CHAPITRE IV
De la l'irilité.
Dans l’âge précédent, l'accroissement du corps en hauteur s’était terminé. Dans celui-ci, s’achève l’accroissement en épaisseur , d’où résulte enfin le dévelopment entier de toute l’organisation, la possession de toutes Les facultés. Tels sont , en effet, les traits distincfs de ce quatrième âge dela vie, qu’on appelle virilité , qui est celui dans lequel nous avons supposé l’homme quand nous avons fait l’histoire de ses fonctions, et qui s'étend pour lui de la vingt-cinquième à la soixantetroisième année de la vie , et pour la femme, de la vingtunième à la cinquantième. M. allé Va subdivisé en trois époques : la virilité croissante , la virilité conjirmée , et la virilité décroissante.
Dans la première , s'achève tout-à-fait l'accroissement en hauteur , et l'individu arrive à sa stature propre , qui est ordinairement de cinq pieds à cinq pieds et demi pour l’homme, et de quatre pieds huit ou dix pouces, à cinq pieds pour la femme, Mais en même temps l’accroissement en grosseur continue , et la taille devient par degrés moins svelte que dans l’âge précédent. Toutes les parties plus grosses, partant plus fortes , ont déjà un port moins élégant. La barbe devient plus épaisse, plus dure ; tout le système pileux prend une teinte plus foncée, les cheveux, par exemple. Il en est de même du teint du visage, de la couleur des yeux, La peau .s épaissit et brunit. La physionomie a désormais son “caractère, propre; el tout le corps a revêtu son tempérament spécial, qui s’approchera d’autant plus du bilieux qu’on sera plus près du milieu de la vie. Alors les divers appareils, sont tels que nous les avons décrits quand nous avons fait l’histoire des fonctions. Les Systèmes lymphatique et cellulaire ont tout-à-fait perdu leur prédominance , et la balance est en faveur du Sysième vasculaire sanguin. Le thorax de plus en plus s'élargit, pour prêter au grand développement des organes situés dans son intérieur ; et la direction plus spéciale des efforts de la nutrition sur cette partie du corps, explique la plus grande fréquence des maladies thoraciques , pulmonaires, à cet âge. La prédominance nerveuse en général, et celle du cerveau en particulier, ont cessé ; le cerveau n’est plus dans son rapport avec le corps, comme 1 à 12, ainsi que cela était à la naissance , ni comme 1 à 25, ainsi que cela était dans l’enfant , mais comme 1 à 55. La face désormais équilibre avec le crâne, à cause du développement des diverses
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cavités qui doivent exister en elle, comme sinus frontaux, ethmoïdaux, maxillaires , et parce que le nez est formé, et que les mâchoires sont désormais garnies de toutes leurs dents. En un mot, toutes les parties sont parvenues au complément de leur développement. Les os ont toutes leurs apophyses bien prononcées , toutes leurs cavités intérieures formées et remplies de moelle , leurs points primitifs d’ossification réunis et soudés. Les muscles sont épais, forts, robustes, rouges, très-fibrineux. Dans le parenchyme de toutes les parties , le tissu cellulaire se condense, et les parois des vaisseaux deviennent plus épaisses. Tous les organes ont revêlu une consistance et une fermeté , qui contrastent avec la mol- Jesse qu'ils avaient dans l'enfance. Quant aux fonctions ,h il est aisé de pressentir ce qu’elles doivent être d’après cet état des organes : ceux-ci étant parvenus à leur summum de puissance, doivent accomplir avec toute plénitude leurs offices divers ; et, en effet , l’homme a alors la possession complète de toutes ses facultés. Toutes ses fonctions sensorialss , depuis long-temps en exercice, Ont acquis plus de force, sans rien perdre encore de leur délicatesse; son esprit à plus de vigueur; son cœur plus de chaleur; et, si l'un, moins susceptible de fatigue ; peat alors entreprendre les plus forts travaux, l’autre goûte dans les liens de la famille et dans les rapports de la société toutes les affections. La puissance muscu® laire physique , n'est pas moins grande : et, quant à là généralion , c’est alors que l’homme y est le plus propre, soit qu’on ait égard à la fréquence avec laquelle il peut impunément se livrer aux fatigues de cette fonction , soit qu’on considère le degré de force qu’il imprime aux enfans qui naissent de Jui; plus tôt il sera plus enclin à
l'acte génital, mais procréera des enfans moins robustes : plus tard, il sera moins ardent, et produira une progéniture plus débile. Le sommeil est ce qui convient pour entretenir actif et puissant le système nerveux: et les fonctions organiques ont dé même toute l’activité nécessaire pour subvenir aux dépenses que fait une organisalion parvenue à la période de sa plus grande puissence. M. /JZallé fait durer de vingt-cinq à trente-cinq ans celte première période de virilité, qu’il appelle vtrilité croissante.
