‹ Physiologie de l'hommeChapitre 19 sur 43 · CLASSIFICATION DES FONCTIONS · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES FONCTIONS

la seconde classe a quelque chose de mieux fondé : il semble tendre en effet à séparer les actes par lesquels l'homme est si supérieur aux autres animaux , et desquels résulte sa sociabilité. Il est certain que tandis que les animaux n'ont , dans leur psychologie , que des facTiltés intellectuelles et affectives bornées , et relatives à leur conservation brute et matérielle seulement, l'homme, au contraire, en a de bien plus étendues, et surtout quelques-unes qui lui sont exclusives , et qui , étrangères à sa conservation corporelle , lui donnent un caractère moral et religieux. Il est sûr que ces actes prédominent tellement chez lui, qu'il ne paraît plus avoir été créé que pour les exercer, et qu'ils semblent constituer tout son être. Or, on peut louer Dumas d'avoir cherché à les séparer dans la classe des fonctions de relation spéciale. Mais encore, peut-on lui reprocher d'avoir luimême atténué le bon effet de cette séparation , en rattachant à cette même classe la fonction de génération -, ce qui était de nouveau confondre le physique avec le moral , pour parler le langage des gens du monde ?

30 Le désir louable de séparer de tous les actes de l'homme ceux qui sont les plus élevés en lui, savoir, son intellect et son moral, est ce qui a inspiré la classification de Buisson. Ce physiologiste veut qu'on voie dans l'homme, moins l'animal qui travaille matériellement à sa nutrition et à sa reproduction, que l'être intelligent destiné à remplir la carrière sociale à laquelle il est appelé. Ce dernier point est en effet l'objet principal, celui auquel tout le reste est subordonné; et, définissant l'homme avec M. de Bonald ^ une intelligence sentie par des organes , il partage conséquemment toutes les fonctions en deux classes, celles qui servent immédiatement l'intelligence, et celles qui travaillent à la conservation matérielle du corps.

Il appelle la première classe uie active , et y range le tact général, làvue, Vouie, la locomotion et la voioc. Ces fonctions, en effet j servent l'intelligence, soit en donnant à l'homme la connaissance des objets extérieurs, soit en apportant à l'être intellectuel les signes de la pensée , soit enfin en exécutant et exprimantses volontés. i?wmo^ subdivise en- TOME I. 9

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suite celte vie active en deux séries d'actions : Fune , qtii donne à l'être intellecluel la connaissance des objets, et lui apporte les signes de la pensée, savoir, le tact général, la vue et la locomotion; l'autre, qui exécule et exprime les volontés de cet être intellectuel, savoir, l'ouïe et la voix. La locomotion est placée à côté de la vue; parce que les actions auxquelles préside cette locomotion, savoir, le touclier, le geste et la progression , ne s'exécutent pas sans le concours de ce sens; parce que les actions de ces deux fonctions sont liées l'une à l'autre, et par la nature des objets sur lesquels elles s'exercent, qui sont également des objets figurés, et par la manière dont elles servent l'intelligence, et par la succession naturelle de leurs phénomènes, leur dépendance immédiate. De même, la voix est placée à côté de l'ouïe, parce qu'elle ne peut exister sans ce sens , comme on le voit par les sourds-muets.

Buisson appelle la seconde classe ^vie nutritwe , et il la subdivise en trois ordres : les fonctions exploratrices , les fonctions préparatoii^es , et les fonctions qui sont iniinédiatement nutritives. Les premières sont celles qui inspectent les matériaux qui sont pris au dehors pour la réparation du corps, savoir, les sens du goût et de V odorat , l'un attaché à la fonction de la digestion, et l'autre à celle de la respiration ; ces sens , dit Buisson, ne servent en rien l'intelligence, à la différence des sens de la vue et de Touïe , qui lui apportent les signes écrits et parlés àe la pensée. Les fonctions préparatoires sont celles qui fonnent , avec les matériaux qui sont pris au dehors , le fluide qui doit nourrir les organes ; il y en a deux , la digestion et la respiration ; el elles ont ceci de commun, qu'elles s'exei^cent également sur des substances prises au dehors , travaillent pour la circulation, et manquent dans le végétal et le fœtus. Enfin les fonctions immédiatement nutritives sont celles qui accomplissent immédiatement la nutrition, et l'auteur les subdivise en trois groupes : l'un , des actions qui commencent aux organes et finissent à la circulation , savoir , les absorptions ; un second, qui comprend celles qui commencent à la circulation et finissent aux organes , savoir, les nutritions et sécrétions ; etj,

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enfin , un troisième , comprenant la fonction qni est intermédiaire à celles-là, c'est-à-dire la circulation.

