‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 41 sur 53 · CHAPITRE, I · texte numérisé non relu

CHAPITRE, I

Des T empéramens.

Nous appelons ainsi celles des différences individuelles de l’homme, qui consistent en des disproportions de

volume et d’activité dans des parties capables de modifier consécutivement d’une manière sensible tout l’organisme , sans empêcher néanmoins la santé. Ces deux dernières conditions sont de rigueur : si la disproportion porte sur des organes qui ne sont pas assez influens pour entraîner une modification générale de l’économie, la différence individuelle n’est que locale, et n’est pas un tempérament : si la disproportion est telle, que la santé ne puisse plus persister , ce n’est pas encore un tempérament, mais un état morbide. M. Jalié appelait tem- -péramens, des différences entre les hommes, constantes, compatibles avec la conservation de la santé et de la vie, dues à une diversité de proportions et d'activité entre diverses parlies du corps humain, et assez importante pour modifier toute l’économie.

De cette définition des tempéramens, il résulte que ce genre de différences individuelles doit connaître pour causes la prédominance ou l’infériorité des systèmes et organes qui sont les plus influens dans l’économie , savoir : ceux qui font prochainement le sang, ce fluide qui est le stimulus obligé de toutes les parties , comme les appareils digestif et pulmonaire ; ceux qui influeront sur la crâse de ce fluide , comme les sécrétions urinaire, biliaire, spermatique ; ceux qui président à l’innervalion, cette autre condition première de vie; ceux qui par leurs rapports sympathiques réagissent aisément , promptement et fortement sur toute l’économie; ceux enfin , qui formant une grande masse dans le matériel de l’homme, ou qui, occasionant une grande dépense lors de leur service , ne peuvent agir plus ou moins, sans modifier l'équilibre général de tout le corps. La base dela doctrine destempéramens doiten effet être prise dans

les principes que nous avons posé aux chapitres des connexions des organes et des fonctions.

La meilleure organisation , sans contredit, serait celle où chaque système, chaque organe ne seraient, avec tous les autres, que dans les proportions les plus convenables au libre et complet exercice de la vie : elle ferait jouir de la santé la plus parfaite au physique et au moral, ferait espérer la plus grande longévité , et mériterait rigoureusement d’être appelée tempérament. Ce mot, en effet, veut dire mélange, et nous vient des Anciens , qui supposaient les corps organisés formés d’é- Jlémens divers associés pour les constituer, mais dans des proportions telles qu'ils se tempéraient les uns les autres. Mais cette organisation, parfaitement équilibrée, ne se renconire jamais dans la nature; elle est un type aussi idéal que l’est la beauté physique parfaite ; le plus souvent on naît avec des disproportions entre ses divers organes ; et, en supposant que cela ne fût pas, il en surviendrait bientôt par le fait seul du cours de la vie.

L’analise des tempéramens est difficile; car , d’une part, commeilya beaucoup d'organes, qu'il faut tenir compte de chacun d’eux, et que leurs combinaisons entre eux , sous le rapport des proportions , peuvent être trèsmaltipliées , les variétés de ces tempéramens sont infinies; d’autre part, pour faire cette analise, ilfaut avoir la connaissance complète de toutes les réactions qu'exercent respectivement les uns sur les autres les divers organes du corps. Sous le premier rapport, entre toutes les combinaisons qui sont possibles, on s’est attaché à quelques-unes qui sont principales , et dont encore les ta bleaux ont peut-être été faits plutôt d’après la théorie que d’après l'observation. Sous le second rapport, la

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doctrine des tempéramens a varié dans chaque siècle, selon la physiologie du temps.

