‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 40 sur 53 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

L'aouve ne diffère pas seulement par ses âges, mais encore par les proportions de volume et d’activité de ses diverses parties constituantes ; chacun offre à cet égard une mesure qui fonde ce qu’on appelle sa constitution. Sans doute, il faut pour qu’il y ait santé, c’est-à-dire

accomplissement facile et complet de toutes les facultés

de la vie, que les parties qui composent le corps humain soient dans de certains rapports de volume, de densité , de nature, mais ces rapports comportent une certaine latitude#"certains organes peuvent être,

sans obstacles pour la santé, plus ou moins développés, :

plus ou moins actifs que d’autres; et il en résulte seu- . lement des différences entre les hommes, dans leurs apparences extérieures , dans le caractère de leurs fonctions , de leurs facultés, dans l’ensemble de leur vie. Ces différences ne sont pas exclusives à l’homme ; d’analogues s’observent dans tous les autres êtres organisés , tant végétaux qu'animaux. Si toute espèce vivante est organisée sur un même plan, jamais divers individus d’une même espèce ne sont tout-à-fait semblables ; toujours chacun offre quelques différences de proportion, de développement, d’énergie , dans quelques - unes de

ses parties;.il n'y a rien de complètement uniforme dans la nature. Voyez que de variétés dans les diverses feuilles et fruits d’un même arbre, dans la stature des divers animaux d’une même espèce ! Mais dans aucun animal ces différences ne sont aussi nombreuses que dons l'homme; car cet être est de tous celui qui a l'organisation la plus compliquée, et il n’est aucune des parties de son corps qui ne soit susceptible de présenter quelques particularités individuelles remarquables.

C’est de ces différences , en tant qu’elles sont compatibles avec l’état de santé, que nous avons à traiter ici. D'abord, il est plusieurs d’entre elles qui frappent aussitôt les yeux : ne voyons-nous pas les hommes différer les uns des autres par la stature, lembonpoint, la couleur de la peau et des cheveux, la disposition des traits de la figure, par le degré d'activité des sens, le caractère des facultés de l'esprit et du cœur , par la force musculaire , le degré de stabilité de la santé ou la susceplibilité aux maladies , la longévité, etc. ? En second lieu , ces différences, considérées sous le rapport de leurs causes, sont natives ou acquises ; c’est-à-dire que les unes tiennent à l’organisation qu’on a reçue en naissant de ses parens, et que les autres sont dues aux modifications que le cours de la vie a amenées dans les organes, en raison de la mesure dans laquelle on a exercé ceuxci , et des influences extérieures auxquelles on à été soumis. En troisième lieu, ces différences sont innombrables ; d’une part, en effet, chaque partie solide du corps, chaque humeur, peut offrir quelques particula- rités ; et de l’autre, il peut y avoir mille variétés dans les + proportions des unes et des autres. Aussi, ces différences sont-elles aussi multipliées que le sont les indi-

al

vidus eux-mêmes ; il n’est aucun homme qui , dans son organisation et par conséquent dansle caractère desa vie, n’offre quelques spécialités ; ainsi que nous l’avons annoncé, chacun a sa constitution ; il y à long-temps qu’on a dit qu’il n’existe dans la nature que des individualités. Enfin, ces différences n’ont pas un égal degré d’importance. 1° Les unes ne portent que sur des organes qui n’exercent aucune influence générale sur l’économie, et sont d’ailleurs si légères , qu’elles n’impriment aucun caractère nouveau à la fonction dont ces organes sont les agens; cette fonction seulement se montre un peu plus ou an peu moins énergique. Ainsi , on peut avoir l’organe d’un sens plus ou moins délicat , la vue, par exemple, myope ou presbyte. 2° D’autres , bien que portant encore sur un seul organe, et sur un organe qui reste isolé, sont cependant assez considérables pour imprimer à la fonction de cet organe un caractère insolite , irrégulier , qui fait contraste avec celui qu’elle présente ordinairement ; et ce sont celles-ci qu’on appelle idiosyncrasies. Ainsi le goût peut rechercher telle saveur , l'estomac appéter comme aliment telle substance, qui généralement répugnent à tous les autres hommes. 5° D’autres résident en des organes, qui exercent sur toute Féconomie une grande influence , et qui ne peuvent par conséquent offrir quelques spécialités, quelques disproportions de développementet d’énergie, sans modifier plus ou moins tout le corps, sans imprimer à l’homme une physionomie physique et morale particulière ; et ce sont celles-là qu’on appelle tempéramens. Ainsi , il est impossible que les divers appareils qui font le sang soient prédominans, sans qu'il n’en résulte une modification générale dans l’économie, sans que tous les organes ne se ressentent dans leur

nutrition et dans leur degré d’activité , de la plus grande abondance et de la plus grande richesse de ce fluide qui les nourrit et les excite à l’action. 4° Enfin, il est de ces différences qui semblent tenir à l’organisation primitive de l’homme, et qui semblent contredire l’idée de l’unité de son espèce : ce sont celles qui fondent ce qu’on appelle les races humaines. Ainsi , l’homme nègre est distinct de l’homme blanc ou caucasique, etc.

Comme on le conçoit, nous ne pouvons traiter de toutes ces différences. D'abord , il nous serait impossible de signaler toutes les constitutions , puisque nous avons dit qu’elles étaient en même nombre que les individus. Ensuite, il serait oiseux de décrire celles de ces différences qui sont bornées à un organe local et sans importance : de quel intérêt peut-il être , par exemple, de discuter la différence organique à laquelle on doit d’être myope ou presbyte, et qui d’ailleurs a été exposée en un autre lieu? Nous nous bornerons donc à l'étude de celles qui fondent les idiosyncrasies, les tempéramens , et les races humaines. Nous serons courts sur ces dernières, qui sont plus du ressort de l’histoire naturelle proprement dite que de la physiologie; et, quant aux constitutions, nous ne les considérerons que sous le rapport de leur force, c’est-à-dire de leur stabilité dans la santé, du degré de résistance qu’elles opposent aux causes de maladies.

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