CHAPITRE IL
Des Constitutions.
Les divers hommes n’étant jamais tout-à-fait semblables entre eux dans le degré d’activité et de développement de leurs organes, et la mesure que chacun offre sous ce rapport élant ce qu’on appelle sa constitution, on conçoit que les conslitutions sont aussi multipliées que le sont les individus eux-mêmes, et qu’il est par conséquent impossible d’en spécifier aucunes. Aussi avonsnous annoncé que nous ne parlerions ici que de leur force ou faiblesse.
Par ce mot force nous n’entendons pas le degré de puissance musculaire, mais la stabilité dans la santé, la mesure de résistance qu’on oppose aux influences propres à amener des maladies. On ne peut disconvenir que les hommes ne soient différens à cet égard : tel a une constitution forte, qui , s’il n’en abuse pas , pousser plus loin sa carrière, et, pendant son cours, résistera
mieux aux causes morbifiques qui pourront l’assiéger : tel autre, au contraire , ayant une constitution faible, un moins riche fonds de vie, si l’on peut parler ainsi, sera plutôt vieux et plus accessible à des maladies. Cette différence qu’on peut devoir à sa naissance , aux qualités de ses parens, on peut aussi l’acquérir dans le cours de sa vie par le régime que l’on suit, le mode dans lequel on use de ses organes : par des soins bien entendus, on {ortifie une constitution primitivement faible; comme par des abus et des influences délétères , on affaiblit une constitution primitivement forte. Il s’agit de spécifier les causes organiques auxquelles est due la force de la constitution , et à quels signes on la reconnaît.
D'abord , il ne faut pas faire de la force de la constitution un être particulier ; elle est la résultante de toutes les actions quise développent et s’exercent dans le corps, en vertu de son organisation. En second lieu , On Conçoit que pour que la constitution soit forte, il faut un développement convenable des appareils qui président à l'établissement des conditions fondamentales de la vie, sang artériel et innervation : si, par exemple, il y à développement imparfait , monstruosité quelconque des appareils digestif, respiratoire et circulatoire , il en résultera un vice quelconque dans la sanguification ; et, par suite, nutrition et stimulation moindre des organes, faiblesse de toute la machine, et risque plus grand d’une fin prématurée ; d’une mort accidentelle. En troisième lieu , il faut de plus, pour que la constitution soit forte, que tous les organes soient , autant que possible , dans une juste proportion entre eux : s'il y a prédominance, plus grande activité de quelques-uns ; d’un côté, ce sera, en raison de la loi du balancement , au
DES CONSTITUTIONS. di2 détriment de quelques autres qui auront alors une énergie moindre; de l’autre , les organes prédominans souvent auront, par cela même, une susceptibilité morbide plus grande. Plus il y aura entre tous les organes léquilibre nécessaire pour l’accomplissement le plus facile et le plus complet de toutes les facultés, pour la succession la plus douce et la plus mesurée des phases de la vie, plus la constitution sera forte. Enfin, indépendamment de ce rapport entre la bonne organisation et le juste équilibre des systèmes principaux du corps, et la force et la faiblesse de la constitution , la cause de celle-ci réside encore dans la mesure de l’innervation, élément aussi inconnu dans son essence qu'incalculable dans ses proportions. N’avons-nous pas vu, en eflet, que le sysième nerveux dispense à tous les organes l’influx qui les fait agir? et qui pourrait nier que ce sysième n’agisse dans les divers homines , et même dans chaque homme dans les diverses circonstances de sa vie, avec un degré divers de puissance, qui fixe ce qu'on appelle leur force? Si la force de la constitution change selon les âges, va en augmentant dans le premier, en diminuant dans le dernier, n’est-ce pas en raison du degré d'énergie que possède le système nerveux ? Si l'exercice prolongé d’une action vitale quelconque, soit de santé, soit morbide, jette toute l’économie dans la faiblesse, n’est-ce pas consécutivement aux pertes qu'a faites le système nerveux ? et la restauration qu’amène alors le sommeil, n’en est-elle pas une preuve ? Il est certain enfin qu’on voit des hommes , dont l'organisation, sous le rapport des appareils digestif, respiratoire et circulatoire, paraît assez faible , et qui cependant ont une force de constitution remarquable;
et probablement ils la doivent à une plus grande énergie intrinsèque de leur système nerveux.
Ainsi , développement convenable des principaux appareils du corps, proportions heureuses entre ces organes, €t énergie du système nerveux, telles sont les trois conditions organiques auxquelles la constitution doit d’être forte. Sa faiblesse sera due aux conditions inverses. Il y a, relativement à chacune d’elles, mille différences possibles entre les hommes; de sorte que les constitutions ne diffèrent pas moins sous le rapport de la force que sous tous les autres : nous sommes encore ramenés ici à des individualités. Les disproportions de nos organes sont surtout ce qu’il ÿ a de plus fréquent; nous naissons presque toujours avec des inégalités de force dans nos diverses parties; et cela ne serait pas, que le cours de la vie amènerait bientôt de ces inégalités. Non-seulement chaque organe peut être seul fort, ou seul faible; mais encore dans un même individu un organe peut être fort, tandis qu’un autre sera faible s de sorte que la constitution sera tout à la fois forte sous unrapport, et faible sous un autre. Voyez, parexemple, le savant, l’homme de lettres; le cerveau a chez eux une grande force , car il accomplit avec facilité , perfection , ses opérations , et peut même se permettre impunément quelques excès ; l'estomac, au contraire, est, chez ces hommes, faible , car leurs digestions sont difficiles , laborieuses. La loi de balancement donne l’explication de ces faits, qui prouvent d’ailleurs qu’il ne faut pas considérer exclusivement d’une manière générale les idées de force et de faiblesse, mais qu’il faut les appliquer aussi à chacun des organes du corps en particulier. Du reste, dans ces disproportions inévitables de force