Les Anciens, disions-uous tout à l'heure, considéraient les corps organisés comme formés par l’association d’élémens divers, se tempérant les uns les autres. Si ces élémens étaient dans de justes proportions, il en résultait le tempérament tempéré ou parfait. Si, au contraire , il existait entre eux des disproportions, mais compatibles avec la santé, cela constituait les £empéramens proprement dits ou mixtes. Si la disproportion était excessive , et prédisposait à une maladie , cela constituait une intempérie; el enfin, on appelait constituzionnelle la maladie à laquelle donnait lieu cette disproportion. Les élémens constituans du corps étaient , d’après leurs qualités, au nombre de quatre : le chaud , le froid, le sec et l'humide. Ces élémens formaient quatre combinaisons : le chaud avec le sec, le chaud avec l’humide, le froid avec le sec, et le froid avec l’humide. A chacune d’elles correspondait la prédominance d’une des humeurs du corps, savoir : celle de la bile, à la combinaison du chaud avec l’humide, celle de l’atrabile à Ja combinaison du chaud avec le sec, celle du sang à la combinaison du froid avec le sec, et celle de la pituite à la combinaison du froid avec l’humide. Enfin, de là résultaient quatrè tempéramens , savoir : le bilieux ou colérique , le sanguin, ie mélancolique ou atrabilaire, et le pituiteux ou phlegmatique. Chacun de ces tempéramens était caractérisé par une habitude extérieure particulière, un état spécial des fonctions physiques el morales, un genre propre de maladies. Ainsi, l’homme bilieux avait le teint jaune, les cheveux d’un noir de jais, quelquefois crépus ; le visage

sec , la physionomie hardie et prononcée , les yeux étincelans ; la charpente forte, mais sans embonpoint ; les muscles vigoureux, quoique gréles; le corps maigre, les os saillans ; le pouls fort, brusque, dur : toutes ses fonctions accusaient une grande activité; au moral surtout il se distinguait par la violence, l'impétuosité de ses passions. Le sanguin avait la peau rosée, souple et molle, les cheveux châtains, le visage riant et fleuri, les yeux vifs, la taille et l’embonpoint médiocres , les membres bien proportionnés , toutes les fibres souples, le pouls ondoyant et facile; ses fonctions physiques, moins énergiques intrinsèquement que dans le bilieux , s’accomplissaient avec plus d’aisance; il en était de même de ses facultés morales ; elles étaient moins impétueuses, mais plus faciles, très-susceptibles d’être mises en jeu, et partant très-mobiles. Le mélancolique ou atrabilaire, avait la physionomie triste , le visage pâle , les yeux enfoncés et pleins d’un feu sombre: les cheveux noirs et plais , la taille haute et grêle , le corps maigre et presque décharné ; les extrémités longues, le pouls tardif et dur, les mouvemens lents et circonspects. Une grande force, une grande patience , une extrême opiniâtreté , des sensations vives et profondes , des passions éternelles, s’il est permis de parler ainsi; un sentiment continuel d’inquiétude , une imagination soucieuse , un naturel défiant, jaloux, timide ; tels étaient les traits physiques et moraux de ces hommes dans lesquels la vie était dite forte ; mais paraissait ne s’exercer qu'avec embarras et hésitation. Enfin , le pituiteux ou phlegmatique , avait une complexion lâche ct molle , une physionomie tranquille et presque insignifiante , des cheveux plats et sans couleur, les yeux ternes; les muscles faibles ; quoique vo- 38*

596 DES DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES DE L'HOMME. lumineux ; le corps chargé d’embonpoint , les mouvemens tardifs et mesurés, le pouls lent, petit, incertain, la circulation lente, la chaleur faible; toutes ses fonctions accusaient au physique une médiocre activité; et au moral, la monotonie, le calme remplaçaient les passions violentes du bilieux, les affections gaies et mobiles du sanguin, et les inquiétudes continuelles de l’atrabilaire. On peut voir dans Cabanis , que nous avons copié ici en plusieurs points, un portrait éloquemment tracé de ces quatre tempéramens des Anciens, à chacun desquels étaient encore rattachés un des âges de la vie, une des saisons de l’année, et l’un des climats du globe. Ainsi, le tempérament bilieux correspondait à l’âge adulte, et était développé par l'été et les climats chauds : le tempérament sanguin était celui de la jeunesse , du printemps, et des pays tempérés : le tempérament atrabilaire était propre à l’âge mûr, et développé par l'automne, et les pays équatoriaux : enfin , le tempérament pituiteux, était celui des vieillards , et celui auquel prédisposaient l'hiver et les pays humides et froids. Quelque grand que soit le crédit dont a joui longtemps ce vaste système, Îles objections s'élèvent en foule, et contre les principes sur lesquels il repose, et contre quelques-uns des faits qu’il consacre. D'une part, que sont ces quatre élémens , chaud, froid , sec et humide , que l’on dit former les diverses parties consti tuantes du corps humain? et quels rapports peut-il exister entre ces prétendus élémens et les humeurs qu'ils sont supposés rendre prédominantes ? Aujourd’hui qu’on à distingué les différens solides et fluides qui composent le corps humain, analisé le service spécial des uns , le mode de formation des autres, le concours de tous à

