RE
nécessite entre toutes les parties de l’économie ; et telle est déjà l'importance relative des diverses fonctions , en raison de la part qu’elles ont à l’établissement de celte première condition. Le sang artériel est évidemment l’excitant fonctionnel , vital de toute partie. Consécutivement au jeu des divers organes qui le font, le distribuent et influent sur sa constitution, il manque , ou est plus ou moins parfait; par conséquent il exerce plus ou moins complètement l'influence indispensable qui lui est propre; et, par son intermédiaire, peuvent éclater partout et au loin dans le corps humain de nombreuses modifications. En vain le solidisme exclusif de l’époque actuelle voudrait nier le rôle que je fais jouer ici au sang : n'est-ce pas parce que ce fluide n’est pas artériel, qu'on meurt dans l’asphyxie? N'est-ce pas parce que les organes n’en reçoivent pas, qu’on meurt dans la syncope ? C’est évidemment à lui qu’aboutissent Les produits de la digestion et des absorptions , et de lui qu’émanent ceux des sécrétions, des nutritions : peutil dès-lors ne pas se ressentir des modifications qui surviennent en ces fonctions , et par conséquent ne pas être la cause , le conducteur des changemens que ces modifications entraînent consécutivement dans toute l’économie ?
Il resterait à spécifier le mode d’action du sang artériel, abstraction faite de son office pour la nutrition proprement dite. Îlest sûr que ce fluide, en même temps qu’il renouvelle la substance des organes , est aussi pour eux un stimulus vital nécessaire : si cela n’était pas, pourquoi ceux-ci périraient-ils, aussitôt qu'ils en sont privés ? Mais en quoi consiste cette stimulation? on l'ignore ; à ce degré de profondeur, tout est inconnu, et
l’on ne peut faire que des conjectures. Gomme dans Îa nature générale , les phénomènes sont Lous produits par l’action de quelques fluides impondérables , lumière , calorique , fluide électrique, etc. ; d’abord on a conjecturé qu’il en était de même des phénomènes de la vie. En second lieu, comme les phénomènes vitaux sont différens des phénomènes physiques et chimiques , on n'a pu les rapporter à l'influence des fluides de la nature morte , et l’on a supposé pour eux; ou un fluide spécial , vital; où mieux un des fluides généraux, mais ayant subi quelques modifications , quelques combinaisons auxquelles il devrait de donner naissance à des phénomènes tout nouveaux. Âlors on a recherché si ce fluide vital, ou le fluide général modifié , était répandu dans ” toute la nature, et seulement absorbé par le corps vivant qui, ainsi, recevrait de lui la vie; ou si Le corps vivant le produisait en lui-même par le travail de ses organes ; et, dans l’une et l’autre hypothèse, on a dit que le sang artériel chez l’homme , et le fluide nutritif en tout être vivant, en était le véhicule. Enfin, on a mis en question, si le sang artériel agissait par lui-même , ou s’il alimentait seulement le système nerveux, qui, rouage suprême du corps , était seul conducteur , seul cohibant du fluide vital, et déterminait tous les phénomènes de la vie. Dans l’état actuel de la science, toutes ces opinions ne sont que des vues hypothétiques de l’esprit. Sachons nous arrêter où les phénomènes ne peuvent plus être saisis. Peut-être un jour ira-t-on plus Join ? Mais aujourd’hui on sait seulement que le sang ariériel est un stimulus vital, et conséquemment que joutes les fois qu’il différera de l’état normal, il modifera les actions. Or, sa présence dans les organes né-
| DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 77 cesssile le concours de beaucoup d'actions; ces actions sont susceplibles de se produire avec beaucoup de va: riétés ; on devra donc observer dans le cours de la vie beaucoup d'états divers en lui, et de diflérences en ses
effets.
$. II. Rapports fonctionnels relatifs à la seconde condition
vitale , l'influence nerveuse.
Non-seulement les diverses parties du corps humain sont plus ou moins dépendantes les unes des autres , ont des rapports fonctionnels entre elles , parce que le sang artériel dont elles ont besoin n’est fait et distribué que par le concours de beaucoup d’organes; mais encore elles le sont forcément aussi par l’autre condition vitale qu’elles nécessitent, l'influence nerveuse.
Cette ‘influence nerveuse, en effet, que nous avons vu régir toute fonction , est, quelle que soil son essence et la partie nerveuse qui y préside, dépendante, dans les animaux supérieurs , et par conséquent dans l’homme, des centres nerveux, encéphale et moelle spinale. Pour que tout nerf quelconque exerce sur l’organe auquel il se distribue l’irradiation nerveuse nécessaire, il faut qu'il communique librement avec ces centres , el que ces centres soient en état d’intégrité. Si l’une ou l’autre de ces conditions manque, l'influence nerveuse dont ils sont les conducteurs ou les producteurs immédiats, est anéantie. De là une nouvelle source de rapports fonctionnels entre nos parties ; de là une nouvelle cause de la centralisation de la vie. Gependant cette dépendance est dans une mesure qui diffère selon les espèces d’animaux, selon leur. âge, et selon l’animalité des fonctions; triple loi que nous avons souvent mentionnée
dans le cours de cet ouvrage, et que c’est ici le lieu de détailler.
Si, sur un animal vivant, on lie ou l’on coupe les nerfs qui se rendent à une partie, on tue cette partie d’autant plus promptement , que l'animal sur lequel on fait l’expérience est plus élevé dans l'échelle des animaux, est plus âgé, et que les nerfs dont il s’agit président à une fonction plus élevée en animalité. L'effet est le même si, au lieu d'interrompre la communication avec les centres , en liant ou coupant le nerf qui l’établit, on lèse les centres eux-mêmes, l’encéphale et la moelle spinale.
1° Influence du degré de supériorité ou d’infériorité de l'animal. Dans les plus simples des animaux, il n’y a pas dans le système nerveux de ganglion central, et, par suite, la vie n’est nullement centralisée; chaque partie détachée de l'individu peut vivre par elle-même, comme on le voit dans les animaux amorphes et beaucoup de radiaires. Mais, dans les animaux articulés , et, à plus forte raison , dans les animaux vertébrés, il existe au système nerveux, une parlie centrale située dans l’encéphale , ou la partie supérieure de la moelle spinale; et la vie générale de l’être est liée à l'intégrité de cette partie centrale, et à son influence sur le reste du corps. Seulement la suprématie de cette parte centrale est d’autant moins prochaine, que les animaux sont moins élevés dans l'échelle. Voici les preuves de cette assertion. Dans les animaux les plus simples, non-seulement l’ablation des centres nerveux n’entraîne pas la mort des individus, mais ces centres repoussent. Voyez l’hélix, si on coupe la têle à cet animal, elle se reproduit. Déjà, dans les reptiles , il n’en est plus de même; les
centres nerveux enlevés ne repoussent plus; cela n’est plus possible que pour quelques parties moins impor tantes, la queue, par exemple : mais au moins ces animaux privés de ces centres, de l’encéphale , ne meurent qu'après quelques jours , et même quelques mois. Redr et Fontana ont constaté ce fait sur des tortues. Dans les oiseaux , l'indépendance est encore moindre; non-seulement toute reproduction de parties ne s’observe plus, mais la décapitation entraîne une mort très-prompie , après quelques minutes; seulement, avant qu’elle arrive, quelques mouyemens sont encore possibles. Qui n’a vu sauter et courir encore des canards décollés ? Au rapport d’Hérodien , des autruches que l’on faisait courir dans le Cirque devant l'empereur Commode , et auxquelles celui-ei abattait la tête, continuaient de courir quelques pas après cette décapitation. Kaav-Boërrhave dit avoir vu un coq, ainsi décollé, courir encore l’espace de vingt-lrois pieds , etc. Enfin dans les mammifères et dans l’homme , la dépendance est aussi grande que possible; non-seulement la décapitation entraîne une mort encore plus prompte, une mort soudaine ; mais aussitôt toutes les fonctions cessent , et particuliè- ‘rement les mouvemens, On a bien cité quelques faits contradictoires , comme celui d’une femme qui , au rap- - port de Rhadskinski, marcha encore , après la décapitation, l’espace d’une aune; celui de cet homme qui, après la même mutilation, remua son sabre, ou se frappa la poitrine, etc. Mais tous ces faits sont apocrÿphes; et certainement, après la décapitation, toutes foncticns sensoriales et tous mouvemens sont anéantis dans notre espèce. Ge qu’on dit ici de la décapitation ou de l’ablation de l’encéphale en enter, est vrai de l’a-
280 DES CONNEXIONS DES FONCTIONS. blation partielle de cet organe ; il est d’autant plus pos: sible de pousser loin dans des expériences sur des animaux vivans les mutilations partielles du cerveau, que les animaux sont inférieurs; les derniers travaux de MM. Rolando, Flourens, Fodera, tendans à spécifier l'usage de chaque partie encéphalique, l’ont mis hors de doute ; l’homme, à coup sûr, n’en pourrait pas supporter d’aussi fortes que des reptiles ; et il est sûr que ses maladies cérébrales sont bien plus promptement mortelles que celles des autres espèces.
2° Influence de l’âge. La dépendance dans laquelle sont des centres nerveux toutes les parties nerveuses inférieures , est d’autant plus grande en toute espèce animale , que l'individu est plus jeune. D'abord, s’il est vrai qu’un animal quelconque , dans la série de ses développemens , parcoure la suite des formes que présente le règne animal dans la portion qui est inférieure au type auquel cet animal appartient, on conçoit que plus il sera jeune, plus il sera animal inférieur, et par conséquent moins sera grande en lui la suprématie des centres nerveux, d’après la loi première que nous venons de démontrer. Ensuite, il est des faits directs en faveur de la seconde loi que nous posons ici. Les hélix repoussent d'autant mieux leur tête, qu’ils sont plus jeunes. Redi, dans ses expériences sur les tortues et les vipères , à remarqué que ces animaux survivaient d'autant plus à lablation de l’encéphale , à la décapitation, qu'ils étaient plus jeunes. MM. Zolando, Flourens, etc., ont vu de même que les animaux supportaient d'autant mieux les mutilations cérébrales, qu'ils étaient moins âgés. Dans des expériences de Legallois , que j'ai déjà citées à l’occasion de la circulation, sur lesquelles je vais rever
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 281 encore ci-après, €l qui consistaient à faire survivre des animaux mammifères à la décapitation , en remplaçant la respiration par une insufilation artificielle d’air dans le poumon , ce physiologiste réussissait d'autant mieux qu'il opérait sur des animaux plus jeunes. À la vérité, ces expériences ne sont pas praticables sur l’homme; mais les monstruosités et les maladies fétales en tiennent lieu. Dans l’acéphalie, la vie continue et le fœtus arrive à terme. Dans l’anencéphalie incomplète, le phénomène est encore plus sensible; non-seulement le fœtus a continué de vivre, a pris de l'accroissement , est venu à terme; mais il naît vivant , survit quelques jours après sa naissance , et ne meurt que lorsqu'il est un peu plus avancé dans la vie. Il semble que lorsqu'il ne manque au fœtus que les hémisphères cérébraux, par exemple, l'enfant ne devrait qu'être idiot, mais devrait pouvoir vivre ; et cependant il meurt, seulement d'autant plus tard qu’il est plus jeune; n'est-ce pas là une preuve prise dans l'espèce humaine elle-même, de la seconde loi que nous posons ici? D'après cette loi, on peut avancer qu’un homme adulte ne supporterait pas le quart des maladies cérébrales que peut supporter le fœtus.
5° Influence du degré d’'animalité de la fonction. Enfin, dans la D: dination où sont des centres nerveux, toutes les fonctions du corps, ce sont les fonctions sensoriales qui sont dans la dépendance la plus prochaine ; et celle dépendance devient, de moins en moins grande pour toutes les autres , à mesure qu’elles sont plus inférieures en animalité. Par exemple, les fonctions des sens , des mouvemens , sont dans une subordination absolue; déjà les fonctions organiques
premières , la digestion, la respiration, la circulation, le sont moins: et enfin, les dernières fonctions orga niques, celles qui se passent dans la profondeur des parenchymes, le sont aussi peu que possible. Qu'on coupe ou qu’on lie le nerf qui avive un sens, un muscle volontaire, aussitôt le sens, le muscle sont paralysés. Si par comparaison , On fait subir la même lésion aux perfs qui vivilient les organes de la digestion, de la respiration, de la circulation, la paralysie n'est pas aussi soudaine: nous avons vu la digestion, la respiration et la circulation, continuer encore quelque temps après la section des nerfs vague el grand sympathique. La même différence se remarque lors de l’ablation, de la lésion des centres nerveux eux-mêmes , comme nous allons le faire voir. Dans la décapitation, par exemple, il y a sans doute beaucoup de causes de mort , l’hémorragie, la cessation de l’innervation sur le cœur, la cessation des mouvemens respirateurs , etc. Or, si on remplace ces mouvemens artificiellement, et qu’en liant les vaisseaux du col, on arrête l’hémorragie , 1l n’y à plus que la perte de l'influence exercée par lencéphale sur Finnervation; et l’on voit que , tandis que sont anéanties aussitôt toutes les fonctions sensoriales , continuent pendant quelques heures encore les fonctions organiques. Cest ce qu'a prouvé Legallois dans d’ingénieuses expériences : liant les vaisseaux du col à un animal aussitôt après l’avoir décapité, puis remplaçant la respiration par une insufllation artificielle d’air dans le poumon, ce physiologiste a vu la circulation se continuer, et la vie se prolonger dans le tronc cinq heures encore, presque autant de temps, à une demi-heure près , que si l’on n’avait fait que lier Îes nerfs de la hui-
tième paire. La mort n’arrivait que par la perte de l’influence nerveuse encéphalique sur le tissu du poumon lui-même , sur la moelle spinale et sur le grand sympathique qui avivent les autres parties; et, comme cette mort n’était pas soudaine , cela prouve que les effets de cette perte sontici plus tardifs. Aussi, Legallois concluaitil de ces expériences , que dans la décapitation , la première cause de mort est l’asphyxie ; et l’on sent que s’il avait pu porter dans le tronçon de la tête du sang artériel , comme dans celui du corps il pouvait exécuter une respiration artificielle , il aurait de même, et plus facilement encore, prolongé la vie dans la tête, ce qui eût été bien plus étonnant, à cause de l'éminence des fonctions qu’exécutent les organes dont cette partie est le siége. Dureste , ce que ces expériences nous apprennent est en rapport avec ce qui est observé dans les maladies cérébrales, et dans les cadavres des personnes qu'une mort subite à frappé accidentellement. Quand les maladies cérébrales ne tuent pas soudain, c’est dans l'ordre de leur animalité qu’on voit successivement toutes les fonctions s’arrêter; d’abord, les sens, les mouve- “mens volontaires, puis les fonctions dites organiques. Voyez l’apoplectique : d’abord il tombe sans sentiment , n’appréciant plus rien de l’univers extérieur, ni de sa propre existence , ne pouvant ni se mouvoir, ni parler, ni effectuer sa station; bientôt les mouvemens respirateurs sont embarrassés ; ils deviennent de plus en plus difficiles , et souvent la mort arrive par asphyxie, par engorgement du poumon, avant que la perte de linfluence encéphalique n’ait arrêté les autres fonctions. Voyez la même gradation dans les hydrocépales chroniques; successivement, les enfans atteints de cette ma-
ladie perdent leurs facultés intellectuelles, leurs sens , leur faculté de se mouvoir; et c’est long-temps après la cessation des fonctions animales , que la mort arrive. Comme dans les morts accidentelles (et nous verrons que c’estaccidentellement que périssent les quatre-vingtdix-neuf centièmes de l'espèce humaine), il y a d’abord arrêt des organes centraux , ou du cerveau , ou du cœur, ou du poumon; on s'explique pourquoi les fonctions animales s’arrêtent ordinairement les premières, tandis que les fonctions organiques se prolongent plus longtemps , et même que quelques-unes d’elles se continuent encore quelque temps après la mort. Souvent on à vu après la mort l’excrétion des fèces, de l'urine, Faccouchement s’accomplir , des absorptions s'effectuer ; et les restes de vie sont d’autant plus manifestes que la lutte qui a amené la mort a été plus courte, plus douce , et a moins épuisé le système nerveux.
Ainsi, sont certaines les trois lois que nous avons posées, relativement à l’influence des centres nerveux sur les portions nerveuses inférieures.
I s’agit alors de spécifier, quelles sont dans le système nerveux ces parlies centrales, auxquelles sont subordon-« nées touies les autres. Pour ce qui est des animaux veriébrés, el par conséquent de l'homme, on ne peut étre en débat que sur l’encéphale et la moelle spinale. La plupart des physiologisies considèrent comme centre l’encéphale, et ne font de la moelle spinale que le conducteur des irradiations encéphaliques , le moyen par lequel ces irradiations arrivent aux parties nerveuses inférieures et surtout aux grands sympathiques. Ils se fondent sur la mort prompte qui suit la décapitation , surles désordres généraux qu'amènent prochainement les maladies graves
de cet organe. Mais l’encéphale est une partie fort complexe, et certainement ce n’est pas sa totalité qui exerce l'influence absolue dont nous nous occupons ici: dans les expériences récentes faites par MM. Rolando, Flourens , on a souvent enlevé des quantités considérables des hémisphères cérébraux ou du cervelet, on a
mutilé les corpsstriés, les couches optiques, etc. , sans qu'il en soit résulté une mort prompte. M. Ælourens à vu survivre jusqu’à six, huit, dix mois, des animaux auxquels il avait enlevé la totalité des hémisphères cérébraux. On peut couper successivement de haut en bas des tranches de l’encéphale; on voit graduellement l’animal perdre la sensibilité, le mouvement; mais il ne meurt que quand on arrive à ce qu’on appelle la moelle allongée, cette partie par laquelle la moelle spinale se prolonge dans lecrâne. Encore ,il est probable que la mort ne survient alors, que par la cessation de la respiration, et non par cellede l’innervation; c’est en effet en celieu qu'aboutissent les nefs vagues, c’est là qu’est senti le besoin de respirer ; et dès-lors la respiration doit s’inter: rompre. Ge quile prouve, c’est qu’en remplaçant la resiration par une insufilation d’air dans le poumon, on a prolongé la vie dans les animaux auxquels on avait enlevé cette partie encéphalique , dans les animaux décapités, par exemple, comme nous venons de dire que l’a fait Legallois.
