CHAPITRE III
Adolescence. — Puberté.
Ge troisième âge de la vie est marqué par l'achèvement entier de l’accroissement en hauteur, parle développement complet des organes génitaux, et la possibilité d'exercer la génération. Sa durée s’étend de quinze à vingt-cinq ans chez l’homme, et de quinze à vingt-un ans chez la femme. Dans les premières années dela vie, les deux sexes avaient parus semblables dans leurs traits généraux; ils étaient confondus sous la dénomination commune d'enfans. Déjà, dans le cours de l’âge précédent, chacun d’eux avait commencé à revêtir ses traits propres , à signaler ses inclinations particulières. Mais dans celui-ci leur distinction va s’établir tout-à-fait: et dans la description que nous ayons à donner, il faut séparer ce qui est de l’homme et de la femme.
L'homme, dans cette période de sa vie, arrive à sa stature; son corps est svelte et élancé; sa peau a perdu de sa finesse et de sa blancheur; ses cheveux ont bruni; son tissu cellulaire s’est condensé : ses muscles devenus plus volumineux se dessinent en reliefs à l'extérieur ; les traits de son visage bien prononcés transmettent désormais les formes héréditaires. La barbe apparaît , en même temps que des poils épais poussent aux parties génitales,
De semblables poils, mais plus courts, remplacent plus ou moins çà et là le duvet soyeux que dans les premiers temps de la vie offrait la peau, et se montrent surtout à la partie antérieure du thorax. La tête a perdu tout-àfait sa prédominance, et le thorax et l’abdomen suffisamment développés ont amené l'équilibre entre les cavités splanchniques. Le milieu du corps correspond au pubis. La prédominance lymphatique a disparu, et le système vasculaire sanguin est parvenu à équilibrer les vaisseaux blancs. Le cerveau à grossi beaucoup, mais surtout dans sa partie postérieure et inférieure , dans le cervelet; il a acquis aussi de la consistance, et exhale désormais une odeur spermatique. Tout le système nerveux dans le cours de la vie devient successivement moins volumineux, et plus consistant. Les os ont achevé leur ossification en hauteur. Les muscles sont devenus rouges et très-fibrineux. Le larynx a pris tout-à-coup un grand accroissement, et la glotie tout à la fois s’est élargie et allongée. Les mâchoires ont achevé leur développement par la pousse des dents de sagesse. Toutes les parties destinées aux fonctions organiques sont arrivées à l’état dans lequel nous en avons fait la description. Les organes génilaux enfin ont pris le volume et l’activité qui sont nécessaires à l’accomplissement de leurs fonctions ; les testicules ont grossi du double, et effectuent leur secrétion ; le pénis a grossi aussi, s’est allongé , est devenu susceptible d’érection ; le scrotum a pris une couleur plus brune; les seins eux-mêmes ont accusé l'excitation qui a été imprimée tout à coup à tout l'appareil , car souvent chez le jeune homme qui devientpubère, ils se gonflent et laissent suinter une humeur lactescente.
Chez la femme, le corps arrive aussi à sa hauteur,
ADOLESCENCE. 91 et de même présente les proportions qui lui sont propres ; mais la constitution générale reste bien plus ce qu’elle était dans la première et la seconde enfance. La peau conserve sa blancheur première , et souvent même en acquiert une plus grande. Loin que la graisse disparaisse , comme dans le jeune homme pubère, et laisse les muscles dessiner leurs saillies, elle devient plus abondante, et donne plus de rondeur encore à toutes les formes. Le tempérament général, au lieu de devenir sanguin comme celui du jeune homme , reste lymphatique et nerveux ; et les fluides blancs continuent de prédominer. Il ne pousse de poils qu'aux parties génitales et aux aisselles , et la chevelure seule paraît se ressentir de la crue subite, qui dans l’autre sexe est imprimée à tout le système pileux. Du reste, même développement dans les organes génitaux proprement dits ; les ovaires deviennent plus gros du double; l'utérus développé devient chaque mois un centre de fluxion pour le sang, et la sécrétion menstruelle s'établit ; le pénis se couvre de poils ; les lèvres du pudendum s’allongent ; le bassin prend l’ampliation qui permettra l’accouchement; les seins enfin, semblables jusque-là à ceux de l’homme, acquièrent le volume qui en fait un des attributs physiques et distinctifs de la femme.