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laccomplissement de la vie, peut-on voir ailleurs que dans les proportions respectives de ces solides et de ces fluides les bases d’une théorie des tempéramens? et peut-on conserver celle toute métaphysique des élémens ? D'autre part , les caractères assignés à chacun des quatre tempéramens admis , ne sont pas tous exacts; plusieurs peuvent être contestés; et, à leur égard, nous ferons surtout deux remarques critiques. Lune a trait À ce que l’on dit de l’état de la peau et des cheveux dans chacun des tempéramens ; rien n’est moins constant ; et il est assez fréquent de trouver des bilieux avec des clrez veux blonds, des sanguins avec la peau jaune , etc. Qui ne sent que ces parlies du corps ne peuvent tout au plus , par leur manière d’être, qu’annoncer la disposition des appareils intérieurs influens, si toutefois il Y a coïncidence constante entre l’état des uns et des autres ? Notre autre remarque portera sur la fonction inietlectuelle et morale. Sans contredit, cette fonction est une de celles par lesquelles les hommes diffèrent le plus les uns des autres; et, comme cette fonction est celle qui domine dans la vie de l’homme, les différences qu’elle présente ont dû aussitôt frapper tous les yeux. Mais ces différences ont été à tort rapportées par les Anciens aux tempéramens; elles sont dues toutes entières aux modifications , aux spécialités de l’organe cérébral ; Les tempéramens consistant exclusivement en influences organiques ne peuvent y avoir part, qu'en iofluant sur la mésure d'activité du cerveau: et il faut bien se garder de confondre les tempéramens et les caractères. Ainsi que nous l’avons dit, en traitant de la psychologie, il n'y a pas dépendance absolue , entre l’organisation générale qui constitue le tempérament, et le caractère des

actes intellectuels et moraux ; et tous les portraits qu’on a tracés de ceux-ci dans chaque tempérament , sont démentis par l’observation. Toutefois, sauf ces deux erreurs , il est juste de dire que si la théorie des Anciens sur les tempéramens est inadmissible, il y a quelque chose de vrai dans la distinction des quatre tempéramens qu'ils ont consacré; et ce qui le prouve, c’est que depuis on n’a fait que les reproduire, en en changeant seulement l'explication.

Cela est évident, par exemple, des humoristes , qui, rapportant les tempéramens aux disproportions des humeurs, en ont admis quatre aussi; le sanguin, dû à la prédominance du sang; le bilieux , dû à celle de la bile; le mélancolique, à celle de l’atrabile; enfin, le pituiteux à celle de la pituite ; et qui leur ont assigné à peu près les mêmes traits. Indépendamment des remarques critiques déjà faites, on peut-objecter que l'humeur dite atrabile n’existe pas ; et qu’on est peu fixé sur celle que les humoristes appelaient pituite; est-ce la lymphe ? ou sont-ce les sucs muqueux ?

Il en aété de même des solidistes : voyant que les appareils circulatoire, hépatique, lymphatique, etc. , prédominent souvent dans l’homme, ils admirent aussi les tempéramens sanguin, bilieux, phlegmatique des Anciens ; seulement ils en ajoutèrent deux autres , le nerveux et le musculaire. Le premier était dû à la prédominance du système nerveux, et voici quels étaient ses traits anatomiques et physiologiques : comme le système nerveux ne décèle jamais une grande activité qu’au détriment du système musculaire , l'habitude extérieure des individus de ce tempérament est très-grêle: leurs muscles sont pelits, toutes leurs parties dessé

