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CHAPITRE IIL

Examen comparatif des Animaux.

Les animaux sont donc des êtres vivants, que la liatui'c a voulu rendre maîtres de leur existence , en subordonnant à leur volonté les actes extérieurs qui commencent leur nutrition et leur reproduction. Ce sont des êtres dont la vie plus compliquée compi^nd , outre les facultés de nutrition et de reproduction ^ celles de la sensibilité, de la locomotilité, et du langage.

Mais ces animaux sont très nombreux, et surtout offrent de grandes variétés entre eux. Il n'est pas de mon objet dr les présenter toutes ici. Je ne dois jeter sur le règne animal qu'un coup d'œil général, afin d'être amené à énumérer tous les phénomènes de la vie de l'homme. Nous allons toujours suivre le même ordre, c'est-à-dire examiner, d'abord la composition matérielle des animaux, puis leurs actions; et nous terminerons en indiquant une classification de ces êtres, et la place qu'occupe l'homme eu cette classification.

ARTICLE PREMIER

ÎDifférences dans la Composition matérielle des Animaux.

Les animaux diffèrent beaucoup sous ce rapport; etîe volume, la forme, l'organisation intérieure, pi-ésentent cliez eux les oppositions les plus fortes.

lo Relativement au volume , les uns sont microscopiques, c'est-à-dire tellement petits que la vue de l'homme ne peut les apercevoir qu'aidée du microscope. D'autres, au contraire, présentent une masse de cent pieds et plus de longueur, comme la baleine. Entre ces deux extrémités sont tous les intermédiaires possibles. Mais ce premier point de vue ne conduità aucunes généralités utiles à l'objet de notre

étude.

2« Il n'en sera pas de même de \si forme; sur elle reposent les premières classes dans lesquelles on a partagé les animaux. D'abord, il est des animaux qui ont la forme d'un trlobule comme les monades; ou d'un filament, comme les vibrions; ou d'une petite membrane aplatie, comme les cyclides; ou enfin dont la forme ne peut être rapportée à aucune figure connue, déterminée, qui sont dits, à cause de cela, n'avoir point de forme, et qu'on a réunis en une premièi'e classe sous le nom à^animauoc amorphes ou hétérO' morphes (de Blainville). Ce sont les animaux dont l'organisation est la plus simple , la vie composée du plus petit nombre d'actions. Il est, au contraire; d'autres animaux dont la forme est déterminée; et on en a fait une seconde classe sous le nom (V animaux morphes.

Ceux-ci, dans leur forme, affectent deux types principaux : ou bien leur corps offre des i-ayons qui sont disposés autour d'un centre , ou bien leur corps est composé de deux moitiés semblables , qui sont disposées le long d'un axe. Delà, leur partage en deux autres classes, celle des animaux radiaires , et celle des animaux binaires, sjmé-iriques. Les animaux radiaires sont déjà plus compliqués que les animaux amorplies; leur sensibilité est plus évi*^.

dente; leur organisation moins homogène offre déjà des rudiments du système nerveux, qui est l'agent de celte faculté; mais ils sont les plus simples des animaux morplies. C^est, au contraire, à la classe des animaux binaires qu'appartiennent les animaux les plus composés , comme on ])ouvait le concevoir , puisque l'iiomme en fait partie.

Sans doute , ces animaux binaires , considérés sous le rapport de leur forme , présentent encore d^innombrables différences. Tantôt ils n'ont qu'un tronc ^ sans appendices ou membres. Tantôt ils présentent nettement ces deux sortes de parties : et dans ce dernier cas, les membres sont, ou des nageoires, ou des ailes , ou des pattes , des pieds , des mains ^ selon le milieu qu'habite l'animal, et les offices que doivent accomplir ces membres. Chez les uns, le tronc est un, et ne se partage pas en plusieurs pièces : chez d'autres , s'isole de lui une partie aumoins, la tête, qui contient les principaux organes des sens et l'organe de l'intellect. Ou bien la peaii. est nue; ou elle est, en entier ou en partie, recouverte d'organes défensifs divers , écailles, plumes, poils. Tantôt cette peau a la même apparence et la même organisation partout; tantôt , en quelques points de son étendue , elle est modifiée de manière à constituer des appareils particuliers qui sont les organes des sens. Enfin, quelquefois cette peau n'offre aucune ouverture qui communique dans l'intérieur du corps , aucun repli qui s'y enfonce ; et d'autres fois , au contraire, existent dans l'intérieur du corps des cavités qui communiquent avec l'extérieur par des ouvertures qui aboutissent à la peau, dans lesquelles celle-ci paraît s'être repliée, et qui sont les orifices des viscères complexes, des organes digestifs, respirateurs, génitaux, urinaires, etc. Mais ces différences, quelque considérables qu'elles soient, ne prêtent encore à aucune généralité; et plusieurs tiennent à l'état de l'organisation intérieure. •.

?>^ Ce sont les différences relatives à V organisation intérieure ^ qu'il nous importe surtout d'énumérer, parce que ce sont elles qui prouvent que la vie a plus ou moins de simplicité ou de complication.

D'abord, dans les animaux amorphes , qui sont au der- TOME I. 4

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nier degré de l'éclielle animée, l'organisalion est la plus simple possible. D'une part, le corps n'olfre aucune cavité intérieure. D'autre part , toute la masse en paraît homogène, semble être une matière spongieuse, celluleuse , sans distinction possible d'aucuns éléments primitifs , d'aucuns organes particuliers. La surface externe du corps saisit par absorption les matériaux nutritifs; elle rejette par sa transpiration les matériaux dont l'être se dépure; elle développe les bourgeons reproducteurs; enfin, elle accomplit à elle seule la sensibilité , à supposer que ces êtres si simples en soient doués.

Dans les animaux radiaires , l'organisation est déjà ])lus compliquée. D'une part, la surface externe du corps ne suffit plus à l'absorption des matériaux nutritifs; une cavitéexiste à cet effet dans l'intérieur , et c'est là le premier rudiment d'un appareil digestif. Cette cavité n'a d'abord qu'une seule ouverture, et rci^rcscnle un cul-de-sac; elle n'est encore que Ip corps lui-même, et n'est pas, comme cela sera parla suite, un organe distinct, flottant dans l'intérieur; elle semble n'être que la peau externe qui s'est re- ])liée en dedans pour la former. Mais bientôt , dans quelques radiaires même, elle a deux ouvertures , et traverse le corps de part en part. C'est en elle que l'aliment est reçu et élaboré, quand, l'absorption de la surface externe du corps ne peut plus à elle seule effectuer la préliension des matériaux nutritifs, ou même ne peut plus y servir du tout. D'autre part, l'organisation n'est plus si liomogène ; dans la masse celluleuse commune, commencent à se distinguer en rudiments les tissus 72e;vez/a7et musculaire , agents de la sensibilité et de la locomotilité. Le premier consiste en des corps globuleux, d'une matière blancliàtre et molle , en nombre égal à celui des rayons qui composent l'animal, qu'on ap^ pelle g'a;7g7z*o/75 , et desquels se détaclient des filets qu'on appelle nerfs ^ qui vont se distribuer à toutes les parties , et surtout à la peau externe pour lui donner la faculté du tact , et à la peau interne ou membrane digestive pour la rendre apte aussi à sa fonction. Le second consisie en llîaments rougcàtres et blaucLàtres, qui sont dirigés dans les sens se-

STRUCTURE. 5i

]on lesquels doivent se produire les mouvements. En un mot, voilà déjà dans ces animaux trois apipareils distincts , le digestif, le nerveux et le musculaire. Mais il u'y a pas encore d'organes sexuels, ni de vaisseaux, ni d'organes secré'teurS;, ni aucunes parties dures.

Eufin, c'est dans les animaux binaires que l'organisation présente une série de complications considérables. D'une part , chacun des trois appareils qui se sont isolés les premiers vont s'agrandir pour leur objet spécial , la nutrition , la sensibilité et la locomotilité, et donner par là naissance à d'autres appareils. D'autre part, il va s'en former aussi de nouveaux pour la reproduction et les expressions. Parcourons le règne animal sous cliacuii de ces cinq chefs.

