‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 30 sur 53 · CHAPITRE IL Physiologie du Fœtus · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL Physiologie du Fœtus

Si l'anatomie du fœtus avait laissé beaucoup de points douteux et tout-à-fait inconnus , nous aurons à signaler plus d’obscurités encore, à avouer une plus grande ignorance , en ce qui concerne la physiologie de cet être. Tout presque ne sera que conjecture , Surtout en ce qui aura irait aux premiers temps. De même que nous avoné vu varier d’un jour à l’autre le nombre et les formes des parties qui composaient le corps ; de même varieront sans cesse le mécanisme de la vie, le caractère des fonctions. Dans l'adulte , nous avions partagé ces fonctions en trois classes, celles de relation, de nutrition et de

reproduction. Dans l'étude que nous allons faire de la vie du fœtus, nous suivrons le même ordre; bien qu'il paraisse n’existler en cet être que les fonctions de nutrition , tous les actes de la vie ne tendant à cette époque qu’à nourrir et faire croître l'individu , et la nutrition s’effectuant alors comme dans le végétal, sans conscience et indépendamment de toute volonté.

ARTICLE I®, Des Fonctions de nutrition du Fœtus.

Toute nutrition exige : 1° que l'être qui se nourrit, prenne au dehors de lui des matériaux ; 5° qu’il élabore ces matériaux, et les convertisse en un fluide propre à lui être assimilé, et qui dans les animaux est appelé sang ; 3° qu'il s'approprie ce fluide et en compose la substance de ces organes ; 4° enfin, que tandis que pàr cette première série d'actions il se compose, il rejette par des excrétions une partie de la matière qui le formait, ek ainsi se décompose dansla même proportion. Nous avons vu que dans l'homme adulte, cette nutrition nécessite , outre les sensations et les mouvemens volontaires qui servent à la préhension des matériaux coïposans, le concours de sept fonctions , savoir : la digestion, les absorptions, la respiration, la circulation, les nutritions:proprement dites , les calorifications et les sécrétions. Dans le fœtus, ce travail en réclame un nombre moindre; cé nombre d’ailleurs varie aux diverses époques de la vie intra-utérine; mais il n’en faut pas moins accomplissement de ces quatre objets, préhension des matériaux alibiles , conversion de ces matériaux en fluide nutritif,

en sang , assimilation de cesang à la substance du corps, et excrétions ; et nous avons à rechercher ce qui est de chacun d’eux aux diverses époques de la vie fœtale.

SEE Préhension des matériaux nutritifs et composans du

FϾtus.

Dans l'adulte, il y a toute évidence sur les sources d’où proviennent les matériaux nutrilifs de l’être, ainsi que sur leur mode de préhension; ces matériaux Consistent dans les alimens et les boissons, et dans l'air; et la préhension en est effectuée avecvolontéet conscience. Il n’enestpas de même dans le fœtus ; d’une part, c’est irrésistiblement et d’une manière aussi peu sentie que dans le végétal, que sont saisis les matériaux nutritifs quels qu'ils soient; et d'autre part, il y a doute sur les sources d’où proviennent ces matériaux, et doute d’autant plus grand qu’on veut remonter aux temps les plus rapprochés de la formation primitive.

: 1° On a d’abord indiqué comme substance nutritive de l’embryon, et comme lui servant sous ce rapport dès les premiers jours de sa formation, la matière séro-albumineuse , qui a été sécrétée en abondance dans l’uiérus pour la formation de la caduque. M. Chaussier pense que l’ovule en se plongeant tout entier en cette matière, en absorbe: une grande partie par sa surface externe, et s’en nourrit; à l'instar des êtres vivans les plus simples qui se nourrissent par une absorption qu'effectue la périphérie de leur corps. S'il est vrai en effet que cette matière séro-albumineuse soit à l'œuf des vivipares , ce que les blancs sont à celui des ovipares , comme il'est sûr que ceux-ci se mêlent au jaune pour nourrir l'embryon , on peut attribuer à celle-là le même office.

Mais celte analogie ne peut être admise que comme une conjecture. Rien ne prouve que lemucus dontse revêtent les œufs desbatraciens, par exemple, serve à la nutrition de l'embryon. Que penser d’ailleurs de l’idée de M. Chaussier, si, comme le veulent MM. Moreau et Felpeau , la caduque est déjà organisée , quand l'œuf débouche par la trompe dans lutérus? Enfin, comment concevoir iCI le phénomène ? On dira que la malière est assimilée au corps de l'embryon, aumême moment qu'elle est saisie ; comme cela est dans les derniers animaux, chez lesquels tous les actes du mécanisme nutritif se passent à la fois , et se réduisent à un seul , une absorption externe : mais la particularité qu'offre ’ovule, d’être primitivement rempli d’un liquide transparent dans lequel on ne voit rien de solide, et le partage quise fait bientôt en lui de lembryon et de ses annexes , ne permettent pas qu'on adopte cette explication.

