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CHAPITRE PREMIER

Considérations générales sur la Composition matérielle de

r Homme.

L'étude détaillée de l'organisation de l'homme est l'objet

8o DE l'homme en général.

de Vanatomie humaine ^ c'est cette science qui traite de la structure du corps humain. Un assemblage d'o5 unis entre eux, tantôt de manière à être immobiles, tantôt, au contraire, de manière à pouvoir se mouvoir les uns sur les auautres, constituant ce qu'on appelle le squelette^ en forme la charpente profonde. La base de ce squelette est une suite d'os appelés a^ertèbres , situés sur la ligne médiane , comprenant toute la longueur du tronc ^ et constituant une cavité dans laquelle sont logées les deux parties principales du système nerveux , l'encéphale et la moelle spinale. De chaque côté de cette partie médiane , sont disposées les autres parties osseuses qui sont paires, et qui sont appelées les appendices. Autour de ce squelette sont placés les muscles qui en meuvent les divei-ses parties, et effectuent la station et la progression de l'être. Le corps est évidemment partagé en tronc et membres. Le tronc, qui est la partie principale, est composé de trois cavités placées les unes au-dessus des autres, la tèle, le thorax et V abdomen , et qu'on appelle splanchniques j ^a.Yce qu'elles contiennent les principaux organes, les viscères nécessaires à la vie, les parties qui exercent les fonctions de la sensibilité , de la digestion , de la respiration, etc. La tête, qui est la plus élevée de ces cavités , se compose : de \diface, qui recèle les organes de quatre sens, des sens delà vue, de Touïe, de l'odorat et du goût; et du crâne , qui recèle l'encéphale, organe de l'esprit, et partie principale du système nerveux. Le thorax ou poitrine est au-dessous de la tête, et contient les poumons, organes de la respiration, et le cœur, organe principal de la circulation. L'abdomen , qui est de ces trois cavités celle qui est située plus bas, renferme les organes principaux de la digestion, ceux de la sécrétion urinaire et de la génération. Des membres, les supérieurs sont suspendus de chaque côté du thorax, sont des instruments ingénieux de préhension, et sont terminés par la main qui est l'agent du toucher. Les inférieurs , au contraire , sont placés au-dessous, du tronc , sont les moyens de sustentation de tout le corps , et les agents de sa progression. J)gs imisseauoc évadiYiés du cœur, centre où se rassemble le fluide nutritif, se distri-

PARTIES SOLIDES DU CORPS HUMAIN. 8l

buent à toutes les parties, et y versent le fluide qui les vi- "vifie et les recompose : d'autres vaisseaux reprennent dans ces parties les matériaux anciens qui les formaient, et les portent avec le produit de la digestion à l'organe respiratoire. Des nerf s y nécessaires aussi à ja vivification des parties, s'y distribuent de même. Enfin, une membrane douée d'une sensibilité vive, lai peau, sert d'enveloppe externe à tout le corps. C'est à l'anatomie , nous le répétons , à exposer avec détail toutes les particularités de cette merveilleuse construction; nous devons nous borner ici à des considérations générales indispensables. Comme le corps bumain est composé de parties solides et de parties fluides , nous allons en traiter successivement , et nous terminerons par quelques ti'aits relatifs au concours des unes et des autres.

ARTICLE PREMIER

Des Parties solides du Corps humain.

On appelle solide tout corps dont les molécules intégrantes adbèrent assez entre elles pour qu'elles ne puissent se séparer par le fait seul de leur poids, mais pour qu'il faille un effort extérieur afin d'opérer cette séparation. Or, beaucoup des parties constituantes du corps bumain présentent % ce caractère pbysique; et ce sont celles-là qu*on appelle les solides organiques.

