‹ Physiologie de l'hommeChapitre 11 sur 43 · VÉGÉTAUX ET ANIMAUX · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX ET ANIMAUX

pressions auxquelles on le soumet, on le voit proférer des cris , exécuter des mouvements ; mais ces cris et ces mouvements ne prouvent rien en eux-mêmes; ils n'annoncent la sensibilité qu'autant qu'ils sont les produits d'une volonté qui , par les uns, exprime la sensation qu'on éprouve, et, par les auti'es , dierche à s'approcher ou à s'éloigner de la cause de cette sensation. Or, l'on n'a aucun moyen de reconnaître qu'ils sont tels; et si onle préjuge, comme la volonté dont on les dérive alors est déjà un acte de sensibilité , c'est supposer existante cette sensibilité dont on est en doute; de sorte que dans cette recbercbe, on est réellement, comme l'a dit M. Cuvier^ dans un cercle vicieux, puisqu'on prouve la sensibilité par la sensibilité. Nous n'avons réellement, pour prononcer, d'autre guide que l'analogie. Mais qui osera indiquer les bornes où cette analogie doit s'arrêter ? et qui ne sait combien nous risquons d'être trompés par elle?

Ainsi , les caractères tirés de la sensibilité et de la locomotilité, qu'on aurait pu croire d'abord si propres à différencier les végétaux et les animaux, ne sont pas absolus. On conçoit qu'il en est de même dès lors de ceux établis sur l'existence d'un sommeil et d'un langage , puisque ces phénomènes, inséparables de l'acte de la sensibilité, seront admis ou niés dans les divers êtres vivants, selon que la sensibilité sera elle-même reconnue ou contestée.

Nous pouvons en dire autant de la digestion : ce n'est pas qu'aucun végétal en présente la moindre trace; mais il est impossible d'en affirmer l'existence dans tous les animaux : il en est, à l'extrémité du règne, qui sont trop petits pour qu'on puisse reconnaître en eux une cavité digestive; probablement ils se nourrissent aussi par l'absorption qu'effectue la surface externe de leur corps , le milieu dans lequel ils vivent contenant leurs matériaux nutritifs tout disposés à être absorbés : du moins , d'après la gradation que la nature affecte dans l'ensemble de ses créations , on peut croire que les animaux les plus simples, les animaux infusoires, par exemple, n'ont pas encore de cavité digestive.

ACTIONS. ^Cf

Relativement au mécanisme de la nutrition dans les végétaux et les animaux , on avait encore indiqué , comme caractères diiTérentiels, que ces derniers ne se substantaient qu'avec des substances solides ou liquides, tandis que les premiers ne se nourrissaient qu'à Faide de corps gazeux ou vaporeux ; mais cela n'est pas vrai encore de tous les animaux. On avait dit que les végétaux puisaient généralement leurs matériaux dans' le règne inorganique, et les animaux dans l'une et l'autre classe des êtres qui composent le règne vivant. Mais les animaux n'usent-ils pas de substances minérales, d'eau, par exemple? et les végétaux ne prennent-ils pas le plus souvent pour leur nourriture des substances organisées? qui ne connaît l'utilité des engrais pour la végétation ? Enfin , on avait dit que dans la nécessité où est tout être vivant du contact de l'air atmosphérique , les végétaux puisaient surtout dans cet air le gaz acide carbonique, et y exhalaient de l'oxygène , tandis que les animaux y prenaient cet oxygène, et y rejetaient du gaz acide carbonique. Mais cela ne doit pas s'entendre encore d'une manière absolue : les végétaux ont aussi besoin d'oxygène pour leur nutrition; une graine ne germe pas dans un air qui ne contient pas ou ne peut fournir ce principe ; et , enfin , dans l'obscurité tout végétal absorbe de l'oxygène^ et exhale du gaz acide carbonique.

