‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 3 sur 53 · ARTICLE Î · texte numérisé non relu

ARTICLE Î

Du rapprochement des Sexes, ou de la Copulation, du Coit.

Dans l'espèce humaine , les deux sexes étant portés chacun par un individu séparé, et le germe ou l'œuf fourni par la femme ne pouvant être fécondé que lorsqu’il est encore intérieur: il faut absolument pour la reproduction, un rapprochement à l’aide duquel le fluide fécondant de l’homme puisse aller au loin dans l’iniérieur des organes de la femme, toucher le germe et l'aviver. C’est donc par l'étude de ce rapprochement qu'il faut commencer l'histoire de la génération. Nous allons étudier successivement; la sensation qui y excite, et la part qu'y a chacun des deux sexes.

G. I. Du besoin, de l'instinct de la Reproduction.

Nous avons dit souvent qu’une sensation interne était attachée à toutes celles de nos fonctions, qui exigent pour leur accomplissement un rapport avec l'extérieur; nous avons présenté cette sensation comme une espèce de sentinelle destinée à nous exciter à l'établissement de ce rapport. Gest ainsi que nous avons vu la faim nous solliciter aux temps opportuns xsprendre les alimens qui nous Sont nécessaires. Or, la nature n’a pas été, en ce qui concerne la conservation de l'espèce , moins précautionneuse qu'en ce qui a trait à la conservation de l'individu; elle n’a pas voulu davantage , en ce qui regarde notre reproduction , s'en reposer sur notre raison; et elle a placé en nous un instinct im-

périeux , une sensation interne , qui nous excite à remplir son vœu. C’est de cet instinct dont nous voulons parler ici.

Personne n’en peut contester la réalité. Nul dans l’enfance , âge auquel l’homme ne peut se reproduire , il se montre tout à coup à la puberté, éclate avec énergie pendant toute la jeunesse, se prolonge au loin dans l’âge adulte, et enfin disparaît dans la vieillesse, quand l’être n’est plus apte à se reproduire. Get instinct est surtout évident dans les animaux chez lesquels la génération n’est possible qu’à des époques déterminées de l’année , au temps du ut ; alors il prédomine tellement dans leur système intellectuel, qu'il constitue presque une fureur, une manie, un penchant irrésistible qui les subjugue.

Mais les physiologistes ne sont pas d'accord sur sa nature el sur son siége. La plupart, voyant que son apparition coïncide avec l’âge auquel l'appareil génital entre en action, et que son énergie est généralement proportionnelle au degré d'activité de cet appareil, en ont fait une sensation interne siégeant en cet appareil, et étant à lui ce qu'est la sensation interne de la faim à l'estomac. En effet , indépendamment de ce que dans la suite de la vie, cel instinct suit le sort des organes génitaux , c’est-à-dire se prononce quand ils entrent en action, disparaît quand ls ne peuvent plus agir , il est sûr qu'il ne se fait jamais sentir, lorsque dans le premier âge on a pratiqué la castration: Däns cetie manière dé’ voir’, il serait dès-lors une véritable sensation interne : dont il faudrait spécifier le siége et la cause, mais sur laquelle on serait dans la même ignorance que sur toutes les autres sensations internes. En effet,

relativement au siége, le sentiment intime ne fait rien connaître ; aucune partie ne paraît sentir plus qu'une autre ; c’est comme une inquiétude générale. Sans doute les organes génitaux sont un peu excités ; mais ils ne le sont pas assez, pour qu'on les constitue avec certitude, le siége de la sensation; et ce qu'ils éprouvent peut dépendre de la connexion existante entre eux et le siége, quel qu’il soit, de la sensation. Relativement à la cause , elle n’est pas plus facilement appréciable que dans les autres sensations internes. On a présenté comme telle le séjour et la présence du sperme dans les vésicules séminales: mais les eunuques ont souvent des désirs; il en est de même des libertins épuisés ; et au contraire ces désirs souvent sont nuls chez des hommes robustes, mais qui ont l'habitude de la chasteté; chez la femme ce sentiment existe, et cependant dans ce sexe il n’y a pas de sécrétion spermatique. On a dit que ce sentiment annonçait le besoin qu'a l'appareil génital d’être employé, de même qu’un sentiment éclate dans l'appareil locomoteur pour nous exciter à nous mouvoir; mais, à supposer cette explication bonne, on n’en sent pas moins combien cette cause est vague, comparativement à celle de toute sensation externe quelconque.

Aussi à cause de ces difficultés, et par plusieurs autres raisons que nous allons faire connaître, beaucoup de physiologistes considèrent le sentiment dont nous traitons ici, comme un phènomène cérébral, une faculté affective, une dépendance de la psychologie de l'être. Tels sont, par exemple, Cabanis, M. Broussais, qui seulement dans leur théorie des impressions internes, en font provenir les matériaux des organes génitaux. Tel

est surtout M. Gall qui affecte une partie cérébrale, le cervelet , à sa production, et admet parmi ses facultés primitives de l'âme un instinct de la reproduction. Sans revenir ici sur les détails que nous avons donnés à cet égard , l’organe et l'instinct de la propagation étant celui que nous avons pris pour exemple quand nous avons parlé de la manière de philosopher de M. Gall, nous rappellerons seulement comme preuves justificatives de l'idée qui fait du sentiment dont nous traitons un instinct cérébral; que ce sentiment a été observé en des individus chez lesquels par un vice de conformation originelle les principaux des organes génitaux manquaient, et qu'il a persisié en des eunuques qui n'avaient été castrés qu'après l’âge de la puberté : ce sentiment ne pouvant être qu’une sensation interne, ou un instinct cérébral; et les derniers faits que nous venons de citer, le montrant existant en l’absence des organes génitaux; il faut bien qu’il siége dans le cerveau. Du reste, nous renvoyons à cet égard à ce que nous avons dit à l'article psychologie.

Quoi qu'il en soit de cette controverse, il n’est pas possible non plus de peindre par des mots ce sentiment; il faut en appeler à la conscience de chacun; mais il est bien distinct de tout autre, et bien ca ractérisé d’ailleurs par son but. Comme toute sensation interne ou toute faculté affective, il est plaisir, quand on le satisfait, peine quand on lui résiste. IL est susceptible de mille degrés, et même apte à revêtir un caractère opposé, celui du dégoût, ce qui constitue ce qu'on appelle l'anaphrodisie. On ne peut préciser son énergie; cela varie selon les sexes, les tempéramens, les constitutions individuelles, l’état de santé, de ma-

ladie: les circonstances extérieures d’alimens, de saisons , de climats ; la mesure dans laquelle on use des plaisirs de l'amour , etc. Chacun a, à cet égard, sa constitution propre; les hommes sont généralement plus ardens que les femmes; les tempéramens sanguins et bilieux plus que les Fymphatiques : certains alimens évidemment sont aphrodisiaques, tandis que d’autres sont, comme on le dit, réfrigérans : enfin , il faut surtout signaler ici la part des habitudes ; si c’est l’organisation qui d'abord les commande, les habitudes ensuite renforcent l’organisalion.

S. I. Office de l’homme ‘dans la Copulation.

Dans l’acte du rapprochement, le rôle de l’homme est d'introduire dans les parties de la femme l'organe chargé de projeter le fluide de la fécondation, c'est-àdire le penis, et d’excréter pendant cette introduction ce fluide. Mais pour que ce double objet puisse être rempli, il faut que le penis acquierre , par un phénomène appelé érection , une roideur suffisante; et c’est ce phénomène de l'érection que nous avons à décrire d’abord.

Quand l’homme est sollicité par le désir de la généralion , le penis change d'état; de mou, petit et pengros et relevé

contre l’abdomen ; ses artères battent avec force, ses

dant qu’il était d’abord, il devient roïde,

veines sont plus gonflées, la peau qui le revêt est plus colorée , sa chaleur est augmentée ; de rond qu'il était , il est devenu triangulaire; par suite de son redressement , les courbures de l’urèire sont effacées ; enfin, une légère sensation de plaisir marque le grand changement qui s’est fait en lui, et qu’on appelle érection.

Due à la dilatation active qu'a développée tout à coup le corps caverneux du penis, el à un plus grand afllux de sang dans ce parenchyme, cette érection, tantôt se fait d’une manière soudaine, tantôt ne s'établit qu'avec lenteur et graduellement. Ses causes occasionelles sont : tantôt lirritation qu'irradie sur le corps caverneux le désir ardent de la génération; tantôt celle qu’éprouve ce corps Caverneux, conséculivement à une stimulation directe du penis, ou de quelques autres organes appartenant à l'appareil génital, ou enchaînés au penis par quelques sympathies intimes. De ces causes , la première est H plus énergique ; savoir : Finfluence de la partie cérébrale, qui est le siége de l’instinct de la propagation. La subordination du penis à cette parlie est telle que, lorsque celle-ci est irritée mécaniquement, et non par les idées de volupté, l'érection se manifeste également. Ainsi, lérection est un symptôme constant des apoplexies cérébelleuses ; on l’observe fréquemment chez les pendus , à cause de 11 congestion du sang dont le cervelet est alors le siége; par la même raison, elle survient fréquemment pendant le sommeil; enfin, c’est encore parce que l’opium porte le sang à la tête, que cetle substance a la propriété de provoquer des érections ; on sait labus qu’en font les Turcs dans des vues de volupté.

Quoique indispensable pour Faccomplissenrent de la génération, Férection n’est pas un phénomène dépen dant de notre volonté; tantôt elle éclate contre notre vœu , et tantôt elle ne lui obéit pas. Plus qu'aucun autre phénomène , elle veut l'exclusion de tout autre acte, et ne souffre aucune distraction. Rien west plus remart quable que le peu de constance , le caprice en quelque

sorte, avec lesquels le penis répond aux irritations, soit directes, soit sympathiques, qui le provoquent. Quelquefois , c’est en vain qu’agissent toutes ces irritations , l’homme se trouve enchaîné au milieu de ses plus vifs désirs. Ges mécomples qui l’afiligent et le piquent, sont sans doute souvent la suite de la faiblesse ou de l’abus ; mais souvent aussi ils proviennent de trop d'amour, ou d’un sentiment de réserve et de crainte. On sait que jadis on les rapportait à une influence magique , et qu’on dirigeait les foudres de l'Eglise contre ce qu’on appelait les noueurs d’aiguillette. Par la même raison , l'érection est un phénomène très-mobile : le même instant la voit tour à tour s'établir , cesser et revenir, Elle est en général peu durable; après quelques minutes elle cesse, et laisse l'organe revenir à sa flaccidité première. Elle est aussi susceptible de degrés divers, depuis l'érection extrême dans laquelle le penis a acquis une très-grande roideur , jusqu'à cette érection comme passive dans laquelle cet organe n’a fait qu'augmenter de volume sans devenir résistant , et ne peut, ni vaincre les obstacles -qu’oppe sent à l'approche les parties extérieures de la génération de la femme , ni projeter le sperme assez loin pour effectuer la fécondation. Dans le dernier âge, elle n’est plus possible et s’est anéantie avec la faculté de reproduction , dont elle est l'acte préparatoire.

Qu'est-ce qu'est cette érection, el quelle en est la cause ? Évidemment elle consiste en une congestion du sang dans le tissu érectile du corps caverneux, de l’urètre et du gland. Nous avons vu , en effet, que les arières du penis battaient avec plus de force, que ses veines étaient plus grosses, que la peau était plus colorée. Swamerdam et de Graaf ayant coupé la verge d’un

ÿ DE LA COPULATION. 71

chien , dans le temps de l'érection , en ont trouvé le Uüssu tout gorgé de sang, et virent l'organe revenir à sa pelitesse, à sa flaccidité, à mesure que le sang en coulait. On a fait la même observation chez l'homme, dans certains cas chez lesquels l'érection s'était conservée après la mort. Enfin , Pechlin, de Graaf, M. Chaussier , ont, par des injections , provoqué des érections artificielles dans des cadavres. Nul doute donc que le penis ne soit devenu plus gros et plus roide , par suite de la plus grande quan tité de sang qui a pénétré son tissu. Mais quelle cause à déterminé eu lui cette congestion sanguine ? Il y a eu ici plusieurs hypothèses.

Les Anciens accusaient une cause mécanique , la compression de la veine honteuse interne contre la symphyse du pubis, lors du redressement de la verge vers l’abdomen : comme c’est à cette veine honteuse qu'aboutit la veine caverneuse , il devait résulter de sa céinpression stagnation du sang dans le corps caverneux , et par conséquent yonflement de son parenchyme. Les arières caverneuses élant plus solides ne cédaient pas à la pression, et continuaient d'apporter du sang. Les muscles iskio- caverneux , en redressant la verge, étaient dits causer cette compression, el étaient appelés les muscles érecteurs. Gette première théorie de léreclion est inadmissible. D'abord, tout annonce que la congestion sanguine qui la constitue est active, el non l'effet passif d’une compression : cela ne résulte-til pas et du battement des artères du penis, et de la sensation de plaisir qui précède et accompagne l’érection, et de l’augmentation de chaleur de l’organe ? En second lieu, dans les autres parties du corps où s’ob-

servent des érections, au mamelon du sein, par exemple,

on ne voit aucune compression propre à produire le phénomène. Enfin, quel que soit le redressement de la verge contre l'abdomen, jamais la veine honteuse interne n'est comprimée assez, pour entraver la circulaüon veineuse dans le corps caverneux. On avait même nié qu'elle le fût un peu, et on avait dit que les muscles iskio-caverneux, loin d'élever la verge, la tiraient en bas et en arrière : mais on était en ceci tombé dans un extrême inverse. Évidemment les muscles iskio et bulbocaverneux portent la verge en haut et en avant, surtout dans le premier temps de l'érection, quand l'organe est encore pendant; car lorsqu'il est redressé tout-à-fait, ils la tirent en bas, et lorsqu'il est dans une situation moyenne , ils n’en changent pas la direction. Il est sûr aussi qu'ils contribuent par leur contraction à l’érection, en exerçant une compression directe sur le corps caverneux dont ils embrassent les racines , eten pressant Ja veine honteuse contre le ligament périnéal. Mais il faut reconnaître, d’abord que leur contraction est convulsive , ensuite que la compression de la veine honteuse a la moindre part à la congestion de sang qui constitue l’érection.

Aujourd’hui cette congestion est dite active, eï est attribuée à l'irritation que développe le tissu érectile du corps caverneux. Cette irritation est , en effet, ce qui commence le phénomène , comme le prouve la sensation de volupté qui le précède et l’accompagne. La dilatation du tissu érectile, et l'afilux du sang dans son intérieur, ne viennent qu’ensuite et coïncidemment; et, par exemple, l’afilux du sang est si peu Ja cause de la dilatation, que celle-ci souvent le précède. D'ailleurs, touteirritalion n’a-t-elle pas pour effet

DE LA COPULATION. 73 d'appeler plus de sang dans l'organe qui en est le siége ? et n'est-ce pas surtout un phénomène propre au issu érectile? ce tissu n’a-t-il pas une organisation telle qu'il peut, ou se dilater sous l'influence d’une irritation , ou permettre l'accès d’une quantité plus grande de sang en son parenchyme ? On peut presque considérer l’érection comme une sorte de phlegmasie , mais qui n'estque passagère , et qui permet au sang, dont l’afilux a produit la congestion , de retourner sans désordres dans le torrent circulatoire. Nous n’avons pas besoin de dire que la membrane fibreuse externe du corps caverneux est étrangère à l’action; remplissant un pur oflice de contention , elle sert seulement à contenir l'érection en de justes bornes. C’est le tissu érectile du corps caverneux, de la partie spongieuse de l’urètre, et du gland , qui seul l’effectue : peut-être cependant il ÿ a aussi redressement spasmodique des lames que la membrane externe envoie dans l’intérieur du corps caverneux pour soutenir les ramifications vasculaires. Jadis, on croyait que le sang qui a afllué était épanché dans des cellules, et par conséquent était hors des vaisseaux ; mais C'était dans le temps où l’on n'avait pas saisi la véritable disposttion du corps caverneux, lorsqu'on avait méconnu qu’il consiste spécialement en des plexus veineux. Aujourd’hui on reconnaît que le sang est seulement accumulé dans ces plexus veineux. M. Cuvier, en injectant la verge de l'éléphant, MM. Chaussier, Béclard, par des injections sur l’homme, s’en sont assurés. Comment concevoir d’ailleurs la promptitude avec laquelle l'érection disparaît, dans l’idée que le sang qui la cause est dans des cellules et hors des vaisseaux? On s’est demandé, si la congestion du sang uent à un afllux plus

grand de ce liquide par les artères, ou à un spasme et à une diminution d'action des veines qui conséquemment en exportent moins, ou à ces deux causes à la fois. M. Cuvier professe cette dernière opinion, ajoutant cependant que le spasme des veines doit ÿ avoir la plus grande part, se fondant sur ce que ce sont les veines qui prédominent dans la structure du corps caverneux , et sur ce que c’est surtout aux veines que se terminent les nerfs qui sont les conducteurs de l'irritation mentale. Sans doute il faut bien une action spéciale de ces veines, puisque ce sont elles qui forment plus particulièrement le tissu érectile du corps caverneux, el que c’est ce tissu érectile qui, en vertu de l'irritation dont il est le siége, appelle en lui le sang; mais cet appel prouve que le sang artériel doit aflluer aussi en plus grande quantité, et tous les autres phénomènes qui accusent dans cet acte d’érection une exaltation de la vita lité en sont aussi la preuve.

