doit y être le véhicule des vibrations sonores : elle est l’analogue du trou, sans lequel l'air n’éprouverait aucun mouvement vibratil dans un tambour. À cet oflice réel, on a ajouté cet autre, d’être un second conduit auditif pour l’arrivée des sons. Mais, si l’on place une montre dans la bouche, on n’en entend le son qu'autant qu'elle touche les dents; en vain une personne vousparle
dans la bouche, elle n’est pas entendue si le conduit auditif externe est complètement bouché; ilest sûr que les sons qu’apporte l’air ne peuvent parvenir que par le conduit auditif externe; et, dans tous les cas où ces sons ont paru arriver par la trompe d’Eustachi , c’est que le corps sonore avait été mis dans un contact immédiat avec les dents ou quelques autres parties osseuses de la tête. N’est-il pas vraisemblable , d’ailleurs, que si des sons arrivaient par la trompe d’Eustachi en même temps que par le conduit auditif externe , il en devrait résulter de la confusion dans la sensation ? On a cité comme preuves de l’assertion que nous combattons, que, généralement, on ouvre la bouche, quand on veut mieux entendre; et qu’on entend mieux après un bâillement : mais le premier fait tient à l'expression faciale que commande alors l’atténtion, ou au désir d’ouvrir davantage le conduit auditif externe : et quant au second, si l’on entend mieux après un bâillement , c’est que la grande inspiration qui constitue ce phénomène a renouvelé l'air de la caisse , et a balayé les mucosités quiengouent souvent l’orifice de la trompe. Il est même digne de remarque que pendant le bâillement on est sourd, probablement parce que l’entrée de l'air dans la caisse du tympan par la trompe d’Eustachi est momentanément empêchée. On a encore assigné à la trompe l’usage d’être une voie de reflux pour l'air de la caisse, quand il est ébranlé par des sons trop forts. Toutefois , bien que la trompe d’Eustachi ne serve que mécaniquement à l'audition, elle y est prochainement nécessaire, et son occlusion entraîne constamment la surdité. Peutêtre est-il utile de faire remarquer, comme induction propre à faire reconnaitre les usages des cellules mas-
SENS DE L'OUIE. 351 toïdiennes , que l’'orifice de la trompe dans la caisse du tympan est toujours diamétralement opposé à l'ouverture de ces cellules.
Telles sont les conjectures qu’on a faites sur l'office de chacune des parties de l’oreille moyenne. Conduisons maintenant les sons des membranes des fenêtres ovale et ronde, jusqu'aux filets du nerf acoustique , à travers l'oreille interne.
Les membranes vestibulaire et cochléaire , qui sont sèches et vibratiles comme la membrane duiympan, sont les moyens de communication de l'oreille moyenne à l'oreille interne. On a bien indiqué encore comme voie de transmission les parois mêmes du rocher dans lequel se trouvent à la foiset l'oreille moyenne et l'oreille interne ; mais ces parois ne peuvent propager le son qu'autant que le corps solide dont celui-ci provient leur est immédiatement appliqué. Des membranes vestibulaire et
*cochléaire , les vibrations sont transmises à la lymphe de Cotugno qui remplit tout le labyrinthe; et celle-ci les applique enfin aux filets du nerf acoustique que nous avons vu aboutir à la surface de toute la membrane labyrinthique.
Mais il faut encore, dans cette transmission générale
du son à travers l’oreille interne , chercher à indiquer le rôle de chacune des parties qui y existent ; et c’est encore ici que beaucoup de choses vont être ignorées.
La membrane vestibulaire évidemment propage les vibrations sonores de l'oreille moyenne à l'oreille interne. Mais on a dit de plus qu'elle était composée de zones diverses qui correspondaient chacune à autant de tons différens : on peut admettre surtout que le jeu des osselets fait varier son degré de tension; et dès lors on est à
trouver encore, dans quelles circonstances de l'audition et pour quel but elle est modifiée. On est en débat aussi sur la question de savoir si ce sont les muscles du marteau , ou celui de l’étrier, qui agissent sur elle. Ce sont absolument les mêmes controverses que relativement à la membrane du tympan. Sa déchirure n’entraîne pas absolument la perte du sens.
La membrane cochléaire a le même usage : seulement la chaîne des osselets ne peut pas en modifier la tension : on a dit que la lymphe de Cotugno, pressée par la membrane vestibulaire la faisait saillir dans la cavité du tympan; mais , indépendamment de ce qu’on ne pourrait pas préciser quels effets résulteraient de cette tension, le fait lui-même est douteux.
La lymphe de Cotugno est évidemment un fluide de transmission ; et il est heureux qu’elle soit renfermée dans une cavité osseuse très-dense , et par conséquent très-élastique. En même temps qu’elle touche de toutes parts la membrane labyrinthique, et que, conséquemment, elle lui transmet facilement l’oscillation qu'elle répète , peut-être sert-elle aussi à entretenir le nerf dans un état de souplesse convenable. Sa dispersion dans les circonvolutions formées par les canaux demi-circulaires et les deux rampes du limacon est aussi une chose favorable. Jadis son existence n’était pas connue, et l’on croyait que c'était un gaz qui remplissait les cavités labyrinthiques. De nos jours, M. Ribes a voulu rappeler à cette opinion des anciens anatomistes ; mais M. Ztard soutient que ce n’est qu’accidentellement qu'on a trouvé de l’air dans l'oreille interne , et que c'est bien une sérosité qui remplit le labyrinthe. Cotugno supposait que dans l’audition, cette lymphe ébranlée par la membrane
a. — — . — - — — - —— a EE
SENS DE L'OUIE. 385 vestibulaire, était poussée du vestibule dans les canaux demi-circulaires d’une part, et danslelimacon del’autre , pour revenir à ce même vestibule, et qu’elle parcourait ainsi un cours régulier qu’il appelait le grand et le petit cireuit. Mais cette lympheremplit trop complètement le labyrinthe pour qu’elle puisse éprouver d’aussi grands” déplacemens , et elle ne fait que propager de proche en proche les vibrations. Elleexiste du resteen touteoreille, et paraît essentielle à l’audition. Duverney, Perraule, Valsalva avaient admis que la membrane labyrinthique elle-même répétait les vibrations que lui apportait la Jymphe de Cotugno; ce dernier faisait jouer un grand rôle aux zones sonores que le prolongement de cette membrane dans les canaux demi-circulaires et le limacon était dit constituer. Mais à quoi serviraient ici ces vibrations ? au-delà de la membrane labyrinthique, il n’y a que des os; et dans cette membrane est le nerf qui doit recevoir l'impression.
Quant au vestibule , le limacon et les canaux demicirculaires, le premier n’est qu’une cavité de communication entre les deux derniers ; et les deux autres, probablement , ne serventencore qu’à la transmission des sons, et non à leur perception. Gomme généralement, dans les organes des sens, toutes les parties qui sont au devant du nerf sont destinées à des usages physiques : comme ces parties , dans l’œil, par exemple, sont certainement comparables à des instrumens de dioptrique, à des verres ; on a pensé qu'il en était de même dans l'oreille , et l’on a comparé le limacon et les canaux demi-circulaires à des instrumens d’acoustique. Ainsi, Lecat voulait qu’il y eût dans l'oreille production des vibrations sonores , comme il y a dans l’œil production d’une image; et,
d’après cette idée , il conjectura que le limacon était un clavier instrumental, composé de beaucoup de petites cordes tendues le long de la cloison médiane , ayant des grandeurs et des grosseurs diverses et ordonnées entre elles, et destinées à vibrer isolément et à l’unisson de chaque ton. Mais on peut objecter : 1° que les nerfs qui sont placés sur la cloison du limaçon ne sont ni tendus ni élastiques , qu'il n’y a tout au plus que la partie membraneuse de cette cloison médiane qui pourrait vibrer , et qu’alors on ne voit pas comment une de ses parties pourrait vibrer sans l’autre; 2° que, dans la série des animaux , la délicatesse de l’ouie n’est pas en raison du degré de complication du limacon. Beaucoup d’animaux en effet ont à ce limacon plus de tours que l’homme , le cochon d’Inde , par exemple, et n’ont pas une ouïe plus délicate : et, au contraire, d’autres animaux , Comme les oiseaux auxquels on peut supposer une ouïe susceptible de percevoir tous les tons puisqu'ils sont musiciens et chanteurs, ont le limacon plus imparfait, et borné à un
simple canal conique. Lecat avait, à la vérité, prévu”
cette objection, et croyait y répondre en disant que la tête des oiseaux n’étant pas matelassée de muscles comme celle des mammifères , était sonore dans toute son étendue ; mais ce dernier fait est faux : et, à supposer qu'il fût vrai, où serait ici cette gradation supposée de filets destinés à vibrer à l’unisson de chaque ton ?
On a voulu attribuer un semblable office aux canaux demi-circulaires , et dire que les sons se produisaient en eux comme dans un jeu d’orgue. Boërhaave , par exemple , les supposait composés d’une suite d’arcs de ditférens diamètres, et destinés à produire autant de tons diflérens. D’autres les ent dit remplis de fluides qui
avaient des densités différentes, et qui par conséquent vibraient d’une manière diverse. Tout cela n’est évidemment qu'hypothèse. Généralement toutes ces parties de l'éreille interne sont situées trop profondément pour qu’on puisse découvrir leurs oflices ; et l’on n’a que les maladies de l’ouie dans l’espèce humaine qui puissent apporter ici quelques lumières. Si l’on suppose en effet une lésion quelconque du limacon et des canaux demicirculaires , et que cette lésion entraîne une modification importante dans la perception des sons, on pourra en déduire après la mort l’usage de ces parties ; mais ce sontencore autant d’obser::#ons à faire. L’anatomie comparée ne peut pas nous éclairer ici; car, en même temps qu’on observe la structure de l'oreille dans un animal, il faudrait pouvoir juger du caractère de son audition, ce qui est impossible , puisqu'il faudrait être un instant lui-même. Toutefois, en observant que ces parties de Voreille interne varient bien plus en grandeur, en proportion, en position dans les animaux , que ne diffère Vouie dans ces animaux, on se convaincra que ces parties servent plus à recevoir et à transmettre encore les ondes sonores, qu’à modifier le son, ou à en faire percevoir spécialement telle ou telle nuance.
Telle est la voie assez longue par laquelle les rayons sonores arrivent au nerf. Observons cependant que le son peut parvenir autrement que par cette filière , par ’intermède des os du crâne , mais seulement quand le corps sonore sera mis lui-même dans un contact immédiat avec ces os. Le bruit d’une montre est entendu , bien que les oreïlles soient bouchées, quand la montre est tenue. entre les dents. Zngrassias cite observation d’un Espagnol , qui , devenu sourd par l’obstruction du con- | ie 29
duit audilif externe, entendait le son d’une guitare em en plaçant le manche entre ses dents , ou en mettant dans sa bouche l’extrémité d’une baguette qui touchait par Pautre à l'instrument.
lei se termine la partie physique de l’audition, ets :
avec elle, notre savoir. La vibration sonore étant appliquée au nerf, celui-ci developpe l'impression, qui est;la cause occasionelle de la sensation. Dirons-nous que cette action d'impression est trop moléculaire pour tomber.
sous nos sens, et qu'elle ne nous est manifestée que part !
son résultal ? Répèterons-nous que nous ne savons rien d’elle, sinon qu’elle est une action vitale, qu’elle siéges dans le nerf acoustique, est le produit de son activité et qu’elle contient en elle tous les traits relatifs aux qualités diverses des sons ? c'est ce qui est inutile, d’après! ce que nous avons dit à l’occasion des autres sens.
Il vaut mieux parler aussitôt des usages du sens de l’ouie. Sa fonction immédiate est de donner la sensation! des sons ; et, quant à ses fonctions médiates , plus multi-
pliées que celles des deux sens précédens ; elles ont fait! !
mettre ce sens parmi ceux qui, avec le toucher et la! vue, servent prochainement l'intelligence. On peut em
effet , par l’ouie, apprécier la nature des corps, leliew
qu'ils occupent , la distance à laquelle ils sont, la direction dans laquelle ils se meuvent, etc. Ce sens donne assistance à beaucoup de facultés supérieures ; il sert surtout les facultés de la musique et du langage: parlé,
à tel point que, sans lui, ces facultés ne peuvent plus !
être exercées, ou ne le sont plus que d’une: manières
peu sûre et incomplète. Les métaphysiciens même ;-frap=1 !
pés du secours dont est ici le sens de l’ouïe, avaient voulu! lui attribuer ‘exclusivement ces facultés; mais M. Gall
les a victorieusement réfutés , comme on va le voir. Si, en effet, la faculté de combiner les sons d’après des rapports harmonieux , et de manière à constituer une musique , était un produit du. sens de l’ouie, cette faulté devrait être dans les divers animaux et dans les: divers hommes , en raison de la structure de l’ouïe. Or}, cela n’est pas. Dans la généralité des animaux , il en est beaucoup qui ont une ouïe meilleure que l’homme set; cependant aucun ne possède le talent de la musique à:un aussi haut degré. On n’observe dans les animaux aucun rapport entre la puissance et le caractère de leur musi-; que , et la perfection de l’ouie. Par exemple , les oiseaux qui ne chantent pas ont l'oreille aussi fine que ceux qui chantent. Parmi ceux qui chantent ; souvent il n’y a qué le mâle qui ait cet instinct, la femelle en est privée ; dira-t-on que l’oreille de celle-ci est moins parfaite ? Beaucoup de ces oiseaux chanteurs ne le sont que dans la saison des amours; dira -t-on que l'oreille s’est tout à coup excitée à cette époque de l’année, et est ensuite retombée dans son apathie première ? Tous les oiseaux enfin ont l'oreille organisée à peu près sur un même plan, et cependant chacun a son chant propre, qu’il conserve depuis des siècles et conservera toujours. On dira peutêtre que chaque petit oiseau l’apprend de ses père et mère; mais ce ne serait à que reculer la difficulté : il faudrait toujours dire pourquoi chaque oiseau ; à la création, a eu son chant propre. D’ailleurs, beaucoup de faits prouvent que chaque oiseau conserve son chänt au milieu des chants divers qu’il entend autour de lui, et lorsque même il n’entend pas celui de ses parens; un oiseau , éclos par les soins d’une mère étrangère , n’en a pas moins le chant de son espèce ; le coucou , qui va
pondre dans le nid des autres oiseaux, et qui, sans voir jamais ses parens , à cependant leur chant, nous offre un exemple naturel confirmatif des expériences que nous pouvons faire sur ce point. Enfin, on ne voit pas davantage , chez l’homme , que le talent musical soit en raison de la finesse de l’ouïe ; les meilleurs musiciens ne sont
pas nécessairement les hommes qui ont l’ouie la plus dé- |
licate : on a vu souvent des sourds conserver le goût de la musique, en composer; cela s’est vu même de sourds de naissance , de sourds- muets. Les idiots, qui ne peuvent pas apprendre le moindre chant, n’ont-ils pas une ouie parfaite ? On est forcé de conclure de tous ces faits, que la faculté de la musique ne dépend pas du sens de l’ouie, mais qu’elle est une faculté supérieure, pour
l’accomplissement de laquelle seulement l’ouie est ‘un!
instrument secondaire nécessaire.
Il en est de même du langage artificiel parlé. Veuton que les animaux ne le possèdent pas? Mais alors, pourquoi l’ouie qu’ils possèdent , et dont on veut faire
dépendre cette faculté de langage, ne leur en fait - elle:
pas produire un comme chez l’homme ? Veut-on , au con-) |
traire , que les animaux en aient un ? alors, pourquoi avec: un organe d’ouie , organisé à peu près toujours sur un:
même plan, les langages dans les animaux sont-ils si différens? Pourquoi chaque animal a-t-il le sien propre ? D'ailleurs, chez l’homme, cette faculté du langage parlé est elle en raison de la délicatesse de l’ouie ? Les poètes ét les orateurs, par exemple, sont - ils les hommes qui ont nécessairement la meilleure oreille? Que d’idiots qui ont cet organe délicat, et qui néanmoins ne peuvent jamais parvenir à parler ? Il est certain encore que la faculté du langage parlé est une faculté supérieure, intellec-
SENS DE L'OUIE. 989 tuelle , pour laquelle Pouie n’est aussi qu’un instrument, indispensable sans doute , mais néanmoins secondaire, et destiné seulement à rapporter au cerveau des sons auxquels celui-ci seul a attaché des idées. Les langues sont si bien des créations de l'esprit, que, chez tous les peuples et tous les individus elles sont en rapport avec le nombre et le caractère des idées et des sentimens : un peuple, par exemple, a-t-il acquis par la civilisation beaucoup d'idées et de sentimens ? sa langue est riche : un peuple au contraire est-il barbare encore ? sa langue participe de sa barbarie. Un individu pense-t-ilavec force, et sent-il avec énergie ? son langage participe de la grandeur de ses idées , de la vivacité de ses sentimens ; est-il au contraire vide de pensées et d’affections ? il ne parle pas , ou son langage est plat et sans couleur.
Tel est le sens de l’ouïe. Peut-être est-il en certains animaux plus délicat que dans l’homme, à juger par le volume du nerf acoustique , l'ampleur du vestibule et des canaux demi-circulaires , le plus grand développement du limacon, l'ampleur de la caisse du tympan et des cellules mastoïdiennes ,la plus grande mobilité du tympan, et surtout la disposition de l’oreille externe , qui ressemble davantage à un cornet acoustique, et peut mieux se diriger du côté d’où arrivent les sons; mais certainement il a une grande perfection en nous. À cet égard, nous remarquerons que nous pouvons bien apprécier la puissance de ce sens relativement à l'intensité des sons, et cela , en reconnaissant la distance à laquelle les ani
maux entendent ; mais nous ne le pouvons plus , relatitivement au ton et au timbre des.sons. Rien , en effet, nenous assure que les animaux perçoiventtous, sinon les mêmes tons , au moins les mêmes timbres ; et si une or-
ganisation diverse des nerfs gustatif et olfactif a fait trouver des saveurs et odeurs différentes à une même substance , pourquoi une organisation différente du nerfacoustiquene pourrait pas faire trouver aussi des tim: bres différens à un même corps sonore ? Mais nous sommes à jamais dans l'impossibilité de prouver et de récuser ce fait. Cela s'applique aux différences que nous pou vons trouver dans le sens de Fouie parmi les hommes : ces différences tiennent aussi à trois circonstances ; la structure intime du nerf acoustique , la disposition plus
ou moins heureuse de l'instrument acoustique qui est |
au devant de ce nerf, et l’observance ou l’oubli des précautions hygiéniques propres à conserver Forganes
L’ouie , comme tout autre sens , peut être exercée activement ou passivement , et la langue a consacré la différence qui existe entre ces deux modes d’exercice, par les mots écouter et entendre. Quand on en tend , le son vient à l’insu de la volonté affecter l’organe; et quand on écoute, la volonté semble conduire Porgane au devant du son, et le tendre pour qu'il le recoive mieux. Dans le mode actif, ou l’auscultation, il y a plus de parties en action : on approche de l'oreille le corps sonore, ou l'oreille s’avance vers lui ; les muscles extrinsèques et intrinsèques du pavillon se contractent,
pour le porter un peu au devant des rayons sonores#.
agrandir l'ouverture du conduit auditif , etla rendre plus accessible. Cela explique pourquoi il n’y a pas de mus
cle auriculaire inférieur ; c’est qu’un pareil muscle aug: |
menterait la courbure du conduit auditif, ce qui ajouterait à la difficulté qu’ont les sons à y pénétrer. Ba contraction de ces muscles sert aussi à augmenter l’élasticité dupavilion, et peut-être même à le mettre à l’unis-
SENS DE L'OUIE. 5gi son des sons qui lui parviennent. C’est du moins cette mobilité intrinsèque qui rend ce pavillon bien supérieur aux cornets acoustiques artificiels par lesquels on le remplace quelquefois. À la vérité , tout cela est peu prononcé chez l’homme , où toutes ces parties sont rudimentaires , et encore annihilées par l'effet de nos usages sociaux ; mais cela est souvent marqué dans les animaux, chez lesquels l’oreille externe est un grand corpet mû par dix ou quinze muscles, comme dans le cheval, le lapin ,etc. Dans la même vue, il y a peut-être action des muscles des incisures de Santorini. Peut-être aussi est-ce lors del’exercice actif du sens,qu’agit la chaîne des osselets , et que par elle sont tendues les membranes du tympan et de l’ouverture vestibulaire. Il est digne d’être remarqué que l’homme est le seul être qui ais trois muscles affectés à la motion de cette chaîne d’osselets; chez le singe, il n’y ena déjà plus qu’un, et au-delà, ce sont deux corps élastiques qui en remplissent l'office. Enfin , il y a érection du nerf acoustique.
Terminons l’histoire de l’ouïe , en disant que , par la culture , ce sens acquiert aussi plus ou moins de puissance; des sauvages ont l’ouie si fine qu’ils entendent des bruits qui proviennent des plus grandes distances. Les aveugles offrent souvent des exemples de l’ouiïe la plus délicate, parce qu'ils ont été forcés d’apporter plus d'attention à ce sens , et de le cultiver davantage. Du reste on peut perfectionner ce sens relativement à une qualité , plutôt que relativement à une autre ; des musiciens peuvent percevoir les moindres nuances des tons , et avoir l’ouïe assez grossière d’ailleurs ; et c’est une nouvelle preuve que, dans ce perfectionnement des sens par l’éducation, les phénomènes
doivent être rapportés autant aux facultés intellectuelles qu'aux sens eux-mêmes.
$. V. Sens de la Vue.
Ce sens est celui qui nous donne la notion des co&leurs. Son histoire va comprendre également trois objets : l'étude physique de l’excitant extérieur du sens , c’est-à-dire de la lumière ; l’étude anatomique de Porgane de la vue ; et le mécanisme de la vision.
1° Histoire physique de la Lumière.
Un corps est vu, parce qu'il projette dans l’œil des particules d’une matière extrêmement subtile , qu’on appelle lumière. Quelques physiciens , à la vérité, ont
nié l’existence de la lumière , et ont voulu considérer les .
phénomènes qu’on lui rapporte comme les effets d’un mouvement vibratil des corps. Mais le plus grand nombre, remarquant les effets qu’amène l'attraction des divers corps sur la lumière, ainsi que la particularité qu'ont les corps transparens d'attirer et de repousser cette lumière par certaines faces autrement que par d’autres, la considèrent comme une véritable matière, qui seulement est si subtile, qu’elle n’est pas pondérable,
Selon Descartes, cette lumière est un fluide, un éther répandu universellement dans tout l’espace , dont les molécules très-élastiques et très - mobiles sont mises en mouvement par des oscillations intérieures des corps, et qui ainsi impressionnent l'œil, de même queles vibrations sonores impressionnaient l'oreille. Selon Newton, au contraire , cette lumière émane du soleil et des autres
SENS DE LA VUE. 497 stres lumineux , et est versée par torrens sur toute Ja ature , sur tous les corps, qui la réfléchissent à notre vil avec des circonstances diverses , d’où résultent eurs couleurs propres. De ces deux hypothèses, cette lernière est la plus généralement professée aujourhui. Avec la première , on ne conçoit pas comment ous avons la nuit; comment un corps opaque nous érobe la présence des objets , car il semble que les bstacles rapprochés ne devraient pas plus arrêter la luiière qu'ils n’arrêtent les sons; on ne peut expliquer > changement de direction qu’éprouve la lumière , qui asse obliquement d’un milieu dans un autre. Il est rai que l'hypothèse de Weawton a aussi ses difficultés. m se demande comment le soleil n’est pas épuisé par s immenses torrens de lumière qu’il fournit sans cesse : omment cet astre peut imprimer aux molécules de la imière , l’extrême vitesse qui les anime : comment mt de rayons lumineux réfléchis par des milliers de ps , el en mille directions, peuvent se croiser sans : confondre ? Mais encore , tout cela peut s'expliquer , : supposant les molécules de la lumière de la plus exême ténuité, et dans un grand écartement les unes des itres.