DES TEMPÉRAMENS. 509 chées ; dans l’état ordinaire , et sauf les inslans d’exaltation, le moindre acte physique est une fatigue, et souvent un effort impossible; mais en revanche les sensations sont très-délicates, et la plus légère impression peut provoquer une syncope où des convulsions. Le tempérament musculaire ou athlétique , reconnaît pour base la prédominance du système musculaire , et a des traits anatomiques et physiologiques tout opposés. L’habitude extérieure se ressent du grand développement des masses musculeuses; la tête paraît petite, sans l'être en effet, mais parce que les autres parties , beaucoup plus musculaires, sont plus grosses; le col est fort , large , surtout en arrière; les épaules sont volumineuses , Le thorax très-évasé; tous les muscles font partout de fortes saillies, surtout au dos, aux lombes, aux moignons des épaules ; leurs attaches sont partout sensibles ; toutes les articulations sont bien exprimées. Tout le corps en général est volumineux, et son volume tient à celui des muscles et non au tissu cellulaire ; celui-ci est peu épais, ferme et tenace. Tandis qu’un si grand développement du système musculaire rend les hommes de ce tempérament , capables de déployer les plus grandes forces physiques, leur système nerveux, peu délicat, ne les fait jouir que d’une sensibilité obtuse; ils sont peu sensibles, peu spirituels, et même ont une santé moins résistante, moins solide que celle des autres hommes.

Ainsi, six tempéramens furent établis comme représentant les différences principales que peuvent offrir les hommes dans les proportions d'activité et de développement de leurs parties constituantes. Du reste, on convenait que si le tempérament tempéré des Anciens

était une chimère, chacun des six tempéramens décrits ne se rencontrait pur que très-rarement; que presque toujours les élémens de l’un étaient mélés , compliqués, avec ceux de l’autre , et cela en des proportions infnies; qu'ainsi il y avait des tempéramens bilioso-sanguins , nervoso - sanguins, etc. Seulement quelquesunes des combinaisons étaient incompatibles, celle du tempérament athlétique ou musculaire, par exemple, avec le nerveux ou le lymphatique.

Cependant quelques médecins rejetaient comme muiile et non fondée la distinction de ces six tempéramens; les tableaux, disaient-ils , en avaient été tracés d’après le dogme et non d’après la nature; celle-ci n’offre jamais qu’une combinaison des uns et des autres; el, il y a toute impossibilité, quand on veut juger la constitution d’un individu, d’évaluer la part qu’y à chacun des nombreux systèmes qui le composent. Tei était Zimermann', qui se fondait sur ce que dans la pratique de la médecine on trouve plus de cas d’exception à la doctrine des tempéramens que de cas qui la confirment. Tel était Clerc, qui trouvait cette doctrine irop vague, inutile dans le traitement des maladies aiguës et chroniques , comme ne pouvant imprimer à la thérapeutique que des modifications aussi peu déterminées qu’elle l’est elle-même. Telle est encore aujourd’hui l'opinion de M. Georget, qui considère tout ce point de doctrine comme une superstition que nous a léguée l’humorisme , et qui croit que le cerveau seul, parmi les organes , a le pouvoir , par sa prédominance ou son infériorité, de modifier toute l’économie. Sans doute nous conviendrons que les tempéramens des auteurs sont rarement purs, et que jamais, dans Ja pratique,

DES TEMPÉRAMENS. Go1 celui d’un individu n’est tout-à-fait semblable à celui d’un autre; nous avouerons aussi qu’on à exagéré les secours que le médecin peut tirer de la connaissance du tempérament de ses malades. Mais, d’autre part, on ne peut concevoir la prédominance ou l’infériorité de tel système influent du corps, sans qu’il n’en résulte une modification générale déterminée, c’est-à dire un tempérament; et la consécration des six tempéramens indiqués est trop générale, pour qu’il n’y ait pas quelque chose de vrai dans l'observation qui les a fait signaler dans tous les siècles. C’est parce que la théorie des tempéramens était mauvaise, qu’on était tenté de les nier; mais l’analise physiologique plus judicieuse qu’ont donnée , dans ces derniers temps, de leurs bases organiques, MM. allé et Rostan, ne permet pas de douter de leur réalité.

