VÉGÉTAUX ET AP^IMAUX
rien d'inléressant pour notre objet. Reste donc à comparer leur mode d'origine et de reproduction, et leur mode de couservalion, c'est-à-dire les procédés par lesquels s'accomplissent dans cliacun d'eux les facultés de nutridon et de reproduction qui sont caractéristiques et inséparables de toute vie. Ces procédés sont généralement plus simples dans les végétaux, et la vie de ces êtres se compose d'un moindre nombre d'actions.
D'abord , on peut signaler entre les végétaux et les animaux celte première et imporlante ditTérence , que chez les premiers tous les actes qui , par leur succession^ accomplissent la vie, sont également irrésistibles et hors la perception de l'être 5 se passent sourdement en lui, sans qu'il en ait conscience et puisse influer sur eux par sa volonté; tandis que, dans le? animaux, quelques-uns de ces actes au moins sont laissés à la dépendance de leur volonté et à leur connaissance, savoir , ceux qui , consistant en des rapports avec l'extérieur, commencent la nutrition et la reproduction , comme la préhension des matériaux nutritifs pour le premier objet, et le rapprochement des sexes pour le second. Il est sûr, en effet, que tandis que le végétal absorbe irrésistiblement et sans perception ni volonté de sa part dans le sol et l'atmosphère les matériaux extérieurs nécessaires à sa nutrition; tandis que le plus souvent des agents étrangers portent à son insu le pollen de l'étamine sur le pistil pour la fécondation; c'est par une volonté spéciale , et avec perception de sa part, que l'animal prend dans l'univers l'air et ses aliments, et se rapproche de l'individu de l'autre sexe , du concours duquel il a besoin pour sa reproduction.
De là l'existence chez les animaux de deux facultés ou fonctions qui manquent chez les végétaux; savoir, la sensibilité , ou la faculté d'avoir la conscience , le sentiment, la connaissance d'une impression quelconque ; et la locomotiliié , ou la faculté de mouvoir à sa volonté et sous la direction de cette volonté tout son corps en masse, ou au nioins quelques -unes^ des parties de son corps. D'une part, toute nutrition et reproduction exigent que l'être qui se nourrit et se reproduit établisse pour ce double objet des
rapports au deLors de lui : d'autre part , ia nature a voulu laisser à l'animal la faculté de régler lui-même ces rapports extérieurs dont dérive tout le reste du mécanisme de sa vie: dès lors il a fallu nécessairement i^que cet être eut, les moyens de connaître lui et l'univers, qui sont les deux termes de ces rapports , et qu'il sentît le besoin de ces rapports; 20 qu'il eût les moyens de les établir , puisque la nature ne s'était pas chargée de le faire elle-même, comme dans le végétal. Or, c'est là le double office de la se72sibllitc et de la locomotilité , que l'animal possède de plus que le végétal. Par la sensibilité , l'animal se sent vivre, a un moi qui perçoit ; il connaît l'univers , apprécie les corps qui le composent, et éprouve tous les désirs , tous les sentiments intérieurs qui le sollicitent aux actes extérieurs qui importent à sa conservation comme individu et comme espèce , et qui sont relatifs au rôle qu'il doit remplir dans le monde. Par la locomotilité , il effectue tous les actes extérieurs que sa sensibilité lui a fait juger lui être nécessaires. La première est pour lui une sentinelle qui l'avertit de «es besoins, un moyen que la nature s'est ménagé en lui pour le faire agir dans le but de sa conservation ; et c'est elle qui vraiment donne du prix à sa vie. La seconde est celle qui lui fait satisfaire ses besoins , et qui, parce qu'elle le fait se mouvoir d'une manière apparente, l'a fait dire animé, par opposition au végétal, dont l'immobilité fait contraste. Remarquons que ces deux facultés se supposent mutuellement; et, en e0et, elles existent toujours simultanément ; d'un côté la sensibilité seule n'est qu'un giiide , qu'un conseil , et c'est réellement la locomotilité qui opère ; et , d'autre part , la locomotilité reconnaît toujours pour principe une volonté , laquelle est un acte de la sensibilité.