Sous le rapport des fonctions , la révolution de la puberté n’est pas moins saillante. Les sens externes sont désormais animés par le nouvel instinct qui se fait sentir. Une grande activité iniellectuelle et morale se manifeste , tant parce que de nouvelles facultés apparaissent , que parce que les facultés anciennes qui dès long-temps étaient en exercice, reçoivent tout à coup un nouvel élan. D'un côté, éclate dans l'âme de l'individu un be-
55a VIE EXTRA-UTÉRINE.
soin qui lui était inconnu jusqu'alors, et qui se montre bien plus impérieux qu'aucun de ceux qu'il a jusquelà éprouvé. Ge besoin est celui de l’amour, passion la plus universelle de toutes, et à l’empire de laquelle peu d'êtres se soustraient. Sa physionomie diffère dans chaque sexe; dans l’homme, il s'annonce par l’audace, la violence , l’emportement ; dans la femme , il est précédé de la pudeur , voile des désirs, d’un instinct irréfléchi de plaire, de coquetterie. C’est alors que les jeunes gens des deux sexes prennent le goût de la parure , de même qu’on voit les oiseaux revêtir au temps de leurs amours de plus belles couleurs. Dans l’origine de son développement, souvent le but de ce nouvel instinct n’est pas bien annoncé , el une sollicitude vague entraîne l'être vers un bien qu’il ignore; mais bientôt son objet est clairement décélé, et l’être connaît la nouvelle faculté qui lui est donnée. D’un autre côté, les autres facultés intellectuelles et affectives, par l'addition de ce nouvel instinct, prennent un plus grand essor; l'esprit accuse plus de puissance et d'activité , le cœur plus de chaleur et d’entraînement. ’être est alors sous le rapport moral dans le plus bel âge de sa vie; il sent toutes ses forces, il y a confiance, et espère le bonheur. D’une part, en effet, si cette époque de la vie est celle de Famour, des plaisirs, elle est aussi celle des nobles travaux ; à quels beaux résultats intellectuels peut parvenir alors une jeunesse, qui a été bien préparée et qui est bien dirigée! D’autre part, quelle richesse dans les sentimens du cœur ! on est sans doute imprudent, léger , présomptueux , indiscret ; mais le cœur est plein de générosité, de noblesse , et affranchi de tout égoïsme. La réaction exercée par le nouvel
instinct qu’on a acquis , se fait sentir aussi sur les mouvemens; le jeune homme ayant désormais toute son énergie physique , éprouve le besoin de l’employer; et les exercices violens de la chasse, de la guerre, des voyages, sont autant de moyens par lesquels il consume l'excès de ses forces. Ses expressions surtout trahissent l’état nouveau de son âme; son œil brille d’un plus vif éclat, sa physionomie est plus animée. La voix a changé ; dans l’homme, elle a pris un caractère plus grave, indice de la force nouvelle que l’être a revêtu; dans la femme elle a pris un timbre plus doux. De même que les sens , le langage parlé prend un caractère passionné; alors la parole devient facile, et presque tout homme estéloquent ; c’est alors aussi que les arts de là musique, de la poésie , de la danse , sont cultivés avec le plus de succès, et qu'irrésistiblement presque le goût en naît. Le sommeil lui-même n’est pas étranger à cette remarquable révolution; sans doute il est moins log que dans les âges précédens; déjà il recoit le joug de l’habitude , joug qui s’appesantit d’autant plus sur tous les actes de l’économie qu’on avance plus dans la vie; mais il est souvent troublé par des rêves relatifs aux nouveaux sentimens qui ont éclaté dans l’âme , et souvent l’adolescent goûte dans ces rêves les plaisirs nouveaux auxquels il est appelé et auxquels il n’a pas osé encore se livrer.
