‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 31 sur 53 · partie au foie, et en partie au cœur. Au foie, ül ali b · texte numérisé non relu

partie au foie, et en partie au cœur. Au foie, ül ali b

mente la sécrétion biliaire, ou du moins celle d’un fluide qui, versé dans l'intestin, irrite cet organe, et lui fait sécréter une quantité de mucus très-abondante. Cest pour subvenir à cette sécrétion, que le foie est

PIYSIOLOGIE DU FOETUS. 491 alors si gros, et d'autant plus gros que le fœtus est plus jeune. La portion de sang qui va au cœur est distribuée de là à toutes les parties, mais surtout à l’intestin où lirritation l'appelle, et y sert à la sécrétion abondante du mucus qui s’y fait. La présence de ce mucus dans l'estomac et l'intestin 'du fœtus, est, selon M. Geoffroy Saint-Hilaire, un fait constant : et comme d'autre part l’existence du méconium et de véritables matières excrémentilielles dansle canalintestinal, prouve qu'il y à eu digestion, M. Geoffroy regarde le mucus qui est sécrété dans l’estomac comme l'aliment sur lequel doit agir la digestion. La quantilé de ce mucus, dit-il , est trop abondante, pour qu’il ne soit qu'un fluide de lubréfaction. D'ailleurs, le mucus est le premier degré de tous les composés organiques; il prédomine dans tous les êtres jeunes; il est le fond de toutes les parties, et la substance assimilable par excellence; tout être,

LE. quelque jeune qu'il soit, fait du mucus et en absorbe » pour s’en nourrir ; la sève des végétaux n’est presque que

du mucus, etc. Que de raisons pour faire présumer que celui qui remplit l'intestin est un aliment préparé pour la nutrition du fœtus ! Élaboré par l'appareil digestif, et saisi par les voies chylifères, ce mucus serait la source d’un fluide nutritif qui afiluerait sans cesse dans l'appareil circulatoire, et qui, à chaque passage, éprouverait une animalisation graduelle. Ainsi, la nu-

ârition du fœtus se sibéréchtit plus de celle de l'adulte,

| qu on ne l'avait cru d’abord ; dans l’une et dans l’autre,

un fluide nutritif serait puisé dans l'intestin ; mais dans l'une , ce fluide proviendrait du mucus sécrété par Finiestin lui-même, et dans l’autre il proviendrait d’alimens. Nous ne dissimulons pas que cette idée de M. Gcof:

froy ne doit être inscrite que comme une conjecture; ais elle avait autant de titres à être mentionnée qu'aucune de celles que nous avons déjà exposée.

Nous avons dit que Schreger faisait puiser par le placenta, non du sang, mais un fluide séreux. Dans cette hypothèse, il est encore plus nécessaire, que dans la précédente, d’admettre une action d'élaboration qui change ce fluide séreux en sang. Gelle- ci est rapportée , en partie au système lymphatique du fœtusyqui recoit de prime-abord le fluide séreux puisé dans la mère , et en partie au placenta , auquel retourne ce fluide , avant de commencer la circulation proprement dite. Pour appuyer une pareille conjecture , on fait valoir le grand développement qu’offrent certaines parties de l’appareil lymphatique , et particulièrement la thyroïde, les capsules surrénales , le thymus, que M. Chaussier rapporte à cet appareil , sous lenom de ganglions glandiformes. On présente ces dernières parties comme faisant subir à

la lymphe, la même élaboration que lui impriment dans l'adulte les ganglions lymphatiques. Mais il faut avouer

que cet usage est aussi peu démontré, que beaucoup d’autres qui sont attribués à ces mêmes organes , comme d’être des diverticulums du sang pour des viscères qui ne doivent entrer en exercice que dans les âges subséquens. En effet, tandis que M. Chaussier fait de la thyroïde, des capsules surrénales , et du thymus, des organes de lymphose; M. Broussais fait du premier de ces organes

un diverticule du larynx; du second, un diverticulem

des reins ; et du troisième, un diverticule du poumon. Galien disait que le thymus ne servait qu’à donner de la solidité et de la fixité à la veine cave supérieure. Il est diflicile de croire qu’un organe , dont l'existence est

PHYSIOLOGIE DU FOETUS. 493 si constante, et en même temps bornée à la vie fœtale, n’ait que cet oflice mécanique ; il est probable qu’il en remplit un”plus important, mais il nous est inconnu.

Tout étant incertain sur la source qui fournit la matière nutritive du fœtus, sauf ce qui concerne la vésicule ombilicale et le placenta ; la même incertitude existant relativement à l'espèce de matière que puise dans la mère ce dernier organe; on concoit qu’on doit être dans les mêmes embarras, relativement aux actions d'’é laboration qu’éprouve la matière nutritive pour devenir sang. D'ailleurs , ces élaborations , probablement ne sont pas les mêmes aux diverses époques. Bornantdoncici cette indication stérile d’hypothèses, que pour la plupart notre esprit repousse ; admettant seulement ce fait, qu’à l’instar de l'adulte le fœtus fait son sang; nous allons terminer cette discussion, en disant ce qui est dans le fœtus des fonctions de digestion, de respiration et de circulation, qui sont celles par lesquelles l’adulte accomplit l’objet dont il s’agit dans ce paragraphe.

On a vu que presque tous les auteurs ont admis la réalité d’une digestion dans le fœtus ; tour à tour, on a présenté comme alimens de cette fonction, l’humeur de la vésicule ombilicale, l’eau de l’amnios, un mucus sécrété exprès dans la cavité de l'estomac et de l'intestin, enfin, les sucs folliculaires propres à l’appareil digestif. Le lecteur a pu juger le degré de vraisemblance de chacune de ces hypothèses. Ce qui est certain , c’est que de itrès-bonne heure , le canalintestinal contient un liquide,

“qui change de qualités aux diverses époques de la vie

fœtale : blanchâtre et muqueux dans la première moitié de la grossesse , graduellement ce liquide s’épaissit, devient poisseux, d'un jaune vert , elest appellé méconium.