M. Hallé, auquel la science de l'hygiène doit de si beaux travaux, dans la vue d'indiquer plus complètement les fondemens anatomiques des tempéramens, interroge successivement, 1° les systèmes généraux qui sont répandus dans toutes les parties, savoir : les systèmes vasculaire , nerveux et musculaire; 2° les principales régions du corps; 5° enfin, les principaux organes. Aux dispositions des premiers sont dus ce qu’il appelle des tempéramens généraux; et à celles des régions et des organes, ce qu’il appelle des tempéramens partiels. Ainsi , les vaisseaux sont de deux sortes, sanguins et lÿmphatiques ; et, dans les proportions de ces vaisseaux entre eux , il peut exister l’une ou l’autre des trois choses suivantes : excès du système lymphatique sur le sanguin, excès du système sanguin sur le lymphatique, et enfin état moyen de lun et de l’autre. La première

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disposition correspond au tempérament pituiteux des Anciens. L'habitude extérieure du corps est en ellet molle , lâche , faiblement colorée ; les formes sont arrondies, les chairs humides, peu contractiles ; le sang est peu coloré, séreux. La seconde, au contraire, correspond au tempérament bilieux; aussi l'habitude extérieure est-elle sèche, maigre, sombrement colorée ; les foimes sont saillantes, dures; le sang dense, peu séreux, coloré, etc. Enfin, la troisième constitue Le tempérament sanguin; le corps, à l'extérieur, offre une coloration fleurie , un embonpoint médiocre ; les muscles saillent en dehors, mais sans dureté ; la peau est souple, la chaleur douce ; le sang d’une couleur brillante, ni trop séreux , ni trop dense, elc. M: Hallé fait observer ici que les traits tirés des cheveux , des excrétions muqueuses et de la sécrétion biliaire, ne sont que des coïncidences, assez fréquentes sans doute, mais qui cependant souffrent trop d’exceplions pour qu'on les considère comme signes certains des tempéramens. Ainsi, les lymphatiques ont généralement les cheveux blonds, et les bilieux les cheveux noirs : les premiers ont souvent toutes les sécrétions muqueuses actives , tandis que dans les bilieux la sécrétion biliaire prédomine : mais sou: vent aussi on observe des dispositions contraires. Sans doute , comme on voit les cheveux changer selon les âges , iln’est guère possible de méconnaître que ces parties ne se ressentent assez prochainement de l’état des systèmes généraux, et ne puissent par conséquent faire préjuger l’état de ces derniers. Mais il ne faut pas oublier, qu'ici mille variétés sont possibles , et que ce n'est point par ces dispositions secondaires qu'il faut établir les tempéramens. Interrogeant ensuite le système nerveux ,M. Æallé

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considère le degré de susceptibilité de ce système, la durée des impressions qu'il recoit, la promptitude avec laquelle ces impressions s’associent et se succèdent. La susceptibilité peut être extrême, faible ou modérée; et, bien que chacune de ces dispositions puisse coïncider avec les dispositions diverses dépendantes de l’état des vaisseaux , d’où beaucoup de tempéramens divers, cependant l'observation montre que la susceptibilité extrême est ordinairement compagne des tempéramens bilieux , la susceptibilité faible celle du tempérament lymphatique, et la susceptibilité modérée celle du tempérament sanguin. Néanmoins on observe ici beaucoup d’exceptions; et, par exemple, souvent il y a susceptibilité nerveuse, avec prédominance lymphatique, comme dans les femmes etles enfans. La durée des impressions , toutes choses égales d’ailleurs dans la vivacité de ces impressions , et l'intérêt qui leur est attaché, peut être aussi extrême, faible ou modérée; et l'observation montre encore que la première est plus particulièrement propre au bilieux, la seconde au lymphatique, et la troisième au sanguin. Quant à la successibilité; ou bien elle est extréme, d’où résulte une continuelle mobilité, comme dans les enfans, les peuples méridionaux; ou elle est très-lente, soit par une faiblesse originelle de l'esprit, soit par l'habitude d’une forte attention , d’où résulte ce qu’on appelle l’'abstraction. Enfin , le troisième système général auquel M. /Jallé rapporte les tempéramers généraux est le système musculaire, et ce savant y considère : 1° la masse; 2° l’influx nerveux qui le régit. La première s’apprécie par le volume et la densité des fibres musculaires, et est forte, faible ou moyenne. Le second est ce qu’on appelle l'excitabilité,