Evidemment les végétaux n'ont ni la sensibilité ni la locomotilité. D'abord, ils n'ont pas celle-ci, car ils sont fixés au sol, et ne peuvent se déplacer en masse. C'est une subtilité de considérer comme une espèce de locomotion lé déplacement des plantes stolonifères ou nageantes, ou celui d'une espèce d'orcbis qui, repoussant chaque année un bulbe nou-
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veau au-devant deFancienj occupe par suite, chaque année,une place nouvelle. De même, ils n'ont pas la sensibilité, car on ne les voit manifester aucun des actes par lesquels s'annonce cette faculté chez les animaux, comme d'exécuter des mouvements, de proférer des sons. On peut le conclure d'ailleurs de cela seul qu'ils n'ont pas la locomotilité ; car, non-seulement la sensibilité ne serait rien sans cette seconde faculté, mais encore elle serait un don funeste, puisqu'elle les rendrait aptes à sentir le plaisir et la douleur, sans qu'ils aient aucuns moyens de recbercber l'un et de fuir l'autre.
Mais, outre ces nouveaux phénomènes de vie que présentent de plus les animaux, il existe encore entre eux et les végétaux, d'autres différences relatives au mécanisme de leur nutrition et de leur reproduction.
i^La nutrition^ d'après l'idée générale que nous en avons donnée, exige, d'un côté, que l'être puise sans cesse au dehors de lui des matériaux, les élabore , et les approprie à sa substance ; et, d'un autre côté , qu'il rejette en même temps une certaine quantité des matériaux qui le composaient préalablement. Elle n'est donc pas un acte simple, mais suppose au contraire nécessairement deux actions au moins , V absorption , qui effectue la préhension et l'assimilation des matériaux nutritifs; et V exhalation ou excrétion ^ qui rejette hors du corps la matière que la nouvelle remplace. Elle constitue enfin dans l'être vivant deux mouvements opposés , l'un par lequel il se recompose, et l'autre par lequel il se décompose. Or, voici quelques différences sous le rapport de l'un et de l'autre entre les végétaux et les animaux.
Dans le végétal , les matériaux étrangers qui doivent servir à la nutrition, et qui sont toujours de deux sortes, l'air, et d'autres matières liquides ou solides, sont contenus dans l'élément ambiant tout disposés à être absorbés. Etant dès lors forcément en contact avec la surface externe de l'être, il semble que ce soient le sol et l'atmosphère qui les portent aux racines et aux branches. A la vérité ces racines et ces branches se meuvent un peu pour se diriger du côté où ces matériaux sont plus abondants ou meilleurs; mais on n'en peut pas moins établir que dans îe végétal,
c'est ]a nourriture qui vient cliercher l'être. La préliension s'en fait irrésistiblement, comme tous les autres actes qui constituent la vie du végétal. Cette préliension enfin consiste en une absorption qu'effectue la surface exierne, et qui est continue, parce que les matériaux sur lesquels elle opère sont toujours là.
L'animal, sous tous ces rapports, nous offre autant de différences. D'abord l'élément dans lequel il vit ne contient plus les matériaux nutritifs tout prêts à être absorbés; du moins, cela n'est plus vrai que de l'une des espèces de ces matériaux jTair: l'autre, qu'on appelle généralement a/ime/2£ abesoin de subir auparavant, dans une cavité intérieure de l'être, une élaboration qu'on appelle digestion, et qui la rend apte à être absorbée. Cette première différence est une suite forcée de l'existence de la sensibilité et de la locomotilité. D'un côté, l'animal jouissant de la faculté de se mouvoir, ne pouvait attendre passivement, comme le végétal, sa nourriture d'un sol qui pour lui change s.ms, cesse; il fallait, comme dit M. Cuviet\ qu'il pût toujours transporter avec lui sa provision, qu'il eut en lui une espèce de réservoir où il déposât ses matériaux nutritifs, et c'est ce qu'est l'appareil digestif. D'autre part, la nature ayant voulu laisser l'animal libre d'effectuer ou non sa nutrition, on conçoit que la nécessité d^introduire l'aliment dans une cavité intérieure exige bien plus une volonté réelle , qu'une préhension qui , comme celle du végétal, consisterait en une absorption effectuée par la surface externe de l'être. En second lieu, l'aliment ne se trouvant pas dans un contact forcé avec la partie du corps qui doit le saisir, il faut que ce soit l'animal qui établisse ce contact, et c'est vraiment cet être qui va cbercher sa nourriture. En troisième lieu, cette préliension est un acteentièrement volontaire de sa part^ et il n'y a d'irrésistible que les actes qui lui font suite. Enfin, tandis que dans le végétal labsorption nutritive se faisait à la surface externe de l'être , était continue ; dans l'animal , cette absorption se fait à la surface interne de la cavité digestive^; et elle peut n'être pas continue ; car elle est évidemment,