DE L HOMME EN GÉNÉRAL
quelques-uns même n'ont jamais été aperçus , les exliaîanls et absorbants nutritifs,parexemple. j5/c/zaf a réponduà cetle objection par des considérations qui tendent à prouver que tous les tissus qu'il a admis diffèrent sous le double point de vue de leur composition matérielle et de leurs actions.
Sous le rapport de la composition matérielle^ en effet, lo chaque tissu a généralement une forme différente; le tissu cellulaire ressemble à une spongiosité; les tissus vasculaires ont la forme de canaux; le nerveux a celle de cordon; le musculaire, celle de faisceaux, etc. Cependant, ce premier caractère distinctif n'est pas absolu; car souvent des systèmes différents ont une même forme ; et souvent aussi un même système a , dans divers endroits de son étendue , des formes différentes : les systèmes nerveux , osseux , fibreux , par exemple , ont également et à la fois les formes de cordon et de membrane. 20 Chaque tissu a une organisation différente ; dans chacun, en effet, le nombre des tissus générateurs, leurs proportions, ne sont pas les mêmes; chacun a une texture qui lui est propre, une nature chimique spéciale; chacun offre des propriétés physiques diverses : tous, enfin, se comportent différemment à la macération, à l'ébuliition , dans leur putréfaction ; à Faction des acides, des alkalis; c'est ce qui résulte de nombreuses expériences que Bîchat a consignées dans son Anatoniie générale^ et qui étaient tentées , moins pour découvrir la composition chimique de nos solides, que pour faire éclater la diversité d'organisation des différents tissus qui les composent.
Sous le rapport des actions , ces tissus sont encore plus distincts : lo chacun a, pendant la santé, ses actions propres ; le tissu nerveux a la sensibilité , le musculaire l'irritabilité, le système exhalant perspire, l'absorbant absorbe, le glanduleux sécrète; chaque tissu surtout, a son mouvement nutritif spécial par lequel il se maintient ce qu'il est. 2" Les actions de santé qu'exerce un tissu, sont les jnêmes dans les divers organes que ce tissu concourt à former ; le tissu séreux, par exemple, remplit la même action d'exhalation à l'arachnoïde , à la plèvre , au péritoine. ?>^ Chaque tissu a aussi ses maladies propres , le dermoïde a les divers
PARTIES SOLIDES DU CORPS HUMAIN. gS
exanthèmes, le rauqueux les aphtes. I^^ Les maladies propres à un tissu se manifestent avec les mêmes caractères, quel que soit l'organe dans la compositioii duquel il entre : ainsi ^ l'inflammation du tissu séreux a partout la même nature , à l'arachnoïde , à la plèvre , au péritoine ; et l'arachnitis, la pleurésie et la péritonite, sont des maladies d'un même genre. 5» Les maladies communes à tous les tissus prennent, dans chacun, une physionomie différente, l'inflammation , par exemple ; cette inflammation , en effet , n'est pas la même pour les symptômes, la durée, la terminaison, dans la peau , le muscle ;, la glande; combien de différences entre l'érysipèle , le phlegmon , le rhumatisme ! 60 Souvent , dans les maladies , l'atrection ne frappe pas tout un organe, mais seulement un des tissus qui le forment; c'est ainsi , par exemple , qu'on signale des affections isolées de l'arachnoïde et du cerveau, de la membrane interne du cœur et du tissu propre de ce viscère , etc. 70 Enfin , un même organe, composé de plusieurs tissus, peut être atteint à la fois de deux maladies différentes, mais qui seront fixées chacune sur un de ses tissus composants; c'est ainsi qu'une affection aphteuse peut exister à la membrane muqueuse du larynx, tandis que le virus syphilitique attaque les cartilages de cet organe.
C'est ainsi que Bichat justifie la base sur laquelle repose la manière dont il décompose les solides organiques du corps humain; et bien qu'on puisse faire de justes objections à quelques-uns des arguments que nous venons de rappeler d'après lui , le public a généralement confirmé son jugement; sa doctrine anatomique est aujourd'hui la plus universellement professée. Peut-être cependant a-t-il trop particularisé et trop multiplié le nombre des systèmes ; le système musculaire organique , par exemple , ne diffère du système musculaire animal que par les nerfs qui président à ses mouvements; le système synovial, Y^enl-èlre , pourrait être rapporté au système ^é/ewa?; évidemment surtout le système pileuoc est une dépendance du système épidermoïde ^ et celui-ci doit être rapporté au système cUrmoïde , dont il est une production. On peut aussi regretter qu'il ait omis un tissu bien
9<3 DE l'hOMI\IE en général.
distinct, et par sa structure et par ses actions , le tissu érecîile , qui forme toutes les parties dont le mode de motion consiste à se dilater et à se laisser pénétrer par plus de sang. Mais il est facile de corriger ces légères imperfections, et Bichat aura toujours la gloire d'avoir le mieux décomposé les solides organiques , et d'avoir créé l'anatomie générale (i).
