‹ Physiologie de l'homme (volume 4)Chapitre 30 sur 35 · LA · texte numérisé non relu

LA

consister dans les mouvemens mêmes par lesquels les organes de la vie intérieure exécutent leurs fonctions ; mouvemens , qui , bien que profonds et non perçus, sont, dit-il, transmis au cerveau, et deviennent pour cet organe un nouvel ordre de matériaux. Par exemple , à la puberté, lors de l’éveil des testicules et de l’action organique de cette glande pour la sécrétion du sperme , les mouvemens par lesquels cette sécrétion s’opère sont, dit Cabanis , transmis au cerveau, et constituent pour cet organe les matériaux nouveaux qui fournissent à la production des nouveaux penchans que cet âge de puberté voit éclore. Il en est de même de tous les autres organes de la vie intérieure ; et cela constitue une autre classe d’impressions , que Cabanis appelle internes, par opposition à celles des sens qui sont externes , et qui sont les matériaux de tout ce qu'on appelle les instincts, tandis que les impressions externes servent de base à tout ce qu'on appelle lintellect. On conçoit dès lors que, comme les organes de la vie intérieure , d’où proviennent les impressions internes, sont bien plus sujets que les sens à varier selon les âges, les sexes , les tempéramens, etc. ; il est bien plus facile de trouver en eux des variations organiques , qui coïncideni avec celles que présente le moral en ces diverses circonstances.

Mais d’après quels faits Cabanis a-t-il concu cette idée? c’est d’après quelques faits, maladifs il est vrai , mais qui , selon lui , font trahir à la nature le jeu de ses opérations ordinaires et secrètes. Ainsi, 21° il est sûr que le penchant de l’amour n’apparaît chez l’homme et les animaux qu'avec le développement du testicule , et que, si celui-ci est enlevé dans l’enfance , le penchant ne se manifeste jamais. N’était-ce pas une raison de croire

que c'est de ce testicule que partent les impressions qui sont les matériaux de cette chaîne nouvelle d'idées? 2 des faits multipliés prouvent que l’état de l’uterus a beaucoup d'influence sur le moral de la femme : l’époque du développement de cet organe est celle aussi à laquelle éclatent de nouveaux penchanS , et où tout l'esprit en général prend plus d'activité ; il ÿ a généralement un rapport entre l’activité de l’uterus et celle de l'esprit ; que l’uterus soit modifié, comme cela est lors de sa fonction menstruelle, ou dans la grossesse, l’accouchement , le moral l’est aussitôt ; qui ne sait que le caractère moral de la femme n’est pas le mêmeen ces divers états ? Or, tous ces faits ne sont-ils pas propres à faire croire que de cet organe émanent continueliement des impressions qui, par leurs variétés, détermineront celles que le moral présente en ces divers cas? 5° il est impossible de méconnaître dans les constitutions dites hkypochondriaques et mélancoliques, influence qu’exercent sur le moral les organes de l’abdomen ; selon que ces organes exécutent plus ou moins bien leurs fonetions , la pensée a plus ou moins de langueur ou d’éclat, les affections sont plus ou moins vives et bienveillantes. De li même , ces expressions de mélancolie et d'hypochondrie, qui sont données à cette disposition particulière du moral, et qui prouvent que la cause en est rapportée aux organes de l'abdomen. Souvent siégent dans les organes de labdomen la cause des alternatives de paresse et d'activité que présente notre intellect, celle du caractère bienveillant ou irascible de notre humeur , ainsi que celles de Ja folie. H est évident qu’alors les organes abdominaux sont pour le cerveau une source d'impressions insolites et désordonnées , qui lui font produire des actes irrégu- 39°

liers. Or, combien n'est-il pas probable que ce qui a lieu ici, mais avec excès, nous signale ce qui se fait, mais en moins et dans une mesure convenable, dans l’état de santé; et qu'ainsi, de tous les organes du corps émanent d’une manière continue des impressions qui sont indispensables pour la production du moral.

Cabanis dès lors veut qu’on fasse une extension à l’axiome d’ Aristote; il pense que la statue de Condillac n’était pas complète, et, qu'en même temps, qu'on donnait à cette statue les sens, il fallait aussi lui donner les organes intérieurs, d’où émanent les impressions internes qui sont les matériaux des instincts. Il explique ainsi ces instincts, que Condillac dans sa philosophie avait refusé d'admettre, et regardait comme des actes intellectuels, des jugemens ordinaires, mais si rapides que le principe n’en était pas perçu, ou avait cessé de l'être «par l'habitude. Il termine enfin en faisant remarquer , qu'il y a une proportion de durée, d'intensité, entre les actes moraux qui sont produits , et l’espèce des impressions qui en ont été les matériaux. Tous les actes moraux, par exemple, qui dérivent d’impressions qui sont engendrées dans le sein même du système nerveux ou dans le cerveau , tels que ceux des manies, sont les plus forts et les plus durables. Viennent ensuite, après ces actes moraux maniaques les plus impérieuxet les plus opiniâtres , les énstincts, parce que leurs matériaux sont toutes les impressions internes, qui sont encore fortes et continuelles. Enfin, ce sont les actes d’intellect, qui sont les plus passagers , parce qu’ils émanent des impressions externes qui sont elles mêmes mobiles et peu profondes.

Toutefois, puisque dans la théorie dont nous présentons ici l'analise , les impressions sont au cerveau pour

la production du moral, ce que les alimens sont à l’estomac pour la production du chyle; puisque le cerveau ne peut sans elles enfanter d'actes moraux; on conçoit que l’état de ces impressions doit influer nécessairement sur les qualités des actes moraux qui en sont le produit , comme la qualité des alimeus influe sur celle du chyle. Ainsi, que les impressions tantexternes qu'internes soient faibles, tous les actes moraux qui en seront formés seront faibles aussi ; les perceptions seront peu prononcées, les souvenirs peu profonds, les jugemens peu exacts et peu étendus; les volontés auxquelles elles auront conduit seront peu fortes; les mouvemens par lesquels ces volontés seront exécutées, ainsi que le langage qui les manifestera , seront peu énergiques. Ge sera le contraire , si ces impressions sont fortes; le souvenir en sera gravé profondément dans la mémoire ; le jugement en appréciera tous les délails; elles donneront naissance à des volontés fortes, qui seront exécutées vigoureusement , et exprimées avec chaleur. Si les impressions sont trop nombreuses, la perception en est confuse , et toutes les opérations subséquentes sont de nême incohérentes : si elles sont trop mobiles, les perceptions sont peu profondes, et toutes les déterminations morales qui succèdent sont sans consistance : si, au côniraire, elles se prolongent avec continuité, les déterminations morales qui en dérivent sont remarquables par leur ténacité , ete.

On conçoit encore que puisque ces impressions sont si nécessaires, et ont par leur caractère une si grande inficence sur le moral , on a dû rapporter à leurs différences , autant qu’à des différences du cerveau lui-même, toutes les variétés que présente le moral selon les âges, les sexes, les tempéramens, etc. C’est ce qui a été en

effet; et les fauteurs de cette philosophie ont même généralement plus attribué aux différences des impressions qu'à celles du cerveau.

Il résulte enfin que dans toute cette manière de voir, on a dû mettre au rang des conditions organiques fondamentales du moral, non-seulement le cerveau, mais encore les divers organes d’où émanent ces diverses impressions lant externes qu’internes.