Dans cette impossibilité de trouver dans l’encéphale un point précis qui exerce sur tout le système une influence prochaine et immédiate ; d’autres physiologisies,
. MM. de Blainville, Bailly, présentent comme centre
la moelle spinale, disant, qu’en avant, à la portion par laquelle elle se prolonge dans le crâne, et sur ses côtés
dans toute sa longueur, sont situés les divers ganglions qui composent le système nerveux. Ils arguent de faits anatomiques , et d’expériences. D'un côté, il est certain que dans la portion supérieure de la moelle spinale, celle qui est dans le crâne, qui conséquemment fait partie de la masse encéphalique, et qu’on appelle moelle allongée, sont les faisceaux originels, les racines des diverses par-. ties qui composent l’'encéphale : cette moelle allongée, évidemment une suite non interrompue de la moelle spinale, se partage en haut en six faisceaux qui vont former ; les deux inférieurs , les hémisphères cérébraux, les deux latéraux, les tubercules quadrijumeaux , et les deux supérieurs le cervelet; et de cette manière l’encéphale ne paraît être qu’un amas de ganglions divers développés et entés sur elle. D’autre part, les expériences de Legallois montrent l'intégrité de la moelle spinale plus prochainement nécessaire à la vie générale que celle de l’encéphale. Tandis que ce physiologiste avait pu , à l’aide de l’insufflation pulmonaire, prolonger la vie pendant cinq heures dans le tronc d’un animal décapité, il n’a pu par ce moyen relarder la mort que de trois à quatre minutes dans un animal chez lequel il avait détruit la moelle épinière, bien que cet animal ne fût pas décapité, et eût l’encéphale intact; bientôt les contractions du cœur ont cessé, et la mort est arrivée par défaut de circulation. Ainsi Le jeu du cœur est plus dépendant de la moelle spinale que de l’encéphale. D’autres expériences analogues prouvent même, que ce n ’est pas seulement la moelle toute entière qui se subordonne les mouvemens du cœur, mais toute portion quelconque de cette moelle : dans les expériences de Legallois , la destruction de la portion lombaire seule entraînait la mort
après quatre minutes ; celle de la portion dorsale après deux minutes et demie , et celle de la portion cervicale plus promptement encore. Chaque destruelion partielle avait pour effet d’affaiblir considérablement les mouvemens du cœur, qui dès-lors ne suflisait plus pour envoyer le sang dans tout le corps; et c'était si bien par celte cause qu'arrivait la mort, que si on limitait en même temps et en égale proportion le champ circulatoire par des ligatures, on en retardait l'instant, Par exemple , si avant de détruire la moelle lombaire , Legallois liait l'aorte au-dessous de la cæliaque, et ainsi Fetichaie du champ circulatoire toutle train de derrière de l’animal , alors le cœur, quoiqu’affoibli , suflisait pour entretenir la circulation dans ce qui restait du corps, et la vie y persistait davantage. I] en était de même, si avant de détruire la moelle cervicale, il liait Les vaisseaux du col , et retranchait la tête toute entière du champ cir culatoire. Ainsi, on arrivait à cette proposition bizarre, que dans ce cas pour prolonger la vie de l'animal, ïl fallait lui couper la tête. Legallois à fait vivre ainsi pendant trois quarts d'heure le tronçon thoracique d’un dapin ,e et même il y a encore rétréci l’empire de la vie, en dsÉPiissart une petite portion de la moelle dorsale. On sent qu'il aurait pu conserver de même tout autre troncon , s’il n’eût été nécessaire que le poumon et le cœur y fussent contenus, pour que soit fait et distribué le sang artériel qué nous avons vu être nécessaire à toute vie. Toutefois , Legallois avait conclu de ces expériences que le principe des mouvemens du cœur est dans la moelle ; spinale 5 et que cette partie est en même temps le centre du système nerveux.
Mais d’abord, on peut remarquer que ce n’est qu’indi-
rectement que la moelle spinale préside aux mouvemens du cœur ; c’est par l'intermédiaire des grands sympathi- - ques ; ce sont ces nerfs qui immédiatement Îles régissent : et la moelle ne leur est si prochainement nécessaire, qu’en ce que c’est elle qui dispense aux grands sympathiques l'irradiation des organes nerveux supérieurs. Ge qui le prouve, c’est qu’en quelques acéphales chez lesquels la moelle épinière manquait, le cœur agissait néanmoins : Wilson d’ailleurs a vu que, si les expériences de Legallois étaient faites sur des animaux très-jeunes, les battemens du cœur continuaient après la destruction de la moelle; et Clift a vu qu'il en était de même, si on les pratiquait sur des animaux d’un rang inférieur. Voilà autant de faits dont les lois que nous avons posées donnent l'explication. En second lieu, de même qu’on avait pu enlever impunément quelques tranches de l’encéphale de haut en bas ; de même on peut détruire de bas en haut quelques tranches de la moelle spinale, sans qu’il en survienne davantage une morlsour daine, surtout si on procède avec lenteur, et qu'on limite en même temps et en égale proportion le champ circulatoire par des ligatures, comme l’a fait Legallois. Ge physiologisie a même pu détruire impunément la portion supérieure, mais en remplaçant alors par l'insuffiation de Pair la respiration, qui ne pouvait plus se faire. D'où il résulte que si la moelle spinale est la partie centrale du système nerveux, elle ne l’est pas plus que l’encéphale dans sa totalité. Enfin, il est probable que la destruction de la moelle spinale ne tue aussi prompteinent que par la cessation de la circulation, et non par celle de l'innervation ; la moelle spinale étant la partie qui dispense principalement aux grands sympathiques
l'influence nerveuse, en vertu de laquelle ces nerfs régissent les mouvemens du cœur : de sorte qu’on né trouve pas plus dans la moelle spinale que dans l’encéphale un point précis, duquel émane rigoureusement l'influence : nerveuse. :
Il faut reconnaître que ces deux parties, l’encéphale dans sa partie inférieure , dans ce qu’on appelle la moelle allongée, et la moelle épinière dans sa partie supérieure , sont également le centre du système nerveux, en ce qui regarde l’homme et les animaux supérieurs. 1] n’y a en effet aucune distinction entre ces deux parties , et leur continuité en fait réellement un seul et même organe. Mais il faut considérer la centralisation de cette partie sous deux points de vue, relativement à son influence sur les fonctions qui assurent la première condition vitale, l'existence du sang artériel , et relativement à l’innervation.
Sous le premier rapport, cette partie est un centre de vie, comme présidant à la respiration et à la circulation. L'encéphale en effet, par la partie dite moelle allongée , tient sous sa dépendance la respiration ; et la moelle spi nale, parce qu’elle fournit aux grands sympathiques leurs principales racines , ou leurs principaux moyens de communication avec le centré, tient sous la sienne la circulation. Par cela seul donc que cette partie nerveuse se subordonne les deux fonctions desquelles dépendent la formation et la distribution du sang artériel dans le corps, elle est prochainement et absolument nécessaire à la vie. Ainsi même, éclate la nécessité qui lie mutuellement les deux conditions que réclame la vie : pour que le système nerveux, ce rouage suprême qui commande toutes les actions, agisse , il faut qu'il re-
coive un sang artériel que la respiration seule peut faire , et que le cœur seul peut envoyer : et d’autre part, pour que la respiration accomplisse la sanguification , et que la circulation en distribue partout les produits, il faut que le système nerveux commandele jeu des organes qui effectuent ces actions. C’est là ce concours réciproque dont parlait Hippocrate, ce cercle dans lequel il ne pouvait indiquer le commencement ni la fin.
D'autre part, indépendamment de cette influence exercée par le centre nerveux sur toutes les parties, par l'intermédiaire de la respiration et de la circulation qu'il régit, il en est une autre, mais moins prochaine, par laquelle il modifie toutes les parties nerveuses qui dérivent de lui ou viennent aboutir à lui, et c’est celle-ci dont nous venons de poser les lois. La nature, à mesure qu’elle a voulu donner plus d'unité à un être, a rendu ses parties nerveuses plus dépendantes d’un centre; et c’est ce qui est dans tous les animaux supérieurs et surtout dans l’homme. Sans doute le système nerveux n’est pas homogène ; il est formé de parties qui ont chacune leur action propre; mais cependant il constitue un tout unique , dont toutes les parties conspirent à un même but, et sont unies entre elles pour former une individualité. Nous avons été des premiers à applaudir aux idées qui ont été émises de nos jours sur la pluralité des sysièmes nerveux ; mais il ne faut pas que ces idées judicieuses fassent tomber dans le vice opposé , et fassent méconnaître que les différens systèmes nerveux sont dans l’homme réunis en un tout , fondus en une unité. Chaque système nerveux influe de haut en bas, en raison de la supériorité de sa fonction , sur l'énergie des autres ; le cerveau , sur le cervelet ; le cervelet sur la moelle épi-
nière, et la moelle épinière sur les nerfs. On n’a pas besoin de dire que l'influence de ces parties nerveuses, est en raison de leur degré de développement; à cause de cela même chez aucun animal, le cerveau proprement dit n’influe sur le reste du système nerveux autant que chez homme : cela rentre dans la première loi que nous avons posée, celle qui est relative au rang qu’occupe l’animal dans l'échelle, ou plutôt cela en donne l'explication. Non-seulement la suspension complète d’action du cerveau , doit amener à La longue la suspension d’action de toutes les autres parties nerveuses , et conséquemment la mort: mais encore ce qui arrive alors en plus , à lieu dans d’autres cas en moins ; il suffit que l’activité cérébrale soit modifiée seulement , pour que l’innervation générale le soit aussi partout et au loin. Or, comme le cerveau est l'agent des facultés intellectuelles et morales , un des organes les plus fréquemment mis en jeu dans notre vie sociale , on conçoit combien il doit fréquemment modifier l’économie sous le rapport de l’innervation : par l'influence de cet organe, cette condition vitale est presque aussi variable que celle du sang artériel.
Tels sont les rapports fonctionnels, tenant aux deux conditions qui dans les animaux supérieurs président à la vie, et pour l'établissement desquelles toute partie offre, parmi ses élémens constituans , des ramifications artérielles et nerveuses. Il resterait à indiquer quelle est de ces deux conditions celle qui a la suprématie , et celle qui est la subordonnée. Cela est impossible à dire, car elles se sont mutuellement et absolument nécessaires : la vie est essentiellement liée à l’action réciproque du
sang sur la substance nerveuse , et de la substance nerveuse sur le sang (Béclard). Cependant on regarde le système nerveux comme ce qui forme principalement ’être ; le reste du corps est dit ne servir qu’à nourrir et! entretenir ce système nerveux , et le mettre à même ‘d'accomplir ses fonctions, Aussi dit-on que, datis toute asphyxie , c’est moins parce que le sang veineux impreigne immédiatement les organes que ceux-ci meurent, que parce que ce fluide pénètre le système nerveux, qui dès-lors ne peut plus commander leur action. Gette proposilion est peut être un peu trop absolue si l’on embrasse la généralité des êtres vivans ; mais elle est vraie, quand il s’agit des animaux supérieurs , et surtout de l’homme.
ArTicce Il.
Rapports fonctionnels relatifs à l’'accomplissement des diverses facultés de l'Homme.
L'homme se nourrit, se reproduit, sent, connait, veut, agit, exprime ce qu'il sent, etc. ; et presque toujours, pour l’accomplissement de ces diverses facultés, i] lui faut le concours de plusieurs organes, de plusieurs fonctions. De là une nouvelle cause de liens entre les parties, et de rapports, bien évidemment fonctionnels , puisqu'ils résultent de l’enchaînement connu des fonc-
tions.
$. IT. Nutrition.
L'histoire que nous avons faite des diverses fonctions, l’ordre que nous avons suivi dans leur étude, ont dû faire ressortir par quel concours d'actes s’accomplit
Ja nutrition de l’homme. D'abord , les sensations internes, dites besoins, ont fait un premier appel, et ont sollicité à l'établissement des rapports extérieurs que nécessite la vie. Les sens externes ensuite ont fait apercevoir dans l'univers extérieur les corps qui pouvaient satisfaire aux besoins. Alors, des actions musculaires volontaires en ont effectué la préhension; et enfin s’en est suivie la série d'actes que nous avons vu faire le sang artériel , dis tribuer ce fluide , et l’assimiler aux organes. La disposition mécanique des parties est telle, qu’il est impossible qu’il en soit autrement; le chyle, produit de Ja digestion , afilue dans la Iymphe; lalymphe, produit des absorptions internes, se verse dans le sang veineux; ces trois humeurs vont dans le poumon se changer en sang artériel ; celuici est conduit au cœur, et distribué à toutes les parties pour qu’elles se l’assimilent et pour qu’elles s’en nourrissent. Pendant que la composition s’accomplit par cette série d'actes successifs et jamais interrompus, l'absorption interstitielle reprend dans les organes les élémens usés dont ils doivent être débarrassés ; elle les reporte dans le sang; et celui-ci enfin en est dépuré, ainsi que de toutes les autres matières étrangères qui ont pu lui arriver du dehors, par le travail des sécrétions dépuratrices. Ainsi, beaucoup d'organes concourent à la nutrition du corps. Or, de ce concours résultent entre nos parlies beaucoup de rapports fonctionnels, dont voici les principaux.
1° D'abord , il en existe entre les ingestions qui font le sang, et les actions diverses qui mettent en œuvre ce liquide. Selon que les premières sont augmentées ou diminuées , les secondes se montrent plus ou moins énersiques. L'homme qui use d’une alimentation abondante
et de bonne qualité, développe bien plus d’activité dans toutes ses fonctions , est capable de plus d'efforts physiques ét moraux , que celui qui est mal nourri. Selon que les fonctions qui réparent , ne le font pas en même proportion que celles qui dépensent, selon qu'elles sont au-dessus ou au-dessous de celles-ci, il en résulte un sang trop abondant et trop riche, et ce qu’on appelle la pléthore , ou un sang appauvri et l'épuisement. Dans le premier cas, le superflu du sang se change en graisse, et amène l'obésité, l’embonpoint; dans le second, au contraire, cette graisse est résorbée pour suppléer à ce qui manque du côté de l’alimentation, et l’individu maigrit. La qualité des matières ingérées influe tout aussi bien que leur quantité; les alimens , par certaines aflinités électives, peuvent porter leur influence excitante sur tel appareil plutôt que sur tel autre; ou sur le cerveau, comme le café , ou sur l’appareil génital, etc. ; et ce sont alors les fonctions intellectuelles ou génitales qui manifestent le plus d’activité. C’est certainement le sang qui est la cause matérielle de ces rapports. À ce genre de rapports , se rattache celui qui existeentre la sécrétion urinaire et les boissons ; qui ne sait que la quantité de l’une , est en raison de l’abondance des autres ? Enfin ce que nous avons dit dans le temps de la dépuration du sang , fait concevoir aussi pourquoi les matières excrétées se ressentent souvent des qualités des matières ingérées.
2° La chose inverse, c’est-à-dire des rapports entre les pertes que l’on fait et les ingestions qui sont destinées à réparer ces pertes, doivent avoir lieu aussi. Si les prewières augmentent ou diminuent, il en est de même des secondes. L’homme qui mène une vie active et labo-
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 299 rieuse a besoin de plus d’alimens , d’être mieux nourri, que celui qui vit dans l'inaction et le repos. Toute circonstance qui augmente les dépenses que fait le sang , savoir , l'exercice prolongé d’une fonction physique où morale , l'écoulement abondant d’une excrétion, etc. , nécessite l'augmentation des fonctions qui réparent les pertes qu'a faites ce fluide. La femme qui allaite, l’homme qui s’est livré aux plaisirs de l’amour, n’ont-ils pas, après l’accomplissement de ces actes, un besoin plus grand d’alimens ? Non-seulement se montre ici un rapport de quantité, si l’on peut parler ainsi, mais il existe aussi un rapport de qualité. Selon le genre de pertes qu'a faites le sang, c’est la faim ou la soif qui se prononce : si l'hydropique est dévoré de soif, c’est que son sang est surtout épuisé de ses principes aqueux. La cause du rapport dont nous parlons ici, est encore en partie dans l’état du sang , ce fluide duquel dérivent tous les matériaux de la décomposition , £t auquel aboutissent tous ceux de la composilion ; selon l’état dans lequel l'ont mis les actions qui le consomment, il influence plus ou moins les organes destinés à appeler les matériaux qui doivent servir à le réparer. M. Gaspard, auteur de plusieurs expériences sur les modifications que peut subir le sang, va même jusqu'à dire, que la stimulation spéciale que ce fluide exerce alors, a quelque part au développement des sensations de la faim et de la soif; selon lui, l'estomac est organisé de manière à accuser par ces sensations , l’état dans lequel est alors le sang, consécutivement au genre d’impressions qu'il en recoil. Mais cette étiologie de la faim et de la soif ne peut être admise , si l’on réfiéchit que ces sensations s’apaisent k par cela seul que des alimens et des boissons sont in-
troduits dans l’estomac, et bien avant que les produits de ces alimens et de ces boissons soient portés dans le sang et aient modifié ce fluide.
