‹ Physiologie de l'hommeChapitre 24 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ânalomie du sjstèmc nerveux^

La partie du corps qui , dans les animaux et dans l'iiomme, est l'organe de la sensibilité, la condition matérielle nécessaire à la manifestation de cette faculté , est le système nerifeux.Sous ce nom collectif, on comprend toutes les parties du corps des animaux qui sont formées par la fibre primitive nervale. Ce système, qui est destiné aussi à établir les liens entre les organes , et qui , dans les animaux supérieurs au moins, est le foyer de la puissance vitale, le moteur de tous les actes vitaux , est plus ou moins compliqué dans la série des être animés. Chez l'homme, comme dans tous les animaux vertébrés, il se compose de trois parties : lo une partie centrale, dite axe cérébro-spinal , quia la forme d'un long faisceau renflé à son extrémité supérieure ou antérieure^ et renfermé dans les cavités du rachis et du crâne; 20 des coi'dons , appelés nerfs , au nombre de quarante-deux paires, étendus de droite et de gauche, de cette partie centrale à tous les organes du corps; 3° enfin , de deux cordons nerveux, situés de chaque côté du rachis, depuis la tête jusqu'au bassin , présentant de vertèbres en vertèbres des renflements di^^elés ganglions , et qui sont nommés lesnejfs grands sympathiques,

ARTICLE PREMIER

Axe cérébro-spinal.

La partie centrale du système nerveux, ou axe cérébrospinal , se compose elle-même; lo d'un long cordon nerveux, renfermé dans le canal du rachis, et appelé moelle spinaM ; 2^ d'une grosse masse nerveuse , continue au cordon précédent, qui remplit la cavité du crâne, et qu'on appelle encépiiale. L'une el l'autre, outre lacavité osseuse danslaqueile elles sont contenues, sont enveloppées par trois membranes

qui leur sont propres ; lahiurp.-mère , qui est la plus résistante et la plus extérieure , V araclinoide , et la pie-mère, qui est la plus interne.

lO La moelle spinale s'étend clans le canal du racliis, depuis l'intérieur du crâne en liant, jusqu'à la seconde vertèbre des lombes en bas. Les anatomistes sont divisés sur le lieu où ils la font commencer en haut; et cela devait être ;, puisqu'il y a continuité entre elle et la partie de l'encéphale qui lui fait suite, et qu'on appelle , à cause de cela, moelle alongée. Varole, TVillis , y rattachaient, non-seulement cette moelle alongée , mais encore d'autres parties situées plus haut dans l'encéphale, les couches optiques, les corps striés , et par conséquent la prolongeaient bien avant dans le crâne. Déjà M. Chaussier l'y prolonge beaucoup moins , puisqu'il ne la fait commencer qu'au-dessous de la moelle alongée , à une ligne horizontale qui paraît séparer en cet endroit ces deux parties, et qu'il appelle le collet. Enfin, MM. Gall , Meckel, ne la font commencer qu'au-dessous du trou occipital, et c'est leur exemple que nous suivrons. Sa limite en bas est, chez l'homme adulte 5 a la deuxième vertèbre des lombes; en certains animaux, les oiseaux , par exemple, elle descend jusqu'en bas du canal vertébral; en d'autres, au contraire, par exemple les poissons dits tetrodons, elle dépasse à peine le trou occipital, et conséquemment paraît ne pas exister; enfin , dans l'embryon humain , elle descend primitivement jusqu'au fond du canal du rachis. Sa forme est celle d'un cordon cylindroïde , un peu comprimé d'avant en arrière, et de chaque côté duquel émanent trente paires de nerfs ; chacune de celle - ci en naît par deux racines , une insérée à sa face antérieure, et qui est plus petite, et une insérée à la face postérieure, qui est plus grosse. Dans sa longueur , elle n'a pas la même grosseur : renflée à son origine, à sa partie crânienne qui , à cause de cela, est appelée la bulbe supérieiw de la moelle, elle se rétrécit d'abord pour se renfler de nouveau au milieu de la région cervicale; ensuite elle redevient étroite vers le bas de cette région, et se renfle une seconde fois vers le bas du dos; après quoi, elle devient fusi forme et se termine en pointe , ou par un ou

l44 FONCTION DE LA SENSIBILITE,

deux renflements bulbeux^ Ainsi, dans sa longueur, elle offre surtout deux renflements : un supérieur , nommé ce/ vical ou. brachial) qui correspond au point d'où partent les nerfs des membres supérieurs; et un inférieur, appelé lombaire ou crural f qui correspond à celui d'où proviennent les nerfs des membres inférieurs. Le premier est plus gros que le second, et surtout saille plus en avant qu'en arrière, disposition inverse de celle que présente le renflement crural. Sur la face antérieure de la moelle, sur la ligne médiane, règne un sillon qui parcourt toute sa longueur, et pénètre jusqu'à un tiers de son épaisseur. Un semblable sillon , mais moins profond , règne de même à sa face postérieure. Par ces sillons , la moelle spinale est partagée en deux moitiés symétriques, paraît composée de deux cordons latéraux; et telle est si bien en efl'et sa composition, que dans l'embryon ces cordons sont distants Fun de l'autre, et qu'on les voit successivement se rapproclier et se réunir. Bien plus , selon beaucoup d'analomisles , chacun de ces deux cordons est formé de plusieurs faisceaux secondaires, ou de deux , ou de quatre. D'une part^ Ascii, Monro, Sœmmerring, MM. Rolando , Meckel ^ etc., admettent dans chaque moitié latérale de la moelle deux faisceaux : un antérieur^ plus gros , plus long, et formant à lui seul la moelle en bas, et un postérieur, plus mince, plus étroit, plus court. D'autre . part, sur les faces antérieure et postérieure de la moelle, de cbaque côté des sillons médians , se voient deux autres sillons parallèles aux premiers^ mais plus superficiels , dans lesquels s'implantent les racines des nerfs spinaux; et, d'après ces sillons, qui peut-être ne résultent que de l'arrachement de ces racines des nerfs spinaux, plusieurs anatomistes ont subdivisé les faisceaux antérieur et postérieur de chacune des deux moitiés de la moelle en deux autres. Du resle, la moelle, qui serait ainsi formée de quatre ou de huitcordons, présente dans sa structure les deux substances que nous verrons constituer partout le système nerveux, et dont nous parlerons par la suite : une substance blanche, qui en forme l'extérieur, et une grise, qui est située dans son intérieur. Celle-ci a manifestement des prolongements avec les

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racines des nerfs spinaux. Dans l'homme, à partir de l'instant de sa naissance, la moelle spinale est toute solide; mais dans le fœtus, elle oiTre un canal dans son intérieur; et dans les d'animaux^ ce canal persiste pendant toute la vicj et y est de plus en plus ample des mammifères aux poissons.

2° U encéphale est la grosse masse nerveuse qui remplit la cavité du crâne. Fort considérable chez l'homme, il paraît composé de trois parties : la moelle alongée , qui fait suite à la moelle spinale, et est à la partie inférieure, à la base de l'encéphale;, le cerceau y qui en forme la partie antérieure et supérieure; et le cervelet, qui en forme la partie postérieure et inférieure.

A. La moelle alongée est ainsi nommée , parce qu'elle est la continuation dans le crâne de la moelle spinale. Elle est encore nommée mésocépkalej parce que, continue inférieurement avec la moelle spinale , et envoyant de forts prolongements antérieurement au cerveau, et latéralement et supérieurement au cervelet , elle semble être le point de réunion, non-seulement de la moelle spinale et de l'encéphale , mais encore des diverses parties qui composent celuici. Pour la décrire, nous distinguerons sa moitié antérieure et sa moitié postérieure.

Dans sa moitié la plus postérieure et la plus inférieure, c'est-à-dire à partir du trou occipital jusqu'à un pouce audelà dans le crâne , la moelle alongée a tout-à-fait la forme de la moelle spinale à laquelle elle fait suite. Elle est , comme elle, un cordon nerveux, continu à celui de la moelle , seulement un peu plus gros , étendu sur la base du crâue, sur la ligne médiane. Là, elle est appelée queue de la moelle alongée y ou bulbe rachidien, i» Sa face' inférieure repose sur la gouttière basilaire de l'os occipital , et présente le sillon médian qui divisait la moelle spinale en deux moitiés. De chaque côté de ce sillon, se distinguent en elle deux éminences oblongues appelées , la plus interne, la pjramide antérieure, la plus externe, Véminence olivaire , lesquelles, selon les uns , naissent des cordons antérieurs d(î la moelle, et selon d'autres, sont la continuation et la Tome 1. i o

i4G FO]:<CTior( de la sensibilité.

