CHAPITRE
Des Rapports mécaniques des Organes.
Les divers organes du corps humain, par cela seul qu'ils sont continus , ou contigus, et situés très-près les uns des autres, ou réunis sous une même enveloppe commune, ne peuvent agir sans s’influencer respectivement d’une maniêre mécanique , sans que l’exercice des uns n’imprime quelques modifications physiques aux autres ; par exemple , ne change leur situation, n’exerce sur eux quelque pression, quelque traction, ou ne devienne pour eux l’occasion de quelque choc, de quelque secousse , etc. Gela fonde pour eux un premier genre de rapports que nous appelons mécaniques, qui, sans doute, sont moins importans que les rapports fonctionnels et sympathiques qui nous occuperont ci-après, mais qui cependant sont assez considérables en certaines fonctions, et, à cause de cela, méritent d’être mentionnés. Tout organe susceptible d’exécuter un mouvement appréciable, influe d’une manière mécanique sur les organes voisins; et, sous ce rapport, doivent être mis au premier rang les organes de la locomotion , de la respiration, de la circulation , de la digestion, et ceux chargés de conserver en dépôt et d’excréter quelques matières solides ou liquides.
D'abord , la locomotion ne peut s’accomplir sans que les muscles qui agissent ne modifient mécaniquement la situation de beaucoup de parties, n’exercent quelque traction sur les unes, quelque pression sur les autres , n’impriment une secousse à presque toutes. N’avonsnous pas vu des appareils musculaires faire varier la situation des organes des sens, selon que nous voulons soumettre ou dérober ces organes au contact de leurs excitans propres? Les divers réservoirs excrémentiliels ne sont-ils pas environnés de muscles, qui , en exerçant une pression sur eux, favorisent leur action d’excrétion ? Lors de la contraction des muscles, la circulation des fluides ne s’accélère-t-elle pas dans tous les vaisseaux qui sont dans le voisinage, et sur lés parois desquels les muscles en action peuvent exercer une pression ? De semblables influences mécaniques ne sont-elles pas exercées par les parois des cavités splanchniques , quand ces parois sont musculaires, sur tous les viscères intérieurs? Enfin, le déplacement seul du corps dans la locomotion générale n’imprime:t-il pas nécessairement à toutes les parties une succussion mécanique qui doit exciter en elles l’activité vitale, et entrer pour quelque chose dans les effets de l'exercice ?
Ilenest de même , et au même titre, de la respiration, ne voulant parler ici que des influences mécaniques qu’exerce cette fonction par les mouvemens d’inspiration et d'expiration. Sans rappeler la nécessité dont est sous le rapport physique cette fonction, pour la formation de la voix, d’abord elle exerce une grande influence sur le coùûrs du sang : quand il y à inspiration , le poumon dilaté est plus accessible au sang veineux, €Ë toute la circulation du sang noir est, de proche en
DES RAPPORTS MÉCANIQUES DES ORGANES. 243 proche , accélérée mécaniquement : quand il y a expiration , le poumon comprimé n’est pas aussi accessible au sang veineux , et la circulation de ce fluide de proche en proche se ralentit dans tout le cours du système vasculaire à sang noir. Sous ce rapport, l'influence de la respiration s'étend jusqu'aux extrémités du système circulatoire , et cette fonction se trouve intimement liée à celle de Ja circulation. Ainsi s’explique , pourquoi l’on rougit dans tous les cas d'expiration prolon gée, lors des efforts, des excrétions difficiles, etc. En second lieu, de même que les muscles respirateurs influent, par le degré de pression auquel ils soumettent le cœur et les gros vaisseaux, sur la circulation; de même, leur influence mécanique s'étend aux organes de l’abdomen ; par exemple , ils soumettent l'estomac à une oscillation mécanique favorable à ses fonctions ; ils aident aux excrétions du vomissement, de la défécation , à celle de l'urine, en associant leur action à celle des parois de l'abdomen , et formant avec elles une cavité musculeuse qui enveloppe de toutes parts les réservoirs de ces excrétions, et les comprime. Par le même mécanisme, ils expulsent quelquefois, par quelques-unes des ouvertures naturelles de l’abdomen, plusieurs des organes qui y sont contenus, et produisent des hernies. Enfin, ces mouvemens respirateurs servent aussi, lors de tout effort quelconque , à fixer le thorax , et à donner à cette partie du tronc toute l'immobilité dont elle a besoin pour former un point d'appui aux muscles nombreux qui doivent agir. Nous avons dit dans le temps comment la coïncidence de contraction , des muscles de Ja glotte d’une part, pour retenir l'air dans le poumon, et de tous les muscles expirateurs, et particulièrement des
muscles abdominaux de l’autre, pour expulser cet air ; amenait cette fixité du thorax.
De son côté, la circulation nous offre un certain nombre de rapports mécaniques. D'abord , le cœur, par la force avec laquelle il projette le sang dans les artères, imprime à toutes les parties que pénètrent des artères un peu grosses, OU qui sont en contact avec ces vaisseaux, une succussion qui est pour elles une stimulation vitale. Nous avons vu un exemple sensible de cette succussion, dans les mouvemens d’élévation que les artères qui sont à la base de l’encéphale impriment à cel organe. En second lieu, dans l'union obligée qui existe entre la circulation générale ou des gros vaisseaux, et la circulation capillaire, s’il se fait une déplétion soudaine et abondante dans les vaisseaux de l’une , il en résulte une déplétion mécanique dans les vaisseaux de l’autre. Ainsi, l'ouverture d’une grosse artère ou d’une veine amène-t-elle une hémorragie abondante? de proche en proche les parenchymes des organes se vident de sang. Et de même, une irritation appelle-t-elle dans un des départemens du système capillaire une grande quantité de sang ? mécaniquement les parties voisines, de proche en proche jusqu'aux gros vaisseaux, s€ vident aussi. Ainsi l’on explique, pourquoi l’on pâlit ou l'on tombe en syncope à l’occasion d’une saignée, d’une application de sangsues,.
Enfin, avons-nous besoin de dire, que les organes des ingestions et des excrétions ne peuvent se remplir ni se vider, sans exercer des influences mécaniques sur les organes circonvoisins ? Lorsque l'estomac est plein d’alimens, les viscères abdominaux sont plus comprimés , l'abdomen saille plus en dehors; le diaphragme peut
moins s’abaisser dans cette cavité ; les mouvemens res pirateurs ne peuvent être aussi étendus, et toutes les fonctions qui en dérivent, comme la voix, la parole, le chant, sont moins faciles. Lorsque l’utérus est distendu par le produit de la conception, ces effets mécaniques sont encore plus évidens; la pression que cet organe exerce alors sur les organes voisins, la vessie, le recium , les nerfs et les gros vaisseaux des membres, etc. , est telle, qu’il en résulte souvent des troubles des fonctions de ces organes ; il y a de continuelles envies d’uriner, d'aller à la garde-robe, enflure des membres inférieurs, difficulté de marcher, des crampes, etc. Mais c'en est assez sur ces rapports mécaniques, qui se conçoivent aisément, et que nous devions seulementindiquer.