Teile est cette doctrine des impressions ; mais tout y est mal anelisé, et la dernière conséquence qu’elle établit est particulièrement tout-à-fait fausse.

D'abord, à l’article des sens externes, nous avons prouvé que ces organes, quoique absolument nécessaires pour faire connaître les corps exiérieurs , n'étaient pas ce qui déterminait le nombre et le caractère des facultés intellectuelles et morales. Et en effet, dans la série des animaux et dans les divers hommes, nous n’avons vu aucun rapport entre l'état de perfection des sens et la psycologie. Les sens n’ont été que des instrumens secondaires, nécessaires à la connaissance des corps extérieurs , à l’accomplissement de quelques-unes des facultés de l’esprit, mais n’en déterminant nuilement la puissance. Si la perte de quelques-uns a paru ariêter en certains cas le développement de l'intelligence, comme la perte de l’ouie chez les sourds-muets , c’est qu’elle a rendu impossible chez eux un langage sur lequel nous avons vu que de toute nécessité devait s'appuyer l'esprit pour

fectuer ses opérations. Il n’eût pas été convenable de faire dépendre ainsi des circonstances extérieures à nn animal , le caractère de sa fonction la plus importante. Âinsi dejà , il n’y a pas d’impressions externes.

Les impressions internes de Cabanis sont encore moins réelles ; eten eflet , d’où l’idée ça était-elle venue

ACTES INTELLECTUELS ET MORAUX. 91 à ce philosophe? 1° de la pensée que le cerveau a absolument besoin de recevoir des impressions pour enfanter des actes moraux , et qu'avait inspirée l'opinion qu’on s'était faite des services des sens ; 2° de l’impossibilité d'expliquer avec les impressions des sens seules tous les phénomènes du moral ; par exemple, pourquoi il y a déjà des actes moraux, avant que les sens soienten exercice; pourquoi le moral varie tant dans les divers âges, sexes , tempéramens , etc. , bien que les sens soient restés les mêmes. Or , relativement au premier point , nous venons de voir qu'on avait mal conçu le service des sens ; que cessensnesont que desinstrumens secondaires qu'emploie l'esprit, mais qui n’en déterminentnullement les qualités et les attributions , etque leurs impressions ne sont réelles qu’en ce qui regarde la connaissance des corps extérieurs. Ainsi, l'existence d’impressions ne doit plus paraître autant une nécessité. Buant au second point , ce-n’était. en quelque sorte que négativement, et parce que les sens ne sufhsaient pas , que Cabanis admettait lés impressions internes ; mais, sans le secours de celles-ci, et par Pétat du cerveau seul, on peut très-bien expliquer les phénomènes moraux dont il s’agit. Ainsi, si des déterminations morales s’observent dans l’homme et les animaux , pendant qu’ils sont encore dans le sein de leur mère , ou au moment de leur naissance , et lorsque leurs sens sont encore inactifs , ou commencent à peine leurs services 4 c'est qu'il y a déjà des parties du cerveau qui sont développées et qui agissent. Si le moral varie dans les divers âges, c'est que le cerveau n’a pas dans chacun le même degré de développement, etque comme tout autre organe il marche graduellement à sa perfection et à son déclin. D'ailleurs, cette hypothèse des impressions in-

+ernes est en elle-même inadmissible : comment conce-

voir que des organes aussi divers que le sont ceux de la vie nutritive , entretiennent avec le cerveau des connexions du genre de celles qu’on assigne , et qui ne peuvent être que l’attribut du système nerveux ? Si ces mpressions internes fondaient réellement une source des matériaux du moral , celui-ci devrait être en raison de l’état des organes intérieurs dont ces impressions émanent ; el conséquemment les animauxsupérieurs qui ont tous les organes intérieurs de homme, devraient avoir les mêmes facultés morales. Il devrait en être de même des idiots : au contraire, on observe que le plus souvent les hommes‘de génie ont les organes intérieurs peu acfs. Enfin, comment, avec ces impressions internes, expliquer pourquoi les animaux et les hommes , avec des organes intérieurs à peu près semblables , ont les premicérs des instincts si divers , et les seconds tant de différences dans leurs passions ? d’un côté , ce qu'on propose pour suppléer à l'insuffisance des sens externes choque tous lés principes de la physiologie; et de l’autre cela ne suffit même pas pour expliquer les phénomènes.

Les faits principaux sur lesquels s'appuie Cabanis sont, la coïncidence du développement du testicule et de lapparition du sentiment moral de l’amour , et la suppression dé ce penchant consécutivement à la castration. Mais le premier fait devra:t-il étonner , si à la même époque que se développe le testicule , il se fait aussi un grand développement dans le cerveau ? C'est ce qui arrive au cervelet , selon M. Gall, partie cérébrale qui, d’après ce physiologiste, est le siége de l'instinct de là propagation ; et il n’est pas extraordinaire dès lors que le développement de deux parties qui appartiennent à une même

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fonction, l’une, le testicule , servant à son accomplissement matériel . l’autre, le cervelet , produisant le penchant qui y sollicite, se fasse en même temps. Quant à la suppression du penchant de l’amour consécutivement à la castration , elle a lieu si la castration a été faite avant la puberté; mais elle ne s’observe pas , si l’opéralion n’a été pratiquée qu'après cette époque de la vie. La raison de cette différence est que, dans le premier cas, en enlevant le testicule, on a prévenu le dévelop pement du cervelet à l’époque où il devait se faire ; et que dans le second'au contraire ce développement a eu lieu , et par conséquent a mis le cervelet en état de remplir son office. On concoit pourquoi l’ablation du testicule a arrêté le développement du cervelet; c’est que ces deux organes, concourant à une même fonction, sont enchaînés par des liens réciproques : d’ailleurs , la persistance du penchant après la castration dans le second cas , est un argument direct contre les impressions internes ; car on voit le penchant exister, bien qu’à coup sûr les prétendues impressions internes manquent.

D’auire part, les argumens tirés de l’influence sur le moral, de l’uterus chez les femmes , et des organes abdominaux dans les constitutions dites mélancoliques et hypochondriaques , rentrent dans les influences des tempéramens , dans les réactions qu’exercent les divers orœanes du corps sur celui de la pensée , le cerveau. On peut dire, en effet, que tout ce que Cabanis à réuni sous ce titre commun d’impressions internes , Se rapporte aux effets que le tempérament général exerce sur le moral. Sans doute par là ce philosophe a signalé un nouveau côté , par lequel le moral est dépendant de l’organisation ; sans doute il à préparé les idées actuelles

sur la physiologie psycologique , en contestant que lemoral puisse être exclusivement déterminé par l’état des sens ; mais il a erré en voulant mettre cette influence au rang des conditions organiques fondamentales du moral. En somme , sa doctrine n’étant qu’une réunion de l’opinion des Anciens sur l'influence qu'exercent les tempéramens sur le moral , et de celle des philosophes qui voulaient placer dans les viscères le siége des passions ; on peut lui opposer les mêmes argumens , par lesquels nous avons combattu les deux propositions précédentes.

Terminons donc toute cette discussion , en concluant que le cerveau, et le cerveau seul , est le siége , l’organe des facultés intellectuelles et morales.

