RÉSUMÉ SUR LES SENS
aussi grande. Dira-t-on qu'aucun animal n’a à la fois les cinq sens aussi parfaits qu'ils le sont chez l’homme ? mais que chez eux, toujours en même temps qu’un sens est très-parfait, un autre est obtus? D’abord ce dernier fait est vrai aussi de l’homme; son odorat, par exemple, est bien loin d’être aussi parfait que son toucher. Ensuite, pourquoi au moins chaque animal n’a-t-il pas perfectionné l’acte intellectuel qui semble se rapporter le plus au sens qu'il a Le plus parfait? pourquoi , par exemple, la peinture n’a-t-elle pas été cultivée par celui qui a la vue la plus délicate; la musique , par celui qui a l’ouie la plus fine ; les arts mécaniques par ceux qui sont doués d’un organe de toucher parfait? La nullité ou le peu de puissance des animaux sous tous ces rapporls prouvent, au contraire, que toutes ces facultés, et l'intelligence en général , ne dépendent en rien de l’état des sens. En outre, on pourrait se demander pourquoi les animaux auraient , avec des sens qui sont au fond les mêmes et qui ne diffèrent que par le plus ou le moins de puissance , des instincts aussi divers que ceux qu'ils présentent ? D’un autre côté , toutes ces considérations s'appliquent à l’homme , et en recoivent ure nouvelle force. Certainement l'étendue de l’intellect , l’énergie des passions, ne sont pas chez cet être en raison de l’état exquis des sens : les idiots , par exemple , ont souvent les sens excellens ; el, au contraire, que de génies peuvent avoir les sens obtus ! vainement des philosophes ont voulu rapporter à la main de l’homme toute sa supériorité intellectuelle ; la main , nous l’avons déjà dit , n’est après tout qu’un instrument subordonné, qui a besoin d’être guidé,
Les sens ne sont que des instrumens secondaires , nécessaires à l’accomplissement de quelques-unes des facultés de l'esprit , mais qui n’en déterminent nullement la puissance. Il est vrai qu’àraison de cette utilité, ils sont souvent mis en rapport réciproque avec l'organe de l'esprit, le cerveau , et calculés pour le nombre et la perfection d’après le degré de composition de ce cerveau. Mais encore ce dernier fait n’est il pas absolument nécessaire ? Les sens et l’intellect sont deux sortes d'actions bien distinctes , sans doute liées les unes aux autres eb enchaînées dans un même but, mais qui ont chacune leur office propre. Il eût été absurde sans doute de chercher la cause du caractère de la vision dans le cerveau, parce que le concours de cet organe est nécessaire à cette fonction : il est tout aussi déraisonnable de placer dans les sens la cause du caractère de l'intelligence, parce que celle-ci peut quelquefois les employer.
On objectera peut-être qu'un animal qui n’aurait aucun sens n'aurait non plus aucun acte intellectuel. Geci demande discussion. Suppose-t-on un animal édifié par la nature de manière à n'avoir aucun sens? Sans doute cet animal ne connaîtra rien de l’univers, mais la nature l’aura organisé de manière à n’avoir pas besoin de cette connaissance. Sans doute aussi cet animal n'aura pas davantage de facultés intellectuelles; et en effet, à quoi lui serviraient-elles, puisqu'il n’a pas de rapports sentis et volontaires à établir avec l'univers , et que c’est pour guider dans l'établissement de ces rapports que l'intellect est institué? Mais de ce que cet animal qu'on suppose sans sens, n’aurait pas d’intellect, il ne faut pas en conclure que les premiers sont les pro-
RÉSUMÉ SUR LES SENS. S 489 ducteurs du second : ce sont seulement deux rouages qui se commandent réciproquement, et avec un seul desquels la nature, malgré sa toute-puissance , n’aurait pu édifier un animal. Il est bien d’autres appareils qui se commandent ainsi réciproquement , les appareils respiratoire et circulatoire , par exemple. Suppose-t-on , au contraire, un animal organisé de manière à avoir besoin des cinq sens , et qui devait primitivement les posséder ? Sans doute , il n’aura aucunes notions de l’univers# il ne pourra non plus exécuter aucune des facultés de son esprit qui exigent pour leur accomplissement le service des sens , comme les facultés de musique , de langage , par exemple. Mais rien ne doit empêcher de croire qu’il aurait ses autres facultés spirituelles , et même le sentiment de celles qu'il ne pourrait exercer. De même qu'il pourrait avoir la sensation de la faim, par exemple ; pourquoë n’aurait-il pas également le penchant moral de l’amour , ce penchant qui éclate , même dans l’isolement de toutes les impressions externes qui s’y rapportent? Du reste, est-il permis de raisonner d’après la supposilion d’un être qui serait construit si contraire ment aux règles posées par la nature elle-même , qu’un pareil être serait à jamais hors d'état de continuer d'exister ?