Il suflit de se rappeler que, dans le corps humain, c'est le concours de beaucoup d’actes qui édifie les conditions de la vie , et qui accomplit les diverses facultés : pour concevoir qu’il doit y avoir sous ce double rapport des liens forcés entre les parties. Dans un être vivant dont l’organisation est simple, autant homogène que possible, chaque partie contient en elle les élémens de sa vitalité, de sa faculté, les renouvelle par elle seule, el par conséquent est indépendante de toutes autres; la vie n’est aucunement centralisée, et chaque fragment détaché de l’être peut vivre isolément. Mais il n’en est pas de même dans celui dont l’organisation est complexe, et le mécanisme de la vie compliqué; c’est par le concours d’organes divers, et souvent fort distans les
uns des autres, que la vitalité de chaque partie est entretenue, que s’accomplit chaque faculté: la vie est centralisée, se montre dépendante de l'intégrité de quelques centres, et des liens intimes existent entre toutes les parties. Ge sont ces liens que nous appelons rapports fonctionnels ; et chez l’homme , qui de tous les êtres vivans est le plus compliqué, ils sont d’un haut intérêt. Dans l’étude que nous allons en faire, nous les partagerons en deux ordres, selon qu’ils sont relatifs à leliretien de la vie en général, ou à l’accomplissement de chaque faculté en particulier.
Anricze I”.
Rapports fonctionnels relatifs à l'entretien de la vie en général.
Toute partie du corps humain, pour continuer de vivre et d’être apte à exécuter sa fonction, a besoin de deux influences ou conditions, la présence du sang artériel et une influence nerveuse. Or, dans l’homme, chaque partie ne peut à elle seule établir ces conditions; elle ne les doit qu’au concours de plusieurs organes , et qui sont assez distans; et de là un premier ordre de rapports fonctionnels , de liens entre les organes, et une première cause de la dépendance dans laquelle quelquesuns tiennent tous les autres.
$. I. Rapports fonctionnels relatifs à la première condition
vitale, la présence du sang artériel dans les organes.
Tout organe, sans exception, cesse d'exercer son office , et meurt quand le sang artériel ne lui arrive plus. C’est ce qu’a montré l’histoire que nous avons faite des fonctions ; et ce que vont prouver les détails dans les-
quels nous allons entrer ci-après, sur l’asphyxie et la syncope. Qui ne sait d’ailleurs que toute partie meurt, quand on a lié ou coupé toutes les artères qui lui ap. portent le sang? Or, ce n’est que par le concert de plusieurs fonctions, que le sang artériel est fait et dis tribué sans interruption dans toutes les parties du corps; et de à, une importance plus ou moins grande des diverses fonctions, selon la part plus ou moins prochaine qu’elles ont à l'établissement de cette première condition vitale. À cet égard, nous en distinguerons de trois sortés : les unes qui y concourront d’une manière si prochaine, que leur interruption pendant quelques instans suflit pour amener la mort; les autres , dont la suspension n’entraînera ce résultat funeste qu'après quelques jours ; les troisièmes enfin , qui, ne faisant qu’influer sur la crâse du sang, auront des effets moins maiheu reux , ou du moins plus éloignés.
1° [1 existe chez l’homme deux fonctions, la respiration et la circulation, qui influent si prochainement sur la condition vitale dont nous nous occupons ici, qu’elles ne peuvent se suspendre quelques instans sans entraîner la mort.
La respiration, comme on l’a vu, est la fonction qui fait le sang artériel. Si, par une cause quelconque , elle est suspendue, le sang veineux qu’elle devait changer en sang artériel, n’éprouve pas ce changement; c’est à J’état de sang veineux qu'il est rapporté aux cavités gauches du cœur , et de là projeté à toutes les parties , et une mort prompte en est la suite. C’est ce que montre l'histoire de l’asphyæie , dont c’est ici le lieu de donner la théorie physiologique.
Cetie asphyxie peut arriver de beaucoup de manière s:
ou air, aliment de la respiration, manque, comme quand on est dans le vide, ou plongé dans l’eau ; ou l'air fourni à la respiration n’est pas respirable, est de mauvaise qualité; ou un obstacle quelconque s’oppose à l’introduction de l’air dans le poumon , comme dans la strangution; ox enfin , le poumon, quoique recevant de l'air, et un air de bonne qualité, ne l’élabore pas, comme quand , par la section de la huitième paire, on à paralysé son tissu. Chacun de ces modes d’asphyxie offre sans doute des traits qui lui sont propres, parce qu’à la cause principale de mort, que nous verrons être la nonformation de sang artériel, souvent s’en ajoutent d’autres, comme l’état apoplectique, la congestion du sang dans le cerveau , quelquefois la luxation d’une des vertèbres du col, etc., dans l’asphyxie par strangulation. Cela est évident , surtout dans l’asphyxie par les gaz non respirables, pour ceux de ces gaz qui, non-seulement nuisent négativement, parce qu’ils ne contiennent pas l'élément respirable, l’oxigène, mais qui encore asphyxient positivement , parce qu’à l’instar de substances vénéneuses , ils exercent une action délétère directe sur le système nerveux. Mais, en outre, tous offrent des traits qui leur sont communs, qui sont dus à la suspension de la respiration, et ce sont ceux-ci qu’il nous importe de faire connaître.
Dans toute asphyxie, d’abord un sentiment d'angoisse marque l'impossibilité de satisfaire un des besoins les plus impérieux de la vie, celui de respirer. Ge sentiment est bientôt porté à l'extrême, et s'accompagne de soupirs, de bâillemens, d'efforts inspirateurs qui tendent évidemment à appeler dans le poumon l'élément aérien nécessaire à la respiration. Alors sont éprouvés des ver-
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 2/9 tiges , des lourdeurs de tête ; surtout si la respiration à continué de se faire un peu, et que l’asphyxie ne SOI que graduelle. La face , les lèvres, les origines de Loules les membranes muqueuses, souvent toute la surface de la peau, deviennent violettes, bleues. Après deux à trois minutes, toutes les fonctions sensoriales se suspendent ; il y a perte de tout sentiment; l'individu ne pouvant plus se soutenir, tombe ; il est dans un état de mort apparente; la circulation, et les fonctions nutrilives qui en dérivent, sont tout ce qui reste de la vie. Enfin, ces fonctions elles-mêmes s'arrêtent aussi; la circulation d’abord , puis les nutritions, sécrétions et calorifications. Le cadavre offre les traits suivans : les tégumens sont livides ; la face surtout, dont le système capillaire est plus accessible et plus abondant , est toute bleue et gorgée de sang. Il en est de même des lèvres, des membranes muqueuses qui souvent de plus sont tuméfiées. du parenchyme de tous les organes, le foie , la rate, le poumor surtout, tout ce qu’on appelle le système capillaire général. Toutes les parties semblent regorger de sang, et d’un sang noir, fluide, jamais coagulé. Ce sang est surtout rassemblé dans le système vasculaire à sang noir , c’est-à-dire les veines du corps, les cavités droites du cœur , l'artère pulmonaire et le parenchyme du poumon : tout le système vasculaire à sang rouge, c'est-àdireles veines pulmonaires , les cavités gauches du cœur, et le système artériel, est au contraire vide, ou n’en contient qu’une petite quantité. Tout ce tableau de lasphyxie, avant et après la mort, est d'autant plus prononcé , que la respiralion à été moins promptlement et moins complètement suspendue; si elle l’a été tout à coup et entièrement, la mert est plus prompte; on
éprouve moins d’angoisses avant qu’elle arrive; dans le cadavre , la face , la peau , les divers organes sont moins gorgés de sang, et ce sang est moins exclusivement concentré dans le système vasculaire à sang rouge. Sous ce triple rapport , de la promptitude avec laquelle la mort arrive , des souffrances qu’endure l’asphyxié, et de l’état du cadavre, il y a mille degrés , selon que la respiration a été plus ou moins promptement et complètement arréiée, c’est-à-dire que l’asphyxie a été subite ou graduelle.
