‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 39 sur 53 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

De la Mort.

On appelle ainsi la fin de tout être organisé; la cessalion de l'organisme qui le rendait indépendant des lois générales de la matière; la cessation totale et définitive des fonctions de vie qu’il présentait, suivie bientôt après de la dissolution de son corps. On en distingue de deux espèces : la naturelle ou sénile , et l'accidentelle.

La première est celle à laquelle conduit inévitablement le cours de la vie. Elle est très-rare , et le devient chaque jour de, plus en plus. On ne peut en fixer l’époque; cela varie , comme nous le disions tout à l’ heure,

td’ après la constitution originelle, le mode selon lequel on a usé de la vie, et selon le climat : généralement elle arrive avant la centième année. En traçant les progrès successifs de la vieillesse, nous en avons en quelque sorte fait la description. Les organes graduellement détériorés , n’accomplissent plus qu'imparfaitement leurs : fonctions , et il arrive un instant où ils s’y refusent tout- “à-fait. Les digestions imparfaites ne fournissent plus “qu'un mauvais chyle; les respirations n’exécutent plus l’hématose que d’une manière incomplète ; la circulation ne projette plus qu'avec difficulté, et comme en hésitant , le sang; les nutritions enfin, languissent, et par un vice dés parenchymes eux-mêmes, et parce. qu’elles emploient un sang qui, à raison du vice des k digestions et des respirations , est appauvri. Tous les or- ganes doivent donc se dégrader, s’affaiblir; il sur-

= . . , , . . te vient un amaigrissement général, de l’émaciation; les

fluides deviennent rares et de mauvaise nature: au contraire prédominent dans l’économie les matières solides déposées dans le parenchyme des parties; tous les organes se dessèchent, et surtout le système nerveux; ce rouage suprême se durcit, se callifie. Tant d’altérations successivement croissantes ; fontlanguir les fonc- . tions ; bientôt plusieurs cessent tout-à-fait, celles de La génération , des sensations, des mouvemens; chaque jour le cercle de la vie se rétrécit; chaque jour est marqué par la perte d’un sens, d’une des facultés de l'esprit ou du cœur; à la fin, il n’y a plus même de nutritions et de calorifications ; toutes Îles parties sont déjà glacées, et d'autant plus qu’elles sont plus éloignces des centres ; ceux-ci seuls agissent encore, et souvent comme en hésitant. Enfin, tout à coup l’un d’eux s'arrête, ou le cœur, ou le poumon , ou le cerveau, probablement ce dernier; le fil de la vie est désormais coupé ; l’homme expire, comme une lampe qui s’éteint; et il ne reste de ce qu’il y a de matériel en lui qu’un cadavre , qui bientôt lui-même aura disparu. Quelle est la cause de cette cessation d’action ? On l'ignore. La mort est un fait premier qui doit rester inconnu, tant qu’on ignorera quelle est l'essence et law: cause de la vie : tout ce que l’on sait, c’est qu’il est de” l'essence de l’organisation, seule forme matérielle qui développe la vie, de ne durer qu’un certain temps, et de se détruire par le fait seul de son activité. On a voulu présenter comme causes de la mort quelques-unes des détériorations que l’âge amène dans les organes; par exemple, l’ossification des artères, d’où résulte un obstacle à la libre distribution du sang dans les parties; l’ossification des cartilages costaux, et la diminution du

système capillaire du poumon , d’où résulte un empêchement à la sanguification, etc. Sans doute ces détériorations - doivent avoir une influence , et surtout celles qui portent - surles organes que nous avons présentés comme présidant àla vie, savoir : ceux qui servent à la formation et à la cir- . culation dusang artériel , et ceux de l’innervation. La vie . consistant dans l’action réciproque du sang artériel et ‘du fluide nerveux, comme nous l'avons vu, il était naturel de penser que son cours doit amener l’affaiblissement graduel de ces deux conditions de vie, et que la mort Sénile résulte de leur cessation. Ainsi , les détériorations successives qu'éprouve le poumon , et par suite desquelles * il n’exécute plus qu’imparfaitement l’hématose ; la flétrissure , l’induration graduelle du système nerveux , qui doivent finir par rendre ce système impropre à l’accomplissement de l’action nerveuse; voilà certainement deux causes de mort, qui sévissent chaque jour avec plus de force , et qui doivent s’activer réciproquement. Mais ce ne sont là en quelque sorte que les apparences de la chose; ie fond reste inconnu. Pourquoi une masse matérielle organisée, c’est-à-dire qui a ce mode de structure spéciale qui la rend propre à développer les phénomènes “vitaux, $ ‘’altère-t-elle par le fait seul du cours de la vie, “de manière à ne pouvoir les produire indéfiniment ? on l’ignore ; le fait seul est certain; la mort est inévitable : on ne jette point l’ancre, disent les poëtes, dansle fleuve de la vie. Encore une fois, notre ignorance sur la mort est égale à celle que nous avons sur la vie : on sait bien de celle-ci, qu’elle est un mouvement différent de celui que présentent les êtres inorganiques ; on connaît les “caractères principaux que doit avoir la matière pour la développer , et qui constituent ce qu'on appelle l’orga-