Tels sont les différents solides qui composent le corps humain, et les éléments profonds qu'on y a signalés. Mais quelques anatomistes ont voulu pénétrer plus loin encore à l'aide du microscope. J.-F. Meckel, par exemple, dit avoir
(i) Toutes les tliéories d^analomie générale que présentent les anatomisLes actuels ne sont évidemment que des modifications de la théorie de Bichat^ dont on a cîierclié à faire disparaître les doubles emplois. Ainsi , M. Dupiiytrenne reconnaît que douze systèmes primitifs : le cellulaire, le vasculalre, qui se subdivise en artériel, veineux et lymphatique* le nerveux, divisé en celui des ganglions, et celui du cerveau- Y osseux, le cartilagineux , le fibreux, comprenant le fibreux proprement dit, le fibro-cartilaglneux et le dermoïde ^ le musculaire, divisé en musculaire volontaire et musculaire involontaire; Térectile , le muqueux , le séreux , le corné o\x épidermique , subdivisé en pileux et épidermoïde ; enfin le parencliymateux , qui forme les viscères , et auquel se rapporte le glanduleux. — Béclard en admettait dix; les tissus cellulaire et adipeux, séreux et synoi^iaux ,' les membranes tégumentaires , comprenant la peau et les membranes muqueuses .} les systèmes vasculaires , glandulaires^ les tissus ligamenteux , osseux , cartilagineux , musculaire et nerueux. — J. F. Meckel en admet dix aussi , le cellulaire ou muqueux , le vasculaire, le nerveux, V osseux, le cartilagineux, \ç,Jibreux, \c fibro-cartilagineux , le musculaire, le séreux et le dermoïâe. — Enfin M. de Blainville en admet seize, dont neuf produits par la fibre celluleuse , trois par la fibre musculeuse, et quatre par la fibre nervale. Les neuf premiers sont : le système dermique, qui comprend Fépiderme et les poils, tout ce qu'on appelle l'appareil pbanérique; le système muqueux, qui comprend l'appareil crypteux ; les systèmes fibreux, cartilagineux et osseux,- les systèmes séreux et synoi^ial^ et enfin les systèmes vasculaire centrifuge ou sortant , c'est-à-dire artériel , et vasculaire centripète ou rentrant, c'est-à-dire lymphatique et veineux. Les trois suivants sont : le système musculaire sous-dermique , ou musculaire animal 5 le musculaire sousmuqueux , ou organique; et le système musculaire profond, ou le cœur. Enfin , les quatre derniers sont : le système ganglionnaire pulpeux , le système ganglionnaire non pulpeux, le système nerueux animal, et le système nen^eux organique. (Voyez Béclard , Anat. génér. , p. 100 et suiv. ; /. F. Meckel , Manuel d'anat. génér. tlescript. etpathol. , t. i , p. 22 et suiv. ; Ducrotay de Blaiiiville, r-riacip. d'aaal. comp., t. 1, p. i3 et suiv. )
I»ARTIES FLUIDES DU CORPS HUMA.IN. g-;
reconnu avec cet instrument que tous les solides et fluides du corps humain sont formés de deux substances élémentaires : lo une matière amorphe^ qui est concrète dans les uns, et liquide dans les autres; 2» des globules. De ces deux substances , la première peut exister seule , et former à elle seule quelques-unes de nos parties ; par exemple , le tissu cellulaire;, les os, les cartilages, etc. Les globules^ au contraire, sont toujours réunis à la substance amorphe, qui, dans les solides leur sert de lien, et dans laquelle ils sont plongés dans les liquides. Selon cet anatomiste , les globule? difîereiat en forme, en volume, et en nombre , dans les différents animaux , dans les diverses parties d'un même animal , et dans une même partie selon l'âge. Par exemple , dans les globules du sang, on distingue évidemment deux éléments , un noyau central, et une cuticule servant d'enveloppe à ce noyau. Or, en d'autres humeurs, le chyle, par exemple, et dans tous les solides, les globules sont réduits au noyau. De même, dans le sang, les globules sont plus gros et en plus grand nombre que dans les fibres musculaire ou nervale. Enfin , dans les premiers temps de la conception, les globules n'existent pas encore , mais bientôt ils se forment et sont alors plus distincts qu'ils ne le seront par la suite. Au contraire , selon M. Milne Edwards , dont la dissertation porte sur ce sujet délicat d'anatomie, tous les tissus des divers animaux et d'un même animal sont formés d'un même genre de globules , dont il évalue le diamètre à 333 de millimètre. Nous avons ici confondu les solides et les fluides, pa^^ce que ces faits s'appliquent également aux uns et aux autres.