Nutrition. Non-seulement la surface externe du corps ne l'effectue plus à elle seule; non-seulement il y a une cavité digestive; mais cette cavité digestive se complique, et d'autres appareils lui sont ajoutés. Ainsi, d'abord, cette cavité digestive arrive à avoir deux ouvertures, la bouche pour l'introduction desalimeuts, et Vanus pour l'expulsion de leurs débris. Ensuite elle forme un canal qui est distinct du corps, et qui flotte dans son intérieur. Successivement elle cesse d'être un simple repli de la peau externe , mais est formée d'organes qui paraissent spéciaux, et auxquels on a donné des noms particuliers; savoir, la bouche, V estomac , Vintestin. Dans les i-adiaires , le produit de son travail^ le cliyle , avait passé à travers ses parois pour aller imprégner la substance du corps et s'y assimiler : dans la série des animaux binaires, au contraire, on voit apparaître des 'vaisseaux qui vont pomper en elle le fluide qu'elle a fait; et c'est là un premier rudiment de ce qu'on appelle un appareil circulatoire. Souvent, enfin, dans les animaux binaires, pour que l'élaboration digestive s'effectue, il y a besoin que des sucs divers, faisant Foliice de menstrues, la salii^e , ]cibile, soient versés dans la cavité digestive; et, par conséquent, se montrent dans le voisinage de cette cavité les organes chargés de la fabrication de ces sucs, des organes sécréteurs , des glandes , le J'oie , par exemple.

D'autre part, bientôt à la cavité digestive s'ajoutent

d'autres appareils nutritifs. De même que cette cavité digestive s'était développée quand la surface externe du corps n'avait plus pu effectuer l'absorption des matériaux nutritifs , ou suffire à elle seule à cette absorption ; de même il arrive un degré de complication dans les animaux, dans lequel la surface externe du corps ne peut plus effectuer l'absorption de l'air atmosphérique que nous avons dit être nécessaire à toute vie. Alors ^ une portion de la peau externe se replie aussi au dedans de l'animal , pour constituer un organe chargé de cette absorption; et cette autre cavité, distincte de la digestive , est ce qu'on appelle V appareil respiratoire. Ensuite, cet appareil respiratoire va lui-même, comme le digestif , en se compliquant. Tantôt il consiste en un système de vaisseaux appelés trachées , lesquels , ouverts à la périphérie du corps, vont delà se distribuer dans tous les organes. Tantôt il est concentré en un lieu circonscrit du corps, dans ce dernier cas, selon qu'il est apte à recevoir Tair seul, ou l'eau, il est ce qu'on appelle un poumon, ou une branchie.

Mais, ce n'est pas tout encore. Quand cet appareil respiratoire existe, il est évident que ce n'est pas au même lieu que sont absorbés, et les aliments, et l'air; et cependant ee n'est que lorsque celui-ci a modifié le fluide qui provient des aliments, {[ue ce fluide est apte à nourrir les parties. Il faut bien dès 1 rs que des organes conduisent ce fluide^ d'abord de la cavité digestive qui le prépare , à l'appareil respiratoire où l'air le modifie , et ensuite , de l'appareil respiratoire , à toutes les parties où il doit être mis en œuvre. Or , ces organes fondent un nouvel appareil , V appareil cijculatoire. Déjà nous en avons indiqué les premiers rudiments dans les vaisseaux destinés à pomper, dans la cavité digestive, le produit de la digestion; mais il est aussi plus ou moins compliqué, tantôt ne consistant qu'en des vaisseaux , tantôt présentant de plus des organes d'impulsion appelés cftjwr^ , qui exercent sur ce fluide une action de pi'ojeclion.

Enfin, quand le mécanisme nutritif des animaux est compliqué , en ce qui concerne la composition, au point

d'exiger tous ces appareils distincts , digestif , respiratoire et circulatoire , il est rare qu'il ne le soit pas de même à l'égard de la décomposition. Ainsi, de même que des vaisseaux spéciaux, par une action d'absorption, avaient puisé, dans les appareils digestif et respiratoire, les matériaux extérieurs nécessaires à la composition ; de même aussi des vaisseaux recueillent , dans toutes les parties , les matériaux dont elles doivent se dépouiller, et dont le rejet doit effectuer la décomposition. De là la distinction de deux espèces d'absorptions : l'une dite externe , ou de composition, qui recueille les matériaux venant du dehors pour la composition ; et une dite interne ou de décomposition, qui recueille les matériaux provenant du corps animé lui-même , et qui doivent être rejetés. Les vaisseaux qui accomplissent cette dernière peuvent même être d'une ou de deux sortes, des "veines et des lymphatiques. Enfin, la peau, qui, dans les derniers animaux, suffisait à la décomposition par la transpiration dont elle est le siège, ne peut plus l'effectuer seule; certains organes secrétoires ajoutent leur action à la sienne , et principalement les organes de la dépuration urinaire.

Ainsi les animaux binaires offrent, sous le rapport de leur nutrition, une organisation de plus en plus compliquée, et l'homme est à cet égard au plus haut rang.

Sensibilité. K partir des animaux binaires, l'appareil de cette fonction se complique aussi, et il arrive à constituer le premier rouage de toute l'organisation. D'abord , à certains lieux de la surface externe du corps , et à l'entrée des cavités digestive et respiratoire, se développent des organes de sens spéciaux, de vue, d'ouïe, de goût et d'odorat. En second lieu, le système nerveux ne consiste plus en quelques ganglions épars, fournissant également et à la fois aux organes des fonctions nutritives et des fonctions sensoriales; mais il présente de plus une partie centrale, avec laquelle communiquent les ganglions, et d'où partent les nerfs des fonctions animales. Cette partie centrale, appelée axe cérébro-spinal, est un gros cordon nerveux , renfermé dans le rachis, où il porte le nom de moelle-spinale , et prolongé dans le crâne.

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oii iî offre divers renflements, et où il est appelé encéphale. Dans les animaux supérieurs enfin, outre cet axe cérébrospinal , et les nombreuses paires de nerfs qui en partent , ou y aboutissent de chaque côté , il existe, de la tête au bassin , une suite de ganglions unis entre eux par des branches de communication, envoyant des nerfs nombreux aux organes de la nutrition , formant ce qu'on appelle le grand sympathique, et qu'on croit généralement destiné à régir toutes les actions de l'économie animale qui sont irrésistibles et non perçues. Il y a^ en effet, ceci ae remarquable, c'est que, bien que le système nerveux soit l'agent spécial de la sensibilité, ce système dans les animaux élevés, se subordonne les organes chargés des actions de îa nutrition et de la reproduction , de sorte qu il deviei\t le rouage suprême des animaux.

30 Locomotilité. L'appareil de cette fonction, qui a commencé à apparaître dans les animaux radiaires, va aussi en se compliquant dans la série des animaux binaires. D'abord, il en est dans lesquels il ne se comDOse que de ces fibres rouges ou blanches, contractiles, dont rensemble est appelé système musculaire; ceux-là, par conséquent^ ne contiennent encore dans leur organisation aucunes parties dures. Mais ensuite ces animaux offrent des parties dures, qui forment la charpente de leu.r corps, les leviers de leurs membres, et qui, influant T)ar leur disposition, leur mode d'articulation, sur la direction des mouvements, deviennent partie intégrante de l'appareil locomoteur. Ces parties dures sont de deux sortes : ou extérieures, des dépendances de la peau, et développées dans l'épaisseur de cette membrane; ou intérieures , constituant des organes particuliers, aes os. Dans le premier cas , le système musculaire est audedans des étuis cornés qu'il doit mouvoir; et, dans le second, il est au contraire en dehors, et disposé autour des os. Les insectes nous offrent des exemples du premier mode d'organisation, et les animaux dits vertébrés nous en offrent du second. Dans ce dernier cas , les os , en même temps qu'ils forment ce qu'on appelle, par opposition aux muscles , les organes passifs du mouvement , servent aussi à constituer

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des ca viles dans lesquelles sont contenus les centres nerveux, l'encéphale et la moelle spinale : sur la ligne médiane, et dans toute la longueur du tronc de Tanimal , règne une suite d'os appelés vertèbres , unis entre eux, tantôt d'une manière immobile , tantôt d'une manière mobile , et qui forment une cavité, celle du crâne et durachis, dans laquelle sont logés l'encéphale et la moelle spinale. L'existence de cet axe vertébral fonde alors le trait le plus saillant de l'organisation de ces animaux, et de là le nom de vertébrés qui leur a été donné. ]N[ous n'avons pas besoin de dire que l'animal, tantôt est sans membres, tantôt en a; et, que dans ce dernier cas, ces membres sont, ou des nageoires, ou des ailes, ou des pattes, ou des pieds, selon qu'il doit se mouvoir dans l'eau, dans l'air ou sur la terre. Les animaux, considérés sous ce même point de vue, sont privés ou doués d'organes de préhension, et ceux-ci sont très divers , des trompes , des mains , etc.