nisation ; Mais On ignore comment celle-ci les revêt , et en quoi réellement elle consiste. Or, si l’origine et l’essence de la vie nous échappent, peut-on ne pas ignorer de même la nature de la mort , qui n’en est que la cessation? Îei, comme dans l'étude des autres merveilles

‘de la nature, nous n’avons saisi que les surfaces.

On appelle mort accidentelle celle qui frappe Fhomme : avant que les organes soient arrivés, par le cours ordinaire de la vie, à ce degré de détérioration qui en rend impossible le jeu. Gette mort nous atteint fréquemment, parce que nous constituons l'espèce animale la plus élevée; et elle le fera de plus en plus, à mesure que nous pénétrerons plus avant dans les voies de la civilisalion. | De nombreuses causes peuvent l’amener. 1° Des accidens qui produiront mécaniquement la désorganisation des appareils qui entretiennent la vie , comme des chutes, des écrasemens , des blessures. 2° La privation des matières que nous devons irrésistiblement puiser dans Funivers pour notre conservation , comme celle de l’air de la respiration , d’où les asphyxies , celle des alimens, etc. 3 L'application au corps humain ; par quelque voie que ce soit, de substances qui corrodent localement les organes , OU qui, absorbées et portées dans le sang , vont enrayer l’action nerveuse, el anéantir cette cond Ed 4 fondamentale dé vie, comme sont les poisons. 4° Enfin, le développement spontané dans les organes du corps, d’actions morbides diverses, actions qui plus ou moins promptement détruisent leur texture ou arrêtent leurs fonctions. Ainsi, des writations , des inflammations surviennent fréquemment pendant le cours de la-vie dans les organes du corps; d'où résultent altération de la texture de ces organes, au moins suspension, perversion mo

imentanée dans leurs fonctions , et enfin, trouble général plus ou moins grand dans toute l’économie en raison de leur puissance fonctionnelle ou sympathique, et par

suite mort. On n’a pas besoin de dire que la gravité de ces actions morbides , et par conséquent l’imminence de la mort accidentelle, seront d’autant plus grandes, que ces affections siégeront en un organe plus nécessaire à la vie, et qui exercera sur toute l’économie une influence plus étendue. Les causes qui les feront naître ; ou consisteront dans des influences extérieures, comme les impressions de chaud ou de froid: ou tiendront à l'emploi même des organes, comme quand l'exercice abusif d’une partie y fait développer une inflammation funeste, ou qu’un régime vicieux a altéré l’état général des humeurs; ou bien enfin consisteront en des perturbations organiques amenées par les révolutions des âges , par l’accomplissement de quelques fonctions qui sont naturellement orageuses, comme la grossesse et l’accouchement chez la femme. Dans le tableau que nous avons tracé des âges, nous avons vu chacun d’eux prédisposer à un certain nombre de maladies. D’après la fréquence avec laquelle sévissent ces causes multi -

D plices de mort accidentelle, on ne doit pas s'étonner si ce genre de mort est si fréquent dans l'espèce hu maine; si presque tous les hommes ÿ succombent, la plupart des vieillards eux-mêmes: et si rien n’est plus rare que la mort sénile.