Dès le troisième mois de la vie du fœtus, ce méconium est distinct dans L’estomac; à quatre mois , il a gagné le duodénum; à sept, il remplit l'intestin grêle; et dans les deux derniers mois, il a envahi tout le gros intestin jusqu’au rectum ; il est évacué par l'anus dans les premières heures qui suivent la naissance. Ce méconium est-il un excrément fécal, et par conséquent est-il l’annonce d’une digestion ? c’est ce qu'on ne peut assurer , mais ce qui est assez probable. Seulement celte diges tion du fœtus devrait être peu de chose, puisqu'après un temps aussi long elle laisserait si peu de fèces ; et

dès-lors, malgré ce rudiment de la fonction, on peut continuer de dire avec beaucoup d’auteurs , que la digestion est une fonction qui ne doit commencer qu'après la naissance. | Il en est de même de la respiration , si on considère cette fonction telle qu’elle s’accomplit dans l'adulte , ayant pour agent le poumon , etopérant sur l’air lui-même : il est sûr que rien de cela n’a lieu chez le fœtus. Nous pi avons à la vérité parlé d'opinions, dans lesquelles on à voulu faire respirer à cet être l’eau de l’amnios , soit à la surface de sa peau, soit dans l’intérieur du poumon. Mais probablement le lecteur a jugé inadmissible cette hypothèse qui faisait du fœtus un animal aquatique ; s'il est plongé dans un liquide, c’est plus probablement dans des vues relatives à l’entretien de sa température. Cependant, il est un autre rapport d’après lequel on peut dire que le fœtus respire, a l'analogue d’une respiration. Presque tous les physiologistes croient que le sang du fætus va à chaque cercle circulatoire se revivifier dans le placenta , comme va le faire dans le poumon celui de l'adulte; et qu'ainsi le placenta est pour le fœius un or-

PHYSIOLOGIE DU FOËTUS. 499 gane de respiration. Ils se fondent : 1°sur l'indispensable nécessilé d’une respiration, où d’une préhension d’air, dans tous les êtres vivans ; 2° sur la nécessité non moins prochaine dont est pour la vie du fœtus la libre circulation du sang de cet être avec le placenta par le cordon; 5° sur l’analogie des oiseaux, chez lesquels les vaisseaux ombilicaux servent à la respiration , l’allantoïde à laquelle se rendent ces vaisseaux, aspirant l’air extérieur à travers les pores de la coquille ; 4° enfin, sur l’analogie qui exisie entre la circulation pulmonaire de l’adulte, et La circulation placentale du fœtus ; on verra, en effet, que si dans l'adulte , c’est le sang qui a servi aux nutritions qui est envoyé au poumon, C’est aussi Ce même sang qui dans le fœtus est envoyé au placenta; la seule différence est que dans l’adulte, c’est tout le sang qui à servi qui va au poumon , tandis que dans le fœtus ce n’est qu’une partie de ce sang qui va au placenta. Pour ne conserver aucun doute sur cette assertion des auteurs, il faudrait qu'il existât une différence sensible entre le sang qui revient du placenta par la veine ombilicale , et celui qui est porté à cet organe par les artères du même nom ; comme dans l’adulteil y a une différence tranchée entre le sang artériel et le sang veinéux. Malheureusement cette différence n’est pas apparente: les deux sangs ont une couleur semblable , également foncée dans ces deux ordres de vaisseaux, êt aussi foncée que le sang veineux de la mère. Cepentant, tout ce point de doc-

Mrine a pour lui de grandes probabilités; d'autant plus que dans les oiseaux , le sang de la veine ombilicale se

. distingue évidemment par sa couleur vermeille, de celui

de la veine porte. Dès-lors, on doit croire que la révivification du sang du fœtus dans le placenta se fait, comme 8 P

celle du sang de l’adulte dans le poumon , par l’absorp tion de quelques élémens seulement , ou de plus par la perspiration de quelques autres. Mais dans l’impossibilité où l’on est de pénétrer le phénomène, chacun a fait diverses conjectures. Nous avons déjà dit que Meckel n’attribuait d'autre office au placenta, que cette respiration ; le sang du fœtus vient s’y oxigéner, à l’aide du sang de la mère, qui tient lieu ici du milieu environnant. Selon M. Lobstein , le placenta n’a aussi dans le dernier temps de la grossesse que cet office; mais dans le commencement, il était en outre chargé de puiser directement dans l'utérus, une matière nutritive. Selon M. Béclard, cet organe est pendant toute la vie intra-utérine chargé de puiser dans la mère des matériaux nutritifs; mais de plus, à la fin de la grossesse il accomplit l’action derespiration dont il s’agit ici. Selon d’autres enfin , nonseulement le placenta revivifiele sang du fœtus à l'instar du poumon de l'adulte, mais encore il exerce une action d’hématose primitive sur la matière nutritive, quelle qu’elle soit, qu'il puise directement dans l’utérus. Ainsi, autant de doctrines sur le phénomène, que l'esprit a entrevu de modes d'exécution possibles. Schreger dit que dans cette espèce de respiration par le placenta , le sang des artères ombilicales se dépouille de quelques parties hétérogènes , par une perspiration qui est l’analogue de la perspiration pulmonaire “et que celui de la veine ombilicale, au contraire , s’est enrichi d’un principe quelconque , par une absorption qui est l’analogue de cell de l’oxigène dans la respiration de l’adulte. Entre toutes. ces conjectures , nous ferons remarquer, comme la moins admissible, celle de Schweighaeuser, qui veut que le placenta ne serve qu’à convertir en sang veineux le sang

PHYSIOLOGIE DU FOŒTUS. 497

apporté par les artères ombilicales , pour le rendre propre à la formation de la bile, à celle des parties solides du fœtus, et notamment du système nerveux. D'abord il est douteux que la bile provienne d’un sang veineux; et en supposant que cela soit, n°y a-t-il pas le sang de la veine porte, pour alimenter cette sécrétion? Quant au système nerveux et aux parlies solides du corps, toutes réclament pour leur nutrition un sang artériel.