Ainsi, d’après Newton , la lumière vient du soleil : et laque corps n’est visible , que parce qu'il réfléchit à ire œil une partie de celle qu’il recoit. Dans sa mare, soit directe , soit réfléchie, la vitesse de cette luière est extrême. On a calculé , d’après des observains relatives aux éclipses d’un des satellites de Jupiter, [Jaites par Roëmer et Cassini, que lalumière emploie minutes 15 secondes pour nous arriver du soleil , pour
recourir les 33 millions de lieues qui nous séparent ) *25
de cet astre ; et qu’ainsi la vitesse de ce fluide est de 72,000 lieues en une seconde. Il en résulte que sur les très-petites distances de notre globe que notre œil peut embrasser , la lumière est apercue aussitôt qu'elle est projetée. On sait en effet que nous voyons la lumière d’une arme à feu, bien avant que d’en entendre l’explosion. Cette vitesse est uniforme dans toute l’étendue de l’espace que parcourt la lumière.
Cette lumière est une matière si subtile, qu’elle n’est pas pondérable, et qu’on ne peut pénétrer sa nature: Cependant elle est composée d’une mfinité de particules différentes ; car elles ont une température et une actign chimique diverses , et surtout font sur l’œil une impression spéciale , lui procurent une sensation de couleur particulière. Si l’on recoit sur un prisme de verre un raÿon de soleil ,on voit ce rayon, qui paraissait blanc d’abord, se partager en beaucoup d’autres qui sont diversement
colorés. Newton, le premier auteur de cette expérience, rapporta d’abord à septle nombre de ces rayons élémen taires de la lumière , et dit qu'ils étaient toujours rangé en cet ordre, en allant de gauche à droite , rouge, oranger, jaune ; vert , bleu, indigo et violet. Quelques physiciens, ensuite , voyant que dans les arts on fait par le mélange de deux couleurs, une nuance intermé: diaire , le vert, par exemple, avec du bleu et du jaune ont réduit à trois les rayons du spectre ; le rouge; jaune et le bleu. Enfin, de nos jours , on croit que ce ayons sont en nombre infini, et aussi multipliés que | sont les impressions diverses qu'ils font sur l’œil. C’est en effet, à cause de l'impossibilité où nous sommes d signaler toutes les nuances, que nous les rapportons quelques couleurs principales. Chacun de ces rayons,e
, SENS DE LA VUE. 399 outre, a une température et une action chimique diflérentes, Des expériences faites par Aochôn d’abord , puis par /erschell, et de nos jours par MM. Wollaston et Berard, ont montré que les rayons du spectre ont une action calorifique d'autant plus grande qu’ils sont plus à gauche , et au contraire une action chimique d'autant plus prononcée qu’ils sont plus à droite. Si l’on place un thermomètre délicat sur chacun des rayons séparés par le prisme , on voit que le rayon rouge est celui qui fait le plus monter l’instrument ; ensuite l’oranger , puis le jaune , et ainsi desuite , jusqu’au violet qui a la température la moins élevée. Si on place une substance chimique très-avide de combinaison sur le trajet de chacun des rayons, on observe que c’est le rayon violet qui exerce le plus d'influence , ensuite le rayon indigo et ainsi de suite, jusqu'au rayon rouge qui agit le moins. La lumière , quelque subtile qu’elle soit , n’est dont pas simple , et est un composé d’élémens divers.
Quelques physiciens ont conjecturé qu’elle n’était autre que le calorique. On sait en effet que la lumière est souvent compagne de la chaleur, et en produit les effets : le soleil tout à la fois éclaire et échauffe ; il en est de même d'un corps en ignition , et de tout corps qui, par cela seul qu’il est élevé à une haute température , dégage de la lumière. Il est sûr que les deux matières exercent également une action chimique sur les corps, en altèrent les couleurs , par exemple ; qu’elles se comportent de même dans les espaces qu’elles parcourent , c’està-dire se meuvent également en ligne droite, sont réfléchies par les corps divers qu’elles heurtent , peuvent être concentrées dans des lieux déterminés selon la disposition des surfaces qui les réfléchissent. On a argué
de ce que les corps noirs , que nous allons dire être ceux qui absorbent toute la lumière, sont plus chauds que les corps blancs , que nous dirons être au contraire ceux qui la réfléchissent toute entière. Schéele dit avoir remarqué qu’un même rayon solaire fait monter plus haut un thermomètre fait avec de l’alcohol coloré , que celui fait avec de l’alcohol blanc, tandis que l’ascension de ces deux thermomètres est égale sous l'influence d’une chaleur non lumineuse. Enfin on a invoqué les expériences d’AÆerschell et autres , qui prouvent que les diversrayons du spectre ont une température différente.
Quoi qu’il en soit de cette opinion , la lumière est dans tout corps en deux états ; ou combinée avec les autres élémens du corps, et faisant partie de sa substance ; ou réfléchie par le corps , lorsqu'elle tombe sur lui, et c’est celle-ci seule qui intéresse la vision. Tout corps visible doit être considéré comme un centre qui projette de tous côtés de la lumière , soit celle qu’il possède quand il est lumineux par lui-même, comme le soleil, un corps en ignition ; soit celle qu'il recoit du soleil, et qu'il refléchit , mais après l'avoir modifiée d’une manière qui détermine les couleurs sous lesquelles nous le voyons.
Lorsqu’en effet de la lumièré blanche arrive à un corps quelconque; celui-ci, ou absorbe tous les rayons qui la composent , ou les réfléchit tous, ou en absorbe quelques-uns et en réfléchit quelques autres ; et c’est de ces différentes modifications selon lesquelles les corps réfléchissent la lumière à notre œil, que résultent les couleurs mille fois variées sous lesquelles ils s’offrent à nous. Un corps réfléchit-il à l’œil toute la lumière qui lui arrive ? ce corps est blanc : ce corps ne refléchit-il que les rayons rouges, en absorbant tous les autres P 1
est rouge , et ainsi des autres couleurs ; enfin ce corps absorbe:t-il tous les rayons sans en réfléchir aucun ? il est noir. Ainsi, la coloration diverse des corps est due aux rayons lumineux que ces corps réfléchissent. Avant la découverte de la décomposition de la lumière , on attribuait la diversité des couleurs des corps, à la diversité des vibrations que ces corps étaient supposés imprimer à la lumière , à peu près comme cette différence entraînait celle des sons; mais cette théorie d’Æuler est tombée, avee l’hypothèse de Descartes sur la nature de, la lumière.
Mais, à quoi les corps doivent-ils de modifier ainsi diversement la lumière qu’ils réfléchissent, et avec tant de variétés ? Newton en assigne comme cause la disposition physique des molécules qui composent les corps ; etM. Berthollet la nature chimique de ces corps, qui est telle qu'ils s’approprient par combinaison certains rayons et ne réfléchissent que certains autres. La première opinion est la plus généralement admise , et permet de concevoir pourquoi l’on peut reconnaître les couleurs au tact. On y admet que , vu l’action d’attraction opérée par tout corps sur la lumière , et de laquelle résulte la réflexion de cette lumière , certains rayons sont perdus dans le corps , tandis que d’autres sont seuls réfléchis. Newton a cherché à démontrer mathématiquement ce fait, en rapportant la coloration diverse des corps , à la même cause qui fait produire des anneaux colorés à la lumière qui traverse des lames minces. M. Thénard cite d’ailleurs, comme expérience confirmative, que du phosphore distillé à sept ou huitreprises, ét conséquemment très-pur , se montre successivement et alternativement , ou transparent, ou d’un blanc jau-
nâtre , ou opaque et noir , selon qu’on le laisse refroidir lentement , ou qu'on le jette brusquement dans l’eau froide: à coup sûr ce phosphore n’a pas changé de nature , et il n’y a de différences que dans le mode d’agrégation de ses molécules. On peut arguer encore de cétte expérience de Brewster, qui à transmis à de la cire noire bien fine, ou à l’alliage de Darcet en fusion, les couleurs vives et brillantes de la nacre de perle, en y produisant mécaniquement l'empreinte de cette nacre de perle. Cependant il est possible que la nature chimique des corps ait ici une influence ; et peut-être faut-il combiner l'opinion de M. Berthollet avec celle de Newton.
D'ailleurs, pour la solution entière de cette question, il faut remarquer que les corps, dans leurs rapports avec la lumière qui leur arrive, se partagent en deux classes; les opaques , c’est-à-dire qui ne laissent pas passer au travers d’eux la lumière ; et les transparens ou diaphanes, à travers lesquels au contraire la lumière passe. Ces derniers se subdivisent même en ceux qui laissent passer en entier la lumière , et qui sont incolores ; et ceux qui ne laissent passer qu'un certain nombre de rayons, et qui présentent alors les couleurs auxquelles peut donner naissance la lumière non interceptée. H n’est pas facile d’indiquer ce qui fait précisément l’opacité ou la transparence d’un corps ; cela ne tient pas à son épaisseur , car une feuille mince de métal est opaque , etune masse épaisse de verre est diaphane. Newton en accuse encore la disposition physique des molécules des corps, et celle des intervalles qui les séparent. Un corps est tout-à-fait transparent, selon ce savant , quand les intervalles qui séparent les molécules de ce corps ,
SENS DE LA VUE. 599 sont assez grands pour que la lumière le traverse sans que les molécules du corps la partagent, et exercent sur elle une attraction supérieure à celle qu’exerce le milieu quelconque qui remplit ces intervalles. Un corps'au contraire est opaque en entier ou en partie , quand la lumière en le traversant est plus attirée par ses molécules composantes , que par le milieu quelconque qui remplit les intervalles de ces molécules ; alors les rayons qui la composent sont séparés; plusieurs sont absorbés , perdus dans le corps; les autres sont réfléchis , et la lumière ne parvient pas au-delà de lui. Ainsi s'explique pourquoi un corps, tout en étant transparent , peut cependant avoir sa couleur propre dont il teindra les corps qu’on verra au travers de lui : c’est que la disposition physique de ses molécules composantes est telle, qu’elle séparera les rayons élémentaires de la lumière , et qu’absorbant les uns , elle ne laissera traverser que les autres. Faisons rémarquer qu'il n’y a pas de corps, quelque diaphane qu'il soit, qui ne réfléchisse quelques rayons, sinon ce corps ne serait pas vu , et serait perdu dans le milieu qui lénvironne.
‘Toutefois les divers corps de la nature sont susceptibles de nous présenter mille nuances , sous le rapport du mode selon lequel ils réfléchissent la lumière , nuances dont on ne peut juger à priori ; et de là résulte que les couleurs ne sont pas moins diverses et nombreuses , que l’étaient les saveurs et les odeurs.
Mais la lumière qu’un corps quelconque réfléchit, a un certain espace à parçourir avant d'arriver à l'œil; et, dans ce trajet, peuvent se produire divers phénomènes , qu'il faut que nous connaissions. D'abord, on appelle milieu, cet espace quelconque que la lumière
traverse , depuis le corps qui la projette, jusqu’à l'œil, Ensuite, il peut arriver dans ce trajet trois choses : ou que la lumière ne trouve aucun obstacle, et, pendant tout le trajet, se meuve en un même milieu ; ou qu’elle rencontre, dans ce trajet, un corps opaque qui l’arrête, ou même la réfléchisse ; ou bien, enfin , qu’ellé traverse des milieux de nature et de densité différentes , qui la dévient de sa direction première en la réfractant.
Relativement au premier cas, nous n’avons d’autre fait à établir que celui-ci : la lumière qui rayonne d’un corps quelconque , se meut toujours en ligne droite. En effet, le rayon de soleil qui pénètre dans une chambre obscure suit une ligne droite apercevable à l’œil : il suffit que le plus petit corps opaque soit placé sur la direction d’un rayon lumineux , pour qu’on cesse de voir l’objet dont ce rayon émane; et, au contraire, la plus petite fente, dans la direction de ce rayon, le laisse apportier l’image de l’objet. De cette vérité physique incontestable , il résulte que tout corps visible est comme le centre d’une sphère lumineuse, et projette , de tous les points de sa surface, des rayons qui sont d’autant plus nombreux qu’on est plus près de ce corps , et qui le sont d’autant moins, qu’on en est plus loin , et que le milieu qu’a traversé la lumière , avant d’arriver à l’œil , en à plus intercepté dans le trajet.
Il n’y a guère plus de détails à donner sur la lumière réfléchie. Quand la lumière trouve dans son trajet un corps opaque, si ce corps est hérissé d’aspérités, il s’approprie une partie des rayons lumineux, réfléchit les autres; et ceux-ci n’apportent à l'œil que l’image du corps réfléchissant, et non celle du corps dont ils émanaient auparavant : mais, si ce corps est lisse et poli, il
SENS DE LA VUE. PACE ne s’approprie aucuns rayons , il les réfléchit tous également , de sorte qu’alors ils apportent l’image , non de ce corps réfléchissant, mais celle du corps duquel ils émanaient primitivement. Or, le premier fait rentre dans ce que nous avons dit sur la coloration des corps, et nous n'avons à nous occuper que du second, La physique a consacré, à son égard , le principe suivant: c’est que le rayon incident et le rayon réfléchi sont l’un et l’autre contenus dans un même plan perpendiculaire à la surface réfléchissante, et forment des angles égaux avec la normale au point d'incidence. On sait, en effet, que quand on se regarde dans une glace , les rayons lumineux qu’on projette , au lieu de traverser la glace, sont réfléchis par elle vers l'œil, sous un angle égal à celui selon lequelils lui arrivaient; et, qu’ainsi, on se voit derrière la glace à une distance égale à celle dont on en est séparé par devant , et avec les mêmes formes. Du reste , les causes de cette réflexion , et les modifications qu’on trouve dans image des objets, en raison de la forme convexe ou 'concave de la surface réfléchissante , sont sans intérêt pour le mécanisme de la vision, et, par conséquent,
peuvent être négligés ici.
Au contraire, la dioptrique ; ou l’étude de la lumière réfractée , est d’une application prochaine à notre objet. Jamais, dans le trajet que la lumière parcourt d’un corps quelconque jusqu’à l'œil, cette lumière ne s’en-
gage dans des milieux de densité et de nature différentes,
sans qu’elle éprouve aussitôt une déviation, qu’on ap-
pelle réfraction. L’attraction que les diverses substan-
ces, à raison de leur densité et de leur nature, exer-
cent sur la lumière , paraît en être la cause. Si lermilieu
est plus dense et d’une nature chimique telle, qu’il atj: 26
tire plus la lumière , celle-cise meut avec plus de vitesse, et décrit une ligne intermédiaire à celle de sa direction primitive et à celle que l'attraction seule lui ferait parcourir, et par conséquent plus rapprochée de la perpendiculaire. L’inflexion a lieu avant l’immersion de Ja lumière dans le milieu nouveau , et quelque temps encore après qu’elle en est sortie. La physique a consacré ici deux lois bien importantes : 1° l’une est que le rayon incident et le rayon réfracté sont toujours compris dans un même plan normal à la surface commune des deux milieux ; 2° l’autre est que le sinus de l'angle de réfraction est, au sinus de l’angle d'incidence , dans un rapport qui est toujours constant pour les mêmes milieux, quelles que soient les incidences. Du reste, deux circonstances influent sur la force réfringente d’un milieu quelconque: 1° Sa densité : si la lumière passe dans un milieu plus dense, les rayons sont rapprochés de la perpendiculaire menée au point de contact; si elle passe dans un milieu plus rare, c’est le contraire, les rayons s’éloignent de la perpendiculaire. Il n’est question que des rayons dont l'incidence est oblique, car les rayons perpendiculaires se trouvant dans la perpendiculaire même, ne peuvent s'en rapprocher, ni s’en éloigner davantage, et conséquemment doivent passer sans changer de direction:
2° Sa nature : il est d'observation qu’un milieu réfracte
d'autant plus la lumière, qu’il est plus combustible
Newton avait préjugé que le diamant et l’eau contenaient
des élémens combustibles , par l’observation seule de la,
grande puissance réfringente de ces corps. MM. Biotet
Arrago ont vérifié cette assertion sur un grand nombre À de corps , hydrogène, l’ammoniaque, etc. Du reste, \
chaque corps a , relativement à sa nature chimique , une
SENS DE LA VUE, 403 puissance réfringente propre , et que l'expérience seule peut constater et faire calculer.
Comme la réfraction commence avant l'immersion de la lumière dans le milieu nouveau , et se continue après son émersion de ce milieu , on conçoit que la figure du corps réfringent doit avoir une influence sur les effets de la réfraction. Le milieu réfringent a-t il des surfaces planes et parallèles? la réfraction qu’a éprouvée la lumière, en y entrant, est corrigée par celle qui a lieu quand elleen sort ; lesrayons incidens et émergens sont, non placés sur une même ligne droite, mais au’moins parallèles ; et, bien qu'ils soient séparés par un intervalle qui dépend de l'épaisseur du corps réfringent et de l’obliquité de la lumière incidente, les rayons ne paraissent pas avoir été dérangés de leur direction primitive : c'est ce qui est, par exemple, pour les objets que nous regardons à travers les vitres de notre appartement. Le milieu réfringent a-t-il , au contraire , des surfaces planes, mais inclinées ? la réfraction éprouvée à la sortie , loin de corriger celle éprouvée à l'entrée , s’y ajoute , et les rayons sont dérangés de leur direction d’une quantité qui égale la somme des deux réfractions. Le milieu réfringeñt a-t-il des surfaces convexes ? les rayons éprouveront des réfractions telles, qu’ils iront converger en arrière du milieu réfringent en un point qu'on appelle foyer , qui sera d’autant plus rapproché, que la divergence des rayons incidens sera plus petite, et par conséquent que le point lumineux sera plus distant. Le milieu a-t-il des surfaces concaves ? les rayons lumineux sont écartés; ils éprouvent des réfractions telles, que si on en cherchait le point de réunion , ou le foyer, celui-ci
se trouverait au devant du verre concave. Ges deux der- 26*
niers eflets sont faciles à expliquer : comme c’est la perpendiculaire menée au point de contact, qui est le point de départ, pour le rapprochement et l’écartement des rayons, et qu’il est impossible que les perpendiculaires soient les mêmes pour tous les points des surfaces convexes et concaves, on conçoit que les rayons doivent se trouver , ou plus convergens, ou plus divergens , quand ils ont traversé un milieu réfringent de l’une ou l’autre forme.
Toutefois , la physique a prolité de ces faits pour construire des instrumens propres à modifier les rayons lumineux, de manière à changer le lieu où sont vus les corps , augmenter leurs dimensions , ou les obtenir plus éclairés, afin qu’on puisse les voir, quoique très-petits et très-éloignés : elle emploie pour cela des verres concaves et convexes. À l’égard de ces derniers, faisons remarquer que les rayons lumineux ne se réunissent jamais tous au même foyer, et cela à cause de leur courbure. En effet, chaque rayon réfracté devant faire avec la normale au point d'incidence, le même angle que le rayon incident , il est évident que si ceux des rayons qui frappent à la même distance du centre de figure de la lentille, celle-ci étant supposée d’une courbure sphérique, se réunissent au même foyer, il ne peut en être de même de ceux qui tombent plus près ou plus loin de ce centre de figure ; car , l’angle qu’ils forment avec la normale, au moment de leur incidence, étant plus petit ou plus grand , ils doivent, après leur réfraction, aller passer par un point plus rapproché ou plus éloigné du centre de figure. Aussi , les corps convexes tracent-ils les imases des corps sur un cercle d'autant plus grand , qu’ils sont plus convexes. C'est là un inconvénient qu’on ap-
SENS DE LA VUE. 409 pelle aberration de sphéricité, qu’on n'évite qu'en employant deslentilles d’un très-petit nombrede degrés ; et, c’est pour obvier autant.que possible à cet inconvénient , que les opticiens placent toujours à la surface des verres convexes qui existent dans leurs instrumens , des diaphragmes qui, en recouvrant une partie de la lentille, en diminuent l’étendueet la courbure.
Enfin , une dernière remarque à faire , et qui est bien importante , c'est que les différensrayons quenous avons vu composer la lumière, cèdent inégalement à la puissance réfringente des milieux qu’ils traversent : c’est le rouge qui cède le moins ; puis l’oranger, le jaune, le vert, le bleu , l’indigo; et, enfin, c’est le violet, qui est le plus réfrangible. C’est même à cause de cela que ces rayons se sont séparés-dans l'expérience du spectre solaire de Newton. I] résulte de là que jamais la lumièré n'éprouve une réfraction, sans qu'il y ait en même temps dispersion de ses rayons, et que l’image des objets ne soit teinte des couleurs de l’arc-en-ciel. C’est Rà un second inconvénient , qu’on appelle aberration de réfrangibilité, et auquel on cherche à remédier dans les lunettes par ce qu’on appelle l’achromatisme. Get achromatisme consiste à combiner les verres de l'instrument, de manière que leur puissance dispersive se compense, et que malgré la réfraction , l’objet soit vu avec ses couleurs propres. Newton désespéra long-temps de pouvoir l'obtenir, parce qu’il croyait que la lumière, en traversant un corps réfringent , subissait toujours une dispersion proportionnelle à sa réfraction. Mais, depuis ce grand homme , les physiciens ont trouvé que, certains corps, en réfractant la lumière autant que d’autres , ne Jui faisaient pas éprouver une dispersion égale :
de sorte qu'en combinant ces corps entre eux , on pou: vait obtenir de la lumière blanche, quoique réfractée. Dans nos arts, on ne peut parvenir à avoir un achromatisme absolu; on accorde seulement autant de rayons que l'instrument a de verres ; et, généralement , ce sont les rayons extrêmes ; deux, trois rayons , s’il y a deux, trois verres. On n’emploie guère plus de trois verres, parce que la lumière serait trop affaiblie , et qu'il y aurait trop de diffusion sur les foyers.
Telles sont les notions physiques sur la lumière , qu’il importait de rappeler : le reste de l’histoire de ce fluide est étranger à notre sujet.
2° Anatomie de l'organe de la Vue.