Le coup d'œil le plus superficiel, jeté sur ces parties solides, suffit pour faire remarquer entre elles des différences de forme, de composition, de solidité : qui pourrait confondre un os et un muscle , un nerf el un vaisseau? nonseulement la forme et la structure intime sont différentes , mais encore les usages; et de là, la distinction faite de toutes les parties solides du corps bumain en plusieurs genres, caractérisés cbacun parla forme extérieure, l'organisation et la fonction qu'il remplit dans l'économie. Les anatomistes s'accordent presque tous aujourd'hui à ramener ces genres à douze; savoir : Vos , le cartilage , le muselé, le ligament, le vaisseau^ le ne//, \e ganglion y \e follicule , Tome L G

8â DE l'homme en GâwÉRAL.

la glande , la membrane , le tissu cellulaire ou tamineux , el

le ojîscère ,

|0 h^os est le solide le plus dur du corps humain , et celui qui en forme le squelette. 2» Après lui vient le cartilage, organe d'un blanc opale,! d'un tissu fort élastique; qui tantôt revêt les extrémités des os mobiles, et facilite leurs mouvements; tantôt est ajouté à ces os pour les prolonger et augmenter leur longueur; qui, enfin, forme ces os eux-mêmes dans leur origine , car tous sont cartilages avant d'être os : à cause de cela , ces cartilages sont subdivisés en cartilages articulaires ou d'encroûtement , cartilages de proloni:c nient et cartilages d' ossification. 3° Les muscles sont de véritables cliairs, des faisceaux de fibres rouges et contractiles, étendus d'un os à l'autre , et qui sont les agents de tous les mouvements. 4^ Les ligaments sont des solides d'un tissu fort résistant , fort difficile à rompre , et qui , sous forme de cordons ou de membranes, servent à attacher les unes aux autres , diverses parties du corps, particulièrement les os et les m.uscles : de Jà leur partage , en ligaments des os , com^me les ligaments proprement dits et les capsules fibreuses ; et en ligaments des muscles comme les tendons et les aponévroses. 5" h^s^vais seaux soixl des solides qui ont la forme de canaux, et dans lesquels circulent des humeurs; selon le fluide qu'ils charient, on les partage enchjlifères, sanguins, artériels y veineux , lymphatiques, sécréteurs. 6'*Les jierj'ssonl des solides sous forme de cordon , qui émanés de l'une ou de l'autre des trois parties principales du système nerveux, encéphale, moelle spinale et grand sympathique, se ramifient dans l'intimité des différents solides, font jouir les uns de la sensibilité, les autres de la faculté de se mouvoir, donnent à tous leur vitalité propre, el établissent des liens entre tous les organes : de là leur partage en nerfs sensoriaux , qui président aux sensations , niotorianx , qui président aux mouvements, et staminaux, qui perdus, en quelque sorte, dans la substance des organes, en dirigent les actions secrètes et profondes, y^ Le ganglion est un solide, toujours placé sur le trajet d'un nerf ou d'un vaisseau, qui paraît formé par un entrelacement inextricable des filaments du