Mais , dira-t-on encore , un homme qui naîtrait privé des sens de l’ouie et de la vue , aurait certainement une intelligence plus bornée que celle d’un homme ordinaire; et l'exemple des sourds - muets présente en quelque sorte réalisée la moitié de cette supposition. On sait, en effet, combien de temps ces infortunés sont restés dans l'ignorance; et ce n’est que par les plus difficiles et les plus honorables travaux qu’on parvient
de nos jours à les en tirer, D'abord, de ce qu’on peut aujourd'hui les instruire , il faut déjà conclure ; que le sens dont ils sont privés ne constituait pas un élément absolument nécessaire de l’intelligence , sinon tous nos efforts auraient été vains , mais seulement une condition secondaire qui lui est utile, et qui éncore , comme onle voit, peut être remplacée. Ensuite, on peut indiquer quelle est ceite utilité secondaire , et pourtant si nécessaire, dont est le sens de l’ouie pour le développement de l'esprit : c’est celle de recueillir les mots, les sons qui sont les représentations des divers produits de l’esprié.
Une vérité bien importante en effet, est que les langues ne servent pas seulement à communiquer les idées , mais à en avoir ; l’intellect a absolument besoin pour opérer , de se faire un langage; àmesure que l'esprit
produit une idée, il faut qu'il lui attache un signe qui
lui donne du corps et la conserve. Sans cet artifice, l'esprit serait comme une glace mobile où les idées s’évanouiraient à mesure qu'elles seraient formées. Condillac a fort bien prouvé que sans les langues , l'esprit humain resterait dans une éternelle enfance ; et qu’au contraire c’est à ces langues que l'esprit doit de pouvoir passer d’abstractions en abstraciions.
Or, ces signes , ces langues sont , ou des figures offertes
à l’œil, ou des sons reçus par l'oreille ; et cela explique la grande utilité de cés sens pour l’exercice de l’entendement; ils sont nécessaires à la formation d’un langage , sur lequel l’entendement doit absolument s'appuyer. Cela est si vrai que l’on n’est parvenu à faire jouir le sourd-muet de tout le développement de son intelligence, qu'en étendant le seul langage qui est possible à sa
RÉSUMÉ SUR LES SENS. PAR nature , celui de figures offertes à la vue ou au tact; il a pu dès lors conserver aussi toutes les idées qu'il a faites, et les multiplier, comme nous le faisons nous-mêmes à l’aide de nos langues parlées. D'ailleurs, on a pu lui faire connaître celles-ci mêmes par la traduction que nous en faisons, c’est-à-dire par l'écriture; et, de cette manière, ces hommes ont, non-seulement nos mêmes idées , mais encore nos mêmes mots pour les rendre.
Un homme qui naïtrait privé des sens de la vue et de l’ouïe, serait encore plus difficile à instruire que le sourdmuet, puisqu'on n'aurait plus que le sens du toucher sur les sensations duquel on pourrait établir un système de signes. Mais cet homme n’en aurait pas moins Îles mêmes facultés intellectuelles ; seuiement beaucoup ne pourraient pas être mises en jeu. Est-ce que les sourds el muets , qui sont abandonnés à eux-mêmes , sont pour cela sans intellect ?
Du reste, cette supposition d’un homme privé des sens de la vue et de l’ouïe, et cependant intelligent, a été, en quelque sorte , réalisée dans un jeune écossais appelé Muüchel, né en 1799, et qui vivait,encore en 1818, quand M. Spurzheim imprima sa Phrænologie, dans laquelle j’en ai puisé l'observation. Ge jeune homme, quoique aveugle et sourd de naissance , n’en manifestait pas moins beaucoup de facultés intellectuelles et affectives, et même à un assez haut degré; il était trèscurieux et très-avide de connaître tous les corps extérieurs; pour y parvenir , il employait sans relâche les seuls sens qu’il possédât , le toucher et l’odorat : toutes ses actions portaient en elles la marque de l'inteiligence et du raisonnement; ses gestes étaient très-bien calculés
pour l’objet qu'il voulait faire connaître , la pensée qu'il voulait communiquer; de son côté, il comprenait à merveille ceux qui lui étaient adressés, et qui ne pouvaient s'appliquer qu’à son toucher; il était sensible aux caresses, susceptible d’affections diverses, de bienveillance et de haine, de colère et de malice: il avait de la coquetterie , car il aimait à se parer ; il avait enfin le sentiment de la propriété, et la connaissance de la mort qui lui inspirait beaucoup de crainte. Certes aucun fait ne peut mieux prouver dans quelle indépendance sont des sens les facultés intellectuelles et morales.