Mais cette proposition renferme implicitement celle-ci : que le degré de composition du cerveau , dans la série des animaux, est ce qui règle la sphère morale de chacun ; que dans l’animal où le cerveau est simple , la sphère morale est peu étendue ; que dans celui où le cerveau est très-composé , la sphère morale embrasse de nombreux rapports. En effet, dans toutes les autres fonctions , on voit la forme , le mode de siructure de l’organe , de l'appareil , déterminer le caractère de la fonction : pourquoi n’en serait-il pas de même de la fonction morale ? Dans chaque animal, les appareils de sensation, de digestion , sont édifiés pour le mode que devaient avoir les fonctions des sensations et de la digestion ; de même le cerveau doit être dans chacun construit d'avance pour le caractère que devait avoir la psycologie. Des faits directs confirment cette assertion. Dans la série des animaux, on voit les cerveaux se compliquer à mésure que le moral s'étend ; et l’on peut faire , sous ce double rapport, une échelle de gradation depuis les derniers ani-

maux jusqu'à l’homme. Si cet être a la sphère morale la plus étendue , s'il est le seul qui embrasse les hautes idées de la religion et de la morale, il est aussi celui qui a le cerveau le plus volumineux, et composé de plus de parties : de sorte que si la physiologie du cerveau était plus avancée , on pourrait , en comparant les cerveaux des animaux avec le sien, faire voir la condition maté. rielle de ce qui constitue en lui l’humanité. Si le cerveau n’était pas d'avance construit pour telle psycologie , comme l’est l'appareil digestif pour telle alimen.tation ; si les facultés de l’âme et de l'esprit , n'étaient pas aussi bien innées que toutes les autres facultés, iln°y aurait rien d’absolu en législation et en morale. Seulement le cerveau et ses facultés sont , dans chaque espèce animale, en raison du rôle que cette espèce est appelée à remplir dans l'univers. Si l’homme est à leur égard au premier rang ; s’il change dans les délicates affections de père, de fils, d’époux, de patrie, ces instincts bruts par lesquels l'animal est attaché à ses petits, à sa femelle , à sonterrier ; si, enfin, il a des facultés que.n’ont pas les animaux , toutes celles qui fondent humanité : c'est que l’homme a une vocation plus élevée ; c’est qu'il est , non-seulement constitué le roi de l'univers, mais encore réservé pour une vie future; c’est qu’il est spécialement destiné à vivre en société. Dès lors il lui fallait , non-seulement une intelligence assez étendue pour qu'il pût se soumettre plus ou moins toute la nature , mais encore une psycologie telle qu'il pût établir des rapports sociaux avec les autres hommes : il lui était nécessaire d’avoir la notion du juste et de l’injuste, de pouvoir s'élever à la connaissance de Dieu; sentimens sublimes qui lui font diriger sa conduite de manière

à rendre possible et facile la société mortelle dont il est membre , et mériter la vie future à laquelle il est appelé.

Toutefois, convaincu maintenant que le cerveau est l'organe des actes intellectuels et moraux, nous avons actuellement à suivre , dans l’étude de la fonction morale, la même marche que dans l'étude de toute autre fonction ; savoir , à étudier l’anatomie du cerveau , et à exposer ensuite le mécanisme physiologique de la fonction.

$. LIT. 4ratomie du Cerveau.

Le cerveau fait partie de la grosse masse nerveuse, appelée encéphale, qui remplit la cavité du crâne, et dont nous avons déjà parlé à l’histoire générale du sysième nerveux: Get encéphale a la forme d’un ovale , qui est plus gros en arrière qu’en avant; proportionnellement plus considérable dans l'enfant que dans l'adulte, dans l’homme que dans la femme , il est symétrique , et composé de trois parties : le cerveau, le cervelet et la moelle allongée.

1° Le cerveau est la portion la plus considérable de l’encéphale , celle qui remplit tout le crâne, jusqu’à un repli particulier de la dure-mère , appelé tente du cervelet. Sa forme est celle d’un ovale, plus gros en arrière. Sa surface externe répond à la pie-mère, qui lui fournit beaucoup de petits vaisseaux qui pénètrent sa substance: elle présente des éminences ondulées, qu’on a appelées circonvolutions, parce qu’on les a.comparées aux coniours de l'intestin, et qui sontséparées par des enfoncemens appelés anfractuosités ; le nombre et le volume de ces circonvolutions est très-variable , mais leur profon-

deur est toujours à peu près la même, d’un pouce à un pouce et demi; la pie-mère s’y enfonce. Une couche de substance grise , épaisse de deux lignes et demie, revêt cette surface. En haut, un sillon, où est placé un autre repli de la dure-mère, appelé faux du cerveau , sépare l’organe en deux hémisphères ou lobes, excepté dans le milieu , où ces deux hémisphères sont réunis par une lame blanche , appelée le corps calleux ou mésolobe. En bas, chaque hémisphère paraît partagé en trois lobules : un antérieur , reposant sur la voute orbitaire; un temporal, remplissant les fosses moyennes et latérales de la base du crâne , et séparé du précédent par un enfoncement considérable , qu’on appellela scissure de Sylvius ; etun postérieur, occipital, soutenu par la tente du cervelet. La moelle allongée partage ce côté, qui est la base du cerveau , en deux parties fort distinctes , qui offrent chacuné des objets particuliers. Dans la portion qui est en arrière existe une grande fente, appelée par Bichat grande fente cérébrale , par laquelle l’arachnoïde pénètre dans les cavités intérieures du cerveau. Dans la portion qui est en devant, on voit, de devant en arrière, une lame membraneuse assez solide , faisant le fond du troisième ventricule ; la réunion des nerfs optiques; ce qu’on appelle la tige pituitaire, prolongement mou, de couleur rougeätre , se terminant, par son sommet , à un corps arrondi, mollasse , situé dans la fosse pituitaire du sphénoïde, et appelé la glande pituitaire; enfin, les tubercules mamillaires ou pisiformes, qui ont la forme et le volume d’un pois. Dans toute cette surface inférieure , les anfractuosités cérébrales ont beaucoup moins de profondeur.

Mais c’est surtout dans l’intérieur du cerveau qu’exis-

tent beaucoup de parties diverses, auxquelles les anatomistes ont donné des noms particuliers, et dont plusieurs , peut-être, sont le produit des coupes qu’ils pratiquent dans cet organe. En voici l’énumération, en commençant par celles qui sont sur la ligne médiane, et en procédant de haut en bas : 1° une longue et large bande blanche, quadrilatère, placée horizontalement, et unissant les deux hémisphères lun à l’autre, appelée corps calleux ou mésolobe ; 2° ce qu’on à appelé le centre ovale de Vieussens , produit d’une coupe du cerveau pratiquée à la hauteur du corps calleux ; ou seulement, selon M. Chaussier , ce corps calleux lui-même dégagé des hémisphères qui le recouvrent en partie, et vu dans sa totalité ; 5° le septum lucidum ou médian , cloison nerveuse située perpendiculairement au-dessous du corps calleux, séparant les deux ventricules latéraux l’un de l’autre, formée de deux lames qui laissent entre elles un vide que remplit quelquefois un fluide séreux, et qu’on appelle le cinquième ventricule ; 4° la voûte à trois piliers ou trigone cérébral, lame nerveuse plane , située horizontalement au - dessous de la précédente , de forme triangulaire , offrant , à sa face inférieure , deux lignes horizontales , auxquelles plusieurs autres transversales viennent se rendre , et qui figurent ce qu’on a appelé la {yre. L’extrémité antérieure de cette lame en est appelée le pilier antérieur ; et , derrière elle , est une ouverture ovalaire , par laquelle les ventricules latéraux communiquent avec le ventricule moyen ; son extrémité postérieure est double, et constitue ce qu'on appelle ses piliers postérieurs ; 5° au -dessous de la voûte à trois piliers , et en arrière, est un petit corps grisâtre, appelé glande pinéale ou conarium, du vo-