9° S'appuyant de l’analogie des oiseaux, on a présenté la vésicule ombilicale, comme fournissant à l’embryon la matière nutritive qui lui est nécessaire , depuis le premier instant de sa vie, jusqu’au moment du développement du placenta. Il est certain en eflet, que c’est sur Le jaune de l’œuf qu’apparaît le poulet, et que ce poulet a paru croître à ses dépens, puisqu'à mesure que l’un a grossi, l’autre a diminué. On a d’ailleurs toutes raisons de regarder le jaune, comme une provision qui a été préparée pour subvenir aux développemens de l'embryon; car celui-ci renfermé dans un œuf clos de toutes parts, n’a aucune communication avec le monde extérieur, ne peut rien y puiser , et par conséquent devait avoir dans l'œuf sa matière nutritive toute préparée. Enfin, on considère généralement

470 VIB INTRA-UTÉRINE.

le jaune comme l’analogue des deux lobes de matière féculente , qui dans une graine enveloppent l'embryon végétal, et sont destinés à le nourrir jusqu'au moment où cet embryon aura poussé sa plantule et sa plumule , el pourra , à Paide de ces parties , puiser dans la terre et dans l’air les sucs qui lui sont nécessaires. Or, nous avons vu que tous les physiologistes assimilaient la vésicule ombilicale des mammifères au jaune de l’œuf des oiseaux. En effet : 1° les vaisseaux de’cette vésicule, les vaisseaux omphalo-mésentériques, sont les mêmes que ceux qui dans l’oiseau se rendent à la membrane du jaune ; 2° cette vésicule , ainsi que celle du jaune, communique avec la cavité de l'intestin ; et c’est d’elle que cet organe provient; 5° d’ailleurs, lorsque l’œuf humain est encore flottant dans l'utérus, ou du moins n’a pas encore développé l’organe par lequel il puisera dans ce viscère, cet œuf n’a-t-il pas autant besoin que celui des ovipares de contenir au dedans de lui sa substance nutritive ? et quelle autre de ses parties serait plus propre à fournir cette substance que la vésicule ombilicale? 4° enfin, nous avons vu que dans l’origine elle était si grosse , que comme le jaune elle formait tout l'œuf; que diminuant ensuite , elle disparaissait lorsque le placenta était formé, On peut donc admettre avec tous les auteurs, que l’humeur de la vésicule ombilicale est ce qui nourrit l'embryon dans les premiers temps de sa vie.

Mais comment se fait cette nutrition? c'est ce qu’on ignore. La matière de la vésicule ombilicale , saisie par les vaisseaux omphalo-mésentériques, et probablement en même temps un peu élaborée par eux , est-elle aussitôt portée dans les vaisseaux de l'embryon, et de là à ses organes? ou bien au contraire , est-elle portée à son

PHYSIOLOGLE DU FOETUS. 47?

estomac , pour y être digérée ? De ces deux modes, le dernier n’est guère probable ; on l’a conjecturé d’après l'analogie du jaune des oiseaux ; mais il ne pourrait être réel tout au plus qu’à la fin de l'existence de la vésicule ombilicale. Le premier est au contraire beaucoup plus vraisemblable , surtout pour les premiers temps. En ellet , d’après le principe que l’embryon, dans la suite de ses développemens, doit offrir les formes d'organisation les plus simples avant les plus compliquées, un système de racines absorbantes, doit précéder dans son appareil nutritif un système digestif; et dès-lors, l’on peut considérer les vaisseaux omphalo -mésentériques , comme puisant dans la vésicule par une absorption radiculaire , analogue à celle qui fait vivre les végétaux.

3° MM. Lobstein, Oken, ont voulu attribuer à la liqueur de l’allantoïde le même office qu’à la matière de la vésicule ombilicale. Ils se sont fondés : 1° sur ce que la vésicule allantoïde et sa liqueur , ont été trouvées dans des œufs chez lesquels le fætus manquait, ce qui semble prouver sa préexistence au fœtus; 2° sur ce que cette vésicule est d'autant plus grande, et son humeur d’autant plus abondante , que l'embryon est plus jeune ; 5 enfin, sur ce que cette liqueur, si elle n’est pas nutritive, ne peut être que de l'urine, et que beaucoup de raisons militent contre cette dernière idée. Peut-on croire en effet, disent MM. Lobstein et Oken , à l'existence de l'urine, à une époque où les reins existent à peine, et peuvent à peine agir? la sécrétion urinaire serait done d'autant plus active, qu'on serait moins avancé dans la vieintra-utérine? elle fonderait donc une fonction de première nécessité? Si l'humeur de l’allantoïde était de l’urine , il devrait y avoir toujours une com-

munication facile entre l’allantoïde et la vessie urinaire ; et cependant ileest fort diflicile de faire passer, même de l'air, de l’une de ces poches dans l’autre. Le liquide de l’allantoïde , enfin, ne ressemble en rien à de l’urine. Quelque puissans que soient tous ces argumens, ils ne peuvent établir en faveur de la fonction nutritive de l’allantoïde une vraisemblance égale à celle qui existe pour la vésicule ombilicale. D'abord, est-il bien vrai qu’on ait trouvé des allantoïdes dans des œufs sans fœtus ? tous les anatomistes de nos jours croient ces observations erronées ; ou les vésicules n’étaient pas des allantoides ; ou les fœtus avaient disparu depais peu, mais avaient existé, En second lieu , le grand volume de l’al- Jantoïde dans les premiers temps de la vieintra-utérine, peut se concevoir dans l'hypothèse qui fait de cette poche un réservoir de l'urine. Enfin, des raisons non moins fortes que celles qu'opposent MM. Lobstein et Oken, portent à faire regarder l’humeur de l’allantoïde , comme une humeur d’excrélion , comme l’urine. L’allantoïde , en effet , semble être une continuation de la vessie urinaire; elle communique avec cette poche par l’ouraque; les reins et la vessie existent de très-bonne heure, d’où l’on peut conclure que la sécrétion urinaire est dès les premicrs temps en activilé. Si l’allantoïde, d’abord trèsgrande , diminue bientôt , et cesse de communiquer avec la vessie, c’est que la sécrétion urinaire est d’abord proportionnellement plus active, quand:le fœtus n’a encore aucune autre excrélion, et qu'elle diminue ensuite, quand s’établissent d’autres excrétions, celle de lhumeur sébacée de la peau, par exemple. Une pareille hypothèse fait, ilest vrai, de la sécrétion urinaire une fonction de première nécessité dans la vie du fœtus ; mais