Encore une fois, les sens ne sont que des instrumens secondaires , à l’aide desquels l'esprit acquiert la notion de l’univers extérieur ; mais ils n’ont pas sur l’entendement une influence aussi grande qu’on l’avaitdit, quand on avait ‘voulu trouver dans leurs impressions les matériaux exclusifs et nécessaires de toutes nos pensées. Seulement, comme on ne juge de l'univers que par eux, etqu'ils ne sont pas en même nombre et à un égal degré de perfection dans les animaux , il en résulte que l'univers n’est pas le même pour tous les animaux, mais est dans chacun en raison du nombreet de la délicatesse des sens qu’ils possèdent. Il y a certainement une grande distance , entre le monde d’un polype qui n’a que le tact, et encore seulement ce que ce tact a de nécessaire pour la nutrition ; et le monde de l’homme, dont l'œil voit tous les corps diversement colorés et figurés qui sont répandus dans l’espace, dont l’oreille est frappée de mille sons , et le palais et l’odorat , le siége de mille sensations délicieuses. Ajoutons que nous ne jugeons du monde que d’après nous ; et que, quand nous assurons que ce monde est le même pour ui autre animal, ce n'est que par analogie,
RÉSUMÉ SUR LES SENS. 495 étant à jamais hors d'état de savoir ce que sont les sens de cet animal.
Du reste, on se rappelle la distinction que nous avons faite des fonctions des sens en immédiates et médiates.Il est évident que chaque sens n’a qu’une seule fonction immédiate : le sens du tact, celle de donner la sensation de la température ; les sens du goût, de l’odorat, de l’ouïe et de la vue, celles de donner les sensations des saveurs , des odeurs, des sons et des couleurs. Il est évi-
ent aussi qu'à cet égard aucun sens ne peut en suppléer un autre, et n’a besoin, pour exercer sa fonction , du secours d’un autre sens, de l'habitude ou d’une espèce d'éducation. Bichat a dit à tort, que les sens pour s'exercer complètement, avaient , comme toutes fonctions animales, besoin d’une éducation préalable; ils remplissent leur office , dès que leur organe a acquis le développement convenable ; et, en effet, dans la série des animaux , il n’en est aucun qui ne se soit montré en exercice à l’instant même de la naissance , et, par conséquent, sans exercice antérieur. Au contraire , les fonctions médiates des sens sont multiples en chacun d’eux ; souvent plusieurs sens ont les mêmes , et c’est à cet égard que les sens se prêtent des secours mutuels. Le toucher , par exemple, sert tout à la fois à reconnaître la figure , les dimensions des corps , et la vae est apte à donner les mêmes notions ; l'impression que l’un de ces sens peut échapper , est recueillie par l’autre ; et l’erreur dans laquelle un de ces sens peut jeter, est reconnue par l’autre.
Comme la vue, l’ouie , le toucher ont bien plus de fonctions médiates à remlir que le goût et l’odorat; Buisson a appelé les premiers , sens de l'intelligence , et
les seconds , sens de la nutrition. Divers caractères justlient cette distinction. Le goût et l’odorat sont situés plus inférieurement , et occupent les appareils des fonctions pour lesquelles ils exercent un minisière d’exploration : ils sont symétriques , mais non divisés en deux organes séparés; leur siège est en des membranes muqueuses ; ils exigent le contact du corps extérieur luimême, et, sous ce rapport , semblent davantage être une espèce de tact ; ils ne donnent que des notions corporelles, relatives à la nature intime des corps, et, à cause de cela, ont été appelés sens chimiques ; enfin, utiles surtout pour la nutrition en explorant les alimens et l'air, ils servent plus l’animal que l’homme, sont souvent plus exquis chez l’animal que -chez l’homme, et seraient impunément perdus pour la vie sociale. La vue et l’ouie, au contraire , sont situés plus supérieurement, occupent des cavités qui leur sont propres, eË sont toujours composés de deux organes séparés ; ces organes ne sont plus une membrane muqueuse , mais des parties fort compliquées ; leurs impressions ne résultent pas du contact du corps extérieur lui-même, mais de celui d’un corps intermédiaire ; les notions qu'ils donnent sont relatives aux qualités extérieures des corps ; enfin, ces sens servent prochainement l'intelligence ,: puisque ce sont eux qui apportent les signes de la pensée , qui recueillent toutes les espèces de langage ; sous ce rapport, ‘ils sont vraiment les sens sociaux ; aussi ne manquent-ils jamais, sans que l'homme , sous Île point de vue intellectuel et moral , ne reste dans un grand état: d’imperfection. Cependant, observons que Buisson a encore ici rapporté à la vue et à louie des effets qui ap partiennent à l'intelligence : ces sens ne fournissent que
RÉSUMÉ SUR LES SENS. 490 les impressions physiques, mais c’est l'esprit seul qui recoit les idées que lui seul y a attachées : ce n’est pas plus l'œil qui lit , l'oreille qui entend parler , que ce n’est la langue qui parle, les doigts qui jouent d’un instrument, les pieds qui dansent; la vue et l’ouie ne sont toujours ici que des instrumens secondaires, agissant sous la direction du cerveau.