L’organe de la vue est l’œil. Dans quelques animaux, les insectes , par exemple, il est multiple; c’est-à-dire qu'il y a beaucoup de petits yeux immobiles placés les uns à côté des autres. Dans d’autres animaux, au contraire , l'organe est simple, c’est-à-dire réduit à un seul
point sentant ; mais alors il est mobile , et peut être di-.
rigé dans tous les sens d’où peut venir la lumière. Quelquefois cet œil consiste en une simple capsule, recevant dans son intérieur l'expansion dernière du système nerveux de la vue , et communiquant à l'extérieur par une lame cornée transparente, à travers laquelle arrive la lumière : à cet état de simplicité, on peut croire, avec M. de Blainville, qu'il n’est encore qu’un bulbe depoil, qui s’est modifié pour la nouvelle fonction qu'il avait à remplir. Dans les animaux supérieurs, ilest beaucoup plus compliqué ; et c’est surtout alors qu’on peut faire en lui la distinction des deux parties que nous avons dit exister en tout organe de sens, une partie nerveuse profonde
SENS DE LA VUE. 407 qui développe l'impression sensitive, et un appareil antérieur, qui est ici un instrument de dioptrique, où tout est calculé d’après les lois physiques de Ja propagation de la lumière.
Chez l'homme , l’organe de la vue est simple, mais double : chaque œil est placé à la partie postérieure et antérieure de la face, l’un à droite , l’autre à gauche, dans un lieu d’où il peut facilement dominer les objets. Dans son étude anatomique , on distingue :171° l'œil proprement dit; 2° et les parties accessoires, qui servent à le loger, le mouvoir, le protéger et le lubrifier:
De l’OEil proprement dit.
L’œil, dans l’homme , a une forme presque sphérique , si ce n’est qu’il présente, en avant, une säillie formée par une de ses parties qu’on appelle cornée, et qu’on verra être comme le premier verre de Finstrument. On peut en tout le comparer à un instrument de diôptrique , une lunette ; et, la description de ses parties constituantes, faite d’après cette Comparaison , serà tout à la fois plus aisée à comprendre , et plus physiologique en ce sens qu’elle fera pressentir le mécanisme de la vision. Ainsi, toute lunette $e compose : 1° d’un cylindre de carton, ou d’une autre matière, qui toujours est composé de plusieurs pièces qui peuvent entrer les unes dans les autres, et qui forme la charpente de l’instru- ment; 2° d’un certain nombre de verres ou concaves ou convexes, placés les uns à la suite des autres dans ce cylindre de carton , depuis son ouverture antérieure jus* qu’à son ouverture postérieure , et destinés à réfracter d’une. certaine manière les rayons lumineux , et à les réunir à des foyers déterminés ; 3° enfin , d’une cloison
médiane. de carton , percée d’un trou dansson centre, appelée diaphragme , et, placée généralement près d’un verre convexe dans. l’intérieur de la lunette , dans la vue de diminuer la surface de ia lentille ‘qui est accessible aux rayons lumineux , et d’amoindrir l’aberration de sphéricité. L'intérieur du tube et ce diaphragme sont colorés de noir, afin d’absorber les rayons obliques qui ne.servent pas à la vision, et d'empêcher qu'ils causent de la confusion, :
Or, tout, cela existe dans le globe de l'œil : d’abord trois membranes superposées les unes aux autres constituent les parois , la charpente de l’instrument , la sclérotique , la choroïde et la rétine. Cette dernière , qui est la plus intérieure, est la partie nerveuse que doivent impressionner les rayons lumineux. Ensuite de l’ouver.ture antérieure de l'instrument à son fond, sont placés successivement quatre Corps réfringens, les uns convexes, les autres concayes, et qui réunissent les rayons à des foyers déterminés ; savoir : la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps vitre. Enfin, dans l intérieur de l œil , près la surface antérieure de l’une des lentilles, le cristallin , ilexiste un diaphragme, l'iris, percé d” un trou dans son centre, la pupille. Exposons avec détail chacune de ces parties.
1° Des, trois membranes qui À placées | d’une manière concentrique les unes sur les. autres, forment les parois de l'instrument , la sclérotique est la plus extérieure. Blanche , dense, fort résistante , donnant à l’organe sa solidité et sa forme , elle a la figure d’une uÉre creuse qui est tronquée en devant. En be elle correspond à l'orbite , et c’est à elle que s s’attachent les muscles propres de l'œil. En dedans , elle offre une concavité qui
est tapissée par la choroïde , à laquelle elle: est faiblement unie: par des vaisseaux , des nerfs , et un tissu lamelleux de couleur brune. En arrière , et un peu en dedans, elle est percée d’un trou pour le passage du nerf optique. En avant elle offre une ouverture, dont le diamètre est de 6 lignes , un peu plus large en travers que de haut en bas, dont le contour est taillé en biseau aux dépens de la face interne , et dans laquelle est encadrée la, cornée. Formée d’une seule lame:chez l’homme adulte, elle est de Ja nature des fibreuses ou albuginées. On l’a dite un prolongement de la portion de dure-mère qui accompagne le nerf optique, tandis que:la choroïde proviendrait de la pie-mère , et la rétine de la pulpe même du nerf. Mais c’est là un point débattu encore en anatomie, | et qui ne doit pas nous occuper. 1 La choroide est une membrane d’un brun foncé, molle, mince, essentiellement vasculaire , d’où le nom de choroïde qu’on lui a donné, et placée au-dessous de la sclérotique qu’elle tapisse en entier, et dont elle a conséquemment la forme et l’étendue. Convexe en dehors et du côté de la sclérotique , elle est concave en dedans , et tapissée de ce côté par la rétine, qui ne lui, adhère pas , et ne participe pas de sa couleur brune. En arrière est un trou pour l'entrée du nerf optique;-et en ayant une ouverture placée au niveau de celle de la sclérotique, et dans laquelle est encadrée l'iris. On ne peut pas, quoi qu'on en ait dit, la dériver de la pie-mère, comme on dérivait la précédente de la dure-mère ; mais elle résulte de l’entrelacement des artères et veines ciliares , longues et courtes. Ces vaisseaux forment même deux plans : un antérieur, constitué par les artères, et un postérieur par les veines ; d’où, la distinction à la cho-
ao FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.
roïde de deux lames, à la plus interne de laquelle Ruisch le fils a donné lé’nom de membrane ruischienne. I est d’autant moins possible de méconnaître cette distinction, qui cependant chez l’homme n’est réelle qu’en arrière, que , chez les poissons, les deux feuillets sont séparés par un corps assez gros que les uns ont dit être un muscle , et que M. Cavier considère Comme une glande. Cette choroïde est imprégnée d’un enduit brunâtre qu’elle exhale, et qui, plus abondant # là face interne qu’à l'externe , et en avant qu’en arrière , est du même genre que celui qui constitue la matière Coloränté de la peau ;'il manque dans Îles individus appelés @lbinos. En dehors de l’entrée du nerf optique, à Choroïde offre en quelques animaux une place qui $é distingue par une autre couleur , par une couleur qui ést généralement éclatante, Inais ve est diverse en chaque espèce : celte place est ce qu'on appelle le tapis. !
Enfin, la rétine tapisse la choroïde, et a la même
étendue et la même forme. C’est une membrane molle, mince, pulpeuse, grisâtre, et qui, formée principalement par l'expansion dernière du nerf optique, revêt toute la paroi interne de l'instrument , et est la partie principale du sens. Gonvexe en dehors, et du côté de la choroïde , elle est concave en dedans, ét embrasse de ce
côté le corps vitré, auquel elle n’adhère nullement. En
arrière , elle recoit le nerf optique ; en avant, elle se termine vers l’ouverture de la choroïde, formant là une espèce de bourrelet , duquel part une lame extrêmement fine, qui se réfléchit sur les procès ciliaires, s’enfonce dan leurs intervalles , et parvient jusqu’au cristallin. À deux lignes en dehors du nerf optique , on voit sur la face interne de la rétine , dans la direction même de l'axe de
nn To
SENS DE LA VUE. Aa
l'œil, une tache d’un jaune assez foncé, de l’étendue d’une ligne, entourée de plusieurs plis vagues, et percée d’un trou dans son centre. C’est ce qu’on appelle la tache jaune de Sœæmmering. La rétine est un réseau formé par quelques vaisseaux et les derniers filets du nerf optique. Les vaisseaux en sont la moindre partie ; ils proviennent de lartère centrale de Zinn, qui arrive à Pœil placée dans le centre du nerf optique ;, et qui , avant que son tronc traverse directement lé corps vitré , donne latéralement des rameaux qui forment le lacis de la rétine. Les filets du nerf optique sont la partie principale : longtemps l’origine de &e nerf fut rapportée à la partie de l’encéphalé qu’on appelle couches optiques. M. Gall’ a prouvé que cette origine était à la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux; il a, en effet , suivi les nerfs optiques jusque BR, et au-delà de la couche optique. Il n’y à d’ailleurs nulle proportion de volume dans les anïmaux entre la couche optique et le nerf optique; les altérations de ces parties ne sont pas réciproques; et enfin , les filets fourpis par les couches optiques ne suüivent pas la même direction que ceux du nerf optique. De la paire antérieure des tubercules quadrijnmeaux , les nerfs optiques se portent vers les couches de ce noïn , ÿ adhèrent , puis les contournent , et se renforcent par de nouveaux filets que leur fournissent deux ganglions appelés , lun le corpus geniculatum externum , et l'autre le tuber cinereum. Continuant alors de se porter en avant du côté de l'œil, chaque nerf vient se confondre avec celui du côté opposé sur ce qu’on appele la selle turcique. Les anatomistes sont ici en dissidence; selon les uns , les deux nerfs ne font en ce lieu que communiquer; selon d’autres , il se fait un mélange complet des deux ;
selon quelques-uns, enfin, il y a entre-croïsement , et le nerf optique droit va à l’œil gauche, et le nerf optique gauche à l’œil droit. L’anatomie comparée et les affections pathologiques fournissent presque autant de faits pour l’une que pour l’autre de ces opinions. Au-delà de ce lieu , les nerfs se séparent, et chacun va , par le trou optique , se rendre à l'œil. Chacun traverse la sclérotique , la choroïde , et se termine au milieu de la rétine par une sorte de tubercule tronqué, dont la couleur blanche contraste avec la couleur grise de la membrane. Là, les filets qui les composent , semblent s'exprimer à trayers une membrane criblée de pores , qui boucherait le trou par lequel la sclérotique leur donne passage. De ces élémens , résulte une membrane qui paraît composée de deux feuillets, mais siunis qu’on peut diflicilement les séparer; un externe, médullaire et pulpeux ; et un interne , fibro-vasculaire, servant de soutien au premier et appelé arachnoïde. M. Ribes dit que le nerf optique se distribue dans la rétine, comme les nerfs olfactifet acoustique dans les membranes pituitaire, et labyrinthique.
2° Les parties qui, dans l'œil, remplissent l'office de corps réfringens , sont, ou des membranes diaphanes ; ou des fluides diaphanes renfermés dans des capsules qui leur donnent une figure fixe. Dans nos instrumens artificiels , on n’emploie pour cet effet que des parties solides, des verres ; mais on concoit qu'on pourrait employer également des liquides. Ges parties sont de devant en arrière , la cornée , l'humeur aqueuse , le cristallin et le corps vitrée. È
La cornée est une membrane diaphane , convexe en devant, de forme à peu près circulaire, enchâssée dans l'ouverture antérieure de la sclérotique, fermant en de-
SENS DE LA VUE. 415 vant la cavité de l’œil dont elle est comme le premier verre , et faisant une avance au devant de cet organe, parcequ’elle est comme un segment d’une sphère plus petite surajoutée à une plus grande. À son encadrement dans la sclérotique, elle adhère intimement à cette membrane ; long- temps même on la considéra comme en étant une bu : ; mais elle s’en sépare par la macération , et ce sont certainement deux membranes bien distinctes. Sa face antérieure est convexe , et couverte d’un enduit muqueux particulier, qui est défendu luimême par un épiderme ; la conjonctive , qui est là trèsténue, la revêt aussi. M. Ribes, cependant, nie ce dernier fait, et dit que la conjonctive ne dépasse pas sa eirconférence. Sa face postérieure est concave, et borne un petit espace compris entre la cornée et l'iris , et qu’on appelle {a chambre antérieure de l'œil. Dans son organisation , elle présente six lames minces , transparentes, superposées les unes aux autres, et unies entre elles par une cellulosité serrée. Ces lames ont été comparées à de la corne , d’où le nom de cornée que porte la membrane; elles n’ont ni nerfs, ni vaisseaux; mais entre elles est épanchée une sérosité. Elles sont moins serrées antérieurement que postérieurement , et plus épaisses au centre de la cornée que sur ses bords. Dans les animaux , la densité et la convexité de la cornée ont été calculées d’après le milieu dans lequel vit Panimal , et l'état des autres corps réfringens de l’œil; la convexité est d'autant plus grande , que le milieu dans lequel vit Panimal est plus rare, et au contraire d’autant moindre que le cristallin , autre corps réfringent de l’œil , est plus sphérique.
L'humeur aqueuse est un fluide transparent , légère-
l14 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.
ment visqueux , semblable à de l’eau gommée; qui remplit tout l'intervalle compris, entre la cornée qui est en avant et le cristallin qui est en arrière; espace que l'iris sépare en deux parties appelées les chambres de l'œil , et qui est fort peu étendu , puisque le cristallin est presque au niveau de l'ouverture antérieure de la choroïde, Cette humeur est contenue,ou dans une membrane propre , ou dans le vide formé par les parties circonvoisines. La plupart des anatomistes , en effet , admettent qu'une membrane très-mince et transparénte tapisse toute la chambre antérieure de l'œil , mais sans jamais pénétrer à travers la pupille dans la postérieure , et fournit par exhalation l’humeur dont il est ici question. M. Æibes seul nie l’existence de cette membrane , et fait provenir l’humeur aqueuse de l'humeur vitrée, comme nous le dirons ci-après, Quoi qu'il en soit , cette humeur a une figure fixe, qui est celle de l’espace qu’elle remplit; elle est un peu convexe en avant, et concave en arrière, Sa quantité est de cinq à six grains ; sa pesanteur spécifique , suivant Cheneviæ, est de 1,0005 ; et sa composition chimique, suivant M. Berzelius , offre : eau , 98,10; albumine un peu , muriates et lactates , 1, 15; soude ayec une matière soluble dans l’eau seulement, 0,79.
Le cristallin , ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec un cristal, est une lentille diaphane , moins convexe en avant qu’en arrière, ayant une étendue de seize lignes dans sa grande circonférence, une épaisseur de deux lignes et demie à son centre, et situé entre l'humeur aqueuse et le corps vitré , à la réunion des deux tiers postérieurs de l'œil avec son tiers antérieur. Logé à dans une concavité que présente en de-
SENS DE LA VUE, 419 vant le corps vitré , dont la membrane propre s’est dédoublée en cet endroit pour l’envelopper , il adhère à celle-ci en avant, mais non en arrière et dans le pourtour: et dans ce pourtour , règne un canal , dit de Petit , ou goudronné. Le cristallin se compose d’une capsule qui le forme , et du cristallin lui-même ; 1°, la membrane capsulaire ne doit pas être confondue avec la membrane du corps vitré ; on les sépare l’une de l’autre par une insufllation d'air dans le canal de Petit. Elle est un sac sans ouverture, contenant dans son intérieur le cristallin ; dans le tissu duquel elle n’envoie aucuns prolongemens , et qui est libre dans sa cavité. Constamment mouillée de ce côté par une humeur légèrement visqueuse, transparente , plus abondante en avant qu’en arrière , dite kumeur de Morgagny, qui selon les uns est . exhalée par elle , selon d’autres transude du cristailin , et que l’on suppose destinée à prévenir Le dessèchement de ce corps ou à le faire’ croître, cette membrane est fort dense , surtout à sa partie antérieure , ct paraît être de même nature que la cornée. Elle est moins sujette à perdre sa transparence que le cristallin proprement dit; et lorsque cela arrive, cela constitue la cataracte dite lœiteuse ou membraneuse. À sa partie postérieure, elle reçoit la terminaison de l'artère centrale de Zinn, et, èn avant , quelques ramifications des vaisseaux des procès ciliaires : M. Ribes , cependant , nie le premier fait ; c’est elle qui sécrète le cristallin. 2° Celui-ci est un corps lenticulaire inorganique , plus dur à son centre qu'à sa circonférence, formé par un assemblage de lames ellipsoïdes concentriques superposées , et sécrétées par la membrane capsulaire , comme l’est la
matière osseuse des dents par le bulbe intérieur, Les couches intérieures sont ‘plus dures et plus difficilés à séparer , que les couches extérieures; à cause de cela, le cristallin semble composé de deux couches, une exiérieure molle, et une centrale faisant noyau ; mais la nature de ces diverses couches est la même. Les postérieures sont aussi plus épaisses; ce qui rend la face postérieure de ce cristallin plus convexe, et ce qui fait paraître ce corps comme composé de deux segmens. Quelques fibres se détachent d’une lame pour se porter à celle qui est au-dessous , et constituent le sèul moyen qui unisse ces couches entre elles. Jadis on les avait considérées comme des fibres musculaires destinées à faire varier la convexité du cristallin: C'henevix dit que la pesanteur spécifique du cristallin de l’homme est de 1,0790 ; il pense que sa nature chimique est albumineuse, et ne diffère de celle de l'humeur aqueuse que par de plus grandes proportions d’albumine et de gélatine, et par l'absence des matières salines. Mais M. Berzeliusle nie, et assigne à ce corps pour élémens : eau, 58,0; matière particulière fort analogue à la partie colorante du sang , 55,9; muriates , lactates et matière animale soluble dans l’alcohol , 2,4 ; matière animale soluble dans l’eau seulement , et quelques phosphates, 1,5 ; enfin, portion de la membrane capsulaire qui reste insoluble , 2,4. Probablement , il ne recoit aucuns vaisseaux , ce qui du reste a été le sujet de grands débats. La plupart des anatomistes le disent inorganique. Quelques -uns mettent en doute cette assertion , et arguent de l’opacité que ce cristallin revêt quelquefois, de la plus grande densité qu’il acquiert naturellement par l'âge ; ils con-
SENS DE LA VUE. 417 jecturent, par exemple , que la cataracte succède à une inflammation de ce corps. Sa convexité est généralement en raison inverse de celle de la cornée.
Enfin , le corps vitré est une masse molle , parfaitement transparente , ainsi nommée à cause de sa ressemblance avec du verre fondu , et qui remplit tout l’espace compris entre le cristallin et la rétine, c’est-à-dire les trois-quarts postérieurs de l’œil. IL faut étudier en lui sa membrane propre , et l'humeur vitrée elle-même. La première , appelée membrane hyaloïde, est très-mince et transparente ; non-seulement elle circonscrit de toutes parts le corps vitré, mais elle fournit intérieurement des prolongemens qui le partagent en cellules. Ces cel- Jules ont une figure et une grandeur variables, communiquent entre elles, et sont plus grandes à la partie postérieure qu’en avant. Nous avons mentionné ; et le dédoublement que présente en avant ceite membrane hyaloïide pour enchässer le cristallin ; et le canal de Petit, qui règne au pourtour de ce dédoublement , et qui , selon M. Jacobson , est garni de trous qui font communiquer ce canal avec la cavité de l'humeur aqueuse. Elle recoit ses vaisseaux de l’artère centrale de Zinn , et sécrète elle-même l'humeur vitrée qui la remplit. Celle-ci est un fluide visqueux , transparent, albumineux , semblable à de l’eau gommeuse : sa pesanteur spécifique est, selon M. Wicolas, de 1 ,0009 ; et M. Berzelius lui assigne pour élémens : eau, 98,40 ; albumine , 0,18 ; muriates et lactates, 1,42 ; soude, avec une matière animale soluble dans l’eau seulement, 0,02. Sa quantité, proportionnée au volume du corps vitré, n’est guère moindre de 100 grains. Le corps vitré a une figure fixe : concave en avant, il est convexe en arrière; et, de ce côté , par | 4 27
lequel il touche à Ja rétine , il n’est uni. à cetle membrane que par l'artère centrale de Zinn.
3 Enfin, il existe dans un point de la cavité de l'œil, un diaphragme analogue à celui que l’on voit dans les lunettes artificielles : c’est la membrane iris ou uvées Cetie membrane, plane , circulaire, percée d’un trou dans son centre , encadrée dans l’ouverture antérieure de la choroïde , et placée dans l'épaisseur de l'humeur aqueuse , un peu au devant du cristallin , partage l'intervalle compris entre la cornée et le cristallin et que remplit l'humeur aqueuse, en deux parties : l’une antérieure , plus grande , appelée chambre antérieure de l'œil ; l'autre postérieure, plus petite, appelée cham bre postérieure de l'œil. En avant , elle offre les couleurs qui caractérisent les divers yeux, couleurs auxquelles elle doit son nom d’iris, qui varient, et généralement sont partagées en deux cercles, dont l’externe est plus pâle. En arrière, elle est enduite d’un pigmentum noir, auquel elle doit son nom d’uvée. Ce pig= mentum , et la matière colorante de la face antérieure
sont exhalés par la membrane, et du même genre que.
la matière colorante de la peau. À son centre, est une ouverture appelée pupille ou prunelle, qui fait com muniquer les deux chambres de l'œil et permet à l'humeur aqueuse de les remplir, et qui laisse arriver les rayons lumineux au cristallin ; susceptible de se dilater et de se rétrécir, cetie ouverture varie à chaque instant dans ses dimensions. La texture de cette membrane a été, et est encore un grand sujet de controverse. Long-iemps on supposa en elle des fibres musculaires , propres à éxécuter la dilatation et le resserrement du trou pupils laire ; savoir, des fibres musculaires disposées en cercle
#ütour dé la pupille , et d’autres fibres qui s’attachaient perpendiculairement aux premières. M. Maunoir , de Genèvé , a récemment encore soutenu cette opinion. Mais la plupart des anatomistes disent cette membrane essentiellement vasculaire et nerveuse , et en concoivent ainsi la disposition : les vaisseaux etnerfs ciliaires, après avoir rampé entre la sclérotique et la choroïde , et être arrivés à l'ouverture antérieure de cette dernière mem brane , se portent à droite et à gauche le long de cette ouverture pour former un premier cercle vasculaire et nerveux , qui est le commencement de la membraneiris ; de la convexité de ce premier cercle naissent des ramuscules , qui en s’anastomosant entre eux en arcade , forment un second cercle qui ajoute à la membrane; ce second cercle détache d’autres ramuscules, qui en forment un troisième ; et cela se continue ainsi jusqu’au pourtour de la pupille : tous ces cercles vasculaires et nerveux sont unis par un tissu spongieux érectile. Cette membrane iris est du reste composée de deux lames intimement unies près de la pupille, mais qu’on peut séparer vers la grande circonférence. M. Edwards en admet même quatre , ajoutant aux deux que nous venons d'indiquer, deux autres provenant de la membrane de l'humeur aqueuse, qui s'applique sur cette membrane iris en avant et en arrière, pour tapisser les deux chambres de l’œil; mais l’existence de cette membrane de l'humeur aqueuse , surtout dans la chambre postérieure, est contestée,
A l'endroit où l'iris est encadrée dans l'ouverture antérieure de la choroïde, se trouvent deux parties qu'il nous reste à faire connaître; l’une en avant, appelée liga-
ment ciliaire; et l’autre en arrière , appelée les procès ciliaires.