ARTICLE II
Des Parties fluides dn Corps humain.
Nous avons dit que l'existence des fluides , dans le corps des êtres vivants, était commandée par le mode de conservation de ces êtres , qui est une nutrition. Une nutrition ^ en effet, suppose un mouvement de composition, et un mouvement de décomposition; et, dans l'un et l'autre de Tome I. 7
98 DE l'homme en général.
ces mouvements , c'est dans l'intimité des organes que s'appliquent les molécules qui composent, et de cette intimité que se détachent les molécules qui décomposent. Or, pour que ces molécules puissent ainsi, dans le premier cas , pénétrer la substance de l'être, et, dans le deuxième, s'en détacher, il fallait bien nécessairement qu'elles aient l'état de fluides.
A ce titre , des fluides doivent exister dans le corps humain; ils en forment en effet une partie considérable, supérieure même à la masse des solides. Formés par les divers organes du corps , contenus dans des vaisseaux, des l'éservoirs, dans les vacuoles des tissus aréolaires qui composent les parties , ils offrent au plus léger examen les plus grandes différences sous le rajiport de leurs propriétés physiques et chimiques. Que d'oppositions , par exemple , entre le sang, qui es l rouge, eL le lait, qui est blanc; entre le sang, qui est riche en fibrine , et la lymphe , qui est riche en albumine !
Nous allons les énumérer dans l'ordre dans lequel ils dérivent les uns des autres , et sous ce rapport nous les rapportons à trois classes : ceux qui sont faits en premier lieu , ou les humeurs des absojytions ; V humeur spécialement nutritii^e, ou le sang, qui dérive des premiers; et enfin les humeurs sécrétées , qui proviennent du sang.
lo Humeurs des absorptions. C'est une absorption, avons nous dit , qui saisit en premier lieu les matériaux propres à nous nourrir , et qui les élabore aussitôt de manière à en faire un fluide. Il est donc convenable d'indiquer d'abord les humeurs qui résultent de ces actions d'absorptions , puisque ces humeurs sont les premières faites , et en même temps celles desquelles dérivent toutes les autres. Or, on sait que dans l'homme, il existe trois espèces d'absorptions : une externe ou digesti^e, qui recueille les matériaux nutritifs provenant du dehors; et àe\xxinternes , savoir, une veineuse et une lymphatique , qui recueillent ceux qui proviennent de l'économie elle-même. De là, dans ces êtres , ti'ois hunieurs d'absorption, le chyle, la lymphe , et le sang "veineux. Le chyle est un fluide généralement blanc, qu'un ordre de vaisseaux particuliers , appelés chylifèi'es , puise
PAhl'îES FLUIDES DU CORPS HUMAIN. 99
dans l'intestin, et qui, provenant des aliments, est Thumeur de l'absorption externe. La Ijnijjhe est un fluide blanc aussi , ou rosé , qui est rapporté de toutes les parties du corps par un autre ordre de vaisseaux absorbants , appelés lymphatiques , et qui provenant , en partie au moins , de matériaux puisés dans l'économie elle-même, est une humeur de l'absorption interne. Enfin, le sang veineux est un fluide ^'un rouge brun , rapporté aussi de toutes les parties du corps par un ordre de vaisseaux particuliers, appelés veines , et qui, comme la lymphe, provenant, en partie au moins, de matériaux pris dans les organes , doit être dit comme elle une humeur de l'absorption interne. Ces trois premières humeurs sont également destinées à former l'humeur immédiatement nutritive ; aussi confluent-elles l'une dans l'autre , avant d'arriver à l'organe respiratoire , qui est chargé de faire cett,e humeur nutritive ; le chyle , par exemple , après un cours plus ou moins long , se mêle à la lymphe ; puis la lymphe aboutit au sang veineux.
2» Humeur immédiatemenl nutritwe. Dans les animaux les plus simples, chez lesquels la composition et la décomposition sont eflectuées immédiatement , Fune par l'absorption, et l'autre par l'exhalation , les humeurs peuvent être réduites à deux classes , celles de L'absorption dont nous venons de parler , et celles de V exhalation dont nous allons parler tout à l'heure. Mais dans les animaux supérieurs , chez lesquels les fluides de l'absorption forment un fluide commun , duquel proviennent ensuite les matériaux de la composition et ceux de la décomposition, il n'en est plus ainsi; dans ces animaux , ce fluide commun, intermédiaire aux humeurs de l'absorption et à celles des excrétions , mérite de constituer une classe à part. C'est ce qui est chez l'homme , dans lequel les trois premières humeurs que nous avons déjà signalées vont se changer dans Torgane de la respiration , en une autre qui seule peut vivifier le corps et le nourrir, le sang artériel. Ce sang artériel^ qu'il y a convenance dès lors de mettre en second ordre, puisqu'en même temps qu'il dérive des humeurs précédentes, il foui'nira la matière de toutes les autres, ce sang artériel, est un fluide rouge,
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qui se fait dans le poumon par l'action de l'air atmospliérique sur les îiumeurs des absorptions , et qui est porté de là à toutes les parties du corps, pour y servir aux nutritions, aux calorifications , aux sécrétions, et leur fournir le stimulus qui les fait vivre , et que seul il possède.