La faculté qu'ont les sens de se suppléer les uns les autres dans leurs fonctions médiates, éclate surtout dans les cas où il y a perte de quelques-uns d’entre eux; dans les aveugles et les sourds , par exemple : on voit alors les sens qui restent donner seuls les notions qui auparavant étaient données par tous. Dans les aveugles, le toucher et l’ouie sont les seuls agens de l’âme , et acquièrent une très - grande délicatesse. L’aveugle - né de Puiseaux apprenait à lire à son fils avec des tcaractères “en relief : il tournait et maniait habilement l'aiguille ; il appréciait au tact toutes les nuances du poli des corps; il jugeait de même le poids d’un corps, la capacité d’unverre; par la seule action de Pair sur son visage, il jugeait de la distance à laquelle:il était des corps. Son oreille n’était pas moins exercée que son toucher; il reconnaissait toutes les personnes au son de leur voix; avec le secours de Ja voix ; il jetait à un: but avec assez de sûreté; au caractère du son que produit la chute d’un liquide: dans un vase , il jugeait de l'instant où le vase était plein. Son langage prouvait que son esprit avait recu ses principales impressions du toucher : Pœil, disait-il , est une longue main qui va touclier les objets au loin; le miroir ; une machine qui met les corps en relief lo d'eux-mêmes. L’aveugie Saunderson ; qui, quoique privé de la vue , a écrit un traité sur l'optique
reconnaissait les personnes en suivant avec le doigt Îé profil de leur figure. Les sourds , au contraire , perfectionnent beaucoup leur vue ; on les voit comprendre les paroles au seul mouvement des lèvres. Dans ces secours respectifs des sens, la vue et le toucher s’associent, comme le goût et l’odorat ; on veut toucher tout ce qu’on voit , et regarder tout ce qu’on touche; comme on goûte ce qu’on odore , et qu’on odore tout ce qu’on goûte.
Y a-t-il dans les animaux et dans l’homme, quelques sens autres que ceux que nous avons décrits ? Pour ce qui est des animaux, la question est insoluble ; car, si quelques-uns avaient quelques sens de plus que nous, il nous serait impossible de nous en assurer. D’un côté, on ne connaîtrait pas la qualité nouvelle de l’univers dont ces sens donneraient la notion ; car nous serions, par rapport à elle, comme est un aveugle de naissance par rapport aux couleurs. D’un autre côté, on ne pourrait pas même savoir que les organes nouveaux qui en seraient les instrumens seraient des organes de sens plutôt que des organes d’autres fonctions ; on serait toujours réduit, sur l’action de ces organes , à des conjectures. Ge n’est que par analogie , mais par une analogie assez forte , que nous disons que les animaux n’ont pas de sens autres que les nôtres. À la vérité, Spallanzani, Jurine, ayantremarquéque des chauve-souris auxquelles ils avaient crevé les yeux, bouché les narines et les oreilles, avaient néanmoins retrouvé sans hésiter leurs trous dans des cavernes , ont attribué cet effet à l’action d’un sixième sens qu'ils ont supposé exister dans ces animaux; mais cet effet peut s'expliquer par la seule délicatesse du tact. On a parlé d’un sens des localités, donnant la faculté de retrouver les lieux; mais c’est là
RÉSUMÉ SUR LES SENS: 49% une faculté. de l'intellect.. Enfin, M. Jacobson a trouvé dans l'os incisif des,animaux un organe nouveau, que tour à tour on a dit un organe pour le rut, ou un sens intermédiaire à ceux du goût et de l’odorat , et destiné à éclairer l’animal sur les alimens qui lui conviennent ; mais M. Jacobson ne regarde cette partie comme organe de sens, que parce qu’elle communique avec l'extérieur, et est plus riche en nerfs qu'en vaisseaux; et ces considérations certainement ne constituent pas une démonstration complète, |
Quant à l’homme, il ne possède que les cinq sens que nous avons décrit; il n’y a pas à la périphérie de son corps d’autres organes auxquels on puisse attribuer une action de ce genre. Buffon a bien indiqué , comme un sixième sens , la sensation vive qui est éprouvée dans le coït; mais ce n’est [à qu’une sensation tactile muqueuse , distincte seulement de toute autre en ce qu’elle exige un état particulier de la membrane, pour que le fluide excrété fasse impression sur elle : sous ce rapport, cette sensation tient à la fois des sensations externes et des sensations internes, Les magnétiseurs ont supposéun sixième sens , auquel l'homme devrait d’être accessible aux impressions par lesquelles ils le modifient; mais on peutexpliquer, sans cette conjecture, ce qu'il y a de réel dans les influences magnétiques. Enfin, on a parlé d’un sens de la faim, situé à l’orifice supérieur de l’estomac ; d’un sens de la soif, siégeant dans l’æsophage; et d’un sens pneumatique , situé dans le poumon ; mais les sensations qu'on leur rapporte sont des sensations internes.
