TROISIÈME CLASSE DES SENSATIONS
Des Sensations morbides , ou des Douleurs.
Toutes les sensations dont nous avons parlé jusqu’à présent se produisent dans l’état de santé ; mais, par l’état de maladie , il en éclate beaucoup d’autres dans les divers organes du corps, pour peu que le tissu et la fonction de ces organes soient modifiés ; et ces sensations , qui sont innombrables et très-varices , auxquelles on a souvent donné des noms particuliers , portent cependant généralement celui de douleurs.
Ces douleurs ont encore ceci de commun avec toutes les sensations quelconques , qu'elles ne sont pas produites exclusivement dans l’organe auquel on les rapporte , mais exigent l'intervention du cerveau. Ne se suspendent-elles pas en effet dans le sommeil ? Elles résultent aussi du concours de trois actions nerveuses : savoir : celle d’un organe quelconque du corps qui développe une impression ; celle d’un nerf qui est conducteur de cette impression , et celle du cerveau qui la percoit. Ge n’est même qu’à cause de çela qu’on peut calmer ces douleurs par l’opium , qui ne fait qu’agir sur le cerveau , et empêcher son action de perception. Leur histoire ne doit aussi comprendre que l’étude de l’action
d'impression qui en estlabase; et, pour cela, nous allons rechercher successivement quels organes du corps sont aptes à développer une impression dolorifique ; quelle est la cause qui les y provoque ; ce qu'est cette impression en elle-même; et enfin, nous terminerons en indiquant quelles sont les diverses douleurs dont l’homme peut être atteint.
1° Il n’est aucun organe du corps qui ne puisse déve lopper l’action d'impression , qui est la base d’une sensation de douleur; nous l'avons déjà dit à l’article des sensations en général. Si aller , dans ses expériences sur la sensibilité , n’a pu trouver sensibles et douloureuses toutes les parties du corps, cela ne contredit pas notre assertion : d’abord, a-t il employé toutes les espèces d’irritans ? ensuite , si toutes les parties ne sont pas sensibles à un irritant externe , toutes le sont par cause organique : est-il une seule de nos parties que la maladie ne puisse rendre douloureuse ?
Tout annonce que ce sont les nerfs qui entrent dans la composition de ces parties qui développent l'impression dolorifique : ce sont , en effet, les nerfs qui sont le siége des actions d'impression dans toutes les autres sensations ; et généralement les diverses parties du corps se montrent d’autant plus sensibles , et aptes à développer de la douleur , qu’elles contiennent plus de nerfs. Cependant il est quelques parties dans lesquelles l’anatomie n’a pu découvrir encore de nerfs : faut-il croire qu’en elles la sensibilité se produit sans Je secours de ces organes ? ou que ces parties possèdent comme les autres des nerfs, mais qui sont trop déliés pour que notre anatomie grossière puisse les y apercevoir ? Dans l'impossibilité où l’on est de démontrer rigoureusement