DES RAPPORTS PHYSIQUES ET CHIMIQUES
avec ces corps. En effet, quoique cet être, par son activité vitale et spéciale, plie jusqu’à un certain point ces corps à ses besoins, et comme tout être vivant, constitue à lui seul un petit monde dans le grand monde; cependant il est soumis en plusieurs points aux lois générales de celui-ci, et ce sont les phénomènes de cet ordre que nous voulons énumérer ici, nous renfermant dans l’état normal ou de santé.
L'homme est attaché à la planète qui lui a été assignée pour demeure ; les lois de la gravitation ly enchaînent, et font de la terre son point d'appui. Animal aérien, il est plongé continuellement dans l’atmosphère qui enve loppe le globe terrestre, et ce milieu exerce sans cesse sur lui diverses influences physiques et chimiques qu'il faut d’abord indiquer.
En premier lieu , l'atmosphère exerce sur la surface du corps de l’homme une pression, qui est en raison de sa hauteur , et qui par conséquent est fort considérable ; les physiciens la disent égale à un poids de 55,600 livres. C’est à la réaction des fluides élastiques contenus dans les cavités intérieures de notre corps , que nous devons de pouvoir supporter une charge aussi forte ; charge qui pour certains animaux, par exemple , pour ceux des poissons qui vivent à une profondeur de 2000 à 3000 pieds dans la mer, est bien plus grande encore. Nul doute que nous ne soyons organisés de manière, à avoir besoin d’une pression aussi énorme; si elle manquait tout à coup, ou était de beaucoup diminuée, les gaz qui sont dans l’intérieur des parties, les liquides eux-mêmes, ne seraient plus bornés dans leur expansibilité ; ils se dilateraient , déchireraient les solides qui les contiennent, et l'individu périrait, Placez un animal sous le récipient
de la machine pneumatique, il se gonfle à mesure qu’on fait le vide. Laissez à l’air le poisson destiné à vivre au fond des eaux , sa vessie natatoire se crève. Le malaise qu'éprouve l’homme sur le sommet d’ane haute montagne , ou dans un aérostat, tient sans doute en partie à ce que l’air est moins dense et ne fournit plus assez d’oxigène pour la respiration ; mais il est dûvaussi un peu à la diminution de la pression atmosphérique, et c’est à cette cause, par exemple, qu’il faut attribuer les hémorragies par les yeux, les oreilles , les voies respiratoires , qui surviennent alors. C’est par elle que la peau se gonfle et rougit sous une ventouse. Heureusement que les variations qui, hors ces cas insolites, peuvent survenir dans ce rapport, et que le baromètre fait connaître, sont légères , et sans influence notable sur l’économie.
En second lieu , l’atmosphère, appliquée de toutes parts au corps humain, doit agir physiquement sur lui en raison de sa température. Selon qu’elle à une température supérieure ou inférieure , elle doit lui fournir ou lui soutirer du calorique , et tendre à l’amener À son niveau. Gette seconde influence physique est aussi constante et aussi incontestable que la première ; et voici en peu de mots ce qui la concerne. A l’exception de quelques pays équatoriaux, et encore pendant la saison chaude et au milieu du jour, l’atmosphère a toujours une température inférieure à celle de l’homme, dans un degré qui varie selon les climats et les saisons; et conséquemment elle nous soutire sans cesse du calorique. Si nous conservons néanmoins notre température indépendante, c'est que notre puissance vitale renouvelle notre chaleur à mesure qu’elle nous est enlevée. Nous sommes encore organisés de manière, à avoir besoin de celte soustraction
DES RAPPORTS PHYSIQUES ET CHIMIQUES. 563 continuelle de chaleur ; si elle cessait tout à coup d'avoir lieu, ou diminuait beaucoup , notre température s’éleverait graduellement, et quand elle serait haussée de sept à huit degrés, on périrait. D'autre part, si celte soustraction devenait extrême, et telle que la vie ne puisse pas renouveler le calorique aussi promptement qu'il est enlevé, notre température baisserait, nos humeurs se congéleraient , et quand la température serait baissée à vingt-six degrés, on périrait encore. Entre ces deux extrêmes , il y a de nombreux intermédiaires signalés par les sensations de chaud et de froid. Nous n’avons pas besoin de revenir sur Ce que nous avons dit des cas dans lesquels ces sensations éclatent, et des moyens par lesquels nous résistons au chauél et au froid. Rappelons seulement, que notre rapport forcé avec l’atmosphère, a, sous le rapport de la température, nécessité chez nous l'emploi de vêtemens ; à l’aide de ces vêtemens , nous maintenons l'air immo bile à la surface de notre corps; nous faisons, qu'une fois échauffé, il ne nous enlève plus de chaleur ; et, par cet artifice, nous diminuons beaucoup la dépense que nous ferions sans cela.