lume d’un pois, et qui n’est uni à la substance cérébrale que par deux cordons médullaires , blanchâtres , qui Pattachent aux couches optiques; 6° une cavité située au devant de la glande pinéale, allongée en avant, dirigée horizontalement , et appelée ventricule moyen. Ge ventricule a son fond très-près de la base du cerveau, et formé par la lame nerveuse qui unit les tubercules maxillaires et les prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale. En haut, il est couvert par la voûte à trois piliers, et, sur les côtés, borné par ce que nous verrons être appelé les couches optiques. En devant et en arrière , il est borné par deux bandelettes en forme d’arc, passant d’un hémisphère à l'autre, et nommées commissures antérieure eb postérieure. En avant, et en bas, il offre une petite ouverture , appelée vulve, sur le côté de laquelle sont les trous qui font communiquer ce ventricule avec les ventricules latéraux. En arrière, et au dessous de la commissure postérieure , se trouve une autre ouverture, appelée anus, qui est l’orifice antérieur d’un canal, appelé aquédue de Syloius, qui aboutit au quatrième ventricule , celui du cervelet.

Sur les côtés , chaque hémisphère cérébral présente , dans son intérieur , une grande cavité appelée ventricule latéral, dans laquelle existent diverses parties remarquables. Cette cavité , fort étendue, a une forme assez difficile à déterminer ; c’est à peu près celle d’un L majeur italique renversé. Chaque ventricule est formé de deux moitiés continues , mais distinctes par leur direction : l’une supérieure , plus près de la surface supérieure du cerveau, présentant sa convexité en dedans, et sa coneavité en dehors; l’autre, inférieure, plus voisine de la base du cerveau, offrant sa convexité en dehors,

et sa concavité en dedans : au point d'union de l’une et de l’autre, est une petite cavité accessoire, appelée cavité digitale. Dans la moitié supérieure se voient: 1°en avant, deux éminences pyriformes, d’un gris brunâtre , qui, à cause de leur formation par un mélange des substances nerveuses blanche et grise, sont appelées corps striés; 2°en arrière , deux corps médullaires blanchâtres, appelés couches optiques; 3° entre ces deux corps, dans un sillon qui les sépare , une espèce de cordon médullaire blanchâtre, demi-transparent, appelé bandelette demi-cireulaire. Dans la moitié inférieure , sont : 1° la terminaison des piliers postérieurs de la voûte, qui, recouverts ici par une dépendance de la pie-mère , qu'on appelle les pleæus choroïdes ; et, appuyés sur ce que nous verrons être appelés les cornes d'Aminon, ont recu ici le nom de corps franges ; 2° deux prolongemens médullaires recourbés sur eux-mêmes, et qui, à raison de leur forme , ont été appelés cornes d’Ammon , ou les pieds d’'Hypocampes. Enfin, dans la cavité digitale, existe une petite éminence plus ou moins saillante , en forme de mamelon , appelée éminence unciforme, ou l’ergot. Un prolongement de la membrane arachnoïde tapisse ce ventricule, qui de plus contient un prolongement de la pie-mère , appelé plexus choroïide.

2° Le cervelet , autre partie de l’encéphale , occupe les fosses occipitales inférieures , toute la partie du crâne qui est au-dessous de la tente du cervelet. Son volume est moins du tiersde celui du cerveau; et, son poids , la 8° ou 9° partie; ce qui varie, du reste, selon l’âge. Il peut être comparé à deux sphéroïdes déprimés , placés à côté l’un de l’autre sur un plan horizontal, et confondus par une partie de leur surface. Son contour est

partout arrondi; plus grand en travers que dans toutes ses autres dimensions, ilestaplati, mince sur ses bords, et au contraire s'élève à son milieu. Il est aussi partagé en deux hémisphères , mais moins manifestement que le cerveau. À l'extérieur , il présente une couleur grisätre , et une foule de sillons qui divisent sa substance, et qui séparent autant de lames qui le forment : ces lames sont régulières , concentriques , placées de champ les unes contre les autres, et recoivent entre elles la pie-mère. Chaque lobe du cervelet présente ordinairement à sa surface soixante à soixante-cinq de ces lames ; trente à trente-cinq à la face supérieure , et autant à la face inférieure : ces lames donnent naissance profondément à d’autres lames secondaires bien plus nombreuses, et, d’autre part , se réunissent entre elles, de manière à partager la surface du cervelet en lobules fasciculés, au nombre de seize, cinq supérieurs, deux postérieurs, et neuf inférieurs. À sa face supérieure, le cervelet offre : sur Ja ligne médiane, une saillie allongée , appelée éminerce vermiculaire supérieure ; et , sur les côtés, deux portions planes, obliquement dirigées en arrière et en dehors , recouvertes par la tente du cervelet. À sa face inférieure , il présente : 1° sur la ligne médiane un enfoncement profond, qui loge en devant le commencement de la moelle épinière , et qui , en arrière, est partagé en deux par une éminence assez volumineuse, appelée l’éminence vermiculaire inférieure ; 2° sur les côtés , deux portions convexes qui répondent aux fosses occipitales inférieures , et qui sont les hémisphères du cervelet. Le cervelet , dans sa circonférence, répond : en avant, à la protubérance cérébrale qui se continue avec lui par ses deux prolongemens postérieurs; en arrière, à k. 36

la crête occipitale interne; et sur les côtés aux gouttières

latérales et pélreuses supérieures. Une coupe verticale de cet organe fait voir en lui ce qu’on appelle l'arbre de vie.

° 3° Enfin, la moelle allongée, le mésocéphale, est la partie la plus petite de l’encéphale, celle qui en est comme le centre, et qui sert d'union au cerveau et au cervelet : ellen’est guère que la 6o° partie de sa masse , et a plus de densité que ceux-ci. Elle a une forme quadrilatère, et s'appuie sur la gouttière basilaire par sa face inférieure , qui est ce qu’on appelle le pont de Varole. Sa face supérieure, cachée presque en entier par les lobes postérieurs du cerveau et le cervelet, présente : 1° d’abord , quatre tubercules , blancs à l'extérieur, gris à l’intérieur , arrondis , rapprochés par paires , et séparés par deux sillons qui se coupent crucialement ; ce sont les tubercules quadrijumeaux : les deux supérieurs , plus gros, sont appelés nates, et les inférieurs testes ; 2° derrière ces tubercules , une lame médullaire grisâtre , qui forme la voûte du quatrième ventricule, et est appelée valvulve de Vieussens; c’est là qu’aboutit l’orifice postérieur de l’aquéduc de Sylvius, qui fait communiquer le troisième ventricule qui est connu , avec le quatrième que nous allons décrire ; 3° enfin , une surface légèrement excavée , qui constitue la paroi antérieure du quatrième ventricule , et qui présente un sillon qui, à cause de sa ressemblance avec le bec d’une plume à écrire , a été appelé le calamus scripiorius. En avant, la moelle allongée offre sur les côtés deux prolongemens, appelés les péduncules du cerveau, qui lunissent la moelle au cerveau, et servent à former celui-ci; et, dans le milieu, une échancrure qui sépare