Sans doute, cette classification est très méthodique. Mais mérite~t-elle le nom pompeux que lui a donné son auteur, d'eVe la division la plus naturelle des phénomènes pliysiologiques? D'abord , dans cette classification, il n'est pas fait mention de la génération. Ensuite, où est la fonction intellectuelle et morale? quoique constituant les opérations de l'esprit et de l'àme, elle n^en exige pas moins l'intervention d'un organe. En troisième lieu , Buisson y dans sa vie actii^e , indique comme fonctions qui font connaître les corps extérieurs et apportent les signes, de la pensée , la locomotion : et il range , au contraire , Vouie parmi les actions qui effectuent les volontés de l'intelligence; n'est-ce pas plutôt la locomotion qui sert les volontés de l'acte intellectuel, et l'ouïe qui lui apporte les signes de la pensée ? D'autre part , les sens du goût et de l'odorat ne peuvent-ils pas être employés par l'esprit de même que les autres sens, comme instruments secondaires propres à lui donner des lumières sur les corps? Enfin, on retrouve encore ici la distinction primitive des Anciens , des fonctions animales et naturelles ou nutritives.

40 BicliaL a proposé une classification des fonctions, qui a été plus généralement adoptée. Nous avons dit que les fonctions étaient les actes secondaires par lesquels s'eiTectuent la nutrition et la reproduction. Or, Bicliat fait déjà deux classes de fonctions, selon qu'elles travaillent à l'un ou à l'autre de ces deux résultats :/bwc£io^5 de la nutrition , ou "vie de l' individu ; et fonctions de la reproduction , ou vie de l'espèce.

Ensuite, on sait que toute nutrition exige que l'être qui se nourrit établisse des rapports au dehors de lui, pour prendre les matériaux dont il a besoin; et que, chez les animaux, les actes qui effectuent ces rapports sont laissés à la volonté et à la perception de l'être. On sait qu'à cauée de cette particularité, les actes qui effectuent la nutrition sont partagés en deux sortes : ceux qui , commençant la nulrition et consistant en des rapports extérieurs, sont dépendants de

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la volonté , et comportent avec eux conscience; et ceux qui , dérivant des premiers , se passent dans la profondeur de l'être, irrésistiblement, et sans qu'il en ait conscience. Or, Bichatdi^ d'après cette base, subdivivsé la vie de l'individu en deux ordres^ selon que les fonctions servent à établir des rapports volontaires et perçus au dehors de l'homme, ou, qu'au contraire, elles travaillent, en silence, à la conservation matérielle du corps. Il a appelé le premier, We animale ^ipsivce qu'il renferme les fonctions exclusives de l'animalité, celles qui donnent à l'animal un moi sentant et voulant; et le second, vie organique y parce que le but des fonctions qui y sont rangées se trouve en tout être organisé quelconque. La vie animale comprend les sensations , les mouvements et les expressions ; la vie organique , la digestion , les absorptions , la respiration , la circulation , les nutritions, les sécrétions, etc.

Dans la vie animale, Bichat reconnaît deux séries d'actions opposées : Tune, où les actions procèdent de la circonférence au centre , et par lesquelles les corps extérieurs agissent sur l'homme ; elle comprend les sens externes : l'autre, où les actions procèdent du centre à la circonférence , et par lesquelles l'homme agit à son tour sur les corps extérieurs; elle comprend le sens interne, la locomotion et la voix. Le cerveau, qui appartient à la fois à ces deux séries d'actions , comme terme de la première et origine de la seconde, comme point où arrivent les sensations et d'où partent les volitions , est dit le centre de la vie animale.

Dans la vie organique, existent aussi deux séries d'actions opposées; les unes procédant de dehors en dedans et effectuant la composition; les autres, se passant au contraire de dedans en dehors, et accomplissant la décomposition. Dans la première, sont : la digestion, les absorptions et la respiration, qui font le sang; la circulation, qui porte ce sang aux parties; et les nutritions et calorifications , qui l'emploient. Dans la seconde, sont : les absorptions, qui retirent des organes les matériaux usés; la circulation, qui conduit ces matériaux aux organes dépurateurs ; et les sécrétions, qui en

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