CLASSIFICATION DES FONCTIONS
effectuent le triage et le dépouillement. La circulation , dans la vie organique , appartient à la fois aux deux mouvements opposés de composition et de décomposition; comme dans la vie animale , l'action du cerveau avait appartenu aux deux séries d'actions. C'est, en effet, à la circulation qu'aboutissent, et les matériaux nouveaux qui sont destinés à la composition , et les matériaux anciens de l'extraction desquels dépend la décomposition; et, comme le cœur est l'organe principal de cette circulation^ on a dit ce cœur le centre de la vie organique , comme on avait dit le cerveau le centre de la vie animale. Enfin, comme le poumon est lié, et à la vie animale, en ce qui concerne la préhension de l'air, et à la vie organique, comme organe de la sanguification , Bichat présente le poumon comme le lien de l'une et l'autre vie.
Quant à la vie de l'espèce , elle se compose de la génération.
Telle est la classification de Bichat, adoptée par M, Richerand, et la plupart des physiologistes modernes. M. Moreau de la Sarthe a proposé d'y faire une légère modification , celle de subdiviser les fonctions organiques en fonctions de nutrition spéciales y et fonctions de nutrition générales ; les premières, ainsi nommées, parce qu'elles sont spéciales aux animaux, et sont liées aux fonctions animales, comme la digestion , la respiration^ les secondes , au contraire , existant dans tous les être vivants sans exception , comme les nutritions et caloriflcations .
Cette classification est sans doute préférable à toutes celles que nous avons exposées y mais elle est encore susceptible des mêmes observations. D'abord, les divisions principales en étaient déjà dans la classification des Anciens; les trois organes, cerveau, cœur et poumon, que Bicliat présente comme les centres des vies animale et organique , forment la classe des fonctions vitales; la vie organique forme celle des fonctions naturelles; la vie animale, celle des fonctions animales; enfin, la vie de l'espèce est la classe des fonctions génitales ou sexuelles. Ensuite , les dénominations des classes et des ordres ne sont pas plus exemptes de reproches. Que
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n'a-t-on pas dit sur les mots de vie , par lescfuels Bichai désigne chaque classe de fonctions , ainsi que sur les épithètes ^'animale et à^ organique , qu'il a données aux ordres ? Enfin, les démarcations entre les classes et les ordres ne sont pas plus précises. D'une part, la vie de l'espèce s'accomplit, comme celle de l'individu, par le concours d'actes dont les uns sont perçus et volontaires , et dont les autres succèdent irrésistiblement et sourdement aux premiers ; et on peut reproeîier à Bichat de ne lui avoir pas appliqué , comme à la vie de l'individu, la distinction des actes animaux et des actes organiques. D'autre part, des actes organiques, des sécrétions, eu font une partie principale. Sous ce double rapport, la , vie de l'espèce est doncconfondue avec cellede l'individu. De même les vies animale et organique se confondent : dans la vie organique, par exemple, toutes les fonctions qui sont composées, comme la digestion, la respiration, etc., renferment, dans leur généralité, des actes qui appartiennent à la vie animale, des sensations et des mouvements volontaires. Ainsi se trouvent justifiées, à l'égard de la elassifica-^ tion la plus vantée de nos jours , les trois propositions que nous avons émises en commençant cette discussion : on voit qu'il n'est aucun ordre qui n'ofii-e, en quelques points, confusion et croisement des phénomènes; et que les fonctions^ in circulum aheuntes , comme disait Hippocrate , l'eprésentent vraiment un cercle dans lequel on ne peut indiquer ni le point où commence le travail , ni celui où il s'achève.
La distinction de la vie animale et de la vie organique était une des idées chéries de Bichat; et, pour la justifier, il avait signalé, entre les fonctions de ces deux vies, neuf différences importantes. Quelques-unes sont réelles : ainsi, les organes des fonctions animales , par opposition à ceux des fonctions organiques, sont tous pairs ou symétriques; ils sont soumis , dans leur service, à une intermittence d'action qui constitue le sommeil, et qui contraste avec la continuité d'action des fonctions organiques. Quelques autres, au contraire, sont trop absolues: ainsi, il n'est pas vrai qu'il y ait entre les fonctions de la vie animale moins de (icpendance qu'entre celles de la vie organique, que ces fonc-
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lions seules reçoivent une influence de riiabilude : il est douteux qu'il y ait nécessité d'une harmonie d'action entre les organes pairs d'une fonction animale, pour qu'il y ait intégrité de cette fonction : il n'est pas tout-à-fait exact de dire que, tandis que la vie animale ne commence qu'après la naissance , n'acquiert que graduellement et tardivement son développement, et meurt la première, la vie organique, au contraire , existe dès les premiers instants de la conception, que ses fonctions ont aussitôt toute leur perfection , et ne cessent qu'avec la vie. Enfin, il en est quelques-unes qui sont ^out-à-fait fausses, comme celle qui rattachait toute la partie de notre psychologie qu'on appelle intellect, à la vie animale, et toute celle qu'on appelle passions, affections, à la vie organique. Mais nous passons rapidement sur ces divers points de la doctrine àe Bichat , parce que la discussion s'en retrouvera ailleurs.