OnDre Il. — Sensations externes autres que les Sens.
Il n’en existe que deux, et nous aurions pu renvoyer 1: 82
leur histoire à celle des douleurs; car, quand ces sensations sont prolongées, elles en prennent le caractère : ce sont le prurit ou démangeaison , et le chatouillement.
Le prurit n’éclate guère qu'à la peau, à l’origine des membranes muqueuses , et aux parties qui forment accidentellement la périphérie du corps. Souvent il est une sensation interne , qui succède à une cause organique et interne , comme dans les dartres et autres affections de la peau; mais souvent aussi il tient au contact d’un corps étranger, et aussi il sollicite à ce qu’on appelle le gratter, genre d’attouchement qui semble mécaniquement détacher de la peau le corps dont le contact l’agace. Cette sensation ne peut pas plus être définie que toute autre; elle est susceptible de mille degrés , et, portée à l'extrême , elle constitue un véritable supplice. On peut Jui appliquer ce que nous avons dit de toutes les sensations en général.
Le chatouillement est aussi une sensation propre à ia peau et à l’origine des membranes muqueuses , mais constamment externe , c'est-à-dire produite par un contact. Seulement ce contact exige des conditions particulières : il faut qu’il soit léger, exercé par un corps doux, et comme à l’improviste. Du reste , il y a des différences selon les parties dans lesquelles on veut faire naître la sensation du chatouillement : tantôt le corps doit être très-fin , et à peine appliqué à la surface sensible , comme aux lèvres; tantôt il peut avoir plus de volume, mais demande à être appliqué comme inopinément. Toutes les parties de la peau et des membranes muqueuses ne sont pas aptes à la développer : celles qui le sont le plus sont probablement celles dans lesquelles le système nerveux prédomine et est le plus dépouillé ; les orifices des mem:
branes muqueuses, la peau des hypochondres, la paume des mains, la plante des pieds, sont les parties qui la montrent le plus souvent. Il y a aussi des différences individuelles; et telles personnes y sont si prédisposées , que le simple geste, la simple menace du chatouillement les jette dans le spasme qui accompagne cette sensation. Nous ne pouvons encore que rappeler ici ce que nous avons dit des sensations en général : seulement nous dirons que cette sensation est si vive , qu’elle trouble aussitôt tout le système nerveux, jette dans un état de spasme , de convulsion générale, et veut qu’on la fasse finir ; prolongée, elle amènerait de graves accidens; et sa répétition énerve. Lecat l’appelait une sensation her. maphrodite , parce que, provoquant le rire d’une part, et de l’autre, exigeant impérieusement qu’on la fasse finir , elle paraît être intermédiaire à la douleur et au plaisir. Aa DEUXIEME CLASSE DES SENSATIONS.
Sensations internes ou organiques.
Pour que la sensibilité remplisse le but auquel elle est destinée, celui de nous avertir de ce qui nous est utile, et de nous mettre à même de pouvoir présider nous-mémes à notre conservation , il ne suffisait pas que les sens externes nous fissent connaître les corps extérieurs , avec lesquels nous avons des contacts continuels et inévitables , et dans lesquels nous devons trouver ce qui nous est nécessaire. ÏI fallait encore que nous fussions sollicités à établir avec ces corps les rapports dont nous avons besoin , et c’est là le but des sensations internes ou organiques.
Ces sensations sont des sentimens intérieurs qui se produisent spontanément dans l’homme et les animaux,
et qui les sollicitent plus ou moins impérieusement à des actes plus ou moins prochainement nécessaires à Jeur conservation, et au développement complet de leurs facultés. Tels sont, par exemple , les sentimens de la faim et de la soif, qui excitent l’homme et les animaux à prendre les alimens et les boissons que leur nutrition réclame. Tels sont encore les sentimens qui les portent à exercer ou à laisser reposer leurs muscles et leur esprit, selon que ces organes et ces facultés sont depuis quelque temps en repos ou en exercice.
Ces sensations consistent , aussi bien que les précédentes , en des actes dont nous avons perception, conscience ; mais elles en diffèrent en ce que l’impression qui en est la cause occasionelle , ne dépend plus du contact d’un'corps étranger, mais se développe dans l’organe auquel la sensation est rapportée par une cause organique inhérente à l’économie. Elles sont , pour l'intérieur du corps, ce qu’étaient les sens externes pour l'extérieur : les sens externes étaient les sentinelles qui veillaient au dehors du corps , et avertissaient des différens contacts auxquels il pouvait être soumis; celles-ci sont les sentinelles qui veillent au dedans , etavertissent des nécessités auxquelles il doit subvenir. On les a appe: lées besoins , parce que l’avertissement qu’elles donnent estun sentiment exprimé d’une manière plus impérieuse, et demande bien plus à être suivi.