Toutefois, par cette érection, le penis a acquis la solidité qui lui est nécessaire pour effectuer son introduction dans le canal vulvo-utérin, malgré les résistances physiques que peut présenter ce canal.

Mais pendant le séjour que cet organe fait dans les parties de la femme , il faut que soit excrété le sperme qui doit effectuer la fécondation; et voici le mécanisme de cette excrétion. L'introduction du penis étant forcément accompagnée de frottemens, qui sont l’occasion d’une sensation tactile voluptueuse, l’état d’érection persiste. L’excitation évidente dans laquelle est cet organe , se propage au reste de l’appareil. D'un côté ; le testicule augmente sa sécrélion, comme le font les glandes salivaires , lorsque la présence d’un aliment

DE LA COPULATION. 79 däns la bouche les excite; dès-lors le sperme arrivé avec plus d'abondance aux vésicules. On croit d’ailleurs que ce testicule est alors soulevé, rapproché de l'anneau, comme secoué par les contractions convulsives sympathiques du dartos et du muscle crémaster, et que le sperme qui remplit ses vaisseaux intérieurs est alors poussé mécaniquement vers les vésicules. Au moins, par ce soulèvement du testicule , le canal déférent est devenu moins long et moins flexueux. D'autre part, l'excitation saisit la vésicule elle-même; ce réservoir se contracte , et projette par le canal éjaculateur le sperme dans l’urètre. Est-ce une contraction brusque, énergique , qu'eflectue la vésicule ? ou seulement une rétraction lente , en vertu de laquelle le sperme serait amené doucement dans l’urètre, le dardement de ce fluide ne se faisant qu'’au-delà? On ne peut rien assurer; Mais comme la vésicule n’a dans sa texture rien de musculeux, qu'on ne peut déterminer en elle artificiellement aucune contraction forte, et qu’enfin une sensation de plaisir qui augmente progressivement semble marquer le passage graduel du sperme dans l'urètre , le dernier fait paraît être le plus probable. Toutefois le sperme arrivé dans l’urètre, porte par sa présence ce canal au plus haut degré d’orgasme; cet urètre se rétracte avec énergie; les muscles iskio et bulbo-caverneux , transverse du périnée et releveur de l'anus, entrent sympathiquement dans une contraction convulsive ; en même temps que les premiers maintiennent le penis redressé et dans une direction qui est en rapport avec lorifice de l’utérus au fond du vagin, ils concourent à exprimer de l’urètre le sperme qui ÿ est parvenu; el par le concours de toutes ces puissances , ce fluide est dardé, pro-

jeté au loin, avec une sensalion de volupté qui est Lx plus vive de toutes celles que l’homme peut éprouver. Tout l’appareil est dans un état d’orgasme extrême ; l’urètre a revêtu une sensibilité qui lui est nouvelle; dans tout autre temps lexcrétion du sperme ne procurerait pas la même sensation de plaisir; la volupté ressenlie est telle, que l'homme est mis momentanément hors de lui-même , et comme jeté dans une convulsion générale. L’excrétion ne se fait pas d’une manière continue, mais par Jets , par saccades. Remarquons encore en passant la bonté de la nature , qui iei comme dans la nutrition, a attaché une vive sensation de plaisir à l'accomplissement de l'acte qui était pour elle et pour nous d’un si grand intérêt. La quantité de sperme qui est projelé a été évaluée deux gros ; mais nécessairenrent cela doit varier selon le degré d’exaltation avec lequel l'acte s’accomplit, selon la constitution individuelle , le temps qui s’est écoulé depuis le dernier coït. Ons’est demandé si les vésicules séminales se vident en entier, ou si elles conservent encore un peu de sperme? on ne peut le savoir; ce qu'il y à de sûr, c’est qu’une seconde copulation peut suivre d’assez près une première. En même temps que le sperme est excrété, les sucs de la prostate et des glandes de Cowper le sont aussi : la projétion de ceux-ci s’observe même dès les premiers

+emps de l’érection et précède éjaculation proprement J ]

dite. Toute cette scène s’accomplit assez rapidement, surtout l’excrétion spermatique : cependant chez certains animaux, ceux Surtout qui n'ont pas de vésicules séminales , elle comporte un temps assez long; et, par exemple, c’est pour que le sperme ait tout le temps d’être déposé dans les parties de la femelle, que chez le

chien , qui n’a pas de vésicules séminales, le penis une fois introduit se gonfle de manière à ne pouvoir plus être retiré, que lorsque l’excrétion du sperme achevée en fera cesser l'érection.

L'éjaculation spermatique effectuée , l’éréthisme du penis cesse, les parties reviennent lentement à leur état naturel , et le rôle de l’homme dans la génération est accompli : cet être éprouve un sentiment général de langueur , d’abattement et souvent de tristesse, comme s’il sentait qu'il vient de donner l'être à ses dépens, et qu'il a diminué son fonds de vie.

$. III. Office de La femme dans la Copulation.

Chez la femme, les parties extérieures de la génération sont disposées, de manière à permettre mécaniquement l'introduction du penis ; il n’y a pas besoin chez elle de ce phénomène de l'érection , que nous venons de voir être un préalable indispensable pour l’homme, la vulve laissant libre l'entrée du canal vulvo-utérin. Ce n’est pas cependant qu'ii n’y ait à l'introduction du penis des difficultés physiques plus ou moins grandes. Ces difficultés tiennent , à la présence de la membrane hymen, à l’étroitesse naturelle du vagin , à la turgescence du tissu érectile qui garnit l'intérieur de la vulve et du vagin, turgescence qui se fait alors par les mêmes influences voluptueuses que l'érection chez l’homme , à la contraciion du muscle constricteur de la vulve : ces difficultés sont surtoutgrandes aux premières approches , et tellement que ces premières approches sont généralement douloureuses pour les deux sexes , accompagnées de quelques déchiremens et d'écoulement de sang, eruenta Ve-

nus. Mais e’est à l’homme à vaincre ces difficultés physi ques ; elles ne sont pour la femme qu’une occasion de douleur, Du reste, elles entraient dans le plan de la nature ; d’un côté , elles piquent moralement l’homme et augmentent son ardeur ; d’autre part, le penis une fois introduit dans le vagin, est mieux embrassé par ce canal: les frottemens qu’exercent sur lui les rides qui en hérissent la surface interne, entretiennent mieux sou excitation. D'ailleurs , ces résistances ne sont que légères ; il y a rapports de grandeur , de calibre entre le penis et le vagin; et les mucosités qui suintent de la surface interne de celuici, l'expansibilité dont est susceptible ce canal, permettent toujours de les vaincre.

Mais, si à l'égard de cette introduction, la femme paraît être passive , elle ne l’est pas dans lereste de l'acte; elle participe de orgasme voluptueux de l’homme. Ainsi que nous l'avons dit, il y a turgescence érectile du clitoris et de tout le tissu spongieux qui tapisse l’intérieur de la vulve et du vagin; cette turgescence se fait par le même mécanisme que l'érection chez l’homme , et par les mêmes causes , savoir , l'influence mentale du désir, et la stimulation exercée par approche elle-même. Le spasme voluptueux se continue pendant tout le temps du rapprochement , et augmentant graduellement, il arrive à un si haut degré que la femme est jetée dans un état convulsif et extatique, semblable à celui qu'a présenté l’homme lors de l'émission du sperme. Il se fait probablement alors dans les ovaires et les trompes quelques mouvemens que nous chercherons à caractériser à l’article de la conception , et qui sont les analogues de ceux qu'ont présentés chez homme les vésicules séminales et lurètre. Il est certain au moins, que la volupté vive qu'éprouve alors la femme

ne tient pas au contact du sperme qui est projeté, mais au jeu même de ses organes; car il est possible que les momens auxquels les deux individus éprouvent le plus grand spasme ne coïncident pas. IL est certain encore qu'il n’y a pas chez la femme d’éjaculation spermatique; et les fluides que quelques femmes excrètent alors ne sont que de simples mucosités vaginales.

On peut donc, à la rigueur, faire dans le rôle de la femme pour la copulation, le même partage que dans les actes par lesquels l’homme l’a accomplie. Observons cependant que les femmes présentent ici beaucoup de variétés ; chez les unes, cet acte est accompagné de sensation de plaisir ; chez d’autres, il est sans jouissance aucune , ou même douloureux. Jadis une thèse fut soutenue sur cette ridicule question : est ne fæ@mina viro salacior ? Généralement dans toutes les espèces animales le mâle est plus ardent que la femelle , et cela est vrai aussi de l'espèce humaine. On a demandé lequel des deux sexes éprouve dans le coiïtle plus de volupté , comme si l’on pouvait comparer des sensations qu’autant qu'on les éprouve soi-même. Après le coït, la femme a le même sentiment de faiblesse, de langueur et de tristesse que l’homme.

ARTICLE LL. De la Conception ou F écondation.

La copulation , dont nous venons de traiter , est le seul acte génital qui, comme commençant la reproduction , soit laissé à notre volonté. Tous ceux qui vont le suivre se produiront irrésistiblement et sans que nous en ayons conscience. C’est de même que dans la fonc-

tion de digestion , la préhension de l'aliment est un acte volontaire , tandis que tous ceux qui font suite s’accomplissent d'eux-mêmes, indépendamment de toute volonté et sans aucune perception. Gelte copulation en outre n’est qu'un acte préparatoire de [a génération; elle sert à produire la fusion, le rapprochement des matières , quelles qu’elles soient , que fournissent Fun et l’autre sexe pour la formation de l'individu nouveau ; c’est celle-ci, qu’on appelle fécondation, conception , qui est vraiment la chose importante. En effet, en beaucoup d'animaux, dans tous ceux chez lesquels l’œuf n’est fécondé qu'après avoir été pondu , il n'y a pas de copulation; et dans les animaux pour lesquels un accouplement est nécessaire, souvent il y a conceplion, bien que cet accouplement n’ait pas eu lieu, ou n'ait été effectué que d’une manière incomplète; il suffit qu'il y ait eu rapprochement d’une manière quelconque des matières que fournissent l’un et l’autre sexe, pour qu'il en résulte formation de l'individu nouveau, ou du moins d’un corps qui sera apte à le constituer après un certain nombre d’évolutions, de métamorphoses déterminées. Or, c’est de cette formation, de la conception, de la fécondation, dont nous avons à nous-occuper maintenant. Recherchons quelles sont les matières fournies par l’un et l’autre sexe, comment ces matières sont mises en contact, et comment de ce contact résulte l'individu nouveau.

D'abord la substance que fournit l’homme , et par laquelle il concourt à la géntration, est évidemment le sperme ; c’est en effet ce qu'il projette dans la copulation. Il excrète bien aussi les liqueurs de la prostate et des glandes de Gowper ; mais ces sucs n'existent pas

dans tous les animaux, et probablement ilsne servent qu’à la lubréfaction des parties ou à la dilution du sperme. Au moins, dans les fécondations artificielles que divers expérimentateurs ont faites, et dont nous devons parler ci-après, on a observé que le sperme, pour jouir de toute sa puissance fécondante , avait besoin de dilution , d’être délayé, d’être étendu dans une liqueur. Au contraire, les testicules existent en tous les animaux, et leur ablation suffit pour produire la stérilité, bien que tout le reste de l'appareil génital subsiste et puisse effectuer le coït. On peut d’ailleurs en appeler sur ceci aux animaux chez lesquels la fécondation s’accomplit à l’extérieur : on voit en eux qu'évidemment le sperme est projeté sur les œufs ; que sans l'influence de ce sperme il n’y a pas de fécondation , et que c’est par ce fluide seul qu’elle à lieu. Spallanzani examine comparativement , dans de l’eau très-limpide et hors de l’eau, des grenouilles pendant qu’elles sont accouplées ; il voit qu’au moment où la femelle pond les œufs, le mâle lance, par une pointe gonflée qui sort de son anus, une liqueur transparente qui arrose ces œufs et les féconde. Pour avoir la certitude que c’est la liqueur projetée par le mâle sur les œufs qui en a effectué la fécondation, Spallanzani habille le mâle avec une culotte de taffetas ciré , et il observe alors : d’une part, que la fécondation n’a plus lieu ; et, d'autre part, que la culotte est remplie d’assez de sperme pour qu'on puisse en recueillir. Enfin, Spallanzani imprègne un pinceau du sperme recueilli dans l'expérience précédente, et tous les œufs qu’il touche avec ce pinceau sont fécondés. Gette fécondation artificielle lui réussit , soit qu'il opère sur des œufs déjà pondus, soit qu’il agisse sur des œufs encore renfermés dans l’oviductus , soit qu’il emploie Le

sperme pur ou mêlé à d’autres liquides, du sang, de l'urine , de la bile, du vinaigre, etc. Trois grains de ce sperme lui ont suffi pour spermatiser et rendre fecondante une livre d’eau; il suffisait pour la fécondation d’un globule de cette eau, qui ne devait contenir qu’un 2,904,687,900° de grain : cependant , au-delà d’un certain degré d'extension du sperme, il vit diminuer la puissance fécondante, à mesure qu’il augmentait la quantité du véhicule. Déjà Jacobi avait fécondé artificiellement des œufs de poissons , en exprimant sur eux la laite des mâles. Comme on pouvait objecter la grande différence qui existe entre les batraciens et l’homme, Spallanzant opéra sur un animal plus rapproché de notre espèce ; il choisit une chienne de la variété des barbets, et qui avait déjà engendré plusieurs fois ; il l’enferma quelque temps avant l’époque du rut; il attendit qu’elle en présentât tous les signes, ce qui ne fut qu'après vingt-trois jours de réclusion ; et lui injectant alors dans les parties, à l’aide d’une seringue chaude à trente degrés, dix-neuf grains de sperme qu'il avait retiré d’un chien, il vit la chienne au bout de deux jours cesser d’être en chaleur, et mettre bas, au terme ordinaire, trois petits qui ressemblaient à la fois à elle et au chien qui avait fourni le sperme, Rossi de Pise, et Buffolini de Césène ont répété cette expérienceayec le même succès. Enfin MM. Dumas et Prévost, dans une suite d'expériences nouvelles sur la génération , ont aussi, avec du sperme, fécondé artificiellement des œufs de grenouille ; ayant délayé dans de l’eau le suc exprimé de plusieurs testicules, et y ayant ensuite plongé des œufs de grenouilles ; ils ont vu ces œufs successivement se gonfler et se développer ; tandis que d’auires œufs, plongés par comparaison dans de

Peau ordinaire, n’ont fait que se gonfler, et après quelques jours se sont pourris. Dans leurs expériences, ces savans ont reconnu que le mucus dont les œufs de grenouille se revêtent dans la seconde partie de l’oviductus sert à absorber le sperme, et à conduire ce fluide à la surface de l’œuf ; que, pour réussir dans ces fécondations artificielles, äl importe conséquemment que le sperme soit délayé; s’il est trop concentré, son action est moindre : ils se sont assurés enfin que ce n’est pas seulement sa partie aqueuse qui est absorbée, mais sa partie principale, puisqu'ils ont retrouvé des animalcules mouvans dans l'épaisseur du mucus et jusqu’à la surface de l’œuf proprement dit ; et nous verrons que ce sont ces animalcules qu’ils considèrent comme la partie agissante du sperme.