40 Expressions. Les animaux diffèrent beaucoup aussi relativement aux organes d'expressions : tantôt ils paraissent n'en point avoir de spéciaux, leurs sentiments étant manifestéspar de simples changements dans leur pose, leur attitude, l'état extérieur de leur peau; tantôt ils possèdent un organe propre à produire des sons , une espèce d'instrument à vent et à anche, situé sur le trajet des voies respiratoires , et qu'on appelle larynx.

50 Reproduction. Enfin, il n'y a que les derniers animaux qui se reproduisent seuls, et à l'aide de bourgeons que développe la surface externe de leur corps. Bientôt existent des organes spéciaux pour la reproduction^ les organes sexuels. Ces organes sont de deux sortes: les mâles, préparant un fluide destiné à féconder le germe, et propres à appliquer ce fluide au germe; les femelles , produisant le germe, et lui fournissant un asile dans les premiers temps de son développement. Tantôt ces organes sont réunis sur un même animal. Tantôt ils sont séparés, et l'espèce animale est partagée alors en deux individus, le mâle et la femelle; doù est venu le nom de sexe , donné aux organes génitaux qui décident ce partage. Ils sont eux-mêmes plus ou moins com-

])liquésdans îa série des animaux. Dans le mode le plus simple , ils consistent , le mâle , en une glande appelée testicule , sécrétant le fluide fécondant appelé speiine, et dans le canal excréteur de cette glande : le femelle, en un organe producteur des germes , V ovaire , et le canal excréteur de cet ovaire. Dans un plus grand degré de complication , l'appareil génital mâle offre , de plus, un organe d'excitation propre à porter le sperme jusque dans le sein de la femelle, pour aviver le germe lorsque celui-ci est encore attaché à Tovaire qui le porte; c'est ce qu'on appelle une verge , un pénis. De son côté, l'appareil génital femelle offre deux nouveaux organes; un réservoir appelé matrice ou utérus , où l'œuf fécondé vient se mettre en dépôt, s'attacher, et éprouver ses premiers développements ; et un appareil glanduleux , les mamelles, destiné à préparer le lait qui doit servir d'aliment à l'individu nouveau dans les premiers temps de sa vie isolée.

Telles sont les grandes différences que présentent les animaux considérés sous le point de vue de leur structure. Elles vont se remontrer à nous, et être mieux conçues dans la comparaison que nous allons faire des animaux sous le rapport de leurs actions.

ARTICLE II

Différences dans les Actions des Animaux.

Les animaux ne diffèrent pas moins à cet égard, et c'est même ce qui a décidé toutes les différences qu'ils nous ont présentées dans leur organisation. Cest par des procédés plus ou moins simples ou compliqués qu'ils accomplissent leur vie. Pour le prouver, comparons-les successivement: d'abord , relativement à chacune des cinq facultés dont ils jouissent, nutrition, reproduction, sensibilité^ locomotilité et langage', ensuite, sous un sixième point de vue, le degré dans lequel la vie est centralisée en eux , le degré de dépendance ou d'indépendance dans laquelle sont les unes des autres , et particulièrement de certains centres , leurs diverses parties et leurs diverses actions.

10 Nutrition. D'après ce que nous avons dit, la nutrilioa n'est jamais un acte simple ; toujours elle est le résultat de plusieurs actes qu'on di^^eWe fonctions , et qui , chez les divers animaux, sont en plus ou moins grand nombre, et ont dans chacun d'eux des degrés divers de complication.

Dans les anim.anx les plus simples , elle ne se compose que de deux actions , l'une pour la composition , une absorption^ et l'autre pour la décomposition , une exhalation , ou transpiration. Ces animaux, en efïet , absorbent par la surface externe de leur corps , l'air et les divers éléments nutritifs dont ils ont besoin. En même temps que ces matériaux sont pinsi absorbés, ils reçoivent la forme nouvelle sous laquelle ils sont propres à être assimilés à l'être; et, comme celui-ci a peu de volume, cette matière ainsi élaborée est aussitôt appliquée aux organes , et assimilée à leur substance. La matière absorbée ne se laisse pas voir dans l'intervalle du lieu où elle a été absorbée , et de celui où elle est assimilée. La part qu'a l'air dans la nutrition , et que nous verrons ailleurs être isolée sous le nom de respiration; l'action par laquelle le fluide qui résulte de l'absorption est porté aux organes où il doit être mis en œuvre , et que nous verrons aussi ailleurs être isolée sous le nom dt circulation; cette autre action par laquelle chaque organe s'approprie ce fluide qui a été fait au loin et qui lui a été apporté , et qu^on isole aussi sous le nom à^ assimilation ; toutes ces actions sont ici confondues en une seule, V absorption. En même temps, une exhalation efîectuée aussi par la surface externe de l'êîre, le débarrasse d'une certaine quantité de la matière qui le formait. ^

Mais, dans d'autres animaux, successivement le mécanisme par lequel s'accomplissent la composition et la décomposition se complique, et comporte un plus grand nombre d'actions. D'abord l'élément ambiant, dans lequel l'être vit, ne contient plus, tout disposés à être absorbés, les matériaux nutritifs; i! faut que ce soit l'animal lui-même qui leur imprime cette disposition, et cela dans une cavité di-, gestive. La nutrition comprend alors une action de plus,

la digestion , fonction préparatoire qui dispose la matière nutritive à être absorbée. En second lieu , quand il existe une digestion, comme c'est dans une cavité intérieure que se fait l'absorption delà matière nutritive, on conçoit que l'air, qui est nécessaire à toute vie, ne peut être absorbé en même temps au même lieu que celle-ci; son absorption souvent alors se fait à part , et constitue une nouvelle action ou fonction, qui s'ajoute aux précédentes , et qu'on appelle re.sy?ïr«Zib/2. Dans ces cas, la matière absorbée se laisse voir, dans l'intervalle du lieu où elle a été absorbée , et de celui où elle est assimilée; elle se montre sous la forme d'un fluide, qui est conduit de l'un de ces lieux à l'autre. En troisième lieu, lorsque, dans le mécanisme de la nutrition d'un animal , il y a concours d'une digestion et d'une respiration , comme le fluide que l'absorption a recueilli dans la cavité digestive n'est apte à nourrir les organes qu'après qu'il a été modifié par le contact de l'air, il en résulte qu'il faut que ce fluide aille se soumettre au contact de cet air dans l'organe de la respiration , pour être porté ensuite aux pai;ties qu'il doit nourrir : pour cet efl^et , il est reçu dans une suite de vaisseaux qui le portent, d'abord de la cavité digestive à l'organe de la respiration , et ensuite de cet organe de la respiration à toutes les parties auxquelles il doit être assimilé; et c'est là une nouvelle action, qu'on appelle circulation. Enfin dans tous ces cas, les divers matériaux nutritifs n'accomplissent pas immédiatement la composition; ils sont seulement changés en un fluide distinct, appelé sajig, lequel va ensuite s'assimiler aux parties; et, comme alors on peut séparer distinctement , les actions par lesquelles se fait le fluide destiné à la nutrition, de celle par laquelle ce fluide est assimilé aux divers organes, on a fait une cinquième fonction de cette dernière action, sous le nom de nutrition proprement dite , ou assimilation. De son côté , le mouvement de décomposition s'exécute aussi avec plus de comj^îication. D'abord, c'est une action d'absorption , qu'on appelle interne^ par opposition à l'absorption composante, pour faire entendre que les matériaux qu'elle recueille sont pris en dedans et non en dehors

du corps, qui saisit dans les organes les éléments dont l'économie doit se dépurer; et cette absorption peut être unique ou double. Ensuite, au lieu d'une transpiration externe pour elïectuer à elle seule la décomposition , il y a concours de plusieurs autres excrétions , et surtout existence d'une principale , appelée dépuration urinaire.

Ainsi la nutrition exige chez les animaux , dans son mécanisme le plus simple, le concours de deux fonctions , V absorption et \niQ transpiration cutanée ; el, dans son mécanisme le plus compliqué, celui de six, la digestion, V absorption , la respiration , la circulation, V assimilation et les excrétions.

Mais ce n'est pas tout : cliacune de ces fonctions est ensuite elle-même plus ou moins complexe; et nous allons les passer rapidement en revue , pour signaler au moins celles des complications qui sont les plus importantes, et qu'il nous importe de faire connaître d'abord.