cette sécrétion n’a-t-elle pas la même importance dans la vie de l'adulte? Enfin, on a objecté que la liqueur de l’allantoïde ne ressemblait en rien à de l’urine : mais on a voulu parler de l'urine de l’adulte ; et qui oserait dire qu'il ne doit exister aucune différence dans cette même humeur prise à deux époques sidistantes de la vie ? d’ailleurs, Daubanton, en l'évaporant au feu , lui a trouvé une odeur urineuse, Goncluons donc, que s’il est douteux que l'humeur de l’allantoïde soit une humeur d’excrétion, comme le veulent presque tous les physiologistes de nos jours, il est encore ‘moins prouvé qu'elle soit une matière nutritive; et il nous est d'autant plus prescrit de conserver du doute à cet égard, qu’on n’a jamais trouvé l’allantoïde dans l'œuf humain, et qu'on ne l'y admet que d’après l’analogie des mammifères. Du reste, si l’on veut qu’elle soit un réservoir de matière nutritive, elle ne servirait que dans les premiers jours de la vie, et par un mécanisme aussi peu connu que celui de la vésicule ombilicale.

4° Beaucoup de physiologistes ont présenté le liquide de l’amnios , dans lequel le fœtus est plongé pendant tout le cours de la grossesse, comme une source de matière nutritive pour cet être ; tout en différant sur la voie par laquelle serait introduit ce liquide. Ils ont allégué comme preuves : 1° la qualité nutritive de cette humeur ; on a nourri avec elle seule , pendant plusieurs semaines , de jeunes animaux ; 2° la particularité qu'elle a d’être d’autant plus abondante et plus riche en matière animale, que l’embryon est plus jeune 5° son contact continuel

* avec le fœtus dont les surfaces tant externe qu’interne,

sont dites jouir d’une faculté d'absorption d’autant plus prononcée que cet être est moins âgé; 4° enfin, quelques

exemples de fœtus privés de cordon, qui sans le secours du placenta se sont développés. De ces diverses preuves , nous rejelterons d’abord la dernière; on n’a aucune observation authentique de fœtus privé de cordon ombilical et de placenta, et cependant venu à terme; et au contraire , on a des exemples multipliés de fœtus mourant aussitôt , dès que le cordon ombilical s’estrompu. Quant aux autres raisons , elles ne fondent que des vraisemblances : on peut à aussi bon droit attribuer à l’eau de l’amnios plusieurs autres offices; comme de garantir le fœtus des chocs extérieurs , de former autour de lui une atmosphère qui le défende de la pression de l'utérus, et permette son développement et ses mouvemens, qui serve à l'entretien de sa température; comme de servir à dilater régulièrement lutérus pendant la grossesse , et à ouvrir son orifice lors de l’accouchement. On peut croire surtout qu’elle est utile à maintenir isolées les parties extérieures du fœtus, et à prévenir les adhérences vicieuses qu’elles pourraient contracter. IL est sûr au moins, qu’on a vu des fœtus survivre long-temps après l'écoulement de cette eau; et on a, au contraire, une observation de M. Morlanne, d’un fœtus de cinq mois qui, né trente jours après cet écoulement, offrit les braset avant-bras collés avec la poitrine , et les cuisses avec l'abdomen.

Toutefois , les physiologistes qui ont admis cette source

de matière nutritive ont différé sur la voie par laquelle. na P

ils l'ont fait pénétrer ; tour à tour ils ont indiqué la peau, l'appareil digestif, l'appareil respiratoire , les voies génitales , les mamelles, Buffon , Osiander , VFandenboskh , ont fait absorber la liqueur de l'amnios par la peau du fœtus. Cette membrane, disent-ils, est essentiellement

PHYSIOLOGIE DU FOETUS. 479 absorbante , et doit l'être d’autant plus que l’embryon est plus jeune , parce qu’alors elle est sans épiderme. Ils ont argué des cas de fœtus dont le développement a continué , bien qu'ils manquassent de bouche et de cordon ombilical. V’andenbosh enfin a invoqué les expériences suivantes : ayant retiré du ventre de sa mère un fœtus mammifère , et en ayant aussitôt séparé la peau, ce savant dit avoir vu les vaisseaux lymphatiques de cette membrane évidemmentremplis d’un fluide séreux: ayant, après avoir ouvert l’œuf d’un mammifère , appliqué des ligatures aux membres du fœtus, il vit les vaisseaux lymphatiques de cet être se distendre : ayant enfin plongé les membres de ce fœtus dans l’eau de l’amnios , il vit les vaisseaux se remplir et se distendre bien davantage. De toutes ces raisons, aucune n’est démonstrative ; la plus puissante serait celle des fœtus développés sans cordon , mais nous avons dit qu'aucun des exemples qu’on en a cités n’était authentique : on ne doitregarder l'absorption de l’eau de Famnios par la peau , que comme une des mille et mille conjectures qui , dans l’état actuel de la science, composent presque exclusivement l’histoire de la physiologie du fœtus.

