‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 5 sur 53 · DE LA GROSSESSE · texte numérisé non relu

DE LA GROSSESSE

contractilité. Ses parois n’ont pas la même épaisseur partout; plus épaisses au lieu d’attache du placenta, elles ont souvent au col, à la fin de la grossesse , la minceur d’une feuille de papier. On observe ici quelques variétés, et, par exemple, Hunter à vu un cas dans lequel la paroi antérieure de l'utérus était très-épaisse , et la postérieure fort mince. En vain pour expliquer ce développement, on avait supposé une espèce d’antagonisme entre les fibres du fond de l’organe et celles du col ; les unes et les autres n’existent pas d’abord , etsont le produit de la dilatation active qu’éprouve l'organe. Le tissu de celui-ci commence par se ramollir ; il paraît s’infiltrer d’une lymphe, d’une sérosité qui diminue sa densité; à cet infarctus lymphatique succède la congestion sanguine ,-puis la conversion du tissu primitivement compact et grisâtre , en un tissu mou, rougeâtre et contractile. Ces phénomènes s’observent d’abord dans le fond de l'utérus, puis ils s’établissent dans le corps et dans le col. Les auteurs n’ont pas été d'accord sur le caractère du tissu nouveau que présente l'utérus; Lobstein l’assimile à celui qui forme la tunique moyenne des artères; d’autres le disent en partie celluleux et en partie charnu ; la plupart le croient musculeux. I est certain que comme ce dernier il est très-contractile, et qu’on peut le ramener à un certain nombre de faisceaux de fibres, ayant chacun des directions diverses; mais il s’en distingue un peu par la couleur, et en ce qu’il ne se paralyse pas de même par une forte distension, non plus que par une inaclion trop prolongée. Presque tous les anatomistes ont tâché de reconnaître la direction des différens faisceaux de fibres qu'on distingue en ce tissu, dans la vue de jeter du jour sur le mécanisme de l’accouchement :

la plupart se sont bornés à dire, que les fibres les plus exiérieures étaient dirigées longitudinalement du fond et du corps de l'organe vers son col; que les fibres situées au-dessous de celles-là avaient une direction transversale, mais s’entre-croisaient en réseau avec les précédentes; et qu’enfin les plus profondes étaient obliques , et même circulaires, surtout du côté des trompes; ils ajoutaient que dans le fond de l'utérus ces fibres formaient un tissu tout-à-fait inextricable. Quelques-uns cependant ont spécifié davantage. Ainsi, Ruisch a signalé au fond de utérus un plan de fibres concentriques, dont il a fait un musclé particulier, auquel il à donné son nom. Weitbrecht a appelé muscles orbiculaires deux plans de fibres circulaires qui circonscrivent l’orifice de chaque trompe. J. Sue dit avoir remarqué sur chaque côté de l'utérus, en avant et en arrière , quatre points où les fibres étaient entrelacées de manière à figurer les nœuds qu'on observe dans le bois; et considérant ces points comme des centres de contraction pour l’utérus, il les a appelés muscles quadrijumeaux. Une sage-femme fort instruite, madame Boivin, a présenté récemment sur ce sujet deux mémoires à l'Académie royale de Médecine ; elle y expose qu'ayant examiné l’utérus sur onze femmes mortes à des époques avancées de la grossesse et après l'accouchement, elle a reconnu en cet organe les fais- | ceaux musculaires suivans : 1° à l'extérieur, immédiatement sous le péritoine, une première couche musculeuse membraniforme, recouvrant tout l’organe comme une espèce de sac, à partir de son fond jusqu’à son orifice externe dans le vagin, et qu’elle propose d'appeler muscle utéro-sous-péritonéal; 2° sous cetle couche, au fond de l'utérus et de chaque côté de la ligne médiane,

DE LA GROSSESSE, 149 des fibres transversales en grand nombre , formant trois faisceaux plats en avant, deux en arrière, situés successivement les uns au-dessus des autres , et qui après avoir contourné transversalement les angles arrondis de l’utérus, et fourni des fibres aux parois antérieures et latérales de l’organe , vont au-delà en s’isolant constituer , les supérieurs, les cordons sus-pubiens, les moyens, les trompes, et les inférieurs, les cordons des ovaires ; 5° toujours sous cette couche, mais dans le corps de l'utérus, un plan musculaire longitudinal, prenant naissance en bas à l’orifice interne , remontant verticalement en haut sous forme de gerbe, et allant s’entrecroiser avec celui du côté opposé, et les fibres transversales du fond de l’organe; 4° à la face interne, sur la ligne médiane, en avant et en arrière , des plans de fibres verticales étendues aussi de l’orifice interne jusqu’à son fond, et se recourbant là en dehors pour s’entrecroiser entre elles, et former autour des orifices des trompes ces plans de fibres concentriques , appelés par eitbrecht muscles orbiculaires ; 5° enfin, dans la cavité du col, sur chacune des faces antérieure et postérieure est un raphé médian , de chaque côté duquel naissent de nombreux replis disposés d’une manière régulière et simulant les rameaux d’un arbuste : parmi ces replis, plusieurs remontent jusqu’au tiers inférieur de la face interne de l'utérus , et s’y eflacent insensiblement. Cette disposilion, selon madame Boivin, fait comprendre le mécanisme du développement du col, et prouve que ce dé- - xeloppement commence bien plus tôt qu'on ne Je dit généralement. Ainsi l'utérus serait formé de couches musculaires multiples superposées: et, en effet, madame Boivin dit en avoir séparé et compté jusqu'à sept dans