subdivision de ces cordons. De ces éminences, la première, la pyramide antéx^ieure, pins manifeste en liant ou en avant qu'en bas ou en arrière, s'entre-croise dans ce dernier sens avec celle du côté opposé, dans une étendue de cinq lignes, de sorte que celle du côté droit passe à gauche , et que celle du côté gauche passe à droite. Du moins , telle est l'opinion du plus grand nombre des anatomistes : anciennement , Mislichelli, Petit ^ Santorini , TVinslow, et de nos jours, MM. Gall, Meckel^ Tiedemann, Serres , etc. ; car quelques autres, Morgagni , Halle r , MM. Chaussier , Rolando , Desmoulins, etc., nient cet entre-croisement. Nous n^entendons parler ici que de l'homme, et de l'homme adulte, car cet entre-croisement manque en beaucoup d'animaux, les poissons et les reptiles, et dans la vie embrionaire des oiseaux, des mammifères et de l'homme. I^e faisceau olivaire, au contraire , n'offre pas cette décussation ; formé par une lame blanche à l'extérieur, il offre intérieurement un noyau gris, alongé, entouré d'un bord inégal et dentelé, qui est appelé le corps dentelé des oli\^es. L'un et l'autre, du reste , se prolongent dans toute la longueur de la moelle alongée, et, comme nous le dirons, vont constituer le cerveau. 2» A la face supérieure du bulbe rachidien, on voit que les faisceaux postérieurs de la moelle spinale écartés, déjetés sur le côté, laissent entre eux un enfoncement qui fait partie d'une cavité qui existe entre le cervelet eu haut, la moelle alongée et la moeHe spinale en bas, qu^on appelle le quatrième ventricule. Le fond de cet enfoncement est grisâtre, et formé; selon quelques-uns, par la face postérieure des pyramides antérieures; et selon quelques autres, par les cordons antérieurs de la moelle qui , se prolongeant sur les pyramides antérieures et corps olivaires , traversent de bas en haut toute la hauteur de la moelle alongée, et vont se perdre jusque dans les couches optiques du cerveau. En avant, cet enfoncement répond à un canal dit aqueduc de Syli^ius,qni communique à une cavité du cerveau, le troisième ventricule; el en hsiS, il se termine par un angle qui, à raison de sa ressemblance avec le bec d'une plume à écrire, a été appelé calamus scriptorius , et qui s'étend plus ou moins

AXE CÉRÉBRO-SPINAL. l^-

loin dans Fextrémité supérieure de la moelle spinale, 3o Sur les côtés du bulbe racbidien sont les faisceaux postérieurs de la moelle spinale ^ qui , écartés et déjetés de côté , comme nous l'avons dit, forment deux cordons qui constituent les parois latérales de cette cavité que nous avons dit exister là, et être appelée le quatrième ventricule. L'un, très gros, situé plus en dehors, est appelé le cojys restiforme , ou pédoncule inférieur du cervelet, parce qu'il concourt en effet à former cette partie de l'encéphale. L'autre , très petit , situé en-dedans du précédent , est appelé pyramide postérieure; Rolando dit avoir reconnu, à l'aide de coupes transversales de la moelle faites à diverses hauteurs, que ces pyramides postérieures sont formées de fibres médullaires tordues sur elles-mêmes ; Meckel les appelle petits ponts du calamus scriptorius , et les considère comme un indice de la réunion des corps restiformes en arrière. 4^ Enfin , outre les pyramides antérieures et oli~ suaires, dérivant des faisceaux antérieurs de la moelle et destinés à former le cerveau, et les corps restiformes, continuation des faisceaux postérieurs de la moelle et destinés à former le cervelet , existent encore , selon quelques anatomistes , d'autres faisceaux dans le bulbe rachidien. D'abord Rolando , Meckel , soutiennent que les pyramides antérieures et les corps olivaires ne sont pas les faisceaux antérieurs de la moelle , mais seulement des dérivations de ces faisceaux , et que ceux-ci existent par derrière ou au-dessus d'eux, traversent toute la hauteur de la moelle alongée, placés entre les pyramides antérieures et les corps olivaires en avant et les corps restiformes en arrière, et vont se perdre dans ce que nous verrons être appelé la couche optique', ce sont eux qui , à la face supérieure du bulbe rachidien, formeraient le fond grisâtre du quatrième ventricule. Ensuite^ Tiedemann et Meckel parlent d'un faisceau intermédiaire aux pyramides antérieures et aux olives, qui traverserait de même toute la moelle alongée , et irait aboutir dans la partie de l'encéphale que nous verrons être appelée tubercules q uadrij urne aune . Enfin, Ch. Bell, Rolando, et MM. Laurencet et Meyranx , ont annoncé un faisceau in-

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termédiaire aux corps olivaires et resliformes , mais dont ils' ont donné chacun une description différente : selon Ch. Bell, ce faisceau se prolonge en bas sur toute la longueur des côtés de la moelle épinière , mais ne dépasse pas en haut le bulbe racliidien, et est le point d'insertion d'un ordre de nerfs particuliers, ceux qui servent à larespiration : selon Rolandoy au contraire, il se termine en en bas à rentrecroisement des pyramides , mais se continueen en haut dans toute l'étendue de la moelle alongée, donnant attache à la portion dure de la seDtième paire . au glosso-pharyngien et au pneumo-gastrique : enfin , MM. Laurencet et Meyranx prolongent ce faisceau, qu'ils appellent yat^ceau de rinfu7idibulum^]usques aux tubercules pisiformes ou leurs analogues dans le cerveau. Telle est la première moitié de la moelle alongée^ la moitié inférieure ou postérieure. Ajoutons que d'elle naissent quelques paires de nerfs quenous indiquerons ci-après; et qu'elle eçt formée aussi de substance blanche à l'extérieur, et de substance grise à l'intérieur : celle-ci vient même saillir en dehors, à deux ou trois lignes audessous des corps olivaires, et former là ce qu'on appelle les tubercules ccndj^és.

Dans sa m^oitié antérieure et supérieure , la moelle alongée n'a plus la forme de cordon , du moins à l'extérieur , car dans son intérieur se prolongent les faisceaux que nous avons vu former le bulbe rachidien. A cette moitié, elle porte le nom.de protubér^ance annulaire, ou de pont de Varole y parce qu'elle présente là à l'extérieur des fibres nerveuses , qui semblent former un anneau autour des cordons qui la constituent à l'intérieur, ou qui simulent un. pont, une arcade au-dessus de laquelle passeraient les faisceaux du bulbe rachidien. Il est certain , en effet . que ceux-ci , pyramides antérieures, corps olivaires, cordons antérieurs de la moelle, etc. , se continuent, comme nous allons le voir, à travers cette seconde moitié de la moelle, pour aller Au-delà former le cerveau. A cause de cela même, plusieurs anatomistes ne considèrent comme constituant la moelle alongée que ces cordons intérieui's, et regardent comme étrangères à cette partie de l'encéphale les fibres nerveuses extérieures qui^ haut et bas, les circonscrivent et forment anneau au-

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tour d'eux. Ils considèrent les inférieures comme une dépendance du cervelet, et comme formant la commissure des deux hémisphères qui composeni, cette partie de l'encéphale ; et de même , ils rattachent à ce que nous verrons être appelés les tubercules quaclri jumeaux et la valvule de Fieussens^ les fibres supérieures. Ils se fondent sur ce que les premières manquent dans beaucoup d'animaux, les poissons , par exemple , et dans les premiers temps de la vie du fœlus chez l'homme. Toutefois , voici la disposition, et de ces fibres nerveuses périphériques, et des cordons in té* rieurs, dont l'ensemble constitue cette seconde moitié de la moelle- alongée. Inférieurement, les fibres nerveuses périphériques sont blanches , transversales , forment une surface quadrilatère , qui repose sur l'apophyse basilaire de l'occipital , et qui est ce qu'on appelle le pont ou la protubérance annulaire; ces fibres font une saillie de plus de trois lignes au-dessus de la face inférieure du bulbe rachidien, et se réunissent latéralement en un gros faisceau qui va au cervelet, et qu'on appelle le pédoncule moyen du cervelet. En haut, la moelle alongée ^ cachée presque entièrement par le cervelet, présente : lo antérieurement, quatre tubercules, blancs à l'extérieur, gris à l'intérieur, arrondis , rapprochés par paires , séparés par deux sillons qui se coupent crucialement, et qu'on appelle f^Oe/'cu/e^ ^izadrij umeaux : les deux antérieurs , plus gros , sont appelés nates ; les postérieurs, testes; et de chacun de ces derniers part un faisceau destiné au cervelet , et qu'on nomme pédoncule supérieur du ceri^elet. 20 Plus en arrière, une lame médullaire grisâtre, qui fait partie des pédoncules supérieurs du cervelet , communique en avant avec les éminences testes , forme la voûte de [cette cavité appelée le quatrième ventricule , et qui est nommée la valvule de ï^ieussens. Enfin, dans le centre de l'anneau formé par ces parties , s'enfoncent les cordons qui constituaient le bulbe rachidien; lesquels, après avoir traversé de part en part, de derrière en avant, la moelle alongée, vont former au-delà deux gros faisceaux destinés à constituer le cerveau , et qui sont appelés, à cause de cela , les pédoncules du cerveau. En

i5o FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.

fendant , en effet , de devant en arrière , les fibres transversales du pont de Yarole, et les relevant de droite et de gauche, on voit qu'au-dessous d'elles se continuent les pyramides antérieures et les cordons olivaires qui les coupent à angle droit, et qui vont former, les premières, la partie antérieure et externe des pédoncules cérébraux, et les seconds, la partie postérieure et interne de ces pédoncules. Seulement, dans ce trajet, les fibres blanches de ces pyramides et de ces cordons olivaires se trouvent mêlées à de la substance grise, et ces faisceaux ont pris plus de volume et se sont dirigés un peu en dehors. De même, selon Rolando y les cordons antérieurs delà moelle vont, au-delà de la moelle alongée, se terminer dans la partie du cerveau qu'on appelle la couche optique. Enfin, selon MM. Zau7'e/zce£ et Meyranx , ce faisceau intermédiaire aux pyramides antérieures et aux corps restiformes, et qu'ils ont appelé faisceau de l'infundibulum, dépasse également la moelle alongée, arrive entre les deux pédoncules cérébraux, donne là insertion au nerf de la troisième paire, et va se terminer aux tubercule^ pisiformes du cerveau. Ainsi , tous les cordons qui composent la moelle spinale et le bulbe rachidien traversent la moitié supérieure de la moelle alongée, et se prolongent au-delà jusque dans le cerveau. Si, dans cette moitié supérieure, ils n'ont pas toujours été reconnus , c'est qu'ils y sont recouverts par des filaments médullaires particuliers, qui semblent sortir des fibres transverses de la protubérance , et qui , à raison de leur disposition en arcades, ont été appelés, par Rolando, filaments arciformes.