ces deux prolongemens , et dans laquelle se voit la lame médullaire qui forme la paroi inférieure du ventricule moyen. En arrière , elle présente , sur les côtés aussi , deux prolongemens , appelés les péduncules du cervelet, qui.vont, pour le former , plonger dans chaque hémisphère du cervelet ; et, dans son milieu, une échancrure qui sépare ces deux prolongemens. De ce côté aussi, elle se continue avec la moelle spinale, ou, au moins, avec ce que M. Chaussier considère comme son origine, et qu'il appelle le bulbe supérieur du prolongement rachidien. Cette partie, qu’on appelle encore la queue de la moelle allongée , présente , en avant, quatre GmInences placées symétriquement les unes x:côté:des:autres, dont les deux plus internes sont appelées les éminences pyramidales, et les deux plus externes, les éminences olivaires. En arrière ; elle concourt à former le quatrième ventricule, et offre, sur ses côtés , deux éminences oblongues, blanchâtres , äppelées les processus restiformes où pyramides postérieures de M. Gall. Enfin, une cavité, appelée le quatrième ventricule , est formée, par le concours du cervelet, du mésocéphale et de la partie supérieure de la moelle vertébrale. Ce ventricule est borné en avant par la pfotubérance cérébrale; en arrière, par le corps du cervelet; sur les côtés , par deux espèces de cul-de-sac, qui se trouvent au-dessous des prolongemens postérieurs de la protubérance ; en haut, il se continue avec l’aquéduc de Sylvius , qui le fait communiquer avec le ventricule moyen ; et, en bas , il est fermé , en cul-de-sac , par une membrane dense , résistante , qui paraît se continuer avec la pie-mère : un petit prolongement de cette membrane se montre dans son

intérieur, et a été appelé pleæus choroïde du quatrième ventricule.

Telle est l’histoire anatomique assez compliquée de J’encéphale. Mais, dans ces derniers temps, M. Gall a concu, d’une manière nouvelle , l’anatomie de cet organe; et il nous. est d'autant plus nécessaire de faire connaître les idées de ce médecin , ‘qu’elles tendent à préciser utilité de ces nombreuses parties que les anatomistes ont signalées dans le cerveau. D'abord, sous le nom de cerveau , il ne comprend pas toute la masse encéphalique , mais seulement ce qui, dans cette masse, sert: aux facultés intellectuelles et morales, savoir, le cerveau proprement dit, et'le cervelet. Ensuite, 11 établit que, de même que lé cerveau ne pouvait pas-être dit le centre, l’origine de toutes les autres parties nerveuses , du grand sympathique, des molles spinale -et'allongée; de même il ne peut pas non plus en être dérivé , comme l'avaient pensé Proxagoras , Philotinus , qui le faisaient provenir de la moelle épinière. En effet ; il n’y a dans l’homme et les animaux aucun rapport de volume entre le cerveau et la moelle épinière : dans le premier, où la moelle épinière est petite , le cerveau est gros; et; dans 1és animaux , c’est le contraire. On a d’ailleurs l’analogie de ce qui est dans les autres systèmes nerveux, qui sont bien isolés les uns des autres, et par le peu:de proportion de leur volume, leurs caractères physiques, leurs fonctions organiques, la direction de leurs filets, et par la constance avec laquelle la nature les a toujours affectés à un même appareil. En troisième lieu, ce cerveau offme aussi une réunion des substances grise et blanche, qui forment

partout le système nerveux ; la blanche y est de toute évidence fibreuse, quoiqu'on ait pu dire de sa nature pulpeuse , médullaire ; et la grise y est, comme ailleurs, le point d’origine des fibres nerveuses , la substance matrice de ces fibres. Enfin , le cerveau, comme tout autre système nerveux, d’abord prend son origine dans un faisceau primitif de matière grise; ensuite s’avance en se renforcant suecessivement, à l’aide de nouveaux filets que lui fournissent des ganglions disposés sur le passage de son faisceau primitif; et, enfin, il arrive à son expansion dernière bien plus considérable qu'il n’était à son origine. D’après cela, M. Gall veut que, dans la description du cerveau , on remonte à ses faisceaux originels, qu’on signale les renforcemens successifs qu'ils éprouvent, et qu'on les conduise jusqu’à leur perfectionnement entier, indiqüant, chemin faisant , les connexions que ces faisceaux établissent entre eux et avec les autres systèmes nerveux. Ï Ainsi , pour ce qui est du cervelet, il naît de la substance grise de la moelle allongée par un double faisceau 5 savoir , le corps restiforme ou la pyramide postérieure ; et le péduncule du cervelet. Après quelques lignes detrajet dans le corps de l'hémisphère , ce double faisceau y rencontre un amas de matière grise , un ganglion ,'qui est ce qu’on appellele corps dentelé, rhomboïdal du cer: velet, et il en recoit de nombreux filets qui le renforcent. Ce qui le prouve , c’est qu’il y a toujours un rapport de volume entre les faisceaux primitifs du ceryelet et ce ganglion frangé qui les renforce, comme entre ces deux parties nerveuses et la masse du cervelet., Dans l'homme, où le cervelet est fort gros, les faisceauxprimitifs , et le corps dentelé , sont aussi fort gros; dans

les animaux qui ont le cervelet petit, c’est le contraire. Ces trois parties , dit M. Gall, vont toujours de pair. De ce corps dentelé , naissent alors des fibres , qui forment les divers faisceaux de l'organe. Parmi ceux-ci , il en est un principal, qui va s'unir à un semblable du côté opposé, sur la ligne médiane, et qui est ce qu’on appelle le processus vermiformis ; c’est la partie fondamentale ei primitive du cervelet, celle qui souvent à elle seule compose tout le cervelet. Les autres faisceaux forment les masses latérales : généralement au nombre de sept, ils produisent, par leurs divisions et subdivisions successives, ce qu’on appelle l'arbre de vie. Get arbre de vié, à peine marqué encore dans les poissons et dans les reptiles , l’est déjà davantage dans les oiseaux , et il se prononce de plus en plus dans les mammifères : on compte en lui onze"branches très-près du centre ; mais ce nombre va en diminuant, à mesure qu’on s'éloigne de ce centre. Les fibres de tous ces faiseeaux se dirigent ,en divergeant, vers les circonvolutions du cervelet , y parviennent , et sont recouverts là , à leurs extrémités périphériques , par de la substance grise. De cette substance grise, naissent d’autres filets quis, croisant les premiers, vont se réunir sur la ligne médiane avec ceux qui viennent de l’autre hémisphère , et forment ce qu’on appelle le pont de Varole, où comntissure du cervelet. La grandeur de ce pont de Varole est en effet proportionnelle äu volume des hémisphères ducervelet ; plus petit chez les animaux que chez l'homme , parce qu'en effet leur cervelet est plus petit, souvent sa moitié inférieure manque tout-à-fait. Chez les poissons même, ce pont de Varole manque en entier, parce que le cervelét est chez eux sans masses la-