nerf ou des ramifications du vaisseau , qui , dans ce dernier cas, présente toujours dans sa substance des aréoles pleines d'un suc particulier, et qu'on croit destiné à faire subir une mixtion , une élaboration particulière , soit au fluide nerveux, soit à l'humeur qui circule dans les vaisseaux. D'après cela, on en a distingué de deux espèces, des ganglions nerv^eux , et des ganglions vasculaires ; et ces derniers ont été subdivisés , d'après le genre de vaisseaux sur la route desquels ils sont, en chylijeres, Ijmpliatiques el sanguins. De plus, M. le professeur Chaussier a rattaclié à ce genre de solides, sous le nom àe ganglions glandiformes , certains organes sur la nature et les fonctions desquels on n'est pas encore fixé , mais que ce savant croit être aussi des organes de mixtion , d'élaboration des tluides; comme le thymus, la thyroïde, etc. 8° Le follicule ou. crypte est un organe sécréteur, sous forme d'ampoule ou de vésicule membraneuse, toujours situé dans l'épaisseur d'une des membranes externes du corps, la peau, ouïes membranes muqueuses, et qui secrète une humeur destinée à lubrifier cette membrane: OQ en reconnaît de simples, de rapprochés et de composés, d'après leur volume, et le nombre dans lequel ils sont groupés et réunis. 9" Ija. glande est un autre organe sécréteur, mais qui diffère du précédent; d'une part, parce que l'humeur qu'il produit remplit un office bien plus important que celui, en quelque sorte, tout mécanique d'une lubréiaction; et d'autre part, parce que son organisation est plus complexe, et telle que l'humeur sécrétée est ici versée par un canal excréteur distinct. 10° La membrane est un solide qui a la forme d'une toile, et qui, dans la structure de Thomme , sert à tapisser les cavités, les réservoirs, à former, soutenir et envelopper tous les organes. Bichat en distinguait de deux espèces, selon qu'elles étaient formées d'un seul ou de plusieurs feuillets, des simples et des cow^o^ée^ ; les premières étaient, d'après leur nature intime , séreuses , muqueuses om fibreuses ; les secou des étaient formées par la réunion des précédentes, et se partageaient en séro-Jlbreuses, comme le péricarde, en séro-mugueuses, comme la vésicule biliaire à sa Dartie inférieure , et en fibro-

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muqueuses , comme les uretères. M. Chaussier en fait six classes; les laniineuses , les musculeuses et les albugijiécs ^ d'après l'espèce de fibre primitive qui les constitue ; les "viLleuses simples ou séreuses^ et les ^vîlleuses coniposées ou. Jhlliculeuscs j selon qu'elles contiennent en elles des vaisseaux exlialants seulement, ou des follicules; et enfin les couenneuses , qui résultent de la coagulation d'un suc albumineux qui a été sécrété au lieu où elles existent, comme l'épiderme. 1 1° Le tissu cellulaire ou lamineux est une sorte de 5ipongiosité qui, d'un côté, forme le canevas, la trame de tous les solides; qui, de l'autre, est Jeté dans leurs intervalles pour remplir les vides , et servir tout à la fois à unir et séparer les organes, i 2^ Enfin le viscère est le solide le plus complexe du corps humain, tant pour l'organisation intime que pour ses usages; c'est le nom qu'on donne aux parties situées dans les cavités splanclmiques, et qui exécutent les fondions nécessaires à l'exercice , l'entretien et la propagation de la vie ; d'après la fonction de l'accomplissement de laquelle ils sont chargés , on en distingue six ordres , les sensoriaux, digestifs, respiratoires^ circulai oires^ urinaires el^énitaux.

Tels sont les noms et les caractères des divers solides organiques qui composent le corps de l'homme ; c'est à l'anatomie à donner sur eux plus de détails. Pour nous, nous sommes d'autant plus fondés à n'en donner aucuns, qu'à l'article de chacune des fonctions à laquelle ils servent . nous rappellerons ce qu'il importe de connaître sur leur disposition générale. Disons seulement que la j^lupart d'entre eux sont multiples, et que chacune de leurs divisions a souvent reçu un nom particulier. Ainsi , il y a plusieurs os, plusieurs muscles , plusieurs glandes, plusieurs viscères, etc.; et chacun de ces os , de ces muscles, a souvent un nom spécial , de sorte que chaque partie solide du corps humain est dénommée.

Mais ce n'est point assez d'avoir spécifié les divers solides organiques aai composent le corps humain ; présentons quelques considérations générales sur leurs propriétés physiques, leur naîure chimique , et leur organisa lion.

PARTIES SOLIDES DU COUPS HuMAlIS. 85

§ P"". Propiiétc's phjsifjucs i!fs oolidcs.