£. Le cerveau est la portion la plus considérable de l'encéphale , celle ([ui en occupe toute la région antérieure et supérieure, et qui remplit toute la cavité du crâne, du front aux fosses occipitales supérieures, jusqu'à un repli particulier d'une des membranes propres de l'encéphale, la dure-mère 3 appelé la fewfe du ceivelet. Avant d'exposer , comment il paraît une provenance , une continuation de la moelle alongée , il est nécessaire d'en donner une description exclusivement topographique en quelque sorte , c'est-à-dire d'indiquer ce qui apparaît à son extérieur et à son intérieur.

AXE CÉllèBUO-SPINAL. l5l

Ainsi, 011 connaîlra, de nom au moins, les diverses parties que les anatomistes y ont signalées.

Le cerveau a la forme d'un ovale, plus gros en arrière. Sa surface externe présente des éminences ondulées, qu'on a appelées circonvolutions , parce qu'on les a comparées aux contours de l'intestin , et qui sont séparées par des enfoncements appelés anfractuosités . Le nombre et le volume de ces circonvolutions sont très variables, du moins chez l'homme , car chez les autres mammifères , elles otTrent plus de constance ; cependant leur profondeur est toujours à peu près la même , d'un pouce à un pouce et demi. Une couche de substance grise, épaisse de deux lignes, revêt cette surface. En haut, un sillon , où est placé un autre repli de la membrane dure-mère, appelé faulx du cerweau^, sépare l'organe en deux moitiés, appelées hémisphères , excepte dans le milieu, où ces deux hémisphères sont réunis par une lame blanche, appelée le corps calleux ou mésolohe. En bas , chaque hémisphère parait partagé en trois lobules ; un antérieur, reposant sur la voûte orbitaire ; un temporal, remplissant les fosses moyennes et latérales de la base du crâne, et séparé du précédent par un enfoncement considérable , qu'on appelle la scissure de Sylvius ; et un postérieur, occipital , soutenu par la tente du cervelet. La moelle alongée partage ce côté, qui est la base du cerveau, en deux parties fort distinctes , qui ollrent chacune des objets particuliers. Dans la partie qui est en devant , on voit d'arrière en avant : i^ les pédoncules cérébraux , qui sont la continuation des faisceaux constituants de la moelle spinale et du bulbe rachidien , et que nous verrons former chacun un, des hémisphères du cerveau. Dans leur intervalle, est un enfoncement qui n'est autre chose que le sillon antérieur de la moelle spinale , devenu plus profond à cause du développement qu'ont acquis ces pédoncules du cerveau, qui ne sont que les cordons antérieurs de la moelle devenus plus gros, et à cause de leur écartement. 2" Entre les extrémités antérieures de ces pédoncules , deux renflements demi sphériques, àlls les éminences mamillaires y ou tubercules pisiformes, ceux où nous avons vu se terminer le faisceau de

3 52 FONGTlOiN^ DE LA SENSIBILITÉ.

l'infundibiilum de MM. Laurèncet et Meyranx, parties qui sont exclusives à l'espèce iiumaine, qui ont la forme et le volume d'un pois, et sont formées de substance nerveuse hlanclie à l'extérieur, et de substance grise à l'intérieur. 3° Ce qu'on appelle la tige pituitaire , Vinfundihu^ lum , prolongement mou^ de couleur rougeàtre , solide selon les uns, creux selon les autres, se terra iuant par son sommet à un corps arrondi, mollasse, situé dans la selle turcique du sphénoïde, et appelé la ^/«nJepzfuzfazVe , ou hipophyse cérébrale. 4° Ce qu'on appelle le cliiasma des nerfs optiques ^ c'est-à-dire une partie où les deux nerfs de ce nom se réunissent, 5o Enfin , une la memembraneuse assez solide, constituant le plancber d'une cavité intérieure du cerveau , appelée le troisième ventricule. De cetle lame saille une éminence grisâtre, qui se continue en devant avec le corps calleux , et qu^on appelle le tuher cinereum. Tous ces objets sont sur la ligne médiane. Latéralement , à la face inférieure du lobe antérieur, se voit un sillon dirigé d'arrière en avant , de dehors en dedans, dans lequel est logé le nerf olfactif. A l'extrémité de ce sillon , est un tubercule , qui n'est que rudimentairecbez rhomme , mais qui, chez certains animaux, égale en volume le reste du cerveau, d'où, naît le nerf olfactif, et qu'on appelle le tubercule , ou lobe olfactif. Dans la partie qui est en arrière de la moelle aiongée , se voit , selon Bi.cliat , une grande fente que cet anatomiste a appelée grande fente cérébrale^ et par laquelle deux des membranes propres de l'encéphale, l'a/v/cAnoic/e et la pie-mère ^ pénètrent dans les cavités intérieures du cerveau.

Dans rintérieur du cerveau , sont un plus grand nombre de parties, auxquelles les anatomistes ont donné des noms particuliers, bien que plusieuî^s de ces parties peut-être ne soient que le produit des coupes qu'ils ont pratiquées dans cet organe. En voici l'énumération, en commençant par cellesqui sont sur la ligne médiane , et en procédant de haut en bas. i'' Entre les deux hémisphères, une longue et large bande blanche quadrilatère , située horizontalement entre les deux, et les unissant l'un k l'autre, appelée le corps calleux, ou mésolobe. Les fibres qui formrnt ce corps calleux, trans-

AXE CÛnÉDRO SPINAL. i.>3

versales dans sa partie moyenne, sont au conlraire dirigées d'avant en arrière et de dehors en dedans à son extrémité antérieure^ et d'arrière en avant et de dehors en dedans à son extrémité postérieure ; cela tient à ce que ce corps calleux se recourbe en avant et en arrière sur lui-même. i^ Ce quon a appelé le centre o'^cde de Vieussens ^ produit d'une coupe du cerveau pratiquée à la hauteur du corps calleux; ou bien, selon M. Chaussien, ce corps calleux lui-même, dégagé des hémisphères qui le recouvrent en partie , et vu dans sa totalité. 3» Le septum lucidum -, ou médian , cloison nerveuse , située perpendiculairement au-dessous du corps calleux , séparant deux cavités situées dans l'un et l'autre hémisphère du cerveau , et appelées les ventricules latéraux', il est formé de deux lames qui laissent entre elles un vide qu'on appelle le cinquième 'ventricule. 4° La 'voûte à trois piliej^s , ovitrigone cérébral, lame nerveuse plane, située horizontalement au-dessous de la précédente; continue sans interruption , en haut et en arrière avec le corps calleux , en devant avec le septum lucidum ; de forme triangulaire, et formant la paroi supérieure de la cavité du cerveau appelée le troisième ventricule. L'extrémité antérieure de cette lame en est appelée le pilier antérieur; elle se partage en deux cordons, lesquels se portent en divergeant^ d'abord de haut en bas, puis d'avant en arrière, font ainsi une courbure dont la convexité est tournée en devant, et vont se terminer dans les éminences mamillaireSf qu'on doit considérer comme en faisant partie. Derrière cette extrémité, est une ouverture ovalaire, par laquelle les ventricules latéraux communiquent avec le moyen ou troisième ventricule. Son extrémité postérieure se partage aussi en deux faisceaux , qu'on appelle ses piliers postérieurs , dont l'un se continue avec ce que nous verrons être appelé la corne aJmmon, et l'autre avec le coij>s frangé. A cette partie postérieure, sont quelques stries, quelques lignes saillantes, plus ou moins obliques les unes sur les autres, auxquelles on a donné le nom de Ijre^ Cette voûte , nonseulement unit les deux hémisphères du cerveau l'un à l'autre, mais établit une communication entre les par-

lies aniérieure et postérieure de chaque hémisphère. 5" Audessous de la voûte à trois piliers et en arrière, est un petit corps arrondi , grisâtre , du volume d'un pois, appelé glande pinéale , épiplijse cérébrale, ou le conarium, qui, recouvrant la face supérieure des tubercules quadrijumeaux antérieurs, délache en arrière une lame qui se jette dans le point de réunion de la paire antérieure de ces tuberbules quadrijumeaux, et qui tient en avant par deux cordons médullaires aux couches optiques entre lesquelles il est situé. Dans son intérieur est une petite cavité; et dans sa substance, à partir de la sixième ou septième année de la vie, sont toujours quelques petites concrétions. 60 Enfin, une cavité située au-devant de la glande pinéale, alongée en avant, dirigée horizontalement, et appelée le ventricule moyen, ou le troisième a.^entricule. Ce ventricule a son fond très près delà base du cerveau, et formé par ]a lame nerveuse qui unit les pédoncules du cerveau et les éminences mamillaires. En haut, il est couvert par la voûte à trois piliers , et sur les côtés, borné par ce que nous verrons être appelé les couches optiques. En devant et en arrière, il est borné par deux bandelettes en forme d'arcs, passant d'un hémisphère à l'autre, et nommées commissures antérieure et postérieure. En avant et en bas, il oiïre une petite ouverture ^ appelée liulve , sur les côtés de laquelle est la communication de ce ventricule avec les ventricules latéraux. En arrière, et au-dessous de la commissure postérieure, se trouve une autre ouverture , appelée anus , et qui est Forifîce antérieur d'un canal appelé aqueduc de Syhius, qui aboutit au quatrième ventricule, celui du cervelet. Enfin, comme ce troisième ventricule communique largement avec le dehors, sous l'extrémité postérieure du corps calleux , au-dessus et au-devant de la glande pinéale, par une ouverture qui forme le milieu de la grande fente cérébrale, dont nous avons parlé d'après Bichat , il en résulte qu'il y a en cet endroit, qui est à peu prèo le milieu de l'encéphale, un ])0Înt où la face externe du cerveau se continue avec l'interne.