térales , et réduit au processus vermiformis. De à, dans le cervelet , deux sortes dé fibres: les uñes divergentes , ou de formation ; les autres convergentes , ou de réunion. Ges dernières servent à mettre en rapport les deux moitiés congénères de l'organe. En outre, des faisceaux fibreux appelés valvules supérieure et inférieure, processus cerebelli ad medullam oblongatam , réunissent la partie supérieure de la partie fondamentale avec la masse nerveuse voisine des tubércules quadrijumeaux , et sa partie inférieure avec les pyramides ; et c’est ainsi que ce système nerveux est lié avec ceux du cerveau , et avec ceux des sens ét de la moelle épinière. Ainsi le cervelet présente les mêmes lois d’origine , de renforcement , de ramification , d’épanouissement , que tous les autres systèmes nerveux. Mille variétés, du reste, s’observent dans la formé, la direction des faisceaux qui le composent, et cela non-seulement selon les espèces animales , mais encore d’individu à individu. Le cerveau provient de plusieurs fais ceaux primitifs , qui sont nés aussi dans la substancé grise de la moellé allongée , et qui communiquent d’abord avec les autres systèmes nerveux qui sont situés au-dessous. Ges faisceaux sont les pyramides antérieures , les cordons qui sortent des ganglions olivaires , les filets nerveux longitudinaux qui concourent à former le quatrième ventricule , etc. Les fibres nerveuses des pyramides se réunissent bientôt en deux ou trois petils cordons ; ét, parvénues à 15 lignes à peu près au-dessous du pont de Varole , elles s’entrecroisent , de manière que la pyramide droite va à lhémisphère gauche ét la pyamide gauche à l’hémisphère droit. Cetentrecroissement a une longueur de quatre Xcinq lignes , et imite assez une natte de paille. Depuis long-

temps, on avait vu que les effets d’une lésion cérébrale quelconque , portaient souvent sur le côté du corps qui cest opposé au côté du cerveau qui était lésé. Aretée, le premier , expliqua cet effet, par l’entrecroisement des nerfs à leur origine. Get entrecroisement ensuite devint un sujet de controverse ; les uns admirent qu'il avait lieu partout, non-seulement aux pyramides , mais à la moelle spinale et à la moelle allongée ( Vicq d’Azyr, M. Cuvier) ; d’autres nièrent qu'il existât nulle part (Barthez, Bichat , eic.) ; M. Gall professe qu’il n’existe qu'aux pyramides. Quoi qu’il en soit , après cet entrecroisement , ces pyramides montent vers la protubérance annulaire , et détachent d’abord des fibres qui contournent les ganglions olivaires , et établissent des communications avec d’autres faisceaux primitifs du cerveau. Elles s’élargissent ensuite , plongent dans la protubérance annulaire , au-dessous des fibres transversales qui forment la commissure du cervelet, ou pont de Varole , et la traversent , étant renforcées par elle. En effet, si on {end le pont de Varole dans une épaisseur de quelques lignes, on voit la pyramide le traverser à angle droit, se continuer au-dessous de lui, et le dépasser enfin, pour aller au-delà former le gros faisceau qu’on appellele péduncule ou la cuisse du cerveau. Geluici continue de se porter vers l'hémisphère du cerveau, en grossissant toujours de plusen plus; etenfin, ils’épanouit en fibres divergentes dans les circonvolutions inférieures el internes du lobe moyen du cerveau , et dans les circonyolutions inférieures , antérieures et externes du lobe antérieur. M. Gall assigne comme preuves de la réalité de cette disposition; qu'il y a proportion de volume entre ces faisceaux primitifs , les pyramides, et la protu

bérance annulaire ; qui est pour elles un ganglion de renforcement ; et les cuisses ducerveau , qui ne sont que ces pyramides renforcées ; et les circonvolutions inférieures et internes du lobe moyen , inférieures , antérieures et externes du lobe antérieur, qui en sont la terminaison. Dans les animaux où ces circonvolutions sont pelites , ou manquent tout-à-fait, les pyramides et les cuisses du cerveau sont aussi fort petites.

Les autres faisceaux primitifs du cerveau montent de même, mais sans s’entrecroiser, vers l’hémisphère qui est de leur côté, et qu'ils doivent former. Ils plongent d’abord aussi dans la protubérance annulaire , sous le pont de Varole, la traversent comme la pyramide à angle droit, et en reçoivent aussi des filets de renforcement , mais en quantité moindre que les pyramides. Au-delà, ils se fondent dans la cuisse du cerveau, et en forment la partie postérieure et interne , tandis que la pyramide en occupait la partie antérieure et externe. Ils s'en séparent ensuite , etplongent dans la couche optique. Celle-ci , qui est étrangère au nerf optique, est pour eux un ganglion de renforcement ; et, ce quile prouve, c'est que dans les animaux , il y a proportion de volume entre ces faisceaux primitifs , les couches optiques, et les circonvolutions cérébrales auxquelles nous allons dire qu’aboutissent ces faisceaux renforcés. Ils y grossissent donc beaucoup , et en sortent sous une forme radiée. Ils plongent alors dans le corps strié qui, étranger au nerf olfactif, est pour ces faisceaux un nouveau ganglion de renforcement ; la même proportion de volume s’observe en effet entre ces corps striés, les faisceaux qu'ils sont destinés à renforcer, et les circonvolutions cérébrales

nm

qui en seront les aboutissans. Enfin, ces faisceaux ayant

ainsi tout le volume nécessaire, vont par des fibres divergentes former toutes les circonvolutions postérieures et supérieures du cerveau.

Ainsi, les circonvolutions cérébrales sont , selon M. Gall , le produit de toutes les partiés nerveuses qui sont situées dans l’intérieur du viscère, et c’est par elles qu'il faut achever sa description. Toutes sont couvertes par une couche de substance grise.

Or, de cette couche de substance grise partent d’autres filets qui croisent les premiers , retournent vers l’intérieur, et se réunissent sur la ligne médiane avec de semblables provenant des parties analogues du côté opposé, pour former ce qu’on appelle les commissures. De là, dans le cerveau comme dans le cervelet, des appareils de réunion , des systèmes convergens , opposés aux appareils de formation , aux systèmes divergens, et destinés à unir par des commissures les parties doubles et paires de l'organe. Ges systèmes se composent même de fibres plus nombreuses , de faisceaux plus blancs et plus mous à la vérité , mais plus forts. Ainsi, la voûte à trois piliers est la commissure des circonvolutions postérieures du lobe moyen; le pilier postérieur de cette voûte est la commissure des circonvolutions du lobe postérieur; les commissures antérieure et postérieure , sont celles des circonvolutions antérieures du lobe moyen. Le corps calleux enfin, est la commissure de toutes les circonvolutions supérieures des hémisphères. Une preuve de la réalité de toutes ces dispositions , c’est qu'il y a toujours une proportion de volume entre chacune de ces commissures, et les circonvolutions particulières qu’ellesréunissent ; le corps calleux , par exemple, est toujours dans son volume proportionnel aux hémi-

ACTES INTELLECTUELS ET MORAUX. à71

sphères ; gros chez l’homme oùles hémisphères sont gros, il est petit, ou même manque tout-à-fait chez les animaux , selon que les hémisphères sont petits, ou manquent eux-mêmes.