Leur nombre est assez grand dans les animaux supérieurs, et par conséquent dans l’homme. Nous les classerons d’après leur but , qui est double : ou de faire établir avec l'univers une relation utile à la vie; ou de régler Ja mesure dans laquelle on doit exercer celles des fonctions qui sont volontaires.
1° Pour que tout être vivant se nourrisse et se renroduise , il faut qu'il établisse des relations avec les corps extérieurs ; afin de puiser en eux les matériaux nouveaux qu'il s'approprie , et de se rapprocher de l’individu de autre sexe sans lequel il ne peut effectuer sa reproduction. Or, la nature a , chez l’animal , laissé l'accomplissement de ces actes à la volonté de cet être : mais comme il lui importait beaucoup qu'ils ne fussent pas omis , elle ne s’en est pas reposée pour cet accomplissement sur l'intérêt seul qu'y a l'animal ; elle a fait se produire irrésistiblement en lui des sentimens intérieurs qui l'y sollicitent, Ges sentimens constituent une première classe de besoins, qui sont d’autant plus nombreux dans un animal, que le mécanisme de sa nutrition et de sa reproduction est plus compliqué, et exige avec l'extérieur des relations plus étendues. En voici Fénumération dans l’homme.
Ceux qui concernent la nutrition sont de deux ordres , selonu” ils ont pour but de faire puiser des matériaux nouveaux, ou selon qu’ils tendent à faire rejeter quelques-uns des matériaux qui composaient anciennement le corps. Au premier ordre , se rapportent : 1° le besoin des alimens solides , ou la sensation interne de la faim , qui sollicite à prendre les alimens destinés à renouveler la masse du sang ; 2° le besoin des alimens liquides, ou la sensation interne de la soif, qui excite à prendre les liquides propres à renouveler la partie liquide du sang ; 3° enfin , le besoin de l'air, la sensation interne de l'inspiration , qui fait introduire dans le poumon l’air nécessaire à la formation du sang. Au second ordre , se rapportent tous les besoins deseæcrétions , tous ces sentimens intérieurs qui se produisent en nous , quand les réser-
5o2 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.
voirs des matières excrémentitielles sont suffisamment pleins, et éprouvent la nécessité de se vider; comme les besoins du moucher , du cracher , du tousser ; le besoin de vomir, celui de la défécation , de l’excrétion urinaire , celui de l’expiration. Peut - être serait - on tenté de croire que les sensations de ce dernier ordre devraient être rapportées aux sensationstactiles muqueuses, et reconnaissent pour cause le contact de la matière excrémentitielle sur l’organe ; mais cela ne peutêtre vrai tout au plus que pour les sensations du moucher, du iousser et du cracher ; et certainement cela n’est pas pour celles de la défécation , de l’exerétion urinaire , de l’expiration, comme nous le verrons à l'histoire particulière de ces sensations.
Les besoins relatifs à la reproduction sont aussi de deux ordres : l’un comprend le besoin de la reproduction , ce sentiment intérieur particulier qui, dans le bel âge de la vie, excite les deux sexes à se rapprocher pour se reproduire ; l’autre comprend le besoin d’accoucher, qui, présidant à une action d’excrétion , doit être vrai ment assimilé aux divers besoins que nous avons dit précéder les excrétions de la nutrition.
2° Il est plusieurs de nos fonctions dont l'exercice est laissé à notre volonté, et que nous pouvons conséquemment : ou épuiser par un emploi excessif, ou laisser rouiller par une inaction non moins funeste , ou enfin étendre et développer par un usage convenable. On sait en eflet que l'exercice convenable d’une fonction donne à cette fonction toute la perfection possible, parce que son organe est alors mieux nourri, et a acquis plus de prestesse dans son jeu; qu’au contraire, et par des raisons inverses, l'inaction d’une fonction la
laisse au-dessous du degré de perfection qu’elle peut atteindre ; et qu’enfin , l'exercice abusif d’un organe l’épuise bientôt, et le rend impuissant. Or, combien n’était-il pas important pour nous de connaître la mesure précise dans laquelle nous devons exercer nos fonctions volontaires , pour les développer sans les épuiser ? Pour guider en cela notre volonté , la nature, toujours prévoyante, a attaché à dacune de nos fonctions volontaires , une sensation interne qui nous avertit quand leurs organes souffrent de trop d'exercice ou de trop d'inaction. C’est là une seconde classe de besoins , dont le nombre est encore en raison de la complication des animaux , et en raison du nombre des fonctions volontaires qu'ils possèdent. »
Chez l’homme, cette seconde classe de besoins se partageen deux ordres ; selon qu’ils tendent à fairemettre en exercice des facultés qui sont depuis long-temps inactives; ou selon que leur but , au contraire , est de faire reposer des facultés dont l'exercice dure depuis trop long-temps. Au premier ordre , nous rapporterons , 1° le besoin d'exercer les sens externes. A la vérité , la nécessité où sont les sens de s’exercer par le fait seul de l’état de veille , ne laisse jamais éprouver ce sentiment intérieur qui succèderait à leur inaction prolongée ; mais d’après l’analogie des autres fonctions, on doit admettre la réalité de ce besoin ; 2° le besoin d'exercer ses fa cultes intellectuelles. Ici encore , l’état de veille nécessitant l'emploi de l'esprit , on ne paraît éprouver jamais le besoin dont nous parlons, et on peut être tenté de le révoquer en doute; mais les habitudes , les professions , en étendant ce besoin , le rendent souvent si