Sur les côtés, chaque hémisphère cérébral présente dans

AXE CÉRiBRO-SPmAL. l5S

son intérieur une grande cavité, appelée ^ventricule latéral, que tapisse un prolongement de la membrane araclinoïde , qui, de plus, contient un prolongement de la pie-mère, appelé plexus choroïde, et dans laquelle on a distingué diverses parties. La forme de cette cavité, qui est alongée de devant en arrière, est assez difficile à déterminer. Chaque ventricule paraît formé de deux moitiés , qui sont continues, mais distinctes par leur direction; l'une, supérieure, plus près de la surface supérieure du cerveau, et courbée de manière à présenter une convexité en dedans et une concavité en dehors; l'autre , inférieure;, plus voisine de la base du cerveau , courbée en sens inverse , c'est-à-dire faisant une convexité en dehors, et une concavité en dedans. Au point tî'union de l'une et de l'autre, est une petite cavité accessoire, appelée cavifé digitale. Dans la moitié supérieure, appelée encore corne antérieure du ^ventricule , se voient : 1^' en avant, deuxéminencespyriformes, d'un gris brunâtre^ et qui, à cause de leur formation par un assemblage découches alternatives des substances nerveuses blanche et grise, ont été appelées cojys striés. 20 En arrière, deux corps médullaires blanchâtres, appelés couches optiques , placés au-devant des tubercules quadrijumeaux, et enveloppant les extrémités antérieures des pédoncules sérébraux. Ces •'deux couches optiques sont en dedans réunies l'une à Tautre par un cordon arrondi, appelé commissure molle; et leur face postérieure est manifestement partagée en trois tubercules arrondis , dont les deux plus externes sont appelés corps genouillés , interne et externe , et communiquent, le premier avec les tubercules quadrijumeaux antérieurs, et le second avec les tubercules quadrijumeaux postérieurs. 30 Entre ces deux corps, corps striés et couche optique, dans un sillon qui les sépare, une espèce de cordon médullaire blanchâtre, demi transparent, appelé bandelette demi circulaire, commençant en avant aux environs du pilier antérieur de la voûte avec lequel elle a toujours des connexions , et se recourbant en arrière , en bas et en dehors^ pour se perdre dans l'autre moitié du ventricule , la moitié inférieure. Dans celle-ci, qui est appelée co/Vic latérale ou

ï56 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.

descendante du ventricule , à sa face inférieure, sont : io La terminaison des piliers postérieurs de la voûte , qui , recouverts ici par une dépendance de la pie mère, qu'on appelle les plexus choroïdes , et appuyés sur ce que nous verrous eLre appelés les cornes d^ Ammon , ont reçu ici le nom de corps frangés. 20 pjus en dehors , deux prolongements médullaires recourbés sur eux mêmes, et qui, à raison de leur forme, ont été appelés cornes d'Ammon, ou les pieds d'hippocampe. Quelquefois , en arrière de ces cornes d'Ammon, est une autre éminence , appelée Vaccessoiî^e du pied d'hippocampe, ou le cuissart; coDime à côté du corps frangé, mais plus en dedans et en arrière , se trouve aussi un faisceau analogue^ ap^^elé le cojys denté. Enfin, dans la cavité digitale , appelée encore corne postérieure du ventricule latéral, existe une éminence plus ou moins saillante , en forme de mamelon, appelée éminence unciforme , ou V ergot.

Telles sont les nombreuses parties que les anatomistes ont distinguées dans le cerveau , en n'ayant égard qu'à leur forme et à leur apparence. Mais depuis quelques années, l'étude anatomique de cet organe a pris une direction plus philosophique : on s'est attaché surtout à saisir les connexions de ces parties entre elles, et particulièrement à découviKr comment le cerveau entier est une provenance, une continuation , un développement des faisceaux nervêuï que nous avons vu former la moelle spinale et la moelle alongée. 11 est certain, en effet, qu'il n'est que la partie antérieure de ces moelles, développée et déployée. Nous avons vu déjà les pyramides antérieures et les corps olivaires traverser de part en part la moelle alongée , et venir au-delà former les deux gros faisceaux appelés \es pédoncules ducer- ^eau. Ce nom est des plus convenables, car ces pédoncules sont bien évidemment les faisceaux originels du cerveau; on peut facilement les voir en produire toute la masse; et voici comment M. Ga// expose cette formation. Le pédoncule dii cerveau se porte vers l'hémisphère cérébral de son côté , en grossissant toujours de plus en plus; de même que les faisceaux primitifs dont il résulte, avaient de même pris de plus en plus du volume en traversant la moelle alongée. Ce

AXE CÉRÉBRO-SPINAL. i^j

grossissement est dû à de la matière nerveuse grise qu'il contient dans son intérieur, matière grise qui , selon M. Ga//, est celle qui partout produit , engendre les filets médullaires. Arrivé à l'iiémisphère, la partie antérieure et externe de ce pédoncule, qui est formée par la pyramide antérieure, aussitôt s'épanouit en fibres divergentes , qu'on peut suivre jusques dans les circonvolutions inférieures et internes du lobe moyen du cerveau, et dans les circonvolutions inférieures, antérieures et externes du lobe antérieur. Au contraire , la partie postérieure et interne , qui est formée par les cordons olivaires , s'enfonce d'abord dans la coucbe optique, s'y grossit beaucoup, et en ressort sous une forme radiée ; elle plonge ensuite dans le corps strié , où elle éprouve un semblable grossissement par l'addition de nouveaux filets; et enfin ^ s'épanouissant au-delà de ces deux corps en fibres divergentes , elle va former toutes les circonvolutions postérieures et supérieures du cerveau. Les couches optiques et les corps striés sont ce que M. Gall appelle des ganglions de renforcement , c'est-àdire des amas de matière grise destinés à fournir de noU' veaux filets médullaires; les' pédoncules du cerveau s'y sont grossis en les traversant , comme les jjyramides et les corps olivaires avaient grossi eux-mêmes en traversant la matière grise de la protubérance annulaire ; et les uns et les autres ont ainsi acquis assez de volume, pour pouvoir, en s'épanouissant , former toute la périphérie de la masse cérébrale jusqu'aux circonvolutions. En preuve de ces idées, M. Gall fait remarquer, qu'il y a toujours proportion de volume entre telles circonvolutions cérébrales et les parties qu'il dit destinées à former ces circonvolutions ; par exemple , entre les circonvolutions inférieures et internes du lobe moyen, inférieures, antérieures et externes du lobe antérieur d'une part, et la pyramide, et la partie antérieure et extei'ue du pédoncule du cerveau, qui n'est que la pyramide renforcée, de l'autre : dans les animaux, où ccscirconvolutionssontpctites,les pyramides et la partie delà cuisse du cerveau qu'elles forment, sont petites aussi, et 'vicevcrsd.W y a de même proportion de

.l58 FONCTIOT^ DE LA. SENSIBILITÉ.

volume entre les corps olivaires, les couches optiques et les corps striés, toutes parties destinées à former les circonvolutions postérieures et supérieures du<îerveaUj et ces circonvolupostérieures et supérieures. Ainsi, les pédoncules cérébraux se sont épanouis en une véritable membrane qui se prolonge Jusqu'aux circonvolutions; et celles-ci sontle produit de plusieurs des parties nerveuses qui sont situées dans l'intérietir de l'organe. Quant aux autres parties intérieures, voici comment M. Gall en explique la formation. On sait que les circonvolutions sont recouvertes extérieurement par une couche «de substance grise. Or, de cette couche de substance grise partent, selon M. Gall, d'autres filets qui croisent les premiers, retournent vers l'intérieur, et se réunissent sur la ligne médiane avec de semblables, provenant des mêmes parties du côté opposé. Ces points de réunion sont ce que M. Gall appelle des commissures ', et telles sont, selon lui , îes parties désignées sous les noms de "voûte a trois piliers , de commissures antérieure et postérieure , de corps calieux^ etc. ; la première est la commissure des circonvolutions postérieures du lobe moyen ; le pilier postérieur Je cette voûte est la commissure des circonvolutions du lobe postérieur; les commissures antérieure et postérieure , celles des circonvolutions antérieures du lobe moyen ; le corps calleux enfin , la commissure de toutes les circonvolutions supérieures des hémisphères. Pour preuve, M. Gall c'iie toujours le même fait , savoir, qu'il y a proportion de volume entre chacune de ces commissures, et les circonvolutions particulières qu'elles réunissent; le corps calleux, par exemple, est toujours en proportion des hémisphèi'es ; gros chez l'homme, où les hémisphères sont gros, il est petit ou même manque tout-à-fait chez les animaux, selon que les hémisphères sont petits ou manquent eux-mêmes. Toutefois, il résulte de là que M. Ga// admet dans le cerveau deux sortes de fibres : les unes divergentes, procédant des pédoncules cérébraux aux circonvolutions, et constituant ce qu'il appelle les appareils de formation : les diUXves convergentes, procédant des circonvolutions au. centre de l'organe, et con-