Ainsi, le cerveau présente dans sa structure les mêmes particularités que tousles autressystèmes nerveux : ayant ses faisceaux originels dans dela matière grise, il acquiert graduellement son développement à l’aide de filets que lui fournissent des ganglions : il est mis par des branches de communication en actionet réaction réciproque avec les systèmes antécédens ; ses diverses parties sont unies entre elles; enfin, il est composé de parties qui sont paires, et qu’unissent sur la ligne médiane des commissures. |

Jusqu’à présent les circonvolutions du cerveau avaient été attribuées au besoin qu'avait la pie-mère de pénétrer dans la substance de l'organe, pour y faire parvenir les vaisseaux à un grand état de division. Mais M. Gall en conçoit autrement la disposition; et, selon lui, cette disposition est telle qu’en peut réduire le cérveau à une grande membrane nerveuse , et déplisser cet organe. Les circonvolutions cérébrales résultent, selon cet anatomiste : 1° de ce que les faisceaux divergens qui les forment n’ont pas tous la même longueur, mais se terminent les uns plus près, les autres plus loin; +de ce que ces faisceaux s’accollent dans chaque circonvolution , de manière à former deux lames qui sont opposées l'une à l’autre dans le sens de la ligne médiane de la circonvolution, qui sont même agglutinées par un tissu cellulaire très-fin ; mais qui peuvent être séparées , de sorte qu’alors la circonvolution disparaît , et est remplacée par une expansion membraniforme. La considération

des hydrocéphales est ce qui a mis M. Gall sur la voie de découvrir cette structure : remarquant que souventles bydrocéphales conservaient leurs facultés morales, ce qui prouvait que le cerveau n’était pas détruit; voyant que la sérosité de l’hydrocéphale était limpide, et ne paraissait nullement tenir en dissolution la substance du cerveau ; observant que les parois de Ja cavité où la sérosité était amassée, élaient lisses intérieurement, sans aucune trace de déchirure, et qu’à son extérieur existait de même la substance grise du cerveau, il conjectura que dans les hydrocéphales les circonvolutions n'étaient que déplissées. Pour savoir que penser de sa conjecture , il examina avec grand soin une circonvolution isolée , el il reconnut que les fibres qui la composaient y étaient disposées verticalement de la base au sommet; il lui parut qu’il serait facile d’écarter et d’étendre horizontalement ces fibres , de manière que toutes les fibres blanches fussent en dedans, et la substance grise en dehors, comme cela est dans l’hydrocéphale. Il chercha à obtenir cet effet, et il y parvint. Lorsqu'après avoir enlevé les membranes du cerveau , on porte le doigt dans les cavités postérieures ct latérales, entre le gros faisceau fibreux , et la bandelette festonée, et qu’on presse doucement, on opère ce déplissement des circonvolutions : on a d’abord à vaincre l’adhérence qui unit entre elles vers les ventricules les fibres rentrantes et sortantes ; mais cette adhérence une fois vaincue , la séparation se fait ensuite avec facilité. On peut de même épanouir une circonvolution isolée qu’on a coupée horizontalement ; et l’on voit que de toute évidence ses parois internes sont lisses, sans déchirare ; on y reconnait la direction perpendiculaire des fibres,

et un sillon qui conduit les vaisseaux jusqu’au sommet de la circonvolution. Cette séparation s'obtient avec plus de facilité, quand on a pris soin de faire durcir préalablement la circonvolution dans de l'alcool ou un acide, ou de la faire bouillir dans de l'huile. On réussit alors à l'opérer par les moyens même les plus délicats, comme par une insufllation d’air dirigée dans le sens médian de la circonvolution, ou lPinjection d’un petit filet d’eau dans le même sens. Comme cette opération ne s’opère que dans la ligne médiane de lacirconvolution, et qu’on ne peut l’effectuer dans les autres sens , on ne peut pas la considérer comme une déchirure, ou comme un effet de la violence. Cette structure permet d’expliquer pourquoi les hydrocéphales conservent quelquefois leurs facultés intellectuelles ; c’est que les circonvolutions cérébrales n’ont pas changé dans leur structure intime; leurs fibres composantes sont seulement, de verticales qu’elles étaient, devenues horizontales. Or, ce sont les circonvolutions qui sont les parties productrices des facultés , qui sont l'organe perfectionné; les autres parties cérébrales ne sont que les appareils de leur production et de leur renforcement.

Enfin , selon M. Gall, le cerveau n’est pas une masse nerveuse, unique, mais un groupe de systèmes nerveux divers affectés chacun à la production d'un acte moral spécial. Mais cette dernière question nous occupera £i-après.

Les idées de M. Gall sur le cerveau ont recu l’assentiment de beaucoup d’anatomistes, surtout en ce qui concerne le système des fibres divergentes ou appareils de formation. Il n’en est pas de même du système des fibres rentrantes , ou des appareils de réunion : les

La

travaux de T'icdemann et de M. Serres leur sont contraires ; et il paraît que ces fibres qui vont de l’un et l’autre côté de l’encéphale former les commissures, ne sont que la continuation des premières qui se sont contournées pour venir se réunir sur la lignemédiane , afin de faire communiquer les parties paires de l’organe. Du reste, M. Gall convient lui- même que la description anatomique qu'il donne du cerveau n’est pas-encore complète ; il ignore, par exemple, ce que sont les corps

mamillaires , les glandes pinéale et pituitaire , ete. +:

conjecture que ce sont des ganglions destinés à renforcer quelques-uns des systèmes perte du cerveau.

Tel est le cerveau en particulier et l'encéphale en général. Dans l’homme , comme dans tous les animaux supérieurs , la nature a pris toutes précautions pour protéger , contre toutes percussions, cet organe important; elle Fa renfermée dans une cavité osseuse close de toutes parts, le cràne , et l’a entourée de trois membranes particulières.

1° Le crâneest une cavité ovalaire , occupant la partie supérieure et postérieure de la tête, située au-dessus et en arrière de la face, et formée chez l'homme par le concours de huit os, le frontal, l’ethmoiïde, le sphénoïde et l'occipital sur la ligne médiane, et les deux pariétaux et Les deux temporaux surles côtés. En dehors, ce crâneest recouvertpar quelques museles, et par la peau qui ici est plus dense qu'ailleurs , et garnie de cheveux abondans , qui se mouillant avec difficulté , étant mauvais conducteurs du fluideélectrique ;'et constituant un feutre épais , forment réellement,au cerveau un abri protecteur puissant. En dedans, il correspond aux membranes que nous verrons enyelopper le cerveau ; cependant il offre de ce côté des inégalités qui sont en rapport avec celles

que présente la surface de l'organe ; et des sinuosités qui reçoivent les vaisseaux qui rampent sur cette surface. Sa cavité a une forme ovalaire, et sa partie la plus ample correspond au lieu d’union du tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs , près le trou occipital, au lieu où se confondent les trois parties de l’encéphale , le cerveau , le cervelet et la moelle allongée. Les huit os qui composent le crâne sont unis entre eux par des articulations immobiles. Ceux de la base sont simplement juxtaposés l’un à l’autre; mais la largeur des surfaces par lesquelles ils se touchent, le secours d’un cartilage qui est toujours placé entre eux, enfin la disposition générale de ces os qui sont tellement enclavés, que tous les efforts exercés sur eux ne tendent qu'à les rapprocher davantage, sont autant de circonstances d’organisation qui assurent la fixité de leur réunion. A la voûte , ces os s’engrènent à leurs bords les uns dans les autres , ce qui ajoute à la solidité de leur union, et ce qui constitue les sutures.

De longs détails sur le crâne sont inutiles à notre objet ; disons seulement , comment dans ces derniers temps on a assimilé les os qui le forment à des vertèbres, comment ilabrite de tous chocs l'organe important qu'il renferme, et jusqu’à quel point le crâne moulé sur le cerveau en est une représentation fidèle.