Les parties solides du corps humain ont évidemment les propriétés physiques communes à tous les corps solides ; elles sont plus oïL moins pesantes , ont plus ou moins de densité , d'élasticité , de porosité ; elles sont opaques ou transparentes , de couleurs diverses , etc. Mais différant beaucoup les unes des autres sous le rapport de ces propriétés physiques, leur étude ne peut être faite à cet égard d'une manière générale. Nous nous bornerons à deux réflexions.

La première est que la solidité des parties solides du. corps humain ne dépend pas des mêmes causes générales qui décident la solidité des corps inorganiques, mais bien de causes spéciales aux corps vivants, de Tinfluence de la ojie. La solidité des divers corps inorganiques tient, comme ou sait, à la proportion dans laquelle agissent dans ces corps deux forces antagonistes l'une de Tauti'e; savoir : la. force j'épuhwe du calorique , qui , en écartant les molécules des corps , tend à détruire leur solidité ; et \à force de cohésion , qui , en rapprochant ses molécules, tend, au contraire, à l'établir. Les solides organiques , au contraire , doivent leur état à la a)ie , puissance inconnue en elle-même, mais dont le caractère évident est de soustraire aux forces générales de la nature les masses matérielles qu'elle anime. Ce qui le prouve, c'est que si cette vie se m.odifîe, comme cela arrive par l'âge , Tétat de maladie , le degré de solidité , ou ce qu'on appelle le ton des parties, change aussi ; que si elle s'éteint, ces solides se détruisent, comme le montre la putréfaction qui survient inévitablement à la mort.

La seconde réflexion que nous croyons utile de présenter, est que cette même puissance de la vie que nous venons de voir produire la solidité de nos parties , influe sur les proprié tés physiques qui en résultent, et parfois les anéantit. C'est ainsi que l'imbibition , par exemple , trouve souvent en elle un obstacle ; à cet égard , nous professons une opinion tout inverse de celle que met en avant M. Magendie^ qui regarde l'imbibition comme une propriété constante en toutes nos

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parties , qui est toujours en jeu pendant la vie , et qui préside à beaucoup de nos fonctions.

§ II. Nature chimique des Solides.

Puisque l'homme est un être organisé, on conçoit que les parties solides qui forment son corps ne sont pas des corps simples. On devine encore que les éléments auxquels on peut ramener ses solides organiques seront de deux sortes: des éléments chimiques ou inorganiques , ainsi nommés parce que ce sont les mêmes qui forment les corps inorga-» niques; et des éléments organiques , qui ne sont plus des corps simples, mais des corps déjà composés, et en outre des composés que la vie seule peut former et maintenir , et qui , néanmoins, entrent dans la composition de tous les solides du corps humain. Les premiers sont du phosphore , du soufre , du carbone , du fer ^ du manganèse , du potassium , du calcium , du sodium , du magnésium , du silicium , de raluminium, etc.; de l'acide muriatique , de l'eau, de l'oxygène, de l'hydrogène , de l'azote, du calorique, du fluide électrique, etc. Quant aux seconds, d'abord on n'en admit que quatre , la gélatine y \dL fibrine , V albumine et Vhidle. liais depuis que la chimie animale a fait des progrès, on en a spécifié un bien plus grand nombre ; et aujourd'hui on les partage en deux classes ; ceux qui sont azotisés , c'està-dire qui contiennent de l'azote, comme l'albumine, la gélatine , la fibrine , l'osmazome , le mucus , le caséum , l'urée , l'acide urique , le principe colorant rouge du sang, le principe colorant jaune ; et ceux qui ne sont pas azotisés , comme l'oléine, la stéarine, la matière grasse du cerveau et des nerfs, les acides acétique , oxalique, benzoïque , lactique, le sucre de lait, celui des diabètes, le picromel, le principe colorant de la bile , et celui des autres solides ou liquides.

