BU NOMBKE DES FONCTIONS
tous les auteurs ; cependant on pourrait subdiviser la reproduction en plusieurs fonctions ^ la copulation, la conception, ]a grossesse, l'accoucliement, l'allaitement, à aussi bon droitqu'on a reconnu plusieurs fonctions dans le mécanisme de la nutrition. Nous avons rejeté V ossification de Fourcroy , la transpiration de M. Cu^ier et V exhalation de Bichat , comme étant évidemment des doubles emplois. Enfin, nous avons rejeté aussi Vinnervation de M. Chaussier , considérant les actes que ce professeur range sous ce titre , moins comme constituant une fonction principale , que comme dépendants de la subordination dans laquelle le système nerveux est parvenu à tenir tous les organes, à mesure que ce système est devenu lui-même plus compliqué.
D'autre part, cbacune des onze fonctions que nous admettons réunit les deux caractères que nous avons dit être spécifiques de toutes fonctions : lO chacune remplit dans l'économie un office spécial ; la sensibilité engendre les sensations; la locomotilité fait les mouvements volontaires; la. fonction des expressions les langages; la digestion élabore les aliments et les dispose à être absorbés; les absorptions , avec les substances tant externes qu'internes qu'elles recueillent ^ constituent les matériaux de l'hématose; la respiration fait le sang artériel; la circulation conduit ce sang; V assimilation l'applique aux organes pour le renouvellement de leur substance , et la calorijication pour l'entretien de leur température; les sécrétions fabriquent chacune leur fluide propre; et la génération reproduit l'espèce. 2» De même, chacune a dans Téconomie un organe ou un appareil d'organes affecté à sa production; la sensibilité a le système nerveux; la locomotilité , le système musculaire; la digestion , la respiration , la circulation , les appareils digestif, respiratoire et circulatoire; les absorptions, les différents systèmes vasculaires absorbants; les sécrétions , les divers organes sécréteurs; la génération, l'appareil génital. Cela est même des nutritions et calorifications , bien que ces actions ne paraissent pas avoir d'organes ou d'appareils distincts; car c'est le parenchyme de chaque partiequi en est lui-même l'instrument. Il n'y a de difficultés apparentes que pour la
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fonction des expressions, mais seulement, comme on le verra , parce qu'on y comprend plusieurs phénomènes qui tiennent aux liens des organes entre eux.
Du reste , quand nous avons posé pour premier caractère que l'office d'une fonction soit spéciale et sans aucun analogue dans l'économie , nous n'avons pas entendu dire que Yaction qu'on lui rapporte serait unique, et bornée à un seul lieu de l'économie. Nous avons reconnu, au contraire, et nous allons revenir là-dessus tout à l'heure, que plusieurs fonctions sont multiples, comme les sensations, les sécrétions. Mais ces actions, pour être multiples, n'en sont pas moins identiques, analogues, et par conséquent ne doivent constituer qu'une seule fonction.
De même , quand nous avons assigné pour second caractère d'une fonction, d'avoir évidemment dans l'économie un organe ou un appareil d'organes affecté à sa production, nous n'avons pas entendu dire que chaque fonction dût avoir son organe spécial , et qui ne servît qu'à elle. Presque toujours, au contraire, un même organe sert à Taccomplissement de plusieurs fonctions. La langue , par exemple, appartient à la fois, et à l'appareil de la sensibilité, comme organe du goût, et à celui du mouvement volontaire et de la digestion , comme agent de la mastication et de la déglutition des aliments, et à celui des expressions, comme agent de l'articulation des sons. Dans la machine humaine , comme dans toute machine bien ordonnée, l'Auteur de la nature a dû chercher à faire servir un même ressort, un même organe à plusieurs offices, afin de simplifier la machine tout en obtenant la même somme d'effets. Mais chaque fonction n'en a pas moins dans l'économie un organe ou un appareil d'organes affecté à sa production. C'est même à cause de cela, que, dans tout être vivant , l'organisation ou le nombre des organes est en raison de la vie ou du nombre des fonctions. Puisque toute fonction doit avoir son instrument, on conçoit que là où la vie est simple, accomplie par un petitnombre de fonctions, l'organisation est simple aussi, composée d'un petit nombre d'organes; que là , au contraire , où la vie est compliquée, exige le concours de beaucoup de fonctions,
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l'organisalion Test aussi , et se compose de beaucoup d'organes. Il y a même un rapport entre la simplicité ou la complication d'une fonction, et la structure simple ou très compliquée de l'organe ou de l'appareil d'organes qui en est l'instrument. C'est ainsi que la vie et l'organisation, les fonctions et les organes, marchent de pair, et que nous sommes toujours ramenés à des considérations matérielles, aux formes et à la structure des êtres et des organes.