Il reste à parler de la circulation du sang dans le fœtus. Elle varie aux diverses époques de la vie intrautérine. On l’a d’abord étudiée dans le poulet. Nous avons vu, en parlant du développement du poulet dans l'œuf, que le sang apparaît d’abord dans les veines de la membrane vitellaire; que ces veines sont la première origine de la veine porte; que successivement celle-ci offre un triple renflement qui est le rudiment du cœur, et le commencement de l'aorte; et qu’enfin l'aorte se prolonge pour former l’artère de la membrane vitellaire. Dans les premiers temps, la circulation est très simple, et forme un cercle unique ; le sang est apporté, de la membrane vitellaire par des veines au cœur du fœtus et renvoyé du cœur par des artères aux parties de cet être et à la membrane vitellaire. Plus tard , vers le quatrième jour, se développent; d’un côté la veine allan toïdienne ou ombilicale, qui se joint à la veine porte ; et de l’autre, les artères allantoïdiennes ou ombilicales ; qui sont des continuations de l'aorte. Alors la circulation est déjà plus compliquée ; elle présente deux cercles en dehors, le vitellaire et l’allantoïdien ; mais ces deux

cercles sont encore dans le fœtus confondus en un

seul, car les deux veines aboutissent à un seul tronc là

veine porte; les deux’ artères proviennent d’une seule 4. 7,

artère , Paorte; et iln’y a qu’un seul cœur, une seule oreillette, un seul ventricule. Enfin, la circulation devient double comme dans l’adulte, lorsque l’aorte pousse ses branches ascendantes , que l'oreillette se divise , que le ventricule se double, et que se développent les branches de l'artère pulmonaire. IL est probable que la même gradation à lieu dans l'embryon humain ; mais le premier degré, la circulation isolée des vaisseaux de la vésicule ombihicale ,n’a jamais été vu; eton ne commence à voir la circulation qu'à partir du second, quand les vaisseaux ombilicaux se sont développés. Il y a deux opinions sur ce qu’elle est alors, celle de Wolf ei Sabatier, et celle de Bichat et M. Magendie. On se rappelle ce que nous avons dit de la disposition des parties de l'appareil circulatoire; l'oreillette, d’abord unique, s’est partagée en deux par une cloison percée d’un trou, dit de Botal; une valvule diminue graduellement la communication que ce trou laisse entre les deux oreillettes , etla fait cesser tout-à-fait à la naissance ; près l’orifice de la veine cave inférieure dans l’oreillette droite, est une valvule dite d’Eustachi, qui est disposée de manière à diriger le sang apporté par cette veine dans le trou de Botal; l'artère pulmonaire , dont les divisions au poumon augmentent graduellement , se rejoint à l'aorte par un canal dit artériel; les deux arières ombilicales, provenant des iliaques primitives, vont au placenta; ct enfin, la veine ombilicale aboutit, en partie dans la veine porte, en partie par une anass tomose , dite canal veineux , dans la veine cave inférieure. Voici maintenant quel est, selon Wolf et Sabatier, le cours du sang. 1° Le sang absorbé dans le placenta par les radicules de la veine ombilicale , est

porté par cette veine , en partie par la veine porte dans le le foie , en partie par le canal veineux dans la veine cave inférieure; et mêlé en ce dernier lieu au sang que les veines ‘rapportent des parties inférieures du fœtus, il va par ces deux voies aboutir à l'oreillette droite du cœur. 2° En raison de la valvule d’Eustachi, le sans versé par celte veine cave inférieure dans l’oreilleite droite, passe aussitôt par le trou de Botal dans l’oreillette gauche, sans se mêler au sang qu'apporte des parties supérieures du fœtus dans cette même oreillette droite la veine cave supérieure : par cet artifice, l’oreillette gauche est aussi développée que la droite, ce qui ne devrait pas être, si elle ne recevait de sang que du poumon. 3° De l’oreillette gauche , le sang passe dans le ventricule gauche, et du ventricule gauche , dans l’aorte ascendante , et les parties supérieures du corps du fœtus. 4° Il en est rapporté par la veine cave supérieure dans l’oreillette droite. 5° De cette oreillette , il passe dans le ventricule droit , et dans l'artère pulmonaire. 6° L’artère pulmonaire le dirige en pelite partie au poumon, et en partie bien plus grande par le canal artériel dans l’aorte descendante. 5° Enfin, l'aorte descendante le pousse , en partie à la moitié inférieure du fœtus, d’où il est rapporté à la veine cave inférieure , et en partie par les artères ombilicales au placenta , où nous avions fait commencer la circulation. Ainsi , il résulte de ce mode de circulation : 1° que tout le sang n'est pas revivifié en entier dans le placenta, comme l’est tout le sang veineux dans le poumon chez l'adulte ; mais qu'il n’y en a qu'une partie, comme chez les reptiles; 2° qu’à cause de cela, les deux systèmes circulatoires ne sont pas isolés, comme ils le sont chez l'adulte, puisqu'il y a communication entre les deux 32*

500 VIB INTRA-UTÉRINE.

oreillettes , entre les artères pulmonaire et aorle ; 3° que Je lieu d’abouchement des deux sangs n’est pas l’oreillette, comme chez les reptiles, mais la veine cave inférieure; 4° que cependant, les parties ne reçoivent pas un sang également bon, puisque les supérieures reçoivent celui qui vient immédiatement du placenta, et qu’on peut supposer le meilleur, tandis que les inférieures ne recoivent ce sang qu'après qu’il a parcouru la moitié supérieure du fœtus ; 0° qu’enfin il y a en quelque sorte opposition entre les systèmes circulatoires supérieur et inférieur, ces systèmes se croisant en 8 de chiffre au cœur , la veine cave alimentant par le trou de Botal l’oreillette gauche et l'aorte ascendante, et la veine cave supérieure alimentant l'oreillette droite et par le canal artériel l'aorte descendante.