Digestion. La digestion offre dans la série des animaux de nombx'eux degrés de complicatian , depuis le cas où son organe consiste en un simple repli intérieur de la peau , n'ayant qu'une seule ouverture, et qui peut même être impunément retourné , jusqu'à celui où cet organe occupe toute la longueur du corps, d'une de ses extrémités à l'autre, et est partagé en plusieurs cavités successives qui toutes font éprouver à l'aliment une élaboration distincte. Dans le premier cas^, l'animal probablement se nourrit à la fois, et par ce qu'absorbe sa peau externe , et par ce qu'il digère , car on peut le retourner , et faire que la peau externe devienne la cavité digérante, et que la cavité digestive devienne la surface exhalante. Dans le second , beaucoup de variétés sont possibles ,• mais il est inutile de les énumérer ici.

Absorption. Dans les animaux les plus simples , cette fonction effectue à elle seule la composition; tout à la fois elle saisit les matériaux nutritifs, les élabore et les assimile aux organes. Recueillant en même temps les deux genres de principes nutritifs , l'air et les autres éléments réparateurs, cette absorption n'est évidemment que d'une

€o DES ANIMAUX.

seule espèce , qu'on a appelée tour-à-tour , de composition eu ayant égard à son but , et externe d'après la source des matériaux qu'elle saisit. Enfin, c'est immédiatement qu'elle etrectue la composition du corps , et par conséquent on ne distingue pas ses produits.

Mais dans les animaux supérieurs , cliez lesquels la nutrition comprend dans son mécanisme le concours d'une digestion , d'une respiration , etc., il n'en est pas ainsi.

D'abord cette fonction n'est plus une , et il existe évidemment plusieurs espèces d'absorptions. Première ment, comme c'est en des lieux différents que sont absorbés, €t l'air , et les autres matériaux nutritifs , déjà on distingue ces deux absorptions , la respiratoire , et la digestis^e ; on plutôt, on fait de la première une fonction à part , sous le nom <le respiration. Secondement, non-seulement c'est une absorption qui saisit sur les surfaces digestive et respiratoire , les matériaux destinés à la composition du corps; mais c'en est une aussi , qui reprend dans les organes les matériaux qui doivent en être retirés ; et de là, la distinction de deux autres absorptions , une dite externe , ou de composition , qui saisit au dehors du corps les matériaux destinés à la composition, et une autre appelée par opposition interne ou de décomposition , parce que les matériaux qu'elle recueille sont puisés au dedans du corps , et parce qu'elle a pour but la décomposition. Il y a plus : dans les animaux supérieurs, cette absorption interne ne se borne pas à recueillir les matériaux qui ont besoin d'être repris dans l'intérieur des organes, et du rejet desquels dépend la décomposition , elle reprend encore beaucoup de sucs sécrétés divers , qu'a nécessités l'organisation complexe de ces êtres, et qui, versés sans interruj)tion sur des surfaces qui n'ont pas d'issue au dehors , augmenteraient indéfiniment , si l'absorption ne les enlevait en même proportion qu'ils sont produits. Elle agit même sur les matières excrémentilielles de l'économie, dont elle résorbe quelques parties , pendant que ces matières parcourent les voies de leur excrétion. Enfin, tour-à-touv elle est effectuée par un seul ordre de vaisseaux , des l'eines , ou par deux , les veines et

ACTIONS. 6r

les lymphatiques ; et dans ce dernier cas , elle se subdivise , sous le rapport de l'appareil vasculaire qui l'efTectue , en deux genres , Y absorption ^veineuse et V absorption lymphatique.

En second lieu , ce n'est plus immédiatement que ces absorptions accomplissent, l'une, la composition du corps, l'autre sa décomposition. L'une et l'autre forment seulement des fluides, que l'acte de la respiration ensuite cbangera en celui qui fournira immédiatement les matériaux de la composition et de la décomposition , et qu'on peut appeler le fluide nutritif proprement dit. Par exemple, voyez dans les animaux supérieurs , les vaisseaux cbjlifères effectuer par leurs orifices dans l'intestin l'absorption alimentaire, et produire ainsi un fluide appelé chyle, qui ne nourrit pas immédiatement les organes, mais qui est seulement destiné à former par l'acte de la respiration, celui qui sera employé à cette nutrition , le sang ai'tériel. De même , voyez , ou les veines seules , ou les veines et les lymphatiques ensemble , recueillir dans toutes les parties les matériaux internes, et donner naissance à un ou deux fluides , le sang veineux et la lymphe ^ lesquels , au lieu d'être immédiatement rejetés au dehors du corps , vont se changer aussi par l'acte de la respiration en sang artériel^ qui ensuite alimente les excrétions comme il a servi aux nutritions.

De là résulte^ en premier lieu, que l'absorption, dont on ne distingue dans les derniers animaux , ni les agents , ni les produits^ au contraire a dans les animaux supérieurs des appareils spéciaux, et donne naissance à des fluides distincts ; en deuxième lieu , que les matériaux de l'absorption interne , que jusqu'ici nous avions présentés comme relatifs seulement à la décomposition du corps, servent aussi à sa composition, puisqu'ils concourent comme ceux de l'absorption externe à la formation du fluide général , le sang artériel. En effet , le sang veineux et la lymj)he qui résultent de ces matériaux, se mêlent d'abord au chyle ; puis conduits avec lui à l'organe de la respiration , ils s'y changent également en sang artériel , c'est-à-dire en ce fluide nutritif

général, qui tout h la fois est assimilé aux organes pour la composition , et fournit aux excrétions pour la décomposition. Ainsi le sang de ces animaux supérieurs est renouvelé un peu avec ce qui est pris au-dedans d'eux-mêmes; et c'est ce qui explique pourquoi ils peuvent continuer de vivre encore quelque temps sans manger.

En somme, l'absorption dans les animaux supérieurs, lo est multiple, c'est-à-dire est d'abord externe el interne , puis celle-ci ^veineuse et lymphatique ; de sorte que pour eux on doit dire la fonction des absorptions, et non celle de l'absorption. 2» Servant à la fois à la composition et à la décomposition du corps, mais n'effectuant immédiatement ni l'une ni l'autre , et produisant seulement les fluides constitutifs de celui qui les accomplira, elle peut être définie : la fonction par laquelle sont recueillis les matériaux nutritifs, tant externes qu'internes , et sont fabriqués les fluides destinés à former le fluide général de la nutrition , le sang artériel.

Respiration. La respiration s'entend de la préhension de l'air par un organe distinct , et séparément de l'action d'absorption qui saisit les autres matériaux nutritifs. Ace titre, elle n'existe que dans des animaux élevés. Ce n'est pas que l'air ne soit nécessaire à la vie de tout être vivant; tout végétal et tout animal meurent, si on les prive du contact de cet important élément; mais il paraît que chez ceux de ces êtres qui se nourrissent par une absorption de la surface externe du corps ^ et qui trouvent dans l'élément ambiant leurs matériaux nutritifs tout préparés, l'air fait subir à ces matériaux l'influence nécessaire , avant que l'absorption s'ensaisisse, ou plutôt au moment même de cette absorption. Au contraire , cbez ceux qui se nourrissent par leur intérieur, à l'aide d'une cavité digestive , cela ne pouvait plus être, et il a fallu la modification qui constitue la respiration.

Or, il y a dans les animaux deux différences à l'égard de cette respiration. Cbez les uns^, les insectes, elle se fait par des trous qui sont en certain nombre sur les côtés du corps de l'animal , et qui sont les orifices de vaisseaux ap-

pelés trachées , el qui se ramifient dans toutes les parties : l'air extérieur "pénètre par ces trous, est conduit par les tracliéesdans toutes les parties; et, appliqué au fluide nutritif lorsque celui-ci est^arrivé aux organes, il l'élahove à l'instant même où son assimilation va se faire. Dans les autres animaux , au contraire, il y a dans le .corps un organe distinct, qui , d'une part absorbe Fair, qui de l'autre reçoit les fluides des absorptions externe et interne, dans lequel se fait l'élaboration importante de la sanguifîcation, et d'où part ensuite le sang artériel une fois fait , pour aller nourrir les organes. En un mot, cliez les uns, la respiration est dite disséminée , et cliez les autres elle est locale. Le résultat , dans les deux cas , est sans doute le même : mais tandis que dans les insectes , c'était l'air qui allait cbercber le fluide nutritif pour le vivifier: dans les autres animaux, c'est le fluide nutritif qui va cbercber Fair dans un organe particulier pour en subir l'influence. Du reste, remarquons quel lien existe entre tous les animaux, malgré leurs dissemblances! la^cavité digestive n'était primitivement qu'un prolongement au-dedans de l'animal, de la peau externe, qui, dans les 'êtres plus simples, effectuait seule l'absorption nutritive ; de] même aussi, les tracliées ou les poumons, ne sont qu'un autre prolongement de cette peau externe , qui également d'abord effectuait seule la respiration.