Boërhaave, Haller, au contraire , font pénétrer l’eau de l’amnios par la bouche et le canal intestinal. Il est certain , disent-ils , que souvent cette humeur a été trouvée en ces cavités ; on l’a reconnue distinctement avec ses qualités physiques dans le pharynx et l’estomac ; Aeister ouvrant une vache pleine qui était morte de froid , vit que l’eau de Famnios gelée formait un glacon qui s’étendait jusque dans l'estomac du fœtus. Alors, deux hypothèses peuvent être faites ; ou l’eau de l’'amnios serait en ce lieu simplement absorbée , ou elle

y subirait préalablement une digestion. Les fauteurs de la première hypothèse partent de ce principe déjà cité, que le fœtus doit présenter les formes de nutrilion les plus simples avant les plus compliquées , et par conséquent qu'il doit se nourrir par absorption avant de se nourrir par digestion ; ils trouvent dans la muqueuse intestinale la puissance d’absorption qui leur est nécessaire ; ils disent enfin , qu’au moins dans les premiers temps il ne doit y avoir qu’absorplion, et que s'il ya digestion, ce ne peut être que dans les derniers mois. Boérhaave au contraire admet une déglutition ou succion des eaux de l’amnios, et leur digestion dans l’estomac. Ne voit:on pas, dit-il, de très-bonne heure du méconium dans le canal intestinal? La présence de cette matière excrémentitielle ne prouve-t-elle pas que le canal digestif a agi? D'ailleurs , que d’autres preuves encore qu'il se fait des digestions chez le fœtus? En examinant les vaisseaux du mésentère dans un enfant qui venait de naître avec l’abdomen ouvert , on a trouvé ces vaisseaux pleins de chyle. Or, si l'appareil digestif agit, il lui faut des alimens ; et quels autres peut-on indiquer que les eaux de l’amnios? Ce qui semble autoriser cette idée , c’est qu’on a trouvé dans le méconium quelquesuns des poils soyeux qui sont à la peau du fœtus, et ces poils n'avaient pu pénétrer dans l'intestin qu’avec la liqueur de l’amnios. Quelque spécieuses que paraissent toutes ces considérations, elles ne suffisent pas pour faire admettre irrévocablementtout ce point de doctrine. D’abord , il est sûr que le fœtus n’exécute aucun mouvement de déglutition , ni de succion ; et si l’eau de l’amnios pénètre dans l’appareil digestif, c'est mécaniquement. En second lieu , il est possible que cette pénétration n'ait été

qu’accidentelle dans les cas où elle a été observée, car le fœtus a ordinairement la bouche fermée. Troisièmement, ilest certain que l’eau de l’amnios, si elle nourrit par la voie que nous discutons, n’est pas d’une indispensable nécessité pour la vie du fœtus , car on a vu beaucoup de fœtus naître bien développés avec une imperforation de la bouche : n’a-t-on pas d’ailleurs l'exemple des acéphales ? Enfin, la présence du méconium dans l'intestin du fœtus, celle du chyle dans les vaisseaux du mésentère, prouvent bien qu'il se fait, dans les derniers temps au moins, digestion; mais non que ce soit sur les eaux de l’amnios que cette fonction opère. Enefet, il est possible que les sucs de l’appareil digestif servent eux-mêmes à alimenter la digestion; il est d'autant plus permis de le croire, que ces sucs sont alors très-abondans ; et nous dirons ci-après quelle idée l'abondance et la nature de ces sucs a inspirée à M, Geoffroy St.-Hilaire , sur la nutrition du fœtus. On peut au moins douter que le méconium provienne de l’eau de l’amnios, quand on voit ce méconium exister de même dans l’intestin desacéphales, et dans celui des fœtus qui ont une imperforation de la bouche. Or arguera des poils soyeux qu’on a trouvés dans ce méconium; mais ne peuvent-ils pas s’être formés dans l'intestin ? et d’ailleurs , on dit n’en avoir trouvé jamais dans le méconium des fœtus sans bouche. Enfin, lamatière visquense considérable, que nous verrons être contenue dans l'estomac et l'intestin , et dont M: Geoffroy fait un mucus préparé pour la nutrition du fœtus, ne ressemble en rien au liquide amniotique, car elle est

acide, et gélatiniforme.

Rœderer, Winslow , Scheel, font saisir l’eau de l’amnios par les voies respiratoires, arguant de ce que danscer-

tains cas on a en effet trouvé ce liquide dans la trachée et dansles bronches. Selon les uns, elle y pénètre mécaniquement , par suite de l’accès toujours facile qu’offrent les ouvertures des narines, et de la communication de ces narines avec la trachée et les bronches : selon Scheel, elle y est introduite par les mouvemens de respiration qu’exécule le fœtus; enfin, selon Aœderer , elle y serait engagée par la pression qu’exercerait sur elle l'utérus. Cette introduction une fois admise , deux possibilités se présentent , comme dans le cas précédent ; ou l’eau de l’amnios n’est qu’absorbée dans les voies respiratoires, ou elle y sert à une respiration. D’un côté, la surface interne des bronches jouit de la même faculté d’ab