impérieux, qu'il est alors impossible de le méconnattre. Quel est l’homme qui , accoutumé à une vie intellectuelle , n’éprouve un besoin de travail d'esprit , ne ‘sent redoubler son zèle studieux , après quelques jours coulés dans loisiveté? En général , toute faculté demande à être exercée ; et quand elle n’a pas encore été mise en jeu , quoique son organe soit suffisamment développé , ou qu’elle est depuis long - temps inactive , elle fait éprouver un besoin qui sollicite à l'exercer. Cela est vrai des facultés intellectuelles, comme de toutes au. ires. 6° Nous en dirons autant de cette autre partie du moral de l’homme , comprenant ce qu’on appelle les facultés affectives. Ces facultés , destinées à nous faire former nos liens de famille , d'amitié , de patrie, à établir notre état social, à nous guider dans cet état , demandent aussi à être satisfaites , et elles sont la source de tout Ce qu’on appelle les besoins du eœur. Nous reviendrons sur elles , ainsi que sur les précédentes qui fondent les besoins de l'esprit , à l’article de la psycologie. 4 Les besoins d'agir, de se mouvoir , qui se font sentir après quelques heures d’immobilité , et qui obligent , par exemple, la plupart des hommes à faire alterner les occupations de l'esprit et les exercices du corps. 5° Enfin , les besoins des expressions, qui, par exemple , ne permettent pas plus aux hommes de rester muets qu'immobiles. Qui pourrait en effet méconnaître le besoin de parler? Cependant , il serait possible de concevoir autrement la nécessité des expressions , et de les dériver de la sensibilité dont nous verrons qu’elles sont une suite irrésistible,
Au second ordre , se rapportent tous les besoins in-
DES SENSATIONS INTERNES. 505 versés’, qui éxcitent à laisser reposer des facultés trop long-temps exercées. Tels sont les sentimens intérieurs de fatigue qu'on éprouve après un exercice trop prolongé des fonctions des sens , des facultés intellectuelles et affectives , des fonctions locomotrices , et des actions d'expression. On ne peut contester le besoin de repos, qui suit l'exercice musculaire prolongé , le sentiment de: lassitude qui excite à ce repos : les lassituues relatives aux autres fonctions volontaires , sont aussi réelles ; on a le besoin du loisir, celui deldistractions, d’un changement d'occupation.
Cette seconde classe de besoins n’est pas moins utile que la première : et comme tous les actes qui s’y rapportent constituent un même état, celui de la veille , et exigent l’action d’un même système , le système nerveux ; il y a même deux besoins généraux qui se rapportent à tous à la fois , et qui ont trait à la réparation et à l'emploi du système commun qui agit. Ge sont : 1° le besoin du sommeil , qui annonce la nécessité de la suspension de l'état.de veille, pour que le, système nerveux répare les pertes qu'il a faites pendant cet état ; 2° le besoin de la veille, qui appelle le retour de cet état , et la nécessité , pour le système nerveux, d’employer la force qu'il a recouvrée.. Peut-être que ce dernier sentiment précède le -réveil:, et contribue à l’amener , Comme un sentiment intérieur. spécial annonce le sommeil. «tue
Telles sont les diverses sensations internes , ou besoins de l’homme , et qui fondent les divers avertissemens intérieurs propres à le faire user convenablement de l'univers et de ses facultés. Maintenant il faudrait faire l'histoire détaillée de chacune d’elles. Mais toutes celles
du premier ordre seront décrites à l’article des fonctions dont elles font partie , leur histoire réclamant la connaissance de faits qui sont relatifs à ces fonctions, et qui sont inconnus actuellement. Quant à celles du second ordre , notre savoir sur elles se réduit presque à les constater , c’est-à-dire au sentiment qui les consiitue , et qui fait qu'on les éprouve. Nous n’avons donc à présenter ici que quelques considérations générales. Ces sensations ne sont pas plus que les sensations externes , produites exclusivement dans la partie à laquelle nous les rapportons ; elles exigent aussi l'intervention du cerveau , et par conséquent résultent de la succession de trois actions ; une action dite d’impression, développée par la partie à laquelle le sentiment du besoin est rapporté ; une de perception , accomplie par le cerveau ; et une de transm ission effecluée par un nerf intermédiaire aux deux parties précédentes. Cette assertion a été prouvée dans le temps. De ces trois actions , les deux dernières étant ce qu’elles ont été dans les sensations externes , ce qu’elles sont dans toutes les sensations quelconques , nous n’avons pas besoin d’y revenir. Nous n'avons à nous occuper que de l’action d'impression. Dans l’étude de celle-ci , il faudrait aussi rechercher quelle est sa cause , son siége, et ce qu’elle est en elle-même. Or, c'estce que nous ferons à l’histoire particulière de chacune des sensations internes. Seulement , nous dirons ici que nous avons sur ces sensations encore moins de lumières. Tandis que dans les sensations externes, nous avions au moins toute certitude de la cause de l’action d'impression , de son siége ; et que notre ignorance se bornait à ne pas savoir en quoi elle consiste, parce qu’elle était trop
moléculaire pour tomber sous les sens : dansles sensations internes , nous ne pourrons pas plus spécifier Le changement spontané qui se fait dans l’organe auquel elle est rapportée; et de plus, on verra que nous ne pourrons en indiquer rigoureusement ni le siége, ni la cause.