De plus, c'est tantôt Fair en nature, et tantôt Fair mêlé à Feau, que les animaux respirent; et cette différence existe, coi t que la respiration soit disséminée, soit qu'elle soit locale. Ainsi, dans le premier cas, les tracbées sont ou aérifères', ou aquifères.i Dans le cas de la respiration locale,, si c'est Fair en nature qui est respiré, Forgane respiratoire est ce qu'on appelle un poumon, c'est-à-dire un sac dans l'intérieur duquel pénètre l'air , et à la surface interne duquel viennent couler les fluides à sanguifîer. Si c'est , au contraire, l'air mêlé à Feau, l'organe respiratoire est ce qu'on appelle une branchie , c'est-à-dire un assemblage de feuillets, recevant dans les vaisseaux qui les forment les fluides à sanguifier, et à la surface externe desquels coule

l'élément aqueux qui sanguifîe. Sous ce rapport , les anîmaux se partagent en aériens et aquatiques. Les quadrupèdes et les oiseaux ont des poumons, les poissons des branchies , et certains reptiles ont à la fois des poumons et des branclîies , ce qui les a fait ?i^^e\ev amphibies .

Circulation. La circulation est aussi une fonction élevée, et qui n'existe que dans les animaux supérieurs. D'abord, s'entendant principalement du mouvement progressif du fluide nutritif général , du Sang , elle ne peut exister que dans les animaux qui ont un sang, et manque par conséquent dans ceux cbez lesquels les matériaux nutritifs accomplissent immédiatement la nutrition. Ensuite , ce mot circulation ne désigne pas seulement une progression quelconque du fluide nutritif, mais il exprime que ce fluide, dans son cours, décrit un cercle , part d'un lieu pour revenir à ce même lieu; et, sous ce second rapport, la circulation n'existe que dans les animaux qui ont une respiration locale, et des absorptions externe et interne distinctes. En effet, dans ces animaux, les fluides des absorptions digestive et interne sont recueillis, dans leurs parties respectives , par des vaisseaux , les cliylifères , les vaisseaux lymphatiques et les veines , pour être conduits à l'organe de la respiration. Cela était nécessaire, puisque l'air est seul capable de rendre assimilables les matériaux nutritifs que représentent ces fluides, etde les changer en sang. D'autre part, d'autres vaisseaux recueillent , dans l'organe de la respiration, le sang artériel qui y est fait , etle conduisent aux parties qu'il doit nourrir. Or, comme c'est à ces dernières que commençaient les principaux vaisseaux des absorptions, ceux dans lesquels ont abouti tous les fluides destinés à faire le sang , les veines, on voit que le fluide a réellement décrit un cercle.

Mais la circulation présente, dans les animaux qui la possèdent, des différences relativement au degré de complication de l'appareil qui fait circuler le sang, et relativement au cours que suit ce fluide. Sous le premier rapport, tantôt la circulation n'est effectuée que par des vaisseaux; les uns afférents^ portant le sang de l'organe respiratoire

aux parties; les autres référents, rapportant le sang des partics à l'organe respiratoire; vaisseaux bien distincts , puisque ce n'e56t pas un même sang qui y circule, et que ce sang ciixule dans chacun d'eux dans une direction opposée. Tantôt, outre ces vaisseaux , il existe un muscle creux placé sur leur trajet, dans un point déterminé de Tespace qu'a à parcourir le sang , muscle creux recevant ce fluide dans son intérieur , destiné à lui imprimer un mouvement par ses contractions, et qui est ce qu'on appelle un cœur» Sealement, comme le cours du sang est continu, ce cœur est nécessairement composé de deux cavités qui se suivent et communiquent, l'une par laquelle il reçoit le sang, et l'autre par laquelle il le projette ; il était, en effet, impossible qu'une même cavité pût à la fois , et se dilater pour recevoir le sang , et se contracter pour le lancer; la cavité qui reçoit s'appelle oreillette, et celle qui projette , ventricule.

Sous le second rapport, celui du cours que suit le sang, la circulation présente une différence encore plus importante. 11 est des animaux dans lesquels il n'est pas nécessaire que le sang qui revient des parties aille en entier se refaire dans l'organe de la respiration; une partie seulement y est conduite , et sufEt pour revivifier toute la masse. Il est d'autres animaux, au contraire, chez lesquels tout sang revenant des parties doit , à cliaque cercle circulatoire, repasser en entier par l'organe de la respiration, et ne peut être renvoyé aux parties qu'après avoir été rétabli dans cet organe sang artériel. Dans le premier cas , il n'est pas nécessaire que les deux sangs restent isolés : dès lors il n'y a qu'un seul cœur, à l'oreillette duquel aboutissent à la fois, et le sang revivifié , artériel , qui revient de l'organe de la respiration, et le sang veineux qui revient des parties; ces deux sangs se mêlent dans son intérieur , pour être ensuite projetés , en partie à l'organe de la respiration , et en partie aux organes qui doivent être nourris ; le fluide , dans son cours , ne décrit qu'un seul cercle qui commence au cœur, et la circulation est ce qu'on appelle simple; le cœur est un, et à un seul ventricule et une seule oreillette, Dans le second cas, au contraire , il faut nécessairement que les deux sangs res- TOME I. 5

teni isolés, ne se mêlent pas l'un à l'autre : dès lors un même cœur ne peut plus suffire à leur envoi , et l'on observe l'une ou l'autre des trois dispositions suivantes : i» ou 'bien, il n'y a pas de cœur, et la circulation est exclusivement accomplie par des vaisseaux; 20 ou bien, il n'y a de cœur que pour l'un des deux sangs; soit pour le sang artériel , et par conséquent placé sur la route du sang qui va de l'organe respiratoire aux parties ; soit pour le sang veineux, et placé, au contraire, sur la route de celui qui va des parties à l'organe respiratoire; 3o ou bien enfin, il y a deux cœurs, un pour chaque espèce de sang; l'un dit veineux on pulmonaire, recevant le sang veineux du corps et l'envoyant à l'organe de la respiration; l'autre, dit artériel , recevant le sang artériel de l'organe de la respiration et l'envoyant aux parties. Seulement , comme ces deux cœurs sont accolés l'un à l'autre, ils paraissent ne former qu'un seul organe, qui serait partagé en deux moitiés , une pour chaque espèce de sang , chacune ayant une oreillette et un ventricule; ils semblent ne constituer qu'un seul cœur , qu'on dit être à deux ventricules et deux oreillettes. Toutefois, comme dans ce cas, qui est le plus complexe, le sang décrit deux cercles ; l'un s'étendant du cœur veineux, à travers l'organe delà respiration, jusqu'au cœur artériel; l'autre s'étendant de ce cœur artériel, à travers toutes les parties du coi'ps, jusqu'au cœur veineux; il y a comme deux circulations, et la circulation est dite double. C'est cette dernière forme qui existe dans les animaux supérieurs et dans l'homme.

Assimilation. Ici il n'existe aucunes différences; car cette action n'est, à proprement parler, que la mise en œuvre du fluide nutritif, que son assimilation aux organes pour le renouvellement de leur substance et l'entretien de leur température. Elle est le terme de la nutrition, et par conséquent la même en tous corps organisés. Seulement, quelques physiologistes l'ont subdivisée d'après son but , qui est de renouveler la substance des organes , et de maintenir leur température; et ils ont fait de ce dernier résultat une action à part, sous le nom de calorification. Alors on peut , à l'égard de cette dernièi'e , partager les animaux en deux

classes ; ceux dits à sang froid y dont la température égale à peine celle du milieu dans lequel ils vivent; et ceux dits a sang chaud , dont la température, au contraire, surpasse celle du milieu qu'ils habitent.