Le ligament ou cercle ciliaire, commissure de l’uvée, est une espèce d’anneau grisâtre , large d’une ligne, qui se voit au devant de l'iris le long de son encadrure dans la choroïde. C’est comme un ourlet qui retiendrait l'iris dans la choroïde ; et aussi adhère-t-il plus à cette membrane qu’à l'iris et à la sclérotique. Sa consistance est pulpeuse, son tissu abreuvé d’une mucosité blanchâtre. Selon M. de Blainville, il n’est que le prolonsement du tissu cellulaire qui fait la trame de la choroïde. Il n’est en effet qu’une cellulosité délicate, pénétrée des mêmes vaisseaux et nerfs ciliaires quiforment l'iris.
Les procës ciliaires, rayons sous-iriens sont de petits appendices vasculo-membraneux, situésen dedans etderrière l’uvée , et étendus du pourtour de l’ouverture antérieure de la choroïde ; d’un côté, au contour de la pupille ; de l’autre, à la partie antérieure du corps vitré et du cris: tallin, Au nombre de soixante à quatre-vingt-dix, ils ressemblent par leur réunion au disque d’une fleur radiée : leur longueur est d’une ligne et demie environ, mais ils sont alternativement plus longs et plus courts. Recouverts d’un enduit noirâtre, analogue à celui qui teint la choroïde , ils laissent d’eux une image parfaite à la surface du cristallin et du corps vitré, qui, d’ailleurs est creusée là de stries destinées à les recevoir. Leur texture et leurs usages ont été, et sont encore le sujet de beaucoup de discussions. On les a dit successivement musculaires, glandulaires, vasculaires, nerveux. La plupart des anatomistes les considèrent comme formés
desmêmes vaisseaux et nerfs que l'iris , et comme suscep=
tibles de la même motilité érectile. M. de Blainville les dit des replis de la choroïde. M. Rtbes leur attribue Foffice de sécréter les trois humeurs de l’œil, d’être les moyens d'union de ces humeurs , et ce qui y entretient le renouvellement et la vie. Cet anatomiste, en effet, prétend, d’une part , que le corps vitré ne recoit aucuns vaisseaux de la rétine; il nie l'existence de l'artère cenirale de Zinn , s’appuyant sur ce que des injections trèsdélicates dans les artère et veine ophthalmiques n’ont jamais pénétré dans le cristallin et le corps vitré, bien que la choroïde en fût toute remplie. D’autre part , ilnie aussi l'existence de la membrane de l'humeur aqueuse ; il croit que la lame qui est à la face postérieure de la cornée, et qu’on a indiquée comme telle , appartient plutôt à cette cornée; il observe surtout qu’une membrane semblable à cette lame ne pourrait exister à la face antérieure de l'iris , sans empêcher les mouvemens de ce diaphragme. Les procès ciliaires resteraient donc seuls pour fournir les matériaux de ces trois humeurs : et voici comment, selon M. Aibes, ils agiraient. Il y a deux ordres de procès ciliaires; ceux de la choroïde
et ceux du cristallin, s’enchevêtrant les uns dans les autres , et communiquant entre eux : le sang apporté par les premiers est saisi sous forme de fluide blanc par les seconds ; et porté par ceux-ci dans la membrane hyaloïde , il constitue déjà l'humeur vitrée. Ces mêmes procès ciliaires choroïdiens se distribuent aussi à la membrane capsulaire du cristallin, qui, par eux, engendre ce corps. Enfin, dans le canal de Petit, se trouvent beaucoup de trous, par lesquels la membrane hyaloïde laisse écouler une portion de l'humeur vitrée; et celleci, en s’épanchant dans la chambre postérieure de Pœil,
-et passant de là par la pupille dans la chambre antérieure, forme l'humeur aqueuse. On a objecté à M. Ribes que les procès ciliaires qui, à cetitre, devraient exister dans tous les animaux où l’œil a des humeurs , manquent cependant dans beaucoup , les poissons osseux, par exemple.
Parties accessoires de l'OFil.
Ces parties sont : les orbites , les paupières, des muscles, et l'appareil sécréteur lacrymal.
1° Les orbites sont deux cavités creusées dans la face, de chaque côté du nez, au-dessous du front et au-dessus des joues , ayant la forme d’une pyramide quadrangulaire , d’un cône dont le sommet est en arrière et la base en avant, et dans lesquelles sont contenus les yeux. ÀÂu sommet se remarquent , le trou optique par lequel parvient à l’œil le nerf de la vision, et les fentes sus-sphénoidale et sus-maæxillaire par lesquelles passent beaucoup de vaisseaux et de nerfs destinés aussi à l'œil. La base est irrégulièrement arrondie, et le côté par lequel l’œil est toujours accessible à la lumière. La paroi interne de l'orbite est toute droite, et séparée par l’ethmoiïde seul, de la paroi correspondante de l’autre orbite à laquelle elle est parallèle. Les autres parois , supérieure, inférieure et exierne , sont, au contraire, obliques en dedans et en arrière, d’où il résulte que l’axe de l’orbite n’est pas droit, mais oblique en ces deux sens ; de telle sorte que, si l’on prolengeait les axes des deux orbites en arrière , ces axes iraient se croiser au niveau de la selle turcique. Cet orbite est aussi plus découvert en dehors qu’en dedans, afin qu’on puisse mieux voir les objets de ce côté. Sept os concourent à le former:
SENS DE LA VUE. 4°3 le frontal , le sphénoïde , le sus-maxillaire , l’ethmoïde , le palatin , l’unguis et le malaire. L’unguis , et l'aile antérieure du sphénoïde dans laquelle est Le trou optique, sont les seuls qui lui soient essentiels ; et, la preuve, c’est que dans la série des animaux , à mesure que l'œil est situé plus latéralement , l'orbite cesse d’être circonscrit, et, par exemple, se confond en arrière avec la fosse temporale. M. de Blainville dit que cet orbite est entre la fin de la vertèbre la plus antérieure de la tête et l’appendice de la mâchoire supérieure , et que les os de ces deux parties se sont modifiés pour en former la cavité. Toutefois , l'œil y est logé, non dans la direction de son axe , mais tout droit en avant, plus près de la paroi antérieure que du fond, du côté interne que de l’externe. La capacité de l'orbite surpasse le volume de l'œil; et, plusieurs parties que nous avons à examiner .y sont contenues aussi : par exemple, les muscles de l'œil, la glande lacrymale. Dans son fond. d’ailleurs, est une masse de tissu cellulaire graisseux, sur lequel l'œil est mollement posé comme sur un coussinet. 2° Les paupières sont deux replis situés transversalement, des espèces de voiles demi-transparens, membrano-musculeux , qui, tout à la fois maintiennent le globe de l'œil dans l'orbite, et, en se mouvant sur cet organe , le soumettent ou le dérobent à volonté au contact des rayons lumineux. Chez l'homme, il y en a deux, placées l’une à l’opposé de Pautre, la supérieure ct l’inférieure. La première est la plus mobile et la plus grande , car elle couvre à elle seule les troisquarts supérieurs de l’œil. Leurs extrémités se confondent aux angles de l'orbite, et forment là leurs commissures. Elles ne laissent à découvert que la partie antérieure de
l'œil. Leur degré d’ouverture transversale varie beaucoup, et c’est de ce degré d’ouverture que résulte le volume apparent des yeux.
Elles sont formées par quatre couches membraneuses, superposées les unes aux autres, et par un fibro - cartilage qui règne tout le long de leur bord et les tient étendues : 1° la couche extérieure est la peau qui ici est très - fine, presque transparente; et unie à la couche subjacente par un tissu cellulaire lâche , qui ne se laisse jamais pénétrer par de la graisse, mais se laisse facilement infiltrer par de la sérosité; 2° audessous d'elle , est un plan musculeux; formé par un seul muscle à la paupière inférieure, l’orbiculaire des paupières ; et par deux à la paupière supérieure, ce même orbiculaire et l’élévateur de la paupière supérieure. Le premier de ces muscles , naso-palpébral , est commun aux deux paupières ; il est composé de fibres circulaires , qui circonscrivent le contour des paupières, sont concentriques les unes aux autres, et s'étendent de l’apophyse montante de l’os sus-maxillaire , jusqu’audelà de l’angle externe de l’orbite. L’élévateur de la paupière supérieure , ou orbito-palpébral, n'appartient qu’à la paupière supérieure : attaché d’un côté au-dessus du trou optique dans l’orbite , de l’autre , il se termine en s’élargissant au bord supérieur du fibro-cartilage tarse. Un tissu cellulaire , que remplit une graisse un peu jaunâtre, unit cette couche muasculeuse aux autres couches constituanies des paupières ; 5° plus profondément encore , est une couche fibreuse , qui s’étend dans toute l’étendue des paupières depuis le rebord orbitaire jusqu’au fibro-cartilage tarse : selon Bichat, ce n’est que l’épanouissement des fibres aponévrotiques qui
terminent les muscles précédens : selon W'inslow et autres , elle consiste en deux ligamens particuliers , appeles palpébraux ou ligamens larges des paupières, qui forment le corps de ces voiles membraneux; /° enfin, tout-à-fait à la face interne , à celle par laquelle les paupières touchent l'œil et se meuvent sur cet organe, est une membrane de la nature des muqueuses, fine, transparente , appelée conjonctive parce qu’elle unit le globe de l’œil et les paupières. En effet, après avoir tapissé la face interne de l’une et l’autre paupière , elle s’étend sur toute la face antérieure du globe de l’œil; cependant M. Ribes dit qu’elle finit au contour de la cornée. Par sa face externe, qui est libre , elle perspire une humeur qui la maintient humide , et facilite les glissemens des paupières sur l'œil. Elle est assez lâche pour permettre tous les mouvemens des paupières; 5° tout ce voile est maintenu étendu à l’aide d’un fibro-cartilage , qui est placé le long du bord de chaque paupière, et qu’on appelle tarse : celui de la paupière supérieure est plus long, plus large, surtout dans son milieu. Tous deux sont coupés obliquement aux dépens de leur face interne; de sorte que lorsque les paupières sont rapprochées, les deux fibro-cartilages forment, par leur réunion, un canal triangulaire, plus large en dedans, et qu’on dit destiné à conduire les larmes vers leur appareil d’excrétion. Ce-. pendant, M. Magendie conteste cette disposition. Telles sont les paupières. Ajoutons que , dans leur bord, se trouvent encore : 1° des bulbes pileux, qui produisent ce qu'on appelle les cils, petits poils arqués, parallèles entre eux,recourbésen dehors , plas nombreux à la paupière supérieure qu’à l’inférieure , et qui diffèrent de couleur dans les divers hommes ; 2° des follicules ap-
pelés glandes de Meibomius , au nombre de quarante à la paupière supérieure , de vingt à trente à l'inférieure, situés dans des sillons spéciaux entre les fibro-cartilages tarses etla membrane conjonctive , et sécrétant un fluide sébacé , appelé chassie, qui entretient l'intégrité des cils et de toutes ces parties.
Cet appareil palpébral manque en certains animaux ; en d’autres, il est plus compliqué; et , par exemple, chez les oiseaux , il existe une troisième paupière, qui n’est qu'en vestige chez nous , qui est perpendiculaire à l'œil , et qui, repliée à l'angle interne de l'orbite, est tirée au-devant de l’organe à la manière d’un rideau, par deux muscles particuliers.
À l’appareil des paupières se rattachent encore ce qu’on appelle les sourcils. Ce sont deux éminences arquées, garnies de poils , placées au-dessus des orbites. Elles sont
formées ; d’abord, par l’arcade sourcilière de l'os frontal
qui en fait le fonds ; ensuite, parle muscle sourcilier qui, commencant à la bosse nasale, s’étend le long de cette arcade sourcilière ; il est renforcé par quelques fibres de l’orbiculaire et de l’occipito-frontal; enfin , par la peau qui est ici plus épaisse, et garnie de poils dirigés obli quementde dedans en dehors , et plus épais dans le premier sens que dans le second.
3° L’œil, indépendamment de la tête qui l’entraîne dans ses mouvemens , a un appareil musculaire propre, composé de six muscles; savoir, 1° quatre muscles appelés droits à cause de leur direction, un droit supérieur ou élévateur, un droit inférieur ou abaisseur , un droit interne ou adducteur, et un droit externe où abducteur. Tous sont attachés au fond de l'orbite, au pourtour du trou optique ; et de Rà vont, en s’épanouis
SENS DE LA VUE. 427 sant, s'insérer aux faces supérieure, inférieure , interne et externe de la sclérotique; 2° le muscle grand oblique, ou oblique supérieur , qui, du côté interne du trou optique , se porte d’abord vers Fapophyse orbitaire interne du frontal , est réfléchi à dans une poulie, et traverse ensuite tout l’orbite en travers, pour aller. s'attacher à la partie supérieure, postérieure et externe du globe de l'œil ; 5° enfin, le petit oblique, ou oblique inférieur, dont les fibres s'étendent depuis la partie antérieure et un peu interne du plancher de l'orbite, vers la gouttière lacrymale, jusqu’au globe de l'œil près l'insertion du grand oblique. Ces muscles ont leurs nerfs propres, qui sont : l’oculo-musculaire commun ou troisième paire encéphalique, l'oculo-musculaire interne ou quatrième paire, et l'oculo-musculaire externe où sixième paire.
4° Enfin, il est annexé au globe de l'œil un appareil sécréteur, destiné à fournir à cet organe un fluide qui en lubrifie la surface et entretient l'humidité nécessaire à ses mouvemens , l'appareil sécréteur des larmes. 11 se compose de deux sortes de parties , celles qui font le fluide etle versent à la surface antérieure de l'œil, et celles qui en excrètent le superfiu.
Les premières sont la glande lacrymale et ses vaisseaux sécréteurs. La glande est un corps ovoide , de la grosseur d’une petite amande, de couleur grisâtre, et situé à la partie externe et antérieure de la cavité orbitaire. Composé de petits lobules, et ayant la texture propre aux glandes , cet organe a sept ou huit petiis canaux excréteurs , qui s'ouvrent séparément à la face interne de la paupière supérieure, près le cartilage tarse, et qui versent en cet endroit les larmes. Celles-ci sont an fluide doux , albumineux , transparent , inodore, et
composé de beaucoup d’eau , d’un mucilage animal, de muriate de soude , de phosphate de soude et de chaux.
L'appareil d’excrétion des larmes comprend un plus grand nombre de parties ; situé à l’angle interne de l'œil , il se compose des points lacrymaux , des conduits lacrymaux , du sac ou sinus lacrymal, et du canal nasal. 1° On appelle points lacrymaux les orifices toujours béans de deux conduits destinés à excréter les larmes ; placés à l'angle interne de l'œil, il y en a un pour chaque paupière; rapprochés l’un de l’autre quand les paupières sont fermées, mais de manière cependant qu'ils peuvent continuer leurs fonctions , ils sont au contraire séparés quand l'œil est ouvert. On croit qu’un peu de tissu érectile est joint à l’orifice vasculaire qui les forme, et qu’ils s’érigent au moment où ils exécutent leur fonction d'absorption. Près d’eux se trouve la earoncule lacrymale , corps rougeâtre , qui n’est qu’un follicule rapproché , un amas de petites cryptes muqueuses qui fournissent un fluide qui lubrifie les parties environnantes ; cette caroncule achève le cercle que les glandes de Meibomius forment autour des paupières , et a les mêmes usages. 2° Ces points lacrymaux conduisent à deux canaux , les conduits lacrymaux : ceux-ci sont horizontaux si l’œil est fermé , et au contraire obliques , mais obliques en sens opposé , s'il est ouvert; c’est-à-dire que le conduit lacrymal de la paupière supérieure est oblique de haut en bas, et celui de la paupière inférieure de bas en haut, ou au moins est horizontal. La longueur de ces conduits est de deux à trois lignes, et leur diamètre égal une soie de cochon. A la commissure interne des paupières ces conduits, qui étaient séparés jusque-là , se réunissent en un seul canal selon les uns, selon d’autres
SENS DE LA VUE. ÿ 429 ne font que s’accoller , et s’abouchent dans le sac lacrymal. 5° Celui-ciest une petite cavité, en partie osseuse, en partie membraneuse , allongée de haut en bas, et qui est placée en devant et à l'angle interne de l'orbite. IT est formé, en dedans par la gouttière lacrymale creusée dans l'os unguis et l’apophyse montante de los sus - maxillaire ; et en dehors par une partie fibreuse , qui résulte du tendon réfléchi du muscle palpébral. Le tout est tapissé par une membrane muqueuse , qui se continue par les conduits lacrymaux avec la conjonctive, et avec la membrane muqueuse du nez par le canal nasal. 4° Enfin, le canal nasal, auquel aboutit en bas ce sac lacrymal, est un canal osseux, long de quatre lignes , formé par le concours des os sus-maxillaires, unguis et cornet inférieur, et qui s’ouvrant dansle méat inférieur des fosses nasales, derrière le cornet inférieur , apporte en cet endroit les larmes. Il est tapissé par la même membrane muqueuse de tout cet appareil, membrane qui, selon les uns, lui adhère , qui, selon d’autres, est libre , et peut se contracter pour hâter l’excrétion des larmes.
Cet appareil de lubréfaction manque en certains animaux , tous ceux qui vivent dans l’eau, par exemple ; il était, en effet, inutile chez eux. D’autres fois, au contraire , il est plus compliqué , comme dans les oiseaux, où il ÿ a une seconde glande lacrymale à l’angle interne de l'œil.
3° Mécanisme de la Vision.
La vision est encore une sensation externe; conséquemment, sa cause est aussi le contact d’un corps étranger ; mais la manière dont ce corps étranger, la lumière, est appliqué à la partie nerveuse de l’organe , est encore plus compliquée que dans les sens précédens. Il faut
décrire la marche des rayons lumineux jusqu’à la rétine, qui, seule, peut développer l'impression sensitive ; indiquer , chemin faisant , le rôle partiel que remplit chacune des parties constituantes de l’érgane ; et cela étant connu, il ne restera plus qu'à parler de l’action d'impression en elle-même et des usages du sens.
D'abord , l’action principale est accomplie par le globe de l’œil proprement dit, et les parties dites accessoires, ne font que remplir des oflices secondaires ; elles ne font que mettre l’œil en état d'agir. D'une part, Porbite abrite l'œil, et le protége contre toutes les percussions extérieures. À l’aide des six muscles propres de l'œil, cet organe est mû dans l'intérieur de l'orbite, et dirigé vers tous les objets qu'il lui importe de voir. La forme sphérique de l’œil est une condition de structure qui le fait se prêter facilement à tous ces mouvemens; et l’on devine de quel avantage est le coussinet graisseux qui est au fond de l'orbite , et sur lequel l’organe est mollement posé. L'appareil des paupières contribue aussi un peu à régier ces MouveINens ; Mais il sert surtout à couvrir ou laisser libre à notre volonté la surface antérieure de l'organe , et par conséquent à empêcher ou permettre la vision. Abri protecteur pour l’œil, surtout pendant le sommeil, il sert en outre , par ses mouvemens continuels, à étendre à la surface de l'organe les larmes qui l’abstergent , et à ramasser ces larmes dans le canal triangulaire des fibro-cartilages tarses, par lequel elles doivent être conduites à leur appareil d’excrétion. De là même, ces mouvemens continuels des paupières qu’on appelle clionemens, et qui peut - être aussi tiennent au relächement alternatif du muscle élévateur de la paupière supérieure. Les cils, qui bordent ces paupières, tamisent air, et éloi-
SENS DE LA VUE. 431 gnent les atomes qui flottent dans ce gaz. Les sourcils, qui surmontént l'œil , servent à l’abriter , le protégent contre les percussions externes, détournent de Jui la sueur qui coule du front ; ils se rident, et s’avancent audessus de l'organe, quand une trop grande lumière lui parvient , afin d'en absorber une partie. Les poils, quiles ombragent , ont ce même usage; et c’est à cause de cela qu’ils sont généralement plus épais et d’une couleur plus noire dans les pays chauds, et que même on les teint pour ajouter à leur couleur. Enfin , les larmes entretiennent sans cesse l'humidité et la transparence de l'œil, afin que les rayons lumineux puissent toujours le traverser , et que les mouvemens des paupières soient faciles. D'autre part, rien n'est difficile à concevoir dans la manière dont ces diverses parties accomplissent ces actions. La direction des muscles propres de l'œil, indique seule celle dans laquelle l’organe est mû; chacun des quatre muscles droits le porte en haut, en bas, en dedans et en dehors; si ces muscles combinent leur action deux à deux, l'œil est porté dans toutes les directions intermédiaires à celles-là; s'ils se contractent successivement l’un après l’autre , ils font exécuter à l'organe un mouvement de circumduction; le grand oblique le porte en bas eten dedans, le petit oblique en baut et en dehors; enfin, s’ils agissent tous ensemble, ils fixent le globe de l'œil , et l’enfoncent dans son orbite. De même, le jeu des paupières tient aux muscles que nous avons vu entrer dans leur composition : soit qu’elles se rapprochent , soit qu'elles s’éloignent, c’est la paupière supémeure quise meut le plus ; la différence est dansla proportion de 4 à 1. Dans l’état ordinaire, c’estle muscle élévateur de la paupière supérieure qui , par son action ou son
repos , détermine l'ouverture ou l’occlusion de l’œil ; le muscle orbiculaire n’agit pas. Le muscle élévateur est-il contracté ? la paupière supérieure est relevée et plissée entre l’œil et l’orbite, l’œil est à découvert. Ce muscle au contraire est-il relâché ? la paupière supérieure est étendue passivement sur la surface de l’œil , qui est alors fermé : c’est cequiest , par exemple , dans le sommeil, où les deux muscles sont relächés. Cependant M. Broussais donne de ce jeu des paupières une description différente. Selon lui , l'ouverture de l’œil pendant la veille n’exige. pas d’effort, parce que les deux muscles des paupières sont disposés de manière que l’action du releveur est bien plus puissante que celle de l’orbiculaire : ilen donne comme preuve ce qui arrive à la mort; les yeux alors restent entr'ouverts. Au contraire, l’occlusion de l’œil dans le sommeil tient à la contraction de l’orbiculaire , qui, seul alors, d’entre les muscles volontaires, veille pendant que les autres se reposent. Dans quelques cas, au moins, ce muscle orbiculaireagit ,et alors sa contraction ferme l’œil , et son relâchement le laisse à découvert. Qui ne voit du reste combien ces paupières sont heureusement construites pour leur usage ? Qui ne saisit aussitôt les avantages ; et du fibro-cartilage qui règne à leur bord et les tient toujours étendues ; et du tissu lamineux fin et toujours dépourvu de graisse qui unit les différentes couches qui les composent; et de la surface lisse et humide de la conjonctive, qui les tapisse intérieurement ; et de l'étendue plus grande de cette conjonctive, qui permet à la paupière de se replier sous l’orbite ? Enfin , c’est mécaniquement que les larmes versées à la surface de l'œil lubrifient et abstergent cet organe; nous avons dit que les clignemens continuels des pau-
SENS DE LA VUE, 433 pières étendaient ce fluide sur la surface antérieure dé l'œil; et l’on concoit dès lors comment ce fluide prévient le collement sur la cornée de tous les atomes que l’air y dépose , et qui finiraient par en altérer la transparence. Il n’y a de diflicultés que sur la manière dont ces larmes sont excrétées. D'abord , une partie de ce fluide, à mesure qu’il se répand sur l'œil, est dissoute par l'air ex-tériéur. Ensuite, on professe généralement que les clignemens continuels des paupières ramassent les Jarmes dans le canal triangulaire qui résulte de leur rapprochement , et que ce fluide va par ce canal se soumettre: dans l’angle interne de l'œil à l’action absorbante des points lacrymaux. On fait remarquer qu’en effet , ce canal triangulaire est de plus en plus large, à mesure qu’il approche de l’angle interne des paupières, et que c’est dans ce sens que la contraction du muscle orbiculaire des paupières tend à diriger les larmes. Alors les points lacrymaux saisissent ce fluide par une action d'absorption, analogue à celle que nous reconnaîtrons en beaucoup d’autres vaisseaux; ils le poussent d’une manière continue dans les conduits lacrymaux , d’où il passe dans le sac lacrymal; enfin, de ce sac, le fluide tombe dans le canal nasal et dans les fosses nasales , d’où il est excrété par l’action du moucher, ou avalé , ou craché.On dit que les follicules de Meibomius fournissent un fluide huileux, qui, en enduisant les bords de la paupière, empêche les larmes de couler en dehors, et les oblige à rester dans le canal qui les charrie. On attribue un semblable usage au fluide de la caroncule Jacrymale. Quant à l’action d’absorption des points lacrymaux , on a voulu l’assimiler au phénomène des tubes capillaires , ou comparer ce petit appareil d’excrétion à un syphon;
mais cela est faux , etcette action est évidemment un phénomène qui n'a pas son analogue dans la nature inorganique, et qui par conséquent est vital. Cependant M. HMagendie a contesté toute cette explication; il établit que le canal triangulaire du bord des paupières n’existe pas; et, qu’à supposer qu'il existât, on ne pourrait pas concevoir son action dans le sommeil. Selon ce physiologiste, les larmes , pendant le sommeil , gagnent l’angle interne de l'œil, par la seule disposition des parties ; l’on ignore comment elles y arrivent pendant la veille ; peutêtre ne sont-elles sécrétées qu’en quantité si petite, que l'air seul suffit pour les dissoudre. Il est sûr toutefois, ajoute-t-il, qu’elles ne suivent pas la voie qu’on a indiquée; ear elles n'arrivent jamais à la paupière inférieure. C’est aussi une fausse vue de l'esprit que de faire servir l'humeur de Meibomius à prévenir la chute des larmes en dehors; cette humeur, en eflet , est fort miscible à l’eau , et n’est relative qu'à l'entretien physique des cils et du cartilage tarse. Sans nous arrêter à ce débat, nous dirons qu'il est certain que l’appareil excréteur agit; car, si un obstacle l’obstrue , les larmes remplissent l'œil , ettombent en dehors sur la joue.