Toutefois , telles sont les onze fonctions que nous admettons dans la vie de l'homme. Nous signalons aussitôt en elles deux principales différences. La première est que parmi ces fonctions, il en est quelques-unes qui, outre les mouvements propres qui les constituent, contiennent toujours en elles quelques actes qui appartiennent à d'autres fonctions, et qu'à cause de cela on pourrait a-p^^eler composées . Telles sont la digestion j la respiration et la génération , qui, outre leurs actes propres, qui sont de digérer les aliments, de faire le sang, et de reproduire l'espèce, comprennent dans leur généralité, ainsi que nous l'avons vu, des sensations et des mouvements volontaires. Telles sont encore celles de nos 5ecrétions excrémentitielles , dont les produits solides ou liquides sont recueillis dans des réservoirs , d'où ils ne sont plus rejetés que par intervalles. Toutes les autres fonctions^ au contraire, soûl simples y c'est-à-dire n'offrent jamais que l'ordre unique des mouvements qui les constituent. Il est bon de noter que toutes les fonctions qui sont composées , sont celles qui exigent l'établissement de quelques rapports avec l'extérieur; et il est facile d'en donner la raison. Tout acte extérieur , avons-nous dit , est laissé à la volonté et à la perception de l'être ; et il n'y a d'actes volontaires et perçus dans notre économie , que ceux de la sensibilité et de la locomotilité; il a donc fallu que la nature entât, si l'on peut parler ainsi , sur les fonctions qui réclament un rapport avec l'extérieur, c'est-à-dire sur la digestion, la respiration, la génération, les actions de notre économie qui seules comportent avec elles conscience, c'est-à-dire des sensations ^ et celles qui seules sont dépendantes de la volonté , c'est à-dire à^s actions musculaires volontaires. Ce principe est si vrai ,
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que quelques fonctions qui sont simples, comme celles des sens, ont toutes annexés à leurs organes des appareils musculaires volontaires, pour les soustraire et les appliquer selon le besoiu à l'action de leurs excitants; et cela, par cela seul que ces excitants sont pris à l'extérieur, et que ces fonctions ont trait à des relations avec l'extérieur.
La seconde différence est que parmi les fonctions , quelques-unes sont uniques , c'est-à-dire n'existent qu'en un seul lieu du corps; tandis que d'autres sont multiples , c'està-dire disséminées çà et là dans plusieurs lieux de l'économie. Dès lors l'appareil des premiers sera un, et celui des seconds sera aussi multiplié qu'elles le seront elles-mêmes. La digestion, par exemple, est évidemment une fonction unique; et les sensations, les sécrétions, sont des fonctions multiples. Il est bon de remarquer que ce sont les fonctions composées qui sont en même temps uniques , et que les fonctions simples sont multiples. Il n'y a évidemment qu'une digestion, une respiration, une génération. Au contraire , ily a plusieurs sens , plusieurs appareils musculaires volontaires , plusieurs phénomènes expressifs , plusieurs sécrétions : nous avons dit les absorptions, les nutritions , les calorifîcations, parce qu'il y a , en effet, autant de variations dans ces actions qu'il y a départies diverses dans le corps. Il n'y a d'exception que pour la circulation ; et encore , si on a égard à ce qu'il y a de capillaire dans cette action , on peut dire que les circulations capillaires sont en nombre égal à celui des parties du corps, car cette circulation diffère en toutes.
ARTICLE H
Cîassificalioli des Fonctions.
Les fonctions étant les actes qui par leur concours accomplissent la vie , il en résulte que c'est leur étude qui constitue spécialement la pliysiologie. C'est, en effet, en faisant connaître, d'abord le mécanisme particulier de chacune de ces fonctions, et ensuite la manière dont ces fonctions
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s'enchaînent, que l'on dévoile la vie de l'homme. Il faut les connaître à la fois en elles-mêmes, et dans leu^s rapports entre elles, afin de juger l'ordre harmonique dans lequel chacune concourt à l'ensemhle.