Excrétions. Enfin, les animaux qui différaient tant dans le mode selon lequel s'effectue leur composition , ne sont pas moins dissemblables dans celui selon lequel se fait leur décomposition. Chez les uns , les excrétions se réduisent à une seule, une exhalation, une transpiration, dont la peau, la surface externe du corps ^ est le siège. Dans les autres, au contraire, s'ajoute une autre excrétion, celle de V urine. Dans les premiers, V exhalation effectue immédiatement la décomposition, comme il en avait été de l'absorption relativement à la composition. Dans les seconds, au contraire, d'abord , c'est une absorption distincte , qui reprend dans les organes les matériaux usés; ensuite, le produit de cette absorption aboutit, comme celui de l'absorption externe ou de composition au fluide général, au sang artériel; et c'est de celui-ci qu'est extraite la matière excrémentielle , par le jeu d'organes qu'on appelle sécréteurs , et par une action spéciale , qu'on appelle sécrétion. Il y a plus : comme l'économie des animaux peut offrir beaucoup d'autres organes de ce genre, c'est-à-dire destinés à sécréter du fluide nutritif général des humeurs particulières; comme ces humeurs peuvent être créées dans des vues étrangères à la décomposition du corps , et ne pas être rejetées au dehors ; on réunit toutes ces actions dans une même classe , dite la Jonction des sécrétions ; et les excrétions ne forment plus qu'une dépendance de cette fonction , comprenant celles des sécrétions dont les produits sont excrémentiels, c'est-à-dire, sont re jetés hors de l'économie.

2° Reproduction. Le mécanisme de la reproduction devient aussi déplus en plus compliqué, à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des animaux. Dans les derniers de ces êtres, par exemple, cette faculté s'accomplit encoi-e sans sexes : ou bien l'animal , à une époque déterminée de sa vie , se sépare de lui-même en plusieurs fragments, qui deviennent autant d'individus nouveaux , ce qui constitue cç qu'on ap-

pelle la gêné Falion Jissip are ; ou Lien l'animal pousse à sa. surface de petits bourgeons, des gemmules qui, à une époque déterminée aussi , se détachent j)Our former les individus nouveaux; ce qui s'appelle la. généraLiou gcmmipare externe; ou bien enfin, c'est dans un lieu déterminé et intérieur de l'animal que se forment les gemmules; ce qui forme la génération geniniipare interne. Dans tous ces cas , un individu seul peut se reproduire.

Mais, après ces animaux les plus simples, la reproduction exige le concours des sexes : et alors , tantôt ils sont réunis sur un seul individu , qui est ce qu'on appelle hermaphrodite, et peut se féconder seul; tantôt ils sont réunis sur un seul individu , mais qui ne pouvant plus se féconder seul , exige le concours d'un autre individu, et qui même remplit à son égard un double office , celui de mâle et de femelle; quelquefois enfin, chaque sexe est porté par un individu différent , et l'espèce animale est composée de deux individus, le mâle et \di femelle.

Dans ce dernier cas, qui est celui des animaux supérieurs, deux nouvelles différences se présentent. Quelquefois le fluide fécondant du sexe mâle n'est appliqué à Fœuf du sexe femelle que lorsque celui-ci a été rejeté par la femelle, est pondu , comme dans les poissons. D'autres fois, au contraire, le fluide du sexe mâle est appliqué à l'œuf du sexe femelle, quand celui-ci est encore renfermé dans l'intérieur de la femelle, et attaché à son organe propre; alors la génération offre , dans sa généralité , ce qu'on appelle une copulation , un accouplement y et l'individu mâle possède un organe propre à cette action, le pénis , la ojerge.

Enfin ^ quand il j a accouplement, il peut exister encore les variétés suivantes : i^ ou bien, l'œuf une fois fécondé est aussitôt pondu par la femelle, et ce n'est qu'après la ponte qu'il écîot, et que paraît l'individu nouveau : c'est ce qui constitue les ovipares ; 2° ou bien, l'œuf fécondé tend aussi à être pondu aussitôt ; mais cheminant avec lenteur dans les voies de son excrétion , il a quelquefois le tijmps d*y éclore, de sorte que l'individu nouveau son du sein de sa mère sous sa forme propre : c'est ce qui fait les

ACTIOiSS. 69

ovo-vivipares , comme la vipère, le serpeiil. Un même animal, selon les circonstances, est ovipare ou ovo- vivipare ; il n'y a là, en effet;, de différences que dans la longueur du temps que l'œuf met à être pondu. 3» Enfin dans les animaux les plus élevés , l'œuf fécondé se détache aussitôt de l'ovaire; mais, au lieu d'être pondu au-deliors, il va se placer dans un réservoir , appelé matrice ou utérus , y prend attache y en tire des sucs qui sont utiles à son développement; et, croissant ainsi aux dépens de la mère, il écîot dans ce réservoir , de manière que l'individu naît sous sa forme propre. De plus, après sa naissance, ce nouvel individu reçoit de sa mère son premier aliment , le lait , que lui prépare une sécrétion spéciale de celle-ci. C'est ce qui constitue les vivipares , dans lesquels la génération comprend conséquemment , outre la copulation et la conception, ce qu'on appelle la gestation ou grossesse , et Vallaitenient.

Il y aussi beaucoup de différences dans les soins et l'éducation que les pères et les mères donnent à leurs petits. Par exemple, parmi les ovipares, il en est quelques-uns qui se contentent de placer leurs œufs dans des circonstances favorables à leur éclosion , et cela par pur instinct, et qui les abandonnent après, de sorte qu'ils ne connaissent jamais leurs petits : tels sont les insectes. D'autres, au contraire, les soumettent à une véritable incubation , et connaissant leurs petits, subviennent à leur subsistance dans les premiers temps de leur vie : les oiseaux, par exemple. Dans les vivipares, enfin, ces soins sont encore plus étendus, puisque les mères tirent d'elle^aaêmes la nourriture qui convient à leurs petits dans les premiers temps de leur vie , c'est-àdire les allaitent.

A ces différences que le mécanisme de la reproduction nous présente dans les animaux, ajoutons; que cette faculté peut, ou n'être effectuée qu'une fois pendant la vie de Fêtre , ou être plusieurs fois répétée; que quelquefois un accouplement ne féconde qu'un seul individu, et d'autres fois , au contraire, féconde plusieurs générations successives, comme dans les pucerons; qu'enfin, les petits naissent ^

jo DES ANIMAUX.

tantôt avec les formes qu'ils auront désormais , ayant subi d'avance toutes leurs métamorphoses, et tantôt, au contraire, avec des formes qu'ils dépouilleront, leurs métamorphoses se faisant plus tardivement.

30 Sensibilité. Tous les animaux possèdent cette faculté; tous lui doivent d'avoir un moi qui perçoit, qui veut, d'avoir la conscience de leur existence. Mais tous n'en jouissent pas au même degré. D'abord, les zoologistes croient qu'il est des animaux, qui peuvent bien sentir les impressions que font sur eux les corps extérieurs, mais qui ne peuvent nullement réagir sur ces corps, qui n'ont aucun des sentiments qui les provoquent à agir; ce sont ceux dans lesquels le système nerveux n'offre pas, parmi les ganglions qui le composent, un ganglion qui soit central. Si de tels animaux existent , c'est chez eux que la sensibilité est la plus restreinte. Dans tous les autres animaux, non-seulement l'être perçoit les impressions externes ou internes qui le frappent , mais encore il a les sentiments intérieurs qui le provoquent à agir; et sa sensibilité comprend alors deux espèces d^actes, les sensations par lesquelles il reçoit des impressions, et les actes intellectuels et affectifs par lesquels il est sollicité à des actions diverses.

Mais ces deux sortes d'actes qui constituent la sensibilité des animaux, sont multiples généralement, et plus ou moins nombreux dans la série de ces êtres. Ainsi, les sensations sont externes ou internes , selon que la cause impressionnelle qui les détermine est extérieure ou intélieure au corps de l'animal; et les unes et les autres sont plus ou moins nombi-euses. Quei|ues animaux, par exemple, n'ont qu'un seul sens , le tact; d'autres en ont un ou deux de plus, le goût et V odorat; enfin les animaux supérieurs en ont cinq, ces trois premiers, plus Vouïe et la Qjue. Ces sens peuvent en outre être plus ou moins délicats, plus ou moins exquis. De même, les sensations internes sont en plus ou moins grand nombre, selon que Je mécanisme de la nutrition et de la reproduction est plus compliqué, nécessite un plus ou moins grand nombre de fonctions distinctes, et surtout de fonctions récla-

maiiL un rapport avec Fextérieur ; à elles se rapportent les sensations de la faim ^ de la soif, du besoin de respirer, les besoins des excrétions , etc.