5° Non-seulement des rapports s’observent entre les actions qui réparent le sang et celles qui le mettent en œuvre, mais il en existe aussi entre chacune de celles-ci entre elles. Par exemple, il y a entre les diverses absorptions qui portent au sang les matériaux réparateurs, faculté de se suppléer , de s’équilibrer. Si l'alimentation manque ou n’est pas suffisante , que par suite l'absorption digestive chyleuse soit nulle, l'absorption interne s’efforce d’y suppléer ; elle reprend dans toutes les parties du corps les divers sucs qui y sont épars, la graisse surtout, que nous avons vue être sécrétée en abondance lors d’une alimentation trop riche. Nous avons déjà dit qu'à raison de la particularité qu'offre la graisse d’être iour à tour formée et reprise, selon que le sang est trop ou pas assez réparé, on pouvait, entre autres usages , assigner à celte humeur celui d’être une provision que la nature met en réserve pour servir en certains cas à l’hématose. Le sang accusant le besoin de la réparation , excite partout les agens absorbans, et ceux-ci alors puisent partout aussi, mais surtout là où des matériaux leur sont offerts.
Ce balancement, que nous signalons entre les actions qui apportent de nouveaux principes au sang, s’observe de même entre celles qui dépensent ce fluide. Les sécrétions, par exemple, se montrent solidaires les unes des autres, se suppléent, s’équilibrent ; si l’une fait plus, l’autre fait moins, et wice versä. Nous avons dit qu’en hiver, saison pendant laquelle le froid diminue la perspiration cutanée, la sécrétion urinaire augmentait, et
que le contraire était observé pendant l’été. Qui ne sait que toute sécrétion trop abondante, ou supprime , ou diminue les autres sécrétions ? L’hydropique, le diarrhéique ont la peau sèche, l’urine rare ; et au contraire , l'individu qui sue toujours, le plus souvent a de la constipation. Probablement c’est encore le sang qui, trahissant plus ou moins, par son mode d'impression sur les organes sécréteurs , le besoin qu'il a d’excrétions, est la cause de ces rapports. Si une sécrétion habituelle manque tout à coup, ou diminue , il y a rétention, dans ce fluide, de matériaux dont il avait besoin d’être dépouillé, et par la présence de ces matériaux 1l stimule davantage les organes qui ont pour oflice d'effectuer ce dépouillement. Si au contraire une sécrétion nouvelle s'établit, ou qu’une habituelle augmente, il ne reste plus dans le sang autant des matériaux dont ce fluide demande à être débarrassé, et les organes dépurateurs moins stimulés agissent moins. On dira peutêtre que cet effet est dû, à ce que quand un organe agit plus , un autre agit moins , d’après la loi de balancement que nous devons exposer ci-après : sans doute cela y concourt en partie, mais l’état du sang y a part aussi. Ces considérations ne s’appliquent pas seulement aux sécrétions excrémentitielles , elles sont vraies aussi des sécrétions récrémentitielles , car leurs produits sont également des dépenses pour le sang : cela est surtout évident, quand les humeurs récrémentitielles s'accumulent accidentellement dans leurs réservoirs et y séjournent; on peut en effet les considérer alors comme de véritables excrétions. Dans ces rapports des sécrétions entre elles, quelques-unes paraissent être constamment en quantité inverse l’une de l’autre, les sécrétions de la
graisse et du sperme, par exemple; quand l’une surabonde, l’autre est moindre : on sait que généralement la castration engraisse , que les individus chargés d’embonpoint sont d'ordinaire peu portés aux plaisirs de l'amour , et que l'exercice fréquent de ces plaisirs amaigrit. La nature de ces deux humeurs donne la raison de cette opposition : la sécrétion spermatique est évidemment une de celles qui ‘coûtent le plus au sang, son produit étant destiné à donner la vie à un nouvel individu , et devant à ce titre être composé des principes les plus animalisés : la sécrétion de la graisse, au contraire; paraît n’être formée que par ce que le sang a de superflu. Si donc la première surabonde, il ne restera rien au sang pour faire de la graisse; et si au contraire lappareil génital, peu actif, ne fait pas faire au sang, sous le rapport de la sécrétion spermatique , les dépenses que ce fluide peut supporter, la graisse sera sécrétée avec plus d’abondance.
Ces rapports entre les sécrélions, s’observent aussi jusqu’à un certain point entre tous les organes du corps, sous le rapport de leur nutrition et de leur degré d’exercice. Si un appareil, par une cause quelconque , à une nutrition plus active, souvent la nutrition des autres parties se montre moindre; si un organe est plus exet:cé , les autres décèlent une activité moindre : le sang fournissant plus d’un côté, nécessairement aura moins à donner de l’autre. Du reste, la diminution d’action qu’on observe dans des organes éloignés , à raison du surcroît d'activité d’un seul organe, est un effet complexe, dont c’est ici le lieu d'analiser les diverses causes. La recherche que nous allons faire à cet égard, aura même cet avantage, qu'elle nous servira à poser un certain
nombre de lois premières, à l’aide desquelles nous pourrons distinguer, classer les nombreux phénomènes de rapports qu’on observe dans notre économie.
D'abord , on sait qu'il est dispensé à tout organe une influence nerveuse à laquelle il doit de pouvoir agir, et qu’il dépense par son travail. Selon que chaque organe agit avec plus ou moins d'énergie , il a besoin de plus ou de moins de cette influence nerveuse , et conséquemmeul il en appelle à lui et en consume des quantités diverses. Ainsi que tout point d’irritation fait affluer dans l'organe irrité plus de sang; ainsi un semblable effet a lieu , et même avant, en ce qui regarde l'influence nerveuse: et l’axiôme uwbi stimulus, ibi fluæus, est vrai de l’innervation, comme de la circulation. Pour lPaccomplissement de tout acte quelconque, ce double effet a lieu : aucun organe n’entre en jeu sans qu'il ne se fasse aussitôt sur lui fluxion , d’abord du principe nerveux ou moteur, puis du sang. C'est ce que M. Broussais appelle érection vitale, et ce que je propose de raitacher à une loi première de la vie, qu’on appellerait la loi de fluxion ou d'appel. Gertainement, quand la mesure d'activité d’un organe dépasse l’état normal, est ce qu’on appelle une irritation , la fluxion nerveuse et sanguine, dont nous parlons ici , est évidente; c’est ce que prouve l’augmentation de tous les phénomènes de la vie dans la partie irritée, et la chaleur, et la circulation capillaire , el la sensibilité; la partie d’ailleurs est injectée de plus de sang, à rougi, est gonflée. Or, ce qui a lieu alors en plus, se passe de même, mais en moins , lors du jeu normal de tout organe ; et c’est'ainsi qu'appliquant le mot d'irritation à la santé ne à Ja maladie, distinguant des irritations physiologiques
comme des irritations pathologiques, on peut dire que l’irritation est le phénomène le plus général de la vie.
Cette première loi posée, il en est une autre non moins certaine qui lui fait suite : le système nerveux forme un tout continu , et il y a, sous le rapport de l’innervation, un balancement entre ses diverses parties : si une partie consume plus de principe moteur, il en reste moins pour toutes les autres. C’est là un deuxième fait aussi constaté que le précédent , dont je propose de faire une seconde loi de l’économie , sous le nom de loc de balancement ; et pour revenir à l’objet premier de cette discussion , cette loi sera une première cause, pour qu'il ne puisse arriver augmentation d’action dans un point, sans qu’il survienne diminution d’action dans d’autres.
Enfin , on sait que ce sont les systèmes capillaires qui, par une sorte d’aspiration, règlent la quantité de sang qui les pénètre , et que pour leurs besoins ils détournent du torrent circulatoire ; on sait que leur action d’aspiration est, à cet égard, en raison de l’influx nerveux qui préside à leur vie, et qui varie selon leur degré d’activité; conséquemment elle augmentera ou diminuera dans la même proportion que celui-ci. Or, une partie ne peut recevoir plus de sang, sans que la quantité de ce fluide ne diminue de proche en proche dans toutes les autres; et voilà une seconde cause, qui est celle que nous avions indiquée d’abord , pour que le surcroît d’action que présente une partie s'accompagne de la diminution d'action de toutes les autres : l’activité de cellesci doit être moindre, parce que le sang, qui tout à la fois les stimule et sert matériellement à leur travail, est en.elles en moindre quantité.
À l’aide de ces lois premières , s’expliquent aisément les rapports de la circulation générale avec la circulation capillaire, et réciproquement ceux des différens départemens de la circulation capillaire entr’eux. Sur elles aussi reposent la doctrine de lirritation , et celles de la dérivation, de la révulsion , et des congestions ; abstraction faite des rapports sympathiques qui viennent compliquer les effets, et dont nous devons parler ci-après. Selon que la circulation générale apporte aux systèmes capillaires plus ou moins de sang, ceux-ci plus ou moins excités , physiologiquement par le contact de ce sang, et mécaniquement par le choc qu'ils en recoivent , exercent avec plus ou moins d’activité leurs actions diverses , et dépensent plus ou moins de ce fluide. Selon qu’une portion quelconque des systèmes capillaires appelle en elle plus oumoins de sang, de proche en proche toutes les autres parties du corps s’en vident plus ou moins, et l'effet se fait sentir plus ou moins jusque dans la cireulation générale. Une partie aura d’autant plus d'influence sous ce rapport, qu’elle sera plus nerveuse et plus vasculaire, c’est-à-dire qu’elle sera plus apte à appeler en elle beaucoup d'influence nerveuse et par suite beaucoup de sang. Une partie passe-t-elle de l’état de repos à l’état d'activité , il se fait afflux en elle de fluide nerveux et de sang; elle esten état ’érection vitale, d’irritation physiologique. Par une cause quelconque, cette partie est-elle stimulée au point que , sa mesure d'activité dé passe l’état normal ? elle sera en état d’irritation pathologique, et selon le degré de cetteirritation, surviendront ou des congestions, ou des inflammations. Enfin , quand , dans une vue thérapeutique on détermine artificiellement une irritation dans une partie quelconque
du corps , afin de croiser , d’aflaiblir une autre irritation qui siége en une autre partie, on opère ce qu’on appelle une révulsion : et lorsque par une saignée générale ou locale , ou par la congestion de sang que détermine toute irritalion dans la partie qui en est le siége, on amène une déplétion, ou des gros vaisseaux, ou des vaisseaux capillaires dans un des départemens du système capillaire, ou qu’on imprime un autre cours à la circulation, on à effectué ce qu’on appelle une dérivation. Voilà autant de phénomènes de rapports, dont les deux lois d’appel et de balancement des influences nerveuses dans les diverses parties du corps, et par suite de la circulation capillaire , donnent l'explication.
Enfin , ce qui est des sécrétions entr’elles, des nutritions entr’elles , est aussi, et par les mêmes raisons, de ces deux sortes d'actions, les unes par rapport aux autres. S'il existe une flux excessif quelconque, non-seulement les autres sécrétions sont supprimées , mais les nutrilions languissent , l'individu maigrit, dépérit.
$. II. Reproduction.
La reproduction n’est pas plus que la nutrition un acte simple, et il faut conséquemment des liens entre les organes qui par leur concours l’accomplissent. Ces liens ressortent d'eux-mêmes dans l’histoire que nous avons faite de la génération. L'instinct, le besoin de la reproduction, en même témps qu'il sollicite au rapprochement des sexes, amène dans le pénis l’état d’érection sans lequel ce rapprochement ne pourrait se faire. Pendant ce rapprochement, l’éjaculation spermatique a lieu, et à sa suite la conception. Dès-lors se succèdent irrésistiblement les phénomènes de la grossesse, de l’accou-
chement et de l'allaitement. Tandis que dans la nutrition on avait vu une matière alimentaire éprouver une suite de mutations, en fin desquelles cette matière avait été assimilée aux organes; ici c’est un être nouveau tout à coup formé, et parvenant à constituer après une série de développemens, un individu semblable à ceux qui par leur réunion l’ont engendré. Du reste, c'est le même enchaïinement irrésistible entre les actes qui , par leur concours amènent ce merveilleux résultat : la conception une fois effectuée , il est impossible que ne s’ensuivent pas, etle développement du fœtus , et sa naissance, etc. Mais nous avons exposé assez longuement le mécanisme de la reproduction , pour être dispensé d’en dire davantage sur les rapports fonctionnels relatifs à l’accomplissement de cette faculté.
Seulement, nous ferons remarquer que plusieurs de ces rapports , soit qu'ils aient lieu entre les divers organes génitaux, soit qu'on les observe entre cet appareil et les autres appareils de l’économie, sont explicables par les mêmes lois que nous avons posées à l’occasion de la nutrition ; ils dépendent, ou de l’état du sang , ou du balancement des influences nerveuses et des circulations capillaires, etc. Le phénomène de l'érection, par exemple, qui ouvre la série des actes générateurs , est évidemment le symbole parfait de ce que nous avons appelé des érritations; car il résulte d’un afilux plus grand de fluide nerveux dans le tissu du pénis, et par suite d’un appel de plus de sang dans le parenchyme de cet organe. L'état extatique, convulsif, dans lequel est momentanément l'individu lors de l’éjection spermatique , se rattache aux rapports relatifs à la sensibilité, et que nous devons exposer ci-après. Nul doute qu ïl n y
ait, entre les qualités de l’individu nouveau, et la mesure d'activité, de perfection avec laquelle aura été accomplie la fonction , un rapport semblable à celui qui, dans la nutrition, s’observe entre l’excellence des fonctions nutritiveset l’état du sang : mais l’ignorance dans laquelle on est sur l’essence de la reproduction , empêche qu’on ne concoive ce rapport aussi nettement qu’est concu le premier. Nul doute aussi qu’il n’y en ait un entre les qualités de l'individu nouveau , et celle de ses pèreet mère; les ressemblances, les transmissions héréditaires en sont la preuve. Mais à raison de cette même ignorance sur la génération , de l'incertitude où l’on est sur son mode par épigénèse ou par évolution , nous ne pouvons non plus l'expliquer , aussi bien que nous expliquons les rapports analogues, que dans la nutrition nous avons signalés entre les actions qui font le sang et celles qui le mettent en œuvre. Si dès que la conception a eu lieu , l’utérus développe tous les phénomènes de la grossesse, c’est que l’acte du rapprochement d’abord , puis la présence de l’ovule fécondé , ont exercé sur cet organe une irritation, ont exalté sa vitalité, appelé en lui plus d’influence nerveuse, plus de sang; d’où le changement de sa texture , son développement graduel, sa dilatation, de manière à pouvoir servir d'asile au fœtus; d’où enfin à un certain degré de distension, l'établissement de ses contractions pour accomplir l’accouchement. Si pendant toute la grossesse et l’allaitement, la menstruation n’a plus lieu, c’est que l'utérus, comme nous . venons de le dire , est changé dans sa texture, ses dispositions ; et que le fœtus consume alors, soit directement, soit sous forme de lait, la portion de sang que dépensait la menstruation. Par la même raison, la gros-
e DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 305
sesse et l’allaitement sont deux états qui le plus souvent ne coïncident pas; dès qu’une femme nourrice devient enceinte , la sécrétion laiteuse se supprime, ou ne produit qu’un lait de mauvaise qualité. Enfin, la grossesse el l'allaitement, constituant deux fonctions à ajonter à celles qui font faire des pertes au sang , On conçoit qu’elles auront sur l’état de ce fluide la même influence que les actions nutritives et sécrétoires: et dès-lors elles entreront ‘en rapport, en solidarité avec toutes les autres fonctions qui influent sur l’état de ce fluide : souvent les ingestions auront besoin d’être plus copieuses , pour subvenir au surcroît de dépenses; ou
| bien les sécrétions seront moindres, et les nutritions
et la mesure d’activité des autres organes, seront diminuées. Si à cet égard on observe beaucoup de variétés, c'est qu’outre les rapports fonctionnels dont nous traitons exclusivement ici, éclatent beaucoup de rapports sympathiques sur lesquels nous nous taisons , parce qu'ils doivent nous occuper ci-après. En général, ce mélange de rapports fonctionnels et de rapports sym- Die , à lieu dans presque tous les cas où une des parties du corps en modifie au loin plusieurs autres ; et il n’est pas toujours facile de faire nettement la distinction des uns et des autres.
. IIL. Sensibilité.