AXE CÉRÉERO-SPmAL. i 5 f)

stituant ce qu'il appelle les appareils de réunion; les premières constituent clans leur ensemble une membrane, et forment les organes des facultés de l'àme et deTesprit; les secondes sont des commissures qui unissent sur la ligne médiane les parties doubles et paires de l'organe. Les circonvolutions, enfin, sont les terminaisons des premières, le point d'origine des secondes , et M. Gall dit qu'on peut les déplisser, et réduire ainsi le cerveau à une grande membrane nerveuse. Ces circonvolutions, en effet, ne sont plus pour lui une simple disposition mécanique , ayant pour but de faire pénétrer la pie-mère et ses vaisseaux dans la substance du cerveau : elles sont les extrémités dernières des faisceaux divergents qui , ayant plus de longueur que le crâne n'a de capacité, se sont repliés sur eux-mêmes, pour pouvoir y être contenus : ces faisceaux se sont accolés dans chacune, de manière à former deux lames , qui apposées lune à l'autre dans le sens'de la ligne médiane de la circonvolution, de sa b£3e à son sommet^ et agglutinées là par un tissu cellulaire très fin, peuvent être séparées: et alors la circonvolution disparaît , et est remplacée par une expansion membraniforme. La considération des hydrocéphales est ^ ce qui le mit sur la voie de découvrir cette structure. Remarquant que souvent ces hydrocéphales conservent

ipide^ et ne paraît tion la substance du cerveau; observant enfin que les parois de la cavité ou la sérosité est amassée sont lisses intérieurement, sans aucune trace de déchirure, et qu à son extérieur existe de même la substance grise du cerveau,. M. Gatl conjectura que dans les hydrocéphales les circonvolutions n'étaient que déplissées, il essaya alors d'obteinr artificiellement ce même déplissement, et il y est parvenu. On a d'abord^ dit-il, à vaincre l'adhérence qui unit entre elles, vers les ventricules , les fibres rentrantes et les fibres sortantes; mais cette adhérence une fois vaincue, la séparation se fait ensuite avec facilité , et tout l'intérieur

ï6o FOîfCTION DE LA SENSIBILITÉ,

rlu cerveau est réduit à une large menabrane blanclie ( i ) . Ailleurs , nous traiterons de cette autre idée de M. Gall , que le cerveau n'est pas un seul organe , mais un groupe de plusieurs systèmes nerveux divers, affectés cliacun à la production d'un acte moral spécial.

Ces idées de M. Gall sur la structure du cerveau , ont reçu, à peu de différences près, l'assentiment de presque tous les anatomistes. Par exemple, nous citerons J.-F. Meckel , qui compose de même le pédoncule cérébral des faisceaux qui formaient la moitié antérieure de la moelle spinale et de la moelle alongée , et qui poursuit aussi ces faisceaux jusque dans le cerveau. Selon lui, ces faisceaux, d'abord^ traversent la couche optique, à l'exception de ceux qui sont au côté externe du pédoncule, lesquels se réflécliissent aussi tôt en arrière. Au-delà, ils forment comme un demicercle se déployant en éventail , et constituent ce que Reil a appelé la couronne rayonnante. Après ^ ceux d'entre eux qui sont postérieurs et moyens, ce sont les moins nombreux , se portent en dehors et en arrière, et forment la plus grande partie de la masse des lobes cérébraux postérieur et moyen. Les antérieurs au contraire, qui sont les plus considérables, traversent le corps strié, et vont au-delà former le lobe antérieur du cerveau. Enfin, selon Meckel , comme selon M. Gall, les circonvolutions résultent de deux lames appliquées l'une contre l'autre , et peuvent

(i) Selon M. Gall, on peut de même épanouir une circonvolution isoîe'e, qn^on a coupée horizon lalemcnt à sa base ; et alors on voit que ses parois internes sont lisses, sans déchirure^ on y reconnaît la direction perpendiculaire des fibres, et un siilon qui conduit les vaisseaux jusqu'au sommet de la circonvolution. Cette se'paration s'obtient avec plus de facilite', quand ou a pris soin de faire durcir préalablement la circonvolution dans de l'alcool ou un acide , ou de la faire bouillir dans l'huile : on réussit alors à l'opérer par les moyens mêmes les plus délicats , comme par une insuflatiou d'air, ou l'injection d'un petit filet d'eau, dirigées dans le sens médian delà circonvolution 5 et comme celte séparation ne s^opère que dans ce sens , et ne peut être effectuée dans les autres , il est impossible de la considérer comme une déchirure , on comme l'effet d'uue violence.

AXE CÉRÉBRO-SPINAL. iQi

être déplissées. Nous citerons encore; Rolando, que nous avons vu prolongerles faisceaux antérieurs de la moelle jusque dans les couches optiques , et qui , en 1 809, en Sardaigne, a publié une description anatomique du cerveau presque dans les mêmes vues; Tiedemann , qui dit que les pédoncules cérébraux, après avoir traversé la couche optique et le corps strié, se répandent en rayonnant dans la membrane des hémisphères , ensuite se recourbent de dehors en dedans pour envelopper les ventricules et constituer le corps calleux ; et enfin, dans notre France, MM. Serres et Desmoulins. M. Serres présente aussi les pédoncules cérébraux comme les cordons primitifs de l'encéphale ; il les montre, franchissant la couche optique , formant au-delà une gerbe de faisceaux médullaires qui traversent en partie le corps strié , et constituant enfin une grande membrane rayonnante qui tapisse l'intérieur de ce qu'il appelle la coquille du cerveau ; les circonvolutions , qui sont à la surface de celle-ci , ne sont aussi, selon lui, que le relief des lames pîissées de l'intérieur des hémisphères, que la terminaison des pédoncules cérébraux; et ne servent ici, comme ailleurs , qu'à multiplier l'étendue des surfaces neiTCUses. Enfin, M. Serres admet, comme M. Gali, des commissures: les unes, qu'il appelle similaires, destinées à unir les parties congénères des deux hémisphères, comme les commissures antérieure et postérieure, la commissure molle, le corps calleux, etc.: les autres, qu'il appelle dissimilaii^es , qui servent à unir les parties d'un même hémisphère; comme la bandelette demi circulaire, qui , selon lui, met en rapport les parties postérieures des hémisphères avec les piliers antérieurs de la voûte et le corps calleux: la voûte à trois piliers, qui réunit les principales parties de la région inférieure de chaque hémisphère, etc. M. Desmoulins dit de même que les faisceaux constituants de la moelle alongée traversent la couche optique, le corps strié, et sortent de ce dernier en éventail , pour aller former une membrane dont le plissement produit ce qu'on appelle les circonvolutions; une fois , il a pu déplisser celles d'un hémisphère et les étendre en une surface de douze pouces de long, et de huit de large. Tome I. 1 1

i62 FONGTIOTf DE LA SENSIBILITÉ.

Cependant, si presque tous les^anatomistes ont été d'accord sur le système des fibres divergentes, il n'en a pas été de même sur celui des fibres rentrantes. Beaucoup d'entre eux , MM. Tiedemannei Serres , par exemple, pensent que ces dernières ne sont pas distinctes des premières, et ne sont que la continuation des fibres divergentes, qui se sont contournées pour venir se réunir sur la ligne médiane , afin de faier communiquer les parties paires de l'organe. C'est ce que croient aussi MM. Laurencet et Mejranx , dont nous exposerons les idées après avoir parlé du cervelet.

C. Le cen^elety la troisième partie de l'encéphale, occupe les fosses occipilales inférieures, toute la j)artie de la cavité du crâne qui est au-dessous de ce repli de la duremêre , appelé la tejite du cervelet. Il faut aussi en donner une description topographique , avant que d'exposer ses connexions avec la moelle alongée, qui intermédiaire, et à la moelle spinale en bas , et au cerveau en haut et en avant, et au cervelet en haut et en arrière^ semble être le centre de tout l'axe cérébro-spinal.