Nous en dirons autant de l'autre ordre d'actes sensitifs, des facultés intellectuelles et affectives. Destinées à faire connaître le monde extérieur , et à commander les actions, les unes et les autres sont d'autant plus nombreuses dans un animal , que cet être a plus de rapports à établir avec l'univers, soit pour sa conservation , soit pour le rôle qu'il est appelé à y remplir. Ainsi , dans les uns , elles sont peu nombreuses et peu étendues, bornées à des instincts matériels ; dans d'autres , elles se multiplient et s'agrandissent par degrés , jusqu'au point de comprendre parmi elles des facultés morales, c'est-à-dire celles auxquelles on doit des notions de juste et d'injuste , des notions de religion , comme cela est cbez l'homme , qui seul a cet attribut , et est par lui distingué de tous les animaux. 4" Locomotilité. Tout animal jouit de la faculté de se mouvoir, et doit à cela d'être le maître de son existence; mais tous ne possèdent pas cette faculté au même degré. Les uns ne pouvant pas se mouvoir en masse, et restant, comme les végétaux , fixés à la même place , n'exécutent que les mouvements partiels que réclame leur conservation ; ils prennent leurs aliments , l'air dont ils ont besoin , etc. Les autres , au contraire , indépendamment de ces mouvements partiels, se meuvent en totalité, ont une progression. Souvent même alors leur corps a besoin d'une action spéciale pour être maintenu dans sa pose naturelle, pour que les diverses parties qui le forment ne S2 dérobent pas les unes sous les autres, et cela constitue une station. La locomotilité s'étend donc graduellement dans la série des animaux , depuis ceux où elle consiste en de légers mouvements partiels utiles à la nutrition et à la reproduction , jusqu'à ceux dans lesquels elle accomplit k station et la progression de l'être. Il y a ensuite beaucoup de variétés dans le mode selon lequeF ces dernières sont eflèctuées : tantôt elles se font sans le concours de membres, tantôt c'est le contraire-; ici elles ont lieu sur la

terre, là dans l'air, dans l'eau, etc. Par exemple, la station est passive ou aclwe : passive , quand le corps repose de toute sa longueur sur le sol, ou est soutenu dans un liquide dont la pesanteur spécifique est plus considérable que la sienne ; active , quand le corps est composé de plusieurs pièces , et que des efforts musculaires maintiennent ces pièces fixées les unes sur les autres. La station active ensuite se distingue selon le nombre et la position des membres qu'elle exige; on admet, par exemple, une station multivède^ qui est celle dans laquelle il y a autant de paires de membres que d'anneaux au corps; une station quadrupède^ dans laquelle il n'y a plus que deux paires de membres placées aux extrémités du corps; et une station bipède , dans laquelle il n'y a qu'une paire de membres située à Fextrémité postérieure du corps, et sur laquelle celui-ci est relevé. Ces différences s'appliquent de même à la progression; elle se fait sans ou ou avec des membres; et, selon qu'elle a lieu sur la terre, dans l'air ou l'eati, ces membres sont différemment figurés. Enfin, les mouvements partiels sont eux-mêmes plus ou moins nombreux dans les animaux, selon que ceux-ci sont plus élevés dans Féclielle, et ont une vie plus compliquée. Si ces animaux ont des sens , une digestion , une respiration , il y a autant d'appareils locomoteurs distincts, pour diriger les sens du côté d'où viennent les excitants, pour prendre les aliments^ pour saisir 1 air; s'ils ont un organe de préhension, ils pourront le mouvoir, etc.

5» Expressions. Nous avons dit que, parce que les animaux avaient des sentiments et des volontés, ils avaient aussi un langage; mais ce langage varie chez eux comme leur sensibilité , avec laquelle il est toujours en rapport. Chez ceux dont la sensibilité est restreinte, et le pouvoir sur la nature borné, il se réduit à des phénomènes expressifs qui ne sont sensibles qu'à la vue, qu'on appelle gestes y et qui consistent en des changements dans la pose , les mouvements de l'animal , dans l'état de coloration de la peau, etc. Chez les animaux supérieurs , au contraire , dont les seniiments sont plus multipliés, l'influence sur l'univers plus

AGTIOINS. 73

glande, che? ceux surtout q^ui sont destinés à une vie sociale, outre le premier ordre de phénomènes expressifs, il en est d'autres qui consistent en des sons que l'animal peut même articuler; et il en résulte des actions très intéressantes, celles de la voioc et de la parole.

60 Centralisation des organes et des actions des animaux. Enfin , non-seuJement les animaux diffèrent beaucoup entre eux par le nombre des organes qui forment leur corps, et celui des fonctions qui accomplissent leur vie , mais encore ils varient par la dépendance dans laquelle sont les uns des autres ces organes et ces fonctious. Dans les plus simples, il y a tant d'indépendance entre les parties, qu'on peut couper ces êtres en plusieurs fragments, qui alors vivent isolément les uns des autres. Dans les plus élevés, au contraire, la dépendance devient telle, que non-seulement chaque fragment cesse de faire un individu nouveau , mais encore aucun fragment ne continue de vivre, si la division est portée un peu loin. Il est aisé de concevoir cette différence. Dans les premiers, l'organisation est homogène; il y a peu ou point de système nerveux ; la nutrition est efiectuée par une absorption et une exhalation seulement; et, comme toute partie a la texture qui la rend propre à ces deux actes, toute partie peut continuer de vivre, quoique séparée du tout. Dans les seconds , au contraire , d'abord l'organisation est hétérogène , la nutrition exige le concours de beaucoup d'actes, et alors il devient nécessaire, pour que la vie se continue dans un fragment quelconque du corps , que ce fragment contienne les organes des fonctions indispensables à la nutrition. Ensuite , nous avons dit qu'à partir des animaux binaires , le système nerveux se subordonnait les fonctions nutritives. Or, il est d'observation que toutes les parties nerveuses sont dans les animaux d'autant plus dépendantes de l'une d'elles, Fencéphale , que ces animaux sont plus élevés dans l'échelle , sont plus âgés , et que les fonctions auxquelles président ces parties nerveuses sont plus élevées elles-mêmes dans l'animalité ; et cela devient une nouvelle raison pour qu'il y ait plus de dépendance entre toutes les parties, et que la vie soit plus centralisée. A ce titre, le

système nerveux devient dans les animaux supérieurs le premier rouage de réconomie , puisqu'il se subordonne toutes les actions. Ainsi, dans les animaux chez lesquels le système nerveux n'est pas encore distinct , la vie n'est pas centralisée , et chacun des fragments dans lesquels on divise l'être continue de vivre. Dans ceux chez lesquels le système nerveux se compose d'autant de ganglions qu'il y a de rayons au corps, il y a déjà plus de centralisation; les fragments dans lesquels on divise l'animal ne continuent de vivre qu'autant qu'ils contiennent en eux un de ces gauglions. Enfin , dans ceux où le système nerveux présente la partie centrale, dite axe cérébro-spinal , la centralisation est absolue; toute partie nerveuse est dépendante de l'intégrité de l'encéphale, et de sa communication avec l'encéphale; elle meurt hors ces deux conditions^ mais plus ou moins promptement, selon le rang de l'animal dans le règne , selon son âge , et selon le degré d'animalité de la fonction à laquelle la partie nerveuse préside. Par exemple , tandis que l'homme et un mammifère meurent aussitôt par la décapitation , un reptile ne meurt, par la décapitation, qu'au bout de six mois. Tandis que l'homme adulte périt aussitôt après la destruction de l'encéphale , il n'en est pas de même de l'homme fœtus , comme le prouvent les acéphales. Enfin, tandis que les fonctions des sens , des mouvements , qui sont fort élevées dans l'animalité , se suspendent aussitôt par une lésion de l'encéphale, les fonctions purement nutritives continuent encore quelque temps, et d'autant plus que l'animal est plus jeune.

Du reste , à mesure que chaque ordre de fonctions devient plus compliqué , les organes nouveaux qu'ont nécessités les complications se subordonnent ceux qui existaient déjà. Par exemple , lorsqu'aux fonctions nutritives et reproductives communes à tous les êtres vivants , se sont surajoutées dans l'animal les fonctions sensoriales, Jes organes de cellesci , le système nerveux , se sont subordonnés les agents de celles-là, et particulièrement, dans ce système nerveux, la partie qui préside aux actes les plus élevés de la sensibilité , l'encéphale. De même , lorsque dans le mécanisme de la nu-

trition, il y a eu respiration, circulation, le cœur, organe de celle-ci , est devenu le centre de toutes les fonctions nutritives.

