‹ Physiologie de l'hommeChapitre 10 sur 43 · VÉGÉTAUX ET ANIMAUX · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX ET ANIMAUX

dépendante de la présence dans la cavilé digeslive d'aliments digérés ;, c'est-à-dire disposés à être absorbés. Cette dernière différence est une conséquence des précédentes; puisque les aliments étaient déposés dans une cavité digestive , il fallait bien que ce fiit à la surface interne de cette cavité que l'absorption vînt en saisir la partie nutritive. Remarquons toutefois le rapport qui existe entre ces deux absorptions; et ce rapport n'avait écbappé, ni à. Hippocrate y qui a dit que l'estomac est aux animaux ce que le sol est aux végétaux, queniadmodum terra arboribus, ita animalibus ventricalas , ventriculus sicut humus ; ni à Bo'érhaave , qui a dit que les animaux ont leurs racines nourricières dans leur intestin. En somme , la nutrition de Tanimal se distingue de celle dn végétal par deux traits surtout: lo dans le végétal, tous les actes qui l'accomplissent sont également iri^ésistibles , et non perçus; dans l'animal, ceux qui commencent la nutrition, et qui consistent dans la préhension des matériaux nutritifs, sont volontaires et perçus , et il n'y a d'irrésistibles et de nan sentis que ceux qui leur font suite. i^ L'animal a toujours au moins un acte de plus , parmi ceux qui effectuent sa nuti'ition; savoir, la digestion. Ajoutons, relativement au mouvement de décomposition, que dans les végétaux les matières rejetées sont les substances les plus hydrogénées, et que dans les animaux ce sont, au contraire, les substances les plus azotées.

20 Les différences dans la reproduction sont bien moindres que celles que nous venons de reconnaître dans le mode de la nutrition; et peut-être est-il juste de dire que les végétaux et les animaux se ressemblent plus par la génération que par toute autre fonction. En effet, dans tous les être vivants en général , la reproduction s'accomplit de deux manières ; sans le concours de sexes , ou par des sexes. Dans le premier cas, un individu se reproduit seul ; il se partage de lui-même en plusieurs fragments, ou développe à sa surface des boui'geons , des gemmes, qui se détacbent et forment des individus nouveaux. Dans le second cas, deux sortes d'organes concourent à l'accomplissement de

la génération ; les uns, dits m die s ^ fournissant une matière fécondante; les autres, dits femelles, fournissant un gerraequi, consécutivement à sa fécondation parle principe de l'organe mâle, éprouve une suite de développements, et devient l'individu nouveau. Dans ce dernier cas, qui est le plus complexe , on peut distinguer dans la génération la succession des phénomènes suivants : i» le rap- ])rocbement des deux organes sexuels, pour que le principe fécondant de l'organe mâle soit appliqué au germe de l'organe femelle; 2^ l'avivement du germe par suite de cette application, avivement qui s'appelle fécoiidation ; 3 o enfin le détachement du germe à une époque déterminée , après qu'il a subi de premiers développements, et lorsqu'il est apte à vivre d'une vie isolée, et à constituer un individu nouveau.

Or, les jégé taux et les animaux offrent également ces deux modes de reproduction. Les conferves et les polypes , par exemple, nous présentent le premier mode , et sans aucune différence; ils se reproduisent en développant à leur surface des gemmes qui grossissent , se détachent et forment alors de nouvelles conferves , de nouveaux polypes. De même qu'un végétal se reproduit par bouture , de même aussi la section d'un polype en plusieurs morceaux fait de chacun de ces morceaux autant de polypes distincts. D'autre part, ces deux classes d'êtres nous offrent la reproduction par sexes. Cependant dans celle-ci on peut au moins signaler les oppositions suivantes.

Dans le végétal , le rapprochement des sexes n'est pas un acte volontaire, et se fait irrésistiblement; l'application du pollen de l'organe mâle à l'organe femelle est la suite forcée et mécanique de la disposition des parties. La plupart des végétaux, en effet, sont hermaphrodites, c'est-à-dire portent dans une même fleur les deux sexes; ces deux sexes sont généralement disposés l'un par rapport à l'autre de manière que le pollen tombe mécaniquement sur le stigmate de l'organe femelle : par exemple, si la fleur est droite , lesétamines sont plus longues que le pistil ;c'est le contraire si la fleur est penchée. D'ailleurs, ce sont les vents, les insectes, les