30 Humeurs sécrétées. Enfin , du sang artériel émanent, par l'action des organes sécréteurs, beaucoup d'humeurs diverses, qu'il est bon conséquemment de n'indiquer qu'en dernier ordre. Celles-ci sont très nombreuses; et, tandis que les humeurs des deux premières classes avaient généralement pour but de former le fluide commun qui vivifie et nourrit toutes les parties, les humeurs sécrétées remplissent des usages très divers, tantôt servant à la formation des fluides précédents , tantôt eflectuant la décomposition , quelquefois la génération , dans certains cas ne faisant qu'assurer l'intégrité physique des parties. D'après la forme de l'organe sécréteur qui les fabrique, on les subdivise en trois ordres : les humeurs per^pirée^ ou exhalées , \e& folliculaires et les glandulaires.
A. Les humeurs sécrétées exhalées ou perspirées sont celles que fabrique avec le sang le genre d'organe sécréteur qu'on appelle organe exhalant , et dont nous indiquerons le caractère par la suite. Il y en a un fort grand nombre ; elles sont sous forme de vapeurs , et ditfèrent beaucoup les unes des autres par leur propriétés physiques et chimiques , et par leurs usages. Elles sont distinguées surtout, en ce que les unes ne sont pas rejetées au dehors, mais sont reprises par l'absorption lymphatique ou veineuse, et reportées dans le torrent circulatoire , ce qui les a fait nomtner récrémentitielles ; tandis que les autres sont excrémentitielles , c'est-à-dire re jetées hors de l'économie.
Les premières sont toutes produites dans des cavités intérieures, qui ne communiquent pas au dehors. En voici rénumération : j° les humeurs séreuses , produites par les membranes séreuses qui tapissent les cavités splanchniques, et qui sont en même nombre que ces membranes; savoir : les humeurs séreuses de P arachnoïde^ de ]a.pleure, du. péi^icarde, à\x péritoine , de la tunique ^vaginale ; ^2° la synoy^ie, pro-
duite par la membrane interne des articulations mobiles ; 30 la sérosité du tissu laniineux, qui est aux lames de ce tissu ce que sont les sucs séreux à leurs membranes propres; 4° la graisse, humeur formée par un tissu particulier, ap- \ pelé tissu adipeux, qui remplit divers^ usages mécaniques relatifs aux parties qu'elle entoure , et qui, peut-être, est une provision mise en réserve pour la nutrition; 5° la moelle et le suc médullaire, humeurs du genre de la graisse, existant dans les os , et utiles à la conservation de ce genre d'organes; 6» Vhumeur colorante de la peau , versée à la surface du derme, sous l'épiderme, et à laquelle cette membrane doit sa couleur; 70 les humeurs colorantes de l'iris j de Fuvée et de la chroroïde dans l'œil , qui ont beaucoup d'analogie avec la précédente, et qui remplissent sans doute un usage physique i^elatif à la vision; 8^^ les trois humeurs de l'œil, humeur aqueuse, cristallin , et corps vitré, qui font dans cet organe l'office de verres réfringents; 90 la lymphe de Cotugno, humeur très limpide qui remplit le labyrinthe, et sert à l'audition; 100 l'humeur trouvée récemment par M. Magendie entre l'arachnoïde et l'axe cérébro-spinal, sécrétée par la pie-mère, et qu'il a appelé le fluide céphalo-spinal; ii» Vhumeur des ganglions lymphatiques et glandiformes , suc gélatino-albumineux, ou lactescent, ou rougâtre, qui existe dans le tissu spongieux de ces organes; 120 enfin, Vhumeur perspirée à la surface interne de tout vaisseau; mais on a quelques motifs de douter de l'existence de cette dernière. A ces humeurs prespirées récrémentitielles, on peut encore ajouter celles qui existent dans l'œuf humain, savoir : Teau de l'amnios ^ dans laquelle est plongé le fœtus ;^ l'eau ducho/^ion, qui n'existe que dans les premiers mois de la grossesse , et est rassemblée entre le chorion et l'amnios ; et l'eau de la ojésicule ombilicale, que l'on assimile au jaune de l'œuf, et qu'on croit destinée à nourrir le petit embryon avant le développement du placenta.