Toutes ces parties accessoires ne font donc que mettre l'œil en état d’agir ; mais, sous ce rapport, plusieurs Jui sont absolument nécessaires. L’extirpation des paupières, par exemple , est toujours suivie d’une ophthalmie douloureuse et mortelle. De même , si les larmes ne sont pas produites, l'œil ne peut plus se mouvoir entre les paupières ; et, avant que J’adhérence de beaucoup d’atomes étrangers à sa surface l’ait rendu opaque, il survient aussi une inflammation mortelle,
C’est le globe de l’œil qui accomplit proprement la
SENS DE LA VUE: 465 vision ; et c’est en lui qu’on va retrouver les offices bien distincts de la partie nerveuse , qui seule développe l'impression sensitive; et de l'appareil antérieur, qui, véritable instrument de dioptrique , conduit la lumière au contact , et la concentre sur cette partie nerveuse.
Puisque tout point visible peut être considéré, ainsi que nous l’avons dit , comme le centre d’une sphère Iumineuse ; on Concoil que plusieurs des rayons émanés de ce point tombent sur la surface antérieure del'œæil, si cet &il est dans sa sphère, et qu'ils y figurent un cône lumineux, qui à son sominet au point visible et sa base à la cornée. Or, d’abord , comme il n’y a à la surface antérieure de l'œil de transparent que la cornée , on concoit déjà qu'il n’y a que ceux des rayons qui tombent sur celle cornée qui entrent dans l'œil et servent à la vision ; tous ceux qui tombent en dehors de cette membrane sont réfléchis, et par conséquent perdus pour la vue.
Ensuite , la cornée elle-même , bien que transparente, réfléchit, à cause de son poli, encore un peu des rayons qui lui arrivent ; et ces rayons réfléchis, qui sont ceux par lesquels on se voit dans les yeux des autres, par exemple , sont encore perdus pour la vision.
Mais le reste du cône lumineux, qui tombe sur cette cornée, pénètre dans l'œil, et s’y enfonce jusqu'à ce qu'il touche la rétine , parce qu’en effet toutes les parties de l’organe qui sont au devant de cette rétine sont transparentes. Seulement, comme, dans ce trajet, ce cône lumineux traverse des milieux de densité, de nature chimique et de figure différentes , il éprouve une série de réfractions qu’il importe de faire connaître.
Commençons par celles qu’éprouve le cône lumineux qui part du milieu du corps visible, et dont l'axe, per-
pendiculaire à l'œil, se confond avec l'axe optique, c’est-à-dire avec la droite, autour de laquelle on concoit que devraient tourner les courbes génératrices des surfaces qui terminent chacun des milieux dont est composé cet organe, L’axe de ce cône étant perpendiculaire au sommet dela cornée, du cristallin , et en général de toutes les courbes de l’œil, pénètre dans l'organe à travers le trou pupillaire et jusqu'à la rétine, sans éprouver de réfraction. Mais les autres rayons de ce cône étant obliques , ils sont réfractés en traversant la cornée, l'humeur aqueuse , le cristallin et le corps vitré, de manière cependant qu'ils sont réunis autour de leur axe , à l'instant où celui-ci parvient à la rétine. C’est ce qui résulte de la disposition des corps réfringens de l'œil. En effet, 1° en traversant la cornée qui, tout à la fois, a.une surface convexe, et est plus dense que l’air extérieur, les rayons doivent être rapprochés de la perpendiculaire menée au point de contact , et par conséquent être rendus déjà moins divergens, ou mieux convergens ; 2° en traversant l’humeur aqueuse qui est moins dense que la cornée , ils sont réfractés de nouveau, et écartés de la perpendiculaire, mais moins cependant que s’ils repassaient dans l'air , de sorte qu'ils conservent toujours un peu de laconvergence queleur avait imprimé la cornée. D'ailleurs, la différence de la puissance de réfraction de la cornée et de l’humeur aqueuse est peu grande, et dans le rapport de 1,53, à 1,338. Il est déjà évident que ces deux premières réfractions aug mentent le nombre des rayons qui tombent dans le trou pupillaire, et qui sont les seuls qui servent à la vision : tous les autres, tombant plus en dehors , sont absorbés par cette membrane , ou même réfléchis; et ce
SENS DE LA VUE. 457 sont ces derniers qui nous font apercevoir les couleurs diverses dont Firis est teinte; 3° ces rayons en traversant ensuite le cristallin qui , tout à la fois , aunesurface convexe , et bien plus de densité que l'humeur aqueuse et la cornée elle-même, sont de nouveau rapprochés de la perpendiculaire, et rendus encore plus convergéns: peut-être cependant quelques-unsencoresont-ils réfléchis; et ceux-ci, en partie sortent de l'œil et concourent à former son éclat, et en partie tombant sur la face postérieure de l'iris, y sont absorbés par la teinte noire qui s’y trouve ; 4°enfin, en traversant l'humeur vitrée qui a une surface concave et une densité moindre que le cristallin, ces rayons sont réfractés de nouveau , écartés de la perpendiculaire ; et la disposition de celle-ci est telle , que la convergence des rayons estencore augmentée , à tel point qu'ils se réunissent sur la rétine autour de l’axe de leur cône. Cependant quelques-uns croient que cette dernière réfraction n’a pas lieu, la différence du pouvoir réfringent du cristallin et de l'humeur vitrée étant très-faible, dans le rapport de 1,538 à1,539. Toutefois , il résulte que le cône lumineux qui était étendu de l’objet à l'œil, et qui avait son sommet à l’objet et sa base à la cornée , en traversant l'œil s’est changé en un autre cône qui lui est opposé par sabaseet qui a celleci à la pupille et son sommet à la rétine. On a appelé le premier , le cône objectif; et le second, le cône oculaire.
ILen est de même des cônes que projettent la partie supérieure d’un corps visible , sa partie inférieure et tous les points intermédiaires de sa surface. La seule différence, c'est que tous les rayons qui les composent étant obliqueslét sontindistinctement réfractés ; et ils le sont , de manière que les cônes qui partent de la moitié supérieure de
l’objet, sont réunis sur la rétine au-dessous du point où est arrivé le cône qui partait du milieu du corps et qui était perpendiculaire à l'œil ; et que ceux qui émanent de sa moitié inférieure, le sont, au contraire , au-dessus du poiut occupé par le cône qui est dans l'axe de l'œil. Sans doute aucun dé ces cônes n’a d’axe proprement dit; puisqu’aucun de leurs rayons n’est perpendiculaire à Fœil ; mais il existe dans le cristallin un point qui est placé sur l'axe de cette lentille, qu’on appelle le centre optique du'eristallin , el qui jouit de cette propriété remarquable , que les rayons de chaque faisceau auquel il livre passage éprouvent, del’un et del’autre côté de l’axe principal, des inflexions inverses ; en sorte que célui-ei parvient au fond de œil, comme s’il n'avait pas été réfracté ; et, dès lors; est:pris pour l’axe autour duquel viennent se réunir sur la rétine tous les autres filéts de lumière qui ont aveclui une origine commune.
Il résulte! de là que les différens cônes lumineux qui émanent de tous les points de la surface visible d’un objet , se croisent à ce lieu qu’on appelle centre optique du cristallin , et vont tracer sur la rétine une image de cet objet, mais en raccourci , et dans une position renversée, Non-seulement la théorie indique ce résultat, mais c’est un fait qu’on peut démontrer. Descartes adapta au volet d’une chambre obscure l’œil d’un bœuf nouvellement tué, et auquel il avait enlevé délicatement la sclérotique , la choroïde et la rétine, afin de renupläcer ces trois membranes qui sontopaques, par une pellicule d'œuf mince ; au travers de laquelle on puisse voir; et,
dans cet œil ainsi préparé , il vit l’image des corps exté> rieurs se tracer sur la pellicule transparente, mais dans une position renversée, L'expérience répétée avec des
SENS DE LA VUE. 459 yeux de mouton, de chat, d’homme , a toujours donné les mêmes résultats. Comme elle exigeait une dissection difficile, c’est-à-dire l'enlèvement des trois membranes qui seules donnent du corps à l'œil et en retiennent les humeurs , Lecat la figura avec des yeux artificiels faits avec du verre et de l’eau. aller fit mieux, il l’exécuta sur des animaux dans lesquels les membranes de lœil sont naturellement transparentes, et n’ont pas besoin d’être enlevées, comme de jeunes chiens , de jeunes pigeohs. Enfin , de nos jours, M. Magendie l'a répétée avec des yeux de lapins albinos, chez lesquels l’enduit noir de la choroïde manquant, re pouvait altérer en rien la couleur des objets; et il a vu qu'il n’était pas même nécessaire d'adapter l'œil à une chambre obscure , mais qu'il suflisait de regarder les objets au travers, en s’en servant comme d’une lunette; l’image se montrait clairement dessinée et avec toutes les couleurs de l’objet, extérieur; sa grandeur était sensiblement proportionnée à la distance de celui-ci. Nous dirons ci-après le parti que ce physiologiste a tiré de cette expérience, pour apprécier le rôle de chacune des parties de l’œil dansla vision.
Ainsi est conçue la marche des rayons lumineux dans l'œil jusqu’à leur arrivée à la rétine. Sans doute, le fait seul de la vision doit faire admettre , que les divers corps réfringens de lœil sonthien calculés les uns par rapport aux autres , sous le triple rapport de leur densité , de leur nature chimique et de leur figure , pour que le résultat de toutes les réfractions qu'ils font subir aux rayons lumineux , soit de réunir et de concentrer ces rayons sur la rétine. Mais il fautavouer qu’on ne peut pas aller au-delà de cette expression générale, et qu'on ne peut ici appliquer les calculs géométriques rigoureux dont
44o FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.
le sujet paraît susceptible. Pour suivre en effet avec toute riguenr la marche des rayons dans l'œil , il faudrait connaître exactement , 1° les courbures des faces antérieure et postérieure de la cornée ei du cristallin, et en général les figures des quatre corps réfringens de l'œil; 2° la quantité du pouvoir réfringent de chacun d’eux , fondé sur leur densité respective et sur leur nature chimique spéciale ; 3° la distance précise à laquelle est d’eux la rétine, sur laquelle doit nécessairement être leur foyer. Or, ces données sont très-difliciles à obtenir, et les efforts qu’on a faits pour les avoir n’ont conduit jusqu’à présent qu'à des approximations. En 1728, Petit mesura les courbures de la cornée et du cristallin, M. Cuvier à indiqué dans des Tables comparatives, pour un assez grand nombre d'animaux, les espaces proportionnels qu'occupent dans la cavité de l’œil chacune des trois humeurs; et il résulte que dans l'homme, c’est le cristallin qui occupe le plus petit espace; il a opposé la longueur de l’axe de l’œil à son diamètre transversal, la longueur de l’axe du cristallin au diamètre de cetie lentille. Récemment , M. Chaussat s'est assuré que dans le bœuf, la surface extérieure de la cornée est un ellipsoïde de révolution, dont le grand axe, qui est celui de la révolution , est dirigé non parallelèment à l’axe apparent ,: mais de devant en arrière. Il a vu qu’il en est de même des surfaces du cristallin, mais que seulement l’ellipsoide de révolution de la surface postérieure de ce corps, a une courbure plus convexe. Cela varie du reste dans les animaux ; car dans l'éléphant , par exemple, la: cornée présente une courbure hyperbolique. On a cherché à avoir la mesure précise du pouvoir réfringent de chaque humeur. Honro à voulu l’évaluer d’après la dif-
SENS DE LA VUE. AA férence de densité de ces humeurs , et a comparé, sous ce rapport, la puissance réfringente du cristallin dans un œil de bœuf et dans un œil de morue. D’autres ont tenté de fixer dans des expériences directes le rapport des sinus des angles d'incidence et de réfraction quand la lumière passe de l'air dans l’un ou l’autre des corps réfringens de l'œil ; par exemple , le même M. Chaussat, cité plus haut, a exprimé ce rapport par les nombres suivans : lacornée, 1,339; la capsule cristalline, 1,539; l'humeur aqueuse , 1,338 ; l'humeur vitrée, 1,539; et le cristallin , valeur moyenne , 1,584. Or, évidemment ces données ne suflisent pas pour qu'on puisse calculer mathématiquement les réfractions des rayons, et prouver géométriquement leur réunion sur la rétine.
Ge qui ajoute à la difficulté, c’est que la densité de la cornée et du cristallin n’est pas la même dans tous les points de ces corps réfringens, mais va en augmen : tant à mesure qu’on approche de leur centre ; de sorte que les rayons doivent être autrement réfractés à ce centre qu'à la circonférence. M. Chaussat, par exemple, a reconnu que la puissance réfringente du cristallin pouvait être évaluée dans ses couches extérieures , à 1,958 ; dans sa partie moyenne , à 1,599 ; et àsonnoyau, ou sa partie la plus compacte , à 1,420; ce quifait pour valeur moyenne, 1,384 , comme nous l'avons indiqué.
Enfin , pour donner une explication mathématique , et par conséquent rigoureuse de la vision ; il faudrait surtout pouvoir montrer comment ; dans l'œil, sont compensées les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité , et à quoi cet organe doit de pouvoir ,en conservant ces qualités sous ces deux premiers points de vue ;: voir à des portées différentes. Or , c’est ce sur quoi les
explications de la science laissent beaucoup à désirer , comme va le prouver l'historique que nous allonsen faire. Il existe dans la structure de l’œil des verres convexes ; et nous avons dit que les corps convexes n’avaient jamais un foyer précis, mais réunissaient leurs rayons sur un cercle d’autant plus grand qu'ils étaient plus convexes. C’est à ce qu’on appelle en physique , aberration de sphéricité. Or, certainement , l’œil est organisé de manière à ce que ce vice soit entièrement compensé en lui, età ce que Fimage qui est tracée sur la rétine , ne soit pas diffuse. Mais à quoi le doit -il? On ne peut le dire avec certitude. Dans les arts , on remédie à l’aberration de sphéricité , en n’employant des lentilles que d’un très-petit nombre de degrés , et en en recouvrant encoreune partie , à l’aide de diaphragmes qui les diminuent. Dans Pœil , on à attribué cet effet à di verses circonstances : 1° à la particularité qu'offre la face antérieure du cristallin , d’être plus plane que la postérieure; ce qui fait que les rayons obliques la rencontrent sous de plus petites incidences. 2° À la particulärité qu'offre ce même corps d’avoir une densité moindre à la cireonférence et dans ses couches externes qu’à son centre. 5° À la concavité de la rétine , de laquelle il résulte que cette membrane va pour ainsi dire se présenter au foyer propre de chaque pinceau lumineux. 4° Enfin, surtout au jeu du diaphragme iris , qui ne laissant à découvert que le centre du cristallin , ramène ce‘corps à la condition d’une lentille très-plate : et qui de plus intercepte tous les rayons très-obliques , c'est-à-dive , tous ceux qui convergeant trop promptement sur d’axe , formeraient sur la rétine une diffusion analogue à celle qui entoure l'image produite par un
SENS DE LA VUE. 443 verre d’une trop grande ouverture. Sans doute, ces diverses explications sont plus ou moins vraisemblables ; mais aucune n’a la rigueur absolue que comporte le sujet : et, par exemple , on à objecté sur l’usage qu'on fait remplir ici à la pupille, que quand cette pupille s'ouvre , parce que la lumière diminue dans le milieu dans lequel on est plongé , l'image des objets ne devient pas pour cela diffuse; que quand la lumière diminue au point de laisser voir à peine les objets , ces objets sont vus faiblement , à la vérité , mais toujours nettement.
On n’est pas plus avancé à l’égard de l’aberration de réfrangibilité. On sait que toutes les fois que la lumière éprouve: des réfractions , cette lumière se sépare dans les divers rayons qui la constituent, parce que cesrayons ne sont pas également réfrangibles ; et qu’alors elle apparaît, non avec les couleurs de l’objet qui la projette, mais avec celles du spectre solaire, On sait qu’on répare cet inconvénient dans les lunéties, par ce qu’on appelle l’achromatisme. Or, Pœil est-il achromatique, et s’il l’est, à quoi le doit-il ? Les physiologistes sont dissidens sur l’une et l’autre question. La plupart , se fondant sur ce que nous voyons toujours les couleurs propres des corps, ont dit l’œil achromatique. Euler qui le premier a émis cette epinion, disait d’une manière générale que la diversité des humeurs de l'œil avait pour effet de détruire l’aberration de réfrangibilité ; et il pensait qu'en imitant dans les lunettes celte particularité de la structure de l'œil, on pourrait aussi les rendre achromatiques. Sa conjecture a été depuis réalisée. En composant Fobjectif d’une lunette de plusieurs verres, dont les uns réparent la dispersion produite par les autres , sans trop
en modifier la réfraction , on a des lunettes dans les = quelles les rayons lumineux sont réunis au foyer ; seulement on ne peut jamais obtenir un achromatisme absolu ; on fait seulement concorder autant de rayons qu'on emploie de verres dans l’objectif, et ce sont les rayons extrêmes. Toutefois , tous les physiologistes qui, depuis £uler, ont admis l’achromatisme de l'œil, et même son achromatisme complet, l'ont différemment expliqué. Tantôt on en a placé la cause dans les humeurs aqueuse et vitrée , que l’on a dit être chacune calculées par rapport à la cornée et au cristallin derrière lesquels elles sont placées , de manière à réparer la dispersion que ces corps réfringens avaient opérée, sans détruire en er lc jeur réfraction. On a appuyé cette opinion d’une comparaison avec les lunettes achromatiques : l'objectif de ces lunettes est composé de deux verres convexes , séparés l’un de l’autre par un verre concave; or, on a dit que l'humeur aqueuse qui est concave au moins d’un côté, et qui est entre la cornée et le cristallin qui sont deux verres convexes , offrait une disposition analogue. Mais M. Dulong ditque l'examen des densités des diverses couches qui forment le cristallin, ne permet pas de croire que l’achromatisme dans l'œil soit produit par les moyens que nous employons dans les arts. Tantôt on l’a fait dépendre de la particularité qu'aurait l’huméur vitrée d’avoir un pouvoir réfringent d'autant plus grand , qu’elle serait plus près du fond de l’œil; mais ce fait en lui-même n’est pas démontré ; etil resterait en oûtre.à analiser son influence sur le résultat que l’on accuse. On ne peut méconnaître qu'aucune de ces explications n’a la rigueur mathémätique qu’on est ici en droit d'exiger. Aussi, à cause de cela, quelques
SENS DE LA VUE. 445 physiciens ont pensé , d’Alembert par exemple, que l’achromatisme de l'œil n’était pas une condition nécessaire à la vision. L’œil a si peu de profondeur, ont-ils dit, que la dispersion de la lumière , lorsqu'elle est arrivée à son fond, doit être inappréciable. Ils ont argué de l'étroitesse extrême qu'offre quelquefois la pupille; de ce que, dans les nombreuses et fréquentes affections qui frappent l'œil, il n’en estaucune qui fasse voir les objets irisés , bien qu’à coup sûr elles auraient dù altérer les conditions physiques qui fonderaient l’achromatisme. Ils on& fait remarquer que dans les myopes et les presbytes, il faut non-seulement admettre que ces conditions physiques de l’achromatisme ont été respectées, au milieu des grandes différences que présentent les yeux des uns et des autres, mais encore expliquer pourquoi , malgré les verres dont usent les uns et les autres , et qui certainement dispersent la lumière, la couleur des objets n’est pas altérée. Effrayés de toutes ces diflicultés que présente l'admission de lachromatisme de l’œil, ils aiment mieux n’y pas croire, et penser que l’œil est insensible à la légère aberration de réfrangibilité qui a lieu à son fond, Pour résoudre cette question , il faudrait pouvoir déterminer la puissance dispersive de chacun des corps réfringens de l’œil ; et c’est une donnée qui manque, comme celle de la connaissance de leur courbure, et de leur puissance réfringente.