Au contraire, Bichat et M. Magendie, nient cet isolement du sang des deux veines caves dans l'oreil- Jette droite; pour qu’il füt possible, disent-ils , il faudrait que les deux oreillettes et les deux ventricules du cœur se contractassent séparément, ce qui n’est pas. Selon eux, les sangs des deux veines caves se mêlent dans l’oreillette droite; mais à raison du trou de Botal, et de la valvule d’Eustachi, l'oreillette gauche en est remplie en même lemps que la droite. Dès-lors , si les deux sangs se mêlent à ce lieu, c’est un même sang qui est projeté dans les aortes ascendante et descendante; et l’on ne peut, par la différence de ce sang, expliquer la différence de développement des moiliés supérieure et inférieure du fœtus, et admettre que si les parties supérieures ont un développement plus hâtif que les inférieures, c’est qu’elles reçoivent un sang meilleur. Ils expliquent l'existence du trou de Botal, par la nécessité

PHYSIOLOGIR DU FOŒTUS. do:

de faire parvenir du sang à l'oreillette gauche ; celle du canal artériel, par le besoin de dériver vers l’aorte un sang qui ne peut alors aller au poumon; et si enfin les deux ventricules réunissent alors leur action pour projeter tout le sang dans l'aorte, c’est, disent-ils, qu'il n’y à pas trop de leur puissance réunie, pour faire parvenir ce fluide jusqu’au placenta. Les différences d’avec l'adulte sont toujours : qu’il n’y à qu’une partie du sang, et non sa totalité, qui va se revivilier dans le placenta ; que c’est au système veineux inférieur, et non au supérieur , qu’arrivent les substances réparatrices ; que c’est à l'oreillette droite, et non à la gauche, qu'arrive le sang nouveau; et qu'enfin, c’est au placenta , et non au poumon, qu'est opposé le système capillaire général. Outre la controverse relative au mélange , ou à l’isolement des sangs des deux veines-caves dans l'oreillette droite, controverse dans laquelle nous penchons pour l’avis de Bichat et de M. Magendie, il en est une autre bien plus difficile à résoudre. Le sang versé par les artères ombilicales dans le placenta, revient-il en entier ou en partie seulement par la veine ombilicale , ou estil reporté en totalité ou en partie dans la mère par les veines ulérines ? La réponse à cette question dépend de l'opinion qu’on se fait des fonctions du placenta. Geux des physiologistes qui font de cet organe un agent de respiration , admettent que le sang des artères ombilicales est presqu’en entier rapporté par la veine, après avoir été revivifié, soit par quelques nouveaux principes qu'il a acquis, soit par quelques élémens dont il a été dépouillé. Mais il est quelques auteurs qui font aussi du placenta un organe d’excrétion , analogue au rein, comme nous le dirons ci-après; et, dans cette

hypothèse, le sang des artères ombilicales se perdrait tout-à-fait dans le placenta , et par conséquent dans la mère , sans plus retourner au fœtus.

Toutefois , à mesure qu’on approche de la naissance, la circulation se rapproche du mode qu’elle présente dans l’adulte. Une valvule rétrécit graduellement le trou de Botal, et finit par l’oblitérer; la valvule d'Eustachi diminue ; les vaisseaux artériels du poumon augmentent, et plus de sang arrive à cel organe; le canal artériel se rétrécit. La quantité de sang de la veine cave inférieure, qui se mêle à celui de la veine cave supérieure pour aller au ventricule droit et non à l'oreillette gauche par le trou de Botal, va en augmentant sans cesse jusqu’à la naissance ; et il en est de même et coïncidemment , de la quantité de sang qui du ventricule droit va au poumon et revient à l'oreillette gauche, et de celle qui, du ventricule gauche, va à l'aorte descendante.

S. III. Appropriation du ‘sang du Fæœtus aux parties de cet étre pour la nutrition proprement dite.

Nous venons derechercher successivement, quels matériaux nutritifs servent à la formation du sang du fœtus, comment se fait ce fluide , et comment ilest conduit dans les organes. Il faut voir maintenant ce qu'est ce sang, et comment il nourrit les parties et leur est approprié. Sous le premier rapport, le sang du fœtus ressemble beaucoup à celui de l’adulte ; il est rouge ; par le repos il se coagule et se partage en sérum et en caillot; seulement il est plus riche en sérum , plus pauvre en globules , et sans aucune trace d’acide ni de sels phospho-

riques. Sous le second rapport, il doit servir à alimenter les nutritions, les calorifications et les sécrétions du fœtus.

1° Les nutritions proprement dites du fœtus se font sans doute par lermême mécanisme que celles de l'adulte: elles consistent aussi dans la conversion de son sang dans la substance de ses organes. En effet , il est certain que les diverses parties du corps ne se montrent que postérieurement à leurs artères; qu’elles apparaissent dans le même ordre que sont créés leurs vaisseaux sanguins ; que leur développement se fait dans la direction que suivent leurs vaisseaux; et qu’enfin leur volume et les divers degrés d'activité de leur accroissement sont en raison du nombre et du calibre de leurs artères. Nous avons déjà reconnu la vérité de ces assertions à l'égard du système nerveux; et elles ne sont pas moins vraies en ce qui concérne tous les autres systèmes du corps. Il est sûr que les diverses parties du corps ne se suC= cèdent les unes aux autres dans leur développement, qu'à mesure que leurs artères se succèdent elles-mêmes et acquièrent tour à tour un plus grand volume. Si l’artère d’une partie dimmue de calibre ou s’oblitère tout: à-fait , cette partie ne se développe pas, reste rudimentaire , où même manque en enter ; et c’est ainsi, pour le dire en passant, que la plupart des monstruosités reconnaissent pour causes , des vices dans le système vasculaire artériel. Or, pourquoi tous ces rapports entre les artères et la nutrition des parties, si ce n’est que celles-ci sont formées aux dépens du sang qu'apportent celles-la? Quelles plus fortes preuves peut-on donner , que les divers organes sont comme sécrétés par le travail des arlères, sur le trajet de ces vaisseaux; et