A. En 1808 , M. Duméril présenta à l'Institut un Mémoire dans lequel il établissait , que le crâne était une véritable vertèbre très - développée : le trou occipital était considéré comme l’origine du canal rachidien ; l’'apophyse basilaire et le corps du sphénoïde , comme Je corps de la vertèbre; les condyles occipitaux en étaient les apophyses articulaires ; la protubérance occipitale externe, l’apophyse épineuse; et enfin les apo-

physes mastoïdes du temporal en étaient les apophyses transverses. Depuis , M. de Blainville a dit le crâne, non une seulé vertèbre, mais un assemblage de plusieurs articulées entre elles d’une manière immobile, comme le sont celles du sacrum; et il a établi la plus grande analogie entre la tête et le rachis. Ainsi, de même que chaque vertèbre du rachis est composée de deux parties , le corps et la masse apophysaire , qui se réunissent pour former un canal à la moelle spinale ; de même

le crâne est composé de pièces médianes, les analogues M

du corps des vertèbres, soutenant lencéphale , laissant entre elles des trous pour le passage des nerfs qui en naissent; et de pièces latérales, les analogues de la masse apophysaire des vertèbres, se réunissant en dessus pour former une cavité à l’encéphale. Tout cela constitue quatre vertèbres : 1° une postérieure , formée par l'os basilaire ou occipital inférieur qui en représente le corps, et auquel s’ajoutent les occipitaux latéraux et l’occipital supérieur pour compléter l'anneau. C’est la même disposition qu’à la première vertèbre cervicale, où il y a quatre points d’ossification ; un pour le corps, un pour chaque condyle , etun pour l’apophyse épineuse. 2° La suivante, a pour corps le sphénoïdal postérieur, et pour parties latérales les grandes ailes du sphénoïde et les os pariétaux. Quelquefois il y a dans ce second anneau un petit os de plus, dit Wormien ; chez l'homme , mais appelé -chez les animaux où il est plus prononcé interpariétal. -3° La troisième , est formée par le sphénoïde antérieur, auquel s’ajoutent, pour complèter l’anneau ; les petites ailes du sphénoïde et les os frontaux.’ 4° Enfin, la quatrième vertèbre, celle qui termine le crâne en avant , est formée par le vomer; qui a , pour appendices latéraux,

les os propres du nez. Entre chacune de ces vertèbres est un trou pour le passage des nerfs encéphaliques, comme cela est au rachis ; entre la 4° et la 3°, par exemple, les trous de la lame criblée pour le nerf olfactif; au petit sphénoïde, le trou du nerf optique ; au grand sphénoïde , les trous oval et rond pour le nerf de la £° paire; et, enfin, à la vertèbre occipitale, les trous de la 8° et 9° paire : nous les avons indiqués à l'article du système nerveux. Ainsi, la tête ne serait qu'une continuation du rachis , et serait édifiée sur le même plan. Par exemple, de ce rachis naissent divers appendices, les côtes, les membres; de même, des vertèbres de la tête se détachent quatre appendices, ceux de l’hyoïde, de l’organe de l’ouie, des mâchoires inférieure et supérieure. Le rachis se termine en pointe par le coccix ; de même la têle se termine en ayant par le vomer. Dans le rachis, le corps des vertèbres est surtout relatif au système nerveux, et la masse apophysaire , au contraire, relative au système locomoteur; la chose est encore de même aux vertèbres de la tête, surtout dans les animaux. On ne peut objecter la soudure immobile des vertèbres de la tête ; car cette même soudure s’observe en quelques régions du rachis, au sacrum, par exemple. Dans cette manière de concevoir la structure du crâne, ce n’est qu'accessoirement que le temporal concourt à sa composition ; il appartient primilivement à un des appendices de la tête , à l’appendice de l’organe de l’ouïe,

B. Le crâne forme évidemment à l’égard du cerveau une enveloppe solide, qui le protége de tous chocs extérieurs, mais par un mécanisme qui diffère selon le point auquel est appliqué le choc. Supposons -nous un coup porté sur le vertex ? le choc se partage, et se pro-

page le long des parois du crâne ; en devant, par le frontal ; en arrière , par l’occipital; sur les côtés , par les pariétaux et les temporaux ; et tout l'effort vient en dernier lieu aboutir à la base du crâne , au corps du sphénoïde, sur la ligne médiane. Sans doute, les pariétaux, par suite de ce choc, tendent à être écartés etenfoncés ; mais ils sont soutenus par le sphénoïde et les temporaux , qui s’articulent avec eux en les recouvrant, et qui sont pour eux comme des ares-boutans , ainsi que l’a dit lunauld , Mem. de l’Acad. des sciences, année 1730. Du côté du front, une partie du coup va à la vérité se perdre dans la face; mais , à cause de cela, le frontal est soutenu par les quatre apophyses orbitaires externes et internes , qui sont comme les piliers du front. Ainsi , c’est vers le corps du sphénoïde et l’apophyse basilaire que se concentre l'effet du choc; et le mouvement à glissé le long du crâne sans atteindre le cerveau. Cela est si vrai , que c’est en ce lieu que les fractures du crâne sont plus fréquentes. Il est heureux encore que le crâne ne soit pas d’une seule pièce, mais soit formé de 8 os; cela décompose les mouvemens , et en atténue les effets.

Supposons-nous , au contraire , un choc du côté de la partie inférieure ? et ici le crâne supporte des percussions continuelles par suite des heurtemens de la mâchoire inférieure contre la supérieure dans l'acte de la mastication. Il en sera de même encore, ainsi que l’a fait voir Bordeu dans un autre Mémoire. D’abord , une partie de la percussion se perd par le fait seul de la multiplicité des dents, auxquelles cette percussion est appliquée; on sent que l’eflet de cette percussion eût été plus considérable , si nos 52 dents avaient été remplacées par un seul os. Ensuite, le choc qu'imprime la mâchoire inférieure,

ACTES INTELLECTUELS ET MORAUX. 57Q est de même propagé par en haut et par les côtés , au même lieu de la base du crâne , au corps du sphénoïde. En haut, il est reçu par les quatre apophyses orbitaires, qui ne cèdent pas , parce qu’elles sont bien soutenues par les pariétaux et le sphénoïde , et qui transmettent le mouvement à la base du crâne , tant par les petites ailes du sphénoïde en bas, que par les pariétaux et l’occipital en haut et en arrière. Sur les côtés , le choc est d’abord recu par l'os malaire , et l'arcade zigomatique , qui est articulée avec cet os de manière à le soutenir; de là, il est transmis à la base du crâne par l’os temporal. On voit les leviers qui propagent le mouvement, savoir, ceux qui Le conduisent aux apophyses orbitaires et à l’arcade zigomatique , contourner les cavités des orbites et des fosses nasales. En somme, tout vient aboutir au corps du sphénoïde, qui est bien la clef de la voûte, comme l'indique le nom qu’on a donné à cet os. Le sphénoïde est vraiment l'os du crâne qui supporte le plus grand effort, lorsqu'un grand fardeau est porté sur la tête , ou soulevé avec les dents; aussi son corps est-il la partie qui, dans la tête , est la première ossifiée,

Enfin , si la tête recoit, lorsqu'elle est appuyée , un choc quelconque à sa face antérieure , postérieure ou latérale , le mouvement se propage à la partie de la tête qui est appuyée et qui semble être alors comme la base : c'est en effet cette partie , qui alors se fracture, et. toujours le mouvement glisse à la surface du cerveau sans atteindre cet organe.

Ainsi, le crâne est autant bien disposé que possible pour concentrer en lui tous les chocs extérieurs qu'il recoit , et n'en rien transmettre au cerveau.

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