et est aussi fort, faible ou moyen. Il y a de nombreuses variétés dans la mesure dans laquelle se combinent ces deux dispositions ; et entre toutes les combinaisons qui sont possibles , deux surtout sont assez tranchées pour constituer des tempéramens, savoir : l'association de peu d’excitabilité avec une masse musculaire énorme, d’où résulte le tempérament athlétique des Anciens ; et, au contraire, l'association d’une grande excitabilité avec une masse musculaire faible , d’où résulte le tempérament nerveux convulsif. Il est aisé de voir, dans cette analise des tempéramens généraux de M. allé, qu'au fond ces tempéramens sont ceux des Anciens, dont seulement les bases anatomiques sont mieux indiquées.

Il en sera de même de ce qu'il appelle les tempéramens partiels. Ceux-ci sont dus à l’état qu’affectent les systèmes généraux vasculaires et nerveux dans les diverses régions du corps, ou à des dispositions particulières de certains viscères : ils sont décélés par certains phénomènes perturbateurs, comme des hémorragies , par exemple , et par les maladies dites constitutionnelles. Ainsi, les diverses tendances hémorragiques annoncent autant de tempéramens partiels , puisqu'il ne peut être indifférent ni semblable qu’il survienne habituellement un épistaxis, une hémotphtysie , des hémorroïdes : chacune de ces hémorragies accuse une disposition différente des systèmes vasculaires et nerveux dans chacune des trois cavités splanchniques ; et il est d’autant plus important de noter ces dispositions, qu’elles présagent les maladies qui peuvent survenir, et que souvent elles sont en opposition avec ce que les apparences extérieures feraient juger d’autre part de l’état général de tout le

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système circulatoire. De même , si l’on voit des maladies constitutionnelles, celles du système lymphatique, parexemple , attaquer successivement dans la suite des âges , la tête, le col, le thorax, l’abdomen; n’estce pas que successivement ces diverses cavités se sont trouvées dans autant de dispositions d'organisation diverses , et forment alors comme autant de tempéramens partiels ? Qui pourrait nier que chaque organe n’a un degré de susceptibilité spécial , qui le prédispose plus ou moins à devenir un point de fluxion , le lieu où se fixera une maladie constitutionnelle ? et les maladies constitutionnelles ne sont-elles pas, ce qui accuse le mieux les dispositions spéciales qu’a le système nerveux dans chaque région du corps , dans chaque organe ? Quant aux tempéramens partiels tenant à des dispositions particulières de quelques vicères , il en est en quelque sorte autant qu'il y a dans le corps d’organes importans : chaque homme n’a-t-il pas sa mesure spéciale dans sa température, son action de transpiration , le caractère de ses déjections alvines ? Mais M. allé en signale surtout trois principaux : le pituiteux, caractérisé par la surabondance des excrétions muqueuses , des glaires, qui s’observe souvent dans la vieillesée , et qui a pour contraire le tempérament sec : le bilieux proprement dit, caractérisé par la surabondance de la bile , et que décèlent la couleur jaune du visage, du blanc des yeux, et la fréquence des embarras gastriques : enfin le mélancolique, dû à un état particulier des viscères hypochondriaques , et à un mode spécial de sensibilité du centre nerveux épigastrique. Ce dernier correspond au tempérament atrabilaire des Anciens ; et nous avouerons que ses fondemens anatomi-

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ques sont aussi vaguement spécifiés dans la théorie de M. Hallé , que dans celles des élémens et des humoristes.