L'homme, pour l’accomplissement de ses fonctions sensoriales et de relation, emploie encore plus d’ organes que pour sa nutrition et sa reproduction ; el conséquemment les parties qui lui servent à ce but, doivent encore | être unies par de nombreux rapports fonctionnels, D’abord c’est à l'organe qui est le siége du mot, de la vos
lonté, à l’encéphale, qu’aboutissent toutes les sensations, c’est-à-dire toutes les impressions senties que font sur nous, soit les corps extérieurs , soit nos propres Organes à l’occasion de leur service. Nous avons vu que toute sensation quelconque , bien que reconnaissant pour base une impression sensitive produite par la partie-du corps à laquelle elle est rapportée , nécessitait l’intervention de l’encéphale; et sous ce rapport l’encéphale tient sous sa dépendance toutes les parties sensibles du corps. Dès que cet encéphale est lésé, ou qu’on a liéou coupé le nerf par lequel une partie communique avec lui, cette partie cesse d’être sensible, de donner à l’âme la conscience des impressions, tant externes qu’internes , qu’elle était auparavant apte à lui transmettre. En second lieu, c’est dans ce même encéphale, centre de toutes les sensations, que se produisent toutes les facultés intellectuelles et affectives , ces autres actes sensoriaux auxquels nous devons, d’un côté , toutes les idées qui fondent nos connaissances , et de l’autre, Îles seniimens qui sont les mobiles de notre vie sociale et morale. Sous ce second rapport, il n’était pas moins nécessaire que l’encéphale tint sous sa dépendance tous les organes destinés aux fonctions animales , puisque ses opérations spéciales ont toujours trait à des objets du dehors, dérivent des impressions des sens ou leur font suite, ou consistent en des déterminations qui s’y rapportent. En troisième lieu, c’est encore de l’encéphale qu'émanent toutes les volontés ; et, sous cet autre point de vue, cet organe se subordonne, non-seulement les muscles par lesquels nous exécutons tout mouvement volontaire quelconque, mais encore les sens externes, instrumens à l’aide desquels nous nous livrons à notre gré à l’exploration de luni-’
vers. Enfin, les opérations intellectuelles à l’aide desquelles nous idéalisons et systématisons ce qui n’était auparavant que sensation, sont elles-mêmes susceptibles d’être mises en jeu à notre-gré, et s’influencent réciproquement ; les parties cérébrales qui président à chacune sont unies entre elles, de manière que celle qui actuellement agit, appelle à son aide celles dont elle peut avoir besoin, et les associe à son action. L’encéphale est donc un véritable centre pour toute la vie de relation ; et c'est par le système nerveux, que sont établis les rapports fonctionnels , qui unissent à toutes Les parties qui Jui spnt subordonnées. L'histoire que nous avons faite dans le temps, des sensations tant externes qu’internes , des actes de la psychologie, et des mouvemens volontaires , nous dispense d'entrer dans de grands détails. Le moi, qui pour les animaux supérieurs et pour l’homme, siége dans l’encéphale ; d’abord reçoit , par les sens externes., toutes les impressions qui sont relatives aux corpsextérieurs, et par les sensations internes, celles qui se développent par des causes inhérentes à l’économie, et qui servent généralement à accuser tous les besoins physiques ; il est de même averti par les facultés affectives de tous les besoins sociaux et moraux : alors, par les facultés intellectuelles, il se fait la notion des causes de : tout ce qu'il a senti ; il prend à leur égard des déterminations , des volontés, basées sur l’utilité dont elles lui peuvent être , ou le plaisir qu’elles peuvent lui procurer : enfin il ordonne et fait produire les mouvemens par lesquels doivent s’accomplir ces volontés. Dans toute cette série d'actes, il y a un enchaînement aussi irrésistible que dans la série de ceux qui effectuent la nutrition ou
‘la reproduction. A la vérité, nous ne pouvons pénétrer
le mécanisme de cet enchaînement; mais au moins il est évident que c’est le système nerveux qui en est l’agent, el nous avons toujours accusé notre ignorance sur toutes les actions nerveuses. Cette succession d’actes fait d’ailleurs partie intégrante de l'histoire de la sensibilité et de la locomotilité ; et à ces articles nous avons dit par quelles hypoibèses on avait cherché à l'expliquer. Mais de cet enchaînement forcé entre les fonctions de relation , résultent plusieurs rapports fonctionnels relafs à ces fonctions, qu'il importe de faire connaître. D'abord, on sait qu’à leur égard la vie de l’homme se partage en deux temps ; celui de la veille, pendant lequel elles peuvent être mises en jeu à notre gré , et celui du sommeil, pendant lequel se réparent les pertes qui ont été faites pendant l’état de veille. Or, de même que dans les fonctions nutritives , il y avait des rapports entre les actes qui faisaient le sang, et ceux qui l’employaient ; de même il yen a ici, entre la veille qui cause les pertes, et le sommeil qui les répare. La première influe , comme nous l'avons dit, sur les époques de retour du sommeil,
sur sa fréquence, sa durée, son degré de profondeur; 5 P
et, selon que le sommeil a plus ou moins effectué la réparalion qu’il a pour objet, la veille qui lui succède est marquée par plus ou moins d'énergie ou de langueur. En second lieu , il existe un rapport entre les sensations , les sentimens et les idées d’une part, et les mouvemens et les expressions de l’autre ; comme il en existait un enfre les ingestions et les excrétions. Généralement plus un être est sensible, plus il se meut et plus il exprime. Cela est vrai, non-seulement des diverses espèces animales , mais des divers individus d'une même espèce ; l’homme , de tous les êtres le-plus sensible, esk
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 909 évidemment celui qui a le plus de phénomènes expressils ; et certainement aussi, plus la sensibilité a en lui d’extension , plus ses phénomènes locomoteurs et expressifs sont multipliés.
Enfin, le balancement que nous avons signalé entre
: les diverses sécrétions et nutritions, est encore plus manifeste entre les fonctions de relation ; l’une ne peut pas être exercée avec plus d'activité, sans qu'il ne survienne de La langueur , de la diminution dans toutes les autres. C'est surtout à l'égard de ces fonctions , qui occasionent toutes une certaine dépense nerveuse , qu’on peui dire, que si celte dépense augmente d’un côté, elle diminuera irrésistiblement de l’autre; comme si le système nerveux n'avait qu'une certaine dose de fluide nerveux à con- .sumer , ou qu'une certaine somme de faculté à déployer. Voyez l’athlète ; cet être capable des plus grands efforts musculaires, a une sensibilité obtuse ; quel coniraste entre lui et la femme nerveuse, chez laquelle la sensibilité est exaltée à ce point que la plus légère impression amène une syncope , et qui, maigre, desséchée, comme privée de muscles, ne peut supporter la moindre fatigue physique; dans l’un et dans l’autre , il y a une disproportion dans les fonctions derelation , etles unesn’ontacquis de la prédominance qu'aux dépens des autres. Par la même raison, si une sensation quelconque sévit , elle fait taire toutes les autres ; et, par exemple, si le cerveau est livré tout entier à ses opérations propres , à des médita-
. tions intelleciuelles , à des affections , les sensations tant
externes qu'internes paraissent moins fortes, et souvent cessent d’être perçues : c’est ainsi qu'Archimède, tout entier à ses travaux, reçoit la mort, sans avoir entendu les pas des soldais qui vont le frapper. Dans quelques
cas, cette concentration d’action dans le cerveau est portée au point de se prolonger quelques heures, un jour , de constituer une maladie; et- telle est probablement la cause de ces états d’extase, dans lesquels des individus ont paru quelque temps être sourds à toutes les sensations. Au contraire, l’homme accessible à toutes les causes de sensations, peut moins se livrer à une méditation prolongée ; et promptement distrait , la moindre impression l’arrache aux pensées , aux sentimens qui le remplissaient. Gette loi de balancement, qui s'applique à tous les organes, à toutes les actions organiques , n’a vait pas échappé à Hippocrate, en ce qui regarde les sensations : ambo partes non possunt dolere simul ; duobus doloribus simul obortis vehementior obscuraë alterum , a dit ce grand homme ; et sur ce principe, repose l’utilité des applications vésicantes, rubéfiantes , de st l'emploi de la douleur comme médicament, dans la pratique de la médecine. Dans ce dernier cas , il y a même un rapport de plus ; l'organe qui est le siége de l’action sensoriale , de la douleur, devient le siége d’une fluxion nerveuse et sanguine ; son système capillaire appelle en lui plus d’influx nerveux et plus de sang ; il devient un centre de fluxion, d’où résulte un effet révulsif et dérivatif ; ubi dolor, ibi affluit humor, a dit encore Hippocrate ; de sorte que la loi de balancement porte alors à la fois, et sur les phénomènes sensoriaux, et sur les phénomènes purement organiques.
Ainsi peuvent s'expliquer partie des effets qu’une vie toute morale et intellectuelle, ou toute physique, exerce sur la santé générale. Quand on fait prédominer les fonctions sensoriales sur les actes purement physiques, ou les actes physiques sur les opérations morales , il y à
DES RAPPORTS FONCTIONNELS DES ORGANES. 9D11 opposition dans le degré d’énergie de ces facultés. Toutes choses égales d’ailleurs -dans les conditions d’alimentation , de climats, etc., l’homme qui se consume dans de continuels travaux d’esprit, a généralement loutes les fonctions organiques plus languissantes ; la faim est chez lui moins impérieuse, la digestion plus lente et souvent moins parfaite; le corps est moins musclé, moins capable d’efforts musculaires , et accuse moins le besoin de mouvemens; la fonction génitale est aussi moins énergique. Mais tandis que les besoins et les fonctions physiques sont chez lui diminuées , les fonctions sensoriales ont la plus grande puissance ; l’esprit tente et accomplit les plus grands travaux; son besoin d’agir est tel que le repos lui est impossible; ses jeux même sont sérieux , et seraient pour d’autres une étude. Au contraire , l homme dont la vie est toute physique est bien loin d’avoir la même puissance d’esprit; mais en revanche , il est rarement valétudinaire ; l'habitude extérieure de son corps annonce bien mieux la santé, parce que les fonctions organiques qui entretiennent le bon élat des organes se font chez lui avec perfection. Tant il est vrai que les actions sensoriales sont, de tous les actes de la vie, ceux qui coûtent le plus d'efforts et causent le plus de dépenses; tant il est vrai qu’on n’acquiert de la supériorité sur un point que par de l'infériorité sur d’autres, et qu’au physique comme au moral, l’universalité de puissance est impossible.
Du reste , la double particularité qu'offre le cerveau ; d’un côté, d’influer sur l’innervation générale , comme système nerveux supérieur, de l’autre , d’être le centre auquel aboutissent toutes les sensations, explique plusieurs des rapports qui éclatent entre les fonctions inté-
rieures et extérieures, à l’occasion de sensations vives, Ainsi, quand une forte douleur amène une syncope, c’est que celte douleur, retentissant au cerveau, a tout à coup saisi tellement cet organe, qu’il a suspendu tout influx nerveux dans les viscères intérieurs, et particulièrement dans le cœur ; c’est le même mécanisme que lorsqu'une affection morale a produit cet effet, Ainsi, quand une forte sensation, celle du coït, ou du chatouillement, jette toute l’économie dans un état convulsif général, c’est que celte sensation a tellement ébranlé le cerveau, auquel elle aboutit, que celui-ci a propagé l'impression qu’il a reçue , dans toutes les dépendances du système. Ceci nous mène à une troisième loi que nous devons poser ci-après , la loi d'irradiation nerveuse. Enfin, si une sensation forte jette le cerveau dans un état exlatique prolongé, comme cataleptique, ainsi que le fait la copulation chez certains animaux qu’alors on mutile en vain , et qui paraissent insensibles à toutes les douleurs, c’est que la sensation première se continuant, entretient la concentration nerveuse cérébrale qu’elle avait déterminée d’abord, ou que le cerveau en a recu un état d’irritation durable qui la prolonge. C’est ainsi que dans l'explication des diflérens phénomènes de rapports, il faut avoir égard à toutes les causes qui les établissent, et les combiner entre elles; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, il est peu d’effets simples dans notre économie.
$. IV. Lapresstons.
Enfin, dans cetteétude des rapports fonctionnels, relatifs à l’accomplissement des diverses facultés de l’homme , ilne reste plus qu’à traiter des phénomènes d'expression. D'abord, tous ceux qui dans leur production sont dépen-
dans de la volonté, se rattachent aux mouvemens muscu: laires volontaires: le mécanisme par lequelles facultés de langage artificiel et de musique les produisent, estle même que celui par lequel la volonté fait produire Lout mouvement quelconque. Quant à ceux qui éclatent irrésistiblement, et qui fondent ce que nous avons appelé le langage affectif, ils ont leur cause dans le système nerveux , et tiennent à l’union des diverses parties de ce système avec un centre, et à l'aptitude qu'ont, d’un côté, ces parties de transmettre au centre les impressions qu’elles reçoivent, et de l’autre, ce centre de réfléchir ces impression jusque dans les dernières ramifications. En efle., %® système nerveux forme un tout continu ; eñ quand une forte action se passe dans un de ses points æcelte action retentit plus ou moins , d’abord dans le centre cérébral, ensuite , par l'intermédiaire de ce centre, dans tout le reste du système ; et conséquemment elle va modifier les parties auxquelles .sont les diverses terminaisons des nerfs. L’ignorance dans laquelle on est sur l'essence de toutes les actions nerveuses, ne permel pas qu’on sache davantage comment se fait cette irradiation; mais il est certain qu’elle a lieu. Bien plus, chaque partie cérébrale correspond sous ce rapport à certaines parties déterminées, leur imprime des modifications diverses selon l’affection qu’elle éprouve ; et il y a quelque chose d’absolu dans la manière dont chaque partie répond à l'impression qui lui arrive du centre, d’où résulte la spécialité des mimiques. On peut établir, comme règle générale , que toute sensation modifie le système entier, mais d’autant plus qu’elle est plus forte. Voyez l'impression sensitive la plus faible, elle s'accompagne irrésistiblement de quelques phénomènes expressifs éloignés : les phéno-
mènes sont déjà plus marqués à la suite de l'exercice, même modéré, des facultés intellectuelles et' affectives ; enfin , quand ces dernières facultés sont à un haut degré d'activité et constituent des passions, alors l’économie entière est au loin toute troublée. Il en est de même , lorsqu'il existe des douleurs physiques fortes et prolongées. Ainsi, toujours des modifications générales surviennent irrésistiblement à la suite de tout phénomène sensitif, et sont proportionnelles au degré d’intensité de ce phenomène. Ainsi, toute impression va, du point où elle éclate d’abord, retentir au cerveau, centre de réunion de toutes les impressions sensitives , puis, du cerveau, parcourir toutes les ramifications du système , et à ses extrémités modifier irrésistiblement tous les organes. À la vérité, quelques-uns de ceux-ci sont plus disposés que d’autres à être modifiés par ces irradiations , par exemple, les muscles de la locomotion , de la respiration, de la voix, de la physionomie; certains organes sécréteurs , ceux des larmes, par exemple; le cœur; en général tous les organes que nous avons vus produire des phénomènes expressifs ; mais l’impression va de même reientir jusqu'aux points les plus reculés de l’organisation.
Or, cette transmission des impressions d’un point quelconque du système nerveux aux autres points de ce système, et qui explique la production de tous les phénomènes expressifs affectifs, fonde une autre loi du système nerveux, non moins évidente que celle du balancement que nous avons déjà posée, qui concourt avec elle à la production des divers phénomènes de rapport, et qu’on peut appeler la loi d'irradiation. Par elle s’expliqueront les effets funestes des passions. Les désordres que les passions amènent dans les organes intérieurs
les plus étrangers à la vie animale , tiennent en effet à la même irradiation nerveuse, qui fait produire les phénomènes expressifs irrésistibles dont ces passions s’accompagnent ; seulement les effets de cette irradiation sont alors plus intenses, et portés au point de constituer un état morbide. Non-seulement ,cetteirradiation a lieu lors de la production de phénomènes sensoriaux ; non-seulement , comme dans le cas des passions, elle va du système cérébro-spinal au grand sympathique , et consécutivement à une impression cérébrale , trouble la vie organique; mais elle a lieu aussi lors de la production de phénomènes purement organiques, et peut procéder dans un ordre inverse, du grand sympathique au cerveau. De même qu’une affection de l’âme, du centre cérébral où elle a son siége, avait irradié dans tout le système , et perturbé les fonctions intérieures; de même une irritation, même non percue, des organes intérieurs, une impression locale du grand sympathique, irradie au cerveau , et amène la perversion d’action de cet organe. C’est ainsi, que consécutivement à l'existence de vers dans les intestins, et à l'irritation qui en résulte, surviennent des convulsions chez les enfans. Gette troisième loi fonde une nouvelle source de rapports entre les divers organes du corps, et surtout entre ceux chargés des fonctions sensoriales , et ceux qui accomplissent les fonctions nutritives : à elle doivent être rapportés partie des effets qui résultent de l'exercice abusif et disproportionné des organes , et les influences du physique sur le moral et du moral sur le physique : à elle , enfin, doivent être rattachés les rapports sympathiques auxquels sa détermination nous conduit, et dont nous allons traiter maintenant.
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CGHAPATRETIT Des Rapports sympathiques, ou des Sympathies.
Ourre les rapports mécaniques et fonctionnels que nous venons d'exposer, il existe encore entre les diverses parties du corps humain des liens d’un troisième ordre, qui ne sont ni moins nombreux ni moins importans que les précédens, sur la cause organique desquels on est encore dans l'ignorance , mais qui évidemment au moins sont autres que ceux dont nous venons de traiter. Ce sont ceux qu’on appelle sympathiques. On nomme sympathie , rapport sympathique, la modification qui survient dans un ou dans plusieurs organes éloignés, à l’occasion de l’impression reçue par un autre, sans que celte modification soit partagée par les organes intermédiaires , et puisse être rapportée aux Connexions mécaniques des parties, ni à l’enchaînement naturel des fonctions. Une titillation de la luette, par exemple , excite la nausée, l’envie de vomir; évidemment la modification que cette irritation de la luette détermine dans l'estomac, ne frappe pas les organes intermédiaires à ces deux parlies, et n’est explicable par aucuns rapports mécaniques ni fonctionnels; c’est une sympathie. Il éclate dans l’état de santé, encore plns dans l’état de maladie , beaucoup de rapports de ce genre, entre les diverses parties du corps humain ; et c’est de ces rapports dont nous allons traiter maintenant.