le corps du fond de l'organe. Ch. Bell, en Angleterre, a donné des divers plans musculeux de l’utérus une description à peu près semblable. Au contraire, MM. Chaussier et Ribes, en France, disent qu'ils ont trouvé les fibres du col, circulaires en dehors et séparées de ce côté par une ligne de démarcation distincte des fibres longitudinales du corps, longitudinales en dedans et se continuant sans interruption jusqu’au fond de l’organe; ils ajoutent que jamais ils n’ont pu, par la dissection , suivre loin dans la substance de l'organe les faisceaux qui leur paraissaient d’abord distincts et isolés, ces faisceaux bientôt se confondant et formant un entrelacement inextricable. Geci se rapporte aux difficultés qu'on trouve à spécifier la disposition des divers faisceaux qui forment les organes entièrement musculeux , comme le cœur , la langue, etc.

Quoi qu'il en soit, l'utérus est ainsi devenu capable de fournir à l’œuf l’espace nécessaire à ses développemens , ainsi que les sucs que sä nutrition réclame. C’est la fécondation elle - même qui a imprimé les premiers efforts de ce grand travail ; l'ovule ensuite, par sa présence, les aentretenus, eta maintenu l’utérus dans le nouveau mode de sensibilité, de vitalité qu'il a revêtu. Get ovule d’abord a adhéré à l’utérus par l'intermédiaire de vaisseaux provenant de sa surface externe , et qui traversent la caduque. Mais bientôt , au lieu où celle-ci nele revêt pas, d’après le système de M. Moreau , et où il touche immédiatement Putérus , il se développe un organe appelé placenta , qui, d’un côté, est attaché à la face interne de l'utérus et en recoit des vaisseaux , qui, de l'autre, détache un cordon de vaisseaux qui va pénétrer l’ombilic de l’enfant; et c’est alors, par le moyen

DE LA GROSSESSE, 147 de cet appareil, que les sucs nutritifs de la mère arrivent au fœtus. Mais nous reviendrons là-dessus à l’article du fœtus. Est-ce constamment à un même lieu de l'utérus, à un point déterminé, que ce fait cette insertion du placenta ? {unter croyait qu’elle se faisait 1à où tombait l'œuf; dans cette manière toute mécanique de concevoir le phénomène, l'insertion aurait dû se faire presque tou- Jours sur le col, et heureusement que cela est rare : le plus souvent cette implantation est au fond de la matrice, ou, selon Fallope et Monro, proche de l’ouverture de la trompe, tellement que le centre du placenta recouvre l'orifice utérin de ce canal, ce qui est en rapport avec l'opinion de M. Moreau sur la caduque : quelques variétés qu’on observe dans lelieu où est attaché ie placenta , il est probable que le mode de disposition de la caduque dans son origine, a sur ce fait la plus grande influence.

Gommeon le concoit, tout ce travail ne peut se faire sans que les fonctions de l'utérus ne soient modifiées. Ordinairement il y a pendant la grossesse suspension de l’excrétion menstruelle, moins à cause de la présence du fœtus , que par suite des modifications survenues dans la constitution de l'organe. La matrice est plus chaude, et est assez sensible pour faire percevoir les monvemens du fœtus. Des changemens se manifestent aussi dans les autres parties de l'appareil génital; les ovaires sont plus gros et plus spongieux; les cordons sus-pubiens ont éprouvé le même changement de texture que l'utérus; les mamelles se développent , et la sécrétion laiteuse se prépare et même souvent commence: seulement son produit n’est encore qu’une humeur séreuse. Nous avons dit que le vagin, aux approches de l’accouchement , se

dilatait et était le siége de sécrétions muqueuses plus abondantes, qui l’assouplissaient par avance et le préparaient à être extensible et plus glissant. Le travail s’étend au bassin lui-même, qui doit livrer passage à Findividu nouveau ; les symphyses qui unissent les os qui le forment se relâchent, Ja symphyse du pubis surtout ; les lames cartilagineuses qui existent dans ces symphyses se ramollissent, deviennent plus épaisses ; d’où plus d’ampleur au bassin, et mobilité des os qui le constituent. Sans doute cette mobilité n’est pas portée au point de permetire aux os Coxaux et sacrum de s’écarter beaucoup, comme l'ont dit d'anciens accoucheurs; mais elle n’en est pas moins une prédisposition à l’accouchement, que M. iChaussier à reconnu ne manquer jamais.