Une particularité que présentent toutes ces sensations internes ou besoins , c’est qu’elles ne sont jamais indifférentes, mais ont toujours le type du plaisir ou de la douleur , selon qu’on cède ou résiste à l'avertissement qu’elles donnent. Qui peut méconnaître qu’il y a plaisir à satisfaire la faim , la soif, et douleur à ne le pas faire? Cette proposition est vraie de tous les besoins sans exception ; et c'est même par cela seul qu’ils pouvaient remplir leur but , celui de forcer notre volonté, et de nous faire agir dans l’intérêt de notre conservation. Par eux, en effet, nous sommes sollicités aux actes qui nous importent par l’attrait du plaisir d’abord ; .et , si ce mobile ne suffit pas , nous y sommes contraints ensuite par la voix plus impérieuse de la douleur. Cependant les besoins diffèrent beaucoup les uns des autres à cet égard ; ils sont d'autant plus impérieux, que les actes auxquels ils nous sollicitent sont plus nécessaires ; les besoins physiques , ceux des excrétions surtout, demandent à être plus promptement satisfaits. En outre , les uns et les autres passent par mille degrés d’activité ou d’affaiblissement , selon la mesure dans laquelle on leur résiste , et celle dans laquelle on leur obéit : chacun d’eux, d’abord diminue à mesure qu’on cède au vœu qu’il exprime, ensuite si on ycèdetrop , amène une sensation interne inverse : lebesoin de se mouvoir , par exemple , disparaît à mesure qu’on se meut, et même est remplacé par le sentiment de lassitude , si l’on ne
s'arrête pas à temps : la faim qui disparaît graduellement à mesure qu’on prend des alimens , est remplacée si l’on en prend trop, par un sentiment qui lui est opposé , celui de la satiété. C’est ainsi que tous offrent mille nuances intermédiaires aux deux extrêmes dans lesquels ils oscillent toujours.
La volonté , qui avait prise sur les sens externes , n’en! a aucune sur Jes sensations internes : on ne peut ni les éprouver , ni les faire taire à son gré : et en effet, sans cette indépendance , comment auraient-elles rempli leur objet ? destinées à ordonner les actes qui assurent la conservation de notre être , et nous font jouir de la plénitude de nos facultés ; les organes qui les développent ont dû être édifiés d’avance , de manière à les produire dès qu’existent les conditions dans lesquelles 1l importe qu'elles se fassent entendre. Seulement l'habitade a influence sur elles , et les besoins peuvent être , selon la mesure dans laquelle on les écoute , ou très-étendus , ou très-limités. Gela est vrai, même de ceux qui provoquent aux actes les plus nécessaires, des besoins de la faim et du sommeil ; par exemple, non-seulement Le besoin de la faim se fait sentir à des heures régulières ; mais il s'accroît quand on le satisfait trop , diminue par une conduite inverse, et se modifie d’après les alimens dont on a contracté l'habitude. Il en est de même du sommeil ; de même qu’on se fait petit ou gros mangeur, on s’habitue à dormir peu ou à dormir beaucoup. Mais c’est surtout sur les besoins moraux que l'habitude et le régime de vie ont influence. Parmi les facultés de l’homme, aucunes ne réclament plus la culture et l'exercice , que les facultés intellectuelles et affectives : abandonnées à elles-mêmes , ces facultés sont bien loin d'acquérir la
même activité , et de produire les mêmes résultats, que lorsqu'elles sont étendues par l'éducation et l'usage ; partant , elles offrent mille différences dans l'énergie des besoins qui les concernent. C’est sous ce rapport surtout que les hommes, en étendant leurs besoins, ajoutent sans doute à leurs jouissances , mais aussi multiplient pour eux les chances de douleurs.