Il est donc certain déjà que le sperme est la matière fournie par l’homme pour la génération. Ce premier fait constaté, recherchons jusqu’à quel point de l'appareil génital de la femme ce fluide est projeté, et en quel lieu il agit. Les physiologistes ont ici émis des assertions différentes, selon le système qu'ils ont adopté sur l’essence de la génération. Selon les uns, le sperme ne parvient qu’à la partie supérieure du vagin, sans pénétrer dans l'intérieur de l'utérus ; et c’est parce que les vaisseaux du vagin l’absorbent et le portent par les voies de la circulation jusqu'à l'ovaire, ou parce qu'il dégage une émanation spiritueuse qui se propage jusqu’à cet organe, qu'il accomplit la fécondation. Quel que soit en effet le trajet que parcourt le sperme, il faut qu'il agisse sur l'ovaire; car nous allons prouver tout à l'heure que c’est à cet organe que se fait la fécondation. Selon d’autres 5 le sperme est dardé jusque dans l'utérus , mais il ne va

pas au-delà; et c’est dans cet organe que, se mêlant à la matière, quelle qu’elle soit, que fournit la femme , il accomplit la fécondation. Enfin, dans une troisième opinion, l’on dit que le sperme, porté par l’éjaculation jusque dans l'utérus, y est saisi par Ja trompe , et porté par cet organe qui est alors en érection, jusqu’à l'ovaire auquel sa portion frangée, son pavillon, sont alors appliqués.

De ces diverses opinions, la dernière est la plus vraisemblable, pour ce qui est de l'espèce humaine au moins. Dans cette espèce en effet, il est sûr d’abord que c’est à l'ovaire que se fait la conception ; les grossesses extra-utérines en sont la preuve. On a vu des fœtus se développer dans l'ovaire même ; on.en a vu se développer dans le ventre , les ovules ayant probablement échappé à la trompe au moment où celle-ci, par son pavillon , les prend dans l'ovaire pour les conduire à l'utérus ; on a vu enfin des grossesses de la trompe elle-même , les œufs s’y arrêtant et ne parvenant pas jusqu’à l’utérus. Nuck a une fois déterminé cette dernière; ayant appliqué sur une chienne, trois jours après son accouplement , une ligature à l’une des cornes de la matrice ; il trouva deux fœtus arrêtés dans la trompe, entre la ligature et l'ovaire. Ces cas insolites prouvent que c’est à l'ovaire même que s’est formé l'individu nouveau; car s’il s'était formé à des parties moins profondes , il aurait dû y être reporté, et cela n’est pas probable, car, pour quel but le serait-il ? On sait, d’ailleurs, qu’il suflit qu’une poule soit cochée une fois pour pondre vingt œufs féconds ; or ces œufs ne sont excrétés que l’un après l’autre ; ils n’ont pu conséquemment être fécondés qu'au lieu où ils étaient réunis, c’est-à-dire à l’ovaire même. A la vérité, MM. Dumas

et Prévost croient devoir conclure de leurs derniers travaux, que le siége de la fécondation est l'utérus. Ils se fondent sur les trois raisons suivantes : 1° dans leurs expériences , ils ont toujours trouvé le sperme remplissant les cornes de la matrice ; et n’est-il pas naturel dèslors de ne placer le siége de la fécondation que là où le sperme est présent et a pu agir ? 2° dans les animaux dont les œufs ne sont fécondés qu'après avoir été pondus, évidemment la fécondation se fait à wn lieu autre que l’ovaire ; 3° enfin, dans leurs expériences de fécondations artificielles, jamais ils n’ont pu féconder d'œufs pris à l'ovaire. Mais aucun de ces argumens ne me semble une démonstration. Le premier n’est qu'un fait négatif; et dans une matière aussi délicate, est- on sûr de tout voir, de ne rien laisser échapper? aller dit avoir trouvé le sperme jusque sur l'ovaire; voilà un fait positif à opposer aux observations négatives de MM. Dumas et Prévost. D'ailleurs ces expérimentateurs disent que le premier jour après la copulation, le sperme n’était qu'au milieu des cornes utérines ; que ce n'était qu'après vingt-quatre heures qu'il était parvenu à leur sommet; ils disent l'avoir vu une fois jusque dans la trompe ; or, ne sont-ce pas là des indices du transport de ce fluide au-delà de l’utérus? et, particulièrement , aurait-on jamais dû le trouver dans la trompe , si c’est à l'utérus que se fait la fécondation ? Le second argument n’est qu'une analogie dont on peut contester l'application aux animaux supérieurs ; d’après celte analogie, la fécondation ne se ferait pas même à l’utérus, mais en dehors de tous les organes. Quant au troisième argument, l'impossibilité de féconder des œufs pris à l'ovaire, d’abord MM. Dumas et Prévost con-

viennent n’avoir jamais pu détacher ces œufs sans Îes blesser, et cela a pu empêcher leur fécondation ; ensuite, Spallanzani a réussi à l’effectuer. Concluons donc que, dans les animaux supérieurs au moins, c’est à l'ovaire que se fait la fécondation; et dès-lors se trouve ruinée déjà cette première opinion, qui plaçait le siége de cette opération dans l'utérus.

En second lieu, il est également sûr que le sperme est projeté au-delà du vagin, et jusque dans l'utérus. En effet, ‘dans le coït, extrémité du penis est placée dans le fond du vagin, jusque contre l’ouverture de l'utérus ; et que servirait le rapport entre ces deux organes , si ce n’était pour que le fluide projeté par l’un pénétrât dans la cavité de l’autre ? On avait même dit que extrémité du penis s’engageait lors du coiït dans l'ori fice de l’utérus , mais cela est faux ; il est plus probable que l’orifice de l’utérus, alors à moitié ouvert et dans un état de spasme, aspire le sperme. En second lieu, l’idée que le sperme est absorbé par les vaisseaux du vagin et va par la voie de la circulation influencer l'ovaire , est inadmissible. Enfin on a des preuves directes de la pénétration de ce fluide dans l’utérus : si Fabrice d'Aquapendente , Harvey , disent ne l’y avoir pas trouvé, d’autres expérimentateurs ont été plus heureux ; par exemple, Auisch, qui l’a reconnu dans lutérus d’une femme surprise en adultère par son mari et tuée par lui ; /laller, qui l’a retrouvé dans la matrice d’une brebis tuée quarante-cinq minutes après l’accouplement ; MM. Dumas et Prévost, qui en avaient conclu , comme nous venons de le dire, que la fécondation se faisait dans l'utérus. |

Enfin , comme la conception a cértainement lieu à

l'ovaire , il faut; ou que le sperme, soit lors de la copu-lation, projeté non-seulement jusque dans l'utérus , mais encore jusqu’à l'ovaire ; ou que de lutérus , il agisse sur l'ovaire, par un aura-seminalis; où que, per une action spéciale de la trompe, il soit conduit de l’utérus à l'ovaire. La première dé ces suppositions ne peut être admise; certainement ; lors de l’éjaculation spermatique ; le fluide ne va pas jusqu’à l'ovaire, ou du moins ce n’est pas par l'influence du mâle ; les trompes ont trop d’étroitesse pour permettre d’une manière aussi mécanique la projétion du fluide. La supposition de l'aura-seminalis n’est pas mieux fondée ; car, dans les animaux chez lesquels la fécondation se fait à l’extérieur, on voit qu'il y a contact direct du sperme; et Spallanzani et MM. Dumas et Prévost , dans leurs expériences de fécondations artificielles , ont reconnu que ce contact était nécessaire , et que ces fécondations n'étaient jamais obtenues quand on soumettait seulement les œufs aux émanations du sperme. Voici l'expérience par laquelle Spallanzani constata ce résultat : il prit deux verres de montre susceptibles de s'adapter l’un à l’autre; dans l'inférieur, il mit dix à douze grains de sperme, et dans l’autre une vingtaine d'œufs ; après quelques heures , la semence s'était évaporée au point que les œufs en étaient humectés, et cependant ils ne furent pas fécondés : ils le furent au contraire dès qu’on les eut touchés avec ce qui restait de la semence. L'expérience de MM. Dumas et Prévost est encore plus concluante. Ils préparèrent cinquante grammes d’une liqueur fécondante , avec le suc exprimé de douze testicules et d'autant de vésicules séminales ; avec dix grammes de cette liqueur ils fécondèrent plus de deux cents œufs. Les quarante grammes

restans furent mis dans une petite cornue à laquelle on adapta une allonge ; on placa dans celle-ci quarante œufs, dont dix occupaient la partie la plus creuse , tandis que les autres étaient placés près du bec de la cornue ; l’appareil alors fut mis sous le récipient de la machine pneumatique , el on enleva assez d’air pour diminuer de moitié la pression atmosphérique ; on dirigea ensuite sur la panse de la cornue les rayons solaires ; la température à l’intérieur s’éleva à 25 degrés; après quatre heures on arrêta l’expérience , et voici ce qu’on trouva: les œufs qui étaient au fond de l’allonge étaient baignés dans un liquide clair, qui était le produit de la distillation ; ils s'étaient gonflés comme dans de l’eau pure; mais ils ne se développèrent pas ; il fallut pour cela les plonger dans la liqueur qui était restée dans la cornue ; les œufs qui étaient placés tout près du bec de la cornue n’éprouvèrent aucun changement. Ainsi, la partie de la semence qui avait été retirée par la distillation, n’était pas apte à féconder, tandis que celle qui restait avait conservé cette aptitude. Certes, ce fait est tout-à-fait opposé à la supposition d’un aura-seminalis. Il faut donc que le sperme aille de l'utérus à Povaire , par. la trompe. Or, voici ce qu’on croit : dans le spasme voluptueux qui existe lors de la copulation, la trompe s’érige, applique son pavillon à l'ovaire , et apporte le sperme à cet organe. aller dit qu’en injectant sur le cadavre les vaisseaux de la trompe, il a vu ce canal se comporter ainsi ; il dit avoir reconnu plusieurs fois, dans des lapines, le sperme dans les trompes et jusque sur l’ovaire. Qu’on réfléchisse d’ailleurs combien il faut peu de sperme pour la fécondation, à juger par les expériences de Spallanzani. Opposerait-on l’étroitesse des trompes ? -

mais dans les végétaux , ne faut-il pas que le pollen traverse les vaisseaux du style? et ce passage est-il moins étroit? on verra d’ailleurs la trompe se dilater assez, pour permettre plus tard le passage de l’ovule. Enfin, sans anticiper sur ce que nous avons à dire des animalcules spermatiques , il n’est pas probable, si c'est un animalcule qui fait la fécondation, que ce soit par une action de sa part que cet animalcule gagne l'ovaire; et tout annonce que c’est une action directe de la trompe, qui conduit à l'ovaire Ja portion du sperme, quelle qu’elle soit, qui effectue la fécondation.

Maintenant il faudrait caractériser l’action qu’exerce ce sperme ; mais auparavant, cherchons quelle matière de son côté fournit la femme. Ge n’est ni de l'appareil de copulation ni de celui de gestation, que provient celte m'tière, mais de l’appareil de germification. L'0vaire est en effet dans le sexe femelle, l’analogue du testicule dans le sexe mâle ; son ablation rend stérile aussi bien que celle du testicule; il en est de même de ses maladies ; il est, de tous les organes génitaux, celui qui éprouve les plus grands changemens à la puberté ; il prend alors tout à coup un tel accroissement, que son poids, qui égalait à peine dix grains, s’élève jusqu’à deux gros ; à sa surface apparaissent de petites vésicules, appelées vésicules de de Graaf, qu’on n’y voyait pas auparavant, et que la plupart des physiologistes considèrent comme devant fournir un œuf; il se flétrit aussi, et disparaît presque à l’âge critique ; nous avons vu que c'était en lui que se passait la conception ; enfin ce sont les ovaires qui vont nous offrir les plus grands changemens , immédiatement après un coït fécondant.

Fabrice d’Aquapendente , ayant tué des poules, peu

de temps après qu’elles avaient été cochées, examina leurs ovaires, et vit que parmi les petits grains jaunes, ronds , qui, disposés comme une grappe de raisin , constituent ces organes, il y en avait un qui offrait une petite tache, dans lequel se développaient des vaisseaux, qui prenait du volame , puis se détachait , était recu par loviductus , se revêtait en traversant ce canal tortueux et le cloaque de diverses couches et particulièrement d’une enveloppe crétacée , et était pondu sous la forme d’œuf. {arvey ensuite expérimentant sur des biches, des femelles de daims, fit les mêmes observations, et dit positivement que l'ovaire fournit un œuf, et qu'il n’y a d’autres différences entre les animaux sous ce rapport, sinon que chez les urs cet œuf éclôt en dehors après avoir été pondu , et que chez les autres il éclôt dans un réservoir de dépôt, une matrice. À l’appui de cette opinion, militait Fanalogie des animaux chez lesquels la fécondation a lieu à l'extérieur, et dans lesquels ce que fournissent les femelles paraît être des œufs qu’avivent les mâles en les arrosant de leur sperme.

De Graaf, Malpighi, Valisnieri Haller et beaucoup d’autres, multiplièrent alors les expériences de ce genre , soit pour vérifier cette assertion de la fourniture d’un œuf, soit pour découvrir en entier la série des changemens qu'offrent les organes depuis le moment même de la conception jusqu’à la ponte de l’œuf ou la naissance de l'individu nouveau. De Graaf expérimenta sur des lapines : une demi-heure après l’accouplement il n’apercut rien encore, sinon que les cornes de la matrice lui parurent un peu plus rouges ; après six heures, les enveloppes des vésicules des ovaires lui semblent rou-

geätres : après un jour , évidemment trois vésicules à l’un desovaires , et cinq à l’autre, se montrent altérées , sont devenues opaques, rougeâtres : après vingt-sept, quarante , cinquante heures , les cornes de la matrice et leurs conduits ont acquis beaucoup de rougeur, et l’un des conduits embrasse l’ovaire : après trois jours, l’extrémité supérieure du conduit embrasse l’ovaire, une vésicule est dans ce conduit , et deux dans la corne droite de la matrice; ces vésicules sont grosses comme des grains de moutarde, dix fois plus petites que lorsqu’elles étaient attachées à l'ovaire ; elles sont formées de deux membranes et remplies intérieurement d’une liqueur limpide. Au quatrième jour , l'ovaire n’offre plus qu’une espèce d’enveloppe, que de Graaf appelle follicules, qui semble être la capsule dans laquelle était l'œuf; celui-ci est alors dans la matrice, y a déjà grossi, et ses deux enveloppes sont bien distinctes. Y flottant jusqu’au septième jour, ce n’est qu'alors qu'il contracte avec cet organe une adhérence. Au neuvième jour , dans un point de la liqueur claire qui remplit l'œuf, de Graaf commence à apercevoir un petit point opaque, une espèce de nuage. Au dixième jour, ce point a la figure d’un petit ver. Au onzième , on distingue en lui nettement l'embryon; et à partir de cette époque, cet embryon va croissant jusqu'au trente-unième jour qu’arrive le part.

. Les travaux de Malpighi, de Valisnieri font reconnaître de même, qu’à la suite d’un coït fécondant, un corps se développe , grossit à la surface de l'ovaire , puis se rompt pour laisser échapper un corps plus petit que saisit la trompe , et que ce canal conduit dans l’utérus. ll y a seulement débats pour caractériser rigoureuse

ment ce qu'est le corps qui se rompt, et celui qui s’en échappe. Ce dernier est, selon les uns, un sperme analogue à celui du mâle; selon les autres, un œuf; enfin, selon V’alisnieri, Haigton, Haller, une substance amorphe, mais qui par des développemens successifs deviendra l'individu nouveau.

Entre ces expérimentateurs se distingue surtout HJaller, qui, faisant couvrir le même jour un certain nombre de brebis, de femelles d'animaux, les tue ensuite à des intervalles de plus en plus éloignés du moment de la copulation , afin d'embrasser toute la série des changemens par lesquels la vésicule est détachée de l'ovaire et conduite dans l'utérus. Une demi-heure après le coiït, une des vésicules de l'ovaire lui paraît faire saillie, offrir sur sa convexité une tache rouge, sanglante , et être prête à se rompre. Après une heure et plus, la vésicule est rompue, et son intérieur est comme saignant, enflammé. Graduellement, ce qui reste de la vésicule à l'ovaire , et qui semble être son enveloppe, s’épaissit, et se change en un corps de couleur jaunâtre , que Haller appelle à cause de cela corpus luteum. La fente par laquelle la vésicule s’est vidée, se voit encore quelque temps dans ce corpus luteum: mais vers le huitième jour on ne l’y voit plus. Au douzième jour, ce corps pâlit, commence à diminuer ; dès-lors il continue de le faire jusqu’au terme de la gestation, el il se réduit à la fin à un petit corps dur, jaunâtre, noirâtre , qui se laisse toujours disiinguer dans l'ovaire, ou au moins laisse en cet organe l'empreinte d’une cicatrice. Quelquefois il persiste jusqu’après l'accouchement. Son volume est d'autant plus gros, qu’on est plus près de l'instant de la conception. Au dixième jour, dans la chienne, par exemm-

DE LA CONCEPTION OU FÉCONDATION. 99 ple, il a plus de grosseur que la moitié de l'ovaire; cependant il ne provient que d’une seule vésicule. Dans les animaux multipares, il y a autant de corps jaunes que de fœtus.