5<5 Enfin, voici la classification que nous allons suivre, et qui n'est que celle de Bichat, rectifiée en ce sens, que nous appliquons à la vie de l'espèce comme à celle de l'individu la sous-division des actes animaux et organiques. Comme tout être qui se nourrit et se reproduit , le fait par le concours de deux sortes d'actes ; les uns , dont il a perception, et qui sont dépendants de sa volonté ^ et qui consistent dans l'établissement de rapports avec l'extérieur; les autres , qui , irrésistibles et non perçus , font suite à ceux-là, et se passent tout-à-fait dans la profondeur de l'être; d'abord , nous faisons des premiers une classe séparée , sous le nom de fonctions de relation. Nous les nommons ainsi , parce que ce sont ces fonctions qui effectuent tous nos rapports avec l'extérieur, tant ceux qui intéressent matériellement notre nutrition et notre reproduction , que ceux qui concernent le rôle élevé que nous sommes appelés à remplir sur la terre; et nous y comprenons les sensations ^ les mouvements volontaires et les expressions. Quant aux autres actes qui dérivent de ceux-là, et qui se produisent en silence, nous en faisons deux autres classes, selon qu'ils effectuent la nutrition ou la reproduction. Laclasse àes fonctions delà nutrition comprend la digestion , les absorptions , la respiration ,
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la circulation, les nutritions, les calorifîcations et les sécrétions. La classe des Jonc no?2S de la reproduction comprend la génération. Ce n'est donc, au fond, que la classification de Bichat , en fonctions animales , organiques , et fonctions de l'espèce , sinon que nous faisons clairement entendre de plus , que les fonctions de relation s'appliquent aussi-bien à la reproduction qu'à la nutrition. Enfin, nous traitons à la fiuj dans un appendice , de l'influence exercée parle système nerveux sur toutes les fonctions organiques, tant nutritives que reproductives, ou, autrement, de l'innervation.
Ici , nouâ terminons cette première partie consacrée à des prolégomènes : on voit que ces prolégomènes étaient bien: nécessaires pour nous faire embrasser tout l'ensemble de notre sujet , et fixer l'ordre d'après lequel nous devons le traiter. Il est évident maintenant, que devant dans cet ouvrage faire toute l'histoire de l'homme en santé, nous avons à traiter les quatre objets suivants : lo faire une étude détaillée de chacune des onze fonctions auxquelles nous avons ramené tous les phénomènes de la vie de l'homme , et par lesquelles se produisent toutes les facultés qu'il possède; 20 établir ensuite les connexions de ces fonctions, afin d'en déduire la manière dont leur concours assure la vie de l'être ; 3c> étudier la série des changements, connus sous le nom à^dges, que présente, pendant son existence, l'homme; car ils font partie des phénomènes de la vie considérée dans l'état de santé; 4^ étudier aussi les différences que peuvent présenter entre eux les hommes, en tant qu'elles sont compatibles encore avec la santé, différences dont les principales fondent ce qu'on appelle les tempéraments. Ainsi, nous aurons passé en revue tous les phénomènes de la vie de l'homme considéré en santé, ce qui était notre objet; et nous pourrons alors présenter une histoire dogmatique de ce qu'est la santé. Enfin, comme l'homme, ainsi que tout être vivant, obéit, ainsi que nous l'avons dit, à des forces spéciales;
FIN DES PROLÉGOMÈNES. i^j
comme ces forces , bien qu'elles ne soient que des abstractions de l'esprit, sont les dogmes par lesquels on coordonne les faits de la physiologie, nous croyons devoir terminer cet ouvrage par l'étude de ces forces, dont la considération fonde ce qu'on appelle la pliilosopliie de la science. Telles seront la matière et la distribution des cinq parties qui vont constituer notre travail.
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