M. Rostan, prenant pour base des tempéramens le degré de prédominance ou d’infériorité des divers appareils de l’économie, de ces appareils que nous avons vu accomplir les fonctions, me semble plus près encore de la nature , et partant de la vérité. Rejetant comme impropre le mot de tempérament, il le remplace par celui de constitution, et il en distingue six principales. 1° L’une est marquée par la prédominance de l’appareil digestif, dans lequel il faut comprendre, non-seulement l'estomac et l'intestin , mais les diverses humeurs sécrétées qui sont versées dans ces organes pour la digestion, et surtout le foie. Dans cette constitution , l’appétit est impérieux , la digestion prompte ; un chyle abondant et nutritif est fourni au sang et à tous les organes ; et par suite toutes les parties sont dans un bon état de nutrition et de développement. La bile étant sécrétée en grande quantité, une partie en est résorbée , et va teindre la peau etstimuler diversement les organes intérieurs. 2°Une autre constitution est due au grand développement des appareils respiratoires et circulatoires , organes qui ont le même but , et qui par conséquent sont toujours dans les mêmes conditions. Une poitrine large , des poumons vastes, un cœur volumineux , desmouvemens respirateurs grands et faciles, un pouls développé et fort, un sang abondant et riche :; tels sont les traits locaux de cette constitution , qui fournissant aux organes un sang excellent, doit imprimer partout l’activité. Aussi l'habitude extérieure est-elle bien nourrie , la peau est colorée ; il y a développement complet et facile de tous les phénomènes de la vie. Comme la bile ici n’abonde pas, n’est pas autant résor-

bée, cette constitution n'offre pas l’éréthisme que décèle souvent la précédente. 3° Dans une troisième constitution , l’encéphale prédomine , et par contre il y a diminution d'activité et de développement de tous les systèmes de l’économie. Ses traits locaux sont un grand crâne , un grand cerveau , un grand besoin de sensations, de travaux intellectuels , d’affections et de passions. Ses influences générales s’expliquent par les deux lois de balancement et d'irradiation nerveuse que nous avons posées : à raison de la première , tous les autres organes languissent ; l'habitude extérieure est amaigrie , desséchée ; toutes les parties sont moins bien nourries et développées ; à raison de la seconde, toutes les fonctions organiques sont, non seulement plus faibles , mais facilement troublées. Comme souvent le cervelet participe du grand développement de l’encéphale, souvent aussi l'appareil génital est fort actif. Au lieu des maladies gastriques et inflammatoires , auxquelles étaient prédisposées les deux premières espèces de constitutions , dans celles-ci ce sont les maladies nerveuses. 4° Une constitution inverse est celle où domine l’appareil locomoteur ; caractérisée physiquement par le grand développement des systèmes osseux et musculaires , ses traits physiologiques sont une grande force musculaire et une grande diminution des fonctions sensoriales et génitales. Comme elle suppose une assez grande dépense, elle exige toujours coïncidemment un assez grand développement des appareils digestif, respiratoire et circulatoire. 5° Nos lecteurs auront certainement reconnu dans ces quatre premières constitutions les tempéramens bilieux, sanguin, nerveux et musculaire que nous avons vu figurer dans les théories précédentes ; voici une constitution qui ne leur

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avait pas-encore été signalée , celle qui est marquée par la prédominance de l'appareil génital. Le grand changement qui se fait à la puberté, prouve assez la grande inflüuence exercée par l'appareil génital sur toute l’économie ; soit qu'on explique cette influence par la modificalion qu’imprime au sang la sécrétion spermatique ; soit qu’on l’attribuc aux réactions sympathiques qui émanent alors de cet appareil. En vain voudrait-on rappor ter les changemens généraux qui caractérisent cette époque de la vie, à un développement coïincident des autres organes ; ce qui prouve que l’appareil génital y a la plus grande part, et par conséquent mérite de constituer un tempérament, c’est ce qu'on observe chez les eunuques. Castre-t-on l’homme avant la puberté ? il traverse cet âge sans éprouver les changemens généraux qui décèlent sa virilité : Est-il castré après la puberté, mais jeune encore ? il perd en partie les traits que cet âge lui avait imprimés, et d'autant plus qu'il est plus jeune, et qu'il avait l’appareil génital plus actif. IL y à donc un tempérament génital, et le nom de tempérament donné exclusivement dans le monde à la prédominance de cet appareil, est même une preuve de l'observation instinctive qui en avait été faite. Ses traits sont un grand développement des organes génitaux, la grande activité de leurs fonctions, l’exagération des formes nouvelles qu’on revêt à la puberté, l’épaisseur de la barbe, l’abondance des poils sur tout le corps, la gravité de la voix, etc. Voyez, sous tous ces rapports , quel contraste entre Fhomme libidineux et l’eunuque , ou même l’homme que son organisation primitive a fait continent ! Gomme ici il y a assez grande dépense, il y a souvent coïncidence des appareils qui font le