Sous le rapport des fonctions de nutrition , les changemens sont moindres. La digestion réclame encore une alimeniation très-abondante , puisqu’alors le corps achève son accroissement en hauteur, et que tous les organes en pleine activité font plus de dépenses que jamais. Cependant , on est distrait par l'instinct nou-
veau qui a éclaté, du plaisir attaché à l’exercice de cette fonction , et l'habitude commence à en régler tous les actes. Gomme dans tous ces premiers âges de la vie le corps croît, et que son accroissement se fait aux dépens du sang, on conçoit que la nature a dû faire croître aussi les appareils qui font ce fluide , et particulièrement les organes digestifs et respirateurs. C’est ce qui est en effet. Successivement l'estomac a pris plus d’ampleur, et a pu digérer une quantité plus grande d’alimens. Le poumon de même s’est graduellement agrandi; et à l’époque que nous décrivons ici, son développement surtout devient manifeste; il se fait réellement alers une quantité de sang plus considérable; aussi le tempérament devient-il sanguin ! Les nutritions enfin impriment à la matière des organes une nature plus animalisée , comme le prouvent la composition chimique de ces organes , et la nature desexcrétions. Non-seulement alors les muscles contiennent plus de fibrine , le sang est moins séreux et plusriche en globules , le tissu nerveux est plus dense, etc.; mais les excrétions accusent une animalisation plus grande ; dans l’urine, l’urée a pris la place de l’acide benzoïque; la transpiration cutanée , su lieu d’être acidule, «a une odeur musquée, etc. Ainsi, de même que les fonctions sensoriales sont désormais en plein exercice, de même les fonctions organiques ont toute leur puissance , et impriment à la matière qu’elles travaillent les qualités d’organisation et de vie dans toute leur plénitude.
Enfin, c'est alors qu'entrent en exercice les fonctions génitales : l'établissement des menstrues chez la femme, celui de la sécrétion spermatique, et la fréquence des érections chez l’homme, annoncent que l'être peut dé-
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sormais accomplir l'œuvre de sa reproduction. Le développement survenu dans les organes génitaux, nonseulement a pour résultat de permettre Fees ment de cette faculté, mais encore il est marqué par une réaction sur tous les organes du corps, de laquelle résulte un surcroît marqué de vie. En effet, si lors de la puberté, toutes les fonctions accusent une activité nouvelle, ce n’est pas seulement parce que par une coïncidence heureuse les appareils de ces fonctions ont éprouvé un redoublement d’accroissement, en même temps que se développaient les organes génitaux; mais c’est que ceux-ci évidemment ont réagi sur les premiers , soit par le changement que la sécrétion spermatique imprime au sang, soit sympathiquement. Ce qui le prouve, c’est que si les organes génitaux ne se développent pas, ou sont enlevés avant l’âge de leur développement, la constitution générale reste avec la plupart des traits de l'enfance, comme cela est chez les eunuques. Ce qui le dénote encore , c’est que les changemens généraux de la puberté sont toujours un peu en raison du degré de développement et d’activité des organes génitaux; c’est que ces changemens réclament la continuité de l'influence de ces organes pour se maintenir , et disparaissent en partie quand, pat accident , les organes génitaux sont enlevés, ou qu'on est arrivé à l’âge où leur exercice doit naturellement cesser. L'âge de la puberté, du reste, comme tout autre, ne se prononce que par gradation; il ne faut pas croire que l’accomplissement d’une première excrétion spermatique chez l’homme , ou une première irruption menstruelle chez la femme, en marque l’achèvement complet ; il n'arrive que trop souvent, que les organes génitaux
ont un développement häâtif, qui n’est pas en rapport avec le degré d’accroissement du reste du corps; et, pour juger s’il faut céder à l’entraînement qu'ils inspirent, c'est moins leur état qu'il faut consulter que celui de l’économie entière ; car le vœu de la nature est que l'individu soit parfait avant qu’il pense à la reproduction. Si l’époque de la dentition est souvent orageuse, il en est de même de celle de la puberté, surtout chez la femme ; combien de jeunes filles éprouvent alors d’accidens variés ! D'autre part, la révolution que cet âge amène dans toute la constitution, fait souvent cesser toutes les maladies de l'enfance, mais pour prédisposer l'être à de nouvelles affections, qui sont particulière- … ment les congestions sanguines sur les organes de las voix et de Ja respiration.