Les humeurs perspirées excrémentitielles, au contraire, aboutissent toutes à des surfaces externes du corps, àlapeau, et aux membranes muqueuses, qui, ayant une communication avec le dehors par des ouvertuves naturelles, peuvent, à
i02 DE l'homme EjN général.
cet égard, être cansidérées comme surfaces externes. La peau n'en n'offre que deux^ V humeur de la pej^spiration cutanée ou transpiration insensible^ une des principales excrétions du corps , et Vhwneur de la sueur. Les membranes muqueuses en présentent un plus grand nombre , et on peut les distinguer comme le sont ces membranes elles-mêmes; savoir: lo les humeurs perspirées de l appareil respiratoire ^ vapeurs analogues à celle de la transpiration cutanée, exhalées à la surface de la conjonctive, dans les cavités nasales, au larynx, à la tracliée-artère , et dans les vésicules bronchiques; peutêtre elles diffèrent en ces divers lieux; c'est à elles que se rapporte V humeur de la perspiration pulmonaire; 3<^ les humeurs perspirées de V appareil digestif, vapeurs de même genre, exhalées à la surface des membranes de la bouche, du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac et de l'intestin, et qui remplissent dans chacune de ces parties des usages divers; à l'estomac, par exemple, cette vapeur concourt, sans doute, à la composition du suc gastrique^ qu'on a dit s'accumuler dans ce viscère pour la digestion des aliments. A ces humeurs aussi, doivent être rapportées celles qui sont perspirées dans l'intérieur de la caisse du tympan et des cellules mastoïdiennes, dans l'intérieur des conduits excréteurs des glandes salivaires , du pancréas, du foie et de la vésicule biliaire ; 3^ les humeurs perspirées de V appareil urinaire, qui sontproduites à la surface interne'des uretères, de la vessie et de l'urètre; 4^ enfin , les humeurs perspirées de l'appareil génital ^ que produit la surface interne des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs dans l'homme, et de l'utérus et du vagin dans la femme. Chez la femme, cette exhalation devient, pendant tout le temps de la fécondité, de mois en mois, durant quatre ou cinq jours , un écoulement sanguin, qu'on appelle règles ou menstrues ; et, après l'accouchement, cette même exhalation , devenue plus abondante et ayant pris un autre caractère , fournit Vhumeur des lochies , liquide d'abord sanguin , et qui devient graduellement séreux et puriforme.
B, Les humeui's sécrétées folliculaires sont celles qui sont sécrétées par le genre d'organe sécréteur appelé follicule, dont nous indiquerons aussi le caractère à l'article des se-
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crétions. Elles sont en grand nombre aussi , mais toutes excrémentitielles, et par conséquent , aboutissent toutes et exclusivement aux deux surfaces externes du corps , à la peau et aux membranes muqueuses. La peau n'en offre qu'une, V humeur sébacée, huile douce et muqueuse, que produisent les follicules qui sont dans l'épaisseur de cette membrane, et qui sert à en entretenir le liant et la souplesse. Elle varie un peu dans les différentes régions de la peau. On peut lui rapporter : i» le cérumen, substance oléo-muqiieuse, qui est sécrétée dans le conduit auditif externe, pour éloigner, par son amertume, les insectes qui seraient tentés d'y pénétrer ; 20 V humeur ciliaire ou de Meibomius, qui, versée à la base de cbaque cil, entretient le bon état de ce petit organe ; 3^ V humeur de lacaruncule lacrymale f qui, sécrétée par le follicule de ce nom, lubréfîe les points lacrymaux; 4*^ enfin, l'humeur onctueuse, odorante , qui est sécrétée à la base du gland chez l'homme , et à la face interne de la vulve chez la femme. Les humeurs folliculaires qui sont versées sur les surfaces muqueuses portent le nom générique de mucus. Bien qu'analogues entre elles j on les distinguai aussi en mucus de V appareil respiratoire , qui forment les matières du moucher et de Foxpcctorer ; mucus de l'appareil digestif, qui sont peut-être différents aux diverses régions de ce grand appareil ; mucus de l'appareil urinaire ; et mucus de Vappareil génital, A ces derniers , se rapportent Y humeur de la prostate , et celle des glandes de Coowper, follicules composés et glandiformes , qui existent dans les voies excrétoires de l'appareil génital; comme aux mucus de | l'appareil digestif se rapporte V humeur des tonsilles y {oliicules composés, qui sont situés dans le pharynx.