Dans la virilité confirmée, l'accroissement en épaisseur est fini, et désormais sont terminés ces progrès qui jusque-là avaient marqué le cours de la vie. La période dite d’accroissement est achevée; et l’homme semble ‘être dans un état stationnaire, dans lequel il ne gagne plus, mais dans lequel il ne perd pas encore , conservant la possession de toutes ses facultés physiques et morales. Ainsi, même puissance de ses sens externes , même activité dans l'esprit, même entraînement de cœur. L’homme, se possédant encore tout entier , réunit à l’activité, à la générosité de la jeunesse, toute la solidité de l’âge mûr. Éclairé par-l’expérience du passé, qui est déjà pour lui une moitié de la vie: susceptible de méditations plus soutenues ; doué d’une raison plus forte, d’autant plus que son cerveau, dans ses parties antérieures et supérieures , a continué de croître jusqu’à ces derniers temps ; c’est alors qu’il développe la plus grande puissance intellectuelle , et qu’il arrive en ce genre aux plus beaux résuliats. Moins distrait par la passion de Vamour qui commence à s’affaiblir, son cœur se livre à d’autres passions non moins utiles à l’état social, Comme celles de la renommée , de la célébrité, le désir
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d'assurer à sa famille de la fortune et un nom honoré. Sous le point de vue physique et anatomique , nous remarquerons que déjà la respiration est moins Complète en son résultat, parce que le système capillaire du poumon diminue , et que les cellules pulmonaires, si elles augmentent en capacité , diminuent en nombre. La circulation se fait avec énergie, mais avec plus de lenteur. Le sang veineux commence à prédominer sur le sang artériel. et à Ja congestion pectorale succède la congeslion abdominale. De la graisse surcharge l'épiploon, les parois abdominales ; le ventre fait une saillie non observée jusqu'alors, et la sécrétion biliaire accuse une activité toute particulière. Gette période s'étend
jusqu’à la cinquantième année chez l’homme , et la quas,
rantième chez la femme. l
Enfin, dans la virilité décroissante , l'individu présente déjà quelques indices d’un déclin , précurseur de la vieillesse et de la mort. La peau commence à se flétrir et à se rider; les cheveux grisonnent , blanchissent et tombent en partie. Les dents, usées plus ou moins dans leur couronne, s’allongent , se déchaussent
et s’ébranlent. Les sens externes perdent un peu de
leur délicatesse , parce que leurs organes se détériorent
un peu: nous venons de dire que la peau se dessèche; les humeurs de l’œil perdent un peu de leur diaphanéité; dans tous ces organes , la partie nerveuse, un peu durcie, est devenue moins affectible. Même changement dans la psychologie : le cerveau commence à s’atrophier, à se durcir, et déjà les facultés intellectuelles montrent moins de puissance , el les facultés affectives se refroidissent. Il n’y a plus le même besoin de se mouvoir; les puissances musculaires, un pe
affaiblies , peuvent moins tenir droites les diverses parties du corps , et celui-ci commence à se courber. Les expressions , que nous avons vu être constamment en raison des actions sensoriales, accusent également un premier affaiblissement. Le système nerveux , qui se montre moins Capable d’une veille active, manifeste aussi moins de puissance en ce qui concerne son action de réparation , et déjà la fonction du sommeil est moins prolongée. Quant aux fonctions organiques ; lPappétit est moindre , il faut une moindre quantité d’alimens, . des alimens d’une digestion plus facile, et l'élaboration en est plus lente, paraît coûter plus aux organes digestifs. Le système capillaire du poumon ayant déjà éprouvé une diminution assez sensible , il se fait une quantité de sang moindre, et ce sang n’a pas la même perfection que dans les âges précédens. La circulation s’accomplit avec plus de lenteur: La pléthore veineuse devient plus manifeste; la congestion abdominale continue. Les sécrélions excrémentitielles enfin, tant par leur plus grande abondance, que par la nature plus animalisée de leurs produits, annoncent que le mouvement de décomposition commence à surpasser celui de composition. Souvent même les excrétions natarelles ne suffisent plus, et la nature en établit d’insolites, de morbides ; d’où l’origine de beaucoup de maladies dépuratrices, comme dartres, goutte, rhumatisme , maladies calculeuses ,etc. Cependant, tous ces changemens sont encore peu marqués , et relativement à ces diverses fonctions, l'individu peut encore se faire illusion. Mais il n’en est pas de même à l'égard de la génération ; le décroissement ici est manifeste ; l’homme, à cette époque de sa vie, qui s'étend de la cinquantième à la soixantième année, n’a
plus la puissance génitale des âges précédens ; et chez ( la femme la perte est complète; la cessation du flux menstruel , annonce que désormais il n’y a plus de fécondité possible pour elle. Aussi, tous les attributs de son sexe disparaissent alors : les ovaires s’atrophient , l’utérus diminue de volume , les seins se flétrissent ; la réaction exercée par le système génital sur toute l’économie n’a plus lieu ; la femme perd ces formes extérieures, si agréables, qui nous séduisaient; sa peau s’épaissit, brunit, souvent pousse des poils çà et A; si elle conserve de l’embonpoint , les parties sont flasques et n’ont plus 154 fermeté qu’elles avaient jadis. Tout ce surcroît de vie que l'appareil génital avait paru répandre dans toute l’économie, ce caractère passionné qu'il avait imprimé | aux sens externes, à la physionomie, au cœur, à l’esprit, tout cela a disparu. Non-seulement les pertes que font alors les femmes sont plus grandes que celles de l’homme, puisque celui-ci n’est pas absolument dépouillé; mais elles arrivent plutôt, vers la cinquantième année , et trop souvent ce triste passage est accompagné d’orages : souvent cette période de leur yie est marquée par de nombreux accidens , qui la rendent mortelle pour beaucoup d’entre elles , et l'ont fait appeler l’âge critique. Mais, en compensation , la vieillesse proprement dite, sera pour elles plus tardive, et marchera beaucoup moins vite.