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corps extérieurs qui , le plus souvent , transportent le pollen de l'organe mâle à l'organe femelle. Aussi , ce principe fécondant n'est pas à nu, mais il est renfermé dans de petites capsules, qui ne se brisent qu'au moment du contact, ce qui fait qu'il n'est pas altéré dans le trajet. Au contraire, dans l'animal , ce rapprochement est évidemment un acte volontaire. liC plus souvent les sexes sont séparés et portés par deux individus distincts. C'est l'animal lui-même , et non aucun agent étranger, qui applique le principe fécondant au germe ; il l'y applique immédiatement , d'où il résulte que ce principe n'a plus eu besoin d'être renfermé dans des capsules protectrices, et est versé à nu.

En second lieu, dans le végétal , le détachement du germe se fait à une époque déterminée sans doute, mais aussi irrésistiblement et avec aussi peu de perception que se sont faits son avivement et ses premiers développements. Au contraire , dans l'animal , ce détachement, indépendant aussi de toute volonté, est au moins perçu par l'être à l'instant où il s'opère.

En somme, dans le végétal tous les actes qui constituent la reproduction^ savoir, le rapprochement des sexes, la fécondation, et la naissance du nouvel individu, sont également hors la perception et la volonté de l'être : et, au contraire , dans l'animal , le premier de ces actes , le rapprochement des sexes , est un acte volontaire et perçu ; le dernier, la naissance de l'individu nouveau, est perçu , et même un peu aidé par la volonté ; et il n'y a d'irrésistibles et de non sentis que la fécondation , et les premiers développements quilasuivent. Ajoutons encore comme différences, que dans le végétal les organes sexuels n'existent pas dès les premiers temps de la vie de l'être , et ne se développent qu'à l'âge où la réproduction est possible; qu'ils ne servent jamais qu'une seule fois et meurent après la fécondation; et que si la plante est vivaccj, ils tombent de même à chaque reproduction , et se renouvellent chaque année. Dans l'animal, au contraire, ils existent dès les premiers temps de la vie^ survivent aux fécondations, durent autant que l'individu, et peuvent servir plusieurs fois.

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Enfin, outre ces différences que présentent les animaux clans le mécanisme de leur nutrition et de leur reproduction , et qui tiennent, comme on vient de le voir , à ce qu'ils possèdent, de plus que les végétaux, les facultés de sensibilité et de locomotililé , l'existence de ces dernières facultés a encore déterminé en eux les trois particularités suivantes :

1» Les actions de sensibilité et de locotnotilité exclusives à l'animal ont ceci de particulier, qu'elles ne peuvent s'exercer toujours; elles sont soumises à une intermittence pendant laquelle cet être est à leur égard presque dans les mêmes conditions que le végétal ; l'animal est alors sans sentiment, sans volonté, sans possibilité de se mouvoir; et, sous ce rapport, sa vie se partage en deux états bien différents, et qui n'ont pas leurs analogues dans le végétal, Vétat de veille, dans lequel ces deux facultés peuvent être mises en action, et Vétat de sommeil, dans lequel, au contraire, elles sont irrésistiblement suspendues.

2** Les facultés de sensibilité et de locomotilité entraînent nécessairement dans les animaux l'existence d'une action qui manque encore dans les végétaux , celle des expressions ou du langage. Ces êtres, en effet, pouvant se mouvoir à leur volonté dans l'univers et agir à leur gré sur les divers corps qui le forment, devenaient par là une véritable puissance ; ils pouvaient évidemment tour-à-tour se nuire ou s^aider les uns les autres; et dès lors ils ont du avoir les moyens de se communiquer leurs sentiments intérieui*s, pour s'avertir, soit des appuis qu'ils peuvent se prêter, soit des dangers respectifs dont ils se menacent. Aussi tout être sensible, tout animal a un langage qui est en rapport pour sa richesse avec l'étendue de sa sensibilité, et le degré de puissance qu'il peut exercer sur l'univers.

3" Enfin, tandis que les végétaux ne sont en rien maîtres de leur existence, puisqu'ils sont entraînés irrésistiblement et sans perception ni volonté de leur part à la série des actes par lesquels ils vivent, les animaux, au contraire, sont maîtres de leur conservation comme individu et comme espèce, puisqu'ils peuvent à leur gré effectuer ou non les actes extérieurs qui commencent leur nutrition et leur reproduction;,

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€t sans lesquels ne pourraient se produire aucuns des aulres actes qui en aclièvent le mécanisme.