En troisième lieu , l’air jouit de la faculté de dissoudre l'eau ; et par suite, tous les corps liquides, tous ceux qui sont imprégnés d’eau, éprouvent par son contact une certaine évaporation. L'air exerce-t-il sur le corps humain, qui est composé de solides et de liquides , une semblable influence ? Beaucoup de physiciens le croient , et professent que cette évaporation physique concourt en partie à la production de la transpiration insensible. I s'appuient sur ce qui arrive aux poissons, qui, par leur séjour prolongé à l'air, perdent par cette évaporation
une quantité considérable de leur poids. M. Edwards dit qu'ayant cherché à empêcher cette évaporation , en plaçant un animal à sang froid dans une atmosphère hunide et d’une température égale à celle de cet animal , et qu'ayant réduit ainsi la lranspiration à ce qu'il y a en elle d’organique , il a trouvé que l’évaporation physique concourait pour cinq sixièmes à la perte de Ja transpiration, Je pense qu’on a ici assimilé à tort les animaux aériens et l’homme , aux animaux aquatiques : ceux-ci, destinés à séjourner dans l’eau , sont tout imprégnés de ce liquide, et lors de leur exposition à l'air, ils le laissent transuder. Mais il n’en est pas de même de l’homme ; pour que les liquides de son corps puissent se vaporiser un peu à sa surface , il faudrait que par transudation physique ils y fussent portés, et cette perméabilité physique n’a pas lieu pendant Ia vie. Je crois qu’il ne se fait d’évaporation que celle de la sueur, que celle des liquides qu’une sécrétion organique a préalablement porté à la surface de la peau. Comme l'air ne touche pas seulement la surface de la peau, mais encore pénètre par la respiration dans le poumon, on peut se demander si ce que nous venons de dire des effets physiques de sa pesanteur , de sa température et de son action dissolvante, a lieu aussi dans cet organe ; cela est probable, Toutefois , en admettant la réalité d’une évaporation physique des fluides du corps humain par le contact de l'air, le degré de pression de ce gaz et son degré de chaleur deviennent de nouveau intéressans à considérer sous ce rapport ; l’évaporation sera d’autant plus grande, que la chaleur de l'air sera plus élevée, et sa pression moindre. M. Edwards pense que l'augmentation de l’évaporation pulmonaire, par suite de Ja diminution de la pression
DES RAPPORTS PHYSIQUES LT CHIMIQUES, 269 atmosphérique, a la plus grande part au malaise que l'on éprouve sur le sommet des hautes montagnes.
L'air, selon qu’il est sec ou humide, exerce avec plus ou moins d'énergie sur notre corps les trois influences physiques précédentes. D'abord, plus il est sec, plus la pression atmosphérique est considérable, comme le prouve l’ascension du mercure dans le baromètre. En second lieu, les impressions de chaud et de froid que nous recevons de l’air, sont d’autant plus grandes que ce gaz est plus humide, car l’air par luimême est mauvais conducteur du calorique; mais la présence de l’eau entre ses molécules , ajoute à sa puissance conductrice. Enfin, la faculté dissolvante de l'air augmentant en raison de sa sécheresse, comme en raison de sa température , si l’on admet que cette faculté agit sur les liquides du corps humain, son énergie devra être moindre dans l'air humide que dans l'air sec.
L'air dépose à la surface de la peau les diverses matières pulvérulentes qui sont en suspension dans son sein, et à la longue cette membrane en est salie. Il lui applique de même divers miasmes qu'il contient, et offre ainsi de continuels alimens à l’action d’absorption de cette membrane. Pénètre-t-il, en totalité ou en partie, la peau et la surface interne da poumon, par une sorte d’imbibition physique ? Cela ne peut guère être admis que pour l’eau, et pour les autres matières liquides qu'il tient en suspension , au moment où ces malières se précipitent et s'appliquent à la surface du Corps : encore cette imbibition physique est moins facile qu’on ne croit : la nature y a mis des obstacles; d’un côté, par la sécrétion sébacée qui, en raison de sa nature huileuse, empêche l’eau de s’appliquer à la surface de
la peau ; de l'autre, par l’épiderme. Des faits nombreux prouvent, que les imbibitions physiques sont bien plus faciles aux surfaces intérieures du corps, qu’à celles qui en forment la périphérie.
L'air exerce-t il sur la peau quelque action chimique ? À le considérer dans son élat de composition ordinaire , et en faisant abstraction de son action respiratoire , qui est un rapport organique , cela n’est pas probable. Mais, si tout à coup il était mêlé à une grande quantité d’un gaz actif, à du chlore, par exemple, peut-être en serail= il autrement ? D'ailleurs, si l'atmosphère n’exerce pas sur la peau de l'homme une action chimique par l'air lui-même , elle en exerce incontestablement une par la lumière qui, en venant du soleil, la travérse. On ne peut méconnaître que les parties de la peau que frappe Ja lumière solaire , n’aient une couleur plus foncée que celles que nos vêtemens dérobent à son contact; et bien que la couleur des diverses races d'hommes ait une cause organique , l'influence chimique de la lumière solaire
a peui-être aussi quelque part aux différences, que sous
ce rapport, présentent les hommes dans les divers climats.
Enfin, l'atmosphère ne peut manquer d’exercer quelques influences physiques sur l'homme ,.en raison des divers phénomènes météorologiques qui se passenten elle: On concoit quels effets physiques doivent résulter des brouillards , de la pluie, de la neige , de la grêle. Quand de grands vents agitent l'air, l’homme peut en recevoir une percussion telle qu’il soit renversé ; mais ce soni là des phénomènes rares ; le plus souvent la mobilité de J'air n’a d'autre résultat que d'augmenter les effets dé+ pendans de la température e& de la faculté dissolvante