C'est à la chimie à faire Tétude de ces divers éléments, tant chimiques qu'organiques, considérés en eux-mêmes, et à indiquer les procédés par lesquels on les extrait des parties solides du corps. Nous rappellerons seulement ce que nous avions déjà dit pour tous les corps organisés en général, que cène sont pas les affinités chimiques générales

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qui, dans les solides de riiomme^ rcliei)iicnt unis ces éléments , mais la force de la vie. Nous pouvons en donner pour pi'(;uves les mêmes faits que nous invoquions tout à l'iieure à l'égard de la solidité des parties. La vie se modifie-l-elle , comme cela arrive par les âges , par les maladies 7 non-seulement les proportions des éléments organiques qui forment les solides changent coïncidemment , ce qui devait être , puisque la vie seule peut produire ces éléments , mais encore les proportions des éléments chimiques changent aussi ; le phosphate de chaux ^ par exemple , est dans les os en quantité plus ou moins grande. La vie s'éteint-elle complètement? d'une part, les éléments organiques se détruisent, puisque la cause unique qui a pu les faire et peut les maintenir , la vie, n'agit plus ; et d'autre part, les éléments chimiques eux-mêmes rompent les combinaisons qui les tenaient enchaînés , et forment celles que réclament les forces chimiques générales : la putréfaction, qui détruit constamment les parties solides après la mort ^ n'est que le produit de ces changements.

De là nous conclurons, comme nous l'avons déjà fait, que la chimie est impuissante à nous faire pénétrer la composition des solides du corps humain. Les molécules qui forment ces solides étant associées en vertu d'une affinité spéciale, dite vitale, et que les chimistes n'ont pas en main, comment ces chimistes pourraient-ils prétendre faire une analyse de ces solides? ils ne font que les détruire, et le» faire passer de l'état de matière organique à celui de matière inorganique ; et, ne pouvant pas saisir les lois qui ont présidé à la disgrégation de leurs éléments, ils ne peuvent en déduire celles de leur composition.

§ ITI. De V Organisation des Solides.

Enfin, les anatomistes ne se sont pas bornés à établir, d'après la triple considération de la forme extérieure, de la texture intime et de la fonction , dans les diverses parties solides du corps humain , les douze genres d'organes que nous avons indiqués, ils ont cherché à remonter aux éléments profonds qui les forment ', ils ont tenté , non une dé-

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composition chimique de ces solides, mais leur décomposition anatomique , si l'on peut parler ainsi. Voyant que tout solide organique quelconque est formé par l'agrégation de plusieurs filaments, tantôt simplement accolés les uns aux autres, tantôt formant entre eux un entre-croisement, ils ont cherclié à pénétrer jiisqu'à ces filaments, qui sont les fondements primitifs de tout solide organique. Ils ont appelé ces filaments , qui sont de véritables éléments anatomique s , les uns fibres j les autres tissus; chacun en a admis un plus ou moins grand nombre, et ensuite a expliqué diversement la manière dont ces fibres ou tissus" forment , par leur association, les douze genres de solides organiques que nous avons désignés.

Ainsi j d'abord, les anciens admirent l'existence d'une seule fibre primitive, qui était le dernier filament que l'on put , je ne dis pas seulement séparer , mais concevoir dans nos organes. Ils l'appelèrent^zère élémentaire ^ la dirent de même nature partout, formée de molécules tenues et unies par un gluten, et la considérèrent comme la base de toutes les parties. Ce qu'on appeîfe le tissu cellulaire en était le premier produit. Ensuite ce tissu cellulaire formait tous les divers organes du corps; le degré divers de condensation de ses lames constituait seul la différence qu'à la première apparence présentent entre eux ces organes.