C. Enfin , les hum,eurs sécrétées glandulaires sont celles que sécrète le genre d'organes séci'éteurs appelé glande. Elles sont au nombre de sept : lo Vhumeur lacrymale^, qui est limpide , et versée à la surface antérieure de l'œil , pour absterger cet organe; 2» Vhumeur sali^^aire , qui est versée dans la bouche, pour faciliter la gustation, la mastication, la déglutition et la digestion des aliments ; 3o Vhumeur
io4 DE l'homme en géi?^éral.
pancréatique s qui est versée dans l'intestin duodénum , pour la digestion ; 4^ la bile , sécrétée par le foie , et versée dans le même lieu pour le même usage ; 5o V urine , fluide que sécrètent les reins, et qui effectue la décomposition du corps; 60 le sperme , fluide qui , dans la génération , avive le germe; 70 enfin, le lait ^ fluide sécrété par la glande mammaire, consécutivement à l'accoucliement , et destiné à servir d'aliment à l'enfant qui vient de naître.
Telles sont toutes les humeurs du corps humain. Ce n'est pas ici le lieu de donner sur chacune d'elles les détails relatifs à leur mode de formation , leur nature chimique , leurs usages; ces détails seront offerts à l'article de la fonction à laquelle ces humeurs appartiennent. Ici nous allons nous borner , commue nous l'avons fait pour les solides , à quelques considérations générales.
D'abord, les humeurs du corps humain ont bien toutes les conditions physiques qui les constituent des fluides, c'est-à-dire sont des corps dont les molécules ont peu de cohérence , et sont mobiles les unes sur les autres. Elles sont aussi, ou des liquides , ou des gaz , ou des vapeurs. Mais nous dirons d'elles ce que nous avons dit des solides , que leur fluidité ne tient pas^aiîsrforces générales de la matière, mais à celles de la vie. En effet , la vie se modifîe-t-elle pendant le cours de Fexistence ? la fluidité et les autres propriétés physiques des humeurs changent aussi ; le sang , par exemple , est très liquide ou très épais , la graisse compacte ou coulante, etc. De même la vie s'éteint-elle , y a-t-il mort? les humeurs se détruisent , comme les solides se putréfient.
Ensuite, les humeurs du corps humain ne sont pas plus des corps simples que les solides organiques ; on trouve aussi en eux deux espèces d'éléments, des éléments chimiques et des éléments organiques; et ces éléments sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués à l'égard des solides. Cela devait être en effet, puisque dans la nutrition , ce sont les fluides qui fournissent les matériaux qui composent les solides , et qui exportent ceux dont ces solides se dépouillent. Ajoutons encore que ce ne sont pas les affinités chimiques ordinaii'es qui associent ces éléments
PARTIES FLUIDES DU COUPS HUMAIN. lo5
pour former les humeurs, mais bien les forces de la vie ; de sorte que la cliimie est également incapable de faire pénétrer le secret de leur formation. Ce sont les mêmes considérations que celles que nous ayons présentées à l'article des solides.
Enfin les humeurs , composées de molécules qui roulent facilement les unes sur les autres , n'ont pu^ comme les solides , être ramenées à des parties élémentaires primitives. On s'est seulement livré à des recherches microscopiques , qui les ont fait voir généralement composées de globules nageant dans un fluide. A l'histoire de chaque fluide en particulier , du chyle ^ du sang, par exemple, nous dirons ce qu'ont appris ces recherches microscopiques. Nous nous bornerons ici à rappeler que, selon J.-F. Meckel, on retrouve, dans les humeurs, les deux mêmes substances élémentaires des solides , des globuks , et une matière amorphe liquide, dans laquelle les globules sont suspendus. De même que certains solides n'ont paru formés que par la substance amorphe concrète, et ne pas contenir de globules, le tissu cellulaire , par exemple , les parties fibreuses ; de même certains fluides sont aussi sans globules, et formés par la seule substance amorphe, qui seulement est liquide. Dans d'autres solides et fluides, au contraire, on a trouvé à la fois, et des globules, et la matière amorphe, concrète dans les uns, et liquide dans les autres.
Terminons cette histoire des fluides par quelques considération s. sur les classifications selon lesquelles les auteurs les ont disposées.