Quelle est la cause de ces phénomènes ? c’est évidemment, qu'au lieu de sang artériel , il n’est plus envoyé aux parties que du sang veineux. Celles-ci dès-lors meurent, soit par une action stupéfiante directe qu’exerce sur elles le sang veineux, soit au moins parce qu'elles sont privées de sang artériel. À la vérité dans le temps où l’on croyait que la respiration ne servait qu'à dilater , épanouir le poumon , pour que le sang püt traverser son lissu , et circuler des cavités droites du cœur aux cavités gauches de ce même organe, on attribua la mort de l’asphyxie , à l’arrêt soudain de la circulation. De là le nom d’asphyæie donné à ce genre de mort subite, nom qui veut dire sans pouls. Plus tard même, lorsque l'office réel de Ja respiration eut été reconnu, on persista dans cette explication : Goodwin, par exemple, prétendant que le sang veineux est incapable de provoquer les contractions des cavités gauches du cœur, dit que dans l’asphyxie , le sang arrivant tel à ces cavités, celles-ci ne se contractent pas, dès-lors n’envoient pas de sang aux organes , etque ceux-ci, faute de sang, meurent. Mais le fait de la cessation de la circulation dans V’asphyxieest faux. Qu'on ouvre sur un animal qu’on asphyxie, un vaisseau sanguin quelconque , artère ou veine ,
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 291 on voit le sang en jaillir, et cela pendant quelque temps encore, jusqu’à ce que la mort soit arrivée. Qu'on touche dans cet animal la région du cœur, ou une artère , on reconnaîitra les battemens de l’un, le pouls de l’autre. Dans les expériences de Bichat sur la respiration, le sang jaillissait de la carotide , tout aussi bien quand le robinet de la trachée- artère était fermé , que quandilétaitouvert. Si l'arrêt de la circulation était la cause de la mort dans l'asphyxie, les fonctions devraient s’interrompre toutes en même temps, comme dans la syncope ; et au contraire on a vu qu’elles ne se suspendaient que graduellement, et dans un ordre qui est toujours le même, les sensoriales d’abord , puis la circulation, et enfin celles qui font suite à la circulation. Si la circulation s’arrêtait dans l’asphyxie dès le premier instant, verrait-on la face, la peau , toutes les membranes muqueuses remplies de sang , tous les organes gorgés de ce fluide? verrait -on ce sang presque exclusivement concentré dans le système capillaire général? au lieu de laisser vides le système artériel et les cavités gauches du cœur , ne devrait-1l pas être accumulé entre le poumon et les cavités gauches, et remplir ces cavités gauches elles-mêmes ? Cet état de vacuité dans lequel on trouve dans les cadavres des asphyxiés les cavités gauches du cœur, contredit même tout-à-fait cette assertion de Goodwin , que le sang veineux n’est pas apte à provoquer les contractions de ces cavités ; il prouve que celles-ci ont continué de se contracter ; et en effet, les systèmes divers qui en sont les aboutissans, sont tous pleins du sang qu'elles ont projeté. La circulation continue donc dans lasphyxie ; et si celleci cause la mort, c’est parce qu'il est alors envoyé dans les organes du sang veineux au lieu de sang artériel.
Tout ce que nous avons dit des symptômes des asphyxies, des altérations que présente le cadavre, est en eflet d'accord avec cette théorie, Ainsi, les fonctions ne se sont suspendues , qu’à mesure que le sang veineux a été envoyé à leurs organes ; et ceux-ci n’ont manifesté l'impression fatale que dans l’ordre de leur susceptibilité : si les fonctions sensoriales se sont interrompues les premières , si le cerveau a accusé le premier malaise, si cet organe est celui qui après l’asphyxie conserve le plus long-temps l'impression du mal; c’est qu’évidemment il est de tous le plus délicat. Aïnsi, c’est évidemment du sang veineux qui remplit toutes les parties, car ce sang est noir, fluide , jamais coagulé. Si le sang est plus abondant dans le cadavre des asphyxiés qu’en aucun autre, c’est qu'aucune partie n’en a été employée aux nutrilions et sécrétions. Si le parenchyme du poumon surtout en est gorgé, c’est que l'embarras circulatoire a commencé en cet organe qui est alors doublement paralysé, d’un côté par le défaut d’air qui est pour lui un stimulant, sinon nécessaire, au moins important, de l’autre par l’afflux du sang veineux que lui apportent les artères bronchiques. Si enfin ce sang est plus particulièrement concentré dans le système vasculaire à sang noir, et manque dans le système vasculaire à sang rouge, c’est que, projeté dans les parties, ce fluide y est resté, et surtout n'a pu franchir le poumon pour parvenir au système vasculaire à sang rouge.
De même, s'expliquent toutes les différences que présentent les symptômes et l'état du cadavre, selon que l’asphyxie est soudaine ou graduelle. Si la respiration a été suspendue tout d’un coup et complètement, c’est du sang enuèrement veineux qui est aussitôt envoyé aux organes ;
ceux-ci dès-lors meurent presque à l'instant; plus de sentiment ; le cœur cesse ses contractions; la mort est plus prompte, moins pénible; la peau est moins livide , la face moins violette, tous les organes moins gorgés de sang , le cœur ayant été tué promptement, et n'ayant pas eu le temps de projeter partout beaucoup de sang veineux. Si au contraire la respiration a continué de se faire un peu, il aura été fait un peu aussi de sang artériel ; ce sang envoyé aux organes aura été un peu vivifiant encore; toutes les fonctions n’auront pas été aussi promptement abolies ; les fonctions cérébrales, par exemple, auront persisté assez, pour que l’asphyxié apprécie la pénible lutte qui est engagée; le cœur aura continué ses contractions assez de temps, pour gorger de sang tous les organes ; et c’est alors que la peau , les systèmes capillaires et les veines, seront remplis de sang, et que le système artériel sera vide. Comme il peut y avoir mille degrés de rapidité de lasphyxie, il y aura beaucoup d'intermédiaires entre ces deux extrêmes , et mille variétés dans la promptitude de la mort, les phénomènes qui la marquent, et l’état du cadavre.
Ce n’est pas qu'à la fin de lasphyxie, le cœur ne cesse ses contractions et n’ajoute ainsi une Cause nouvelle de mort, l'absence de tout sang, à celle qui a agi la première, l'envoi d’un sang veineux au lieu d’un sang artériel. Get organe meurt comme les autres , à mesure que son Lissu se pénètre de sang veineux. Îlen est de même du cerveau; cet organe recevant des premiers l’atteinte fatale , et par conséquent suspendant son service , vient ajouter de nouvelles causes de mort à la première , d’un côté, en arrêtant les mouvemens respirateurs auxquels il préside ; de l’autre , en faisant cesser l’autre condition
294 DES CONNEXIONS DES FONCTIONS. , vitale que nous avons annoncée, l'innervation. Mais ceci rentre dans les liens qui unissent entre eux les organes auxquels sont dues les deux conditions qui établissent la vitalité ; et il n’en reste pas moins certain que, dans l’asphyxie , ce n’est pas du cœur ni du cerveau aux parties que procède la mort, mais que cette mort frappe toutes les parties à la fois, consécutivement à leur pénétration par le sang veineux ; le cerveau et le cœur ne meurent qu'avec les autres organes, et par la même cause. Loin quele cœur s’arrête dès le principe, on peut même dire qu’il hâte la mort, en ce que, trop fidèle à son devoir, si on peut parler ainsi , il distribue partout le sang fatal.