Des physiologistes de notre temps , MM. Magendie, Dumas et Prévost ont aussi reconnu les mêmes faits. M. Magendie, opérant sur des chiennes , vit que trente heures après l’accouplement , les vésicules les plus grosses de l'ovaire avaient beaucoup augmenté; le tissu de l’ovaire qui les environnait était devenu plus consistant , avait changé de couleur , était d’un gris-jaunâtre : celte partie était le. corpus luteum; elle grossit les trois et quatre jours suivans, ainsi que les vésicules ; elle semblait contenir dans ses aréoles un liquide blanc, opaque, analogue à du lait. Alors les vésicules rompirent successivement la tunique externe de l'ovaire , et se portèrent à la surface de cet organe, lui adhérant cependant encore par un de leurs côtés ; leur volume était quelquefois celui d’une noisette ordinaire ; rien en elles n’annonçait un germe. Leur surface était lisse, leur intérieur rempli d’un liquide, mais qui ne se prenait plus en masse comme avant la fécondation. Pendant qu’elles étaient conduites dans l'utérus , le corps jaune restait à l'ovaire , et s’y comportait ainsi que l'avait dit Haller.

Selon MM. Dumas et Prévost, rien n’apparaît encore dans les ovaires le premier jour qui suit la fécondation ; mais dès le deuxième jour, on voit plusieurs de leurs vésicules augmenter en dimension, et elles continuent de le faire pendant les quatre ou cinq jours suivans, de telle manière que de deux à trois millimètres de diamètre qu’elles avaient, elles arrivent à en avoir huit. Du sixième au huitième jour, les vésicules se rompent, et

laissent échapper un ovule, qui le plus souvent a été inaperçu, parce qu’il n’a qu’un demi-millimètre de diamètre, mais que le microscope a fait voir nettement aux expérimentateurs dont nous rapportons les travaux. Ils appellent cette partie ovule, par opposition à la partie qui s’est développée dans l'ovaire, et qu'ils nomment vésicule. Gelle-ci offre alors à sa surface externe une fente sanglante, dans laquelle on peut glisser un stylet; et par ce moyen l’on constate que cette vésicule offre alors une cavité intérieure , qui est le vide qu'a laissé l’ovule en passant dans la trompe et la matrice. C’est au huitième jour, dans la chienne , que se fait le passage de l’ovule dans l'utérus ; tous les ovules ne passent pas en même temps, chacun ne traverse la trompe que successivement , et cela comporte un intervalle de trois à quatre jours. Arrivés dans la matrice, ils ÿ sont d’abord libres et flottans; examinés à un microscope qui grossissait douze fois les objets, ils ont paru être une petite vésicule remplie d’un liquide albumineux transparent. Observés dans l’eau , ils présentaient à leur surface supérieure une apparence mamelonnée, avec une tache blanche sur le côté ; cette tache blanche est la cicatricule. Bientôt ces ovules ont grossi, et au douzième jour on a pu reconnaître en eux les fœtus.

De tous ces travaux, on a généralement conclu que le sperme , porté par la trompe à l'ovaire , a touché une ou plusieurs des vésicules de cet organe; que par suite ces vésicules, d’abord se sont gonflées, puis ont brisé leur enveloppe, pour laisser échapper un corps quelconque , qu'on a généralement considéré comme un œuf, et qui a été conduit à l'utérus, pour y être le rudiment de l'individu nouveau. A l'ovaire est resté le dé-

bris de la vésicule, ce qui était la cupule, le péricarpe de l’ovule. Puisqu’en effet c’est à l'ovaire que se fait la conceplion , et dans l'utérus qu'a lieu la grossesse, et qu'il n’y a que la trompe qui puisse conduire d’un de ces organes à l’autre, il faut bien admettre que ce ca nal, dans un premier temps, a porté le sperme à l’ovaire , et, dans un second, a transporté le corps quelconque que fournit l’ovaire dans l'utérus. On en a d’ailleurs des preuves mullipliées : dans le spasme de la génération , toujours le pavillon de la trompe s'applique à l'ovaire ; de Graaf, dans ses expériences , l’a trouvé y adhérant vingt-sept heures encore après l’accouplement; pourquoi cette application, si ce n’est pour porter et prendre tour à tour quelque chose à cet ovaire ? M. Magendie a vu l'extrémité de la trompe appliquée à une vésicule. Les grossesses abdominales et tubaires sont surtout un fort argument; si le pavillon de la trompe laisse échapper la vésicule qu’il a saisie, il y a grossesse abdominale; si la vésicule s’arrête dans la trompe, il y a grossesse tubaire. Nous avons déjà cité cette expérience de Nuck, qui, ayant lié la trompe à une chienne, détermina chez cet animal une grossesse tubaire. Æaigton ayant coupé une des trompes à des lapines, et ayant fait ensuite couvrir ces animaux, vit qu'elles n’eurent de gestation que du côté sain; ayant fait cette section après l’accouplement , il vit que s’il opérait dans les deux premiers jours, il prévenait la descente des ovules, mais que s’il n’opérait qu'après soixante heures, les vésicules avaient déjà traversé la trompe, et la gestation avait lieu. Enfin on a une observation curieuse d’un chirurgien appelé Bussières, qui a vu un sac ovoïde, gros comme une noiselte, et contenant un embryon ;

qui était à moitié déjà engagé dans la trompe , et à moitié encore adhérant à l'ovaire. En vain opposera-t-on l'étroitesse de la trompe ; M. Magendie la vue une fois ayant dans ce cas jusqu’à un demi-pouce de diamètre. Ce n’est pas dans le moment même de la copulation que se fait ce passage; tout au plus alors la trompe conduit le sperme ; c’est plus tard qu’elle conduit la vésicule. L'époque , dit-on, diffère selon les espèces d’animaux ; c’est au troisième jour après la copulation, dans les lapines; au cinquième jour, dans les chiennes ; plus tard encore dans les femmes : M. Maygrier dit avoir observé un avortement de douze jours , et dont le produit consistait en une vésicule tomenteuse à sa surface, et pleine d’un liquide transparent. Il y a cependant dans la thèse de M. Lallement , l'observation d’une femme, qui pourrait faire croire que la vésicule de l’ovaire est saisie lors du spasme qui accompagne l’acte de la copulation; cette femme succomba au septième mois d’une grossesse extra-utérine ; elle raconta qu'ayant été surprise à l’instant du coït par un indiscret , elle éprouva tout à coup une douleur à l’abdomen , à l'endroit même où se trouva par la suite le fœtus : il semblerait que l’nnpression morale qu'éprouva la femme fit cesser tout à coup l’érectilité en vertu de laquelle la trompe saisissait la vésicule, et que celle-ci dès-lors tomba dans le ventre, Mais ce récit n’a peut-être été fait par cette femme qu'après l'événement, et il ne suffit pas pour contre-balancer tous les faits qui prouvent que ce n’est que tard que la vésicule quitte lovaire.

Plusieurs questions se présentent ici. D'abord, par quel mécanisme agit la trompe, soit pour conduire le sperme de l'utérus à l'ovaire, soit pour transmettre

Ja vésicule de l'ovaire à l’utérus? On a dit ce canal de texture musculeuse, et contractile à volonté : ces deux assertions sont également fausses; il est plus probable que cet organe opère par une action d'éreclilité provoquée par l'orgasme dans lequel sont alors toutes les parties génitales.

En second lieu , est-ce le hasard qui décide celle des vésicules de l'ovaire qui est fécondée ? ou en est-il une qui, par une sorte de maturité, se prépare à la fécondation. Ce dernier fait paraît certain des ovipares : MM. Dumas et Prévost, ont reconnu que les vésicules des ovaires de grenouilles étaient de diverses grosseurs ; et que les plus grosses étaient celles qui étaient pondues immédiatement, tandis que les plus petites ne l’étaient que dans les années subséquentes. Dans tous les animaux chez lesquels les œufs ne sont fécondés qu’à l'extérieur, et après avoir été pondus, ces œufs sont évidemment préparés pour la ponte. Enfin , si dans les oiseaux, jamais les œufs ne peuvent être fécondés après la ponte, au moins celle-ci peut se faire d'elle-même, indépendamment de toutes approches ; beaucoup d’oiseaux, quoique vierges, pondent. Mais se passe-t-il quelque chose d’analogue dans les vivipares? plusieurs physiologistes le croient. Déjà Buffon avait dit que le corps jaune de //aller , au lieu d’être le débris de l'ovule , en était le rudiment ; qu’il était préexistant à la fécondation , etqu’il l’avait trouvé dans des filles vierges. Depuis, Cruiskanck a dit avoir signalé sur des ovaires de lapines vierges tous les changemens relatifs à ce corps jaune ; et Valisnieri, Santorini, Bertrandi, M. Home surtout, l'ont dit aussi de l'espèce humaine. Voici ce que professe ce dernier sur la question dont il s’agit ici.

À la puberté, apparaissent tout à coup à la surface des ovaires , des vésicules qu’on n’y avait pas aperçues d’abord. Dans les femelles des animaux , au temps du rut, et dans les femmes, à des époques indéterminées, on voit tout à coup l'ovaire devenir vasculaire, et développer un corps jaunätre, glandiforme, arrondi, très-vasculeux , lobuleux ou formé de circonvolutions mollasses qui saillent à sa surface comme un mamelon. Dans Îa femme et les animaux unipares , ce Corps est unique et gros comme la quatrième ou cinquième partie de l'ovaire ; dans les animaux multipares, il est multiple el pelit à proportion. À un certain degré de grosseur , 1l se crève, et laisse échapper une substance qu’on ne connait pas ; la crevasse se remplit d’un sang qui se coagule; le tout ensuite est successivement résorbé, et à la fin il ne reste sur l'ovaire qu’une cicatrice. Ces phénomènes se répètent à toutes les époques du rut chez les animaux , et dans tous les temps chez la femme jusqu’à l’âge critique. Pendant que des vésicules, par une sorte de maturité, se développent ainsi dans les ovaires, les trompes sont en turgescence, en érection; leurs franges sont appliquées à l'ovaire, probablement pour recueillir ce qui échappera de l’intérieur de la vésicule ; leur attache à l'ovaire est telle, qu’on les déchirerait plutôt que de les en séparer, Ainsi , les femelles des vivipares rejetteraient continuellement des œufs inféconds,comme celles des ovipars; el la fécondité dépendrait de la coïncidence de vésicules mûres avec la copulation. Ainsi, ce qu’on avait pris jadis pour des effets de la fécondation, pourrait bien n’en n'être que les conditions. M. Home assure avoir trouvé dans des ovaires de femmes grosses , avec le corps jaune provenant de la fécondation qui avait donné lieu à la gros-

DE LA CONCEPTION OÙ FÉCONDATION. ga sesse , plusieurs autres corps jaunes qui semblaient préparés pour les fécondations à venir; ceux-ci seulement différaient du premier , en ce qu’ils n’offraient aucune déchirure, l’œuf étant encore dans leur intérieur. Haigton , dans son expérience de la section d’une des trompes pour empêcher toute geslation de ce côté, trouva cependant des corps jaunes sans déchirure dans l'ovaire isolé.

Enfin, on s’est demandé encore si la vésicule en traversant la trompe ne s’esl pas modifiée , n’a pas acquis quelques parties nouvelles, à l'instar de ce qui est des œufs des ovipares. Gelui des batraciens se revêt dans la seconde partie de la trompe , d’une couche de mucus épaisse d'un millimètre ; ceux des oiseaux ne sont à l’ovaire composés que du jaune et de la cicatricule ou embryon, et c’est dans l’oviductus et le cloaque qu'ils se revêtent des blancs et de l’enveloppe crétacée. Mais il est difficile de répondre à ce fait pour ce qui regarde l'espèce humaine , et d’ailleurs nous reviendrons là-dessus en faisant l’histoire de la vésicule elle-même et de ses développemens.

Telest l’état de nos connaissances actuelles sur ce que la femme fournit dans l’acte de la génération. Maintenant il faudrait caractériser quelle espèce d’action exerce le sperme sur les vésicules de l'ovaire , et comment de cette action résulte l'individu nouveau. On sent que c’est dans cette double connaissance que réside le mystère de la conception. Or, on est en ceci dans une ignorance absolue : on ne sait rien, sinon que le contact du sperme%est une condition nécessaire pour cette étonnante action. D'abord l’action est toute moléculaire , conséquemment échappe aux sens, et son résultat est

ce qui seul annonce qu’elle a eu lieu. Ensuite l'essence

de cette action n’est pas plus pénétrable que celle de foule autre; et tout ce qu’on peut en dire, c’est qu'à l'instar de toutes les autres actions de l’économie humaine , elle exige l'intégrité , la vie des parties qui l’accomplissent; et qu'opposée à toute action physique et chimique de la nature, elle doit être dite organique et vitale , et partant, être déclarée inconnue. D’une part, il faut intégrité et du sperme et des vésicules de l'ovaire, pour que la fécondation ait lieu. D’autre part, il n’y à ici aucune application physique possible; soit qu’on admette la théorie dite de l’épigénèse, dans laquelle on croit que l'individu nouveau se forme de toutes pièces par le mélange de ce que fournit l’un et l’autre sexe ; soit qu'on admette celle dite de l'évolution, dans laquelle l’un des sexes est dit fournir le germe, qui à la suite de divers développemens constituera l'individu nouveau. Dans le premier cas, quelle force chimique peut-on invoquer? est-ce une précipitation, une cristallisation ? Dans le second cas, est-il davantage possible de concevoir physiquement ou chimiquement, et ce qu'est un germe, et ce qu'est l’avivement qui serait imprimé à ce germe ? II s’agit ici du passage de ce qui n’est pas vie à ce qui est vie; et ne connoissant de la vie que son opposition avec la nature générale , ignorant la modification qu'ont subies les forces générales pour produire les phénomènes vitaux, on doit ignorer ce qu’est le phénomène de la fécondation. C’est une action toute aussi inconnue et encore plus incompréhensible, que toutes les actions vitales que nous avons examinées jusqu'ici. Quelques efforts qu’aient fait les hommes pour la pénétrer, ils ne sont arrivés qu’à des conjectures plus ou moins spécieuses. Nous devons néanmoins

rappeler brièvement les hypothèses qui ont été faites à cet égard ; elles ont occupé trop de place dans la science pour que nous les passions sous silence; et d’ailleurs elles nousserviront à approfondir davantage quelques faits.

Comme on le conçoit, les théories diverses sur la génération ont dàù dépendre, des idées qu’on a adoptées sur la nature du sperme, et sur celle de la matière fournie par l'ovaire. Relativement au sperme, les uns l’ont dit un fluide formé des élémens de chacune des parlies du corps humain, et destiné conséquemment à reformer chacune de ces parties ; les autres l’ont considéré comme le véhicule d’animalcules destinés à devenir à la suite de plusieurs métamorphoses l'individu nouveau, ou à en constituer l'élément principal, le système nerveux : la plupart enfin l’ont dit un fluide dont l'office unique était d’aviver un germe, d'imprimer à ce germe le mouvement de vie et de développement. Relativement à la matière fournie par l’ovaire, mêmes dissidences; c'est une vésicule pleine d’un sperme, formée comme celui du mâle des élémens de chacune des parües du corps, disent les uns : c’est une vésicule destinée à servir de nid à l’animalcule spermatique, ou à lui fournir de la matière nutritive. disent les autres : ceux-ci en font une substance amorphe, mais ayant cette nature gélatineuse qui la rend apte à recevoir la cause de la vie, à développer le mouvement vital : ceux-là en font un germe, un œuf préexistant dans la femelle , ayant l'aptitude à former, sous l'influence fécondante du sperme, un individu semblable à celui qui l’a fourni. De là , tant de systèmes divers sur la génération; on en compte plus de 200 ; mais tous peuvent être ramenés à deux, le système de l'épigénèse, et celui de l’évolution.