Cette extrême multiplicité et variété des causes de la mort accidentelle, explique aussi pourquoi cette mort se montre sous des traits si variés. Tantôt elle frappel’homme subitement , en quelques secondes , en quelques minutes;

* tantôt elle survient après quelques jours, quelques se -

ù / ne | 4 5;

079 DE LA MORT. maines de maladie; quelquefois enfin elle est, comme on le dit, chronique, et s’annonce de loin. Dans le premier cas, sa cause a porté sur les organes centraux qui président aux deux conditions fondamentales de la vie, le cœur, le poumon et le cerveau : ces organes ont cessé de dispenser le sang artériel et l’innervation nécessaires à toute vie; et toutes les autres parties, privées tout à coup, au milieu de l'exercice de leurs fonctions, de ces deux influences, ont dû s’arrêter immédiatement. Telles sont les morts par asphyxie, par la rupture d’un anévrisme du cœur , par une apoplexie foudroyante, etc. Jadis ces morts étaient toutes confondues sous le nom unique de morts subites ; mais la physiologie ayant spécifié quelles sont Les conditions premières de la vie, et la part qu'ont à leur établissement chacun des trois organes centraux qui y président, distingue aujourd’hui ces morts subites selon qu’elles arrivent par le poumon, le cerveau et le cœur ; et , à l’article des rapports fonctionnels, en traitant de l’asphyxie et de la syncope , nous avons , en effet , indiqué quels phénomènes divers accompagnent ces diverses morts, et quels désordres différens présentent dans chacune d’elles les cadavres. Dans le second cas, c’est-à-dire quand [a mort ne sur- # vient qu'après quelques jours, quelques semaines de maladie , sa cause est la lésion grave de quelque organe noble ou assez étendu; alors éclatent d’abord des sympiômes locaux , relatifs à l’organe qui est le siége du mal, et conséquemment qui sont variables comme lui; ensuite surviennent des symptômes généruux, dus à sa réaction sur Loute l’économie, soit par rapports fonctionnels , soit par rapports sympathiques ; enfin, la mort arrive au milieu de tout cet appareil, plus ou moins #

promptement et avec des phénomènes très-divers. Mais la physiologie n’est pas encore assez avancée pour indiquer toujours dans ces divers cas, pourquoi la mort est survenue. Quelquefois elle le peut, comme quand l’organe malade est un de ceux chargés d’une des fonctions vitales, et a éprouvé une altération matérielle qui a dû l'empêcher d’agir; par exemple , quand dans une pneumonie , le poumon s’est hépatisé. Mais dans d’autres cas, cela est moins facile. Par exemple, pourquoi meurt-on si promptement dans une péritonite? le périloine n'est pas chargé de l’accomplissement d’une fonction vitale; il n’est que le lien qui unit à l’abdomen les viscères situés dans cette cavité splanchnique ; et cependant son inflammation fait périr en moins de temps que ne le ferait la suspension d’action de tous les organes abdominaux ; il faut bien qu’il y ail ici une influence exercée sur l’une ou l’autre des deux conditions de la vie, c’est-à-dire qu’il y ait, ou épuisement de l’innervation par la douleur , ou altération du sang artériel. Enfin , quand la mort accidentelle ne survient qu'après des mois , des années, c’est que la Jésion qui la cause , quoique siégeant en un des organes centraux , non-seulement ne peut, dès son principe, arrêter son action, mais encore ne fait que des progrès lents, et n'anéantit que graduellement , soit la formation et distribution du sang artériel , soit l’innervation. Tel est le cas des morts, par une phthisie pulmonaire qui peu à peu détruit l’organe qui fait le sang, ou par un squirre au pyicre qui détruit celui qui fournit à ce fluide ses matériaux réparateurs , etc. Dans ces cas, on voit chaque jour l'individu maigrir, s’aflfaiblir , et la mort arrive par des progrès aussi gradués que dans la vieillesse, si ce

n’est que généralement la vie animale persiste et que l'individu assiste à sa destruction. Il n’y a d’exception à ce dernier trait, que quand le cerveau est lui-même le siége de la lésion organique , comme dans l’hydrocéphale chronique, ou qu'ils’altère sympathiquement dans le cours et sur la fin de la maladie.

Tels sont les deux genres de mort auxquels succombe l’homme : il faut maintenant examiner ce qui reste matériellement de lui, c’est-à-dire son cadavre, et voir ce qui arrive à ce cadavre jusqu’à sa complète destruction. D'abord, ce qui distingue le cadavre du corps vivant, c’est son état d’insensibilité, d’immobilité, son état glacé ; la mollesse, la flaccidité que présentent bieniôt les chairs; la disposition qu'ont à se coaguler , se vaporiser , s’altérer les fluides, qui ne se meuvent plus que par les forces physiques; en un mot, sa putresci bilité , d’où résulte sa destruction plus ou moins prompte. En second lieu , ce cadavre diffère, et sous le rapport de ses apparences , ei relativement au caractère que présenie sa putréfaction, selon que la mort a été sénile ou accidentelle.