par conséquent que les nutrilions du fœtus consistent, comme celles de l’adulte, dans la solidification du sang ? Mais ici se présente un phénomène que nous verrons se prolonger pendant une bonne partie de la vie extraulérine , et dont nous n’avons pas parlé en trailant de Ja nutrition dans l’âge adulte, c’est celui de l’accroissement. Non-seulement chaque partie se nourrit, mais encore elle croît. En quoi consiste ce phénomène d’accroissement ? D'abord , dans l’origine de la vie, l’accroissement ne consiste pas simplement dans une augmentation du volume et des dimensions des organes; mais il entraîne des changemens entiers de texture, de véritables métamorphoses , et par conséquent une véritable formation de parties nouvelles aux dépens du sang. En eflet, dans les premiers temps, le fœlus n’est qu’une masse homogène, dans laquelle on ne peut distinguer aucuns des systèmes et appareils qu’il offrira par la suite: il n’est guère possible de croire, que dès cette époque, il contient déjà en lui, mais en miniature, et roulés sur eux-mêmes, tous ses organes, comme l'ont dit ceux qui ont pris le mot d'évolution dans toute sa rigueur. Il est bien plus probable d'admettre, comme on le fait aujourd’hui, que son organisalion, très-simple d’abord, s’est métamorphosée successivement, mais sans qu’on sache comment, en d’autres organisations plus compliquées ; et l’on peut en donner comme preuve la remarquable particularité que nous à offert le fœtus humain, de présenter successivement, dans ses systèmes nerveux, osseux , vasculaire, digestif, etc., les formes qui appartiennent à chacune des quatre classes d’animaux vértébrés. En second lieu , lorsque plus tard, le fœtus à acquis toutes les parties que nous avons vu

constituer l’homme adulte, l’accroissement ne consiste plus que dans une augmentation du volume et des dimensions de ces parties ; mais il est probable que cette augmentation n’est due encore, comme dans le cas précédent, qu'à la formation de molécules nouvelles qui sont comme sécrélées des artères el surajoutées aux anciennes. C’est ce qu’on voit, en effet, avec évidence dans les os, par exemple; l'accroissement des os longs tient à la formation et à l’ossification successive d’une couche mince de cartilage qui apparaît entre leur corps et leurs épiphyses ; celui des os plats, et l'accroissement en épaisseur de tout os quelconque résulte aussi de la formation et ossilication d’une semblable couche créée par les vaisseaux sanguins entre Pos et le périoste. Bichat, embrassant le phénomène de l’accroissement dans les deux degrés , supposait, pour l’expliquer , un parenchyme de nutrition commun, dans lequel ensuite s’isolaient tous les organes, à mesure que chacune des régions de ce parenchyme s’incrustait d’une substance nutritive diverse. Mais peut-on se contenter aujourd’hui d’une notion aussi vague , et qui d’ailleurs laisse la difficulté toute entière ? comment a été fait dans son origine ce prétendu parenchyme de nutrition ? pourquoi chacune de ses régions s’incruste-t-elle d’une substance nutritive diverse, et devient-elle ainsi un système, un tissu distinct? comment les dimensions de ce parenchyme augmentent-elles? dira-t-on qu’en verlu d’une force d'expansion , il s’est allongé en tout sens, de manière à pouvoir admettre entre ses interstices plus écartées un plus grand nombre de molécules constituantes ? mais c’est là une supposition gratuite, que même les fails récusent, car dans leur accroissement, les organes,

non- seulement s’allongent , mais acquièrent plus d’épaisseur. Tout annonce que, si dans l’origine, les organes ont élé formés par le dépôt de molécules provenant du sang des artères; de même jeur accroissement en toutes dimensions , résulte du dépôt de semblables molécules apportées par le sang, et placées à la suite des premières. C’est ce que démontrent l’ostéogénie, et le mode de formation des parties nerveuses, et surtout de la moelle spinale et de l’encéphale qui sont évidemment sécrélées par la pie-mère. C'est te que prouve l’examen des parties qui se reproduisent; soit que ces parties doivent tomber et se renouveler chaque année, comme les bois des cerfs; soit que la chute de ces parlies, et par conséquent leur renouvellement, aient été accidentelles, comme cela est des pattes, de la queue des crustacés, etc. Le seul fait à faire valoir en faveur de l'idée d’un canevas primitif, est la limite dans laquelle est dans toute espèce animale renfermé l'accroissement , non-seulement du corps entier, mais de tout organe en particulier ; et encore ce fait peut-il s'expliquer par le rapport établi entre les organes qui font le sang, la quantité de sang que ces organes peuvent faire, le volume que peuvent acquérir les artères , et le balancement qui s'établit entre ces vaisseaux. Mais ce n’est pas ici lé lieu de rechercher ce qui limite l’accroissement: et bornant l'étude de ce phénomène à ce qu’il est dans le fœtus, renvoyant à ce que nous avons dit du développement de chacun des systèmes et appareils de cet être, nous ferons remarquer seulement que l'accroissement est en lui très-aclif, et d'autant plus qu’il est plus jeune. Sæmmering a même prétendu que son activité était alternativement plus grande et plus

PHYSIOLOGIE DU FOŒTUS. 907

petite; par exemple, qu'extrême dans le premier mois, elle diminuait dans le second, redoublait dans le troisième , diminuait encore dans le quatrième , s’accélérait de nouveau jusqu’au sixième, et enfin allait alors en diminuant jusqu’à la naissance. Mais ces derniers faits sont difliciles à constater, à cause des nombreuses variétés individuelles, et de l'impossibilité de connaître l’âge précis des fœtus abortifs. Cependant Meckel à cru qu'il était possible d’en donner l'explication, en ayant égard aux changemens qui se font dans la vésicule ombilicale et le placenta, le premier de ces organes se détruisant dans le deuxième mois , et le second voyant ses vaisseaux s’oblitérer en nombre d’autant plus grand qu’on approche plus de l'instant de l’accouchement.

2° Il est difficile d’avoir des notions un peu précises sur la température du fœtus : on ne sait pas si elle varie dans les diverses parties de son corps; il paraît seulement que dans sa totalité, elle est inférieure de trois à quatre degrés à celle de la mère. Gela est en rapport avec les expériences de M. Edwards, quiont montré que beaucoup de mammifères naissent animaux à sang-froid , et que même chez ceux qui naissent à sang chaud, la faculté de produire de la chaleur est toujours à la naissance à son minimum. Or, si à celte époque de la vie, bien que Îa respiration pulmonaire ait commencé, la calorificalion est peu puissante , elle doit l'être moins encore pendant la vie fœtale, dans laquelle la respiratien aérienne ne se fait pas. Nous avons dit que la respiralion paraissait avoir pour but de rendre au sang ce que les calorifications avaient fait dépenser à ce fluide: or, cette respiration chez le fœtus , si elle se fait, a lieu

dans le placenta; elle est peu de chose ; et par conséquent on peut croire que la faculté de produire de la chaleur, est chez cet être assez faible, Sa situation dans le sein de sa mère rendait cette facullé peu nécessaire ; il avait plutôt besoin de se défendre du calorique surabondant que dégage celle-ci, et qui doit tendre à le pénétrer ; et c'est, dit-on, un des oflices de l’eau de l’amnios. On assure au moins que le fœtus mort a une température plus élevée que le fœtus vivant; ce qui prouve que cet être a en lui un moyen quelconque de refroidissement. Toutefois, comme tout être vivant, le fœtus doit produire le calorique dont dépend sa chaleur; si celle-ci lui venait par communication de sa mère, il devrait en avoir la température; et, admettant en lui des actions de calorification, celles-ci doivent se faire aux dépens du sang et d’après le même mécanisme que dans l'adulte.

