‹ Physiologie de l'homme (volume 4)Chapitre 25 sur 35 · RÉSUMÉ SUR LES SENS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ SUR LES SENS

au contraire l’odorat faible ; 4° enfin , il n’y a aucune coïncidence dans les époques d’accroissement et de dégradation des uns et des autres; et cela encore , nonseulement dans la généralité des animaux , mais dans une même espèce animale : le goûtet l’odorat, par exemple , entrent plutôt en exercice chez l’homme que la vue et l’ouie , et cependant ces derniers manifestent les premiers les eflets de la vieillesse. On ne peut pas dire que le plus prompt affaiblissement de certains sens , tienne à l'exercice plus répété qu’on en a fait : on emploie également à peu près les uns et les autres ; et il faut bien que la différence tienne à une différence dans la vie intrinsèque de leurs systèmes nerveux respectifs.

Ils forment de même des systèmes nerveux, indépendans du cerveau ; et en effet: 1° leurs fonctions sont bien différentes ; 2° ils ne sont pas dans les divers animaux , et même dans une même espèce animale , en rapport avec le volume et la composition du cerveau; souvent ils sont plus parfaits chez les animaux, que chez l’homme qui a le plus beau cerveau ; 3° enfin, les époques auxquelles ces sens entrent en jeu , acquièrent toute leur puissance , et décroissent , ne sont pas les mêmes que celles auxquelles de son côté le cerveau croît et se détériore ; depuis long-temps , par exemple, les sens recoivent des impressions que le cerveau est encore incapable de former des idées.

Cependant la plupart des philosophes leur ont fait jouer un très-grand rôle dans la production des actes intellectuels et moraux, et ont regardé les impressions des sens comme fondant leurs matériaux exclusifs et nécessaires. Mais ils ont évidemment exagéré , comme on va le voir.

D'abord, il est évident que les sens ne donnent par eux-mêmes que des impressions , et que c'est l'esprit seul qui consécutivement à ces impressions fait les idées, les notions par lesquelles on se représente les corps. À ce titre les impressions des sens ne seraient tout au plus que les excitans, les matériaux des opérations intellectuelles.

Ensuite, il est sûr que le nombre et le caractère des impressions sensitives, ou autrement l’état des sens, n’est pas ce qui détermine le nombre et le caractère des opérations intellectuelles , ou autrement la psycologie d’un être. Je sais bien que nous émettons ici une opinion invérse de celle des philosophes modernes , et de l'école de Condillac. Depuis Aristote auquel on attribue cet axiome si fameux en métaphysique, nthil estinintellectu, quod non prius fuerit in sensu ; depuis Locke et Condillac qui ont fait de cet axiome la base de la philosophie ; la plupart des métaphysiciens ont établi que les impressions des sens étaient les matériaux nécessaires et exclusifs de tous les actes intellectuels , de sorte que ceuxci étaient en raison du nombre et du degré de perfection des sens. Voltaire a dit, d’après Condillae :

Nos cinq sens imparfaits , donnés par la nature,

De nos biens, de nos maux sont l’unique mesure. Mais les faits nous paraissent contraires à cette doctrine, Si elle était vraie en effet , l’étendue de la sphère morale et intellectuelle dans les diverses espèces animales , et dans les divers hommes, aurait dû être en raison du nombre et de la perfection des sens, et cela n’est pas. D'un côté, beaucoup d’animaux ont le même nombre de sens que l’homme ; souvent chez eux ces sens sont plus parfaits , et cependant chez aucun l'intelligence n'est

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