Dans la mort sénile, le cadavre est dans un état d’émaciation générale ; il n°y à presque plus de sang, non plus que d’autres fluides ; le cœur est mou et pâle ; le poumon presque desséché ; toutes les parties sont dans l’état d’amaigrissement, de dessèchement que nous avons décrit. De plus, toutes les forces de la vie ayant été épuisées ; il ne resie aucuns vestiges d'actions vitales; et, non-sétilement les fonctions centrales, dont l'arrêt constitue la mort; ont cessé d'agir, mais encore toutes celles qui se passent dans la profondeur des tissus , comme

nutritions, calorilications ; absorptions , elc. Aussi, à

DE LA MORT. 291 peine le dernier soupir est il exhalé que déjà le cadavre est froid; on ne peut par aucun stimulus réveiller des contractions dans les muscles; ce que nous allons décrire ci-après , sous le nom de roideur cadavérique, et qui paraît être un dernier effort de la contractilité musculaire, ne s'établit pas, ou est peu intense , ou de peu de durée ; aucun reste de vie ne s’oppose à l’établissement soudain de la putréfaction; et, si celle ci est cependant plus tardive que lorsque la mort est accidentelle, c’est que le cadavre est desséché, et que l'humidité qui, avec la chaleur et le contact de Pair ; est une condition nécessaire à son établissement , manque.

Dans la mort accidentelle, au contraire, le cadavre sera d’autant moins émacié, et présentera une proportion de fluides d’autant plus grande, que la mort aura été plus subite , plus prompte, et aura frappé l’individu à un âge moins avancé. Mille variétés pouvant exister sous ces deux points de vue , les cadavres aussi pourront présenter des traits extrêmement diflérens. Quelle opposition entre le cadavre du jeune homme frappé par un accident subit, dans la force de l’âge, et celui de l’homme déjà âgé , et qui succombe à une maladie chronique qui a longuement usé toutes les forces de la vie ! De même que l’examen d’un cadavre peut faire préjuger l’âge qu'avait lors de la mort la personne dont il est le reste , de même cet examen peut faire préjuger à quel senre de mort elle a succombé. En sécond lieu, dans la mort accidentelle , toutes les forces de la vie n’ont pas été complètement épuisées , et toujours persistent quelques actions vitales, avant l'extinction desquelles la putréfaction ne peut s'établir. Ges actions sont celles qui sont les moins élevées dans l’anumalité, qui se pas-

sent dans les parenchymes ; et il en reste d’autant plus, et d'autant plus long-temps , que la mort a été plus imprévue , a surpris à un âge plus fort et au milieu d’une santé meilleure, .et a été précédée d’une lutte moins longue. Ainsi, en même temps que sont arrêtées les fonctions centrales de la respiration, de la circulation , sont aussi anéanties toutes les actions sensoriales, tous les mouvemens musculaires volontaires , parce que ces actes sont les plus élevés de la vie; mais persistent , au contraire , beaucoup de fonctions organiques. Voyez, par exemple, la chaleur animale; souvent il faut plusieurs heures, un jour et plus, après l’exhalation du dernier soupir, avant que le cadavre arrive à l’état glacé qui lui est propre; et cela en raison de l’âge auquel a été frappé le malade, de la promptitude avec laquelle a agi la cause qui l’a tué, de la lutte qui a précédé la mort. De même persistent quelques - unes des autres fonctions qui se passent dans les parenchymes; on a vu, par exemple , des absorptions s'effectuer ; certaines parties , comme la barbe, les cheveux , etc., croître. Et, en effet, si les calorifications mettent quelque temps à s’éteindre , pourquoi cela ne serait-il pas de même des nutritions? Cela sera encore en raison des mêmes circonstances indiquées plus haut; et ces diverses actions ne s’arrêteront que lorsque sera consommé tout le reste de l'influence nerveuse. Ge reste de vie enfin, peut même s’observer en des fonctions plus relevées : qui oserait assurer qu’il ne se fait pas encore quelques sécrétions ; que sides alimens sont dans l'estomac, ils n’y sont pas encore un peu digérés ? on dit avoir prolongé artificiellement dans des cadavres l’activité de ces fonctions par le moyen du galvanisme , de même que par ce sti-