sorption que toutes les membranes muqueuses, et l’on peut croire qu’elle saisit le liquide avec lequel elle est en contact, D’un autre côté, d’après la nécessité dont est l’air pour tout être vivant, ne peut-on pas soupconner que le fœtus a lui-même besoin d’une respiration ? et à cette première époque de sa vie, la respiration de cet être serait d’eau : nous avons parlé des efforts faits dans la vue de démontrer la présence de l’air atmosphérique ou de l’oxigène dans l’eau de l’amnios. Sans entrer dans une longue discussion, il est évident que ces deux idées sont également de simples suppositions , de pures conjectures. D'abord , le fœtus n’exerce pas plus de mouvemens de respiration que de mouvemens de déglutition; et si l’eau de l’amnios pénètre dans les voies respira toires, ce n’est que mécaniquement. Ensuite, il ne paraît pas que cela soit d'ordinaire, car la glotte est fermée; et quand on l’y a trouvée, il est probable qu’elle n’y avait pénétré qu’accidentellement. Enfin, cette idée d’une respiration aquatique est une hypothèse tout-à-fait

inadmissible ; le poumon du fœtus est un organe de respiration aérienne , et non un organe de respiration aquatique, une branchie; il est douteux que l’eau de l’amnios contienne dé l’air ; et enfin dans le fœtus, la circulation ne traverse pas le poumon , comme cela devrait être, si la respiration avait déjà commencé en cet organe. On peut d’ailleurs opposer à l’idée de la nécessité de l’introduction de l’eau de l’amnios par cette voie , quelque soit le service ultérieur qu’elle y remplisse , le fait des

acéphales : la nutrition s’est faite dans ces fœtus mutilés,

bien que le liquide de l’amnios ne pût pénétrer, ni dans l'appareil digestif, ni dans l'appareil respiratoire.

Enfin, nous indiquerons encore , mais comme simples conjectures, les voies d’introduction supposées par Lobstein et Oken. Le premier fait absorber l’eaû de Pamnios par les parties génitales. Le second dit que ce liquide est saisi par les mamelles, élaboré par ces glandes, et conduit de là dans le thymus, le canal thoracique et le système sanguin du fœtus. Il suffit de citer de pareilles opinions, pour prouver qu’elles ne sont que des suppositions.

Les incertitudes des auteurs sur la voie par laquelle pénétrerait l’eau de l’amnios, ne font donc que confirmer les doutes que nous avions sur l'office de nutrition qu’on veut faire remplir à cette humeur.

9° On sait que de très-bonne heure, des villosités développées à la surface externe du chorion , unissent l’œuf à la caduque , et que de semblables villosités unissent celle-ci à l’utérus. Or, plusieurs physiologistes consi-

dèrent ces villosités comme vasculaires , et comme un

moyen par lequel une matière nutritive arriverait de la mère à l'enfant. Nous avons même dit que plusieurs

48o VIE INTRA-UTÉRINE.

avaient fait provenir de cette source l’eau.de l’amnios. Il est possible que dans les premiers jours de l’'évolution, ces villosités soient un moyen par lequel l'embryon prend dans la mère de la matière nutritive; mais on ne peut en être sûr, et il est certain au moins que cela n’est plus dans les derniers temps. La nature vasculaire de ces villosités devient en effet de plus en plus douteuse, et elles ne paraissent plus être qu’un moyen de faire adhérer la caduque à l'utérus, et le chorion et l'œuf à la caduque.

6° Une source de matière nutritive qui ne peut être

contestée , est celle qui est due au placenta. Get organe |

est véritablement un moyen par lequel l'enfant puise dans le sein de sa mère : ce que nous avons dit de sa structure en est la preuve. Il recoit, en ellet, d'un côté les artères et les veines utérines de la mère, et de l’autre, les artères et veines ombilicales du fœtus; eb que servirait celte fusion dans son parenchyme de vaisseaux provenans de ces deux êtres, si ce n’était pour que l’un fournit de la matière nutritive à l’autre? Il est certain, d’ailleurs, que le placenta entretient une circulation sanguine, et avec le fœtus, et avec la mère. Nous parlerons ci-après de la première, et nous verz rons à son égard que le placenta fait réellement partie de l'appareil circulatoire du fœtus. Quant à la seconde, en décrivant le placenta, n’avons-nous pas parlé d’un placenta utérin, c’est-à-dire presque exclusivement formé par les vaisseaux utérins ? n’avons-nous pas parlé de vaisseaux allant de l’utérus au placenta, et auxquels M. Dubois, qui les a injectés, a donné le nom d’utéro-placentaux? Pourquoi ces vaisseaux, si ce n'est pour que des sucs de la mère parviennent au placenta, et du

k Le x:

ml

PHYSIOLOGI£ DU FOETUS, Â81

placenta au fœtus par le cordon ? Lorsque dans la grossesse, le placenta se décolle en totalité ou en partie, ne survient-il pas une hémorragie qui peut être aussi dangereuse à la mère qu’à l’enfant ? une semblable hémorragie ne s’observe-t-elle pas lors de l’accouchement, dans les premiers instans qui suivent la délivrance , jusqu'à ce que l'utérus, revenu sur lui-même, ait affaissé les vaisseaux qui établissaient sa communication avec le placenta? Si, après cet accouchement, le placenta reste adhérent à la matrice, souvent il se fait par le cordon une hémorragie qui peut être dangereuse à la mère. Quelquefois même en ce cas, ou lorsque le fœtus était resté mort dans le sein de sa mère, on a vu le placenta continuer de croître, ce qui ne pouvait être que par les sucs qu'il tirait de la mère. Récemment M. Ribes a vu un fait de ce genre : le cordon ombilical s'était rompu ; par suite le fœtus avait péri; mais le cordon s'était cicatrisé, et le placenta avait continué de croître à l’aide de ses adhérences avec l’utérus. Enfin, en faisant prendre à la mère des alimens teints de garance, ou en injectant dans ses vaisseaux du camphre , comme l’a fait M. Magendie, on a vu la matière colorante teindre les os du fœtus, et l’odeur du camphre imprégner son sang : or, quel organe autre que le placenta peu avoir servi ici d'intermédiaire? Le placenta est donc en communication avec l’utérus; 1l en recoit une matière nutritive, qu'ensuite il envoie au fœtus; il est le moyen de communication de la mère à l'enfant. Seulement la communication qu'il établit est plus facile de la mère à l’enfant , que de l’enfant à la mère, ce qui devait être; M. Magendie, qui faisait passer aisément, de la mère à l'enfant, du camphre, comme nous venons de le dire,