1° Système de l'épigénèse. Dans ce système, on admet que l'individu nouveau est formé de toules pièces, par le rapprochement de molécules qui avaient d'avance Ja disposition propre à le constituer, ou qui soudain l'ont recue : une force inconnue en elle-même, mais différente des forces générales de la matière, puisqu'elle à pour résultat la création d’un être vivant, appelée tour à tour force cosmique, plastique , essentielle, nisus formativus, force de formation, a présidé à ce rapprochement, et même a donné aussitôt à l'être nouveau toutes ses parties avec leur coordination et leurs propriétés. Du reste, les auteurs ont beaucoup varié dans la manière dont ils ont concu l’épigénèse; d'autant plus qu’ils ont voulu faire l'application de ce système, nonseulement à la reproduction journalière des êtres vivans actuels, mais encore à leur origine première.

Ainsi, pour commencer par ce qui est de ce dernier objet, rappellerons-nous cette théorie des philosophes grecs Leucippe et Empédocle, qui disaient que lunivers avait été primitivement un composé d’atomes errans dans un vide infini, et que tous les corps qui y existent aujourd'hui ont été formés par la réunion fortuite de ces atomes? à raison du nombre infini de ces atomes, et des combinaisons également in finies qu'ils ont dû former, furent produits sans doute beaucoup d'êtres incapables de prolongerleur existence ; mais il s’en forma aussi quelques-uns capables de pouvoir continuer de vivre, et ce sont ceux-ci que nous voyons aujourd'hui. Malgré l’absurdité de cette hypothèse, des Modernes l'ont accueille; par exemple , Bourguet, qu dit que les cristaux décèlent un commencement d'organisation, et que les premiers êtres orga-

nisés ont été formés de même que ces cristaux, par une sorte de cristallisation et de précipitation chimique. Tout ce que l’on sait de la différence des corps inorganiques et organiques sous les rapports de la structure et des actions, ne permet pas qu’on accueille ce rapprochement. Parlerons-nous de ces savans qui, par la supposition d’une force occulte, croient avoir surpris le secret du Créateur, et avoir franchi l’abîme qui arrête ici notre raison? de Needham qui admet sous le nom de force végétatrice, une puissance chargée de Ia formation et du gouvernement du monde organique; de Wolf, de Blumenbach, qui admettent de semblables forces , sous les noms de force essentielle, de nisus formativus? il est trop évident que ces savans ne font qu’exprimer le fait, et que restant sur la connaissance de la chose dans la même ignorance , ils se sont payés d’un mot. Dans ces derniers temps, M. Lamarck à abordé aussi cette question , et voici ses idées à cet égard. Les premiers êtres organisés furent formés de toutes pièces par une véritable génération spontanée ; ils durent l'existence à l'influence d’une cause excitatrice de Îa vie, probablement fournie par le milieu ambiant, et consistant dans la lumière et le fluide électrique. Dès que celte cause rencontra une matière de consistance gélatineuse, assez dense pour pouvoir retenir des fluides, elle l’organisa en tissu cellulaire, et un être vivant fut fait. C’est ce quiarrive encore tous les jours, dit le savant d’après lequel nous parlons, à l'extrémité de chacun des règnes végétal et animal. Cet être dès-lors manifesta les trois facultés de la vie, nutrition, accroissement et reproduction; mais il ne les manifesta que dans les modes les plus simples. Bientôt il se compliqua, car

le propre du mouvement vital est de tendre toujours à composer davantage l’organisation, à créer des organes particuliers , à diviser et mulüplier les divers centres d'activité; et la reproduction ensuite conservant constamment tout ce qui avait été acquis, de cette manière se formèrent successivement des espèces nombreuses et diverses , jouissant de facultés de plus en plus étendues. Ainsi, dans ce système, la nature n’a créé directement que les premières ébauches de la vie; ce n’est qu'indirectement qu’elle participe à l’existence des corps vivans plus composés; ceux-ci proviennent des premiers à la suite d’un temps énorme , de changemens infinis , et d’une composition toujours croissante dans l’organisation, la reproduction conservant toutes les modifications acquises , tous les perfectionnemens obtenus. Ainsi, un seul et même acte aurait suffi au Créateur, pour produire la série si variée des êtres vivans, et pour y ajouter encore. Mais il n’est pas de notre sujet de nous égarer davantage dans ces profondeurs ; arrivons aux applications faites de l’épigénèse à la reproduction des êtres vivans actuels.

Hippocrate admettait que chacun des deux sexes possédait deux semences, qui étaient l’une et l’autre le superflu de leur nourriture, et des fluides constitués par des matériaux provenant de toutes les parties de leur corps, et surtout des plus essentielles, des parties nerveuses : de ces deux semences, la plus forte engendrait les mâles, et la plus faible les femelles. Dans l'acte de la génération, ces semences se mélangeaient dans l’utérus , et par l'influence de la chaleur de cet organe, formaient, par une sorte de cristallisation animale, le nouvel individu : celui-ci était un garcon ou une fille,

selon que c’étaient les semences fortes ou faibles qui prédominaient : ippocrate ne dit pas ce qui arrivait quand il y avait prédominance de la semence forte de l’un des sexes , et de la semence faible de l’autre. Gette hypothèse se réfute d’elle-même ; l’existence des deux semences dans l’homme est un fait faux ; celle d’une semence dans la femme est justement ce qui est en question; certainement au moins, la scène ne se passe pas dans l’utérus, mais à l'ovaire; que dire de cette idée qui fait provenir les semences de toutes les parties du corps? Tout, dans cette théorie, montre l’imagination faisant des suppositions, sans même s'inquiéter si ce qu'elle suppose est en rapport avec ce qu'on a pénétré des phénomènes.

Aristote est aussi peu positif. Ge n’est pas par une semence que la femme sert matériellement à la génération , mais par le sang de la menstruation; ce sang est ce qui forme la base de l'individu nouveau, et c’est le principe de lindividu mâle qui lui imprime le mouvement vital et le façonne. Dans un style métaphorique, Aristote dit que le sang menstruel est le marbre, le sperme le sculpteur , et le fœtus la statue. Si ces deux grands hommes, Aippocrate et Aristote, n’avaient jamais procédé que de cette manière dans les sciences, ils n’auraient pas acquis les droits éternels qu’ils ont à notre reconnaissance et à notre admiration.

Beaucoup de Modernes ont adopté la théorie d’Æippocrate, en la modifiant seulement selon les idées scienüfiques de leur temps. Ainsi, Descartes dit que c’est consécutivement à un mouvement de fermentation qui s’élablit dans les semences de l’un et l’autre sexe, que se forme l'individu nouveau. Paschal, admettant que la

semence du mâle est acide , et celle de la femelle alkaline, dit que ces deux semences se combinent en raison de cette diversité de nature , pour constituer l’être nouveau. Maupertuis avance que, dans chaque semence, existent des parties propres à former chacun des organes du corps, et que, lors du mélange de ces semences dans la génération, chacune de ces parties s’attire et s’aggrège par une sorte de cristallisation. Buffon lui-même, par son fameux système des molécules organiques, ne fit que ressusciter les idées d’{ippocrate. Selon cet éloquent naturaliste, il existe dans la nature deux sortes de matières, une vivante et une morte. La première, à jamais permanente dans son état de vie, consiste en une infinité de petites particules incorruplibles , qu’il appelle molécules organiques. Ces molécules, en se combinant en plus ou moins grande quantité avec la matière morte, forment tous les corps organisés ; el sans jamais se détruire , elles passent sans cesse des végétaux aux animaux par la nutrition de ceux-ci, et retournent des animaux aux végétaux, par la mort et la putréfaction des premiers. Leur quantité dans l'univers est à jamais déterminée. D'un autre côté, les divers végétaux et animaux forment comme autant de moules divers dans lesquels se rassemblent les molécules organiques. D'abord, ces êtres ne font servir celles-ci qu’à se nourrir et se développer; mais quand ils ont acquis tout leur développement, ils renvoient en dépôt, dans leurs organes génitaux , les molécules organiques superflues, cependant après que ces molécules ont dans chaque partie du corps , revêtu la forme de cette partie. C’est ainsi que se forment les semences de l’un et l’autre sexe , et que ces semences sont des extraits de toutes Îss

parties du corps. Enfin , comme ces semences ne peuvent à elles seules engendrer un individu nouveau, elles se mélent dans la génération ; et alors, la même force qui assimilait ces molécules organiques aux parties du corps pour nourrir et faire croître celles-ci , les fait s’aggréger, pour constituer un être nouveau. Selon que dans le mélange prédominent les molécules du mâle ou celles de la femelle, le fœtus est un garçon ou une fille. Dans ce système , se nourrir, se développer et se reproduire, sont des effets d’une seule et même cause: on s’explique pourquoi la génération n’est possible qu'après l’âge du développement ; pourquoi son abus maigrit et épuise ; pourquoi, au contraire , les eunuques , les animaux mutilés sont plus gras. Si les fœtus ressemblent tantôt à leur père , et tantôt à leur mère, c’est que tour à tour, chacun de ces deux individus fournit plus de molécules organiques ; et si généralement dans l'espèce humaine, il naît plus de garcons que de filles, c’est que les femmes, genéralement plus faibles, fournissent une semence plus faible aussi, ou en fournissent une moins grande quantité. Selon Buffon, enfin, les animalcules spermatiques ne sont que les molécules organiques , et la vésicule de l'ovaire, la capsule portative de la semence de la femme. Malgré tout le talent que ce grand écrivain mit dans l'exposition de ce système, il est trop contraire aux faits pour être adopté. Les molécules organiques sont une supposition gratuite ; il n'yapas deux matières dans la pature ; la matière organisée n’est que la matière géné rale que la vie a modifiée; et sans cesse on voit cette matière organisée se detruire , et'au contraire la matière générale s'organiser. D'autre part, quelle idée vague que celle des moules formés par les divers végétaux et

animaux | Est-il sûr que la vésicule de l’ovaire contienne une semence ? Ces semences, surtout, sont-elles formées d'autant de molécules diverses qu’il y a d’organes particuliers dans le corps humain ? Où est la preuve d’une pareille assertion ? Si cela est, pourquoi des individus qui ont éprouvé une mutilation quelconque , engendrent-ils des enfans bien conformés? D’où viennent dans ce cas les molécules des parties nouvelles dont étaient privés les parens ? D’où viennent celles qui forment les parties annexes des fœtus ?

2° Système de l’évolution. Dans cette autre théorie, il est dit que l'individu nouveau préexiste sous une forme quelconque dans l’un des sexes , et, qu’avivé par l’autre dans l’acte de la génération, il commence dès-lors à éprouver la série des développemens qui doivent l’amener à former un individu indépendant. Les physiologistes n’ont pas moins varié dans l’exposition qu'ils ont faite de ce système, et l’on peut à son égard les partager en deux sectes , les ovaristes et les animaleulistes.

Les ovaristes professent que ce que fournit l’ovaire est un œuf; et ils définissent l’œuf une partie organisée, formée d’un embryon et d’organes particuliers destinés à servir à la nutrition et aux premiers développemens de cet embryon, apte à devenir , après une série de développemens, un individu semblable à celui dont elle provient. Tandis que les partisans de l’épigénèse faisaient remplir aux deux sexes un rôle également important dans l'acte de la génération , les ovaristes attribuent le premier rôle au sexe femelle , et disent que c’est plus particulièrement lui qui constitue les esxeces. Il est certain qu'en beaucoup d’espèces animales, la reproduction n’exige qu’un seul'individu , et il est plus naturel

de croire cet individu femelle , que de le dire mâle. Ce système des œufs a dà être inspiré par l'observation des nombreux animaux ovipares ; chez eux, ce que fournit la femelle pour la génération est évidemment un œuf; et chez beaucoup d’entre eux, cet œuf est poadu avant le rapprochement des deux sexes, et est fécondé à l’extérieur. Il était dès- lors naturel d’étendre par analogie cette disposition aux.autres animaux ; et c’est ce que Harvey fit le premier quand il posa cet axiome : omne vioum ab ovo, Plus tard, Stenon , adoptant cette analogie , donna le nom d’ovaires aux testicules des femelles ; et ensuite les travaux successifs de de Graaf, de Malpighi, de Valisniceri, de Bonnet, de Spallanzant, etc. , sur la vésicule fournie par l'ovaire , et la marche de cette vésicule à travers la trompe, et son arrivée dans l’utérus, parurent donner de ce système une démonstration directe.

On invoquait d’ailleurs à son appui les considérations suivantes : 1° la préexistence du germe à la fécondation dans beaucoup d'êtres vivans. Dans les plantes, par exemple, la graine existe en rudimens dans la fleur, bien avant que le pollen, destiné à effectuer la fécondation, soit arrivé à sa maturité. L’œuf préexiste de même danses oiseaux , à tel point que des oiseaux vierges pondent. Cela est encore plus évident dans beaucoup nl poissons , dans les reptiles batraciens, chez lesquels l'œuf n’est fécondé qu'après avoir été excrété. Spallanzani d’ailleurs a signalé la présence de têtards dans des œufs de grenouille non fécondés, et Haller a fait la même remarque dans l’œuf, à l'égard du poulet; du moins il à vu que les œufs de poule non fécondés contenaient un jaune, et comme le jaune selon lui n’était

qu'une dépendance de l'intestin du fœtus, il en résultait que si le jaune préexiste , le poulet préexiste aussi. 2° La particularité qu'offrent quelques espèces animales de voir une seule copulation féconder chez elles plusieurs générations successives. Ge fait extraordinaire est réel en certaines espèces. Par exemple, chez les pucerons, l'effet d’une fécondation s’étend jusqu’à neuf générations , et chez les monocles , jusqu’à la quinzième. Or, pour que ces diverses générations aient pu ainsi être fécondées , il fallait bien, disait-on , que les germes dont elles proviennent préexistassent dans la première. 5° Les emboîtemens naturels et accidentels. L'oignon de la jacinthe offre déjà les rudimens de la fleur qu’il doit fournir; dans les bourgeons des arbres on signale, mais repliées sur elles-mêmes et beaucoup plus petites, les branches , les feuilles, et les fleurs ; dans les mâchoires de certains animaux, se voient les germes de plusieurs séries de dents; la volvoce, animal transparent, Jaisse voir dans son intérieur plusieurs petits emboftés les uns dans les autres ; qui n’a vu un œuf contenu dans un autre? enfin, on a trouvé déjà plusieurs fois des fœtus humains dans des corps d'hommes ; et nul fait de ce genre n’est plus remarquable et mieux constaté que celui de ce garçon de Verneuil, en Norrandie, appelé Bissieu, qui vécut jusqu’à l’âge de quatorze ans, et dont M. Dupuytren a consigné l'histoire dans les bul- Jetins de la Faculté pour l’année 1804. 4° Les métamorphoses. Dans les insectes et les batraciens, qui sont les animaux qui nous offrent les métamorphoses les plus saillantes , on voit que les formes qu'ils nous présentent successivement, sont évidemment emboîtées les unes dans les autres; par exemple; dans la chrysalide se dis-

tinguent déjà les linéamens de la forme future du papillon , et dans la chenille, se voyaient déjà ceux de la chrysalide : la grenouille aussi se laisse déjà voir sous la peau du têtard. 5° Les deux considérations précédentes ne fondaient que des analogies plus où moins spécieuses; il n'en est pas de même des expériences de fécondations artificielles, faites d’abord par Swamerdam sur des grenouilles , par Roësel sur d’autres reptiles , et que Spallanzani répéta ensuite avec tant de succès, comme nous l’avons vu; elles semblaient constituer une démonstration directe, d'autant plus que la quantité de sperme employée dans ces expériences paraissait trop pelite pour former l’individa nouveau, et être autre chose qu'un fluide d’avivement. 6° Enfin les ovaristes arguaient des reproductions partielles qu’offrent plus ou moins tous les êtres vivans. Îl est certain que tous Les animaux peuvent plus ou moins reproduire les parties de leur corps qu'ils ont perdues, mais d’aulant moins qu'ils sont plus élevés dans l'échelle. Ainsi les mammifères et les oiseaux ne régénèrent guère que les pièces cornées de leurs enveloppes tégumentaires, les poils, les ongles, les plumes : déjà certains reptiles reproduisent leur queue , les lézards, par exemple; les crustacés repoussent leurs pattes ; le limacon , sa tête; le ver de terre reproduit sa tête et sa queue; les étoiles de mer, les oursins et autres radiaires, régénèrent les filamens qui “eur ont été arrachés ; enfin, dans le polype, ceite puissance de reproduction est portée au point, que cet être étant coupé en plusieurs morceaux, chacun de ces morceaux régénère ce qui lui manque et devient un individu parfait. Pour expliquer ces faits, les ovaristes disaient que chaque partie avait en elle-même des germes des-

tinés à la reproduire, et n’attendant pour cela que des circonstances. favorables; et ils appuyaient cette singulière idée sur ce que l'on voit quelquefois les parties perdues se reproduire doubles. Mais cet argument est bien loin d’avoir la force des précédens , et même il peut à meilleur droit être invoqué par les sectateurs de l’épigénèse.