L'histoire des sympathies est un def poinis les plus obscurs de fa physiologie ; et l’on peut donner de cette obscurité les trois raisons suivantes : 1° Les auteurs ont
souvent compris sous ce nom toutes les connexions quelconques qui existent entre les organes , Sans en séparer les rapports mécaniques et fonctionnels. C’est ainsi que Barthez, tombant en contradiction avec la définition judicieuse qu’il avait donnée lui-même des sympathies, et que nous allons citer ci-après , rattache à ce genre de rapports, jusqu’à la gangrène qui survient dans la partie dont on a lié tous les vaisseaux; c'était évidemment confondre avec les sympathies un phénomène de rapport fonctionnel. 2° Pendant long-temps, on admit , pour expliquer les phénomènes de la vie, des forces occultes, indépendantes de l’organisation ; et, attribuant tous les rapports qui éclatent entre les organes à l'influence de ces forces dites vitales , à leur transport d’une partie à ane autre, à leur concentration sur une partie pendant qu’elles abandonnaient les autres, on négligea li recherche des conditions matérielles de tous ces rapports. Mais, de même qu’il n’y a point d'effets sans cause, de même il n’y a rien dans l’économie animale qui ne soit dépendant de l’organisation ; cette organisation particulièrement contient en elle la raison de sympathies ; et c’est un tort de dire , avec Whitt, avec M. Roux, que ce genre de lien est complètement indé: pendant de toute connexion organique. 3° Enfin , la cause organique des sympathies n’est pas encore bien approfondie , et il faut avouer que nos connaissances sûr ces sympathies se bornent, jusqu’à présent , à savoir moins ce qu’elles sont, que ce qu’elles ne sont pas.
De ces trois causes auxquelles nous attribuons l’obscurité qui règne sur ce point de la science , la dernière tient à l'essence même de la chose, et ne peut être levée à notre gré. Il n’en est pas de même des deux autres ;
elles consistent en uh mode vicieux d’étude, et par conséquent, on peut s’en affranchir. Pour cela , il faut séparer soigneusement des sympathies tous les rapports mécaniques et fonctionnels dont nous avons traité dans les deux chapitres précédens, et n’appeler de ce nom que les rapports qui évidemment ne sont ni mécaniques, ni fonctionnels. Dans l’impossibilité où l’on est dans l’état
actuel de la science, de dire sûrement en quoi consistent les sympathies , il faut se borner à dire ce qu’elles ne sont pas, et signaler par voie d’exclusion les phénomènes de consensus qui doivent leur être rapportés. C’est pour n’avoir pas fait cette distinction, et pour avoir confondu tous les rapports que présentent les organes sous le nom de sympathie, que les auteurs sont tant dissidens sur la cause organique qu'ils assignent à ces sympathies ; les uns les attribuant à telle cause, les autres à telle autre, chacun pouvant citer quelques faits à l’appui de son système , chacun aussi étant arrêté par quelques ob'ections , et aucun ne pouvant appliquer son hypothèse à tous les phénomènes. Par exemple, Haller assignait six causes aux sympathies, la communication des vaisseaux, celle des nerfs, la continuité des membranes, celle du tissu cellulaire , l'intervention de la partie centrale du système nerveux, c’est-à-dire du cerveau , et enfin une analogie de structure et de fonctions dans les parties qui présentent des rapports. Qui ne voit, que cette doctrine de Haller n’est fondée , qu’autant que l’on comprend sous le nom de sympathie tous les rapports quelconques qu'on observe entre les organes; mais qu’elle cesse de l’être , quand on n’a plus égard qu’aux rapports purement sympathiques ? Ceux-ci, en effet, ne peuvent reconnaître qu'un mème système organique, probablement le système
nerveux, et qu’un même mécanisme, probablement la loi d'irradiation nerveuse, comme nous le dirons ciaprès.
Du reste, plusieurs physiologistes avaient senti la nécessité de la distinction que nous recommandons, et avaient déjà considéré les sympathies comme nous venons de le faire. Nous citerons entr’autres Barthez, qui les définit : l'affection d’un organe éloigné, à l’occasion d’une impression reçue par un autre organe, sans que cette succession puisse être attribuée au hasard, au mécanisme des organes, ni à leur concours d’action dans une forme générique de fonction ou d’affection du corps vivant. C'était, comme on voit, suivre une méthode d’exclusion ; et certes, on a lieu d’être surpris, quand on voit Barthez, après une définition aussi précise, comprendre parmi les sympathies des faits qui évidemment tiennent à des rapports mécaniques et fonctionnels , et au contraire rejeter du rang des sympathies des faits évidemment sympathiques , sous le prétexte que ces faits concourent à l’accomplissement d’une même fonction. Nous avons cité plus haut un exemple du premier de ces torts ;et, quant au second, il tient à la distinction inutile que faisait Barthez de la synergie et de la sympathie. I appelait synergie le concours, le concert d’actions simultanées ou successives de divers organes, pour l’accomplissement d’une même fonction, etconstituant par leur concert cette fonction ; et il appelait sympathie , la modification survenant , soit en santé , soit en maladie , dans une partie, consécutivement à l'impression reçue par une autre , mais sans qu'il y ait dans l’action de ces parties unité de but. Ainsi la puissance qu’a le rectum de déterminer , lors du besoin de la défécation, la contraction du
diaphragme, était une synergie et non une sympathie, ces deux actes concourant à constituer la forme propre d’une même fonction , ia défécation; et au contraire, les envies de vomir, les nausées qui surviennent dans les premiers mois de la grossesse, comme ne concourant pas à la formalion générique de cette dernière fonction, étaient des phénomènes sympathiques. Mais nous croyons cette distinction sans importance ; dans les deux cas, le rapport est d’un même genre, a la même nature, tient à l’irradiation nerveuse qui se fait d’une partie sur une autre , soit directement, soit par l'intermédiaire du cerveau: iln’y a que des différences du plus au moins; et tout ce qu’an peut en conclure, c’est que souvent les rapports sympathiques sont établis nécessairement et pour l’exercice régulier des fonctions.
Cette dernière proposition est en,effet de toute évidence; souvent c’est en vertu de rapports sympathiques, que des organes divers et assez distans les uns des autres, associent leur action pour l’accomplissement de la fonction commune à laquelle ils sont destinés; la cause qui provoque à l’action ne porte que sur un de ces organes, et aussilôt les autres agissent, sans que la corrélation puisse se concevoir mécaniquement et par l’enchaînement des fonctions. C’est ainsi, qu’une impression reçue par la rétine détermine l’action de la membrane iris; que selon que la luette recoit de l’aliment une impression favorable ou défavorable , l'estomac se dispose à bien recevoir ou rejeter cet aliment, etc. On ne peut dès-lors avec Bichat définir les sympathies une aberration, un développement irrégulier des propriétés vitales : outre que cette définition rapp*lle la philosophie des causes occultes , que nous avons dit nuire à Ja science en dé-
tournant par des absiractions de la recherche des faits positifs , elle pèche en méconnaissant que les sympathies sont constantes , et entrent dans le plan de l’économie. Geci est vrai, même de celles qui n’éclatent que dans l'état de maladie; les sympathies morbides sont ellesmêmes desrésultats des connexions primitivement établies entre les diverses parties du corps humain; il n'y a pas plus de phénomènes irréguliers dans l’économie animale, “que dans la nature générale; tous accusent un enchaînement rigoureux de causes et d'effets.
Toutefois , le sens que nous attachons au mot sympathie étant fixé, et ce genre de rapport étant ainsi nettement séparé de ceux que nous avons étudiés, il s’agit d’énumérer tous les rapports sympathiques que présente l’économie animale, de rechercher quel systèmé organique en est l'agent, et par quel mécanisme ce Sysième les établit. Sans doute, nous ne devons encore envisager dans cette recherche que l’état de santé: cependant nous interrogerons davantage ici l’état de maladie, parce queles phénomènes sympathiques y sont, ou plus manifestes , ou plus nombreux.
Les rapports sympathiques sont fort nombreux dans le corps humain ; et tantôt ils ont pour but évident d’associer le jeu de plusieurs organes po url’accomplissement d’une même fonction; tantôt ils n’ont pas cette unité de but, et sont de véritables perturbations , modifications de fonctions, consécutivement à l’action de quelques organes éloignés.
1° Souvent on observe des liens sympathiques entre des parties d’un même organe, afin que l’action de ces Parties s'associe pour l’accomplissement de la fonction à laquelle l'organe entier préside. Ainsi, un rapport
sympathique unit l'iris à la rétine, de sorte que selon l'impression que la lumière fait sur celléci, l'iris règle la dimension de la pupille et par suite la quantité de lumière qui pénètre dans l'œil. Ce rapport est si évidemment sympathique , que le contact direct de la lumière sur l'iris n’a pas sur le jeu de cette membrane , une influence égale à celle que détermine l'impression recue par la rétine. De là l'usage en médecine pratique de juger par la mobilité de la pupille, du degré de sensibilité de, la rétine. Un semblable rapport existe probablement dans l'organe de l’ouie, entre le nerf acoustique , et l’appareil qui fait mouvoir les osselets et varier la tension des membranes du tympan et de la fenêtre ovale; mais la profondeur de ces parties , qui sont toujours soustraites à nos regards, ne permet pas qu'on soit aussi sûr de ce rapport sympathique que du précédent.
2° Des rapports sympathiques s’observent entre des parties diverses de membranes continues : par exemple, l'impression que l'aliment , lors de la déglutition , fait sur la luette, retentit jusque dans l'estomac; et celui-ci, d’après le caractère de l'impression, accuse par un sentiment de bien-être ou par celui de la nausée, qu'il se dispose à bien recevoir l'aliment où à le rejeter. Ge que fait ici la luette , toute partie d’intestin le fait également, si accidentellement elle est le siége d’une irritation quelconque; et, par exemple, le pincement d’une portion intestinale dans une hernie étranglée détermine aussi le hoquet, des envies de vomir, des vomissemens, etc. Il y a plus : ce genre de rapport s’étend peut-être plus loin encore; peut-être que par cela seul que le contact des alimens dans la bouche active les sécrétions de cette cavité , aussi sont augmentces les sécré-
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DES SYMPATHIES. 323 tions des autres parties du canal intestinal. On n’en a pas une preuve directe; mais quelques sympathies pathologiques portent à le croire : par exemple, l’irritation des gencives occasione souvent une diarrhée; et vice versé, une irrilation de l'intestin par la présence des vers détermine des douleurs de gencives, le prurit du nez. Dans ces cas, évidemment l'impression reçue par une partie de la membrane, a été portée dans le reste de son étendue, et a surtout retenti dans un point de sa surface : or, pourquoi ce qui s’est fait alors en plus, ne se ferait pas de même, mais en moins, dans l’état normal? Hunter appelait cessympathies, sympathies decontinuité. La membrane muqueuse digestive n’est pas la seule où il en existe; on en voit aussi dans les autres muqueuses; on sait, par exemple , que l'irritation de la muqueuse de la vessie, par la présence d’un calcul ou toute autre cause, détermine une douleur et un sentiment de prurit au gland. Cette sympathie pathologique prouverait-elle, qu’il existe dans l'appareil urinaire entre la vessie et le gland, un rapport sympathique du genre de celui qui unit dans l’appareil digestif la luette et l’estomac, mais à un degré moins prononcé ?
À ces sympathies de continuité, rapporterons-nous le lien quis’observe entre les orifices excréteurs et leurs glandes? Bichat à fait voir, que l’irritation appliquée aux orifices d’un canal sécréteur, excite laction sécrétoire de la glande dont ce canal émane : la présence des alimens dans la bouche, par exemple , en irritant les orifices des conduits de Stenon, de farthon et de Rivinus, active la sécrétion salivaire; celle du chyme dans le duodénum , agit de même sur les sécrétions biliaire et pancréatique; etc. Ges faits doivent. ils être considérés comme
des sympathies ? Je ne le crois pas; on peut les concevoir, en admettant que l’irritation éprouvée par l’orifice excréteur s’est propagée , par l'intermédiaire des nerfs et sans interruption , jusqu'aux origines du système sécréteur, par conséquent, jusque dans le parenchyme de la glande, et dès-lors en a excité le travail; ceci rentre dans les rapports fonctionnels : c'est comme si l’on appelait sympathiques , les contractions qui surviennent dans les muscles qui recoivent des rameaux d’un tronc unique que l’on irrite.
3 Outre ces sympathies de continuité dont nous venons de parler, Æuniter appelait sympatlies de contiguité, les rapports sympathiques qu’on observe entre des parties qui sont immédiatement contiguës; par exemple , entre la membrane interne du cœur et le tissu musculeux de cet organe, entre les membranes muqueuses et la couche musculeuse à laquelle elles sont unies, entre la peau et le pannicule charnu quand il existe. On sait, qu’à peine le sang a touché la membrane interne du cœur, que le tissu musculeux de cet organe se contracie. Peut-êtrene voudra-t-on voir en ce fait qu’un rapport fonctionnel? peut-être dira-t-on que les nerfs qui pénètrent la membrane interne etle tissu musculeux, sontles mêmes, ou du moins, siunis, que l'impression, dès l’instant qu’elle aété reçue par la membrane, doit aussitôt être propagée au tissu musculeux. Mais ce qui prouve quelerapportest sympathique, c’est que Bichat et Nysten ont expérimenté, qu’une irrilation directe du tissu musculeux du cœur n'avait jamais autant d’influence que celle de la membrane qui le tapisse. IL y à un semblable lien entre les membranes muqueuses et les membranes musculeuses qui leur sont susjacentes ; selon l'impression que les pre-
DES RAPPORTS SYMPATIIQUES, OU DES SYMPATIIES. 325 mières ont reçu, les secondes se coniractent plus ou moins : dans l'estomac, selon l’impression que la muqueuse recoit de l'aliment , la musculeuse se dispose à conserver cet aliment ou à le rejeter par le vomissement; à mesure que cet aliment arrive , elle lui applique doucement les parois de l’organe , de sorte que la distension du viscère n’est point passive; enfin elle décide quel caractère aura le mouvement de péristole , et si ce mouvement fera séjourner encore l'aliment dans l'estomac, ou travaillera à l'en expulser. Le pylore, comme on l’a vu , joue ici un grand rôle; el par une influence sympathique spéciale, il est à la musculeuse de l'estomac, ce que la luette est aux muscles de la déglutition. De même, l'impression reçue par la membrane muqueuse du rectum, par celle de la vessie, détermine la contraction des fibres musculeuses de ces organes. En vain, pour expliquer fonctionnelle ment ces rapports, on arguera de l'union intime qui existe dans ces organes entre les couches muqueuse et musculeuse; en vain , dira-t-on que ce sont les mêmes nerfs qui passent de l’une à l’autre, et que dès-lors l’impression stimulante est reçuepar les deux couches à la fois, ou au moins promptement propagée de l’une à l’autre : encore une fois, ce qui prouve que ces rapports sont sympathiques, c’est que jamais ces couches musculeuses nese contractent aussi fortement par une stimulationdirecte, que par la stimulation de la couche muqueuse qui les tapisse. 4° Des liens sympathiques aussi incontestables, s’observent entre les organes divers, et souvent fort éloignés, d'un même appareil, pour faire coopérer tous ces organes à l’accomplissement d’une même fonction. Plusieurs des sympathies déjà citées rentrent dans la catégorie de celies que nous indiquons ici, ce que nous avons présenté
comme étant des parties d’un même organe, étant bien plutôt des organes divers, mais appartenant à un même appareil. Ainsi, nous avons parlé du lien existant entre la luette et l’estomac. Dans l'appareil génital, quelle évidente connexion sympathique entre l'utérus et les mamelles ! C’est à l’âge auquel l'utérus se développe et commence sa fonction menstruelle , que les seins se développent aussi : quand la viciilesse flétrit l'utérus , elle frappe de la même flétrissure les mamelles ; lorsque pour l’excrétion menstruelle, la vitalité de l'utérus s’exalte, les seins se gonflent, deviennent plus sensibles ; ces mêmes organes enfin se ressentent des fonctions génitales utérines, car ils s’érigent dans le coït, et c’estle travail de la grossesse et de l’accouchement qui sympathiquement leur imprime l’excitation dont ils ont besoin pour accomplir leur action sécrétoire. À la différence de ce qui est dans plusieurs autres phénomènes sympathiques, le rapport ici est réciproque , et une impression irradie des mamelles à l’utérus, comme de l’utérus aux mamelles. 5 C’est encore une sympathie, que le lien qui unit la membrane muqueuse des organes d’ingestion ou d’excrétion, et les muscles qui forment les parois des cavités splanchniques dans lesquelles ces organes sont contenus : dès que ces organes sont touchés par la matière à ingérer , ou accusent le besoin d’excrétion, sympathiquement se contractent les muscles qui peuvent exercer sur eux une pression favorable, et aider la fonction ; ces muscles , fussent-ils primitivement volontaires , sont souvent alors mis en jeu, indépendamment de toute volonté. Voyez le bol alimentaire ; à peine a-t-il touché la luette et l’entrée du pharynx, que sympathiquement agissent tous Îles muscles qui doivent exécuter la déglu-
LA
lilion. Quand le rectum développe #la sensation de la défécation , et se contracte pour effectuer cette excrétion , sympathiquement se contractent les muscles de
l'abdomen , et tous ceux que nous avons vu agir pour les expulsions. On dira peut-être que la bohcidenes que nous remarquons ICI n’est pas due à un lien sympathique, mais à l'influence de la volonté; qu’instruits par l’instinct, du secours dont peut être à l’excrétion l’action de ces muscles , alors nous les mettons en jeu. Gela est vrai, quand laéfécation n’est pas difficultueuse, et que la sensation qui en marque le besoin est peu vive; mais quand les conditions contraires se rencontrent, la contrac-
tion musculaire est si bien irrésistible, et partant sym-
pathique, qu ’on ne peut s'empêcher de l’effectuer. D'ailleurs, pour admettre le caractère sympathique de la contraction, on a l’analogte des autres excrélions ! dans le vomisséement, n'est-ce pas involontairement et sympathiquement , qu’à la suite de l'impression développée par là muqueuse de l'estomac , le diaphragme et les muscles abdominaux se contractent ? et peut-on nier un lien sympathique entre l'estomac et ces muscles sous ce rapport? Dans Pappareil respiratoire, les liens sympathiques entre la membrane muqueuse de l'appareil , et les muscles respirateurs, sont encore plus évidens. Souvent aussi, à la vérité, c’est la volonté, qui, consécutivement à l'impression recue , ordonne les mouvemens respirateurs; mais souvent aussi ces mouvemens sont involontaires, et partant sympathiques, comme lorsqu'une irritation de la muqueuse nasale détermine l'éternuement ; qu’une irritation de la muqueuse pulmonaire provoque la toux, le bäillement , ete. Enfin, le rapport sympathique que nous mentionnons ici éclate
avec toute évidence dans l’accouchement , lorsque l’utérus appelle irrésistiblement à son aide le secours de tous les muscles qui servent aux expulsions.