Ici, ou s’est demandé comment agit le sang veineux ; si c’est par une qualité stupéfiante directe qu'il frappe de mort, ou s’il ne nuit que négativement, parce qu'il n’a pas les qualités vivifiantes ? Bichat penchait pour la première opinion, arguant de l'opposition qu'on remarque entre la rougeur de l’inflammation , et la lividité de la gangrène et les taches scorbutiques ; entre le teint coloré de l'individu, qui a l'appareil respiratoire ample et énergique, et le teint pâle de celui qui a la poitrine étroite et faible ; faisant remarquer le rapport qui existe dans les animaux entre le développement de leur appareil respiratoire et le degré de leur force musculaire , ainsi que la prédominance du système artériel dans la jeunesse, et du système veineux dans la veillesse, etc. H s’appuyait surtout d’une expérience dans laquelle il avait asphyxié un animal , en lui injectant doucement du sang veineux dans le cerveau, tandis qu’il n’avait pu le faire par une injection de sang artériel, toutes choses ayant été égales d’ailleurs dans Jes circonstances méca-
niques de l’injeetion , et toutes précautions ayant été prises pour que rien, dans les phénomènes mécaniques de la circulation cérébrale, ne fût changé. Mais, indépendamment de ce que plusieurs des raisons invoquées par Bichat ne sont que spécieuses , et qu'aucune n’est rigoureusement démonstrative, il est une expérience de M. Edwards, qui rend probable que le sang veineux ne nuit que négativement. Ce savant a asphyxié comparativement , en les tenant plongées dans de l’eau non aérée , des grenouilles à quelques-unes desquelles il avait extirpé le cœur ; et il a vu que tandis que celles-ci mouraient très-promptement, les autres, chez lesquelles la circulation continuait, ne périssaient que vingt heures plus tard. N'est-ce pas [à une preuve que , chez ces dernières, le sang projeté par le cœur était, quoique veineux , non-seulement sans influence délétère directe, mais même a entretenu un peu la vie? D'ailleurs, ne meurt-on pas plus vite dans la syncope que dans l’asphyxie ? Toutefois, il résulte déjà de cette histoire de l’asphyxie : 1° que la présence non interrompue du sang artériel dans les organes, est une condition absolument essentielle à la vie, quelle que soit l’idée qu’on se fasse de cette condition ; et que ce sang est pour eux, non-seulement la matière qui les nourrit, mais un stimulus obligé ; 2° que la respiration, comme étant la fonction qui fait le sang, est dans l’homme, chez lequel la circulation est double , une fonction immédiatement nécessaire à la vie. Il en est de même de la circulation, fonction qui envoie le sang artériel à toutes les parties. Gomme ce sang est changé en sang veineux aussitôt qu’il a pénétré les organes , il faut que la circulation en renouvelle sans cesse l'envoi , et par conséquent ne s’interrompe jamais.
Si cette fonction est suspendue , il n’est plus envoyé de sang artériel aux diverses parties, et une mort prompie en est la suite, comme va le montrer l’histoire de la syncope.
La syncope, ou la cessation de la circulation, peut aussi arriver de diverses manières ; ou par des causes mécaniques , comme quand il y a rupture, plaie du cœur, ligature des gros vaisseaux, elc. ; Ou par des eauses organiques directes, comme quand une vive affection de Fâme ou une lésion de la moelle spinale, privant le cœur de l’influence nerveuse qui préside à ses contractions , arrêtent tout à coup le jeu de cet organe ; ou enfin par des causes organiques sympathiques , comme quand une impression sensitive quelconque, une odeur, par exemple, la vue de certains objets, un mouvement de tournoiement, l’affec« tion de quelques organes intérieurs, la grossesse, elc., arrêtent aussi les contractions du cœur. Chacun de ces genres a aussises traits particuliers; d’autant plus que dans plusieurs des cas qué nous avons cités, le mal commence peut-être par le cerveau, et est moins primitivementb une syncope proprement dite, que la cessation de l’inpervation. Mais tous ont des traits communs tenant à la cessation de la circulation, et que voici:
Si la circulation cesse tout à coup , subitement aussi on perd tout sentiment , tout mouvement, la respiration s'arrête, et presque instantanément l’on tombe privé de vie. À l'ouverture du cadavre , on trouve , à la différence de ce qui était dans la mort par asphyxie, les poumons et les divers organes du corps privés de sang. Si au contraire la syncope n’est que graduelle, on éprouve d’abord un sentiment d’anxiété, de malaise à l’épigastre; puis les idées se troublent , la vue s’obscurcit ; on éprouve
des tintemens d’oreille, des vertiges ; la respiration s’embarrasse , le visage pâlit, les extrémités deviennent froides ; ia tête, le col et une grande partie du corps se
… couvrent d'une sueur glacée; enfin arrive la perte de tout sentiment et de tout mouvement.
Il est évident que les organes ne cessent ici d’agir, que parce qu’il ne leur arrive plus de sang. Ils s'arrêtent dans l’ordre de leur susceptibilité; ce sont encore les fonctions cérébrales qui manifestent les premières la langueur et la suspension, comme cela était déjà dans
| l’asphyxie : vient ensuite la respiration, qui s’embarrasse |
et se suspend, tant parce que le poumon ne recoit plus
par l'artère pulmonaire le sang veineux sur lequel il:
doit opérer, et par les artères bronchiques le sang artériel qui doit vivifier son tissu, que parce que la suspension de l’action cérébrale anéantit les mouvemens respirateurs. Enfin, toutes les actions qui se passent dans les parenchymes, comme les nutritions, absorptions, sécrétions, calorilications, ne s’arrêtent qu’en dernier lieu. La susceptibilité du cerveau est telle , qu'il suffit souvent que cet organe recoive moins de sang qu'à l’ordinaire, parce que ce fluide est dérivé vers d’autres parties, ou que la quantité en a diminué tout à coup, pour qu'il en résulte une défaillance , qui est due alors à la suspension d'action du cerveau. Telles sont, par exemple, les syncopes qui surviennent quelquefois à l'occasion d’une saignée, d’un bain de pied, d’une émission de sang par les sangsues, de toute dérivation brusque du sang vers les parties inférieures. C’est là ce
que Cullen appelait syncopes nerveuses, voulant dire
qu'un trouble de la circulation avait d’abord suspendu l'action cérébrale, et qu’ensuite la suspension de l’ac-
tion cérébrale avait amené l’arrêt du cœur, Il est certain qu’ainsi sont produites plusieurs des syncopes pro voquées par des causes sympathiques. Toutefois la mort qui succède à la syncope prolongée, prouve : 1° que la présence du sang artériel dans les organes est, comme céla était résulté déjà de l’asphyxie, une condition nécessaire à la vie; 2° que là circulation , comme étant la fonction qui distribue le sang artériel, ést, ainsi que la respiration, une fonction qui ne peut être un seul instant interrompue.