Cependant on faisait aussi quelques objections à ce système : 1° la ressemblance des fœtus avec les pères : les ovaristes , à la vérité , expliquaient cette ressemblance par l'influence qu'exerce le sperme fécondateur : ils disaient que, hors d’état de spécifier en quoi consiste cette influence , il leur était impossible surtout de la limiter et de fixer le terme auquel elle s'étend; ils ajoutaient que la ressemblance avec les mères ést encore plus fréquente et plus étendue. Mais il est quelques ressemblances qui semblent contredire l’idée d’un germe préexistant; par exemple, celles qui portent sur quelques monstruosités. On a vu des hommes sex-digitaires donner le jour constamment à des enfans également sexdigitaires. Faudra-t-il admettre, avec les ovaristes , des germes originairement monstrueux ? Certaines grossesses COMPOsÉes , doubles , ou triples, ont paru l’être par la seule influence paternelle; 2° on objecta le mélange possible des diverses espèces vivantes. Dans le règne végétal , le mélange entre des espèces différentes est fréquemment observé, et donne lieu à ce qu’on appelle des plantes hybrides. I en est de même dans le règne animal, quoique avec moins de fréquence et de généralité : on connaît dans notre économie rurale le mulet et le bardot, qui sont des produits de l’âne et de la jument, du cheval et de l’ânesse ; des métis sont fré-

quemment obtenus chez les oiseaux, entre le serin et Je chardonneret, etc. Enfin, si on marie une femme blanche avec un nègre, l'enfant est déjà un peu nègre ; et si les générations successives de cette femme sont unies continuellement à des individus de la race nègre , leurs produits s’éloignent de plus en plus de leur souche primitive, et finissent par être des nègres parfaits. Or, ces faits qui montrent tous la grande influence qu'ont les pères sur les qualités des fœtus, ne sont-ils pas au tant de contradictions au système des œufs préexistans ? Les ovaristes répondaient : d’abord, que ces accouplemens irréguliers ne sont guère possibies qu'entre des espèces et des variétés fort rapprochées , et qu'on ne les a jamais observés entre des espèces un peu distantes , par exemple, entre l’homme et tout autre animal : en second lieu, qu'ils ne sont pas dans le vœu de la nature, et exigent toujours , pour être obtenus, les efforts de l’homme: on ne voit pas, en effet, dans nos bois le lièvre et le lapin s’accoupler, malgré le rapprochement qui existe entre ces deux espèces : enfin, que si ces métis sont laissés à eux-mêmes, dans les généralions süc- cessives ils reviennent tous à la tige maternelle; Kolkreuther ayant fait des hybrides avec des espèces de nicotiane, des œillets, des jusquiames , a vu que pour les empêcher de revenir à la tige maternelle, il fallait à chaque production nouvelle recourir à une aspersion - nouvelle de pollen. Cette objection d’ailleurs rentrait dans la précédente, étant relative aussi à la grande influence exercée sur les produits par bs pères : et cette influence , les ovaristes, loin de la nier. l’expliquaient par l'influence du sperme fécondateur: 3° enfin, à ce système des œufs préexistans, on a opposé et on oppose 4. ë

encore aujourd'hui les changemens , que la suite des siècles apporte sans cesse dans les espèces végétales et animales qui vivent à la surface de notre globe. Déjà Linnœus avait émis l’idée hardie, que de son temps il existait plus d'espèces de végélaux que dans les temps anciens, et qu’ainsi il s'était formé de nouvelles espèces végétales. Wildenow a adopté cette idée de Linnœæus. Bonnet, quoique sectateur zélé du système des œufs , a pensé aussi que les espèces vivantes se modifiaient avec le temps. Enfin aujourd'hui M. Lamarck professe, que les végétaux el animaux changent continuellement par les influences des climats, des alimens, les effets de la domesticité, le croisement des races. Si les espèces actuelles nous paraissent constantes, c’est, dit-il, que les climats, toutes les circonstances qui modifient ces espèces , n’agissent sur elles qu'après un temps énorme ; et qu’ainsi il faudrait beaucoup de vies d'hommes pour assister à ces modifications et les constater. Selon lui, les effets bien avérés des climats, des alimens , etc. , sur les végétaux et animaux, ne permeltent pas de nier théoriquement ces mulations : él, Ce qu'on appelle en histoire naturelle les espèces perdues , ne sont peut-être que nos espèces actuelles avant qu'elles n’eussent été modifiées. Cette opinion de M. Lamarck est d’ailleurs en harmonie avec celle qu’il a émise relativement à l’origine des êtres organisés : le mouvement vital ayant, selon lui, pour attribut, de compliquer toujours de plus en plus l’organisation ,Uya nécessité que les espèces aillent aussi en changeant sans cesse. Or, ce fait, s'il est vrai, est encore contradictoire à l’idée d’un œuf préexistant. Mais les ovaristes répondent; que ce fait de la mutabilité des espèces est loin d’être rigoureusement démontré ; qu'é-

videmment on peut reprocher à M. Lamarck quelque exagération, comme quand on le voit faire provenir de l'exercice presque toutes les parties de l'organisation des animaux; et qu’enfin , en admettant cette mutabilité des espèces, on peut concevoir que l’œuf préexistant est modifié aussi avec le reste du corps,

Du reste , les auteurs de ce système, les ovaristes, offrirent entre eux trois principales dissidences. Les uns professèrent que les œufs ou germes étaient disséminés dans tout l’espace , el ne se développaient que quand ils rencontraient des corps capables de les retenir et de les faire croître, c’est-à-dire qui fussent semblables à eux. L'univers actuel n’était que le développement de beaucoup de germes primitifs, formant dans leur ensemble un univers en petit. C’est ce qui fonda le système de la dissémination des germes, ou de la panspermie, que son absurdité a fait universellement rejeter. Les autres établirent que les germes sont renfermés les uns dans les autres, et successivement tirés de leur torpeur et appelés à la vie par l'influence de la liqueur séminale ; de telle sorte que non-seulement l’ovaire de la première femme contenait les œufs de tous les enfans qu’elle à faits; mais encore qu’un seul de ces œufs contenait la race humaine toute entière. C’est ce qui constitue le système de l’emboitement des germes, dont Bonnet a été Je plus ardent défenseur. Mais l'esprit, avec raison, s'effraie de cet emboilement prétendu; où en sera le terme ? il suppose la matière, divisible à l'infini; et , si pour échapper à cette dernière objection, on dit que les êtres vivans actuels doivent finir un jour, el qu’ainsi on doit à la fin arriver à des œufs qui n’en contiendront plus d’autres, il reste toujours à dire comment la pre-

GS

mière reproduction s’est faite. Enfin, les plus judicieux des ovaristes établirent que chaque individu fait ses œufs par une sorte d'action sécrétoire": le fait des générations gemmipares , dans lesquelles on voit la surface externe du corps pousser des bourgeons reproductifs ; ainsi que celui des nombreuses reproductions de parties dans les divers êtres vivans, leur parurent confirmatifs de cette idée,

En 1674, Ham et Lewenhoeck d’une part, et Hartsækéer de l'autre, ayant découvert dans le sperme des animaux une quantité prodigieuse de petits corps mouvans et qui leur paraissaient animés , cette découverte donna naissance à un nouveau système sur la génération, celui des animalcules spermatiques. On admit que ces animaleules , à la suite de plusieurs métamorphoses , formaient l'individu nouveau. Tandis que dans le système de l’emboîtement , la première femme avait été dite contenir tout le genre humain; ici, c’élait le premier homme qui contenait toutes les générations futures, lanimalcule spermatique étant le germe préexistant, un petit homoncule organisé, dans lequel étaient renfermés tous les autres. À l'appui de ce système, on invoquait les raisons suivantes : il existe des animalcules dans le sperme de tous les animaux; et, au contraire , on n’en

trouve dans aucune des autres humeurs du corps : ces

animalcules diffèrent d'espèce à espèce, et au con traire sont toujours semblables dans le sperme d’un même animal et dans celui des individus d’une même espèce : ils ne se montrent dans le sperme de tout animal qu'à Pâge où la génération est possible, et au contraire ils manquent dans le premier âge comme dans le dernier : leur nombre est si considérable , que

dans une goutte de sperme de coq, égalant à peine en volume un grain de sable, il élait de cinquante mille ; et ce nombre prodigieux est en rapport avec la prodigalité que déploie généralement la nature. pour la reproduction de toutes les espèces vivantes ; 1 permet d'expliquer pourquoi Spallanzant, avec des atomes de sperme, a pu effectuer des fécondations artificielles : enfin, on ne pouvait faire une objection de la petitesse de ces animalcules, car il n’y a pas plus de disproportion entre eux et l'animal qui en provient, qu’enire une graine et un grand arbre. Ainsi, lanimalcule spermatique fut présenté comme le rudiment de l'individu nouveau. Il ne s'agissait plus alors que de décrire les phénomènes, et à défaut de l'observation qui n’avait rien appris sur eux, On imagina. Lewenhocck dit que les animalcules projetés dans l'utérus ÿ attiraient les œufs et les y convertissaient en de véritables embryons. Andry professa qu’ils rampaient par la trompe jusqu’à Povaire ; qu’alors l’un d’eux pénétrait dans une des vésicules de cet organe, s’y enfermait, soit de lui-même , soit par l’action d’une soupape qui l’obligeait d'y rester, puis revenait avec elle dans l'utérus, pour y commencer ses développemens au moyen de la substance nutritive que renferme cette vésicule. Maupertuis établit que les animalcules font prendre aux mo- “lécules de la semence leur place propre, voulant con- . cilier ainsi ce système avec celui des séministes. Maïs ces explications etaient trop évidemment hypothétiques pour réussir; Spallanzani ne vit dans les animalcules spermatiques que des animaux infusoires ordinaires, et objecta avoir effectué des fécondations arUliciel les avec des guttules de sperme si petites, qu'elles n'en

contenaient évidemment aucun; Buffon les regarda comme ses molécules organiques; et un médecin de Montpellier, Plantade , dans une brochure qu'il publia sous le faux nom de Dalempatius , acheva de jeter tout discrédit sur ce système, en feignant les avoir vus se métamorphoser, et montrant déjà sous leur enveloppe les formes humaines,

Cependant MM. Dumas ‘et Prévost, viennent de ramener l’attentien es savans sur les animalcules spermotiques. Non-seulement ils en affirment existence , mais encore ils les considèrent comme étant dans le sperme les agens directs de la fécondation. D'abord, à l’aide du microscope ils les ont reconnus dans tous les animaux dont ils ont examiné le sperme, et nous en avons cité un assez grand nombre. Soit qu'ils examinassent ce fluide après son excrétion par un animal vivant, soit qu'ils fissent l'examen de celui pris après la mort dans le canal déférent ou dans le parenchyme du testicule, ces animalcules étaient également facilement apercévables. [ls les considèrent comme formant le caractère spécifique du sperme, sur ce qu’ils n'existent que dans celte humeur, et manquent dans tous les autres liquides du corps, même dans ceux versés avec le sperme dans l'appareil génital , comme les sucs de la prostate, des glandes de Cowper, etc. Semblables pour la forme , la grandeur, le mode de loconotion dans les divers individus d’une même espèce, ils ont au contraire dans chaque espèce des formes et des dimensions différentes. N’éprouvant aucuns changemens dans la série des organes génitaux, ils sont aussi pärfaits dans Île testicule qu’au moment de leur excrétion; et c'est à tort que Lewenhoek avait dit en avoir

DE LA CONCEPTION OU FÉCONDATION. 119 trouvé qui lui paraissatent avoir des âges différens. ils étaient doués de mouvemens spontanés, qui ne S'arré- {aient que graduellement , après deux à trois heures dans le sperme obtenu pendant la vie par éjaculation , après quinze à vingt minutes dans celui pris après la mort dans les vaisseaux, et après dix-huit à vinyt heures dans celui laissé après la mort dans ses propres vaisseaux. Pour les croire utiles à la génération, il suflisait sans doute d'observer qu'ils n'existent que dans le sperme ; mais combien le soupçon devient plus fondé , s'il est vrai qu'ils n'y existent qu'aux temps où la foncuon est possible ? Or, dans l'espèce humaine , le sperme n’en offre aucuns dans le premier ni le dernier âges ; et dans la plupart des oiseaux, ils ne se montrent dans cette humeur qu'aux époques fixées par la nature pour l'accouplement de ces animaux. Ces mêmes faits prouvent aussi que ces animalcules ne sont pas des infusoires, d'autant plus que ceux-ci manquent généralement dans les humeurs des êtres vivans. Il était remmarquable d'ailleurs qu’ils étaient liés à l’état physiologique de l'être qui les fournissait; leurs mouvemens étaient rapides ou languissans , selon que lanimal qui avait fourni le sperme dans lequel on Îles ubservait ,: était jeune ou vieux, en état de santé ou malade. Eufin, outre ces diverses raisons, voici quelques faits et expériences , qui portent MM. Duinas et Prévost, à considérer ces animalcules comme les agens exclusifs de toute fécondation : 1° Dans leurs recherches sur Pœuf des mammifères, ces savans Ont vu les animalcules remplir les cornes de la matrice , et y rester vivans et mouvans, jusqu'à la descente des ovules dans cet organe ; ce n'était qu'alors que ces animalcules graduel-

lement se détruisaient et disparaissaient. 2° Certainement les animalcules sont ce qu’il y a de plus notable dans la partie épaisse du sperme ; et il a été prouvé plus haut que le sperme ne féconde que par celle-là , et non par aucune portion volatile, ni par un aura seminalis. 5° Le sperme, après vingt heures, perd sa faculté fécondante; et dans ce mêmeintervalle de temps, on voit les animalcules qui y existent, cesser graduellement leurs mouvemens et périr. 4° De même que la liqueur recueillie du sperme distillé ne féconde plus, tandis que ce qui est resté dans la cornue à conservé la propriété fécondante; de même, la semence évaporée à siccilé, puis délayée dans de l’eau, n’a plus fécondé. 95° Enfin , dans deux expériences, MM. Dumas et Prévost n'ayant détruit dans le sperme que les animaleules, ont par suite enlevé à cette humeur sa faculté fécondante. L'une de ces expériences a consisté à Luer par l’explosion suflisamment répétée d’une bouteille de Leyde, tous les animalcules qui étaient dans une liqueur spermatisée , et dont on avait constaté auparavant la puissance fécondante. Dans l’autre expérience, on a versé à plusieurs reprises sur un filtre quintuple de la liqueur spermatisée, jusqu’à ce que tous les animalcules fussent retenus sur le filtre ; et on a vu que, tandis que la liqueur filtrée ne pouvait plus effectuer de fécondation , la portion retenue par le filtre avait cette facuhié. Déjà Spallinzani avait fait cette dernière expérience , el en avait oblenu ce résultat; seulement ce savant ajoute qu'il effectua des fécondations avec l’eau dans laquelle lurent lavés les papiers qui avaient servi de filtres. Enfin, MM. Dumas et Prévost, d'après ce qu’ils ont pu découvrir des premiers Jinéænens du fœtus, conjectu-

DE LA CONCEPTION OU FÉCONDATION. 121 rent que l’animalcule spermatique forme le système nerveux du nouvel être, et que l’ovule ne fournit que la guangue celluleuse dans laquelle se formeront les organes. Pour prévenir l’objection tirée des très-petites quantités de sperme avec lesquelles Spallanzani et euxmêmes ont fait des fécondations artificielles , ils oni, par une expérience positive, constaté la petitesse extrême des animalcules spermatiques : ils ont délayé les vésicules séminales d’un mâle de grenouille dans dix grammes d’eau, et mettant ensuite une goutte de la liqueur sur un micromètre divisé en fractions de millimètre, ils se sont assurés qu’un cube d’un cinquième de millimètre de côté, contenait de cinq à six animaleules ; et qu’ainsi il existait de trois à quatre cents animalcules dans un seul millimètre cubique de la liqueur.

Tout en applaudissant à ces travaux de MM. Dumas et Prévost, ils ne nous paraissent encore prouver que deux choses; savoir, l'existence des animalcules dans le sperme, et la part active que ces animalcules ont dans la génération : mais ils laissent aussi ignorer Comment celle-ci se fait, ce qui était le problème cherché. Nous nous taisons sur cette idée que l’animalcule forme le système nerveux du fœtus ; MM. Dumas et Prévost ne la donnent eux-mêmes que pour une conjecture.