D'abord , les Anciens rapportaient toutes les humeurs à quatre : le sang, la bile, le phlegme ou. pituite etVatrabile. A la prédominance de chacune d'elles, ils faisaient cori*espondre un des âges , une des saisons , un des climats, un des tempéraments. Il y avait prédominance du sang, dans la jeunesse , au printemps , dans les pays de montagne et froids, et dans le tempérament sanguin ou inflammatoire. ^ La prédominance de la pituite existait au contraire dans la vieillesse, l'hiver, les pays bas et humides, et dans le tempérament lymphatique. Celle de la bile s'observait dans
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l'âge mur, l'été, les pays chauds, le tempérameut bilieux. Enfin , la prédominance de l'atrabile était l'attribut de l'âge mûr plus avancé , de l'automne, des pays équatoriaux etdu tempérament mélancolique. Tel était leur grand système humoral. Mais d'abord, Vatrabile n'existe pas; les capsules surrénales, que l'on disait être les organes sécréteurs de cette humeur, sont des ganglions lymphatiques glandiformes ; les humeurs noires , que l'on trouve quelquefois dans l'estomac et que l'on vomit , pe sont que de la bile altérée. Ensuite, qu'est-ce que la pituite? est-ce la lymphe? ou, sous ce nom, comprenait-on tous les sucs blancs? Enfin, que d'objections à faire à l'application qu'avaient faite les Anciens de ces humeurs à la doctrine des âges et des tempéraments , et que ce n'est pas ici le lieu d'exposer?
Ensuite, on classa les humeurs d'après leurs propriétés physiques et chimiques : par exemple , on les partagea en liquides , en vapeurs et en gaz ; en acides , alkalines et neutres j en épaisses et en ténues [Pitcarn et Michelot); en aqueuses, mucilagineuses, gélatineuses et huileuses [Haller); en salines, huileuses, savonneuses, muqueuses, albumineuses el^hvineusQs {Vicq-d' A zyr elFourcroj), etc. Mais en quoi une classification de ce genre peut-elle servir à la connaissance du mécanisme de la vie ? De la notion de la nature chimique d'une humeur, on peut rarement en conclure sa fonction; la chimie, d'ailleurs, est-elle assez puissante pour pouvoir constater la composition chimique de chaque humeur ?
Enfin , on a cherché à classer les humeurs d'après leurs usages dans l'économie de Fhomme; et, sous ce rapport , on en a fait deux classes, selon qu'elles effectuent la composition et la décomposition du corps; humeurs de composition, alimentaires et nutritives ; et liumeurs de décomposition, secondaires , excrémeittitielles . Ayant égard à ce qu'elles deviennent au sortir de l'orgaue qui les a fabriquées, on en a fait trois classes; selon qu'elles sont en totalité i^ejetées hors du corps , ou en totalité reportées par l'absorption dans le torrent circulatoire , ou en partie excrétées et en partie résorbées. C'est sur ce fondement que reposait celte division ,
qui a si long-temps régné dans les écoles, des humeurs excrcrnentitielles,récrénieniitielles^elexcrément-récrémentiiielles, Bicliat croit que cette dernière classe doit être rejetée, et que toute humeur est, ou excrémentitielle , ou récrémentitielle. M. i?zcAe7'aKJ, au contraire^ pense que toute humeur est excrément-récrémentitielle; que le chyle, par exemple, qui paraît le plus évidemment une humeur récrémentitielle, a des parties hétérogènes dont il se dépure ; et que l'urine , qui semble entièrement excrémentitielle, a quelques-uns de ses principes qui sont résorbés.
La classification d'après laquelle nous avons fait l'énumération de toutes les humeurs du corps humain, n'est que celle de Blumenhach , quia partagé les humeurs en humeurs crues, en sang, eten humeurs sécrétées ; ou celle àe Damas , qui a établi des humeurs de première, deuxième et troisième formation. On peut choisir entre elle et celle de M. le professeur Chaussier y qui fait cinq classes d'humeurs : celles produites par l'action digestive (le chyme et le chyle); les humeurs circulantes (la lymphe et le sang); les humeurs perspirées, les humeurs folliculaires et les humeurs glandulaires.
ARTICLE III
Considéralions générales sur le concours des Solides et des Fluides.
Connaissant maintenant les solides et les fluides organiques qui composent le corps humain , il faut noter quelques lails qui sont relatifs à leur concours dans l'économie; savoir, leur situation, leurs usages et leurs proportions respectives.
lo Situation. Comme les molécules des liquides ont peu de cohérence entre elles , on conçoit que les liquides doivent être les parties contenues, et les solides, au contraire, les parties contenantes. Aussi, est-ce pour cela que ces solides sont figurés en vaisseaux, en réservoirs; qu'ils laissent entre eux et et dans eux des aréoles , des vacuoles , où sont recueillis les fluides.
20 Usages. Les solides et les fluides remplissent, à l'égard
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les uns (les autres^ des usages réciproques, et entre lesquels
il est diliicile d'établir une priorité.