Le cervelet , ainsi nommé parce que son volume est beaucoup moindre que celui du cerveau , a la forme des fosses postérieures de la base du crâne dans lesquelles il est situé; on a comparé cette forme à celle de deux sphéroïdes déprimés, placés à côté l'un de l'autre, sur un plan horizontal, et confondus par une partie de leur surface. Son contour est partout arrondi. Plus grand en travers que dans toutes ses autres dimensions , il est aplati , mince sur ses bords, et, au contraire, s'élève à son milieu. Il est aussi partagé en deux hémisphères, mais moins manifestement que le cerveau ; entre les deux hémisphères , se trouve une partie ;, dite moyenne , qui est la seule à laquelle est réduit le cervelet en certains animaux. A l'extérieur, il a une cou- "* leur grisâtre , et présente une foule de sillons, presque aussi profonds que les anfractuosités cérébrales, entre lesquels s'enfonce la pie-mère, et qui, divisant sa substance, sont la séparation d'autant de lames. Celles-ci, épaisses de deux lignes, font saillie entre les sillons, sont placées régulièrement de champ les unes contre les autres d'une manière

AXE CKRfiBRO-SPINAL. l63

concentrique, et font des courbes dont la concavité est en avant, et qui sont d'autant plus étendues qu'elles sont plus en arrière de l'organe , et d autant plus courtes qu'elles sont plus en avant. Chaque liémisplière présente ordinairement à sa surface de soixante à soixante-dix de ces lames, trente à trente-cinq à la face supérieure , et autant à la face inférieure. Ces lames ne sont pas simples, mais elles se subdivisent profondément, donnent naissance à d'autres lames secondaires bien plus nombreuses, et partagent le cervelet en plusieurs lobules fascicules. Les anatomistes varient 6ur le nombre de ceux-ci ; tandis que M. Chaussier en admet seize, cin.c[ supérieurs , deux postérieurs et neuf inférieurs , Meckel n'en reconnaît que douze , deux à îa face supérieure de cbacun des deux hémisphères , et quatre à leur face inférieure. Le cervelet, à sa face supérieure , offre, lo sur la ligne médiane, une saillie alongée, appelée éminence njermiculaire supérieure , et dont le point le plus élevé est appelé le monticule. Cette éminence est formée par l'entrecroisement réciproque des lames dont est composé chaque hémisphère ; de son extrémité antérieure ^ elle détache une lame nerveuse, appelée valvule cérébrale , qui, placée entre les deux prolongements que les tubercules quadrijumeaux postérieurs envoient au cervelet, s'étend jusqu'à ces tubercules postérieurs ; 20 sur les côtés, deux portions planes , obliquement dirigées en arrière et en dehors, recouvertes par la tente du cervelet, qui sont les faces supérieures des deux hémisphères. A sa face inférieure il présente, i» sur la ligne médiane, un enfoncement profond, qui loge en devant le commencement de la moelle spinale, ou mieux, le bulbe rachidien, et qui, en arrière, est partagé en deux par une éminence assez volumineuse, appelée éminence vermiculaire inférieure. Ces deux éminences, vermiculaire supérieure et vermiculaire inférieure , constituent la partie du cervelet dite moyenne , par opposition aux deux masses latérales qui sont les hémisphères, partie moyenne que nous avons dit être la seule qui existâj: en certains animaux , et qui, dans la série des animaux, est toujours développée en raison inverse des hémisphères. Elle est formée aussi

l64 FOî^CTION DE LA SENSIBILITÉ.

(le lames, mais qui sont transversales au lieu d'être courbes et convexes en arrière , comme le sont celles des liémis pli ères. 20 Sur les côtés, deux portions convexes, qui répondent aux fosses occipitales inférieures , et qui sont les faces inférieures des hémisphères. Le cervelet, dans sa circonférence, répond; en avant, à la moelle alongée, qui se continue avec lui par ses faisceaux postérieurs ou corps restiformes; sur les côtés, aux gouttières latérales et pétreuses supérieures du crâne; et en arrière, à la crête occipitale interne. De ce côté, est une échancrure marquant la division de l'organe en deux hémisphères , et dans laquelle s'engage un repli de la dure-mère, appelé yaii/^r du cervelet. Enfin, le cervelet tient par trois prolongements de chaque côté à la moelle alongée , savoir : un en avant et en bas , qui est la continuation du corps restiforme , ou pédoncule inférieur du cervelet; un autre en avant et en haut, qui vient de la paire postérieure des tubercules quadrijumeaux , et est appelé \e pédondule supérieur du cervelet; enfin, un troisième en bas et sur le côté , qui va former les fibres transversales du pont de Yarole, ou protubérance annulaire , et est appelé le pédojicule moyen du cervelet. Ces trois pédoncules sont réunis en un tronc commun quand ils sortent du cervelet, ou quand ils le pénètrent. Quant à la structure du cervelet, cet organe extérieure-ment , est revêtu partout, si ce n'est à la face inférieure qui correspond au quatrième ventricule, de substance grise qui enveloppe toutes ses lames jusque dans la profondeur des sillons qui les séparent. Intérieurement, au contraire , il est formé par de la substance blanche qui , non-seulem.ent se continue dans chacun des trois prolongements connus sous le nom de pédoncules^ mais encore se prolonge dans toutes les lames et leurs divisions entre les deux couches de substance grise qui les revêtent. De là résulte que dans l'intérieur du cervelet sont simulées des arborisations dont le tronc est blanc , et la périphérie grisâtre; et l'apparence de ce genre , qu'on obtient par une coupe verticale d'un des hémisphères du cervelet, constitue ce qu'on appelle Vai'bre de vie. Cependant, dans la masse de substance blanche qui forme le centre de chaque hémisphère.

AXE CÉRÉBRO-SPINAL. i65

se distingue un corps oblong, médullaire à Tintérieur, entouré d'un rebord gris dentelé, et quW appelle le corps dentelé ou rhomhoïdal du cervelet. On va voir que ce corps, qu'on avait dit déjà être au cervelet ce que le corps dentelé des olives est aux éminences de ce nom, sera présenté par M. Gall comme un ganglion de renforcement ayant la plus grande part à la production du cervelet. Enfin , le cervelet, qui, dans l'homme , est recouvert par la partie postérieure du cerveau, recouvre à son tour la moelle alongée , et constitue avec celle-ci une cavité appelée le quatrième ventricule. Ce quatrième ventricule, formé en haut par le corps du cervelet, en bas par la moelle alongée, et sur les côtés par les corps restiformes , présente en bas et en arrière cet angle appelé sinus rhomboïdal , oucalanius scriptorius ^ qui est le point où a commencé l'écartement des deux faisceaux postérieurs de la moelle, et où a fini le canal qui existait primitivement dans cette moelle. En avant, il communique avec le troisième ventricule du cerveau^ par un petit canal 2i^^e\é aqueduc de Sylvius.

Venons maintenant à la manière dont les anatomistes actuels font provenir le cervelet de la moelle alongée. M. Gall admet, dans cette partie de l'encéphale, la même structure que dans le cerveau, et par conséquent y reconnaît deux systèmes de fibres opposées par leur direction , les unes divergentes, et les autres convergentes, lo Les premières ont aussi pour point de départ un faisceau, le corps restiforme ^ nommé aussi, et avec raison, pédoncule du cery^eîtt ^ puisqu'il en est vraiment l'origine. Ce faisceau se dirige vers l'hémisphère du cervelet , s'y plonge , et après quelques lignes de trajet dans son intérieur , y rencontre le corps dentelé ou rhomboïdal. Celui-ci, selon M. Gall y est un ganglion de renforcement , c'est-à-dire qu'il communique au corps resliforme de nouveaux filets, et par conséquent le fait grossir beaucoup. Comme preuve, cet anatomiste cite le rapport de volume qui existe toujours, selon lui, entre le corps restiforme, faisceau primitif, et le corps dentelé, ganglion destiné à renfoi-cer ce faisceau primitif, comme entre ces deux parties nerveuses, appareils (je formation du

2 66 FOîîCTiON DE L4l sensibilité.'

cervelet^ et la masse de ce cervelet : dans l'iiomme, où îe cervelet est fort gros , le corps restifbrme et le corps dentelé sont gros; dans les animaux^ qui ont le cervelet petit, les corps restiforme et dentelé sont petits. De ce corps dentelé, naissent alors des fibres en plusieurs faisceaux qui vont former tout l'organe. Un de ces faisceaux va s'unira un semblable du côté opposé sur la ligne médiane , et constitue le processus vermiforniis , cette partie moyenne du cervelet , que nous avons dit composer à elle seule, en certains animaux, tout l'organe. Les autres faisceaux, forment les niasses latérales ou les hémisphères f et sont généralement au nombre de sept^ ils produisent, par leurs divisions et subdivisions successives, ce qu'on a appelé V arbre de ojie ; arbre de vie qui , a peine marqué encore dans les poissons et les reptiles, l'est déjà davantage dans les oiseaux, se prononce de plus en plus dans les mammifères, et dans lequel on compte, cliez i'bomme , onze brandies très près du centre ; car ce nombre diminue à mesure qu'on s'éloigne de ce centre. Enfin , les fibres de tous ces faisceaux se dirigent en divergeant jusqu'aux circonvolutions du cervelet, qui sont formees.de la même manière que celles du cerveau , bien qu'on ne puisse pas les réduire de même par le déplissement en une expansion membraniforme. Voilà pour le système divergeant, ou de formation. 2^ D'autre part, de la substance grise qui revêt les circonvolutions, naissent d'autres filets qui, croisant les premiers^, vont se réunir sur la ligne médiane avec ceux qui viennent de l'autre bémispbèi^e , et forment des commissures destinée? à mettre en rapport les deux moitiés paii*es de l'organe. Ainsi est formé , par exemple, le pont de Tarole, partie rapportée mal à propos à la moelle alongée, miais qui est vraiment la commissure des bémispîières du cervelet, et qui est à ces hémisphères ce que le corps calleux est à ceux du cerveau. La grandeur de ce pont de Yarole est en effet proportionnelle au volume des liémispbères du cerveleLj plus petit chez les animaux dont le cervelet est petit, souvent sa moitié inférieure ou postérieure manque tout-àfait; et même chez les poissons , il manque en entier, parce que chez eux le cervelet est sans masses latérales, et réduit

AXG C/iRiBRO-SPIlNAL. iGy

au processus vermiformis. Yoilà le système convergent ^ ou de réunion; le pédoncule moyen du cervelet en fait partie, de même que le pédoncule inférieur était l'origine du système divergent; quant au pédoncule supérieur, il n'est, selon M. Gall , qu'un faisceau fibreux destiné à mettre en rapport les tubercules quadrijumeaux et le cervelet. On voit que c'est absolument le même système d'idées que pour le cerveau; et ces idées 'sont aussi adoptées par le plus grand nombre des analomistes actuels.