432 Vis INTHA-UTÉRINE.

n’a pu, au contraire, faire passer des poisons de l’enfant à la mère, en injectant ces poisons dans le cordon.

Mais il se présente ici deux questions: de quelle nature est la communication de l'utérus avec le placenta ? et quelle matière nutritive le premier de ces organes fournit-il au second ?

Relativement à la première de ces questions, plusieurs physiologistes anciens ont cru à une communication directe entre Les vaisseaux de l'utérus et ceux du

placenta, et par conséquent ont dit la circulation du L:

fœtus une continuation de celle de la mère. Leurs argumens étaient : 1° qu'après l'accouchement, il se fait toujours un écoulement de sang plus ou moins abondant par la vulve; 2° que souvent alors , le sang continue de couler indéfiniment par le cordon ; 8° que dans des femmes enceintes , mortes d’hémorragie, on a trouvé

le fœtus tout-à-fait exsangue; 4° qu'on à injecté éga- |

lement les vaisseaux du fœtus par ceux de l'utérus, et les vaisseaux de l'utérus par ceux du fœtus ; 5° enfin, qu'on a vu vivre et se développer des fœtus qui n’avaient pas de cœur, et chez lesquels conséquemment la circulation n’avait puëse faire que par l'influeuce du cœur de la mère. Outre qu'il n’est aucun de ces argumens qu'on ne puisse réfuter, ilen est d’autres’ plus puissans qui prouvent invinciblement que la communication entre le placenta et l'utérus n’est pas directe, 1° L’hémorragie, qui se fait par l'utérus et le cordon après l'accouchement, prouve bien la communication des vaisseaux de la mère avec le placenta, mais non que cette communication soit directe. 2° [l est faux que quand la mère meurt d’hémorragie , on trouve le fœtus exsans

PHYSIOLOGIE DU FOETUS. 483 gue; le plus souvent le contraire a lieu, et IF risberg l'a constaté par des expériences directes. 3° Les injections dont on arguë , répétées par les anatomistes de nos jours, ont présenté des résultats opposés , et par conséquent ont conduit à une conclusion contraire. Si, par exemple, on injecte les artères utérines , la matière pénètre dans les veines du même nom , après s'être épanchée dans les lobes du placenta, mais sans jamais parvenir dans les vaisseaux ombilicaux du placenta. Il en est de même, si on injecte les veines utérines; et, en ce cas , l’épanchement dans le parenchyme du placenta utérin est plus abondant. Si, au contraire, on injecte les artères ou la veine ombilicales , la matière passe des uns de ces vaisseaux dans les autres, s’épanche dans le parenchyme du placenia, mais ne pénètre pas dans les vaisseaux utérins. À la vérité, une ou deux fois , M. Chaussier , avec du.mercure , M. Béclard, avec de la matière grasse, ont injecté par la veine ombilicale, non-seulement toute la masse du placenta, mais encore le tissu de l’utérus et les veines utérines : mais ces ana: tomistes opéraient sur des femmes mortes pendant leur grossesse ; on sait qu'alors les orifices des veines utérines à la surface de cet organ sont béans et fort gros ; et ilest possible de concevoir Moment la matière injectée, en venant sourdre à la surface du placenta, a pu pénétrer dans ces vaisseaux. En décrivant le placenta , nous avons annoncé la non-communication directe de ses vaisseaux utérins et ombilicaux. 4° La persistance de la vie, et la continuation du développement dans les fœtus sans cœur, ne prouvent rien; car la contraction des vaisseaux aura suffi pour la circulation. 5° Enfin, voici des faits positifs qui prouvent que la com-

munication n’est pas directe. Il n’y a nul isochronisme enire le pouls du fœtus et celui de la mère; M. de Kergaradec , en appliquant le stethoscope à l'abdomen d’une femme enceinte , est parvenu à distinguer les battemens du cœur du fœtus , et il a vu qu'ils étaient plus nombreux du double que ceux du cœur de la mère. On a des exemples de fœtus qui sont nés, l'œuf étant resté intact, ses membranes externes n'ayant pas été déchirées, et cependant Ja circulation a continué dans le fœtus privé encore de respiration rpendant neuf minutes , dit Wrisberg, pendant un quart-d’heure , dit Osiander. Enfin, dans des cas où un enfant naissant avait peine à respirer et était en danger de périr, on a entretenu la vie du placenta, en le tenant dans de l’eau chaude à trente-deux degrés, et par suite on a fait continuer la circulation du sang. IL est donc certain que l'utérus ct le placenta, quoique en communication à leur point de contact, forment deux organismes séparés ; il se fait là. une double perspiration et une double absorption ; c’est- X-dire que l'utérus perspire , à sa surface ou dans le parenchyme du placenta utérin, une matière que les vaisseaux ombilicaux du placenta fœtal absorbent; et que semblablement les arières ombilicales du placenta fœtal perspirent une matière, qu’absorbent les veines utérines du placenta utérin. \