Enfin , une explication complète de la vision exigerait que l’on donnât la raison de toutes les particularités que présente le sens de la vue, relativement à sa portée; et l’on va voir que la théorie laisse encore ici beaucoup de points obscurs. La portée de la vue s’entend à Ja fois des dimensions que doivent avoir les objets, et des dis-
tances auxquelles ils doivent être placés pour pouvoir être vus. Sous ce double aspect, la vue de l’homme a des limites qu'il faut indiquer et expliquer.
Nous avons dit que les rayons lumineux traçaient sur la rétine une image renversée de l’objet extérieur qui les projette : pour que cette image fasse impression , et donne la vision de l’objet, il faut trois conditions : 1° que cette image soit suflisamment étendue, occupe sur Ia rétine une place assez grande pour qu’on puisse apprécier ses diverses parties; 2° que celte image soit nelte, c’est-à-dire que les rayons lumineux qui la forment aient le plus rigoureusement possible leur sommet surla rétine; 3° enfin que cette image soit assezéclairée. Or, chacune de ces trois conditions varie d’après le volume du corps extérieur , et la distance à laquelle il est de l’œil; et il est des cas où elles manquent , et où par conséquent les corps ne sont pas vus.
D'abord , il est des corps si petits que l’œil ne peut pas naturellement les voir. La cause en est, qu'ils projettent trop peu de lumière; et, surtout, que l’image qui s’en trace au fond de l'œil a trop peu d’étendue, et n’occupe sur la rétine qu’un espace presque imperceptible. Pour remédier à cet inconvénient , il faudrait les rapprocher de l'œil, le plus possible, les regarder de très-près, ce qui augmenterait la divergence des rayons, et par conséquent la grandeur de l’image. Mais on ne peut user de ce moyen; car, d'autre part, au-delà d’un degré derapprochement déterminé que nous spécifierons ci-après , l’œil n’a plus assez de puissance pour réunir les rayons sur la rétine, et l’image n’est pas nette. Aïnsi done , dès qu’un corps est assez petit pour qu’à Ja distance déterminée au-delà de laquelle Pœil ne peut plus
SENS DE LA VUE. 447 former d'image nette, il ne trace pas sur la rétine une image assez étendue , ce corps n’est pas vu. Beaucoup de corps sont dans ce cas, relativement à la vue de l’homme. On remédie à cette impuissance du sens, en regardant les objets petits à travers une carte percée d’un trou, ou avec les instrumens de physique appelés microscopes. La carte permet de regarder l’objet de plus près , et d'augmenter par là l'étendue de l’image : le trou dont elle est percée fait l’oflice d’une pupille artificielle , et comme ce trou est très-étroit , il ne laisse passer que les rayons les plus rapprochés de l'axe , et qui, malgré le rapprochement de l’objet, pourront être réunis sur la rétine. C’est le même service que rendent les microscopes, qui ont cet avantage de plus d’affaiblir moins La lumière de l’objet. Da reste, les vues sont plus ou moins bonnes, relativement à la faculté de voir les objets petits: on peut par des efforts étendre un peu leur puissance à cet égard ; la faculté qu’a la pupille de se resserrer est utile ici, puisqu’alors elle permet qu’on rapproche le plus possible de l'œil l'objet, de manière que l’image qui s’en trace sur la rétine soit à la fois assez étendue et assez nette.
En second lieu, il est un point de rapprochement au delà duquel on cesse de voir les objets : c’est celui dans lequel les rayons arrivent si divergens à l'œil, que la puissance réfringente dont jouit cet organe ne suflit plus pour réunir ces rayons sur la rétine ; ils ne Le sont qu’en arrière de cette membrane. Ce point ne peut être précisé : il dépend de la puissance réfringente de l'œil; et nous avons déjà dit qu’on ne pouvait pas apprécier mathématiquement celle-ci. Il varie d’ailleurs en chaque individu , selon la conformation de l'œil : par exemple,
ce point est plus rapproché pour les myopes qui ont l’œil doué d’une trop grande force de réfraction, et il est plus éloigné pour les presbytes dont l’œil présente des conditions inverses. L’œil fait aussi effort pour se prêter jusqu’à un certain point à cette condition des corps ; et le jeu de la pupille qui en se resserrant ne laisse pénétrer que les rayons les plus rapprochés de l’axe, et qui exigent une force de réfraction moindre, a encore ici la plus grande influence. Par l’exercice on peut aussi éten- ” dre la puissance de l’œil à cet égard; et, d’ailleurs, on remédie à son impuissance sous ce rapport, en regardant les objets avec des verres convexes qui diminuent la divergence des rayons.
En troisième lieu, il est aussi un point d’éloignement au-delà duquel on cesse de voir les objets. La cause peut en être différente. D'abord, cela peut tenir à ce que dans le long trajet qu’a parcouru la lumière, celle-ci a été en grande partie absorbée , de sorte que l’image qui est tracée sur la rétine est trop faible pour faire impression. Si entre vous et un objet éloigné que vous voyez, vous placez une suite de verres qui, quoique diaphanes, interceptent toujours un peu de la lumière, vous remarquez que graduellement s’affaiblit la vision que vous aviez d’abord, et qu’enfin elle cesse tout-à-fait. Souscerapport, la plus grande distance à laquelle on peut voir dépend du degré de sensibilité de la rétine et de la couleur des objets ; un objet rouge , par exemple, se verra de plus loin qu’un objet violet. En second lieu, la cause pour laquelle un objet éloigné n’est pas vu , peut tenir à ce que l’image qui est tracée au fond de l'œil n’a plus assez détendue pour être appréciée ; car cette image
diminue à mesure que l’objet est plus éloigné : c’est ce
SENS DE LA VUE. 44g qu'on a vérifié dans les expériences qui ont servi à constater la réalité de cette image. Enfin , une troisième cause pour laquelle un objet très-éloigné cesse d’être vu, consiste en ce que les rayons qu’il envoie à l'œil sont si peu divergens , que l’action réfringente de l’organe , quelque affaiblissement que celui-ci lui imprime, ést désormais trop forte, et que, conséquemment, ces rayons sont réunis en avant de la rétine. Le point d’éloignement auquel les objets cessent d’être vus par cette dernière cause , ne peut pas non plus être précisé; il faudrait pouvoir calculer la puissance réfringente de l’œil, ce que nous avons dit n'avoir pas été fait :*ce point varie d’ailleurs en chaque individu; et, par exemple , il est assez rapproché dans les myopes,el,au contraire , assez distant dans les presbytes L’œil fait aussi effort pour étendre le plus possible sa puissance à cet égard; et, sans doute, la pupille a encore ici la plus grande part en se dilatant , et donnant ainsi accès à des rayons plus
divergens, et qui , conséquemment , exigent une force de réfraction plus grande. Par l'exercice , on augmente un peu sous ce rapport son pouvoir; et, enfin, on remédie à son impuissance , en regardant les objets éloignés avec des verres concaves qui augmentent la divergence des rayons. Tous les hommes sont myopes pour les objets très-éloignés, comme tous sont presbytes pour les objets très-rapprochés.
En quatrième lieu , entre l’objet le plus rapproché et l'objet le plus éloigné que l’œil puisse voir, il est mille distances intermédiaires qui sont également vues; la cause en est sans doute que l’œil se modifie; mais on ignore en quoi consiste cette modification. D'une part;
il y a toujours un rapport entre la longueur du cône | j, 29
objectif et la distance à laquelle est l’objet ; plus celleci sera grande, plus le premier sera long. D’autre part, pour que la vision ait lieu , il faut absolument que le cône oculaire , c’est-à-dire celui dans lequel le cône objectif se change en traversant l'œil, ait son sommet sur la rétine, qui est la seule partie de l’œil qui soit apte à développer l'impression. Or, comme il y a un rapport forcé entre le cône objectif et le cône oculaire, puisque celui-ci n’estautre chose que le premier, dont les rayons de divergens qu'ils étaient ont été rendus convergens par l’action réfringente de l'œil; comme le côncoculaire doit être d’autant plus court , parexemple , que le cône objectif est plus long, et vice versé ; on conçoit qu’on est dans l’une ou l’autre de ces deux nécessités : ou que les objets ne puissent être vus qu’à une distance déterminée , qui serait celle à laquelle le degré d’écartement des rayons du cône objectif serait en rapport avec la puissance réfringente à l'œil, et tel que le cône oculaire dans lequel il se changerait aurait son sommet sur la rétine: ou bien que l’œil ait le pouvoir de modifier, selon ia distance à laquelle il est des objets, soit sa puissance de réfraction, soit la distance à laquelle est de ses corps réfringens la rétine sur laquelle doit absolument se trouver leur foyer, Or, certainement ce n’est pas la première chose qui a lieu, puisqu'il est évident qu’on voit également à des distances différentes. Il faut doncbien que ce soit la seconde. Certainement l'œil se modifie, pour parvenir à voir à diverses distances ; souvent même on à le sentiment dé l'effort qu'il fait et qui est quelquefois douloureux, comme quand on s’obstine à regarder tour à tour un objet trèsrapproché et un objet très-éloigné. Mais il faut avouer
SENS DE LA VUE. 451 qu'on ignore en quoi cet effort consiste. On a conjecturé que l’œil changeait ; ou la distance qui existe entre ses divers corps réfringens et la rétine sur laquelle de toute nécessité doit être leur foyer , absolument comme nous faisons varier cette même distance dans nos lunettes , en en allongeant ou raccourcissant les tubes; ou la cour- “bure de ses corps réfringens , et, par conséquent , leur puissance de réfraction. Il est certain, en effet, que le résultat qu'on veut expliquer ne peut être obtenu que par l’un ou l’autre de ces moyens, ou par les deux à la fois. Mais on n’a du mode de l’un ou de l’autre aucune démonstration rigoureuse.
Ainsi, relativement au premier de ces moyens , on a dit que les quatre muscles droits de l’œil , en enfonçant cet organe dans l'orbite le raccourcissaient; et que les deux muscles obliques, au contraire, l’allongeaient. Si cet effet est peu prononcé chez l’homme , il a paru être plus étendu en certains animaux ; chez les phoques , par exemple, dont la sclérotique est amincie dans son milieu, et telle que son fonds s’invagine dans sa partie antérieure. On a cru, d’ailleurs, avoir chez l’homme même une preuve de ce mouvement , dans le clignement continuel auquel se livrent les myopes, et qu’on a dit être destiné à aplatir leur œil. D’autre part, on a fait varier la position du cristallin : Kepler disait que les procès ciliaires tiraient ce corps en avant ; d’autres ont dit qu’au contraire ils le poussaient en arrière. On a cité comme une preuve de cette assertion, l'existence de la membrane peigne dans les oiseaux; membrane qui, étendue de la rétine au cristallin , et organisée de même que les procès ciliaires , paraît destinée à rapprocher le cristallin de la rétine par sa contraction, et à l'en éloi-
gner par son relâchement. M. Jacobson à prétendu , dans ces derniers temps, que l'humeur aqueuse s'engageait dans le canal de Petit par des trous qui sont à la circonférence de ce canal, et que cette humeur en se glissant entre le cristallin et l’humeur vitrée, faisait varier la distance respective de ces corps réfringens entre eux, et celle de ces corps réfringens avec la rétine. Mais tout cela est bien loin d’être démontré.
Relativement au second moyen : 1° on a invoqué, comme propre à faire varier la convexité de la cornée , l’action des muscles propres de l’œil, qui, selon les uns, faisaient saillir la cornée, selon d’autres l’aplatissaient : l'action des procès ciliaires et de l'iris, qui, selon qu'ils poussaient plus ou moins l'humeur aqueuse contre la cornée , rendaient cette membrane plus ou moins convexe en avant. Dans ces derniers temps, le docteur Crampton dit avoir trouvé dans l'aigle et dans l’autruche, un muscle qui, étendu du cercle antérieur de la sclérotique à l'extrémité tendineuse de la surface antérieure de la cornée, devait avoir pour effet par sa contraction de diminuer la convexité de la cornée , et par son relâchement, de l’augmenter ou de la laisser dans son état naturel. Mais ce muscle n’a pas été trouvé en d’autres animaux ; et le docteur Thomas Fung a prouvé par des expériences décisives que la cornée ne change pas de forme selon les distances. 2° On a dit que le cristallin pouvait devenir plus ou moins convexe; et on a attribué cet effet, qui est plus que douteux, tantôt à des fibres musculaires que l’on a supposé exister en sa substance , tantôt à une action des procès ciliaires.
Une des causes auxquelles on a surtout attribué la faculié de voir à des distances différentes , a été la mobilité
SENS DE LA VUE, 433 de la pupille ; qui, disæt-on, se rétrécissait , lorsqu'on regardait des objets très-rapprochés, afin de n’admettre que les rayons les plus voisins de l’axe, et à la réunion desquels pourra suflire l’action réfringente de l'œil; et qui , au contraire, se dilatait quand on regardait les objets très -éloignés, d’abord afin d'admettre le plus de lumière possible , et pour que l’image sur la rétine fût trèsgrande , ensuite afin de laisser arriver des rayons qui seront assez écartés pour n'être réunis que sur la rétine. Il est certain qu’en regardant successivement tous les points d’une règle , on voit la pupille se resserrer à mesure qu’on approche du point le plus rapproché , et se dilater quand on regarde le point le plus éloigné. Tout porte à croire que cette action a, sur la question qui nous o0€cupe, plus d'influence que les précédentes, qui, en déformant l'œil , déplaçant ses corps réfringens , devraient inévitablement nuire à la vision en détruisant les conditions qui remédient aux aberrations de sphéricité et de réfrangibilité. Remsrquons en effet que la même cause doit à peu près concourir à ces trois résultats, destruction de l’aberration de sphéricité, destruction de l’aberration de réfrangibilité, et faculté de voir à des distances différentes : et c’est un argument en faveur de l’action de la pupille, car son service est aussi invoqué pour expliquer la non diffusion de l’image. Toutefois, la démonstration du rôle de la pupille en ce cas n’est pas encore rigoureuse: et par exemple, dans les expériences qui ont servi à constater la réalité de l’image au fond de l'œil, on a vu cette image se former à quelque distance que soit placé l’objet ; cette distance n'influait que sur sa dimension ; et cependant l’œil était mort , la pupille n’avait pu se rétrécir ni se dilater, et l'organe se modifier.
À raison de cette dernière observation, M. Biot se demande si l’aberration du foyer pour les distances diverses, n’est pas compensée dans l'œil par la composition intime des corps réfringens , comme il est probable que cela est pour l’aberration de sphéricité, par exemple.
Enfin , tout en reconnaissant que l’œil peut voir à des distances différentes , il faut observer qu'il y a pour chaque individu une distance à laquelle la vision est la plus nette , un point auquel on place généralement les objets lorsqu'on veut les voir le mieux possible. Ce point est ce qu’on appelle le point visuel. C’est celui qui donne aux rayons le degré de divergence convenable pour que leur réunion sur la rétine se fasse le plus complètement et sans efforts de la part de l’œil. On ne peut l'indiquer mathématiquement ; car, encore une fois, il faudrait pouvoir évaluer la puissance réfringente de l'œil ; et nous manquons de données nécessaires pour la calculer. Il varie d’ailleurs en chaque individu : sa distance est rapportée, terme moyen, à 8 pouces, et les différences innombrables que présentent les hommes sous ce rapport, sont comprises entre deux extrêmes, qui constituent la myopie et la presbyopie.
Les myopes sont ceux qui ont le point visuel rapproché , qui ne peuvent voir que les objets qui sont placés près de leurs yeux. Ce sont ceux dont les yeux ont une puissance réfringente très-grande , où une moindre pro: fondeur ; qui ont, par exemple, la cornée et le cristallin plus convexes , les humeurs de l’œil plus denses , la rétine moins distante du cristallin , ete. On concoit que, chez ces individus , pour peu que les objets soient éloignés , les rayons arrivant à l’œil peu divergens , sont réunis avant que d’être parvenus à la rétine, et les objets
SENS DE LA VUE: 455 ne sont pas vus. Pour les voir, il faut les placer très-près de l’œil, afin que les rayons soient plus divergens, et que , quelque grande que soit la puissance réfringente de l’œil , elle ne soit plus que ce qu'il faut pour réunir les rayons sur la rétine. Ge vice est assez fréquent dans la jeunesse; mais il diminue, à mesure que par l’âge s’usent et s’affaiblissent les puissances réfringentes de l'œil. TE s’acquiert quelquefois par l'habitude de regarder des objets très-petits. On y remédie par l’emploi des verres concaves, qui écartent les rayons , et font que ces rayons exigent pour être réunis une plus grande force de réfraction. Il existe en mille degrés, qui exigent chacun des lunettes de concavité différente,
Les presbytes , au contraire , sont ceux qui ont le point visuel éloigné, qui ne peuvent voir que les objets qui sont placés loin d'eux. Leurs yeux ont une organisation inverse, c'est-à-dire ont une puissance de réfraction faible , ou ont la rétine plus éloignée du cristallin. I y a une moindre convexité de la cornée, du cristallin, une moindre densité des humeurs , etc. Ces individus ne voient pas les objets un peu rapprochés, parce que leur œil n’a pas assez de puissance réfringente pour réunir sur la rétine des rayons un peu divergens; ils ont besoin de les éloigner pour que,les rayons soient moins diver gens, et tels que la force de réfraction de l'œil puisse y suflire. Ge vice est donc l’inverse du précédent; il s’observe surtout chez les vieillards; et, loin de diminuer avec l’âge, il s’augmente, car la vieillesse ne peut qu’affaiblir de plus en plus la puissance réfringente de l'œil, Peut-être s'acquiert-il par l'habitude de regarder ïes objeis très-éloignés. On y remédie par l'emploi des verres convexes , qui rapprochent les rayons; et ilexisie
aussi en mille degrés qui demandent chacun des lunettes de convexité différente.
L’œil , dans toute cetie première partie du mécanisme de Ja vision , se montre à nous comme un véritable instrument de dioptrique, concentrant sur son fond qui est lapissé par la partie nerveuse du sens, les rayons lumineux. Il est même un instrument de dioptrique plus parfait qu'aucun de ceux que nous avons inventé , et tellement parfait que nous ne pouvons pas assigner les causes physiques des diverses perfections dont :ül jouit, toute aberration de sphéricité est compensée en lui ; probablement il est achromatique; il fait voir à des portées différentes ; enfin , un dernier avantage qu'il a sur nos Junettes artificielles, est d’être bien moins aliérable. Dans les instrumens d'optique , il suffit d’ôter, de déplacer un verre pour que le mécanisme soit détruit. Au contraire, on peut évacuer dans l’œil une certaine quantité des humeurs aqueuse et vitrée; outre que ces humeurs se reforment bien vite , la vision pour cela n’est pas empêchée. Si la pupille vient à se fermer, on peut en ouvrir une artificielle, et même en une direction différente. Enfin , dans l'opération de la cataracte, on enlève le cristallin devenu opaque, et la vision est encore possible, surtout en l’aidant d’un verre convexe, qu’on place au devant de l’œil.
Toutefois , voici comme on peut spécifier le rôle particulier de chacune des parties que nous avons vu entrer dans la composition de l'œil.
La selérotique est l'enveloppe de la lunette , la paroi de la chambre obscure, ce qui détermine la forme de l'œil.
La cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps
SENS LE LA VUE. 457 vitré sont une série de corps réfringens placés à la suite les uns des autres dans la longueur de la lunette , et ayant pour but de réunir et de concentrer les rayons lumineux sur la rétine. Aussi , ces parties sont-elles en rapport; d’abord avec le milieu dans lequel vit l'animal, milieu qui a une influence sur l’incidence dans laquelle les rayons arrivent à l’œil; ensuite, entre elles , afin que leurs réfractions respectives se combinent de manière à ce que le foyer commun soit sur la rétine , et qu'il y ait achromatisme. Dans les animaux aquatiques en eflet, Ja cornée est plate ; elle est, au contraire , très- convexe dans les oiseaux; et dans les mammifères, sa forme est intermédiaire à ces deux extrêmes. Chez les poissons, dans lesquels la cornée est plate, le cristallin est sphérique , parce qu’il faut qu'il supplée à ce que ne fait pas la cornée; chez les oiseaux, au contraire, par une raison inverse il est presque plat. Le rôle réfringent de chacune de ces humeurs ne peut du reste être contesté; M. Aagendie s’est servi de l’expérience de Descartes , relative à l'observation des images qui sont au fond de l'œil, pour le démontrer. Il a noté ce qui arrivait à l’image à mesure qu'on enlève à l’œil un de ses corps réfringens. Ainsi , la cornée soustraite , l'image avait même grandeur , mais elle était plus obscure , moins éclairée. Il en était de même après l’enlèvement de l'humeur aqueuse; seulement l’image occupait une plus grande place sur la rétine. Si le cristallin seul était enlevé, comme dans opération de la cataracte , l’image était mal terminée , peu éclairée, et surlout avait une dimension quadruple. Enfin , si on ne laissait à l'œil que l'humeur vitrée et la capsule cristalline, il n’y avait plus d'image sur la rétine; la lumière y parvenait bien, mais sans y affecter
aucune forme. Ce physiologiste croit que la réfraction principale est effectuée par le cristallin; que la cornée est trop mince pour agir beaucoup ; qu’elle ne fait, en rapprochant un peu les rayons, que d’accroîire l’intensité de la lumière qui pénètre dans la chambre antérieure ; et que le corps vitré n’est si considérable que pour donner à la rétine une grande étendue , et agrandir le champ de la vision.