MM. Laurenceî et Meyranx ont récemment exposé une nouvelle dissection de l'encéphale, de laquelle il résulterait, non-seulement que le cerveau et le cervelet sont des développements des faisceaux constituants delà moelle, mais que les fibres qui les constituent sont partout continues , et qu'on peut les suivre depuis des faisceaux antérieurs du bulbe rachidien, qui en seraient l'origine, jusqu'aux faisceaux postérieurs de ce même bulbe , qui en seraient la terminaison. Si Ton fait, disent-ils, une coupe longitudinale sur le cerveau d'un poisson ou d'un reptile, on voit que la membrane blanche, formée par l'épanouissement des faisceaux antérieurs de la moelle, après s'être étendue jusqu'à la partie antérieure de Forgane, se dirige d'abord en haut, puis en arrière , va ensuite former le cervelet , et enfin vient se terminer dans les faisceaux postérieurs de la moelle. Ainsi, cette membrane représenterait une anse de substance blanche, dont la convexité regarderait en avaût, et qui aurait son extrémité originelle aux faisceaux antérieurs de la moelle, et son exti'émité terminale aux faisceaux postérieurs de cette même partie. Or, selon ces mêmes analomistes, l'encéphale des animaux supérieurs, celui de l'homme , est composé de même , sinon qu'il y a quelques replis de plus à la membrane encéphalique, et, en quelques points , décussation des fibres. Dans les oiseaux , par exemple, les pyramides antérieures , après s'être croisées au bulbe rachidien, vont s'irradier dans la membrane des hémisphères; cette membrane ensuite se replie de manière à présenter sa face extérieure ou corticale en dehors, et sa face médullaire

l68 FOJNCTION DE LA SENSIBILITÉ.

en dedans ; enfin , elle se termine par deux pédoncules , dont Fun descend dans les tubercules mamillaires , tandis que l'autre gagne les analogues des tubercules quadrijumeaux , c'est-à-dire les lobes optiques, les revêt, s'entrecroise avec celui du côté opposé sur l'aqueduc de Sylvius, et enfin descend au cervelet et de là aux faisceaux postérieurs de la moelle. Dans les mammifères , et, par conséquent, dans l'homme, les pédoncules cérébraux, après avoir traversé la couche optique , et s'être irradiés sous le corps strié , se portent sous forme de membrane à la masse des hémisphères ; mais aucunes de leurs fibres ne se terminent à la périphérie de l'organe; elles se retournent pour venir converger vers le corps calleux, où elles s'entrecroisent avec celles du côté opposé ; de là , elles vont tapisser la face interne de l'autre hémisphère, d'où elles descendent au trigone par la lame correspondante du septum lucidum. Tandis que les piliers antérieurs de ce trigone résultent évidemment de ce premier ordre de fibres , les piliers postérieurs de cette même partie sont formés par celles des fibres qui, dirigées plus en arrière , n'ont pas constitué le corps calleux , mais bien ce qu'on a appelé les corps frangés et les cornes d'Ammon, De ce trigone, ou voûte à trois piliers^ partent alors des filets médullaires bien distincts , dont les uns descendent directement aux tubercules mamillaires , tandis que les autres se portent dans les tubercules quadrijumeaux. Ceuxci , par les processus cerehelli ad testes , ou pédoncules supérieurs du cervelet, que MM. Laurencetet Meyranx veulent qu'on appelle plutôt processus testium ad cerehellum , gagnent le cervelet. Enfin, à cet organe, les fibres d'un hémisphère passent à l'hémisphère opposé en se croisant à la protubérance annulaire , et vont se terminer aux faisceaux postérieurs de la moelle. Selon ces anatomistes, le corps calleux, le pont de Yarole, ne sont pas des comm^issures , mais des points de décussation des fibres; celles-ci , dans leur trajet de leur origine à leur terminaison, ont subi deux entrecroisements, l'un au corps calleux, l'autre au pont de Varole; et ce dernier entrecroisement détruisant les ef-

fets du premier, il en résulte que les fibres de l'encépliale retournent au même côté de la moelle que celui où elles avaient pris leur origine.

Telles sont les principales idées émises par les anatomistes de nos jours sur la structure de l'encépliale , organe qui n'est pas complètement solide , mais qui renferme dans son intérieur plusieurs cavités appelées ventricules , et que nous avons eu soin de signaler. Ou a vu que ces cavités étaient multiples, au nombre de cinq, savoir: latéralement, les ventricules latéraux, un dans chaque hémisphère : et sur la ligne médiane de bas en haut , ou d'arrière en avant , le quatrième ventricule , entre le cervelet et la moelle alongée; le troisième ventricule , entre les couches optiques; et enfin le cinquième ventricule, dans l'épaisseur du septum lucidum. Tous ces ventricules, sauf le dernier, communiquent ensemble, et ne forment vraiment qu'une seule cavité dans l'encéphale , cavité que Mecket dit avoir la forme d'une croix, et qu'il appelle \di fis sure centrale. Le quatrième ventricule , en effet , qui n'est que la suite du canal qui a existé primitivement dans toute la longueur de la moelle spinale, communique par l'aqueduc de Sylvius avec le troisième, et ce troisième ventricule communique sur les côtés avec chacun des ventricules latéraux. Bichat place l'entrée de cette cavité intérieure du cerveau, à la grande fente cérébrale, qu'il a signalée à la base de l'encéphale, en arrière de la protubérance annulaire, et qui , bornée en haut par l'extrémité postérieure delà voûte et du corps calleux, et en bas par les tubercules quadrijumeaux et les couches optiques, aboutit au troisième ventricule. Il y fait pénétrer par cette fente, non-seulement la pie-mère qui y fait les plexus choroïdes , mais encore l'arachnoïde qui la tapisse. En parlant ci-après du fluide trouvé par M. Magendie dans 1 enveloppe la plus interne de l'axe cérébro-spinal , nous dirons que c'est dans le quatrième ventricule que ce physiologiste place l'entrée des cavités intérieures du cerveau.

Tout ce que nous venons de dire ne s'applique qu'à Tencéphaie de l'homme; et dans cet être , cet organe paraît net-

î7^ FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.

tement formé des trois parties appelées moelle alongée y cerveau Qlcervelet. Mais il n'en est plus ainsi, quand on considère la généralité des animaux vertébrés : l'encéphale alors apparaît sous des formes tellement variées, qu'il est difficile d'y déterminer ses analogies avec celui de l'homme. Dans quelques poissons , par exemple , il est composé d'une série de bulbes ou lobes , au nombre de cinq à six de chaque côté , placés d'arrière en avant à la suite les uns des autres , et dans lesquels il est difficile de spécifier les trois parties constituantes de l'encéphale humain. Cependant il était du plus haut intérêt de déterminer , au milieu de toutes ces variétés, quels étaient les véritables éléments constituants de l'encéphale ; et c'est ce dont les anatomistes et les zoologistes se sont beaucoup occupés dans ces derniers temps : ils en ont appelé surtout à deux sources de lumières, i^ Ils ont considéré les encéphales dans la série des animaux vertébrés j s'élevant de l'encéphale où l'organisation est la plus simple , celui des poissons, à celui où la structure est la plus compliquée , l'encéphale de l'homme ; et espérant ainsi saisir quelles parties de cet organe existent plus constamment , et par conséquent sont plus importantes, et quelles autres ne sont que des additions, des perfectionnement. 2 0 Ils ont étudié les encéphales dans les embryons et les fœtus, à toutes les époques de la vie fœtale, et dans toutes les classes d'animaux,' et comme Fencéphale d'un animal supérieur présente successivement dans ses évolutions , pendant les phases de sa vie embryonaire et fœtale , toutes les formes qui appartiennent à l'encéphale des animaux qui lui sont inférieurs dans l'échelle animale, l'embryologie est venue confirmer ce qu'avait appris l'anatomie comparative ; et des parties dont l'analogie avait été méconnue tant qu'on ne les avait examinées que dans les animaux de classes différentes, ont été reconnues identiques lorsqu'on a comparé ces parties dans l'âge de maturité des animaux inférieurs, et dans la vie embryonaire et fœtale dBs animaux supérieurs. La science doit beaucoup, sous ce rapport, en Allemagne à Tiedemann , et en France à MM. Serres et Desnwulins. M. Serres , excité par le prix que lui a de-

cerné, en 1821 , l'Académie royale des sciences sur l'aiiatomie comparative du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés , a composé sur ce sujet un important ouvrage : il y ramène les éléments de l'encépliale à quatre , qui sont;, d'arrière en avant , les tubercules quadrijameaax on lobes optiques, le cervelet, les hémisphères cérébraux ouïe cer^'eau, et les lobes olfactifs. Les tubercules quadrijumeaux ou lobes optiques sont le bulbe de terminaison de la moelle spinale ; se développant immédiatement après celle-ci , ils sont les premières parties de la masse encépha Jique qui apparaissent, non seulement dans l'ensemble des animaux vertébrés , mais encore dans la vie embryonaire de l'homme. Ils doivent être appelés lobes optiques, parce que les nerfs optiques se continuent avec eux, et que leur volume est en raison directe du volume de ces nerfs et des yeux. Ce nom surtout leur convient beaucoup mieux que celui de q uadrij urne aux , puisqu'ils ne se composent de quatre tubercules que dans l'homme et les mammifères , et que dans les trois autres classes des animaux vertébrés et dans les embryons de Thomme et des quadrupèdes , ils ne sont que bijumeaux. H est impossible de méconnaître qu'ils forment un élément spécial dans l'encéphale, quand on les voit, dans les poissons, constituer la plus grande masse de celui-ci , et qu'il en est de même dans la vie embryonaire de l'homme et des mammifères. Après eux , viennent le cervelet et le cerveau , qui avaient déjà été mis parmi les éléments constituants de l'encéphale, d'après l'anatomie humaine. Enfin l'axe cérébro-spinal se termine en avant par un lobe particulier, qui tantôt est assez distant des lobes cérébraux, avec lesquels alors il communique par un pédicule, qui tantôt au contraire est confondu avec eux, et qui est ce qu'on appelle le lobe olfactif. Fort petit chez les oiseaux , où à cause de cela il a été méconnu , également rudimentaire chez l'homme , où il est à peine la millième partie de Thémisphère cérébral , il augmente dans les mammifères, les reptiles; et dans les poissons osseux, son volume est tel qu'il égale les lobes cérébraux. Tout encéphale, selon M. Serres , se compose de ces quatres parties; mais