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sang qui fournit à cette dépense , et de l'appareil hépatique auquel est dû un stimulus intérieur. 6° Enfin, M. RÆostan signale une constitution caractérisée par l’atonie de tous les appareils, et qui correspond au tempérament lymphatique des Anciens. La plupart des modernes font consister ce tempérament, dans l’inertie du système lym- . phatique ; M, Broussais , au contraire , attribue à sa prédominance; M. Bostan croit que les premiers ont pris l'effet pour la cause, et que si dans cette constitution les sucs blancs , l’'embonpoint, la graisse prédominent , c’est consécutivement à l’inertie de tous les appareils et de toutes les fonctions : l’habitude extérieure est pâle, bouflie , non colorée, les chairs molles , etc.

Telle à été la succession des idées des médecins sur les tempéramens ; et l’on voit que, tout en différant sur les noms, les explications qu'ils ont données de ces différences de l’homme , leur observation a toujours signalé à peu près les mêmes nuances. En effet, les tempéramens consistant dans les disproportions des systèmes influens du corps, comme il n'y à qu’un petit nombre de ceux-ci, il ne pouvait ÿ avoir aussi qu’un nombre restreint de tempéramens, et ces tempéramens ne pouvaient être que les mêmes. Ainsi que nous l'avons dit en commencant ce chapitre, c’est sur les principes que nous avons posés en traitant des connexions des organes et des fonctions, qu’il faut baser la doctrine des tempéramens : aucun organe , par sa disproportion avec les autres ne peut en constituer, qu’autant qu'il est influent ; et nous avons en quelque sorte indiqué le degré d'importance des uns et des autres , en traitant de leurs rapports fonctionnels et symphatiques. Pourrait-il être sans influence pour l’économie, que les appareils di-

gestif, respiratoire et circulatoire, qui font et distribuent le sang à tous les organes, soient plus ou moins prédominans ? et ne doit-il pas en résulter une modification dans la nutrition et le degré d'activité de tous les organes ? La mesure dans laquelle agissent les sécrétions qui influent sur la crâse de ce fluide, comme les sécrétions urinaire , spermalique , biliaire, ne doitelle pas avoir la même importance ? Le degré d’intensilé de l’autre condition vitale, l’innervation , est aussi d’un égal intérêt. Il ne peut être indifférent non plus que les organes qui ontune très-grande puissance sympathique, soient plus ou moins développés, plus ou moins actifs , puisqu'ils sont la source d’irradiations continuelles dans toute l’économie : ainsi, le tempérament gastrique influera , non-seulement comme fournissant plus de chyle au sang, mais encore Comme faisant de l’estomac un foyer continuel d’irradiations. Enfin, comme en vertu des lois de balancement et d'irradiation , aucun organe ne peut agir sans diminuer la mesure d’activité des autres, ou la perturber , On conçoit qu'aucun organe ne peut être impunément plus actif ou prédominant. Ainsi peuvent s'expliquer toutes les différences individuelles des hommes. Nous ne ferons pas, d'après ce plan, une exposition des tempéramens ; ce serait nous condamner à des répétitions; d’ailleurs le tableau de M. Rostan y correspond assez. Nous voudrions seulement , que, dans toute description des tempéramens , on séparât avec soin, les traits locaux qui les constituent, des traits géné raux qui sont les effets fonctionnels ou sympathiques des premiers , c’est-à-dire des organes et appareils qui sont prédominans ou inférieurs. Ainsi l’attentionserait d’abord portée sur ce qui constitue la différence individuelle, et

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tous les autres traits seraient rattachés à celle-ci comme à sa cause, Ainsi, ne seraient plus réunis pêle-mêle des caractères, qui n'échappent à l’esprit que parce qu'ils ne sont pas disposés dans l’ordre de leur dépendance, et qui souvent même se contre-indiquent , et ne doivent pas se rencontrer ensemble. Par-là enfin , serait évitée la confusion blämable qu’on peut reprocher aux auteurs les plus modernes des tempéramens et des caractères ; puisqu'on verrait bien que la prédominance ou l’infériorité d’un appareil organique ne peut influer sur le moral que par l'intermédiaire du cerveau , en augmentant, diminuant, modifiant la mesure d'activité de cet organe.

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