Mais, depuis, les anatomistes modernes ont reconnu, lo que la fibre élémentaire des anciens n'était qu'une abstraction; 2» qu'il était impossible, au moins pour l'homme et les animaux supérieurs , de ramener tous les solides à la seule base de son tissu cellulaire; et, aujourd'hui, ils admettent trois ou quatre fibres primitives, comme éléments anatomiques de toutes nos parties , savoir , les fibres celluleuse , musculeuse, nervale et albuginée. Jusqu'à présent, aucun être vivant n'en a présenté d'autres dans sa structure; mait tout être vivant ne les a pas toutes nécessairement; les végétaux et les dexmiers animaux, par exemple, n'ont que la celluleuse.

La fibre celluleuse ou laminaire est la plus essentielle à la vie, puisqu'elle existe en tout être vivant : assemblage de

lames minces, de filaments déliés , blancliàtres , extensibles, qui ne sont ni sensibles, ni irritables, et qui sont composés de gélatine concrète, son essence est impénétrable, et l'on ne peut connaître d'elle que son opposition avec la matière inorganique. La fibre musculeuse est déjà moins répandue, puisqu'elle manque dans les zoopbites : fibre linéaire, molle, tomenteuse, grisâtre ou rongeâtre , irritable , c'est-à-dire qui se meut d'une manière apparente , sous l'influence de stimulants mécaniques, cbimiques et organiques , elle est composée essentiellement de fibrine : son essence est inconnue aussi , et plus difficile encore à pénétrer que celle de la fibre lamineuse, puisqu'elle est déjà plus éloignée que celle-ci delà matière inorganique. M. àeBlainville dit que , placée toujours dans l'épaisseur du corps des animaux, et aboutissant, d'un côté, à l'enveloppe cutanée,, de l'autre à la peau interne ou membrane digestive , elle se développe toujours dans l'épaisseur de la fibre laminaire. La fibre nen^ale ou médullaire est encore moins répandue; elle semble être une sorte de bouillie, de fibre molle et diffluente, mais qui est bien distincte, en ce que, composée essentiellement d'albumine unie à une matière grasse , elle est l'organe de la sensibilité, c'est-à-dire de la faculté de transmettre à l'ame les impressions : sa nature est encore plus difficile à pénétrer ; et , selon M. de Blainville, elle se développe dans la fibre muscula.ire, comme celle-ci s'était elle-même développée dans la fibre celluleuse. Enfin, la fibre alhugînée est cette fibre blancbe , comme satinée , très résistante , de nature gélatineuse , qui n'est ni sensible ni irritable , et qui forme tous les organes destinés à remplir dans l'économie des offices de contention; du reste, M. le professeur Chaussier seul l'admet; la plupart des anatomistes ne la considèrent que comme la fibre lamineuse très condensée.

Ces fibres sont les éléments primitifs de toutes les parties. Elles forment d'abord des solides, qu'on doit appeler de premier ordre , parce qu'ils serviront ensuite à composer les autres; savoir : le tissu cellulaire proprement dit, les vaisseaux, les membranes j les nerfs , etc. La fibre celluleuse^

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par exemple, s'aplatit en membranes , se roule en vaisseaux; la libre musculeuse forme aussi des memhranes , concourt à la formation des vaisseaux, et constitue les muscles; la fibre nervale produit les nejfs. Ensuite, ces mêmes fibres, en s'associant à ces premiers solides, forment tous les autres, quelque complexes qu'ils soient, les os, les glandes, et même les organes qu'on appelle surcomposés , parce qu'ils résullent de l'association de beaucoup d'autres solides, comme les viscères. En effet, tout solide quelconque reconnaît d'abord pour base principale du tissu cellulaire, lequel ensuite est pénétré d'une certaine quantité de vaisseaux, de nerfs. Ijes viscères , par exemple, sont des assemblages de vaisseaux et de nerfs , mille fois ramifiés et diversement disposés dans une trame celluleuse , et formant un tout qu'enveloppe quelquefois une membrane. Uos est une trame celluleuse^ pénétrée de vaisseaux , incrustée de phosphate de chaux , et que revêt une membrane. La même trame celluleuse , sous le nom de tissu cellulaire , remplit les vides des organes, et tout à la fois les unit et les sépare , s'insinue entre leurs parties composantes, les fibrilles des muscles, par exemple, les filets des nerfs, les lobules des glandes. En somme, c'est, d'abord par le façonnement des fibres primitives en solides dits de premier ordre, tissu cellulaire, vaisseaux, membranes, nerfs ; ensuite, par l'association en des proportions, et sous des dispositions diverses , de ces solides de premier ordre , que sont formés tous les organes du corps.