6° Est-ce à un rapport sympathique , que doivent être attribués, l'harmonie qu’on observe dans les mouvemens des yeux , le balancement en sens inverse l’un de l’autre que présentent les membres supérieurs lors de la progression ? et faut-il établir en règle généralé une connexion sympathique, entre ceux de nos organes qui sont pairs? L'exemple pris des yeux est insuffisant : il y a nécessité, pour la netteté de la vision, que les rayons lumineux aboutissent à des points correspondans des deux rétines, soient autant que possible dans la direction de l’axe optique; les muscles oculaires dès-lors doivent placer convenablement les yeux pour ce résultat; et, ces muscles ayant une fois pris l’habitude de se mouvoir en harmonie, les yeux offriront désormais une correspondance constante dans tous leurs mouvemens. L'exemple pris des membres supérieurs ne prouve pas davantage; leur balancement est l’effet , ou de l’impulsion mécanique que chacun recoit du membre inférieur qui est de son côté, ou de la tendance qu'ils ont à se mouvoir instinclivement, en guise de balancier, pour maintenir la ligne de gravité dans la base de sustentation. Quelques faits pathologiques sont plus favorables au rapport sympathique que nous mentionnons ici. Une dent est elle carite? souvent la dent analogue de l’autre côté se carie aussi. Y a-til engorgement d’une parotide à droite ? souven ja parotide gauche s'engorge aussi. Ilest assez fréquent de voir, dans les organes pairs. la maladie qui a affecté celui d’un des côtés du COrps , envahir de même celui de l’autre côté. Mais cette sym-
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DES SYMPATHIES. 329 pathie peut tenir à l’analogie de texture et de fonction des deux organes, et par conséquent rentre peut-être dans la suivante.
7° Une sympathie , en effet, qui est signalée par tous les auteurs, est celle qui unit les organes dont la structure et les fonctions sont analogues. Une dartre survient à une région de la peau, et d’autres régions de cette membrane ont tendance à en développer aussi. Une phlegmasie rhumatismale ou goutteuse saisit une partie du système musculaire ou fibreux, et par suite elle se
“répèle successivement dans toutes les autres parties de
ces systèmes. Un ganglion lymphatique s’engorge, et tous les autres ganglions ont tendance à le faire. Un des faits sympathiques les plus curieux de ce genre , est celui rapporté par Barthez, d'après Theden; un malade avait le bras droit paralysé; on appliqua sur ce bras un vésicatoire qui n’agit que sur le lieu correspondant de l’autre bras : le bras gauche s'étant à son tour paralysé, on y appliqua aussi un vésicatoire, mais qui
agit encore que sur le point correspondant du premier
bras. Voyez avec quelle facilité les phlegmasies des mem-
branes muqueuses se propagent d’une de ces membranes à une autre ! C’est sur ce genre de sympathie, que M. Broussais à fondé cette lai pathologique, que lorsqu'une irritation existe depuis long-temps dans un organe, les tissus analogues à celui qui soufire sont disposés à contracter les mêmes affections. Remarquons, à cet égard, que celte condition d’analogie dans la structure et les fonctions, est suscepiible d’une assez grande latitude : des organes peuvent être analogues Sous quelques rapports, et différens sous d’autres; et alors
ils pourront sympathiser à certains égards el ne pas le faire
à d’autres. La peau et les reins , par exemple, n’ont d'analogie que comme organes sécréteurs , et sympathiseront sous ce rapport; landis que la peau et la membrane muqueuse gastro-intestinale , ayant des analogies bien plus nombreuses , toutes deux étant des surfaces de rapport, des organes sécrétoires , le siége de sensations , présenteront des sympathies plus nombreuses et plus constantes. Avec quelle facilité les phlegmasies cutanées sont répétées par la membrane muqueuse intestinale !
8° De même que des liens sympathiques avaient asso-. cié les parties d’un même organe, les divers organes d’un” même appareil , qui devaient concourir à l’accomplissement d’une même fonction; de même, de semblables liens unissent les divers appareils qui peuvent s’aider dans l'exercice de leur fonction, par exemple , remplir les uns par rapport aux autres des offices explorateurs. Ainsi, le goût , l’odorat, sont-ils frappés par l'impression agréable ou désagréable d’un mets ? aussitôt sont influencés sympathiquement tous les organes de la digestion ; la sécrétion salivaire s'active ou se tarit ; le pharynx se dispose à effectuer ou empêcher la déglutition ; l'estomac développe la sensation du désir de manger, ou celle de pausée , etc. IlLen est de même de la vue, et même du seul souvenir : sil’on voit, ou si l'on se représente par Ja mémoire ou limagination un aliment agréable, aussitôt la salive afilue dans la bouche, et l'appétit est excité. Le rapport inverse a lieu également; et dès que l'estomac est suffisamment plein, les sens du goût, de l’odorat , de la vue, cessent de trouver aux aliens le caractère d'agrément qu'ils leur trouvaientd’abord. Ge que nous disons icide la digestion est applicable aux at tres fonctions qui exigent un rapport avec l'extérieur , et
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DES SYMPATHIES. 991 par conséquent l’emploi des sens, à la génération, par exemple : les sensexternes sont-ils impressionnés par des objets qui ont trait à l'exercice de cette fonction ? l’ima- gination s’arrête-t-elle sur les idées qui s’y rattachent?
aussitôt le désir est éveillé, et les organes génitaux éprou- | vent l'orgasme qui annonce la disposition à l’accomplissement de la fonction : au contraire , la fonction a-t-elle été accomplie ? les sens externes et l’esprit cessent de trou- | ver du charme aux objets qui avaient d’abord séduit.
9° Dans tous les rapports sympathiques précédens, Ma connexion a paru faire partie de l'ordonnance même
| des fonctions; elle associait les diverses parties d’un
même organe, les divers organes d’un même appareil, es divers appareils, pour les faire coopérer à l’accom - | plissement d’une même action; elle fondait ce que Bar- | thez appelait des synergies. Il est enfin des sympathies d’un dernier ordre, qui n’offrent plus cette unité de but , mais dans lesquelles des organes, consécutivement | à l'impression qu’ils recoivent, à l’action à laquelle ils livrent , modifient plus ou moins des organes éloignés, irradiant sur eux une stimulation ou favorable ou per- | turbatrice. L’estomac, par exemple, en oïfre de ce | genre ; il ne peut souffrir ou agir, sans être un point de départ d’irradiations diverses sur presque toute l’écomomie : soufire-t-il la faim? toutes les fonctions sont
languissantes : au contraire, des alimens lui sont-ils fournis, ou même un pur cordial, an tonique, un verre de vin, par exemple? aussitôt tous les organes décèlent
une énergie nouvelle. Dans les deux cas, les effets ne
peuvent être attribués à l’état du sang, et par consé-
quent , à des rapports fonctionnels. En effet, lorsqu’on | ne mange pas, et qu’en même temps la faim ne sévit pas,
la faiblesse des organes est bien moindre, que si, lors de l’abstinence, la faim se fait sentir; et, d'autre part, la vigueur nouvelle qu’on éprouve après avoir mangé , est ressentieimmédiatement après la préhension des alimens, long-temps avant que ces alimens soient changés en sang , lors même que ces alimens sont insuflisans pour effectuer cette réparation, et ne constituent qu’un stimulant gastrique. Il est certain que lorsque l'estomac agit, ce viscère envoie dans tous les organes du corps, plus ou moins loin, des irradiations qui diffèrent selon le caractère et la mesure de son action. it Plusieurs organes, autres que l’estomac, sont évidem= ment dans le même cas, et ne peuvent agir, sans modifier par irradiation un nombre plus ou moins grand de parties éloignées ; l’utérus, par exemple. On à même dié que cela était de tous les organes du corps, mais dans une mesure proportionnelle à la prédominance , à l’importance de la fonction à laquelle ils se livrent : d’où il résulterait que le degré d’activité de toute fonction tiendrait, d’abord à la vitalité intrinsèque de l’organe propre de cette fonction, ensuite à la stimulation que produiz raient en cet organe les irradiations qu'il recevrait de. toutes les autres parties du corps, à l’occasion de leur iravail, On convenait bien, que pour beaucoup d'organes; ces irradiations ne sont pas manifestes : inais On disait que c'était parce qu'elles étaient peu intenses ; ou parce qu'émanant d'organes dont les fonctions sont continues; elles sont elles-mêmes continues , et par conséquent ins aperçues; et parce qu’enfin dans les deux cas, leurs effets se confondent avec ce qui tient à la vitalité propre des organes. On arguait de l’état de maladie, dans lequel ces irradiations sympathiques deviennent évidentes; eb
l'on établissait que ce qui se fait en plus dans cet état, a lieu aussi, mais en moins, dans l’état de santé. Peutêtre cette dernière proposition est-elle un peu hasardée; mais au moins il est certain, que beaucoup d’organes en santé , et tous en certains cas de maladie, exercent des influences sympathiques du genre de celles dont nous parlons ici. Or, pour signaler ces sympathies, il suflié | d’avoir égard aux quatre considérations suivantes : l’examen comparatif des âges ; la comparaison de l’état d’action avec l’état d’inaction des organes dont les fonctions sont intermittentes ; celle des divers degrés d'activité des | fonctions; et l’examen de l’état de maladie. En interro- | geant chacune de ces circonstances, nous mettrons en évi- | dence tous les rapports sympathiques de ce dernierordre. | Souvent, dans la succession des âges, des organes jusqu'alors peu développés et inactifs, tout à coup se
développent et entrent en action; et si ces organes sont | le point de départ d’irradiations sympathiques générales ou spéciales, les parties qui sont le terme de ces irra- | diations prennent plus de développement elles-mêmes, | ou décèlent plus d'activité ; et comme alors un état nou- | Veau succède à celui qui précédait, les rapports sympathiques sont manifestés. C’est ainsi qu’à l’âge de la puberté, le développement soudain de l'appareil génital retentit plus ou moins dans toute l’économie , imprime à toutes les parties plus de vigueur, fait croître sympas
thiquement le larynx surtout, et certaines dépendances du système pileux. il est vrai qu’on peut attribuer une partie des changemens qui surviennent à cet âge, à l’état
nouveau dans lequel est le sang, par suite de la sécrétion nouvelle qu’alimente alors ce fluide , la sécrétion du . Sperme dans le sexe mâle, et celle des ovules dans le
sexe femelle. Mais, sans nier que l’état nouveau dans lequel est alors le sang, n’ait aussi sa part d’influence dans | les changemens survénus dans toute l’économie, lors du développement soudain de l'appareil génital, il est cer-
Le
tain que cet appareil a concouru aussi à les produire par irradiation sympathique. Que de fois , en effet, les organes génilaux agissent ainsi ! cela n’est-il pas évident, par exemple, pour l’utérus, quand il exerce ses fonctions de menstrualion, de grossesse ou d'accouchement? et de ces cas, où l’irradiation sympathique est évidente, ne peut-on pas conclure au cas de la puberté, le déve loppement brusque qu’éprouvent alors les organes génitaux , équivalant à leur mise en jeu? Aussi bien que l’âge de puberté, nous pouvons citer l’âge dit critique, cet âge auquel les organes génitaux se flétrissent et tombent pour jamais dans l’inaction ; alors aussi surviennent des modifications générales dans toute l’économie, modifications qui sont inverses de celles que nous exposions tout à l'heure, mais qui tiennent au même principe. Il y a plus : non-seulement les organes. génitaux sont, aux deux temps de la vie que nous ve= nons de citer, le siége d’irradiations sympathiques, qu’on peut d'autant moins contester qu’elles sont alors manifestes ; mais ils le sont de même, pendant toute la période de la vie dans laquelle ils sont actifs; seulement les effets de ces irradiations se confondent alors, avec ce qui tient à la vitalité propre de chaque organe , et auraient été méconnus, sans ce qu'ont appris, sur la puissance sympathique de ces organes, les deux âges que nous venons d'interroger. Encore est-il une expérience, celle de la castration, qui les fait reconnaître. Si l'homme est fait eunuque dans sa première enfance, il n’é-
« DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DES SYMPATHIES. 399 prouve pas à la puberté les changemens que cet âge doit amener. Si c’est postérieurement à l’âge de puberté qu’il | a été castré, il a subi dans le temps les mutations qui à caractérisent cet âge; mais souvent alors il perd graduellement quelques-uns des traits physiques et moraux qu'il avait acquis. Cela lui arrive d’autant plus promp- | tement et plus complètement, qu'il souffre la mutilation | à un âge plus rapproché de celui de la puberté, à une | époque de la vie où l’appareil génital est plus actif, et | qu'il a une organisation plus impérieuse sous ce rapport, Il faut donc une continuité d’irradiations sympathiques provenant de l'appareil génital, pour entretenir les formes et l’activité que le premier travail de cet appareil avait imprimées à toutes les parties; et ces faits, non-seulement prouvent la continuité d’irradiations sympathiques génitales, mais encore peuvent être invoqués comme propres | à appuyer l’idée que tous les organes du corps sont points de départ d’irradiations sympathiques semblables. Les organes génitaux sont les seuls qui, relativement à ce premier point de vue si propre à déceler les sympathies , se trouvent dans une condition aussi heureuse. Tous les autres en effet ont, dès avant la naissance, commencé la série de leurs développemens, et la con- . tinuent désormais jusqu'à la mort. Ge n’est pas que dans la vie ils ne changent sans cesse, croissant d’abord, puis restant à peu près stationnaires, et enfin se flétrissant , s’atrophiant dans la vieillesse ; dans cette succes- , sion de changemens, il y a même des époques où leur . accroissement et leur décroissement deviennent plus rapides ; dès-lors, s’ils sont le point de départ d'irradiations sympathiques, les effets de celles-ci doivent changer . dans tout le cours de la vie, comme les organes chan-
ee ee = -
336 DES CONNEXIONS DES FONCTIONS. ‘ sent eux-mêmes ; et, pour le dire en passant, cette considération est une de celles auxquelles il faut avoir égard dans une théorie physiologique des âges. Mais
jamais les différences ne sont aussi tranchées que pour "
l’appareil génital; et comme les organes , qui sont le terme de l’irradiation sympathique et qui en développent les eflets, changent eux-mêmes, on est toujours incertain de savoir si l’on doit rapporter ces effets à l’évolution propre de ces organes, ou à lirradiation sympathique qui leur arrive d’autre part.
Une seconde circonstance qui rend manifestes les
ù à J t rapports sympathiques , est la particularité qu'offrent
certaines fonctions de n’être jamais exercées que d’intervalles en intervalles, et de présenter forcément des alternatives d’activité et de repos. En effet, si lors de l'exercice de ces fonctions, apparaissent tout à coup dans des organes éloignés, et sans aucuns changemens directs survenus dans ces organes, des modifications qui n’existaient pas lors de l’intermittence de ces fonctions, il sera évident que ces modifications seront survenues sympathiquement à leur occasion. Or, plusieurs fonctions de l’économie sont évidemment intermittentes , les actions sensoriales, la digestion, la génération ; et l’examen comparatif de leurs temps d’activité et de repos fournit un moyen de reconnaître la puissance sympathique de leurs organes. D'abord, nous ne ferons que mentionner les sens externes : ce n’est pas que leur exercice soit continu; il est au moins interrompu par le sommeil; mais cet exercice est si inséparable de l’état dé veille, qu'il est presque continu, et qu’il est partant peu facile de saisir les irradiations sympathiques qui en résultent, s’il y en a; ces irradiations étant habituelles ,
et leurs eflets se confondant avec ce qui tient à Ja vitalité propre de chaque organe , doivent être méconnues. Nous avons d’ailleurs parlé déjà des Sympathies que les sens, comme organes chargés de recueillir les impressions des corps externes, exercent sur les parties dont la fonction réclame un rapport avec l’extérieur. I] ya plus à dire , touchant les facultés intellectuelles : Vexercice de l'intelligence est moins obligé, plus évidemment volontaire , intermittent ; et certainement , selon que l'esprit est en travail ou en repos, l’économie générale présente un état différent. Tantôt l'irradiation sympathique qui alors émane du cerveau , est une stimulation favorable à la vie, à l’exercice des fonctions ; comme dans tous les cas où l’activité de l'esprit n’est qu'une agréable et utile distraction : tantôt au contraire elle est perturbatrice des fonctions, qu’elle rend languissantes , Ou aux organes desquelles elle imprime un éré
tisme particulier. Les phénomènes sont encore plus manifestes en ce qui concerne les facultés affectives : en effet, toutes les expressions qui accompagnent irrésisüblement les passions, les affections de l'âme, ne sont que les suites de l’irradiation sympathique qui émane alors du cerveau; et si la considération de la puberté à prouvé la grande puissance sympathique de l'appareil génital, celle des troubles qui suivent les passions ,
prouve celle non moins grande qu’a sous ce rapport le 5 PP
cerveau. L'exercice musculaire , qui est aussi forcément intermittent, n’a pas une aussi grande influence; cependant lastimulation que par irradiation sympathique il peut produire sur tous les organes, doit peut-être compter entre les causes des bons effets qu’il a surla santé. Enfin. s'il est vrai que le corps, peudant le sommeil, soit plus
susceptible de se refroidir sous l'influence du milieu ambiant , résiste moins à toutes les influences délétères, par exemple , soit plus facilement atteint par les contagions; ne sont-ce pas là des preuves que lors de la veille les divers organes sensoriaux, et surtout le cerveau, sont, à l’occasion de leur exercice, le point de départ de nombreuses irradiations favorables à la vie de tous les organes ?