Mais, de là, il résulte que les organes principaux de ces fonctions, le poumon et le cœur, sont constitués dans le corps humain, des centres de vie. Ces deux organes , COMME influant prochainement sur la formation et l’envoi du sang artériel dans toutes les parties, tiennent toute l’économie sous leur dépendance. Un troisième , l’encéphale , a seul avec eux cette suprématie. Cet encéphale aura , nous le verrons, une part prochaine à la seconde condition vitale que nous avons annoncée, l’in- ); nervation , et à ce titre se montrera un centre de vie; mais il l’est aussi relativement à celle dont nous nous occupons ici, par la subordination dans laquelle il tient la respiration. En eflet, sans parler du pouvoir de l’encéphale sur la respiration , comme centre de l’innervation; sans rappeler que cet organe régit par la huitième paire de nerfs l’action profonde par laquelle le poumon fait le sang; c’est lui qui préside à l’action musculaire volontaire par laquelle est pris l'air de la respiration , et à ce titre seul, son action continue est absolument nécessaire à la vie. Comme l’a si bien exposé M. Broussais , l’encéphale, d’abord , par la huitième paire de nerfs, percoit dans le poumon la sensation interne qui accuse
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 259 le besoin de respirer ; et ensuite, consécutivement à cette perception , il ordonne, par les nerfs diaphragmatiques et ceux de la moelle spinale, le jeu des muscles respi-
rateurs. Ainsi s'explique, pourquoi la respiration continue de se faire, tant qu’une lésion de l’encéphale est
supérieure au point auquel aboutissent les nerfs de la huitième paire; et pourquoi au contraire elle se suspend dès qu’une lésion est inférieure à ce point , quand bien même la partie de la moelle spinale qui fournit les nerfs diaphragmatiques et autres nerfs respirateurs serait iniègre , comme cela est dans la décapitation.
Le poumon, le cœur et l’encéphale sont donc, trois organes , qui, relativement à la première condition vitale, tiennent tous les autres dans leur dépendance, dont le jeu ne peut être un seul instant suspendu, et qui fondent ce que les Anciens appelaient le trépied de la vie, Mais, à ce titre , ils doivent s'être réciproquement nécessaires. Le poumon, qui fait le sang , a besoin que le cerveau ordonne les mouvemens respirateurs qui introduisent l’air nécessaire à la sanguification , et que le cœur lui envoie et le sang artériel qui le fait vivre, et le sang veineux sur lequel il doit agir. De son côté , le cœur ne peut se contracter et projeter partout le sang, qu’autant que le poumon a fait du sang artériel qui puisse vivilier son tissu. Enfin , l’encéphale , qui ordonne les mouvemens respirateurs , et qui, sous le rapport de la seconde condition vitale, l’innervation, est aussi un des centres de la vie, a besoin que le poumon fasse sans cesse du sang artériel, et que sans cesse aussi le cœur lui en envoie. Aussi dès que l’un ou l’autre de ces trois organes centraux cesse d'agir , à la cause de mort qui résulte de sa suspension d'action, s'ajoutent bientôt celles qui ré-
sultent de l'arrêt des deux autres organes. Dans l’asphyxie, par exemple, à la non formation de sang arté-” riel , suite de la suspension de la respiration , s'ajoutent bientôt : en premier lieu , la suspension d’action de l’en-. céphale , d’où résulte une nouvelle cause d’asphyxie , et l’anéantissement de la seconde condition vitale, l’innervalion : en second lieu, la suspension d’action du cœur , d’où résulte la paralysie du poumon, nouvelle cause d’asphyxie; celle du cerveau, nouvelle cause de la perte de toute innervation; et enfin celle de tous les organes. De même, dans la syncope , le cerveau ne recevant plus de sang, cesse de dispenser l'innervation, et surtout d’ordonner les mouvemens respirateurs; de àlasphyxie, survenant d’ailleurs d’autre part, parce qu'il n'arrive plus au poumon de sang arlériel pour vivifier son tissu, et de sang veineux sur lequel il puisse opérer. Enfin, ést-ce l’encépale, dont le service est suspendu? Les mouvemens respirateurs devenant impossibles aussitôt, plus de respiration , et dès-lors toutes les suites qu’entraîne l’asphyxie, etc. Il y a donc ici un véritable enchevêtrement. Bien que l’encéphale ait une srande part à [a seconde condition vitale, l’innervation , le premier phénomène qui s’observe lors de sa suspension d'action, est la cessation de la respiration; d’où il résulte que les effets successifs qui amènent alors la mort, et les désordres qu’on trouve après dans le cadavre, sont à peu près ceux que nous avons indiqués à l’occasion de l’asphyxie, soit prompte, soit graduelle.
2° Après ces fonctions , qui sont d’une absolue nécessité pour la vie, celle qui est la plus importante relativement à la condition vitale que nous examinons ici, est (a digestion. La digestion, en effet, est la fonction
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qui prend au dehors et élabore la matière avec bancs est continuellement renouvelée la masse du sang. Si elle ne se fait pas ; la mort arrive ; non àla v érité aussi promp-
‘tement,aussiinstantanément que dans l’asphyxieetlasyn-
cope, mais cependant après un temps assez court, après un intervalle de quelques jours. Il est aisé d’en indiquer la cause. Quand il n’y a pas de digestion, iln ‘est plus fait de chyle; le sang n’est plus renouvelé qu'avec les produits des absorptions internes ; et ces produits bientôt ne suffisant plus, Le sang n’est plus réparé ; ce fluide * diminue de quantité, se détériore, s’apauvrit; et finit par n'avoir plus la qualité vivifiante et nutritive. À l’article de la faim, nous avons décrit la série des phénomènes de la mort par abstinence, et quelles allérations présentent alors les cadavres. Peut-être voudra-ten attribuer la mort qui survient alors, à la phlegmasie que suscite dans l'estomac la continuité du sentiment douloureux de la faim ? Cette phlegmasie peut sans doute Y concourir, Soit par elle-même, soit en déterminant sympathiquement d’autres phlegmasies dans d’autres organes , par exemple, dans l’encéphale. Mais, indépendamment de ce que la gastrite ne s’observe pas toujours dans les personnes qui meurent de faim, il y a certainement aussi détérioration du sang. Évidemment le produit des alimens sert à renouveler la masse du sang; évidemment l'alimentation n’a pas d'autre but que de réparer les pertes de ce fluide : est-il possible dès-lors que ce fluide ne souffre pas du défaut absolu de toute alimentation? Du reste , si l’on veut que la mort, lors de l’abstinence complète, soit trop prompte, pour arriver par la détérioration du sang , et qu'elle soit due à l'influence de la gastrite ou des autres phlegmasies que
cette gastrite détermine, au moins l'influence qu’a sur toute l’économie la digestion, comme fonction qui renouvelle la masse du sang, devient manifeste , quand au lieu d’une abstinence absolue, on s’est soumis à une alimentation trop pauvre ou de mauvaise qualité : alors il n’est point fait assez de chyle; par suite le sang n’est pas suffisamment réparé; l'individu maigrit, est mal nourri; il. développe moins d'activité dans toutes ses fonctions , et est moins capable de résister aux influences délétères ; en un mot, le chyle étant entrop faible quantité ou mauvais, il en résulte un mauvais sang. On objectera peut-être qu'onnepeut saisir aucunes différences de chyle à chyle, de sang à sang, et qu’on ne connaît pas quelles sont les qualités du bon chyle , du bon sang, parrapport à celles du mauvais chyle, du mauvais sang. Mais d’abord le premier fait est faux; souvent ces fluides diffèrent en consistance , plasticité , odeur , couleur , pesanteur spécifique ; et sionen faisait un examen chimique attentif, certainement on trouverait en eux , selon les différentes circonstances de la vie, des différences dans la nature et les proportions de leurs élémens composans. Ensuite , à supposer qu’on ne pût signaler en eux aucunes différences, celles-ci pour cela devraient-elles être niées?Ainsiquenous l'avons déjà dit plusieurs fois , dans notre science peut-on tout voir ? et doit-on nier tout ce qu’on ne voit pas? quel médecin pourrait contester les effets d’une bonne et d’une mauvaise alimentation sur l’état du sang? que de maladies reconnaissent pour causes la nature des alimens dont ont usé les malades ! et que de fois, le choix des alimens fournit un des plus puissans moyens de guérison ! Or, c’est en partie en altérant le sang, que dans le premier cas les alimens ont nui, et c’est en influant sur sa com-