Telle sont toutes les différences que nous présentent les animaux. Terminons l'examen comparatif de ces êtres par l'indication de la classification dans laquelle la zoologie les dispose.

ARTICLE III

Classification zoologique des Animaux.

On a successivement adopté plusieurs classifications des animaux. Linnœus faisait deux grandes classes de ces êtres , les animaux à sang rouge, et ceux à sang blanc ; et chacune de ces deux classes était ensuite subdivisée; la première , en quatre ordres, quadrupèdes , oiseaux, reptiles et poissons; et la seconde, en deux, insectes et vers. M. Cahier admit d'abord ces deux classes , mais sous les noms di animaux "vertébrés et invertébrés , que leur avait donnés M. Lamarck; et, conservant les quatre ordres des animaux vertébrés, il en admit cinq dans la classe des invertébrés ; savoir , les mollusques y les crustacés , les vers ^ les insectes et les ^00phites. Telle est , en effet , la classification suivie par ce savant dans son Traité d'anatomie comparée. Depuis, il en a publié une autre dans son Tableau du règne animal : les animaux y sont partagés en quatre classes, les radiaires , les mollusques , les animaux articulés et les animaux a^ertébrés. Linnœus avait pris les caractères de sa classification dans l'état de l'appareil de la circulation, dans l'état du cœur. M. Cuvier a pris ceux de la sienne dans l'état des organes des fonctions essentiellement animales , de la sensibilité et de la locomotion, tout en faisant observer que l'appareil de la circulation éprouve toujours des perfectionnements et des dégradations , qui coïncident avec ceux des appareils sensitifs et locomoteurs. Enfin M. de Blainville , élève de M. Cuvier, a encore ajouté quelques modifications licureuses au travail de son maître ; et c'est sa distribution zoologiquc que nous allons rapporter»

Tous les animaux sont d'abord partagés en deux divisions, les amojylies et les morphes. Les premiers, qui sont les spongiaires et les agastraires , sont les plus simples des animaux; leur organisation homogène n'ofïre encore aucune trace des systèmes musculaire et nerveux, et d'un appareil digestif; ils se nourrissent par une absorption externe, n'ont pas la vie centralisée, et ne paraissent animaux que parce qu'ils se contractent, sinon avec volonté, au moins sous

une impression externe.

Les animaux morphes se partagent, à leur tour, en deux autres divisions , les radiaires et les binaires. Les radiaires sont déjà un peu plus élevés dans l'échelle animale ; la forme de leur corps est rayonnée: ou le système nerveux n'est pas encore apparent; ou il consiste en plusieurs ganglions, qui sont placés chacun dans un des rayons de l'animal , et qui envoient des filets à la peau externe et à la cavité digestive : celle-ci commence à exister ; souvent elle n'a encore qu'une seule ouverture ; le plus souvent l'animal ne jouit que d'une locomotion partielle , et est fixé sur une tige pierreuse, qui lui est commune avec d'auti'es animaux de son espèce. La sensibilité se borne au tact; la nutrition est effectuée par une digestion, une respiration et une exhalation cutanées; la génération est fissipare ou gemmipare ; la vie est encore à peine centralisée.

Les binaires ont la forme qui se voit dans tout le reste du règne animal, c'est-à-dire que leur corps est formé de deux ro.oitiés semblables disposées le long d'un axe. Ils se sousdivisent en deux autres sections; les mollusques ou malacozoaires , dont le corps est mou, d'une seule pièce, et sans articulation; et les animaux articulés ou entomozoalres , dont le corps , au contraire , est composé de plusieurs pièces et articulé. Dans les mollusques, le système nerveux ne se compose encore que de masses nerveuses non symétriques, dispersées dans divers points du corps, et d'où partent les nerfs des sens, des muscles et des viscères. Souvent il y a cinq sens. Le système musculaire fonde à lui seul l'appareil locomoteur. L'appareil digestif est dans plusieurs aussi compliqué que dans les animaux supérieurs; des vaisseaux chy-

lifères recueillent le produit de son travail. La nutrition, dans son mécanisme, comprend une respiration ^ une circulation; bien qu'il y ait deux espèces de sang, celle-ci, pour s'effectuer, n'a qu'un cœur, mais artériel. La génération se fait à l'aide de sexes; mais, dans quelques espèces, il y a hermaphrodisme. Généralement la génération ne fournit aucuns caractères distinctifs des classes d'animaux. Les animaux articulés se subdivisent encore en deux sections; les articulés externes ou anosteozoaires, dans lesquels les articulations sont évidentes à l'extérieur, à la peau même de l'être; et les articulés intei'nes ou ostéozoaires, dans lesquels les articulations ne sont qu'à l'intérieur. Les premiers, parmi lesquels sont les insectes, sous certains rapports sont supérieurs aux mollusques, et sous d'autres leur sont inférieurs. Le système nerveux se compose de deux cordons longitudinaux, formant un anneau au commencement de l'intestin, situés au-dessous de celui ci, et présentant d'espace en espace de doubles nœuds ou renflements, d'où naissent les nerfs distribués à tous les organes. L'appareil locomoteur, pour la première fois, offre des parties dures, mais qui sont développées dans le tissu de la peau, et en sont des dépendances. La nutrition, dans son mécanisme, comprend une digestion, mais pas de circulation, et seulement une respiration par trachées, une respiration disséminée.

Les animaux articulés internes ou vertébrés , sont les plus parfaits du règne animal. Chez eux , existe cette partie centrale du système nerveux, dite axe céréhro-splnal. Une suite d'os appelés vertèbres règne dans toute leur longueur sur la ligne médiane, et forme une cavité qui loge cet axe cérébro-spinal, composé comme nous l'avons dit, de l'encéphale et de la moelle spinale: cette moelle est ici, non à côté du canal digestif, comme le système nerveux des mollusques; non au-dessous, comme celui des insectes; mais audessus, et de là la nécessité qu'elle soit enfermée dans un canal osseux qui la protège. L'appareil locomoteur a des parties dures, mais en dedans, et constituant des os. La sensibilité est toujours fort étendue, offre les cinq sens. La nutrition est fort compliquée; il y a digestion, ab^orplions

externe et interne distinctes ^ respiration , circulation; parmi les excrétions, est une dépui'ation urinaire. Les sexes sont séparés, etc. On partage ces animaux en ovipares ou aniaslozoaires, et vivipares ou niastozoaires et mammifères , Les premiers se subdivisent encore en trois groupes; les oiseaux, qui respirent l'air, et ont une circulation double, et le cœur à deux ventricules et deux oreillettes; les reptiles, qui ont la circulation simple, et par conséquent le cœur unique; et, enfin les poissons , qui respirent l'eau, et ont la circulation double , mais le cœur un et situé à la circulation pulmonaii-e.

Quant aux mammifères , ils sont vivipares, respirent Fair, ont une circulation double, et le cœur à deux ventricules et deux oreillettes. Ils réunissent tout ce qui constitue la vie la plus compliquée : sensibilité étendue ; locomotilité servant à la station et à la progression ; langage formé de gestes et de sons ; nutrition accomplie par le concours d'une digestion, d'une absorption tant externe qu'interne, d'une respiration, d'une circulation, de sécrétions diverses; reproduction avec sexes , et comprenant dans sa généralité une gestation et un allaitement. Cbez eux enfin, la vie est centralisée le plus possible; le système nerveux unit toutes les parties, se subordonne toutes les actions; et toutes les parties de ce système sont elles-mêmes d'autant plus dépendantes de l'encépliale, que l'animai est plus jeune, et que ces parties président à des fonctions plus animales.

C'est à eux que se rapporte l'homme; il en forme à lui seul le premier ordre, celui des bimanes , ainsi nommé, parce qu'il est le seul être animé qui ait les extrémités antérieures, et celles-là seulement, disposées en mains: les autres mammifères n'ont pas du tout de mains , ou eu ont quatre. Ce signe extérieur est pour lui l'indice de sa grande intelligence, qui avait besoin d'avoir dans la main un instrument digne de toute sa puissance.

Tels sont les différents corps qui existent à la surface de notre globe; et l'on peut voir maintenant comment l'étude que nous avons faite des uns et des autres nous a mis à mêm.e de spécifier quels sont en générai les piiénomènes de la vie.

et quels sont ceux de la vie de rhomme en particulier. Arrivons maintenant à l'élude spéciale de celui-ci.

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