Enfin, l'appareil génital n’est pas le seul qui soit ainsi modifié dans la grossesse; toute l’économie se ressent plus ou moins de ‘éet état, en partie à cause des influences sympathiques qu’exerce sur tous les autres organes l'utérus ainsi surexcité , el en partie à cause de la pression mécanique que cet organe devenu gros exerce sur les orgañes circonvôisins. Ainsi, d’une part, éclatent dans l'appareil digestif beaucoup de troubles divers, où un défaut absolu de faim, des nausées fréquentes, des vomissemens, de la salivation, ou des appétits bizarres, ce qu'on appelle le pica. Surviennent de même des modifications sympathiques dansle moral ; les ferames ont alors généralement une susceptibilité plus grande, et qui demande à être ménagée ; plusieurs, qui étaient Avant d’un caractère doux, se montrent impatientes , irascibles: on a vu quelquefois en elles des anomalies encore plus singulières ; elles sont entraînées par des

DK LA GROSSESSE. 149 désirs bizarres. Les appareils digestif et cérébral sont ceux qui sont les plus modifiés; mais les troubles qu'ils présentent, le plus souvent disparaissent vers le quatrième mois; comme si l’économie s'était habituée à l’état nouveau dans lequel est l'utérus. Il :y a aussi un grand changement dans l’état général des humeurs; le plus souvent il survient une exubérance lymphatique ; la plupart des femmes engraissent pendant leur gfossesse : ceci cependant est sujet à de nombreuses exceptions. D'autre part, à la fin de la grossesse, la pression de l'utérus sur les nerfs et les vaisseaux qui vont aux membres inférieurs, sur le rectum et la vessie, occasionent diverses incommodités , comme des crampes, des douleurs dans les jambes, de l’enflure des pieds, de fréquentes envies d'aller à la garde-robe et d’uriner. La scène qu’éprouvent les organes digestifs , l’obstacle qu’oppose l'utérus au libre abaissement du diaphragme, apportent aussi quelques troubles mécaniques dans la digestion, et de la difficulté dans la respiration.

Parmi ces nombreux phénomènes concomitans et consécutifs de la grossesse, quels sont ceux qui peuvent avec certitude annoncer cet état? D'abord, ce ne soat pas les phénomènes sympathiques que nous venons de relater en dernier lieu; ils peuvent éclater lors d’une irritation de l'utérus développée par toute autre cause. Ce ne sont pas non plus les effets résultans de la pression exercée par l'utérus sur les parties circonvoisines ; on les observe de même lorsque par une maladie l’utérus à acquis un développement insolite. La suppression des règies n'est pas un signe plus sûr, puisqu'elle arrive souvent par des causes autres que la grossesse. Nous en dirons autant du développement du ventre , qui s’observe

de même lors d’une tumeur quelconque des organes abdominaux. Les changemens que le toucher fait reconnaître dans le col de l'utérus ne sont ni assez considérables ni assez constans dans les premiers mois, pour que par eux on puisse aflirmer cet état; ils peuvent survenir d’ailleurs à l’occasion d’une tumeur de l'utérus. Les mouvemens de l'enfant qui , d'ordinaire se font sentir de trois mois et demi à quatre mois, sont les seuls signes qui permettent d’assarer la grossesse ; avec tous les autres phénomènes, on n’a que des présomptions. Geci cependant ne doit s'entendre que des quatre premiers mois ; plus tard , il n’y a plus possibilité de douter. D'un côté, les mouvemens de l’enfant sont chaque jour sentis par la mère ; de l’autre, le toucher fait reconnaître dislinctement un fœtus dans l’utérus , en déterminant ce qu'on appelle le mouvement de balottement ; si on le pratique à la fin de la grossesse , le col déjà aminei et ouvert laisse sentir au travers de lui l’œuf, et même permet de reconnaître quelle partie de son corps présente l'enfant; enfin, M. de Kergaradec a récemment découvert qu’en appliquant le stesthoscope à l’abdomen d’une femme enceinte, on pouvait distinguer et les battemens artériels du placenta, et ceux du cœur de l'enfant , les premiers dès le cinquième mois de la grossesse, et les seconds , un peu plus tard. On n’a aucun moyen de deviner le sexe de l'enfant que contient l'utérus : on a dit que si l'utérus était incliné à droite, si les mouvemens de l’en fant se faisaient sentir plus particulièrement de ce côté, et si le sein droit se gonflait le premier, l’enfant à naître était un garçon ; mais ces signes sont aussi peu réels que tous ceux que pour le même objet on est allé chercher dans la lune. On ne peut non plus savoir si la grossesse

est composée; cependant le ventre est alors plus gros; quelquefois à l'extérieur il semble partagé en deux moitiés; la mère sent remuer en plusieurs endroits à la fois, et en des endroits fort distans ; si enfin on use du stesthoscope, d’après la méthode de M. de Kergaradec , et qu’on sente en même temps et en deux endroits les mouvemens du cœur du fœtus, on aura la certitude qu'il existe deux jumeaux.

La grossesse a une durée qui varie en chaque espèce animale ; dans l’espèce humaine , elle comporte un intervalle de neuf mois, et finit à la trente-neuvième semaine, du deux cent soixante- quinzième au deux cent quatre-vingtième jour. Il y a cependant ici probablement quelques variétés; mais ceci à trait à la question des naissances prématurées et tardives , qui nous occupera à l’article des âges.

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