Or^, on conçoit qu'il faut d'abord étudier chacune de ces fonctions en particulier et avec détails , avant de rechercher quelles sont leurs connexions. Mais alors par laquelle de ces fonctions commencer ? au lieu de suivre dans leur étude un ordre arbitraire , ne serait-il pas plus naturel et plus utile de suivre l'ordre même de leur enchaînement? cela ferait ressortir d'avance l'économie de l'homme. Or, c'est ce qu'on a eu en vue en cherchant à établir une classification des fonctions. A la vérité , pour établir cette classification des fonctions sur l'ordre selon lequel elles s'enchaînent, il faut avoir la connaissance de chacune d'elles; et c'est ainsi que, dans la science de l'homme, on se trouve dans l'impossibilité de suivre la filiation rigoureuse des idées : Inevitahilis difficullas est in reperlendo ordùie , gui non peccat inleges bonœ jnethodi. (Boer.,Inst. Med., g 47-) Cependant, comme il suffit d'une connaissance superficielle des fonctions pour apprécier l'ordre de leur enchaînement, et que ce que nous en avons dit déjà suffit pour cet objet, nous allons chercher , dès à présent, à en établir une classification , qui sera l'ordre dans lequel nous les étudierons séparément.
Cette classification a beaucoup occupé les physiologistes; non qu'ils voulussent en faire un soutien de la mémoire, le petit nombre des fonctions la rendait peu nécessaire sous ce rapport , mais, encore une fois, dans la vue d'exprimer tacitement par elle le concours harmonique des fonctions de la vie de l'homme. Considérée sous ce rapport, la recherche de cette classification n'est pas un obje.t purement scholastique, mais rentre dans l'étude du mécanisme compliqué de la vie.
En commençant cette recherche, nous ferons trois remarques importantes : lo que dans une machine aussi coni=pliquée que l'est le corps humain, où il y a à la fois tant d'actes distincts, et qui cependant concourent à un même
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])ut , on a dû saisir plusieurs ordres d'endiaiuement entre €es actes, et, par suite, établir des classifications diverses des fonctions. C'est ce qui a été en effet , comme on va voir. 20 Que, parmi ces diverses classifications, il doit y en avoir une cependant qui soit la plus naturelle, et qui décèle le mieux l'enchaînement des fonctions. 3» Enfin, que dans l'état actuel delà science, et probablement ce sera toujours , il n'en est aucune qui ne présente en quelques points confusion, croisement des phénomènes; parce qu'en effet toutes les fonctions, bien que remplissant chacune leur office, se sont mutuellement nécessaires; et que l'économie animale forme, comme l'a dit Hippocrate y un cercle où l'on ne sait placer rigoureusement le commencement ni la fin.
lo La plus ancienne classification des fonctions est celle qui les partage en vitales ^ naturelles et animales : fonctions vitales, c'est-à-dire qui sont tellement importantes, qu'elles • ne peuvent être interrompues sans entraîner aussitôt la perte de la vie , comme la circulation , la respiration , l'innervation ; /o72Cfzb«5 naturelles, c'est-à-dire qui opèrent la nutrition de l'homme, tant en élaborant l'aliment , et l'appropriant aux organes, qu'en dépurant l'économie des matériaux usés, comme la digestion, les absorptions , les nutritions , sécrétions , etc. ; et enfin , Jonctions animales , c est-à-dire qui, caractéristiques des animaux et exclusives à ces êtres, sont perçues et sous l'empire de la volonté, comme les sensations, la locomotion et la voix.
Cette première classification repose sur deux différences qu'ofïrent entre elles les fonctions : l'une , est que certaines fonctions s'exercent continuellement, et ne peuvent jamais être suspendues; l'autre, est que certaines fonctions comportent avec elles conscience, et sont soumises, dans leur exercice , à la volonté, par opposition à d'autres qui se passent irrésistiblement , et sans être perçues. L'esprit dut être frappé aussitôt de ces différences; et de là la séparation des fonctions : en vitales , qui ne peuvent s'interrompre un instant sans entraîner la mort; animales^ qui sont perçues, et pour la plupart volontaires; et en naturelles, qui, au
CLASSIFICATION DES FONCTIOIXS. i?7
contraire, s'accomplissent aussi sourdement et aussi irrésistiblement que toutes les fonctions du végétal.