3° Il en est de même enfin‘ des sécrétions : si le fœtus a déjà quelques sécrétions en activité, c’est son sang qui sans aucun doute les alimente, et qui, par l’action des organes sécréteurs , est transformé dans l'humeur sécrétée. La question se réduit donc à indiquer les sécrétions qui se font chez le fœtus. Dans un article à part nous allons parler des excrémentitielles. Quant aux ré-crémentitielles, la description anatomique que nous avons donnée des parties, indique celles qui existent ; à mesure que sont formées les membranes séreuses, synoviales, médullaires , apparaissent les humeurs dont ces membranes sont les organes sécréteurs , mais avec un caractère mucilagineux plus marqué que dans les âges suivans : les humeurs de l’œil , de l’oreille se montrentavec les organes dont elles font partie constituante ; la graisse a paru dès le cinquième mois sous la peau, etc.

PHYSIOLOGIB DU FŒTUS. 20g $. IV. Des Excrétions du Fætus.

Toute nutrition suppose décomposition, en même temps que composition; le fœtus, par conséquent doit, nonseulement s'approprier sans cesse de nouveaux matériaux, mais encore rejeter quelques-uns de ceux qui le formaient, et avoir des excrétions. Îl est possible cependant que cela n’ait pas lieu dans les premiers temps de la grossesse, et qu'il n’y ait alors dans le fœtus que composilion. On conçoit, en effet, que les élémens ont besoin de faire quelque temps partie des organes, de se livrer quelque temps à l'exercice de la vie, pour être altérés et demander à être remplacés. Mais cela doit bientôt arriver, ces élémens étant très-gélatineux et ayant reçu une nature bien plus délicate, bien moins résistante que par la suite; et, il est sûr, qu’à la fin de la grossesse au moins, le fætus a des excrétions. Quelles sont-elles ? On en a admis quatre principales. 1° La sécrétion urinaire, Les uns ont dit que cette sécrétion dépuratrice, en activité dès les premiers temps de la vieutérine , donnait naissance à l'humeur de l’allantoïde. Les autres en ont fait couler le produit par l’urètre dans la cavité de l’amnios. Nous avons déjà discuté la première de ces opinions, et nous devons avouer que la seconde n’est qu'une conjecture de Meckel. Ce qu'il y a de sûr, c’est que les reins sont formés de bonne heure, que la vessie existe dès la quatrième semaine, et qu’à terme ce réservoir contient de l’urine, qui est évacuée dans les premières heures après la naissance. Cette urine est moins chargée d’urée et de sels phosphoriques que dans les âges suivans. 2° Le méconium. Nous avons

déjà parlé de cette matière visqueuse, poisseuse, qui arrive graduellement à remplir le petit et le gros intestin, el qui est évacuée dans les premières heures qui suivent la naissance. S’il est possible de considérer , avec M. Geoffroy Saint-Hilaire , cette matière comme une substance nutritive préparée pour le fœtus , ce ne peut être que dans l’origine; à la fin, il n’est plus permis de douter de sa nature excrémentitielle. Il reste seulement à savoir si elle n’est qu’une excrétion digestive. M. Fauquelin ayant analisé du méconium évacué après la naissance, l’a trouvé composé de deux tiers d’eau, d’un tiers d’une substance, sui generis, de nature végétale, de quelques centièmes de mucus, et d'un peu de bile. C’est donc une excrétion qui diffère de celle

de l’adulte par sa nature peu azotée. 5° Les excré=. tions cutanées. Probablement qu’à la fin de la grossesse , et lorsque la peau est développée, la transpiration dite insensible a lieu, et que son produit se mêle à l'eau de l’amnios : mais il est sûr au moins qu’à cette époque , le fœtus a une excrétion nouvelle , celle de cet enduit gras, caséeux , gluant, qui alors recouvre sa peau. En vain M. Vauquelin, Buniva, ont dit celte - malière un dépôt de l’albumen des eaux de l’amnios; elle est l’humeur sébacée du fœtus, car elle ne se montre que sur les parties de cêt être, manque au placenta , au cordon, et abonde aux régions de la peau où les follicules sont plus abondans. 4° Enfin, quelques physiologistes ont conjecturé que le placenta était un organe, non-seulement de préhension de matière nutritive, d’hématose , de respiration, mais encore de dépuration excrémentitielle; que les artères ombilicales lui appor= taient une quantité considérable de sang pour qu'il em

PHYSIOLOGIL DU FORTUS. 513

effectuât la dépuration, absolument comme le font les artères rénales dans l’adulte. N'est-ce pas un sang arté riel, ont-ils dit, qui dans l’adulte alimente la sécrétion urinaire ? et les artères ombilicales ne proviennent-elles pas de l’aorte abdominale comme les rénales ? Mais ces dernières considérations ne sont certainement pas de nature à constituer une démonstration; et nous ne rap” portons cette idée que comme une hypothèse de quelques auteurs.