De ces nombreuses hypothèses créées pour expliquer la génération, évidemment aucune ne salisfait un esprit sévère. D’un côté, comment appliquer l’épigénèse, à la formation primitive de l’embryon humain ? on eencçoit la formation de toutes pièces d’un corps composé de molécules toutes semblables, et ayant partout la inême figure, la même nature; d’un cristal, par exemple. Mais dans un être vivant les molécules pruni-

tives ne sont pas identiques ; chacune doit avoir dans l’ensemble de l'être une place déterminée ; l’être ne peut exister que consécutivement à leur coordination, et non par parties séparées : est-il possible d’accorder de pareilles nécessités , soit avec un simple mélange des semences , soit avec un envoi fait par chaque partie du corps de molécules spéciales et aptes à les former ? D'un autre côté , que d’objections contre le système de l’évolution ? si la première femme ou le premier homme contenaient tout le genre humain, chaque œuf de l’une, ou chaque homoneule de l’autre devraient contenir à la fois deux espèces d'œufs ou d’animalcules spermatiques, les uns mâles, et les autres femelles ; les uns ne devant se développer qu’une fois , et les autres au contraire devant renfermer dans leur intérieur une suite indéfinie de générations. Or, ya-t-il, dit Buffon, auteur de cette objection, la moindre probabilité dans une semblable supposition ? Dans le système de l’évolution , qu’on admetie un œuf ou un animalcule, ce rudimént du nouvel être est dit contenir en raccourci, non-seulement toutes les parties de l'individu arrivé à son développement complet, mais encore tous les individus qui doivent en provenir dans la suite des temps. Or, cette dernière idée , observe judicieusement M. Lamarck , ne peut s'appliquer à ce genre d'êtres vivans qu’on appelle étres composés ; et quant à la première , elle est contredite par les faits : quand on suit les phases diverses par lesquelles passent les organes dans Ja suite des âges, on se convainc que ces organes son évidemment formés de toutes pièces, en vertu de lois, inconnues sans doute, mais qui les renferment en certains types déterminés. Enfin, dans ce système de la pré-

DE LA CONCEPTION OÙ FÉCONDATION. 123 existence des germes , on ne fait, dit avec raison M. Geoffroi Saint-Hilaire, que reculer la difliculté, ou mieux, déclarer à l'aide d’une proposition contradictoire en elle-même, qu’elle n'existe pas. En effet, le probième à résoudre est le mode de formation d’un nouvel être vivant, Or, d’une part, supposer cet être préexistant , c'est déjà déclarer le problème nul:, c’est supposer la chose faite de toute éternité, pour échapper à l'embarras de dire comment elle se fait : c’est au moins ne faire que reculer la difficulté, car dans cetle hypothèse d’un germe préexistant, il reste toujours à dire ce qu'est l'influence qui arrache soudain ce germe à sa torpeur et l'appelle à la vie. D'autre part, que veulent dire rigoureusement ces mots, précæistence du germe ? d’un côté, préeæistence exprime Vidée d’une existence qui est avant d’être, et il y a là contradiction : d’un autre côté, le mot germe m’est pas bien précisé. En vain dira-t-on que la vue d’une graine, d’un œuf, en donne l'idée: en vain définira-t-on le germe, la réunion d’une quantité quelconque d’élémens , qui avec d’autres qui sont puisés au dehors, forment par un travail intestin un corps organisé; Ce qui prouve qu'à ce mot on n’altache qu’une idée vague, c’est qu'on à successivement réduit ce qui est proprement le germe , à une partie de plus en plus petite de la graine, de l'œuf, à une partie tellement petite qu’elle n’a plus été vue , et n’a plus été presqu’une conception abstraite de l'esprit.

Ces objections , au système de l’évolution , ent paru tellement fortes, que malgré tout Péclat dont a joui ce système dans le siècle dernier , la plupart des physiologistes de nos jours reviennent à celui de l'épigénèse, se

bornant à exprimer par ce mot que l'individu nouveau à son origine est formé de toutes pièces, et avouant leur ignorance sur le mécanisme de cette formation. En effet, nous avons vu, d’une part, que plusieurs naturalistes croyaient, avec assez de vraisemblance , à l’existence de générations spontanées aux derniers degrés de l'échelle Végétale, et animale : nous verrons, d autre

part, que LU fœtus humain présente, dans Ha série de ses développemens , les principales formes d’organisation qu'offre la généralité du règne vivant : or , n’estce pas là un premier argument propre à appuyer, qu’à sa première origine , il se fait par une génération spontanée , par conséquent de toutes pièces ? Un second argument est tiré du mode de développement des organes , qui, évidemment, ne consiste pas en une évolution, mais en une véritable formation par l’aggrégation successive des molécules matérielles qui les composent ? Mais les physiologistes de nos jours se bornent à cette généralité, avouant leur ignorance sur le reste. Et en effet , s'ils avaient découvert le mystère de la génération, ils auraient pénétré le secret de la vie; et nous avons vu que jusqu’à présent toutes les actions vitales nous sont inconnues , et que nous ne savons d’elles que leur opposition, ou au moins leur dissemblance avec Les actions physiques et chimiques générales. Parmi les conjeciures qui ont été faites, nous citerons les suivantes : M. Lamarck, croyant que la cause de la vie est maiérielle, et puisée dans l'élément ambiant, et qu'il se forme des êtres vivans toutes les fois que cette cause de vie, quelle qu’elle soit, rencontre une matière gélatineuse demi-fluide, pense que c’est aussi de cette manière que se fait, à sa première origine , l’embryon hu-

main ; et que, de même que dans la suite des temps, les premiers êtres vivans s’étaient compliqués graduellement de manière à former les êtres vivans actuels, de même aussi l'embryon humain, de ce premier degré d’organisation si simple, s'élève successivement à celui qui constitue son espèce. M. Rolando, semblablement à MM. Du mas et Prévost, exprime que l'individu nouveau résulte de la réunion du système cellulo-vasculaire fourni par la mère , et du système nerveux fourni par le mâle, considérant la substance amorphe qui provient de l’ovaire comme étant les rudimens des systèmes vasculaire et cellulaire qui sont les premiers fondemens de l’économie, et l’animalcule spermatique , comme étant celui du système nerveux. Mais c’est assez nous arrêter à toutes ces hypothèses ; achevons l’exposition de ce que nous savons de positif sur l’acte de la conception.

La conception est un acte qui s’accomplit sourdement et sans être perçu. On a prétendu que quelques femmes reconnaissaient par un frisson, une douleur à Pombilic, un trouble quelconque dans l'abdomen , qu’elles venaient tout à coup de devenir mères : mais outre que ces signes prétendus sont des plus vagues , le plus souvent la conception se fait sans qu’on sente rien, et c’est un acte dont on a aussi peu conscience que de celui de la chimification.

C’est aussi un acte tout-à-fait indépendant de la volonté : on ne peut ni faire qu’elle ait lieu , ni influer sur ses produits. La première de ces propositions est universellement avouée; telle femme qui désire des enfans ne peut en avoir; et telle autre devient enceinte à chaque rapprochement. Il y a cependant à cet égard une différence entre l'espèce humaine et les animaux. Ghez ceux-

ci la génération n’est possible qu’à une époque déterminée de l’année; mais aussi presque toujours un premier accouplement est suivi de fécondation, probablement parce que les organes génitaux de l’un et l’autre sexe, mais surtout ceux de la femelle, sont dans un état d’excitation convenable. Dans l'espèce humaine au contraire, la génération peut s’accomplir toute l’année; les organes génitaux ont en tout temps le degré d’excitation convenable à l’accomplissement de la fonction, ou au moins peuvent momentanément l’acquérir; mais il arrive bien plus souvent qu’un rapprochement n’est pas suivi de fécondation, probablement parce que l'excitation des organes est moins grande. Du reste, les causes de la stérilité sont difficiles à pénétrer , toutes les fois qu’ellés ne résident pas en des obstacles physiques qui empêchent l'application du sperme à l'ovaire : on parle de mauvaises qualités dans ce sperme et dans les vésicules de l'ovaire , mais sans préciser ces mauvaises qualités : on dit qu’il faut un rapport entre ces deux matières, mais sans spécifier en quoi consiste ce rapport. Hippocrate disait que la fécondation était d'autant plus sûre , que les deux époux différaient plus Fun de l’autre par le tempéramment ; mais l’état particulier de l'appareil génital doit avoir plus d'influence ici que l’état généraldu corps. Ce qui paraît plus certain, c’est qu'il y a d'autant plus de probabilité pour la fécondation, que les deux individus éprouvent dans le rapprochement le même spasme, et que le penis est plus en face de l’ouverture de l’utérus. Elle arrive aussi plus facilement quand l'approche a licu après les règles, soit parce que l’utérus reste alors un peu plus ouvert, soit parce que tout l'appareil à conservé unreste d’excitalion. Deux thèses ont été faites

sur les questions de savoir si les femmes les plus ardentes et les plus belles sont les plus fécondes : an qu salacior mulier , ea fwcundior ? An formosæ , fecundiores ? Les auteurs de l’une et de l’autre ont conclu négativement: on concoit que la première de ces circonstances peut avoir une influence sur la fécondation ; mais à coup sûr la seconde, c’est-à-dire la beauté, ne peut en avoir aucune.

Non-seulement c’est irrésistiblement que la conception. lieu, ou n’a pas lieu ; mais encore c’est indépendamment de toute volonté, que la grossesse est simple ou composée. Sans doute , la nature a réglé par avance le sort de chaque espèce animale à cet égard; elle a fait les unes multipares, et les autres unipares : mais les lois qu’elle a posées sous ce rapport sont susceptibles de quelques variations, et la volonté ne peut rien sur ces variations. Les animaux multipares, par exemple, ne font pas toujours le même nombre de petits; et la femme qui, ordinairement n’accouche que d’un enfant, fait quelquefois des jumeaux. Tout en avouant notre ignorance sur la cause de ces variations, voici quelques observations faites à leur égard. Les jumeaux surviennent une fois à peu près sur quatre-vingls grossesses. Les exemples de trois enfans sont plus rares; sur trente-six mille accouchemens qui ont été faits dans un espace de temps donné à l’hospice de la Maternité, il n'y a eu que quatre grossesses tripies. La femme d’un paysan moscovite, dont je vais parler tout à l'heure , a accou ché plusieurs fois de quatre enfans ; mais, sur cent huit mille accouchemens qui ont élé faits, dans un espace de soixante ans, tant à l’Hôtel-Dieu de Paris qu’à l’hospice de la Maternité , ce fait ne s’est pas présenté. On

a parlé de grossesses de cinq enfans et plus; mais tous les cas cités sont évidemment apocryphes. Auquel des deux individus doit-on rapporter les grossesses composées ? Les sectateurs de l’évolution croient que c’est à la femme ; ils supposent que dans le coït plusieurs vésicules de l'ovaire ont été fécondées. Les fauteurs du système des animalcules les rapportent au contraire au père. On a des faits en faveur de l’une et l’autre opinion : certaines femmes , marites successivement à plusieurs hommes, ont toujours eues des grossesses composées ; et certains hommes ont présenté le phénomène inverse. À ce dernier propos , nous citerons les faits suivans : Ménage parle d’un homme appelé Brunet , dont la femme , en sept couches, fit vingt-un enfans , el qui, ayant abusé de s2 servante , la rendit enceinte de trois enfans. En 1955, on présenta à l’impératrice de Russie un paysan appelé Jacques Kirnhof, marié en secondes noces, et âgé de soixante-dix ans; sa première femme avait fait cinquante-sept enfans en vingt-une couches, elle avait eu quatre couches de quatre enfans, sept de trois, et dix de deux; sa seconde femme avait eu déjà sept couches de trois enfans, et six de deux.

Enfin, de même que nous ne pouvons pas faire que la conception ait lieu ou n’ait pas lieu, nous ne pouvons pas influer sur ses produits; par exemple, influer sur le sexe de l'enfant, non plus que sur ses qualités physiques et morales futures. A la vérité , quelques philosophes et médecins anciens , Anaxagore, Aristote, Hippocrate , croyaient que le testicule et l'ovaire droits fournissaient les rudimens des garcons, et que ces parties du côté gauche fournissaient ceux des filles; Démocrite, Pline, Columelle, disent même l'avoir expé-

DE LA CONCEPTION OU FÉCONDATION. 129 rimenté sur un bélier; et sur cette assertion fut fondé Part prétendu de procréer les sexes à volonté, qui a de nouveau élé préconisé de nos jours par le docteur Afillor. Mais d’abord ; en supposant vrai le fait sur lequel repose ce système , 1l faudrait pouvoir influencer ou faire agir de préférence ou tel ovaire ou tel testicule, et cela ne serait pas toujours possible dans le spasme de la génération. Ensuite il est faux que de l'ovaire et du testicule droits proviennent les garcons, et de l'ovaire et du testicule gauches les filles : des hommes auxquels on avait enlevé un des testicules ont engendré également des filles et des garçons ; il en a été de même de femmes qui avaient un des ovaires détruit par une maladie, Sur des lapines, on a fait l’ablation de l’un des ovaires, et ces animaux, couverts ensuile, n’en ont pas moins engendré des fœtus mâles et femelles. Quand on ouvre une lapine pleine, dans la même corne de la matrice, on Lrouve à la fois des fœtus mâles et femelles , bien que tous ces fœtus proviennent certainement d’un même ovaire, de l’avaire correspondant. Cette particularité de la conception est donc, comme toute autre , soustraite à l'influence de la volonté; et heureusement pour nous, car les vues privées, el par conséquent rctrécies de l’homme , auraient bientôt fait cesser l’'équilibre que le Créateur fait plus ou moins, selon les. climais, régner entre les deux sexes. D'ailleurs , à l’occasion de cette question , nous devons dire que quelques physiologistes pensent que le sexe de l'individu nouveau n'est pas fixé au moment même de la conception, et qu'il né se détermine que plus tard lors des développe mens subséquens : nous reviendrons là-dessus à Particle du fœtus.

Nous ne pouvons pas davantage sur les qualités phy-

siques et morales futures de l'enfant ; c’est irrésistiblement qu'il a tel temipéramment, telle constitution , qu’il est bien fait ou difforme, etc. tant la nature a voulu se réserver exclusivement la direction d’un acte par lequel elle conserve la perpétuité de tous les êtres animés. Cependant nous avons ici plus de pouvoir que sur les circonstances précédentes ; et si nous ne pouvons exercer une influence instantanée, au moins nous pouvons déterminer à la longue quelques modifications. D'abord, il ést possible que l'état moral des deux individus au moment de l’union , que le degré d'activité avec lequel ils accomplissent la fonction, aient’ une influence sur son résultat , et par conséquent sur les qualités de l'individu nouveau. l'est possible que celui-ci soit plus ou moins vivace, selon que sa création originelle aura été effectuée avec plus ou moins d'énergie ou de faiblesse. On dit généralement que la conception est d’autant meilleure que l'abandon des deux époux esl plus absolu. Sans doute Aristote à éxagére, quand il a attribué la plus srande fréquence des difformités dans l’espèce humaine, à la négligence avec laquelle s’accomplit la énération ; maison croit avoir remarqué que les enfans de l'amour sont généralement plus riches de vie et plus précoces. La nature, lors de l’accomplissement de l'acte génital, ôte l'individu à lui-niême, comme s’il fallait que toute sa vie fût'émployée à limportante fonction à laquelle il se livre ; et cela prouve assez qu'il faut ici l'exclusion absoluëe de tout autre acle. Ensuite, en rejetant comme non suffisamment démontrée cetle première influence, il encest une autre incontestable, tenant aux qualités des pères et mères ; on voit les pères et mères trans-

mettre à leurs enfans, et leur constitution , et leurs qualités morales, et leurs maladies, et jusqu'à leurs formes extérieures , puisqu'on observe souvent entre eux les plus fortes ressemblances. Or, n'est-il pas possible d’influer sous ce rapport sur les qualités des enfans , en réglant les conditions de rapprochement , en présidant au choix des individus qui s’associent ?