position que dans le second ils ont été utiles. On dira peut-êlre que tous ces effets doivent être attribués à l’influence locale des alimens sur l'estomac, et aux irradiations sympathiques de ce viscère sur toute l’économie : sans doute cette influence lecale peut concourir aussi à leur production ; mais il y a une part tenant à la composition du sang : et qui pourrait la nier, quand on voit le scorbut cesser chez les marins, par cela seul qu'ils recourent pour alimens à des végétaux frais ? En somme, la digestion fournissant et préparant la matière qui renouvelle le sang, doit à ce titre, non-seulement être nécessaire, mais encore influer sur toute l’économie en raison de la quantité et de la nature des matières qu’elle fournit à ce fluide. Sous le premier rapport, celui de la quantité, l'alimentation est-elle trop abondante, ou composée de substances trop nutritives, de telle manière cependant que l’excès ne dépasse pas la mesure des forces digestives ? il y aura un chyle abondant, un chyle riche, par suite , même état du sang, et conséquemment grand développement de vie. L'alimentation est-elle trop pauvre, ou composée de substances peu nutritives ? les résultats seront opposés. Sous le second rapport, celui de la qualité, il y a deux influences à signaler. D’un côté, selon que la digestion sera plus ou moins parfaite, le chyle sera plus ou moins bon et fournira au sang des matériaux réparateurs plus ou moins bien confectionnés. D'un autre côté, il est toujours quelques parties des alimens qui résistent à l’action digestive , el qui cependant pendant le travail de la digestion sont absorbées sous leur forme étrangère ; alors mêlées au sang, elles altèrent ce fluide et font varier l'impression stimulante qu'il exerce sur tous les organes. Si l’on ajoute à cela la grande
puissance de l'estomac, en ce qui concerne ses rapports sympathiques , comme nous de verrons ci-après à l’article de ces rapports, on s’expliquera toute l’importance de la digestion dans notre économie.
Ce que nous venons de dire en dernier lieu de la digestion, pourrait être dit aussi de la respiration, au moins en ce qui concerne la dernière de ces trois influences. Si on a tout lieu de présumer, en effet, que cette fonction peut consumer plus ou moins d’exigène , et effectuer plus ou moins parfaitement l’hématose artérielle ; cependant cela n’est que probable ; et, au contraire , il est certain qu’elle peut puiser dans l’air quelques principes étrangers, les porter dans le sang, et par là altérer plus oùmoins ce fluide. N'est-ce pas ainsi qu’agissent les gaz qui asphyxient positivement , de même que c’est ainsi qu'ont agi dans l’appareil digestif les poisons qui ont donné la mort par absorption?
3° Enfin , non-seulement des rapports fonctionnels fort importans unissent à toutes les autres parties de Féconomie les organes de la respiration , de la circulation et de la digestion , à raison de la part qu'ont ces fonctions à la formation , au renouvellement et à la distribution du sang arlériel; mais encore de semblables rapports s’observent dans les organes de toutes les autres fonctions , qui influent d’une manière quelconque sur la crâse , la constitution de ce fluide, par exemple, dans les organes des absorptions , des sécrétions, des nutritions , elc.
A. Les absorptions doivent avoir une influence assez prochaine sur l’état du sang, car c’est à ce fluide qu’aboutissent les matières qu’elles recueillent, et qui sont les produits de leur travail. D'abord, tout ce que nous avons dit de la digestion , s’applique à l’absorption chy-
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leuse qui n’en est qu’une dépendance; celte absorption influera sur le sang, en raison de la quantité et de la bonté du chyle qu’elle fournira, et par les diverses matières étrangères qu’elle pourra y faire pénétrer en même temps. N’avons-nous pas dit que laligaturedu canal thoracique, en empêchant le transport du chyle dans le sang, avait amené la mort,tout aussi bien quele défaut d’alimentation? C’est même une objection à opposer, à ceux qui veulent que la détérioration du sang n’ait aucune part à la mort par l’abstinence , et que celle-ci ne soit due qu’à la phlegmasie gastrique; dans les cas de mort par la ligature du canal thoracique, celle-ci n’a pas eu lieu, car l'estomac a agi. Secondement, toute autre absorption externe, soit par la peau, soit par la surface respiratoire, n'aura d'influence que par les matières étrangères qu'elle pourra faire pénétrer dans le sang, la matière nutritive , à l'exception de l’eau pour la soif, n’ayant d'autre woie d'introduction chez l’homme que la cavité digestive. Quant aux absorptions internes , sans parler deleurs services pour la décomposition des parties, pour l'équilibre des sécrétions récrémentitielles; s’il est vrai que leurs produits servent comme le chyle à faire le sang, elles devront influer sur ce fluide en raison de la quantité et de la qualité de ces produits. Or, la lymphe et le sang veineux qui sont, pour une partie au Moins, aux absorptions internes , ce que le chyle est à l'absorption alimentaire, vont comme le chyle traverser le poumon; audelà de cet organe, ils paraissent n’exister plus, et y avoir été changés de même en sang artériel : à ces titres , on peut les dire comme le chyle, des matériaux préparés pour la formation du sang : à eux l’économie devrait de pouvoir vivre encore quelque temps, malgré
le défaut absolu de toute alimentation, le sang étant alors réparé avec ce que le corps prend en lui-même; et ce qui autorise à le penser , c'est que, lors de la faim , on voit les absorptions redoubler d’activité, recueillir dans toute l’économie , les sucs qui y sont épars , la graisse, parexemple. Dès-lors, les influences qu’exerce sur le sang le chyle en raison de sa quantité et de sa qualité , seraient exercées de même par les fluides des absorptions internes ; selon que ces fluides seraient plus ou moins abondans et d’une nature plus ou moins bonne, ils fourniraient au sang plus ou moins de matériaux réparateurs, et des matériaux plus ou moins bons. Peut-être enfin serait-ce à ce genre d’influence que le système lymphatique devrait , de constituer par sa prédominance ou son infériorité le fondement organique d’un tempément ? Mais, à supposer qu’on rejette comme douteux l'emploi que nous assignons ici aux produits des absorptions internes , de servir à composer le sang, ils ont au moins sur ce fluide deux influences qu’on ne peut contester : d’un côté, ils apportent dans le sang des matériaux, des principes dont ce’fluide devra ensuite se dépurer , les élémens de la décomposition des organes, par exemple : d’un autre côté , ils peuvent introduire dans ce fluide divers principes étrangers , venant soit du dehors, soit de l’économie elle-même , et dont le sang recevra des qualités stimulantes diverses. Que d’empoisonnemens produits par l’application de la substance vénéneuse dans l’intérieur d’une membrane séreuse , du parenchyme d’un organe ? Et combien de fois l’urine, la bile et autres fluides de l’économie, ont été par l’absorption portés en nature dans le sang ?