Tel est l’état, peu satisfaisant encore, de nos connaissances sur la nutrition du fœtus. Ge que nous venons d’en dire suffit néanmoins pour faire concevoir pourquoi cet être peut hériter des maladies de sa mère. Sans parler de l'influence que peuvent exercer sur lui ses parens sous le rapport de la génération , c’est dans le sang de sa mère qu'il puise ses matériaux nutritifs ; et il peut, par conséquent, se ressentir des vices de ce sang, de son état plus ou moins bon. Que d’enfans qui naissent avecla siphilis, par exemple! La connexion du fœtus avec sa mère est telle d’ailleurs, qu'ilest exposé à souffrir de toutes les perturbations que celle-ci éprouve pendant sa grossesse. Cependant cela n’est pas absolu; comme il a son organisme séparé, il peut triompher des influences mauvaises qu'il reçoit de sa mère, et ne pas partager son état de santé. Que de femmes fort souffrantes pendant leur grossesse , mettent au jour des enfans bien portans ! De son côté, le fætus peut avoir ses maladies propres. Les monstruosités qu’il est susceptible de présenter provienneni; ou de ce que deux germes , deux œufs se sont accollés, fondus l’un dans

l'autre ; ou de ce que des maladies ont altéré ses organes, amené la destruction, la perversion de quelquesunes de ses parties ; ou enfin de ce qu'il a été arrêté à quel: ques-uns de ses premiers développemens. Il est certain que le plus grand nombre des monstruosités représente quelques-unes des formes premières qu’a eues le fœtus; et que l'étude de ces monstruosités estutile, sous cerapport, comme éclairant la série des métamorphoses que doit éprouver cet être. Nous avons parlé de l'influence qu’a sur leur production l’état du système vasculaire sanguin, les monstruosités étant par défaut ou par excès, selon que les artères manquent ou sont doubles , etc.

ArTicee II.

Des fonctions de relation et de reproduction du T'œtus.

Nous réunissons dans un même article ces deux ordres de fonctions, parce que nous avons peu de chose à en dire. D’abord les fonctions de reproduction sont nulles , et n’entreront en exercice que plusieurs années après la naissance. Il en est de même des fonctions de relation; ou, s’il y a du doute, ce n'est que pour quelques-unes d’entre elles seulement, et à la fin de la grossesse ; dans les premiers mois , il est sûr que le fœtus n’en manifeste aucune. Nous avons dit qu'il n'avait aucune conscience des actes qui accomplissent sa nutrition , et que ces actes n'étaient nullement dépendans de sa volonté. Du reste, interrogeons chacune des fonctions de relation dans cet être, d’après l’ordre selon lequel nous les avons disposées dans l'adulte.

Parmi les sens externes, évidemment celui de la vue

PHYSIOLOGIE DU FOŒETUS. 515

ne peut être en exercice , quelque précoce que soit le développement de son organe , Car sOn excitant obligé, la lumière , ne peut pénétrer la poche close dans laquelle est renfermé le fœtus. Il est probable qu’il en est de même du sens de l’ouie; cependant on peut moins l’assurer , car les corps solides sont conducteurs du son comme les gaz , et par conséquent quelques sons pourraient parvenir.aux oreilles du fœtus. Si les eaux de l’amnios sont avalées ou respirées, comme quelques physiologistes l'ont pensé , ces eaux pourraient en passant impressionner les sens du goût et de l’odorat; mais nous avons dit que la digestion et la respiration de ces eaux étaient des points douteux, et par conséquent il doit en être de même du service des sens du goût et de l’odorat. Quant au tact, il n’est guère possible de douter qu’il n'agisse déjà dès la fin de la grossesse. Peut-il être indifférent pour le fœtus, que ses parties soient en contact, ou avec les eaux de l’amnios seules , ou avec les membranes de l’œuf et l’utérus, ou avec ses propres parties ? et ne doit-il pas recevoir en ces divers cas des impressions tactiles différentes ? Les mouvemens qu’il exécute si vivement à la fin de la grossesse, ne doiventils pas en partie être attribués au besoin qu'a cet être de faire cesser quelques pressions, quelques attitudes génantes? Ne doit-il pas au moins avoir la sensation de ses propres mouvemens ? Peut-être aussi recçoit-il quelques sensations de température, par suite de ses rapports avec sa mère? D’après ces considérations, tous les auteurs croient que le sens du tact est en exercice à la fin de la vie fœtale ; et, en elfet, la peau d’une part, et le centre de perception de l’autre, ont alors tout le développement nécessaire, 4. | 35

Si des sens externes nous passons aux sensalions 1njernes ou besoins, elles nous paraîtront encore plus devoir manquer dans le fœtus. Et, en effet, lorsque les fonctions de respiration, de digestion ne sont pas en activité, de quelle nécessité seraient les besoins d’inspirer et d’expirer , ceux de la faim , de la soif? Lorsqu'il n’y à pas possibilité d’évacuer aucunes matières excrémentilielles , et que ces matières s'accumulent seulement dans leurs réservoirs qui suffisent à les contenir, est-il besoin de ressentir les sensations qui invitent à les expulser, les besoins de la défécation , de l’'excrétion de l'urine ? Chez l'adulte, ces diverses sensations existent, parce qu’elles guident dans l’accomplissement des ingestions et des excrétions, qui sont plus ou moins dépendantes de sa volonté : mais dans le fœtus, tous ces actes sont aussi irrésistibles que dans un végétal, et par conséquent cet être n’avait pas besoin d’y être provoqué par aucune sensation intérieure. Peut-être cependant se manifeste-t-il en lui, à la fin de la grossesse, celles de ces sensations qui excitent à mettre en jeu ceux des organes qui sont assez développés pour entrer en exercice ; et peut-être est-ce à celte cause qu'il faut atiribuer quelques-uns des mouvemens qu’ilexécute alors.

Il est possible aussi, mais à la fin de la grossesse, qu’à l’occasion de quelques maladies , le fœtus éprouve quelques douleurs : cet être, en effet, sera apte à en éprouver dès les premiers instans de sa naissance; et certainement dans les derniers temps de la vie utérme, le centre de perception est assez développé pour percevoir une impression dolorifique , si d'autre part la cause de celle-ci se rencontre en quelque organe.

Quant aux facultés intellectuelles et affectives; desti-

nées à nous guider dans nos relations avec le monde extérieur et nos semblables , elles semblent devoir être inutiles au fœtus, dont la vie est purement végétative : aussi sommes-nous disposés à dire , avec Bichat, qu’elles ne sont pas encore en exercice. Cependant Cabanis se demande, si déjà ces précieuses facultés ne s’annoncent pas par quelques essais impuissans, par suite de ce même instinct qui pousse tous les animaux à exercer leurs organes, bien avant le temps où ils peuvent réellement en obtenir du service : si l’on voit l’oiseau agiter ses ailes avant que les plumes les recouvrent , et lorsqu’évidemment ces organes ne peuvent le porter, pourquoi le cerveau ne s’essaierait-il pas de même à la production des actes sublimes qui lui sont départis? M. Gall émet le même doute que Cabanis.