Maintenant quelle est la matière fournie par l'utérus au placenta? les uns disent du sang , les autres un fluide séreux. La plupart des physiologistes admettent, que les artères utérines apportent dans le placenta utérin, le propre sang de la mère; ils se fondent sur ce qu'un écoulement de sang accompagne toujours le décollement du placenta à toute époque de la grossesse, el

ee

er

PHYSIOLOGIE DU FOETUS. FRE lors de l'accouchement. Schreger , au contraire, prétend que ce qui est puisé dans la mère par le placenta est un fluide séreux, qui porté d’abord dans le canal thoracique du fœtus et dans les veines sous-clavières, est ensuite reporté par les artères ombilicales dans le placenta pour y commencer la circulation sanguine. Ses argumens sont; que les lymphatiques existent en grand nombre dans l'utérus, lors du développement que la grossesse a imprimé à cet organe ; et qu'il y a lieu de croire le sang de la mère trop fort, pour la nutrition d’un être aussi délicat que l’est d’abord l’embryon. Mais ceci rentre dans la question de savoir, quelles élaborations éprouve la matière nutritive, pour devenir le

fluide sanguin propre à nourriret à faire croîtrel'embryon.

7° Enfin, MM. Lobstein, Meckel, ont encore mis au rang des substances nutritives du fœtus la substance gélatineuse du cordon. Ils en ont donné pour preuves, la nature albumineuse et partant nutritive de cette substance; la grosseur considérable qu’elle donne au cordon dans le commencement de la vie intra-utérine ; la perméabilité du tissu celluleux dans lequel elle est contenue; la continuité de ce tissu avec celui qui est audessous du péritoine dans l’abdomen du fœtus; enfin le grand développement e dans le fœtus le système absorbant, à partir de l’ombilic, jusque vers le médiastin antérieur. Il est trop évident qu'aucune de ces raisons n'est démonsirative , et qu'il ne s’agit en-

core ici que d’une conjecture semblable à plusieurs de

celles que nous venons de rapporter.

Telles sont les sept sources assignées à la matière nuiritive que doit recevoir l'embryon; et de ces sept sources, deux seules me paraissent devoir être admises ;

la vésicule ombilicale, qui fournit depuis le premier instant de la vie intra-utérine, jusqu’à deux mois à peu près; et le placenta.

Du reste, les controverses que nous venons d'exposer ne sont pas les seules que nous présentent les auteurs. Selon les uns, la satière nutritive ne pénètre jamais que par une seule voie ; mais les diverses sources que nous venons d'indiquer se succèdent les unes aux autres. Selon d’autres, plusieurs de ces sources peuvent fournir en même temps. Ainsi, selon M. Lobstein , les radicules veineuses du placenta ne puisent dans la mère des sucs nourriciers , que dans les premiers jours , jusqu’aux temps où les artères seront formées; mais après toute circulation cesse entre l'utérus et le placenta, et la vésicule ombilicale, l’eau de l’amnios, et la gélatine du cordon , sont les seules matières qui alimentent la nutrition. Selon M. Meckel, le placenta n’est jamais source de matière nutritive ; il n’est qu’un organe de revivification du sang du fœtus , que l’analogue de l’orsane de la respiration de l’adulte ; et la nutrition n’est jamais effectuée que par la matière de la vésicule ombilicale dans le commencement , par l’eau de l’amnios jusqu’à mi-terme, et par la gélatine du cordon à la fin. Selon M. Béclard enfin la nutrition est effectuée; dans les premières semaines , par l'humeur de la vésicule ombilicale; ensuite par l’eau de l’amnios, la gélatine du cordon; et enfin à partir du moment où l'œuf devient villeux et développe le placenta , par cet organe. Ce placenta de plus, outre cet office d’être une source de matériaux nutritifs, devient un organe de revivification du sang du fœtus, un analogue d’organe respiratoire. Mais ceci nous conduit au second objet que nous

PHYSIOLOGIE DU FOETUS. 437 avons à rechercher, la conversion des matériaux nu-

tritifs en sang.

$. II. Conversion des matériaux nutritifs du Fœius en sans.

Aucun être vivant ne s’assimile la matière qu’il prend au dehors de lui pour sa nutrition , telle qu'il la saisit ; toujours il lui imprime auparavant une autre nature : mais le mécanisme par lequel il l’élabore est plus ou moins compliqué. Dans les êtres vivans les plus simples, qui se nourrissent par une absorption qu’effectue la surface externe de leur corps, on ne distingue pas quelie forme nouvelle a recu la matière nutritive, parce que celte matière est assimilée au même instant qu'elle est

saisie; et que tous ces actes, préhension, élaboration et assimilation des matériaux nutritifs, se réduisent à un seul, ou s’accomplissent en même temps. Mais àl n’en est pas de même dans les animaux supérieurs ; et par exemple, dans l'homme adulte, nous avons vu quatre fonctions succéder à la préhension des matériaux nutri tifs, et avoir pour objet leur élaboration , leur conver-

sion en sang , et la conduite de:ce sang-dans les organes qu'il doit nourrir, Ces quatre fonctions étaient ; la digestion , les absorptions, la respiration et la circulation.