L’éris est évidemment le diaphragme de la lunette. Sous ce rapport elle sert à corriger l’aberration de sphéricité, en diminuant la partie du cristallin qui est accessible aux rayons lumineux. À cet égard , M. Biot fait observer que ce diaphragme est placé dans l’œil, précisément au lieu où il peut le mieuxremplir cetoflice, touten admettant la plus grande quantité possible de rayons lumineux. Si la pupille eût été tout-à-fait sur la surface antérieure de l'œil, il est évident qu’elle eût moins aisément corrigé l’aberration de sphéricité, ou qu’elle aurait dû être plus étroite, ce qui aurait nui à la clarté de l’image. C’est même un point de l’organisation de l'œil qu'a imité M. Wollasion dans la construction des loupes périscopiques , loupes qui sont composées de deux segmens de lentilles sphériques plano-convexes, opposés par leur côté plane , et séparés par un diaphragme : et qui évidemment sont avantageuses pour la quantité de la lumière qu’elles admettent et la distance de l’axeà laquelleelles permettent d'étendre la vision. La couleur noire qui teint Firis sert à absorber les rayons réfléchis, et à empêcher qu'ils n’apportent du trouble dans la vision. Mais, ce qu’a de plus avantageux cet iris , c’est la mobilité de son trou central : seulement il y a controverses , et sur le mécanisme par lequel se meut la pupille , et sur les circonstances de la
vision dans lesquelles elle le fait. Sous le premier rapport, long-temps on admit des fibres musculaires dans la texture de liris; dans cette hypothèse, la pupille était rétrécie , quand les fibres musculaires cireulaires se contractaient, et elle se dibatait quand ses fibres musculaires rayonnantes agissaient. Mais aujourd'hui que généralement l’on nie l'existence de fibres musculaires ‘dans l'iris, on explique la mobilité de la pupille par Vafllux du sang dans les vaisseaux qui composent la membrane , par une sorte de turgescence analogue à celle des parties érectiles ; si le sang afflue , le tissu de l’iris se gonfle , et la pupille se rétrécit ; s’il se retire, le tissu de l'iris se vide , et la pupille se dilate. Ce qu'il y a de sûr, c'est que cette pupille se meut plutôt à la suite d’une irritation de la rétine , que consécutivement à l’irritation qu'on lui applique directement; Fontana et Caldani l'ont vu rester immobile, quand on ne dirigeait que sur elle seule les rayons lumineux; son irritation avec la pointe d’une aiguille à cataracte ne détermine en elle aucun mouvement sensible ; et souvent la paralysie de Ja rétine entraîne son immobilité. On dit que quelques personnes ont acquis la faculté de l'ouvrir et de la resserrer à volonté, et cela en examinant successivement tous les points d’une règle; des naturalistes disent que des oiseaux de nuit ont le même pouvoir. Il y a certainement, quelque chose à découvrir encore sur le mécanisme par lequel se meut la pupille.
Il en est de même des circonstances dans lesquelles elle se meut : cette motion doit avoir une grande influence; car le cristallin ayant une densité différente à son centre et à sa circonférence , les rayons lumineux sont différemment réfractés, selon le point de cette len-
tille qu'ils traversent, et c’est le jeu de la pupille qui décide quel est ce point. Mais la théorie ne peut encore indiquer ici «ien de précis. On a surtout accusé trois principales utilités aux mouvemens de la pupille ; savoir : de coordonner l'œil à l'intensité de la lumière des objets, à leur distance , et de remédier à l’aberration de sphéricité. La première n’est pas douteuse : il est sûr que la pupille coordonne son degré d’écartement à la quantité de lumière qui arrive dans l’œil; qu’elle se dilate, par exemple , quand la lumière est faible, comme pour en admettre le plus possible; et qu’au contraire , elle se resserre, quand la lumière est forte : c’est pour cela qu’étant dans l'obscurité, on voit bien ce qui se passe dans un lieu éclairé, tandis que, d’un lieu éclairé, on ne voit pas ce qui se passe dans l’obscurité ; qu’en passant de l’obscurité dans le jour , on éprouve souvent un éblouissement douloureux, qui ne laisse rien distinguer ; et qu’en passant du jour dans l’obscurité, on est d’abord quelque temps sans rien voir. Le second oflice est également vraisemblable : quand on examine la pupille d’une personne qui fixe successivement tous les points d’une longue règle , on voit cette pupille se retrécir à mesure que la vue s'arrête sur un point plus rapproché , et se dilater à mesure que c'es: un point plus éloigné qui est regardé, La théorie d’ailleurs concoit les effets de son jeu dans ce cas : lors de la vision d’un objet rapproché , elle se resserre pour n’admettre que des rayons très-rapprochés de l’axe , peu divergens, et que l'œil pourra réunir sur la rétine ; lors de la vision d’un objet éloigné , elle se dilate, pour admettre des rayons plus divergens, et qui courront moins le risque d’être réunis avant la rétine. M. Hagendie doute que les dimensions variables de la pupille
SENS DE LA VUE. 461 aient rapport aux distances; mais, quand on parvient à voir un objet trop petit et invisible d’abord , en le regardant à travers une carte percée d’un petit trou , qu’at-on fait, sinon substituer une pupille artificielle plus étroite à celle que l’on possède ? Et que fait cette pupille artificielle , si ce n’est de permettre qu’on regarde l’objet de plus près ? Or, si, pour voir un objet plus rapproché, il suffit d’avoir une pupille plus étroite, peut-on douter que notre pupille, qui est mobile , ne se rétrécisse, et ne se dilate selon les cas, et qu’ainsi elle ne se coordonne aux distances ? Enfin , il est évident qu’elle sert à corriger l’aberration de sphéricité, en interceptant, ou laissant arriver , selon le besoin , les rayons les plus distans de l'axe, qui ne pourraient pas ou pourraient seuls être réunis sur la rétine. Ce n’est même que dans cette vue qu’elle se meut proportionnellement aux distances , pour que les rayons lumineux, quel que soit leur degré de divergence, aient toujours leur foyer sur la rétine. Il y a plus : l'étendue de la pupille a part aussi à la grandeur de l’image; M. Magendie a vu, dams ses expériences, qu’en agrandissant la pupille par une incision circulaire, l’image au fond de l’œil devenait plus grande. Enfin , les mouvemens de la pupille ont peut - êtré une influence prochaine sur la correction de l’aberration de réfrangibilité, en déterminant quelle partie du cristallin traverse les rayons; ceci étant fondé sur ce que la densité de ce corps n’est pas la même dans les divers points de son étendue. Ainsi la même cause produirait tous les perfectionnemens de l'œil, son achromatisme, la faculté qu'il a de former toujours sur son fond des images nettes, bien éclairées , et, enfin, de voir à des distances diverses. Les procès ciliaires ont des usages peu connus. Les
uns leur font jouer un rôle physique dans la vision, celui de modifier le degré de convexité du cristallin ;, ou de faire varier sa distance de la rétine. Mais ils ne fondent en cela que des conjectures. Encore dans cette hypothèse, y a-t-il controverse sur le mécanisme de leur motion? Ceux-cila rapportent à des fibres musculaires qui existeraient en eux, et qui sont aussi contestables que celles qu’on supposait dans l'iris. Ceux-là l’expliquent par une turgescence vasculaire érectile analogue à celle qu’on admet dans l'iris. Selon d’autres, au contraire, les procès ciliaires ne servent qu'à assurer la constitution organique de l'œil. Haller, par exemple, dit qu’ils fixent le cristallin. M. Ribes prétend qu'ils sont les organes sécréteurs des humeurs de l'œil, et les agens du renouvellement de ces humeurs. ,
La choroïde ne sert probablement aussi qu’à assurer la constitution organique de l’œæil; du moins, l'iris et les procès ciliaires sont considérés comme étant ses prolongemens. À la vérité, Mariotte et Lecat ont voulu en faire l'agent vital de lawision, ne regardant plus la rétine que comme une espèce d’épiderme étendu à sa surface, et destiné à tempérer l’action de la lumière sur elle. Leurs argumens étaient : 1° que cette membrane est noire, et par couséquent plus propre que la rétine à absorber tous les rayons ; 2° qu’elle est contiguë à l'iris, dont le trou pupillaire est ce qui règle la quantité de lumière qui pénètre dans l'œil; 3° enfin, que si un objet est placé de manière que son image tombe sur le point de la rétine où aboutit le nerf optique , et où la choroïde n'existe pas , cet objet n’est pas vu. Mais on peut répondre à chacun de ces argumens. L’enduit noir de la choroïde serait plus propre à arrêter la vision qu’à la servir,
SENS DE LA VUE. 463 en empêchant les rayons d’arriver jusqu’à la membrane ; et il est trop évident d’ailleurs qu'on étend ici une vue toute physique à la partie vitale de la fonction. Ïl n’y a dans l’économie que les organes nerveux qui puissent développer une impression sensitive, et la choroïde est une membrane plus vasculaire que nerveuse, La fameuse expérience de Mariotte, consistant à faire tomber des rayons lumineux exclusivement sur le centre du nerf optique, ne conduit pas forcément à la conséquenceque la rétine est insensible; si l’image a cessé d’être aperçue au point iudiqué , cela peut résulter de la présence d’un vaisseau sariguin qui existe en cet endroit. M. T'hillaye, conjecture que la tache jaune de Sæœmmering et le trou qui est à son centre ont sur ce fait quelque influence. Enfin, dans les poissons , il existe entre la rétine et la choroïde un gros corps glanduleux opaque, et cependant ces animaux ne sont pas aveugles. La choroide n’est donc pas l’agent vital de la vision. Peutêtre cependant qu'un peu de lumière parvient jusqu’à la choroïde , et que c’est pour en opérer l’absorption que cette membrane est teinte de noir. Il est sûr au moins, que cet enduit sert à la vision ; car la vue est plus faible dans les albinos , chez lesquels cet enduit manque. Ev. Home dit qu'il ne sert comme dans le reste de l'œil, qu’à préserver l'organe de l’action nuisible d’une trop forte lumière, À l’occasion de cet enduit, quel est l’usage ” de la tache appelée tapis, qui, chez les animaux, existe à la surface interne de la choroïde, en dehors du nerf optique ? Il est probable que cette tache, en réfléchissant quelques rayons sur la rétine , influe sur le caractère de Ja vision. Monra conjecturait que sa couleur avait des rapports avec la couleur des alimens dont use l’ani -
mal; mais cela est contredit par la zoologie. M. Richerand conjecture plus gratuitementencore , que ce tapis sert à faire prendre aux animaux une opinion exagérée de l’homme ; comme si la nature pouvait avoir à détruire des conditions de vision qu’elle aurait édifiées. I] vaut mieux avouer que cetusageest encore inconnu. Dironsnous aussi qu'on à dit que la choroïde remplissait, à l'égard de la rétine, l’oflice de l’étamage derrière une glace ?
Reste enfin la rétine qui est la partie nerveuse qui , par le contact des rayons lumineux , développe l’impression. Ce qui le prouve, c’est que dans les derniers animaux, elle compose à elle seule l'œil; et que si elle est paralysée, comme dans la goutte sereine , ou qu’on interrompe sa communication avec le nerf optique, il y a cécité.
C’est à son action que commence la partie vitale de la vision. Nous ne pouvons pas dire de cette action plus que nous n’avons dit des impressions sensitives des autres sens. C’est une action moléculaire , que conséquemment son résultat seul manifeste; qui, n’ayant pas son analogue parmi les actions physiques et chimiques, doit être dite vitale ; qui n’est pas l’effet mécanique de lPapplication de la lumière, mais qui tient au mode d’activité de la rétine pour laquelle la lumière est seulement un excitant; qui, enfin, répète avec autant de délicatesse que de sûreté tout ce qui a trait aux qualités extérieures des corps dont émanent les rayons lumineux qui la provoquent. Nous n’avons pas besoin de dire qu'il faut une certaine quantité de lumière pour que l'impression se produise; s’il y a trop peu de lumière , l’objet n’est pas ou mal vu; s’il y en a trop, on ressent un éblouisse-
SENS DE LA VUE. 465 ment douloureux ; la quantité convenable dépend de la sensibilité de la rétine. Est-ce parce que la partie centrale de la rétine est plus sensible ; ou parce que les images sont plus nettes, quand les cônes lumineux qui les forment sont dans la direction de l’axe optique, que Pon fait tomber sur cette partie centrale les rayons quand on veut bien voir les objets ? il est certain que, pour bien voir, nous tournons les yeux de manière à placer les objets dans la direction de l’axe optique.
Une particularité que présente la rétine dans son action , c’est qu’elle devient insensible à l’impression d’une couleur qui a agi sur elle un certain temps; et de là le phénomène des couleurs accidentelles , des taches qu'on xoit souvent sur les objets. Si, après avoir fixé longtemps un objet noir , on en regarde un blanc, celui-ci paraît plus blanc; si , après avoir regardé un corps tacheté;>0n en fixe un tout blanc , celui-ci paraît aussi tacheté ; si après avoir regardé un objet rouge, on en regarde un blanc, ce corps blanc paraît vert, etc. Ces effets sont dus à ce que la rétine, pour avoir recu un peu long-temps l'impression d’une couleur , a perdu momentanément son aptitude à la sentir; et conséquemment voit l’objet nouveau comme s’il avait de moins la couleur dont elle est fatiguée.
Telle est l'exposition du mécanisme de la vision. Mais ils’est présenté pour ce sens quelques questions particulières. Par exemple , on s’est demandé pourquoi lon voit les objets droits, bien que l’image qui est tracée au fond de l’œil soit dans une position renversée ? Il y a eu . iei controverse parmi les philosophes. Buffon et Lecat ont prétendu que primitivement on avait vu les objets renversés; mais que le toucher avait bientôt averti l'âme
de l’erreur dans laquelle la vue la précipitait ; et qu'alors l'âme s’était tellement habituée à rectifier celte erreur où elle était jetée, qu’elle avait fini parne pas même s’apercevoir de la rectification qu’elle en opérait sans cesse. M. Gall nous paraît avoir pleinement prouvé la fausseté de cette première explication. En effet; dit-il, si L'opii mion de Buffon était fondée , on devrait au moins voir les objets renversés , avant que l’âme n’ait été détrompée par l’instruction lente du toucher; et quel homme se rappelle avoir vu dans sa première enfance les objets renversés ? On a opéré quelques cataractés de naissance; et l’on a recueilli avec soin le détail des premières impressions qu’ils ont reçues ; or , aucun d’eux n’a offert cette particularité bizarre. Nous - mêmes ;, lorsque nous voyons pour la première fois un objet qui nous est inconnu , nous devrions le voir dans une position renver+ sée , jusqu’à ce que le toucher soit venu nous éclairer sur notre erreur. Les animaux , qui souvent-n’ont pas le toucher, verraient donc tous les objets renversés ; et n'est-ce pas démenti par la précision de tous leurs mou vemens , et par leurs diverses actions ? Enfin , rappelons l’axiome que nous avons déjà indiqué à l’histoire du toucher , que l’âme est passive quand elle recoit des sensations , et qu’elle est irrésistiblement contrainte àrles recevoir telles qu’elles sont faites. L'âme ne peutiaucunement modifier une impression visuelle; elle est irrésistiblement obligée de voir d’après la disposition des rayons lumineux qui arrivent à la rétine : les illusions d'optique en sont la preuve ; cesse-t-on jamais de se voir derrière un miroir à une distance égale à celle qui vous en sépare par devant ? Cesse-t-on jamais de voir brisé un bâton plongé dans l’eau ? Pourquoila prétendue
SENS DE LA VUE. 467 rectification par le toucher n’a-t-elle pas lieu dans ces cas, comme dans celui où l’invoque Bufon ? Est-ce que dans les illusions des autres sens , dans les illusions açoustiques , par exemple , les échos , l'âme ne recoit pas la sensation telle qu’elle est faite? L’äme n’a pas plus d’avantage à l'égard de la vue : elle peut bien être avertie d'autre part que la vue la trompe ; mais elle n’en recoit pas moins l'impression visuelle telle qu'elle est, quelque erronée qu'elle soit. L’explication de Buffon ne peut donc être conservée.
Berkley , pour résoudre ce problème , dit que la position d’un corps n’est jamais jugée que relativement à Ja nôtre , et que, comme nous nous voyons nous-mêmes renversés , les corps extérieurs sont par rapport à nous , comme s'ils étaient droits. À cette raison , on ajoute cette autre, que , sans qu'on puisse dire pourquoi nous voyons les corps dans la direction des rayons qui nous en apportent l’image, etque conséquemment nous devons voir en bas la partie inférieure des corps , et en haut la partie supérieure , parce que telle est la direction des rayons par lesquels on les voit.
M. Gall s'élève encore contre ces raisonnemens , et contre la question elle-même , qui n’a été faite, dit-il , que parce qu'on a étendu les applications physiques que comporte la vision , jusqu’à la partie vitale de la fonction. D'abord , si l’image qui est au fond de l'œil doit être retournée , pourquoi ne le serait-elle pas par les parties de l'organe , qui sont postérieures à la rétine ? Ce n'est pas dans la rétine que s’accomplit la sensation, mais dans le cerveau ; et dès lors, pourquoi ne pas chercher dans les parties qui sont au-delà de la rétine, la cause du redressement de l’image ? Ensuite , quoiqu'il
y ait une image tracée au fond de l'œil, il n’y a pas pour cela reproduction dans l'œil du corps qui est vu; l’image ne fait que produire sur la rétine un ébranlement semblable à celui qui a lieu dans les autres sens par le contact de leurs excitans. Pourquoi le corps visible serait-il dans la vue plus représenté, que ne le sont les corps sapides, vibrans , dans le goût , l’ouie ? La question lui paraît donc oiseuse , et le fruit d’une application abusive de la physique à une opération vitale.
Une autre question que l’on a élevée dans l’histoire de la vue , et celle-ci s’applique aussi au sens de l'ouie ; c’est de savoir pourquoi, voyant avec deux yeux , l'âme cependant ne voit pas les objets doubles , bien qu'il y ait deux impressions reçues , deux images formées. Buffon a eu recours au même raisonnement que nous avons indiqué plus baut : on a vu primitivement les objets doubles ; l’âme ensuite a été instruite de son erreur par le toucher : elle l’a rectifiée , et elle a tellement pris l’habitude de cette rectification , qu’elle a fini par ne plus s’apercevoir qu'elle la faisait. Ge sont les mêmes objections à opposer à cette explication : qui se rappelle avoir vu les objets doubles dans sa première enfance ? Les cataractés de naissance, qui ont été rendus soudain à la lumière , ont-ils jamais présenté ce phénomène ? voit-on double l’objet nouveau qu’on regarde pour la première fois? Ceux des animaux qui ont les yeux situés assezen avant pour pouvoir les employer simultanément, voientils double ? et si cela n’est pas , qui rectifie l'erreur de la vue chez ceux qui n’ont pas de toucher ? Enfin , n’estce pas une vérité incontestable, que l’âme ne peut modifier aucune impression visuelle, même lorsqu'elle sait
SENS DE LA VUE. 469 d'autre part que cette impression fonde une illusion ? Cette âme modifie-t-elle Fimpression du loucher spontané , dans lequel on voit les objets doubles ? l’explication de Buffon ne peut donc être admise.
Ackerman a invoqué l’entrecroisement des deux nerfs optiques sur la selle turcique; mais l’explication du phénomène doit s'appliquer au sens de l’ouïe , comme à celui de la vue ; et y a-til en quelques lieux entrecroisement des nerfs acoustiques ?
Les métaphysiciens ont dit que dans la sensation il fallait distinguer l’impression et la perception ; que l’œil ne servait qu'à l'impression , et que les impressions de l’un et l’autre œil se confondaient au lieu où se produit la perception. Mais un fait prouve que l’œil a partau phénomène , c’est qu’il suflit de presser légèrement avec le doigt un des yeux , pour qu’on voie double.
On a dit que la sensation était rapportée à l’extrémité du cône lumineux qui cause l’impression ; et que, comme cette extrémité est la même pour chaque œil , on ne pouvait voir qu’un objet. Mais l’extrémité du cône lumineux n'est-elle pas unique aussi dans le loucher volontaire ? et d’ailleurs n’est-ce pas à l'organe seul, et non à l’excitant qui l’impressionne , qu’il faut rapporter ce trait de la fonction ?
M. Gall a cru vaincre la difficulté en la niant; il a dit que si l’on voit avec les deux yeux à la fois, ce n’est que rarement et dans la vision passive ; mais que dans la vision active on ne regarde jamais qu'avec un seul œil, tantôt l’un , tantôt l’autre , et que dèslors, n’y ayant qu’une impression , on ne devait voir qu’un objet. À l'appui de cette proposition , il fait remarquer que chez beaucoup d’animaux les yeux sont placés trop sur jes
côtés pour pouvoir fixer ensemble un même objet ; dé sorte que chez eux la vision ne doit se faire qu'avec un seul œil, ce qui est déjà une présomption pour qu'il en soit de même chez l’homme. Il observe qu’en beaucoup de cas, pour mieux voir , on n’emploie qu’un œil, pour ajuster une arme à feu , par exemple. Il croit que, lorsque l’on ne ferme pas l'un des yeux , il n’y en a cependant qu’un qui agit ; et il en indique comme preuve que l’ombre d’un petit corps qu’on a placé entre soi et une lumière qu’on regarde, ne tombe pas dans l’intervalledes yeux , sur la racine du nez, comme cela devrait être si le corps était fixé par les deux yeux , mais alternativement sur l’un ei l’autre œil, selon que c’est l’un ou l’autre qui regarde. Ainsi , il émet une assertion inverse de celle qu'avait posée Bichat ; que loin qu’il faille harmonie d'action entre les deux yeux et les organes pairs de toute fonction animale , pour que la vision soit nette, et l'exercice de la fonction précis ; leur .simultanéité d'action n’a lieu que rarement , seulement lors de l’exercice passif de la fonction , et cesse aussitôt que l’on veut la vision active et cette action aussi vive que possible. Il dit que , si on voit double dans le loucher volontaire, c'est que l’un des deux yeux voit passivement , tandis que l’autre est en vision active.
Déjà Lecat avait eu cette idée, et avait avancé que l'œil droit, quoiqu'il ne fût pas constamment le plus fort, était celni qui était le plus souvent employé. Mais il me semble qu'on peut la contester. D’abord , pour ce qui est de la question que nous agitons , M. Gall ne nié pas que, dans Ja vision passive, les deux yeux ne soient impressionnés, et cependant l’objet est vu simple. Ensuite, est-il vrai que dans la vision active, et dans 14
SENS D£ LA VUE. 471 plupart des cas, il n’y ait qu’un seul œil d’employé? Chacun peut observer sur soi-même qu'il voit mieux en employant les deux yeux, qu’en n’usant que d’un seul. Dira-t-on que laffaiblissement qu’on éprouve en regardant avec un seul œil, l’autre étant fermé , tient à ce que l’œil qui reste ouvert est comme déconcerté d'agir seul? Mais peut-on croire quece soit sansraison et non dans le but de fonder un avantage pour nous, que la nature a placé nos yeux, de manière que les deux puissent se fixer à la fois sur un même objet? À quoi servirait alors cette remarquable harmonie dans les mouvemens des deux veux, harmonie qui est telle que la volonté ne peut la faire cesser que par des efforts ? On a calculé que la vision effectuée avec les deux yeux, était plus forte d’un treizième que celle pour laquelle on n'emploie qu’un œil. Enfin, s’il est des cas où il vaut mieux ne regarder qu'avec un œil, comme dans le viser du chasseur , ou lorsque les yeux sont inégaux en force réfringente ; en sensibilité, comme quand on regarde à travers une lunette ; certaines expériences prouvent que le plus souvent on regarde avec les deux yeux. Si on regarde la flamme d’une bougie, ou un rayon solaire recu dans une chambre obscure , à travers deux verres assez épais, et teints chacun d’une couleur différente ; la lumière que l'on apercoit n’est pas celle de l’un des deux verres , mais elle a une puance intermédiaire aux couleurs de l’un et de l’autre : si, quelquefois , cela n’est pas , c'est que les yeux ont une force inégale, et on voit alors l’objet de la couleur du verre qui est devant l’œil le plus fort. Si on regarde un même objet, d’abordavec l'œil droit, puis avec l’œil gauche , et enfin avec les deux yeux à la fois; on voit que dans les deux premiers cas,
il correspond à deux points différens d’une muraille, et que dans le troisième , il correspond à un point intermédiaire aux deux premiers, qui en est le milieu, si les deux yeux sont égaux , etqui, dans le cas contraire , est plus rapproché du point où on le voyait quand on le regardait avec l'œil le plus fort. Si on cherche à enfiler une petite baguette dans un anneau suspendu à un fil, on y parvient aisément ense servant des deux yeux ; mais on ne le peut plus dès qu’on tente la chose avec un seul œil. Il est de fait qu’une personne qui perd par accident un œil, est quelquefois un an avant de juger sainement de la distance des objets qui sont placés près d’elle. Enfin , s’il est possible de n’empleyer pour voir qu’un seul de ses yeux, est-il également possible de n’entendre qu'avec une seule oreille? Ainsi, sans disconvenir que souvent on n’emploie qu’un seul œil, comme plus souvent on emploie les deux, la question, quoiqu'ait dit M. Gall ,reste entière.