Voilà pour la fonction de la sensibilité. Celle de la locomotilité est aussi restreinte ; ce n’est que vers le milieu de la grossesse que le fœtus exécute des mouvemens perceptibles pour la mère, et encore ces mouvemens sont-ils d’abord assez faibles. Il est possible cependant qu'il en ait produit beaucoup plus tôt, et que la faiblesse de ces mouvemens, la petitesse du fœtus , et la grande quantité de l’eau de l’amnios, aient empêché de les sentir. À partir du cinquième mois jusqu’à terme , ces mouvemens deviennent de plus en plus fréquens et forts, et ils sont appréciables au tact et à la vue à tra. vers les paroïs de l'abdomen. La question importante est de savoir quelle cause ‘les provoque , et s'ils sont volontaires ou involontaires. Bichat les dit involontaires, quoique ordonnés par le cerveau; selon lui, ce viscère les détermine, consécutivément aux irritations qu’il recoit des différens viscères intérieurs à l’oc-

LA

casion de leur service. Cabanis veut qu'ils soient les premiers essais d’un système qui manifeste déjà le besoin d’agir, et qui se prépare ainsi à l'accomplissement de son service ultérieur. D’autres disent qu’en certains cas, ils tendent à faire cesser quelque attitude gènante et douloureuse pour le fœtus, cas auquel une volonté , confuse au moins, en serait le principe. Il est probable que ces mouvemens reconnaissent tour à tour l’une ou l'autre de ces causes. On a remarqué que lorsque le fœtus vient à périr par une cause soudaine dans les derniers temps de la grossesse, sa mort est précédée de mouvemens désordonnés : cet être éprouverait-il alors des convulsions sembiables à celles qu’éprouvent les animaux auxquels un accident subit, une hémorragie surtout , ravit la vie?

La sphère de la sensibilité étant réduite chez le fœtus à quelques sensations tactiles, et cet être n’éprouvant encore aucuns besoins physiques ni moraux, on Concoit que chez lui les actions d'expressions doivent être nulles. Quant au sommeil, on a l'habitude de dire que le fœtus est plongé dans cet état pendant tout le cours de la vie fœtale; c’est, selon nous, s'exprimer mal, ou avancer un fait faux. Le sommeil suppose la veille, et l'exercice de celle-ci étant nulle, comme nous venons de le voir, l’état dans lequel est le fœtus ne peut être comparé au sommeil. C’est comme si l’on disait que le végétal est dans un état continuel de sommeil. Le fœtus est dans un état d’insensibilité et d’immobilité, non parce qu'il dort, non parce que son système nerveux répare les pertes qu'il a faites dans les temps précédens, mais parce que ce système n’a pas encore le développement qui lui est nécessaire pour commencer son service

PHYSIOLOGIS DU FOETUS. 917

de veille, ou parce que les conditions extérieures qui doivent l’y provoquer manquent.

Telle est l’histoire de la vie fœtale. Sa durée est généralement de deux cent soixante - quinze à deux cent quatre-vingts jours , de neuf mois de trente jours. On a jadis beaucoup agité la question de savoir si son terme ne pouvait pas être avancé ou reculé : cette question des naissances précoces et des naissances tardives, est difficile à résoudre dans l’espèce humaine par des faits directs : quel moyen, en effet, de constater chez elle l'instant précis de la conception ! et peut-on ajouter toute foi à ce que les femmes peuvent assurer à cet égard ? Mais par l’exemple des animaux chez lesquels il est plus facile de reconnaître le jour où la conception a eu lieu, et d’après l’analogie des autres âges qui sont susceptibles de s’écouler plus promptement ou plus lentement, on a toutes raisons de croire que la durée de la vie fœtale est susceptible aussi de quelques variations. D’un côté, M. Tessier a observé des variations assez grandes et assez fréquentes dans des portées de vaches, de jumens, de brebis, de chiennes , après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour bien fixer le jour del’imprégnation dans ces animaux ; et pourquoi ce qui arrive en ces espèces ne pourrait-il pas arriver de même chez nous ? D’autre part, les autres âges ne sont-ils pas susceptibles de s’écouler tantôt plus tardivement, tantôt plus rapidement? ne voit-on pas la dentition, par exemple, la puberté , être plus hâtives chez les uns, plus retardées chez les autres ? certains individus, abstraction faite de leur manière de vivre, n’arrivent-ils pas plus tôt ou

plus tard que d’autres à la caducité? Or, pourquoi la variation qu’on observe dans ces derniers âges de la vie, ne se rencontrerait-elle pas de même dans le premier ? Il n’est pas dificile d’ailleurs de donner l'explication de ces naissances précoces ou tardives. Selon que le germe a une vitalité intrinsèque plus ou moins énergique, il doit acquérir plus ou moins promptement le degré de développement qui lui permet de commencer sa vie indépendante : selon que l’utérus parvient plus ou moins rapidement au degré d’ampliation qu’il ne peut dépasser , l’accouchement se fera à une époque plus ou moins rapprochée. Nousn’avons pas besoin de dire que pour qu’une naissance soit dite précoce , il faut que l'enfant naissant, non-seulement puisse continuer de vivre, mais encore ait au jour de sa naissance toutes les qualités de l’enfant à terme. On sait, en effet, que l’accouchement est souvent prématuré, et que beaucoup d’enfans nés avant terme sont viables. Toutefois, la loi a résolu affirmativement cette question des naissances précoces et tardives, car elle a déclaré enfant légitime tout enfant qui naît entre le cent quatre-vingtième et le trois centième jour après la cohabitation des époux.

SECTION IL Vie extra-utérine.

Ox appelle ainsi tout le temps de la vie de l’homme

qui s'écoule depuis la naissance jusqu’à la mort. Pendant cet intervalle, l’homme n’éprouve pas moins de

Page 1