Aussi, si nous avons relégué parmi les chimères l’art de procréer les sexes à volonté, nous jugerons moins sévèrement celui de la mégalanthropogénésie, c’est-àdire , de faire des enfans beaux et des enfans d'esprit. Ayant une fois admis la possibilité d’une influence exercée par l’état moral des époux au moment du coïit, et surtout celle d’une transmission héréditaire des parens aux enfans , on conçoit qu’on peul soigner plus où moins tout ce qui à trait à ces deux choses. Nul doute que l’abus des plaisirs de l’amour n’imprime aux fœtus engendrés une faiblesse originelle, et qu’au contraire un exercice convenable ne fasse engendrer des enfans robustes. Pour perpétuer les animaux domestiques et les améliorer sans cesse , nous faisons un choix des mâles et des femelles que nous accouplons ; nous les prenons dans l’âge de la force , et nous en croisons diversement les races , selon le genre de qualité que nous voulons imprimer aux produits. Qui oserait dire que tont ceci ne soit de même applicable à l’homme ? Loin de nous sans doute la pensée de méconnaître ce que la haute dignité de notre espèce réclame de liberté pour les individus unis en état social ; mais la législation n’enfreint-elle pas les lois de la physiologie, et par conséquent de la nature, quand elle permet, par exemple, les mariages

entre des personnes d’un âge extrêmement dispropor-

tionné , entre des personnes saines et des personnes affectées de maladies héréditaires? Loin de chercher à améliorer , on ne travaille même pas à prévenir les déiériorations.

Nous avons dit que le plus souvent, dans l’espèce humaine, il n’y à qu’un seul enfant de produit, et cependant il y a deux ovaires ; est-il possible de dire lequel fournit la vésicule qui est Le rudiment de l'être nouveau? On ne peut pas plus répondre à celle question, qu’à celle de savoir si c’est le hasard qui décide quelle vésicule se détache , ou si, au contraire, il en est une qui a müri et s’est préparée à la fécondation. Ce que l’on sait seulement, c’est qu’un seul ovaire suflit pour engendrer.

La conception eflectuée, et la vésicule de lovaire portée dans l'utérus , est-il possible à une autre conception de se faire , et à un autre ovule de descendre dans la matrice , et d’y suivre de même la série de ses développemens ? Ce fait, qu’on appelle superfétation, est cerlain pour les animaux qui ont l’utérus bicorne; on conçoil que chez eux une seule des cornes de la matrice peut se remplir lors d’une conception, et l'autre rester apte à le faire plus tard. Mais, dans l'espèce humaine, la chose paraît moins possible ; car, d’un côté l'utérus est unique, el de Pautre, son orifice vaginal et l'entrée des trompes sont bouchés dans la grossesse ; de sorte qu’il paraît impossible que du nouveau sperme puisse y pénétrer et aller atteindre les ovaires, ni qu'un nouvel ovule puisse Ÿ descendre. Aussi, beaucoup de physiologistes n'admettent de superfétations dans la femme, que lorsque, par une monstruosité ou une anomalie , l’utérus est double, ou bicorne, ou partagé en deux par une cloison médiane. Cependant quelques - uns

si

croient à des superfétations sans cette LR CO. en s’appuyant sur les faits suivans : Buffon parle d’une créole qui accoucha de deux jumeaux, un blanc et un noir, et qui avoua que le matin d’une nuit où son mari avait approché d'elle, elle avait eu à supporter la violence d’un de ses domestiques noirs; il est évident qu’en elle il ÿ avait eu deux conceptions, et à deux époques différentes. Eisennemann rapporte que la femme d’un infirmier de l'hôpital de Strasbourg accoucha , à quatre mois et demi d'intervalle , le 30 avril et le 16 septembre, de deux enfans également à terme, et qui vécurent , le premier deux mois et demi, et le second un an. Le docteur Desgranges, de Lyon, a vu une lemme de ce pays, qui accoucha de même à cinq mois et demi d'intervalle , de deux enfans également à terme,

et qui vivaient encore deux ans après, lorsqu'on les présenta aux notaires qui ont altesté le fait. Sans doute ces faits sont imposans ; mais ne peut-on pas leur opposer les considérations suivantes ? Dans le cas de Buffon , les époques des deux conceptions ont été assez rapprochées, pour qu'on puisse concevoir la descente du second ovule après la fécondation du premier, la clôture de l’orifice de l'utérus, et celle des orifices des trompes, n'ayant pas encore eu le temps de se faire. Dans les deux autres cas , il pouvait y avoir utérus double ou bicorne et on n’a pas vérifié ce fait chez la femme observée par le docteur Desgranges. À la vérité, la femme dont parle Eisennemann a été ouverte après sa mort, et a présenté un utérus simple ; mais son ouverture n’a été faite que sepl ans après ia superfélation; el qui assure qu’une cloison médiane, qui aurait alors partagé en deux l’utérus et aurait permis la double grossesse, ne se serait

pas détruite depuis ? Gette supposition est aussi r'atsonnable que celle qui nous présente Le sperme pénétant jusqu’à l'ovaire , malgré la clôture des orilices de l'utérus et des trompes. Cependant, comme on ne peut affirmer qu’il n’y ait pas des grossesses dans lesquelles l’orifice de l’utérus reste ouvert, et les trompes accessibles, peut-être est-il sage de ne pas nier absolument la possibilité des superfétations. On avait voulu regarder cés superfétations comme des grossesses doubles, dans lesquelles un des fœtus aurait vu se suspendre fa série de ses développemens pendant tout le temps de l’évolution du premier, et ne les aurait repris qu'après l’excrétion de celui-ci ; mais ceci est trop évidemment hypothétique pour pouvoir être admis.

Anricee HE De la Grossesse.

Nous avons vu la vésicule de Fovaire saisie par Îa trompe et conduite dans l’utérus. Arrivée dans cet organe , bientôt elle y prend attache, s’y développe, et Luc l'utérus à se développer lui-même , pour lui fournir à la fois un asile et les sucs nutritifs nécessaires. C’est cet ensemble de nouveaux phénomènes qui constitue la grossesse , acte qui s'entend du séjour que fait l'individu nouveau dans l'utérus, des services que lui rend cet organe, et qui comprend tout le temps qui s’écoule depuis l'instant de la conception jusqu’à l° accouchement. Immédiatement après la conception , bien que les phénomènes principaux de cette action se passent à l'ovaire , déjà, avant l’arrivée de l’ovule, surviennent quelques changemens dans l'utérus. Selon les uns, cet or-

DE LA GROSSESSE. 199 gane se dilate pour se préparer à recevoir l’ovule ; du moins Lertrandi Va trouvé ainsi dans des grossesses extra-utérines , et chez des femmes qu’il avait ouvertes à des époques si rapprochées de la conceplion , que l’ovule était encore flottant dans l'utérus. En même temps sa substance rougit, s’amollit , devient moins compacte, plus vasculeuse ; elle est évidemment le siége d'une congestion de sang , et Harvey compare ce qu'elle éprouve au gonflement qui survient à la lèvre d’un enfant piquée par une abeille. Enfin il se produit à sa surface interne une membrane molle , floconneuse , appelée par Aunter, qui le premier l’a décrite, membrane caduque , et par M. Chaussier, épichorion. I y a eu beaucoup de débats sur la disposition et le mode de formation de cette membrane, Selon Hunter, elle est d'autant plus épaisse qu’on est plus près de l'instant de la conception ; s'amincit au contraire à mesure que la grossesse se prolonge, existe cependant encore à l’époque de l’accouchement , et même est alors plus épaisse que la première membrane de l’œuf , le chorion. Elle est de couleur grise , molle, pulpeuse, et assez semblable à la couenne du sang. Trois trous existent dans sa cavité, deux qui correspondent aux trompes , et un troisième À l’orifice vaginal de l'utérus. IL l’appela decidua, parce qu’elle tombe à chaque grossesse ; et dit qu’elle était produite, : ou par une exfoliation de la membrane muqueuse de l'utérus ou par une dégénérescence du sperme projeté lors du coit dans cet organe, ou plutôt enfin, par la coagulation d’une lymphe plastique, que, conséculivement à l'irritation spéciale dans laquelle est alors l’utérus, sécrète la surface interne de ce viscère. Dans son origine, cette membrane n'avait qu'un seul feuillet qui

adhérait à l’utérus; mais dans la suite il s’en formait un second , qui adhérait à l'œuf lui-même , et Hunter appela celui-ci caduque réfléchie. Aujourd’hui les anatomistes professent sur le mode de production de la membrane caduque , lune ou l’autre des deux opinions suivantes. Dans l'une , on établit que Le premier effet de la conception est de faire sécréter, par la surface interne de l'utérus, une masse considérable d’une substance séro-albumineuse ; l'utérus en est d’abord tout plein ; l’ovule en arrivant se plonge tout entier dans cette substance ; peu à peu il en absorbe une partie par sa surface externe pour sa nutrition ; et le reste s’organise en double membrane , ue qui correspond à lutérus, et l’autre qui adhère à l’œuf. On assimile cette matière séro-albumineüuse au blanc dont se revêt, en traversant l’oviductus, l'œuf des oiseaux; et à la substance visqueuse qui enveloppe les œufs membraneux de certains reptiles. On donne comme preuve que, dans le premier mois de la grossesse , l'œuf paraît plongé dans Ja substance même de la caduque ; et que lorsque plus tard le placenta apparaît, les vaisseaux qui , de cet organe vont à la matrice, paraissent plutôt percer la caduque qu’en écarter les lames. Loin qu’il reste à cetie caduque des trous correspondans aux trompes el à l’orifice de lutérus, comme l'avait dit {lunter, la même substance séroalbumineuse qui à formé cette membrane, remplit et obslrue ces ouvertures ; et en effet, Krumimacher et M. Dutrochet disent avoir vu la caduque se ‘prolonger jusque dans les trompes, et l’on a reconnu sur le somwet d'œufs abortifs, sous la forme d’un mamelon, le veste de celle substance, qui remplissait le col de l'uiérus et en bouchait lorifice. Dans Pauire opinion, on

DE LA GROSSESSE. 197 admet que la caduque est déjà un peu organisée avant que l'ovule arrive; et que, quand celui-ci débouche par la trompe dans l'utérus , il ne fait que la pousser devant lui : alors il s’en revétirait comme tout viscère intérieur l’est par la séreuse de la cavité splanchnique dans laquelle il est situé; et il lui devrait d’être maintenu en contact avec la portion de l'utérus dans laquelle il doit pousser ses racines; se réfléchissant sur l’œuf, à partir du lieu qui doit former le placenta, il n’y aurait que celte partie de l’œuf qui ne serait pas recouverte par elle. En un mot , au lieu d’être, comme dans la première opipion, une sorte de kiste, la caduque serait une véritable membrane séreuse accidentelle, qui fixerait l’œuf dans la cavité de l'utérus ; qui aurait deux portions, une utérine et une fœtale , ce qui expliquerait les deux caduques de Hunter; et qui enfin, libre et contiguë à elle-même, à sa face interne , serait de ce côté le siége d’une perspiration séreuse. M. Moreau à, le premier, soutenu celte opinion dans sa dissertation inaugurale , et l’on ne peut disconvenir que l’analogie ne la rende spécieuse : puisque l’œuf est contenu dans l'utérus, ne fallait-il pas une séreuse pour l’y attacher ? Depuis, dans un mémoire présenté à l’Académie royale de médecine, M. Felpeau l'a développée et appuyée sur observation et la dissection d’une douzaine d'œufs humains ; et M. Breschet m’a assuré avoir vu de la sérosité dans la cavité de la membrane, entre les feuillets appelés par {unter caduque propre et caduque réfléchie. Quoi qu'il en soit, cette membrane , d’abord fort épaisse et semblable à un caillot de sang incolore , s’amincit à mesure qu’on avance dans la grossesse, restant néanmoins toujours bifoliée; lors

de l'accouchement elle est d’un blanc jaunâtre , épaisse

d’une demi-ligne , molle, pulpeuse, peu tenace, et évidemment du genre des concrétions couenneuses membraniformes. Quoiqu’elle paraisse inorganique, elle contient des vaisseaux, qui sont d’autant moins nombreux qu’on approche plus de l’époque de l’accouchement , et parmi lesquels il y a plus de veines que d’artères. Gette membrane enfin est évidemment étrangère à l’œuf; car, non-seulement elle précède , comme on vient de le voir, la descente de cet œuf dans l’utérus, mais encore elle se forme de même dans les grossesses extra-utérines. M. Chaussier l’a vue dans plusieurs cas de grossesses tubaires ; elle existait dans le cas de grossesse abdominale cité par M. Lallemand ; M. Evrat va même jusqu’à dire qu’il s’en forme une à la suite de chaque approche. Bientôt, à une époque qu’on ne peut fixer, mais qui ue paraît postérieure que de quelques jours à l'instant de la conception, l’ovule arrive dans l’utérus ; etse fixant dans cet organe par l'intermède d’une partie appelée placenta, il va y faire un séjour de neuf mois , y croître et y prendre de grands développemens. Pour cela il faut nécessairement que l'utérus se développe aussi, pour lui fournir et les sucs que réclame sa nutrition et l’espace dont à besoin son grossissement graduel. C’est de ces faits dont nous devons nous occuper maintenant ; dans les détails que nous allons donner, nous nous bornerons à ce qui est de lutérus, abandonnant l’ovule sur lequel nous reviendrons à l’histoire des âges. La dilatation de la cavité de l’utérus , et le développement de cet organe, commencent dès les premiers instans de la conception, et surtout se continuent dès que l’ovule est arrivé dans son intérieur : mais les eflets dans les deux premiers mois n’en sont pas visibles à

DE LA GROSSESSE. 199 Pextérieur. Le corps seul de la matrice à augmenté ; devenu gros comme un œuf d’oie , il s’est arrondi et enfoncé dans le petit bassin. Cependant si le doigt esl alors introduit dans le vagin, on peut déjà observer quelques changemens : le col de l’utérus est plus bas, et plus près de la valve; l’orifice utérin, de triangulaire qu'ilétait, est devenu circulaire ,acuminé; el tandis que, hors l’état de grossesse , c’est la lèvre antérieure de cet orifice qui dépasse la postérieure, alors c’est cette dernière qui fait saillie. Cependant tous ces signes ne sont ni assez sûrs, ni assez constans, pour que d’après eux l’on puisse dès celte époque annoncer une grossesse. L’orifice de l’utérus est alors fermé par une substance glutineuse fort dense. Le développement de l'organe continuant de se faire, au troisième mois l’utérus est déjà devenu assez gros pour remplir toute la cavité du pelit bassin; refoulant en haut les viscères abdominaux, il fait déjà faire une légère saillie en avant à la région hypogastrique ; son axe fait avec la perpendiculaire un angle de quarante-cinq degrés. Au quatrième mois , 1l dépasse le détroit supérieur du bassin, et l’on peut le sentir au-dessus du pubis à travers l'épaisseur des parois abdominales; alors son orifice dans le vagin est un peu plus élevé, et le ventre commence à faire saillie. Au cinquième mois , il est parvenu à deux travers de doigt de l’ombilic , et déjà les viscères abdominaux sont gênés par son voisinage. A six mois , il a dépassé de deux pouces l’ombilic. Jusque-là son corps seul à peu près à éprouvé Vampliation; mais à partir de cette époque, son col luimême évidemment grossit, se ramollit et se dilate. Au septième mois, le fond de l'utérus occupe loute la ré sion épigastrique, Fombilic saille en avant, et l’abdo-

men se montre très-volumineux ; c’est surtout le col de l'organe qui prête alors à la dilatation: ce col à cette époque, est si relevé et si porté en arrière, que le doigt peut à peine l’atteindre par le vagin. Au huitième mois, le volume de l'organe a encore augmenté, à tel point qu’il touche presqu’au bord antérieur et inférieur du thorax. Au neuvième mois enfin, quoique le volume de l'utérus augmente encore , son fond est moins haut, et le ventre baisse un peu; cela tient à ce que le développement s’est fait plus en travers et de devant en arrière, que dans le sens de la longueur : le col a achevé de se dilater, il est devenu souple, mince, et souvent assez ouvert pour qu’on puisse au travers de son orifice toucher l’œuf : dans le mois précédent, ce col était à la hauteur des symphyses sacro-iliaques et du côté gauche ; dans celui-ci il est un peu redescendu dans le petit bassin.

Ainsi l’utérus a augmenté de capacité dans la même proportion que l’œuf a pris de l’accroissement , et il peut ainsi fournir l’espace nécessaire pour contenir celui-ci. A l’époque de l'accouchement , il a; selon Haller et Bevret, un voiume onze fois et demi plus considérable qu'avant la grossesse; sa longueur est d’un pied, ses diamètres transverse et latéraux de neuf pouces, sa circonférence au niveau des trompes de vingt-six pouces, et à la hauteur de la portion utérine du col, de treize pouces. Dans les premiers temps , il s’est accru dans toutes les dimensions ; du troisième au sixième mois , 1l s’est aggrandi surtout dans sa longueur; et däns les derniers mois, dans les autres dimensions. De pyrilorme et aplati qu'il était, il est devenu ovoïde. Son poids, qui avant la grossesse était de quatorze à

Page 1