B. Nous devons en dire autant des sécrétions. N’est-
ce pas en effet dans le sang artériel qu’elles puisent les matériaux de leur travail ? Et ces actions , parce qu'elles enlèvent au sang quelques éléméns , ne doivent-elles pas influer sur la crâse de ce fluide, quoique par une raison inverse, aussi bien que les absorptions qui lui fournissaient sans cesse de nouveaux principes ? D'abord , l'influence est évidente , pour celles de ces sécrétions qui sont chargées de dépurer le sang, savoir : la sécrétion urinaire , la perspiralion cutanée, et peut-être la sécrétion biliaire : et à ce titre, nous aurions dû placer ces sécrétions, sous le rapport de leur importance, dans la même catégorie que la digestion. Non-seulement le sang demande à être renouvelé sans cesse et dans la proportion des pertes qu'il fait continuellement, ce que font la digestion et les absorptions ; mais encore il a besoin d’être dépuré d’élémens nuisibles qui affluent en lui sans interruption. D’un côté, beaucoup de matières étrangères pénètrent jusqu’à lui par les voies de la respiration , de la digestion , et par l’action des nombreux vaisseaux absorbans , qui , ouverts sur toutes les surfaces externes et internes du corps , mêlent continuellement à ses globules les mille substances diverses avec lesquelles ils sont en contact : d’un autre côté, c’est en lui que les-absorptions interstitielles reportent les produits de la décomposition des organes. Sous ce double rapport, le sang réclame une dépuration continuelle. Or, c’est à quoi sont destinées certaines sécrétions, et particulièrement la sécrétion urinaire. Voyez avec quelle promptitude se montrent dans son produit , l'urine, soit les matières étrangères qui ont pénétré du dehors dans le sang, soit les humeurs qui y ont été portées de l’économie elle-même ? D'ailleurs, quel autre office attribuer à cette sécrétion ?
Pourquoi est-elle si différente selon les âges, si ce. n’est pour être en corrélation avec le mouvement nu-
tritif, et parce qu’elle est destinée à éliminer les élé- ”
mens usés des organes ? De là, sa grande importance dans l’économie. Est-elle supprimée, comme quand on a extirpé les reins, ou lié les artères rénales dans des expériences sur des animaux vivans? la mort arrive après deux à trois jours. Elle est aussi prochainement nécessaire à la vie que la digestion , et son interruption fait périr aussi promptement. Avons-nous besoin de dire dès-lors , qu’il n’est pas indifférent qu’elle accomplisse pleinement ou d’une manière incomplète, parfaitement ou imparfaitement , la dépuration dont elle est chargée ? dans ces cas, le sang plus ou moins bien dépuré , aura nécessairement des qualités diverses : MM. Dumas et Prévost ont trouvé que dans les animaux auxquels ils avaient extirpé les reins, ce fluide contenait de l’urée.
I faut en dire autant de la perspiration cutanée, s’il est vrai qu’elle concoure aussi à dépurer le sang. On le croit généralement : dans beaucoup d’animaux, en effet, la transpiration cutanée est la seule sécrétion décomposante du corps; et dans l’homme, celte transpiration accuse aussi promptement que l’urine la présence des matières hétérogènes qui ont été portées dans le sang. Cependant on ne peut pas en avoir une preuve aussi directe que pour la sécrélion urinaire ; on ne peut pas supprimer tout à-fait la transpiration cutanée, et voir si la mort résulterait de cette suppression. On a tenté d’y parvenir en couvrant la peau d’un vernis; mais comme l’expérience n’était faite que dans la vue de porter la chaleur du corps humain à un degré supérieur à celui qui lui est propre, elle n’a pas été prolongée assez long-temps
PS
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| et de la qualité de l'humeur qu’elle fabrique avec lui.
DES RAPPORS FONCTIONNELS DES ORGANES. 269 pour mettre à même de vérifier si quelque altération était par suite survenue dans le sang. Il est probable que l importance de cette sécrétion , sous ce rapport, est AE. que celle de la sécrétion urinaire ; Car son pro-
-duit a une composition chimique bien simple , compara- tivement à celle de l'urine. Néanmoins, comme le dan-
ger attaché à sa suppression ; à sa diminution, est un fait universellement reconnu , n’est-ce pas admettre une influence de cette sécrétion sur la dépuration du sang ? Et en effet, n'est-il pas probable qu'une détérioration de ce fluide a quelque part au développement de ces constitutions scrophuleuses, observées dans les individus qui habitent des lieux bas, humides et froids ? Quant à
la sécrétion biliaire, nous avons dit que quelques phy-
siologistes soupconnaient, qu’elle était aussi destinée primitivement à influer sur la constitution du sang; arguant de ce que le foie paraît être, dans le fœtus , un organe qui a part à la sanguification, de ce que c’est à lui qu’aboutit la remarquable exception qui constitue la veine porte, et de ce qu’enfin l'appareil biliaire est le seul appareil sécréteur qui soit assez influent pour fonder un tempérament. Si cette conjecture est fondée , la sécrétion de la bile aurait, indépendamment de son service dans la digestion , une assez grande importance dans l’économie, comme modifiant le sang en raison de la quantité
Mais ce ne sont pas seulement les sécrétions qui ont pour office spécial de dépurer le sang, qui influent sur la crâse de ce fluide, et par suite sur toute l’économie; ce sont, quoique à un degré moindre, toutes sécrétions quelconques , par cela seul qu’elles puisent en lui les matériaux des humeurs qu’elles produisent. D’abord,
nous avons dit que toutes nos sécrétions excrémentitielles, même morbides , quand leur ancienneté les avait rendues habituelles, concouraient à la décomposition du corps ; conséquemment elles ont sur la dépuration du sang la même influence que les sécrétions primitivement dépuratives , celle de l'urine, par exemple. Ensuite toute sécrétion , comme émanée du sang, doit influer sur ce liquide , au moins par la dépense qu’elle lui fait faire. Qui ne sait que tout flux abondant , hydropisie, diabétès, etc. , altèrele sang? Etmême, c’est à cause de cela qu’éclate alors la soif, qui marque le besoin qu'a cette humeur de réparer les pertes qu’elle a faites en sa partie liquide ? La femme chez laquelle la sécrétion laiteuse est en pleine activité , n’accuse-t-elle pas de même, par une faim plus vive et plus fréquente, le besoin qu'a le sang de réparer le surcroît de dépenses auquel il fournit alors ? Il n’est pas possible de douter , que les sécrétions n’aient sur le sang qui les alimente, en raison de la quantité des humeurs qu’elles en retirent et de la qualité qu’elles donnent à ces humeurs, des influences égales à celles qu’exercent sur ce fluide les absorptions , par exemple : si celles-ci réparent, les autres dépensent, épuisent ; et la constitution du sang doit être également modifiée dans les deux cas.