Enfin , il n'y a rien d'absolu encore dans les différences que nous avons signalées relativement à la reproduction. D'un côté, beaucoup de végétaux ont les sexes séparés, et portés par des individus différents; dans plusieurs, on voit des mouvements spontanés par lesquels les organes sexuels se rapprochent; dans la rue , par exemple , les étamines s'inclinent les unes après les autres sur le pistil pour aller toucher le stigmate avec leurs anthères; dans la fleur de la passion, ce sont, au contraire, les pistils qui vont chercher les étamines pour être fécondés : ce sont les mouvements de ce genre qui ont fait douter si la sensibilité existe dans les végétaux. D'un autre côté, indépendamment de ce que beaucoup d'animaux sont hermaphrodites, il en est quelques-uns dans lesquels ce sont des agents étrangers qui

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sont cliargés aussi d'appliquer au germe le principe fécondant, et où rien ne paraît volontaire dans cette application ; quelques-uns aussi meurent nécessairement après l'acte de la reproduction.

Ainsi donc , il est vrai qu'on ne connaît jusqu'à présent aucune différence absolue entre les végétaux et les animaux, et qu'il n'est aucune des particularités qu'offrent les uns qui ne se trouve aussi dans les autres. Les uns et les autres^ par exemple, sont susceptibles de voir quelquefois leur vie se suspendre pendant l'hiver , de former des êtres composés, etc. Ces êtres ne diffèrent l'éellement que du plus au moins; et Ton peut dire d'eux que , bien distincts les uns des autres dans leurs espèces les plus compliquées, ils se confondent, au contraire, dans leurs espèces les plus simples : ils forment, comme l'a dit M. Brisseau- Mirhel , deux séries graduées, deux cîiaînes ascendantes qui partent d'un point commun, mais qui s'écartent l'une de l'autre à mesure qu'elles s'élèvent.

Cependant, comme il n'est pas impossible de concevoir, sans le concours de la sensibilité , et par le fait seul d'un organisme heureux , les différents mouvements partiels des végétaux; comme, d'autre part, l'impossibilité de constater l'existence de la sensibilité dans des animaux n'empêche pas, si OTile veut , de regarder la sensibilité et la locomotilité comme les facultés caractéristiques du règne animal, en n'appelant dès lors animaux que les êtres qui offriï'ont évidemment ces facultés, et en avouant qu'il est certains êtres qu'on ne sait trop à quel règne rapporter : d'après ces deux raisons, et dans la nécessité où l'on est de trancher la question, nous établissons que les caractères essentiels des végétaux et des animaux sont la sensibilité et lalocomotililé, que ces derniers seuls possèdent. Il nous est d'autant plus permis de raisonner ainsi , qu'ici nous avons à nous occuper sj)écialement de l'homme, et que ces différences sont absolues pour lui, ainsi que pour les animaux supérieurs.

Dès lors , nous pouvons nous expliquer les différences que nous avions signalées dans la structure des végétaux et des animaux. Si, par exemple, le corps du végétal présente un

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moindre nombre d'organes que celui de l'aEimal , c'est que sa vie comprend un moindre nombre d'actions ; c'est que cet être a de moins la sensibilité, la locomotilité et la digestion. Si la substance du végétal se réduit à un seul tissu générateur, le tissu vésiculaire ou lamineux, et n'offre pas les tissus nerveux et musculaire , c'est que ce végétal a de moins la sensibilité et la locomotilité, dont les tissus nerveux et musculaire sont les instruments.

Tels sont les faits que nous présente l'examen comparatif des végétaux et des animaux^ et l'on voit que cet examen nous a mis à même de spécifier de nouveaux phénomènes de la vie j la sensibilité et la locomotilité, les expressions, le sommeil. Ainsi , nous avons pénétré plus avant dans le sujet de notre étude, la physiologie de l'homme. Maintenant, laissons les végétaux , et étudions les animaux, auxquels appartient l'homme.

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