Le fœtus élabore-t-il de F3 la matière nutrilive, quelle qu’elle soit, qu’il retire, soit d’un réservoir qui lui avait été préparé à l'avance, soit de sa mère? et si l’a- F nalogie de ce qui est dans tous les êtres vivans fait ré- | * pondre affirmativement à cette première question, en LL quoi consiste cette élaboration? IL n'existe pas moins | d’obscurités sur cette seconde partie de l'histoire du fœtus, et nous n’aurons guère encore à exposer que des conjectures , des probabilités.

D'abord , si dans les premiers temps de la vie fœtale, l'embryon se nourrit de la matière séro - albumineuse qui l'entoure et doit former la caduque, c’est en l’absorbant par la surface externe de l’ovule; et bien qu’on ne voie pas l'élaboration que fait subir à cette matière l'absorption , puisqu'elle est assimilée en même temps que saisie, on a les mêmes raisons de l’admettre que dans les derniers animaux. Cette élaboration est encore plus évidente en ce qui concerne la matière de la vésicule ombilicale. Nul doute que dans les oiseaux, ce ne soit le fœtus lui-même qui fasse son sang : à la vérité , à l’aide d’un appareil vasculaire qu'il développe, il va en puiser la matière dans le vitellus ; mais, en même temps qu'il prend la substance de celui-ci, il l’élabore et la change en sang, car dans cet être , qui n’a jamais de communication avec sa mère , d’où ce fluide lui viendrait-il ? Or, si la vésicule ombilicale est l’analogue du jaune, l’embryon humain doit aussi en absorber l’humeur par les vaisseaux omphalo-mésentériques , et l’élaborer de manière à en faire son fluide nutritif spécial, du sang. Nous avons dit qu’on-pouvait supposer deux voies d’introduction à l’humeur de la vésicule ombilicale; ou la faire absorber simplement par un système de-racines vasculaires, ou la faire arriver dans l’estomac pour y être digérée : de ces deux voies, la dernière est plus que douteuse ; mais dans l’une et dans l’autre , le fait dont il est question ici, la sanguification de la matière de la vé-

sicule ombilicale , est également présumable. Enfin , le”

placenta ne fait-il que puiser dans l’utérus une matière nutritive quelconque ? ou plutôt n’imprime-t.il pas en même temps à cette matière une élaboration première? Si cette élaboration s’observe lors de l'absorption la plus

PHYSIOLOGIE DU FOETUS. 489 simple , à plus forte raison doit-elle être présumée ici, où l'organe a une structure plus complexe ? l’interruplion qui existe dans la circulation des deux organes, à leur point de contact, n’en est-elle pas une preuve ? Du reste, les conjectures des auteurs ont varié ici, selon l'espèce de substance qu’ils ont fait puiser dans la mère par le placenta, ou du sang, ou un fluide séreux , etc.

Il semblerait que ceux qui ont dit que la matière nutritive puisée par le placenta était du sang, n'avaient pas besoin d'admettre l’action d’élaboration dont nous nous occupons ici; et cependant tous l’ont cru également nécessaire. Les uns ont dit que le sang de la mère ne pouvait convenir à un être aussi but que l’embryon, et avait besoin d’être affaibli, désoxigéné , modifié d’une manière quelconque. Les autres ont nié que le sang puisé dans la mère effectuât immédiatement la nutrition; mais ils l'ont fait seulement parvenir à quelques organes du fœtus, où ensuite était extrait de lui la matière vraiment nourricière. De là la théorie qui fait du placenta et du foie des organes d’hématose ; et celle de M. Geoffroy Säint-Hilaire , sur l'utilité du mucus abondant sécrété dans l'estomac et l'intestin du fœtus. Dans la première , il est dit que le sang de la mère éprouve , avant de parvenir aux organes du fœtus qu'il doit nourrir, deux élaborations successives , l’une du placenta ct ra du foie, sans qu’on puisse spéci- fier quel caractère nouveau ces organes lui ont imprimé. L'action du placenta se présume, de ce que c’est cet organe qui effectue immédiatement la préhension du fluide, et de ce que tout organe d’absorption est en même temps agent d'élaboration : d’ailleurs , il est sûr que

le sang, que rapporte de cet organe la veine ombilicale ,

diffère, au moins par la couleur, du sang que lui ont

apporté les artères utérines. On a présumé celle du foie, de ce que c’est dans cet organe que se rend d’abord en grande partie le sang au sortir du placenta, et de ce que ce n’est qu'après avoir traversé son tissu que ce fluide arrive au cœur du fœtus. On a aussi argué du grand volume qu’a alors le foie, volume qui est d'autant plus considérable que l'embryon est plus jeune, et qu'on ne peut expliquer qu’en faisant de ce viscère un organe d’hématose. ILest sûr, en effet, que ce volume énorme u’a pas trait à la sécrétion de la bile , qui alors est nulle ou peu abondante; et l’on ne peut pas non plus dire avec Haller, que ce passage du sang par le foie a pour but de modérer l'impression avec laquelle la mère projette ce fluide, puisquenous avons prouvé qu'iln”y avait pas au placenta communication directe entre les circulations de la mère et del’enfant. On ne peut donc refuser une certaine vraisemblance à cette idée; que le sang de la mère ne traverse pas impunément le placenta et le foie, avant de parvenir au cœur du fœtus, mais est, par le travail successif de ces organes, mis en rapport avec le degré de délicatesse du fœtus.

D'un autre côté, M. “Geoffroy Saint-Hilaire pense que Le sang de la mère ne nourrit pas immédiatement le fœtus, mais doit auparavant subir diverses transformations. Selon ce savant, le sang va du placenta, en

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