On a invoqué l'inégalité des yeux , et l’on a dit qu’on ne voyait que l'impression de l'œil le plus fort. Souvent, en effet, les deux yeux n’ont pas la même force, et la différence peut être portée au point que l’un des yeux soit myope et l’autre presbyte. M. Lerebours nous a dit fournir des lunettes à une personne qui pour un œil avait besoin d’un verre convexe de cinq pouces de foyer , et pour l’autre œil d’un verre concave de quatre pouces de foyer. Souvent cette différence est la cause pour laquelle quelques personnes ne regardent qu'avec un œil, ou offrent le phénomène du sirabisme. Mais cette différence n'empêche pas qu’on ne voie mieux avec deux yeux qu'avec un seul , et ne contredit pas les faits qui prouvent qu'effectivement on voit avec les deux.yeux.
Enfin , on a dit que les rayons lumineux frappaient des points correspondans des deux rétines , et que par suite les deux impressions se confondaient en une seule. D'abord , il faut remarquer que par ces mots points correspondans des rétines , il faut entendre seulement ceux qui ont l'habitude d’être influencés simultanément. Ensuite , c’est Ià moins expliquer le phénomène , qu’indiquer la condition nécessaire pour qu'il ait lieu.
La question est donc dans l’état actuel de la science non résolue ; et l’on se borne à dire que pour que l’objet soit vu simple , il faut que les mouvemensdes yeux aient l’harmonie nécessaire pour que les images reposent sur des points correspondans des rétines. Si cela n’est pas, comme dans le loucher volontaire; ou dans l'ivresse, état dans lequel les mouvemens de tous les muscles sont peu précis ; ou lorsqu'on pousse un des yeux à droite ou à gauche, on voit les objets doubles.
On appelle loucher ou strabisme la discordance dans les mouvemens des yeux. La vue est le seul sens qui puisse offrir ce phénomène; dans les autres sens, les deux moitiés de l’organe , s’il est unique, comme dans le goût et l’odorat ; et les deux organes, s’ils sont pairs, comme dans l’ouie, sont toujours disposés de manière à ce qu'irrésistiblement ils agissent ensemble. Le loucher est volontaire ou involontaire : dans le premier cas, l’objet est toujours vu double ; dans le second , au con- ” traire , il est vu simple. A l’occasion de ce dernier , on se fait deux questions : les deux yeux y sont-ilsemployés, ou un seul ? Et quelles sont ses causes ? Buffon dit que dans le strabisme il n’y a jamais qu’un seul œil d’employé : examinant des individus louches au moment où ils fixaient des objets , il a bien reconnu en eux quel était
l'œil qui agissait ; et bouchant cet œil , il a reconnu que ces individus avaient alors perdu la présence des objets, et pour la recouvrer pointaient sur eux le seul œil qu’ils avaient de libre , et qui auparavant était écarté. Quant aux causes du loucher involontaire , elles résident dans les muscles propres de l’œil, ou dans le globe de l'œil lui-même. Ainsi, qu’un des muscles droits soit paralysé , le muscle opposé se trouvant sans antagoniste, tirera constamment l'œil de son côté. Il en est de même , quand on fait exercer un des muscles plus que les autres ; par exemple, par suite de la position que l’on donne au berceau d’un enfant, relativement au point d'où vient la lumière. Dans ce dernier cas, on peut avec des efforts ramener l'équilibre entre les muscles. Dans ce cas aussi , certainement il n’y a qu’un seul œil d’employé. Quand, au contraire, la causé du sirabisme siège dans le globe de l’œil lui-même , Buffon dit qu’elle consiste presque toujours dans l'inégalité des yeux ; cette inégalité em amène dans les images ; et pour que la vision soit nette, il faut absolument n’employer qu'un œil , l'œil le plus fort , et écarter l’autre pour qu’inactif il n’apporte aueune confusion. Ce naturaliste dit avoir vérifié sur beaucoup d'individus louches que les yeux avaient des forces inégales ; c’est toujours l’œil le plus faible qui s’écarte ; il se porte le plus souvent en dedans, afin que moins de rayons lui arrivent, et pour qu’il trouble conséquemment moins la vision ; si l’autre œil accidentellement est fermé , alors il pointe à son tour l’objet pour le voir. Rarement on louche des deux yeux; cela n’arrive que quand un des yeux est myope, et l’autre presbyte ; alors on emploie tour à tour Fun ou l’autre, selon qu'on veut voir un objet rapproché ou éloigné. Lahire voulait que
la cause du strabisme résidât dans une différence de sensibilité des points correspondans des rétines ; il disait que les yeux ne se mouvaient avec discordance qué pour faire tomber les images sur des points dés rétines également sensibles ; il croyait que les deux yeux agissaient: mais pourquoi lœil qui louche se pointe-t-il directement sur l’objet, quand on à fermé l’œil qui est droit ? l’assertion de Buffon me semble plus vraie.
La fonction immédiate de la vue est évidemment de donner la sensation des couleurs. Ses fonctions médiates du auxiliaires sont nombreuses , et en font un des sens les plus prochainement utiles à l’esprit : il fait connaître la grandeur , la figure , la distance des corps, leur nombre , etc. Mais à l'égard dé ces dermiers attributs, les métaphysiciens ont été divisés : les uns, coramé Molineux , Berckley , Condillac, ont prétendu que la vue ne les possédait pas primitivement , et qu'ellé ne les acquérait que par le secours du toucher;les autres, comme M. Gall, ont dit que ce sens donnait primitivement la notion de ces diverses qualités. Les arguméns de ce dernier nous paraissent devoir faire adopter son opinion.
Il est certain d’abord, qu'aujourd'hui la vue fait juger la distance , la grandeur, la figure des corps ; et déjà de cela seul résulte qu’elle l’a pu toujours. Nous avons dit effectivement que l'œil était irrésistiblement forcé de voir d’après la disposition des rayons qui lui arrivent : et que l’habitude ni le secours d’un autre sens, né pouvaient faire modifier les impressions qu’il reçoit. Or, si jà vue donne aujourd’hui les notions de la distance, de la grandeur, c’est qu'il était dans son essence de le pouvoir , sinon elle ne les aurait jamais données.
Ensuite, des faits directs confirment ce raisonnement.
Pour nier que l’œil puisse donner la notion dela distance, on se fonde sur ce qu’on ne peut en juger que par le degré d’écartement de ce qu’on appelle l’angle visuel ; et que c’est ce même angle visuel qui fait juger la grandeur. On argue de l’observation d’un aveugle-né , opéré par Cheselden, et qui lorsque la vue lui fut donnée était si loin de juger les distances , qu’il croyait que tous les objets touchaient ses yeux. Mais d’abord, en même temps qu’on juge de la distance par l’angle visuel, on en juge aussi par le degré de lumière du corps , degré qui est d'autant plus grand que le corps est plus rapproché; et cette dernière circonstance peut servir à faire déméler ce qui, dans l’angle visuel, tient à la distance du corps, et ce qui tient à sa dimension. Ensuite, n’avons-nous pas dit que l’image qui est tracée au fond de œil est proportionnelle à la distance de l’objet ? En troisième lieu, n'est-il pas certain que, dans la vision , les rayons sont toujours rapportés à la distance de laquelle ils sont partis ? n’en a-t-on pas la preuve dans l'emploi des miroirs planes ? Peut-être , enfin, y a-t-il, dans l’impression que recoit la rétine , quelque chose de différent selon l’impulsion ? et l’on conçoit que celle-ci doit être différente selon la distance de laquelle provient la lumière.
Pour nier que la vue juge primitivement les grandeurs, on à eu recours aux mêmes argumens ; à ce que l’on ne juge de la grandeur que par la même circonstance qui fait juger la distance , c’est -à- dire l’angle visuel ; et à ce que ce même aveugle-né de Cheselden parut ne pas juger les grandeurs, et prétendit, par exemple , que le pouce qu’on lui mettait devant l’œil lui paraissait aussi grand que la maison que ce pouce lui empêchait de voir.
SENS DE LA VUX. 477 Mais nous répéterons encore que; jugeant de Ja distance , non pas seulement par l’angle visuel, mais encore par l’état plus ou moins éclairé des objets, on peut toujours séparer dans cet angle visuel ce qui tient à la distance et ce qui tient à la grandeur. D'ailleurs, la réline a une assez grande étendue ; les rayons qui partent d’an objet frappent plusieurs de ses points à la fois ; ils y dessinent une petite image : pourrait-on dès lors ne pas voir les dimensions des corps ? L’étendue plus ou moins grande de image doit nécessairement donner la notion des dimensions du corps, dont celte image est la représentation. Par la même raison que nous ‘voyons plusieurs objets à la fois, nous devons voir ensemble plusieurs parties d’un même objet; et de [à découle Ja possibilité pour la vue de juger les grandeurs.
Enfin , c’est encore l’exemple de cet aveugle-né opéré par Cheselden, qu'on a invoqué pour prouver que la vue ne peut donner primitivement la notion de la figure des corps. On assure, en effet, qu'il ne distinguait ni le rond ni l’angulaire; qu’alternativement il prit des tableaux pour des reliefs solides, et pour ce qu'ils sont réellement , de simples surfaces coloriées. Mais lesrayons lamineux sont toujours rapportés aux points dont ils sont partis; et les objets sont toujours vus d’après les angles de réflexion et de réfraction des rayons. Or, comme ces deux circonstances doivent varier selon la figure des corps , la vue doit apprécier cette qualité des corps.
Encore une fois, notre âme , recevant toutes sensations telles qu’elles lui sont envoyées , et ne pouvant en modifier aucune ; nul sens ne pouvant par l'expérience , l'habitude , le secours d’un autre sens, acquérir de nouvelles propriétés: puisque la vue donne aujourd’hui les
notions de la distance, de la grandeur , de la figure des corps, c'est que c'était dans ses attributs primilifs. Et, en eflet, si cela n’était pas, pourquoi dans les illusions d'optique qui sont dues à la diversité de réflexion et de réfraction des rayons, verrions-nous tant de distances, de grandeurs , de figures qui sont illusoires, et sur lesquelles conséquemment le toucher n’a pu éclairer ? Comment céncevoir l'illusion de l'art de la peinture ? Enfin, ce qui complète laconviction , c’est que les animaux jugent bien par la vue lès distances, les figures des corps ; et comment supposer que chez eux ce sens ait pu être instruit par le toucher, qu'ils n’ont souvent qu’à un degré imparfait ? Ce n’est pas que l’œil ne soit exposé à tromper et à se tromper sur ces divers objets, comme nous le dirons tout à l'heure, et que le toucher souvent n’avertisse de ses erreurs. C’est, en effet, par la même circonstance , le degré d’écartement de l’angle visuel , que la vue juge la distance et la grandeur des objets; un objet grand et un objet rapproché sont également vus sous un augle visuel fort grand : c’est le contraire d’un objet petit et d’un objet éloigné ; et l’on peut alors , dans l’appréciation de l'impression , attribuer à l’un de ces états ce qui est de l’autre , juger grand l’objet qui est rapproché, et oice versä. En ce cas , la vue peut induire en erreur, commé elle le fait dans ce qu’on appelle les illusions d'optique qui vont nous occuper tout à l'heure , et le toucher peut servir à avertir de cette erreur. Mais encore la vue pourrait seule arriver à la reconnaître; et, par la différence du degré de lumière des objets , par exemplé, parvenir à distinguer dans l’angle visuel ce qui appartient à la distance et ce qui appartient à la grandeur. Cependant, reconnaissons que cette faculté d’appré-
cier les distances, les dimensions, les figures , est renfermée dans l’espace où nous avons dit que la vision était plus distincte ; et qui varie pour chacune de ces qualités des corps. Ainsi, on juge assez sainement Ja distance quand les corps sont près de nous; mais cela devient plus difficile. à mesure qu'ils s’éloignent , et, à la fin, cela est impossible ; bien entendu encore que ce qu’on appelle point de vue distinct varie selon le volume du corps. On juge mieux cette distance si l’objet est sur un même plan que nous, et s’il ya, entre lui et nous, des corps intermédiaires. Il en est de même de la grandeur : on n’en peut juger qu'à une certaine distance ; au - delà , il n’y a plus rien de précis. Nous jugeons de la mobilité des corps par le mouvement que fait leur image sur la rétine, par des variations:qui surviennent dans la grandeur de cette image, par le changement de direction de la lumière qui parvient à l’œil : mais , pour cela ; il faut que le mouvement ne soit ni trop:rapide ni trop lent , et que le corps ne soit pas trop éloigné. Du reste , remarquons que, dans d’usage que nous faisons ici de la vue, il y a de plus jugemens portés, c’est-à-dire action des facullés supérieures de l’esprit.
Tandis que des métaphysiciens rabaissaient ainsi le sens de la vue, d’autres en exagéraient la puissance , en lui attribuant la faculté de reconnaître les lieux dont nous avons déjà parlé à l’article de l’odorat , et la faculté du coloris , qui est un des-élémens de l'art de la peinture. £ertainement on ne peut lui rapporter la première, car - souvent les distances sont trop grandes , ou ont été parcourues avec trop de rapidité pour que la vue ait pu remarquer les heux; souvent elles ont été franchies par des routes différentes , ou de manière que le sens de la vue
n’a pu rien voir. Îl en est de même de la faculté du coloris; la vue assiste cette faculté, mais n’en est pas la base; et la preuve, c'est qu’il n’y a aucun rapport entre elle et l’état des yeux. Les peintres, qui sont les meilleurs coloristes, ne sont pas nécessairement ceux qui ont la vue la meilleure. C’est dans le cerveau qu’existe la source de cette faculté , comme celle des autres arts.
C’est parce que nous voyons toujours d’après l’ordre dans lequel nous arrivent les rayons , et, parce que ces rayons , dans leur trajet de l’objet à l'œil, peuvent subir mille réflexions et réfractions diverses , que le sens de la vue donne souvent de fausses notions sur la coloration, la distance , la figure des corps; d’où résultent ce qu'on appelle les t{lusions d'optique. Ainsi , que la lumière qui émane d’un objet traverse avant d’arriver à l’œil un corps transparent , mais coloré, et qui ne laissera passer que les rayons de sa couleur , l’objet ne sera pas vu avec sa couleur propre , mais avec celle de ce corps transpa- | rent coloré : un miroir plane, en réfléchissant la lumière, fait voir les objets où ils ne sont pas ; un verre convexe fait juger un objet plus gros; un verre concave le fait voir plus petit. Les hommes produisent souvent de ces illusions dans quelques vues d'utilité et d'agrément : c’est sur elles , par exemple , qu’est fondée la construction des instrumens de dioptrique , par lesquels nous ajoutons à la puissance de notre vue.
La vue n’est pas le seul sens qui soit susceptible de ces illusions : louie est aussi dans ce cas , parce que le contact du corps extérieur n’est pas immédiat non plus; qu'il y a un corps intermédiaire qui est chargé de propager le son ;1et'que, dans le trajet, le son! peut être modifié , réfléchi, condensé : Jes échos, par exemple ;
SENS DE LA VUE 48 sont des illusions d’acoustique. Les illusions s’observent dans tous les sens qui agissent à distance.
H ne faut pas confondre les illusions d’optique avec les erreurs dans lesquelles peut nous jeter la vue. Les premières sont étrangères à l’action de notre organe, et tiennent aux modifications qu'ont éprouvées les rayons dans leur trajet de l'objet extérieur à l’œil : tels sont les phénomènes que nous venons de citer. Les secondes , au contraire, sont lé fait même de nos organes , et consistent, ou dans un vice du jugement que nous portons consécutivement à une impression visuelle, ou dans un vice de l’action de l’œil lui - même. Ainsi, comme la grandeur et la distance des corps se jugent un peu par les mêmes bases , la grandeur de l’angle visuel et le degré d'intensité de la lumière , on peut prendre une de ces qualités pour l’autre. Ainsi, de deux objets placés à égale distance et également éclairés , le plus grand paraîtra le plus près ; de deux objets d’un même volume, et placés à égale distance, le plus éclairé paraîtra le plus près. Voilà des cas d'erreur qui ont leur cause dans le jugement intellectuel que nous portons. Au contraire, le phénomène des couleurs accidentelles que nous avons indiqué plus haut, est une erreur de la vue qui a sa cause dans une action vicieuse de l’œil lui-même.
Telle est l’histoire assez compliquée du sens de la vue. Dans Ja série des animaux, ce sens est en raison de la construction plus ou moins heureuse de l’œil, considéré, et comme instrument de dioptrique, et comme organe sentant. L'homme est assez bien partagé à son égard : ses yeux , placés à la partie antérieure et supérieure de la face, dominent tous les objets, embrassent tout lhémisphère antérieur; etmêmeleur champ s'étend un peu sur
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le côté, à raison du dégagement de l'orbite en ce sens. Ils peuvent se fixer ensemble sur un même corps ; ils sont fort mobiles, ont une portée assez étendue. Gertainement beaucoup d'animaux sont moins bien organisés que l’homme sous ce rapport. Cependant , quelques-uns aussi ont une vue supérieure à la sienne ,les oiseaux , par exemple : chez eux la lunette dioptrique est mieux faite ; le cristallin est plus plat, d’où résulte une aberration de sphéricité moindre; la pupille est; plus mobile , d’où résulte plus de possibilité de. varier la portée de la vue; le nerf optique est plus gros. On concoit aussi que la rétine pourrait ayoir une organisation diverse dans chaque animal ; de sorte que chaque animal jugerait le même corps diversement coloré ,etattacherait un rapport d’agrément ou de désagrément divers à chaque couleur. Pourquoi en effet, cela ne serait-il pas des couleurs, comme nous avons dit que cela pouvait être des saveurs, des odeurs, etc.
Quant aux différences de la vue parmi les hommes, elles tiennent à trois circonstances : lasiructure intime du nerf optique ; la disposition plus ou moins heureuse de L'instrument de dioptrique ; et enfin l’observance ou l'oubli des précautions hygiéniques propres à conserver l'organe.
Le sens de la vue est, après le goût, celui quiest Le plus volontaire , puisque son organe propre est garni à sa communication avec l'extérieur d’une ouverture qu’on peut à son gré tenir ouverte ou fermée. Quand il agit passivement , c'est ce qu’on appelle voir; et, qaand om l’'emploie activement , c’est ce qu’on appelle regarder. Dans la vision active , la volonté agit à la fois ; ‘et sur les puissances musculaires qui meuvent l'œil, afin de le diriger vers l’objet; et sur la partie nerveuse, afin qu’elle reçoive avec plus d’exactitude l'impression. Ainsi,
SENS DE LA VUE. 483 d’un côté : action de la tête pour diriger l'œil, des paupières pour le mettre à découvert , de ses muscles propres pour le pointer sur les objets ; action des puissances quelconques qui coordonnent l'instrument optique à la distance et à la grandeur des objets ; jeu de la pupille pour détruire plus efficacement l’aberration de sphéricité : d’un autre côté, érection dela rétine; voilà ce qu’on observe de plus dans la vision active. Toutefois, puisque la vue est volontaire , elle est passible de l'éducation ; par la culture elle acquiert une trèsgrande perfection. Avec quelle délicatesse les peintres discernent les nuances les plus déliées des couleurs ! qui ne s'étonne de voir nos ouvriers des Gobelins , saisir, au milieu d’un millier de nuances diverses , celle qui précisément est l’analogue d’un point déterminé du tableau qu'ils copient ! Cette perfection est relative à chacune des notions que donne le sens ; le chasseur , le marin, par exemple, jugent mieux les distances; le peintre , les couleurs , les formes. Rappelons encore : que , dans ce perfectionnement , il faut attribuer autant aux facultés de l'esprit qu’à la vue elle-même.
$. VE — Considérations générales et résumé sur les Sens.
Nous n’avons pas besoin de rappeler ce qu'a démoniré avec évidence l’histoire particulière de chacun des sens ; savoir, que tous ont leurs organes à la périphérie du corps ; que tous sont , à cause de cela, souvent impressionnés malgré nous; que tous cependant : sont volontaires , susceptibles d’être employés de deux manières, aclivement et passivement , etc. Nous allons nous arrêter à quelques considérations qui méritent davantage de fixer l’attention.
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D'abord , dans tous les sens l’action d'impression a été aussi inconnue en elle-même , que l’étaient les deux autres actions nerveuses , desquelles résulte toute sensation ; savoir , l’action conductrice du nerf, et l’action percevante du cerveau ; et il en résulte que nos notions sur les sens sont, et probablement seront toujours peu de chose, et se réduisent à savoir comment se fait le contact du corps extérieur à la partie nerveuse. Dans quelques sens , comme ceux de la vue et de l’ouie , le mode selon lequel se fait ce contact a même laissé encore beaucoup de points obscurs.
Tantôt l’organe du sens a consisté en plusieurs points sentans , disposés les uns à côté des autres, à la surface d’une membrane , comme dans le toucher, le goût et l’odorat : et on appelle ces sens, dans lesquels la papille nerveuse est mêlée aux autres élémens organiques de la partie , sens composés où multiples. Tantôt , au coniraire, l'organe n’offre qu’un seul point qui soit sentant , et la partie nerveuse est isolée des autres parties; comme dans la vue et l’ouie, qu’on a appelés, à cause de cela , sens simples ou uniques.
Évidemment ces sens forment chacun autant de Systèmes nerveux spéciaux, affectés à une fonction propre ; et en effet : 1° chacun fait éprouver sa sensation spéciale ; 2° leur nombre varie dans la série des animaux ; de tous c’est le tact qui est le plus répandu; puis, successivement, le goût, l’odorat , l’ouie et la vue; 3°leur degré de perfection ne diffère pas moins; et cela, nonseulement dans la série des animaux, mais encore dans un même animal. Dans un même animal , un sens peut être très-développé , et un autre être obtus : l'oiseau , par exemple, a généralement la vue fort étendue, et