Le caractère évidemment intermittent des fonctions de la digestion et de la génération, fait nettement aussi éclater la puissance sympathique des organes principaux de ces fonctions. Nous avons déjà parlé de celle de l'estomac; ce viscère est évidemment au premier rang à cet égard; point de départ, dans l’état de santé , d’irradiations sympathiques continuelles, puisque l’économie paraît comme accablée dès qu'il souffre Ja faim , et au contraire paraît avoir recouvré toute sa force dès qu'il travaille, on peut dire qu’il est comme le point d'appui de tous les organes : par lui se soutiennent ou faillissent les forces physiques, s’exalte ou manque le courage moral, selon que la stimulation qu’il recoit et qui va promptement retentir au loin, est dans la mesure normale , ou maladive. En parlant de la puissance sympathique de l'estomac, pourrions-nous taire le nom de M. Broussais, qui l’a si bien mise en lumière , tant en santé qu’en maladie ? Celle des organes génitaux est également incontestable; celle de l'utérus, par exemple, avait été reconnue dès long-temps, comme le prouvent les axiômes anciens, utérus est animal vivens in muliere; id quod est mulier, propter uterum. Voyez quelles modifications générales amènent dans toute l’économie la menstruation, la grossesse el l’accouche-
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DS SYMPATHIRS. 33g
ment ! À chaque époque menstruelie, souvent il survient un petit état fébrile ; l'économie entière des femmes est troublée , leur moral accuse plus de susceptibilité, etc, Lors de la grossesse , les changemens sont plus grands, il y a souvent des troubles de la digestion , de la pensée, nausées , vomissemens, dégoût pour les alimens, ou appétis bizarres , dépravés, etc. Il en est de même enfin dans l'accouchement; qui n’a remarqué combien dans leurs couches , la sensibilité morale des femmes est plus vive et demande à être ménagée ? La puissance sympathique de l'utérus est dans ces cas si évidente, elle a paru si grande, que beaucoup de médecins anciens croyaient qu’elle se conservait de même dans les temps de repos, dans les intervalles des menstruations et des grossesses : mais ceci est une erreur; si l’on excepte les cas où une constitution éminemment érotique entretient dans l'utérus une irritation continuelle, Ja puissance sympathique de cet organe n’est énergique que lors de l'exercice de ses fonctions propres , et dans l'intervalle de ces fonctions il est aussi passif que tout autre.
Ce que nous venons de dire des alternatives d’exercice et d’inaction des organes dont la fonction est forcément intermittente, est applicable aussi à l'augmentation ow à la diminution d'activité de toute fonction quelconque, Il est évident que si des organes qui exercent naturellement des influences sympathiques voient augmenter ou diminuer leur action , leurs phénomènes sympathiques augmenteront ou diminueront aussi, souvent même seront autres, et dès-lors deviendront manifestes. Mais nous ne nous arréterons pas à cette considération, D’un côté , les fonctions dont nous pouvons à notre gré aug-
menter ou diminuer l’activité, sont celles sur lesquelles notre volonté à empire , que nous avons présentées tout à l’heure comme forcément intermittentes ; et la considération de leur intermittence a suffi pour faire ressoruür toutes les sympathies qui leur appartiennent. D'un autre côté , les fonctions sur lesquelles notre volonté n’a pas prise, ne sont augmentées ou diminuées que par des causes organiques ; et leurs irradiations sympathiques , si l’on veut qu’elles en exercent, ne diffèrent pas assez de ce qu’elles sont dans la mesure habituelle d’activité , pour être sensibles , sauf l’état de maladie.
La considération des tempéramens peut aussi être présentée comme propre à déceler les sympathies. Les tempéramens en effet consistent dans la prédominance
ou l’infériorité respective de quelques-uns des organes , des systèmes du corps; et si l'organe ou le système qui a un excès ou un moindre degré de développement et d'activité, est de ceux qui exercent des influences sympathiques évidentes, on conçoit que celles-ci devront être aussi plus ou moins prononcées. La considération de ces rapports sympathiques est certainement un des principaux élémens de la théorie physiologique des tempéramens. C’est ainsi, que dans le tempérament érotique, caractérisé par l'excès de développement et d’activité de l’appareil génital, les effets de la réaction sym:pathique de l’appareil génital sur l'économie sont bien plus marqués , et que se trouve confirmé ce que l’observation de l’âge de la puberté a appris sur la puissance sympathique de cet appareil.
Mais ce qui sans contredit met le plus en évidence les sympathies, c’est l’état de maladie. Tout organe malade est dans une condition de structure et d'action,
autre que celle qui lui est ordinaire ; et souvent alors, ou il a acquis une puissance sympathique qu’il ne manifestait pas dans l’état de santé, ou il détermine des effets sympathiques plus forts ou autres que ceux qu’il produisait dans l’état normal ; de sorte que, dans les deux cas , les phénomènes sont manifestes. Voyez la maladie d'un des solides, d’un des organes du corps; pour peu qu'elle soit intense , qu’elle consiste surtout en une augmentation morbide de l’action vitale normale, elle entraîne sympathiquement des souffrances dans beaucoup d'organes éloignés , et cessant d’être bornée à la partie malade, elle se généralise ; l'appareil gastrique reçoit des premiers les effets de l’irritation sympathiquement transmise ; l'appétit cesse et est remplacé par la soif; il y à nausée, ou douleur à l’épigastre : l’encéphale est atteint aussi, d’où la céphalalgie, le trouble, la lansueur des fonctions intellectuelles : il en est de même des autres fonctions ; la circulation est activée, la respiralion se presse, il y a des douleurs dans les membres, chaleur à la peau ; en un mot, ce qu’on appelle fièvre. C’est ainsi, qu’on voit la fièvre survenir à l’occasion d’une simple plaie à la peau : nous choisissons cet exemple d’une affection la plus locale possible, pour faire entendre comment , par les rapports sympathiques, une maladie se généralise. C’est en eflet par les sympathies que les maladies des solides deviennent générales ; une maladie primitivement générale, ne peut avoir son siége que dans les fluides; mais une maladie des solides est toujours primitivement locale , elle a toujours son point de départ dans un seul organe , et elle ne devient géné. rale que lorsque cet organe lésé irradie au loin l'affection dont il est atieint, et détermine sympathiquement les
désordres généraux dont l'ensemble est appelé fièvre. Ge n’est pas que nous croyions que toute fièvre est toujours sympathique , et qu’ainsi nous rejetions tout-à-fait l’essentialité des fièvres. Cette imporlante question médicale, sur laquelle le débat est aujourd’hui ouvert, n'appartient pas à mon sujet, et je n'ai pas à m'expliquer sur elle; je dirai seulement que la fièvre, considérée comme une maladie des solides , n’est jamais selon moi qu’un effet de rapports sympathiques , et que si la fièvre est quelquefois une maladie essentielle et générale, ce n’est qu’autant qu’elle consiste dans quelque altération des fluides , du sang. Toutefois , dans l’état de maladie, les phénomènes sympathiques sont manifestes ; et c’est à cause de cela que c’est plus cet état que celui de santé qu'il faut consulter, pour connaître les liens sympathiques. Ce n’est pas que les sympathies pathologiques soient absolument un symbole des sympathies physiologiques ; tel organe qui, en santé, n’exerce aucune irradiation sensible , produit beaucoup de phénomènes sympathiques , lorsqu'il est malade. Mais, sans parler de la nécessité de l'étude des sympathies pathologiques pour la médecine pratique, cette étude est utile à la physiologie. D’un côté, toute sympathie pathologique prouve une connexion entre les organes qui sympathisent ; et comme cette connexion n’a pas été établie par la maladie, mais existait primitivement, c'est toujours une notion utile à acquérir pour approfondir complètement le système de notre économie. D’un autre côté, la considération de ces sympathies pathologiques peut servir à faire pénétrer quel tissu du corps établit les liens sympathiques , et par quel mécanisme. Présentons done quelques généralités sur elles.
De même qu’en santé, certains organes paraissent agir, sans que leur travail détermine aucunes modifications sympathiques dans les parties éloignées , de même aussi certaines maladies restent locales. Mais le plus souvent cela n’est pas , et l'organe qui est malade produit au loin des troubles sympathiques , qui généralisent plus ou moins la maladie. Deux circonstances influent sur ce dernier effet , la structure et la vitalité de l’organe qui est le siége du mal, et la pature de la maladie.
1° Pour apprécier ce qui est des organes , ilfautles considérer selon qu’ils sont le point de départ, ou le terme des irradiations sympathiques. C'est ce que Tissot et Bichat distinguent sous les noms de sympathies actives el passives. Un organe est en sympathie active, quand l'acte organique auquel il se livre actuellement détermine en d’autres organes des modifications sympathiques ; et au contraire un organe est en sympathie passive , quand , recevant l'irradiation sympathique , il développe le phénomène qui constitue la sympathie, Tous les organes peuvent plus ou moins être points de départ de sympathies pathologiques ; voyez l'inflammation des os euxmêmes déterminer la fièvre. Mais, sans contredit, ceux qui sont au premier rang Sous CE rapport sont ceux qui développent en santé la plus grande puissance Sympa thique, comme les membranes muqueuses, la peau, l'estomac, le cerveau, etc. ; ce qui porte à croire que les sympathies pathologiques ne sont qu'une exagération des sympathies physiologiques. Qu’une membrane muqueuse soit irriiée , enflammée, non-seulement survient la fièvre, que nous avons dit n'être que l’ensemble des souffrances sympathiques de tous les organes ; mais il y a tendance à ce que l'ivradiation sympathique fasse
développer en plusieurs organes éloignés une irritalion , une inflammalion semblable à celle que présente la membrane qui est le point de départ de la sympathie. Ge que nous disons ici des muqueuses, doit s'entendre aussi de la peau, du cerveau, etc. De même que dans la santé, chaque organe avait ses sympathies spéciales , correspondait plus particulièrement avec tel autre ; de même ces spécialités se montrent aussi en maladie ; et, par exemple, l’inflammation qui siége en un organe pair, a tendance à se répéter sympathiquement dans l'organe pair de l’autre côté du corps; celle qui a envahi une muqueuse, une séreuse, tend à se développer en une autre muqueuse , une autre séreuse UE peau correspond avec les membranes muqueuses; et vice versé, les membranes muqueuses avec la peau, etc. Si l’on voulait faire une échelle des différens tissus et organes du corps, sous le rapport de leur puissance sympathique, et considérés comme points de départ d’irradiations sympathiques , il suffirait d'observer l’inflammation aigué en chacun d’eux , et de noter les phénomènes géraux et fébriles que leur inflammation développe : on verrail que cette puissance est en raison de Ja structure vasculaire et nerveuse des organes , et de leur degré de sensibilité. Beaucoup d'organes ne commencent à exercer d'influence sympathique , que lorsque la maladie y a développé la douleur. Considérés comme termes des irradiations sympathiques, comme étant en sympathies’ passives , le nombre des organes qui appellent notre attention est moins grand : beaucoup de parties en effet restent calmes au milieu du trouble des autres , et paraissent étrangères à leurs souffrances. Celles qui recoivent le plus fréquemment et le plus facilement les irra-
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OÙ DES SYMPATHIES. 943 diations sympathiques , sont encore celles qui ont le plus de pouvoir pour en envoyer; savoir, l'estomac, le cerveau , les membranes muqueuses , la peau, etc. Voyez la maladie d’un solide quelconque éclater ; aussitôt l'appétil cesse , et est remplacé par le dégoût des alimens ; Ja langue rougil un peu, signe de la souffrance sympathique de l'estomac ; la tête devient lourde , pesante, ou même il y a céphalalsie ; il y a des alternatives de frisson et de chaleur, douleurs contusives des membres , modifications dans les excrétions , etc. C’est à raison de cette plus grande susceptibilité, qu’offrent généralement les organes que nous venons de citer, à répondre aux irradiations sympathiques , que toutes les maladies , abstraction faite de leurs phénomènes locaux , et considérées seulement dans leurs phénomènes généraux, se présenlent à peu près avec les mêmes traits, pour les gens du monde au moins, car le médecin exercé saisit bien vite les spécialités, dans ce tableau en apparence semblable. Ainsi que nous l’avons dit, l'organe qui recoit l’irradiation sympathique a tendance à répéter l’acte morbide
| Qui a causé cetteirradiation ; et c’est ainsi, que l’existence | d’une inflammation, par exemple, devient la cause oc-
casionelle de plusieurs autres. La chirurgie nous éclaire ici sur ce qui arrive en beaucoup de cas de pathologie interne : une inflammation existe à une partie extérieure du Corps, consécutivement à une opéralion faite; et Sympathiquement surviennent des inflammations d’organes intérieurs, des gastrites, des pneumonies, des pleurésies, des hépatites, selon que l'estomac, le poumon, la plèvre, le foie, auront eu une susceplibilité originelle ou acquise, qui les aura rendus plus sensibles
à l'irradiation sympathique. Il y à plus : l'organe qui
s’est enflammé sympathiquement , peut à son tour devenir point de départ d’irradiations sympathiques, qui vont agir sur d’autres ou même sur celui qui avait été le premier malade ; de sorte que la connexion que la nature à établie entre nos organes , sans doute pour la plus grande perfection de notre machine , devient aussi une cause de l'entretien et de la propagation des maladies. Souvent l'impression qui détermine l’irradiation sympathique , n’est pas capable de produire une maladie dans l'organe qui recoit celte impression ; et c’est au contraire la partie dans Jaquelle va retentir l'irradiation sympathique,qui développe la maladie : c’est ce qui arrive, par exemple , quand une impression de froid à la peau détermine une pleurésie. Pour tout ce qui concerne celte analise des relations sympathiques des organes dans l’état de maladie , la science doit beaucoup à M. Broussais. Seulement ce professeur a posé à leur égard deux propositions qui peuvent être contestées ; l’ane est que toute fièvre n’est jamais que l’ensemble des phénomènes sympathiques produits par l’'irrilation , l'inflammation d’un solide quelconque, d’où il résulte qu'il ne faut plus admettre de fièvres essentielles ; l’autre , que toute fièvre n’est jamais que l'effet sympathique d’une irrilation, d’une inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale , et que, si une maladie de tout autre solide du corps amène la fièvre , ce n’est qu'après avoir produit préalablement, par sympathie, l'inflammation de cette membrane. Relativement à la première de ces propositions , DOUS avons déjà dit que nous pensions comme M. Broussais, si l’on ne considère la fièvre que comme une maladie des s0lides; mais que si quelquefois elie est un effet d’une altération des fluides, on pourra continuer de la dire une
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DES SYMPATIIIES. 347 maladie essentielle. Quant à la seconde , tout en convenant que la muqueuse gastro-intestinale est de toutes les
parties du corps , une des plus promptes à répondre aux
irradiations sympathiques , il ne nous paraît pas certain que ce soit son affection seule qui détermine la fièvre ; il nous semble que cet état succède à toute irritation un peu vive : la fièvre ne survient-elle pas à l’occasion d’une plaie, d’un panaris ? et dans tous les cas où l ya fièvre , y a-t-il toujours gastrite ? Si l’irradiation sympathique doit alier retentir d’abord dans un premier organe , pour que ses effets soient ensuite propagés à toute l’économie, et pour qu’elle détermine la fièvre, loin de présenter l'estomac comme étant cet organe important, je croirais plutôt avec M. Georget , que c’est le cerveau. Mais ceci touche à la question du mode de transmission des sympathies , et nous y reviendrons ci-après.
2 Ce n’est pas seulement la structure et la vitalité des organes, qui décide si ces organes seront en maladie le point de départ d’irradiations sympathiques; c’est encore la nature de la maladie. En général, toutesles maladies qui consistent en une augmentation vive et survenue rapidement du mouvement vital normal, s’accompagnent de phénomènes sympathiques ; et comme on le concoit , l'intensité des phénomènes sympathiques sera en raison du degré d'augmentation. Si au contraire, les maladies consistent dans une diminution du mouvement vital, il n’y a pas, ou moins de phénomènes sym- pathiques. Il en est de même pour les maladies dans
lesquelles l’altération a commencé avec peu d’activité, et s’est continuée avec une extrême lenteur. Quelles différences entre les maladies chroniques et les maladies aiguës! Voyez de même ce qu’on appelle les maladies
organiques ? L'absence de tous phénomènes locaux et généraux les fait méconnaître dans leur principe; et ce n'est que lorsqu'elles ont fait assez de progrès pour produire la douleur, que les effets sympathiques commencent à se montrer, Ce que nous disons ici de l’influence exercée par la nature de la maladie est si vrai, que les organes qui en santé, et dans les maladies les plus aiguës, décèlent le plus de puissance sympathique , paraissent alors muets : que d’altérations organiques de l'estomac, par exemple, qui ne sont pas soupconnées dans leur principe, etque rien n’avait annoncées dans tout le cours de la vie !
Nous bornerons à ces considérations ce que nous avons à dire sur les sympathies pathologiques, et ayant énuméré tous les rapports sympathiques que présente le corps humain, nous allons rechercher à quelle condition organique ils sont dus, quel est le système du corps qui en est lagent. Il est certain que les sympathies ont leur
cause dans l’organisation; ce n’est pas à l’époque actuelle
qu'il est besoin de prouver que tout phénomène de vie doit être rattaché à la structure; et dire des sympathies, avec W'hytt, qu’elles sont un résultat de l’âme , et avee M. Aoux, qu’elles sont indépendantes de toute connexion organique, c’est dans le premier cas, se payer d’un mot, et dans le second , donner à la force vitale que nous montrerons n'être qu’une abstraction, une exisience indépendante de l’organisation. Certainement un des systèmes du corps est l’agent des rapports importans dont nous traitons ici; mais quel est ce système ?