Bichat a. présenté une décomposition encore plus détaillée des solides organiques , qu'il ramène à un certain nombre d'éléments qu'il appelle tissus. Ce mot n'est pas tout à fait synonyme de celui de fibre. La fibre est l'élément anatomique le plus simple , et il est établi seulement sur la forme et la nature : le tissu est déjà un élément anatomique plus composé , puisqu'il est formé par la fibre ; il n'en est pas moins un élément, puisqu'il est la base de toutes les parlies; et il est établi , non pas seulement sur sa forme et sa nature, mais encore sur son action. Bichat ramène tous les solides du corps à un certain nombre de ces tissus, qui, eu se combinant, s'associant deux à deux , trois à trois, for-

ment tous les organes. Ces tissus, au nombre de vingt-un , sont : les sjstèmes exhalant, absorbant , cellulaire , artériel, a)eineux y ners^eux animal, nerveux organique , osseux , médullaire , cartilagineux , Jibro-cartilaglneux yfihreux , musculaire animal, musculaire organique, muqueux , séreux , synoi^ial^ glanduleux, dermoïde , épidermdide et pileux. Le nom de ces tissus, qui sont en anatomie ce que les corps simples sont en chimie, indique assez les. divers solides auxquels ils se rapportent.

De ces tissus, sept sont plus généralement répandus que tous les autres, et forment la trame de toutes les parties : ils sont appelés, à cause de cela, générateurs : ce sont les systèmes exhalant, absorbant, cellulaire, artériel, veineux, aerveux organique et nerveux animal. Ce n'est pas que, dans tout organe , ils existent tous, mais on y en trouve toujours quelques-uns. Les systèmes exhalant et absorbant,, par exemple, sont partout; car ils sont les agents de la. composition et de la décomposition des parties , du mouvement nutritif sans lequel ou ne peut concevoir aucune partie vivante. Il en est de même du tissu cellulaire. Les artères et les veines, quoique existant dans la trame de presque toutes les parties , cependant paraissent manquer dans plusieurs, les cartilages, par exemple. Enfin, les. nerfs sont, des tissus générateurs, ceux qui sont le moins répandus.

Ces systèmes générateurs se forment d'abord les uns les autres. Le tissu cellulaire , par exemple , est pénétré par des vaisseaux exhalants, absorbants, artériels, veineux, par des nerfs. Les vaisseaux reçoivent des nerfs, du tissu cellulaii'e, d'autres vaisseaux dans leurs parois. Les nerfs reçoivent des vaisseaux pour leur nutrition, et ont du tissu cellulaire qui leur forme une enveloppe générale , et unit dans leur intérieur les filets qui les composent. C'est donc, ainsi qiîe le dit Bichat, un entrelacement où chacun donne et reçoit.

Ensuite, ces tissus générateurs se combinent en nombre et en proportions diverses , pour former la trame, le parenchyme des autres tissus et de toutes les parties. En ciTet,