Telles sont les différences que ,sous le rapport des actions, on peut constater entre les végétaux et les animaux. Mais , quelque capitales qu'elles paraissent être encore, on va voir qu'elles ne sont pas plus absolues que celles que nous avions signalées dans la structure. D'abord, remarquons qu'elles ne doivent pas empêcher de réunir en une même classe les végétaux et les animaux : elles laissent , en effet , subsister les grands traits caractéristiques de la vie , l'origine par une génération , la fin par une mort, la conservation de l'individu par une nutrition, etc.; il n'y a que des degrés divers de simplicité ou de complication dans la manière dont s'accomplissent la nutrition et la reproduction.

Ensuite, pour que ces différences fussent propres à séparer à jamais les végétaux et les animaux, il faudrait qu'elles fussent vraies de tous ces êtres sans exception ; c'est-à-dire , que tous les animaux eussent la sensibilité , la locomotilité , et une digestion ^ car ce sont là les trois différences capitales; et, qu'au contraire, aucun végétal ne présentât ces fonctions. Or, c'est ce dont on peut douter.

D'une part , il est beaucoup d'animaux qui paraissent être, aussi ii'résistiblementque les végétaux , entraînés aux rapports «extérieurs qui commencent leur nutrition et leur reproduction , et par conséquent manquer de la sensibilité et de la locomotilité. Ils n'ont pas, en effet, les systèmes nerveux et musculaire qui, dans les animaux supéi'ieurs, sont les instruments exclusifs de ces facultés; ils ne se meuvent pas en masse; leurs mouvements partiels ne sont pas plus étendus que ceux qu'exécutent certains végétaux ; de sorte qu'il n'y a pas de raisons pour supposer en eux, plus que dans les végétaux , la sensibilité et la locomotilité , ou qu'au moins l'existence de ces facultés y est douteuse.

D'autre part, est-il bien sûr que des végétaux n'aient ni la sensibilité ni la locomotilité ? Il est vrai qu'attachés fixement au sol , ils ne se meuvent jamais en masse ; mais ils exécutent beaucoup de mouvements partiels; et partni ces mouvements, il en est qui sont si bien en harmonie

avec les circonstances extérieures, qu'on peut presque les croire l'efTet d'une volonté qui a apprécié ces circonstances extérieures^ et a raisonné. Par exemple , dans quelque position qu'une graine soit plantée , on voit toujours la plantule se diriger vers la terre , et la plumule vers l'atmosplière. Les brandies d'un arbre s'éloignent ou se rapprochent du tronc central, de manière à être toujours dans une position j)aral~ lèle à la pente du terrain. On voit les racines aller, comme par une sorte d'instinct , au-devant du sol qui leur convientj et se détourner au contraire de la veine de terre qui leui' serait nuisible. lien est de même des feuilles, des tiges, que l'on voit se diriger du côté d'où leur viennent l'air et la lumière. Les plantes dites grimpantes ne se contournentelles pas dans une direction toujours constante, et que l'agriculteur ne peut clianger ? ne clioisissent-elies pas les végétaux qui leur servent d'appui ? D'autres ne se dirigent-elles pas constamment vers le soleil, et ne suivent-elles pas la mardi e de cet astre? Il est certains végétaux qui ferment leurs feuilles et leurs fleurs la nuit , par les impressions de l'humidité et de l'obscurité, phénomène queLinnseus avait appelé le sommeil des plantes. Qui n'a pas aperçu et épié les mouvements de la dionea muscipula , ou attrape-mouche ,. ceux des sensitives , végétaux dont les feuilles se resserrent comme par instinct sur l'insecte qui paraît les fatiguer par sa présence ? Qui n'a admiré enfin les mouvements des organes sexuels des végétaux, nouvements par lesquels les sexes se rapprochent, et dont Linnœus avait compris l'ensemble sous le nom allégorique de mariage des plantes? Tous ces mouvements ne semblent-ils pas l'effet d'une volonté, et par conséquent devoir faire admettre dans les végétaux les premiers rudiments au moins de la sensibilité et de la locomotilité ?

Ce qui ajoute à la difficulté, c'est l'impossibilité où Ton est de reconnaître autrement que par l'analogie l'existence de la sensibilité dans les êtres autres que soi. Chacun a la certitude de sa sensibilité; il se sent vivre; mais personne n'a un moyen absolu de reconnaître celle des autres. D ordinaire, on dit sensible un être, quand ^ à la suite d'iui-

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