C. Enfin , par une raison semblable, les nutritions et les calorifications ont une égale influence sur l’état du sang, et par suite sur toute l’économie en général. N'est-ce pas aux dépens de ce fluide que s’accomplissent les unes et les autres de ces actions ? et ne doivent-elles pas conséquemment influer sur sa quantité et sa qualité en raison de leur degré et de leur mode d’activité ? Gependant nous conviendrons qu'ici Les faits sont difliciles
à constater, et que c’est moins directement qu'on arrive à la proposition que nous émettons , que par une suite de raisonnemens.
D'abord, pour commencer par les calorifications, nous avons vu quels rapports existaient entre ces actions et la respiration , et tous les auteurs les ont universellement reconnus. Nous avons dit que de toutes les fonctions qui se passaient dans les parenchymes, c’étaient probablement les calorifications qui avaient le plus de part au changement du sang artériel en sang veineux. Or, évidemment la respiration est la fonction qui fait le sang ; et s’il y a tant de rapports entre elle et les calorifications , n'est-ce pas une présomption qu’elle est des-
D; . ; tinée à réparer ce que celles-ci ont, consumé , et consé-
quemment que les calorifications font subir au sang une grande dépense ? Dès-lors , ces fonctions doivent exercer une influence sur la crâse du sang. D’après cela , comme l’activité des, calorifications est en raison de la température extérieure à laquelle on est soumis, il ne doit pas être indiflérent, pour l’état du sang, qu'on soit soumis à des influences de chaud et de froid. Peut- être est-ce aux modifications déterminées dans le sang qu’on doit rapporter partie des effets produits par les influences prolongées des saisons et des régions chaudes, des saisons et des régions froides ? Peut-être que dans les morts
| amenées par l'excès du chaud et du froid , il y a une
altération profonde du sang ? Mais nous avouerons qu’on a besoin ici de faits directs pour justifier ce que le raisonnement suggère. On a bien, à la vérité, présenté dès la plus haute antiquité les fortes chaleurs comme amenant un état putride du sang; on a rapporté à une altération de ce fluide, les fièvres de mauvais caractère ,
typhus, fièvres jaunes, pestes, etc., qui surviennent
plus particulièrement dans les pays chauds ; mais il y a encore trop d’obscurités, et trop de points en litige dans ce qui a été dit sur l'étiologie, et la nature de ces maladies, pour que nous nous en servions comme de faits positifs dans la question que nous agitons ici.
On a plus de preuves directes en ce qui concerne les nutritions. Si,ce que le sang doit fournir aux nutritions est diminué tout à coup ,.comme quand un membre est amputé; souvent il en résulte un état pléthorique , une trop grande abondance de sang; l'effet observé est le même que si l’on avait supprimé une hémorragie habituelle, ou suivi pendant quelque temps un régime trop, succulent ; c’est pour cela que souvent une personne primitivement débile et valétudinaire, soudain, après une ampulation , se fortifie et acquiert une bonne constitution. Il en est de même , si à une vie active, occupée, succède tout à coup une vie oiseuse , sédentaire ; l’exercice, en effet, hâte les mouvemens nutritifs , et par conséquent influe sur les dépenses que fait le sang ; s’il est tout à coup remplacé par le repos, la nutrition diminue partout, et la pléthore survient. Si de ces cas, dans lesquels les nutritions sont diminuées , on passe à ceux dans lesquels elles sont au contraire trop actives, les effets seront aussi sensibles , mais inverses : alors le sang fait
trop de pertes; et si l’on ne prend pas des alimens en
proportion, ou que les forces digestives ne puissent suffire à élaborer la quantité d’alimens qui seraient nécessaires, le sang, non-seulement diminue de quantité, mais s’appauvrit , se détériore : et l’on observe les mêmes phénomènes que ceux que nous avons dit succéder à une alimentation trop pauvre. On peut attribuer à cette
cause partie deseflets de l'exercice abusif de toute fonc-
tion quelconque, les suites des travaux d'esprit exagérés, des affections de l’âme fortes et continuelles, Toutes ces circonstances à la longue amaigrissent, et très-probablement amènent une détérioration du sang. Le sang, en effet, non-seulement nourrit les organes, mais encore est pour eux un stimulus nécessaire à leur jeu ; ceux-ci puisent en lui un principe, auquel ils doivent de pouvoir agir; dès-lors, la dépense que, sous » ce rapport, ils feront faire au sang, sera en raison de | leur degré d’activité; s'ils agissent beaucoup, elle sera plus grande ; et vice versa. Ces effets sont surtout | sensibles en ce qui concerne les fonctions nerveuses ; | ces fonctions étant les plus élevées dans l’animalité, | doivent occasioner la plus grande dépense au sang, et influer davantage par leur abus en plus ou en moins sur l’état de ce fluide. De là, les dangers attachés aux excès du sommeil et de la veille : trop de sommeil amène la pléthore , ou au moins l'obésité , parce que la portion de sang qui surabonde est employée à faire de la graisse : trop de veille, au contraire , amaigrit et épuise le sang. | De là, les suites funestes des chagrins , des passions , des | travauxintellectuels abusifs. Les gens du mondedésignent da détérioration que nous soupconnons être survenue L alors dans le sang, par les mots de sangbrülé, sang cal- | ciné; on peut leur contester la propriété de ces dénominations; mais le fait d’une détérioration du sang, quelle qu’elle soit, me paraît alors incontestable ; tout trahit dans l’économie l’altération de ce fluide; tantôt il paraît être appauvri, tantôt il semble avoir un excès d’animalisation ; tous les produits des sécrétions sont altérés; souvent surviennent alors quelques excrétions 4. 16
insolites; les fonctions accusent tour à tour ou de la langueur , où une excitabilité importune; la composition chimique des parties est changée; et, si on faisait alors du sang un examen chimique attentif, nul doute qu’on ne découvrit en lui quelques différences, soit dans la nature , soit dans les proportions de ses élémens composans. Souvent alors l’économie développe tout à coup ces phlegmasies de nature gangréneuse , septique, charbons, pustules malignes, etc. , dans lesquelles le sang est si probablement le siége du mal, que les médecins vétérinaires ont transmis des maladies putrides et gangréneuses de ce genre, en injectant dans les veines d’animaux sains lé sang pris à des animaux qui en étaient atteints, où y avaient succombé. Quelques physiologistes objecteront peut-être que tous ces désordres , que j'attribue à une altération du sang, sont dus à une irritabilité extrême , à des phlegmasies chroniques que l’exerice abusif aura fait naître dans les organes exercés, ét qui, sympathiquement , se seront propagées à d’autres parties. Sans doute cette cause peut concourir aussi à leur production; mais je crois que l’état du sang y a souvent une grande part; il y a peu d’effets simples dans la machine humaine, et presque toujours un phénomène reconnaît le concours de plusieurs causes. Sans vouloir ressusciter les idées évidemment erronées des
äcres, des humeurs peccantes des anciens médecins , ilM
nous paraît impossible de nier la possibilité de détério-
rations dans lesang , en raison de la mesure danslaquelle
se font, et les fonctions qui alimentent ce fluide, et celles qui puisent en lui les matériaux de leur travail.
Tels sont les liens que la première des conditions vi-
tales, la présence d’un sang artériel dans les organes,