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i« par l'anatomie, on réduit tout solide quelconque à une trame cellulo-vasculo-nerveuse; qu'on dissèque une glande, par exemple , on n'y découvre que des vaisseaux , des nerfs ramifiés dans une trame cellulaire. 20 Par l'analyse cliimique, on parvient souvent à réduire à cette même trame commune un solide : qu'on mette , par exemple , un os dans / l'acide nitrique , le sel terreux qui incruste le parenchyme est enlevé, et il ne reste que la même trame cellulo-vasculaire. 3" C'est une trame de ce genre qui se développe d'abord en toute cicatrisation , quelle que soit la partie du corps qui soit entamée : dans la fracture de l'os , du cartilage , comme dans la plaie de la peau , du muscle , ce sont en effet des bourgeons cbarnus qui se développent d'abord, et dans tous ces cas, ces bourgeons sont semblables, jusqu'à ce que leur substance nutritive propre les incruste. Or, il est probable que le mécanisme de la formation première de nos parties est analogue à celui de leur réparation. 4° Enfin , dans les premiers jours de la conception , tout le corps n'est qu'une masse muqueuse , homogène , où nul organe n'est distinct , parce qu'il n'existe encore que ce parenchyme commun, foi'mé partout des mêmes tissus générateurs; mais à mesure que chaque parenchyme s'incruste de sa substance nutritive spéciale , chaque solide s*isole : et , suivre les progrès de ces développements dans le fœtus , c'est, en quelque sorte, assister au dépôt de ces mêmes substances nutritives dans les bourgeons charnus des diverses plaies.

Aussi , ces tissus générateurs sont-ils plus précoces que les autres dans leur développement. La masse muqueuse sous laquelle se présente d'abord le fœtus, par exemple^ n'est autre chose que du tissu cellulaire, et des vaisseaux exhalants et absorbants qu'y démontre l'activité de la nutrition à cet âge. Ensuite , les vaisseaux et les nerfs sont les premières parties qui se laissent distinguer dans cette masse muqueuse.

Les quatorze autres tissus, au contraire, savoir, les systèmes osseux, médullaire, cartilagineux, fibreux, fibrooartilagineux , musculaire animal, musculaire oi'ganique ,

PARTIES SOLIDES DU CORPS HUMAIN. gB

muqueiix, séreux, synovial, glanduleux, dermoïde , cpidermoïde et pileux , exigent toujours , pour leur formation , le concours des précédents, la trame commune que nous avons vu résulter de leur association, et sont, à cause de cela , appelés composes. Tous sont formés de ces tissus générateurs, qui seulement, dans chacun, s'associent en des proportions et en nombre différents , affectent des dispositions diverses, et par conséquent s'incrustent de substances nutritives spéciales. Le tissu osseux, par exemple, n^est que la trame commune incrustée de pbospliate de chaux.

Alors tous ces tissus, tant générateurs que composés, se réunissent pour former les divers solides indiqués. Un os , par exemple , est un composé des tissus , osseux dans son corps , médullaire dans son intérieur , fibreux à son extérieur, cartilagineux à ses extrémités; plus les divers tissus générateurs qui entrent dans la composition du parencbyme de chacun de ces tissus plus composés. Un organe n'est qu'un composé de plusieurs tissus.

Enfin, comme par l'association de plusieurs tissus, sont conçus avoir été faits les divers solides organiques ou les organes, on réunit généralement en un même groupe tous les organes qui concourent à l'accomplissement d'une même fonction, et on appelle ce groupe appareil. On appelle, par exemple , appareil digestif l'ensemble de tous les organes qui exécutent la digestion.

Ainsi^ l'on peut indiquer la composition des solides, à partir de leurs derniers éléments. Les ^Z>re5 p/'zmifiVe^, cellulaire, nervaîe , etc., forment d'abord les divers tissus; ces Zma5' ensuite, en s associant en proportions et en nombre différents, en affectant des textures diverses, constituent les douze solides organiques spécifiés, ou les organes; et enfin, les organes, en se groupant pour l'accomplissement d'une même fonction, forment les appareils. De cette manière , chaque partie du corps humain peut être dénommée, définie ; et le flambeau de l'analyse est porté dans la structure de cet être , quelque complexe qu'elle soit.

Mais l'existence isolée des tissus n'est-elle pas une abstraction? on ne les trouve pas tous séparés dans l'économie, et

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