D'une part, en elFet, ce sont les solides qui forment les Lumeurs. Ce sont les vaisseaux absorbants divers , cbyleux, lyniplia tiques et veineux, qui font cbacune des trois liu- ]neurs de la première classe, ou des absorptions. C'est le poumon qui, dans l'acte de la respiration, fait l'iiumeur de la seconde classe, ou le sang artériel. Enfin ;, les liumeurs de la troisième classe ou sécrétées, sont formées cbacune par l'action d'organes particuliers, les organes sécréteurs. Toute bumeur est donc le produit de l'action d'un organe y aucune n'est simplement un lluide qui, par la voie de l'absorption externe, aurait pénétré du debors dans l'économie. Souvent, à la vérité, les matériaux en sont pris au debors; mais il faut que ces matériaux soient élaborés par un solide, pour que riiumeur soit faite. Lors même qu'une bumeur va en s'élaborant, en se perfectionnant successivement, à mesure qu'elle cbemine dans l'appareil vascuîaire qui lui est destiné (comme on verra que c'est du cbyle, de la lympbe), c'est encore un solide qui opère en elle ce perfectionnement; il n'est pas dû, comme on pourrait leèroire, à la réaction spontanée des principes composants de l'bumeur les uns sur les autres, à un mouvement intestin et de fermentation de cette bumeur.
D autre part ^ les fluides ne servent pas moins les solides. i(^ Ils les forment, ou au moins fournissent les matériaux qui les recomposent : n'est-ce pas , en effet , le sang qui nourrit tous les solides, et qui se cbange dans la substance de cliacun d'eux? 2^^ Ils en sont les résidus ; ce sont eux qui entraînent ce que les solides rejettent pour leur décomposition. 3^» Enfin, les fluides sont partout les excitants des solides , ce qui provoque ces.solides à l'exercice de leurs actions; le sang , par exemple , est un fluide dont la présence est nécessaire en tout organe, non-seulement pour qu'il se nourrisse , mais encore pour qu'il ne meure pas instantanément, et puisse exercer sa fonction projn'C.
Ainsi les usages des solides et des fluides sont réciproques; et c'est ce qui devait être déduit de la seule réunion des
CONCOURS DES SOLTDi^S ET ELUIDES. lOfj
uns et (les autres dans réconomie ; les solides sont formés parles fluides, et les fluides par les solides; sans cesse les solides se fluidifient, et les fluides se solidifient. Lesfluid(\s renouvellent les solides , et les dépouillent de ceux de leurs matériaux que la vie a usésj les solides forment ces mômes fluides qui les recomposent et les décomposent. C'est un cercle, où l'on revient toujours à ce concours mutuel des uns et des autres , dans lequel on ne peut indiquer le commencement ni la fin.
Cela seul frappe d'absurdité les tliéories exclusives de solidisme et d'humorisme , qui ont si long-temps divisé les médecins, et dans lesquelles on voulait tour-à-tour faire jouer un rôle exclusif aux solides et aux fluides pour la production des pliénomènes de la vie. On voit que ces deux sortes de parties sont également nécessaires. Et si les solidistes, pour justifier la prépondérance qu'ils accordent aux solides, font remarquer que les humeurs , par le fait , n'accomplissent aucune des fonctions de l'homme , mais servent seulement à mettre les solides en état d'agir, les humoristes ne peuvent-ils pas leur opposer qu'il est une époque de la vie où le corps vivant est tout liquide ^ et à laquelle cependant se pi'oduisent déjà des phénomènes vitaux ?
3<> Proportions. Enfin, il nous paraît impossible d'établir avec rigueur les proportions respectives des solides et des fluides; car il n'est aucun moyen de séparer absolument les uns des autres , et d'ailleurs, la quantité de chacun varie sans cesse. Mais on professe généralement que la masse des liquides l'emporte de beaucoup sur celle des solides. On ne peut, en eflét , entamer un solide quelconque , sans qu'il en découle un liquide. M. Hic fiera? id dit que les fluides sont dans le corps humain aux solides, comme 6 à i. M. Chaussier croit la proportion des fluides encore plus considérable, et l'estime, par approximation, comme 9 à i : ce professeur ayant mis dans un four un cadavre pesant cent vingt livres, a vu qu'après quelques jours de dessiccation, ce cadavre ne pesait plus que douze livres. Un i-ésultat analogue est obtenu quand on fait macérer un cadavre, ou qu'on le laisse se putréfier, circonstances qui dissipent les humeurs.
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et ne laissent que les parties solides. Qui ne sait aussi à quel poids léger, à quelle émacialion extrême se réduisent certains malades ? Cependant il me semble que ces expériences sont un peu fautives lelativement à la question dont il s'agit ici : dans la calcination, la macération, la putréfaction du cadavre, par exemple, il y a certainement décomposition de quelques organes, fluidifîcation de quelques solides; de sorte que la proportion des fluides a certainement été portée trop liaut. Encore une fois, je ne connais aucun moyen de connaître avec rigueur la proportion respective des solides et des fluides.