Fe s

mulus , on a excité la contraction des muscles. Quant àla possibilité dela persistance de celle-ci, elleestincontestable. D’abord , on a vu le rectum , la vessie se contracter dans descadavres, et accomplir leurs actions d’excrétions : il en est de même de l'utérus , et les cas de femmes qui sont accouchées spontanément après la mort, ne sont pas rares. En second lieu, on peut par l'application aux muscles de stimulans divers, mécaniques ou chimiques, en exciter les contractions, et cela plusieurs heures après l’exhalation du dernier soupir. Faut-il rappeler toutes les expériences de ce genre dans lesquelles on a employé le galvanisme, et dans lesquelles on a fait contracter le cœur , l'estomac, l'intestin, la vessie , l'utérus , les muscles de la physionomie , de la respiration , des membres , etc. ? Ce n’était que lorsqu'on avait épuisé le reste de l'influence nerveuse, que le muscle se montrait muet à l'excitation; et voici, selon Nysten, dans quel ordre les parties cessaient de se contracter : d’abord le ventricule aortique; puis, le gros intestin , le petit, l'estomac, la vessie, le ventricule pulmonaire ; en troisième lieu , l’œsophage, l'iris, les divers muscles de la vie animale ; et enfin, les oreillettes, et particulièrement l'oreillette pulmonaire. Enfin, il est un phénomène qui décèle le reste de puissance contractile que conservent et développent encore les muscles après la mort, c’est celui de la roideur cadavérique. Quand le cadavre a perdu sa chaleur , il devient roïde, et cette roideur est le dernier effort de la contractilité musculire, et par conséquent un dernier phénomène de vie. En voici les preuves : 1° La roideur survient plus ou moins promplement ou tardivement, selon que la mort a frappé l'individu dans un état plus ou moins grand

d’épuisement ; el c’est pour cela qu’elle manque souvent dans le cadavre de la personne qui a succombé à la mort sénile, ou à une maladie chronique. 2° Sa durée et son énergie son en raison du degré d’épuisement de la force nerveuse ; et c’est pour cela que faible et passagère dans la mort sénile, dans la mort accidentelle chronique , elle est, au contraire, fort intense , et dure quelquefois plusieurs jours dans le cadavre de l'individu frappé de mort subite, dans la fleur de l’âge et la force de la santé. 5° Elle persiste d'autant plus qu’elle a commencé plus tard , car étant le dernier effort de la vie et n’apparaissant que lorsque tous les phénomènes vitaux ont cessé , son apparition tardive annonce que le cadavre conservait encore beaucoup de puissance vitale , et par conséquent elle devra durer plus long-temps pour en effectuer l’enlier épuisement. 4° Enfin, l’ordre dans lequel elle s'établit est toujours le même; ce sont d’abord les muscles du tronc qu’elle saisit, puis ceux du col; en troisième lieu , ceux des membres thoraciques ; enfin, ceux des membres inférieurs, et c’est aussi dans cet ordre qu’elle cesse. Ainsi, dans la mort accidentelle, la persistance de quelques phénomènes de vie retarde l'instant de la putréfaction : celle-ci ne commence qu'après qu'ils ont cessé; et si cependant elle paraît plus prompte que dans la mort sénile, c’est que le cadavre est plus riche en fluides, et Conséquemment que les conditions physiques de la putréfaction sont réunies. La maladie Pare leurs, a pu y prédisposer davantage les organes. Dureste, l’état du cadavre pouvant être très-divers dans la mort accidentelle, les phénomènes de Ja putréfaction et sa rapidité doivent l'être aussi. Voici d’une manière générale quelle est sa marche.