On a reproché à cette classification : lo d'avoir employé des dénominations vicieuses , toute fonction pouvant être dite vitale , naturelle, animale; 2° de n'avoir pas posé des lignes de démarcation bien précises entre les classes : la respiration , en eifet , qui est une fonction ^vitale , sous le rapport de sa nécessité prochaine pour la vie, ne peut-elle pas être considérée aussi comme une fonction naturelle, puisqu'elle concourt à former le fluide nutritif, et, comme une fonction animale 3 puisqu'elle est un peu dépendante de la volonté ?
Mais le premier de ces reproches n'était qu'une pure dispute de mots; et, quant au second, les classifications les plus vantées de nos jours le mériteront de même. On va voir que cette classification des Anciens contient réellement le germe de toutes celles qui ont été imaginées depuis. Aussi, beaucoup de physiologistes n'ont fait que la conserver, en changeant les dénominations, et faisant pour la génération une quatrième classe , so\xs\eia.o\n.die fonctions sexuelles, ou génitales. Tel a été Fourcroj , qui partage les fonctions en vitales , naturelles , animales et sexuelles. Tel est le ^voîesseuT C haussier yC^và les divise en vitales ou publiques, en nutritives , sensoriales et sexuelles. Tel a été encore Mauduyt^ qui classe les fonctions , selon qu'elles servent à l'existence actuelle (vitales des Anciens) , selon qu'elles sont nécessaires à l'existence prolongée (naturelles et animales), et selon qu'elles servent à l'existence perpétuée (les sexuelles). Tel est, enfin, M. Cu^ier , qui fait deux classes de fonctions : les 'vitales , comprenant toutes celles qui accomplissent la nutrition et la reproduction, ces facultés communes de toute vie ; et les animales , qui sont exclusives aux animaux.
20 Nous ne parlerons pas de la classification des fonctions en physiques ^ chimiques y mécaniques et organiques; une pareille classification ne repose que sur des détails de fonction et non sur leur ensemble , et d'ailleurs est étrangère au but qu'on se propose. Nous tairons aussi l'idée de VicqdAzyr, qui classait les fonctions en trois groupes , celles
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qui ont pour résultats des sensations, celles qui donnent naissance à des mouvements sensibles et apparents, et celles dont le produit est une élaboration des sucs : ce n'est là aussi que coQsidérer ces fonctions en elles-mêmes, et non dans leurs connexions. Nous arrivons aussitôt à la classification proposée par Dumas. Ce professeur fait quatre classes de fonctions : lO des Jonctions de constitution , ou décomposition , qui préparent , perfectionnent et reproduisent les éléments qui composent les organes, la matière du corps, comme la digestion, les sécrétions, la nutrition; 2» des fonctions d^ agrégation^ ou di organisatioji, qui maintiennent dans les solides et les fluides du corps l'élat de cohésion et de liquidité qui leur est naturel , et qui convient à l'exercice de leurs fonctions : savoir , la respiration et la circulation; 3° les fondions de relation générale, qui sont celles par lesquelles s'établissent les rapports généraux de l'homme avec les corps extérieurs : savoir , les sens externes et la locomotion; 4^* enfin, les fonctions de relations spéciales, qui sont celles qui unissent l'homme à ses semblables, et à son espèce pour la reproduction : savoir, les expressions et la génération.
D'abord, nous retrouvons ici, mais avec moins de clarté, la classification des Anciens : les deux premières classes de Dumas, les fonctions de composition et d'organisation , ne sont que les fonctions naturelles ou nutritives; et , les deux dernières classes, les fonctions de relations générales et de relations spéciales , ne sont que les fonctions animales. La seule différence est dans le partage que Dumas a fait de chacune de ces classes en deux. Or, où en est l'avantage? Qu'entend Dumas par les fonctions d'agrégation ou d'organisation ? la respiration, qu'il range en cette classe, n'appartient-elle pas plutôt à celle des fonctions de composition ? peut' on ainsi séparer la circulation, et de la digestion qui l'alimente, et de la nutrition et des sécrétions qui lui doi- V-ent leurs matériaux ? il me semble qu'ici tous les rapports naturels sont rompus , et que la classification ne remplit plus son principal objet, qui est, comme on l'a dit, de faire ressortir Tordre d'enchaînement des fonctions. Le partage de