On a tour à tour présenté comme tel les membranes, le Uissu cellulaire, les vaisseaux sanguins et les nerfs; parce que ces parties sont les plus généralement ré-
pandues dans toute l’économie, et celles qui paraissent davantage former des systèmes continus. Plusieurs physiologistes , confondant sous le nom de sympathies tous les genres de rapports, ont même invoqué à la fois pour leur explication le concours de ces quatre parties. Mais nous croyons que le système nerveux en est seul l’agent. D'abord, est-il possible aujourd’hui d'admettre , que les sympathies soient établies par le moyen des membranes ? Ces membranes sont des organes très-divers par la structure, la vitalité; elles forment autant d’organes isolés, distincts; et l'on ne peut leur rapporter l’accomplisse ment d’un usage aussi spécial, qu'est celui qu’on leur atiribue ici. Cette idée est évidemment une suite de l’opinion erronée que Baglivi s'était faite de leur distribution anatomique, de leur dérivation de la dure-mère ; et elle a dà être abandonnée dès que cette opinion a été démontrée fausse. En vain arguera-t-on des sympathies que nous avons signalées entre certaines parties d’une même membrane, ou entre des membranes diverses ?
. le premier fait combat la théorie à l'appui de laquelle
on le cite; et quant au second, il ne prouve rien, sinon que les membranes, comme tous les autres organes du corps , peuvent être points de départ ou termes d’irradiations sympathiques.
Nous rejetterons de même la théorie qui attribuait les sympathies au tissu cellulaire, qui faisait de ces sympathies des séries de mouvemens oscillatoires propagés par le tissu cellulaire. Gette théorie due à Bordeu, repose encore sur les idées hypothétiques que ce médecin
s'était faites de ce tissu, et conséquemment doit être
abandonnée avec ces idées. On ne croit plus aujourd’hui que le tissu cellulaire soit un organe mobile et sensible,
continuellement en proie à des dilatationsetresserremens, et imprimant aux humeurs qui remplissent ses cellules des courans divers. Sans doute le tissu cellulaire forme. un tout continu, comme constituant un des élémens des organes , et comme étant jeté dans leurs intervalles en guise de spongiosité pour en remplir les vides; sans doute , il peut se faire des transports mécaniques d’humeurs à travers ses cellules, qui toutes communiquent entr’elles. Mais ce n’est pas par son intermédiaire que sont établis les rapports sympathiques ; ceux-ci éclatent trop rapidement ils laissent insensibles et muets les organes intermédiaires à CEUX qui sympathisent; et voilà des traits qui ne peuvent convenir à l’action du tissu cellulaire, qu’on faisait agir mécaniquement, lentement et par voie de continuité. | Le système vasculaire devait paraître propre à établir les liens sympathiques; il se répand en effet dans toutes les:parties du corps, et les unit toutes. Cependant, je suis sûrque la seule énumération que nous avons donnée des sympathies , suffit pour faire voir que ce système n’en peut être l'agent. On peut le concevoir comme présidant à des rapports fonctionnels, mais non à des connexions dont les effets sont aussi rapides que ceux des sympathies , et qui ne portent pas Sur des parties intermédiaires à celles qui sont associées. En vain , on a voulu expliquer la liaison de l'utérus avec les mamelles par le moyen de l'artère épigastrique, unie d’un côté aux artères utérines, et de l’autre aux artères mammaires : Certainement ce n’est pas par cetle voie que se fait sur le sein la fluxion sanguine qui alimente la sécrétion Jaiteuse: et à supposer que cela fût, cela n’expliquerait pas la sympathie, car la stimulation sympathique à
précédé, et la fluxion sanguine n’en est que le pro-
duit.
Ainsi, des quatre systèmes organiques que les auteurs ont présenté comme agens présumables des sympathies, en voilà trois auxquels on ne peut attribuer cet oflice : et cela seul déjà est une raison à faire valoir, en faveur de l’idée qui en présente le quatrième , le système nerveux, comme l'instrument. Mais, de plus , que de considérations viennent appuyer cette idée! Le système nerveux forme réellement un tout qui est continu, et dont toutes les parties sont liées. Indépendamment des nombreuses anastomoses qu'offrent les nerfs entr'eux, toutes les parties de ce système sont au moins associées par l'intermédiaire de sa partie centrale, le cerveau, partie à laquelle tout va aboutir , et qui d'autre part irradie une influence jusqu'aux dernières extrémités du système. Toutes les actions propres à ce système s’accomplissent avec la rapidité de l'éclair; et dans toutes il a semblé être parcouru par des courans, dont la vélocité avait de quoi étonner l'imagination. C’est ainsi que la conduite des impressions sensitives des extrémités des nerfs au
| cerveau, pour la production des sensations, et celle des
volitions du cerveau aux muscles pour la production des mouvemens volontaires, ontmontré ce système communiquant avec rapidité d’un de ses points à un autre. C'est ainsi, que la loi de fluxion a appelé en un instant incommensurable plus de fluide nerveux ou moteur sur une partie irritée, qu'il n’en était envoyé lors de l’inaction de cette partie; et que par la loi de balancement la mesure de dépense nerveuse faite par un organe a influé presque instantanément sur celle faite par d’autres organes. ILnous semble que ces faits ont une assez grande
analogie avec ceux qui fondent les sympathies , et doivent rendre très-probable que c’est le système nerveux qui en est l’agent. C’est l’opinion presque universellement admise aujourd'hui; et si, jadis, on fit à cette opinion diverses objections, on verra que ces objections, portaient plus sur le mécanisme selon lequel le système nerveux établit les sympathies, que sur l’idée qui présente ce système comme en étant l'instrument. En procédant par la méthode d'exclusion, on ne voit pas dans l'économie! d'autre agent possible des sympathies. Il reste à rechercher le mécanisme par lequel il établit des rapports aussi merveilleux.
Le système nerveux ne paraît pouvoir établir les liens sympathiques que de deux manières ; ou parce que les parties qui sympathisent recoivent des ramifications des mêmes troncs nerveux, ou sont unies par des anastomoses nerveuses; ou parce que l’irradiation nerveuse qui . émane de l’une des parties , va aboutir d’abord au centre cérébral, d’où elle est ensuite réfléchie dans toutes les dépendances du système, de telle manière cependant que certains organes sont plus que d’autres moditiés par celte réflexion. Il est même probable, que les divers phénomènes sympathiques sont produits, les uns par le’ premier de ces modes, les autres par le second ; d’où la distinction faite de deux espèces de sympathies, les: sympathies directes, et les sympathies cérébrales. Gertainement il y a des phénomènes sympathiques qui sont dus, à ce que les parties qui sympathisent reçoivent leurs nerfs d’un même tronc, ou ont leurs nerfs unis par des anastomoses. C’est à cette cause, par exemple, que les membranes muqueuses doivent d’irradier à la membrane musculeuse qui leur est susjacente, l'impression
DES RAPPORTS SYMPATHIQUES, OU DES SYMPATHIES, 293 qu’elles ont recues. C’est également ainsi, qu’une douleur d’oreille détermine une odontalgie, et vice vers, que des douleurs de dents se propagent à l'oreille ; fait qui peut être concu par l’anastomose qui existe entre le nerf facial et le nerf lingual, et qui est connue sous le nom de corde du tympan. Nous pourrions citer plusieurs autres sympathies analogues ; et probablement que le nombre des sympathies explicables par ce mode, augmentera à mesure que l’on connaîtra mieux la distribution des nerfs. Dans l'étude de ce système, il est intéressant pour cela de connaître la destination des plus petits filets. Croit-on que ce soit sans nécessité que la nature ait affecté les trois divisions d’un même nerf, la cinquième paire, aux sens de la vue, de l’odorat et du goût ? et n'est-il pas probable que cette disposition a influence sur les rapports sympathiques de ces trois sens ? Peut-on croire aussi , que ce soit sans importance pour les connexions des parties, que les nerfs vagues et grands sympathiques se distribuent à presque toutes à la fois? et n’était-elle pas fondée la conjecture que l’inspection seule de ces nerfs avait inspirée aux Anciens, et en suite de laquelle ils les nommèrent nerfs grand et petit sympathiques. Il est difficile d’observer la distribution du nerf vague au larynx, au poumon, au cœur et à l’estomac, sans soupconner que cette distribution ne tende à établir des connexions entre ces diverses parties ; et à plus forte raison , doit-on penser de même à l'égard du grand sympathique? La grande difficulté est de tracer la route des irradiations sympathiques, au travers de ces entrelacemens vraimentinextricables.
Cependant il ne faut pas admettre avec Vieussens , Meckel, Boërhaave, que c’est exclusivement de cette ma-
nière que sont établies toutes les sympathies; et probablement, lenombre de celles établies par l'intervention cérébrale est bien plus grand. En eflet, beaucoup de phénomènes sympathiques ne peuvent se concevoir dans ce système d'une communication directe des nerfs; et ce sysième, en outre, présente en plusieurs points de grandes difficultés. Par exemple, beaucoup de parties qui reçoivent des nerfs d’un même tronc, ne sympathisent pas; et au contraire, beaucoup de parties qui ne recoivent aucuns nerfs communs, sympathisent. La pluralité des systèmes nerveux est un fait presque géné ralement admis ; on distingue au moins, depuis Bichat, les systèmes nerveux anumalet organique : or, beaucoup de parties Qui sympathisent, recoivent chacune des nerfs de l'un et l’autre système, et sont séparées par des parties qui sont dans le même cas; dès-lors, comment admettre que l’irradiation se transmette avec une égale facilité , et cela , à plusieurs reprises, à travers des systèmes différens ? Si ce sont les ramifications nerveuses, et les communications anastomoliques , qui produisent les sympathies, pourquoi toutes les parties que vivifent les ramifications d’un même nerf, üe sympathisent-elles pas ? pourquoi la sympathie n'est-elle pas réciproque? Souvent l'organe qui reçoit une irradiation sympathique spéciale, n'est pas apte à en exercer une réciproque sur celui qui l'influence; par exemple, le rectum appelle sympathiquement à son aide le diaphragme ; et une stimulation du diaphragme est sans influencé sur le rectum. D'ailleurs la naissance des nerfs d’un même tronc, oudeur upion par des anastomoses, est une chose illusoire; car les plus pelits filets ne se communiquent pas, il n'y a que ‘rapprochement entr eux;
el si ce rapprochement suflil pour produire des sympathies, comment concevoir pourquoi il n’en existe pas davantage, et pourquoi il ne survient pas pour la moindre cause des troubles plus nombreux? Ajoutons que toute sympathie exige quelque chose de spécial dans l'irritation qui la détermine. C'est à raison de toutes ces difficultés, que quelques physiologistes, non -seulement avaient rejeté la théorie qui explique les sympathies par les communications directes des nerfs, mais encore, ainsi que nous l’avons dit, avaient nié que le système nerveux eût part en rien à leur production. Mais il est évident que ces difficultés ne détruisent aucune des raisons qui nous ont fait admettre le système nerveux comme la cause matérielle des sympathies, et qu’elles ne sont puissantes que contre le dogme qui ne reconnaissait que des sympathies directes!, et qui niait les sympathies cérébrales.
Je crois avec Willis, Perrault, Astruc, Haller, parmi les anciens, MM. Broussais et Georget, parmi les contemporains, que la plupart des sympathies se font par l'intermédiaire du cerveau. L'impression, qu’éprouve lorgane qui est le point de départ de la sympathie, va d’abord retentir au cerveau: de Ïà elle est réfléchie dans tout le système ; et chaque partie en est plus ou moins modifiée selon sa mesure de sensibilité , de susceptibilité. Evidemment le besoin de respirer arrive au cerveau, puisqu'il y ef percu; et c’est consécutivement à cette perception, que le cerveau ordonne les mouvemens respirateurs : les phénomènes ne s’enchaînent-ils pas de la même manière, quand une irritation de la membrane muqueuse pulmonaire ou nasale, détermine la toux , ou l’éternuement ? Quand il ÿ
a syncope , suspension momentanée des contractions du cœur , el qu’en aspergeant de l’eau froide au visage , ou irritant la pituitaire par la vapeur de l’ammoniaque, on fait cesser la syncope; n'est-ce pas que l'impression irritante qu’on à déterminée, a d’abord retenti au cerveau, puis a été réfléchie dans tout le sysième , et par conséquent dans les nerfs du cœur, qui aura ainsiété provoqué à reprendre son service? Quand une affection se propage sympathiquement de l'organe pair d’un des côtés du corps , à l'organe pair de l’autre côté, peut-il y avoir un intermédiaire autre que le cerveau ? N’est-on pas en droit de conjecturer le même intermédiaire, pour toutes les relations sympathiques entre organes de structure et de fonctions analogues ? En ce cas, l'irradiation arrivée au cerveau , et réfléchie par cet organe dans tout le système , porte surtout sur les parties qui, à raison de leur texture et de leur vitalité, ont plus de rapport avec celle dont elle émane. Enfin , quand les sympathies sont générales , portent à la fois sur plusieurs organes, il faut : ou que la partie qui est le point de départ de l'irradiation, influence directement chacune des autres; ou que l’irradiation aille retentir d’abord dans le centre du système, pour être réfléchie ensuite dans ses diverses dépendances. Or, certainement, cette dernière chose est la plus probable : d’un côté, le cerveauest l’aboutissant de toutes les sensations; de l’autre, das les passions, il est évidemment la source d'irradiation® qui s'étendent au loin dans tout le système; et il nous semble qu’on ne peut méconnaître une analogie entre ces deux faits, et le rôle que nous faisons jouer à cet organe pour la production des sympathies. Celles de ces sympathies qui sont spéciales, c'està-dire qui ne portent que sur tels ou tels organes, les
autres n'étant pas modifiés , ne contredisent même pas l'explication que nous donnons ici; c’est que ces organes auront élé organisés, de manière à répondre exclusivement à l’irritation que leur reflète le cerveau, Si l’on conçoit, pourquoi des parties de structure et de vitalité analogues sympathisent, ne peut-on pas Concevoir aussi des parties tellement organisées relativement à d’autres, qu’elles répondront toujours aux irritations qu'elles en recevront par l'intermédiaire du cerveau ? C’est cette grande part que nous attribuons au cerveau pour la production des sympathies , qui nous a fait dire plus haut , relativement à l'organe par lequel se généralisent les maladies, que cet organe, est moins la membrane muqueuse gastro-intestinale , comme le dit M. Broussais, que le cerveau, comme l’a avancé M. Georget.
Enfin, pour connaîte l'important phénomène des sympathies, il ne suflit pas de savoir que le système nerveux en est l’agent, et que la communication entre les parties qui sympathisent, se fait tantôt directement par les anastomoses des nerfs, et tantôt par l’intermédiaire du cerveau : il faut encore savoir en quoi consiste l'irradiation sympathique. Or, nous sommes sur ce point-ci, dans la même ignorance que pour toutes les autres actions nerveuses, Ne sachant pas ce qu’est l’influx nerveux qui constitue l’innervation; ignorant par quoi les nerfs effectuent la transmission des impressions sensitives et des volitions ; pouvons-nous ne pas ignorer aussi ce qu'est l'irradiation sympathique? Probablement , lors de toute action organique, il se fait quelque changement dans le fluide nerveux de la partie qui est le siége de cette action : pour concevoir les sympathies,
ne peul-on pas dès-lors supposer, que ce changement, cette modification, s’est, par la loi d'irradiation que nous avons indiquée , propagé au centre du système , et de ce centre a été réfléchi dans toutes ses dépendances ? S'il n’y a que quelques parties qui paraissent recevoir l'influence de cette réflexion, c’est qu’elles sont organisées de manière à y être plus sensibles; absolument , comme lors de la manifestation des passions, des affections de l'âme , certaines parties sont plus facilement et plus promptement perturbées que d’autres, et à cause de cela , sont le siége des phénomènes expressifs. C’est ainsi, que la loi d'irradiation, par l'expression de laquelle nous avons terminé Pétude des rapports fonctionnels , nous semble propre aussi, non à expliquer, car elle laisse toujours leur essence inconnue, mais à systématiser les rapports sympathiques. Du reste , le secret des sympathies est probablement le même que celui de Faction nerveuse : la découverte de l’un dépend de celle de l'autre: et en attendant qu’on les ait faites, on doit se borner à signaler par une observation attentive de notre économie, tant en santé qu’en maladie, quels sont les rapports sympathiques de nos divers organes.
Teis sont les trois genres de rapports qui unissent les nombreuses parties du corps humain: L'histoire que nous venons d’en faire , a fait ressortir l'utilité respective des solides et des fluides. D’un côté, nous avons vu le système nerveux présider à toutes les actions des solides, régler toutes les particularités du cours des fluides; et par là, la prééminence des solides à été consacrée. De Vautre côté, nous avons présenté le sang comme le st£-
mulus obligé du système nerveux , comme l'élément nutritif de toutes les parties; et sous cet autre point de vue , l'importance des fluides a été démontrée. Enfin, leur utilité réciproque a été signalée, car c’est de l’action réciproque du sang et du système nerveux que nous avons vu résulter la vie. Nous avons montré que ces deux conditions vitales étaient également susceptibles d’être altérées , étaient conséquemment tour à tour le point de départ des maladies , et surtout exercaient l’une sur l’autre une influence si prochaine, que l’une ne pouvait pas être altérée un peu gravement, et pendant un temps un peu long, sans que F’autre s’altérât consécutivement. Or, toutes ces propositions sont en opposition avec toute théorie exclusive de solidisme et d’humorisme. Arrivons maintenant aux rapports de l’homme avec les corps extérieurs.