D'abord le cadavre se refroidit, et cela graduellement par les surfaces et les extrémités , et d’autant plus vite, que l'épuisement nerveux par l’âge ou la maladie a été plus grand , que l'individu est plus maigre, plus privé de sang, et que l'atmosphère est plus froide. Pendant tout le temps que le corpsemploie à se refroidir , le sang reste fluide. D’un côté les artères, conservant leur élasticité, se vident de celui qu’elles contiennent, et ce fluide généralement s’accumule dans les veines caves , les oreillettes du cœur, et les vaisseaux du poumon. D'un autre côté, ce sang, obéissant à la pesanteur , s’amasse dans les parties qui sont déclives , et y forme des lividités : le reste du corps est alors pâle et jaune. il y a quelques variétés dans cette situation du sang , selon celui des trois organes centraux qui s’est arrêté le premier lors de la mort; si c’est le cœur, le poumon est tout vide ; si c’est le poumon ou le cerveau, le pou-. mon et tout le système vasculaire à sang noir en sont surchargés, et le système vasculaire à sang rouge est tout vide. Ce dernier état est le plus fréquemment observé , parce que dans les morts accidentelles c’est ordinairement le poumon qui s’engorge le premier. Pendant cette période de refroidissement, le corps est flexible et mou , les yeux sont entr’ouverts, la lèvre et la mâchoire inférieure sont pendantes, la pupille est dilatée, etc. Quand le cadavre est refroidi, d’un côté le sang se Coa-

gule, et forme des concrétions blanches ou citrines , qui se moulent dans les vaisseaux; de l’autre , S’établit la roideur cadavérique. Enfin , quand celle-ci cesse, la pütréfaction commence; c’est-à-dire un mouvement intestin , inverse de l’action organique , qui détruit toutes les combinaisons que l’action vitale avait formées , et rend

là matière qui composait le corps à la masse générale des corps inertes. Les parties molles perdent leur roideur, acquièrent une mollesse qui augmente graduellement , et s’affaissent sur elles-mêmes. Les humeurs reprennent leur fluidité ; transudant à travers leurs réservoirs , elles vont imprégner de leur odeur et de leur couleur les parties environnantes ; celles de l'œil, par exemple , passent à travers la cornée, d’où l’affaissement de cet organe , et se mélant aux corpuscules qui voltigent à sa surface, elles y forment un enduit ténu: Le cadavre exhale une vapeur, d’abord fade , plus tard infecte, qui, étant le produit de la volatilisation de quelques - unes de ses parties, diminue son poids. La putréfaction commence généralement , et par l’adbomen, à cause des matières excrémentitielles accumulées dans cette cavité , et par les organes les plus mous, les plus imprégnés de liquides, ou ceux qu'a engorgés , altérés la maladie. Peu à peu son mourement devient général : l'épiderme est soulevé par des amas de sanie brunâtre: les chairs , imbibées de liquides, deviennent gluantes, verdâtres, pulpeuses, ammontacales ; leur tex ture disparaît; confondues avec les liquides , elles se réduisent en un putrilage demi-fluide, mêlé de bulles de gaz et de l’odeur la plus infecte. Après un certain temps, il ne reste plus que les os ; et ceux- ci enfin deviennent friables ; pulvérulens, et ne laissent qu'un faible résidu terreux. Les élémens divers qui formaient le corps , arrachés ainsi aux combinaisons dans lesquelles la vie les avait entraînés , sont rendus à l’empire des lois physiques et chimiques , et vont concourir à la formation d’autres corps. Tout ce qu'il y avait de matériel dans l’homme à la fin est détruit; et c’est ainsi que sous le

rapport corporel se trouve fondée l’idée de la transmutation, de la métempsycose de Pythagore. Ce travail destructeur est plus ou moins prompt , selon l’état plus ou moins desséché dans lequel était le cadavre , et selon que se trouvent plus ou moins complètement réunies les conditions physiques qu’il exige , savoir : le contact de l'air, la chaleur, l'humidité. Il est susceptible d’offrir beaucoup de variétés , dans l’exposition desquelles ilnous est impossible d'entrer. Quelquelois, dès son début, par exemple, il se fait un dégagement considérable de gaz , ou dans le canal intestinal, ou dans les membranes séreuses , ou dans le tissu cellulaire, les vaisseaux; et il en résulte divers phénomènes cadavériques remarquables, comme reflux par la bouche et les narines du mucus et des matières contenues dans l’estomac , grande tuméfaction du ventre , refoulement du sang dans la tête, le col, les organes génitaux; sortie de ce fluide par des plaies, ce qui constitue ce qu'on appelle la cruentation cadavérique ; excrétion de ga mphysème , etc. Mais

| ve suffisent pour expliquer toutes les différences qui peuvent être obser-

les généralités que nous avons

vées.

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