^72 FOKCTIOJN- DE LA SE^sSIBILITÉ.

chacune d'elles a, clans les diverses classes d'animaux , des degrés divers de développement. Les tubercules quadrijumeaux ou lohes optiques, par exemple, simples dans les animaux supérieurs , offrent au contraire le plus haut degré de complication dans les poissons; ils présentent dans ces animaux des tubercules particuliers appelés tory, qu'on avait pris pour les corps striés , les couches optiques du cerveau de l'homme, et qui les avaient fait assimiler aux hémisphères cérébraux ; ils sont dans cette classe d'êtres l'élément de l'encéphale qui domine. Le cervelet, dans les poissons osseux, les reptiles, est le plus petit possible, réduit à une petite languette mince formant une voûte audessus du quatrième ventricule, et constituée exclusivement par ce que nous avons appelé dans le cervelet de l'homme la partie moyenne , ou le lobe médian ; mais dans les oiseaux, les mammifères et l'homme, il s'est augmenté des hémisphères ou masses latérales , et sa surface s'est sillonnée de rainures qui l'ont divisé en segments. Les lobes cérébraux, ou le cerveau, dans les poissons , ne sont que rudimentaires; ils se réduisent à un globe solide, ou à une masse compacte , aplatie , sans cavité intérieure , et dans laquelle n'existent ni corps striés, ni couches optiques, etc. Dans les classes suivantes, ces lobes cérébraux ont acquis des dévelojDpements successifs; et enfin ils sont au maximum de leur perfectionnement dans les mammifères, qui seuls présentent des circonvolutions à la surface de l'organe, un corps calleux, etc. Enfin le lobe olfactif offre l'extrême de sa simplicité dans l'homme et les oiseaux, et celui de son perfectionnement dans les poissons, où nous avons dit qu'il constituait presque tout l'encéphale avec les lobes optiques. Ainsi chaque classe des animaux vertébrés offre des différences dans le degré de développement des éléments constituants de l'encéphale. Dans les poissons , il y a grand développement des lobes optiques et olfactifs; le cervelet ne se compose que de la partie moyenne , mais qui est assez développée ; et il y a atrophie , ou mieux état rudimentaire des lobes cérébraux. Dans les reptiles , les lobes optiques ont déjà un moindre développement, les lobes cérébraux ont

AXE CÉR/iBRO-SPINAL. 173

beaucoup acquis, et le cervelet et les lobes olfactifs sont tout-à-fait rudimen ta ires. Dans les ois eau oc ^ le cervelet et les lobes cérébraux sont les éléments les plus développés; le lobe olfactif existe à peine ; et les lobes optiques, au lieu d^être à la face supérieure de l'encépbale , sont déjetés sur les côtés", situés à la base de l'organe et recouverts par le cervelet. Enfin j dans les mammifères y les lobes optiques sont tout-à-fait étouffés sous le cervelet et le cerveau; et dans celui-ci existe une cavité intérieure, laquelle n'existe pas dans toutes les autres classes. En général , une cavité se développe en tout élément de l'encéphale , dès que celui-ci prend un grand développement et devient prédominant; et c'est ainsi que les tubercules quadrijumeaux , qui sont solides cbez l'homme , sont creux et avec un ventricule intérieur chez les poissons. Comme ces quatre éléments ont toujours la même structure aux premiers temps de la vie, dans les embryons de toutes les classes , il en résulte que , malgré les différences que leurs développements ont amenées plus tard, leurs analogies ont pu être reconnues. D'ailleurs, l'étude des monstruosités"a confirmé la justesse de toutes ces déterminations. Le plus souvent, en effet, ces monstruosités sont dues à ce qu'un organe a été ai'rêté dans la série de ses développements, et par conséquent est resté à une des premières formes qu'il avait revêtues : or, cette première forme se trouve être une de celles qui appartient à un animal d'une classe inférieure ; et par conséquent l'analogie entre la structure d'un animal supérieur lors de sa vie fœtale , et celle d'un animal inférieur dans son âge de maturité, se trouve confirmée, ainsi que l'identité entre une partie encore rudimentaire , et cette même partie complètement développée. En somme , suivez la série des développements de l'encéphale dans un mammifère, vous verrez cet organe présenter successivement la structure de l'encéphale du poisson, du reptile, de l'oiseau, et aller en se compliquant de plus en plus ; arrêtez cet encéphale à une de ces formes passagères qu'il revêt , vous en ferez l'organe d'un animal d'une classe inférieure; tout comme s'il vous était possible de développer plus l'encéphale d'un poisson.

VOUS en feriez l'encéphale d'un mammifère. C'est ainsi que l'analomie comparative, l'embryologie et l'étude des monstruosités sont trois sources de lumières qui doivent conduire aux mêmes résultats , et qu'a en effet consultées M. Serres, pour la solution de la question que ncus agitom ici. Dans son bel ouvrage , cet anatomiste a eu soin encort dénoter les rapports de développement qui existent entre les diverses parties constituantes de l'encépliale ; certaines sont d'autant plus développées, que d'autres le sont moins , et vice versa; il y a , par exemple, selon lui , rapport direct entre la moelle spinale, les tubercules quadri jumeaux, la partie moyenne du cervelet , etc. , et au contraire rapport inverse entre ces parties et les hémisphères cérébraux, les niasses latérales du cervelet, etc.

M. Desmoulins , dans la spécification des éléments constituants de l'encéphale, ou mieux de l'axe cérébro-spinal, diffère en plusieurs points de M. Serres. Selon lui , Taxe cérébro-spinal est composé dans toute sa longueur de deux faisceaux nerveux distincts, circonscrivant entre eux un canal qui règne dans son intérieur. Sur certains segments Ae cet axe, particulièrement ceux auxquels s'insèrent des nerfs, se développent des lobes simples ou doubles, qui se creusent des cavités , poussent des lames , des feuillets ^ et qui sont en général en rapport de volume avec celui des nerfs qui s'y insèrent. Partout où ij ne doit pas y avoir de lobes médians ou latéraux sur l'axe cérébro-spinal , le canal intérieur de cet axe s'oblitère ; et partout où doivent exister de ces lobes, ce canal au contraire se dilate en ventricules. Le nombre de ces lobes médians ou latéraux développés sur l'axe cérébro-spinal diffère dans la série des animaux vertébrés , et par conséquent cet axe n'est pas dans ces animaux toujours composé des mêmes parties. En embrassant l'ensemble de tous les animaux vertébrés , ces parties sont au nombre de huit, savoir; la moelle spinale, les lobes en arrière du quatrième ventricule , les lobes du pneumo-gastrique , les lobes du quatrième ventricule , le cervelet , les lobes optiques, cérébraux et olfactifs. On voit déjà que, tandis que le principe de l'unité d'organisation dans les

AXE CiRÉBRO-SPIPHAL. i yS

divers animaux vertébrés domine tout le travail de M. Serres, M. Desmoulins dans le sien est au contraire opposé à ce principe. De ces Luit parties admises par M. Desmoulins , comme éléments de l'axe cérébro-spinal^ cinq, la moelle spinale, le cervelet , les lobes optiques, cérébraux et olfactifs, étaient déjà admis par M. Serres, et ne doivent pas nous occuper. Nous rappellerons seulement que les quatre derniers sont de même considérés comme ayant leurs faisceaux originels dans la moelle ; le cervelet dans les corps restiformes, les lobes optiques dans les cordons antérieurs et postérieurs de la moelle , les lobes cérébraux dans les pyramides et les corps olivaires , et les lobes olfactifs dans les fibres les plus inférieures des pédoncules du cerveau; les fibres antérieures du corps calleux, et la commissure antérieure;, sont, selon M. Desmoulins, la commissure de ces derniers. Quant aux trois autres parties , voici en quoi M. Desmoulins les fait consister. D'abord , dans les poissons , où beaucoup d'organes sont accumulés vers la tête , organes de la respiration, de la locomotion , etc. , il existe au niveau de la moelle alongée , des renflements qui n'existent pas en d'autres animaux, savoir, ceux qui correspondent aux rayons des nageoires, ceux qui avivent les appareils électriques de certains de ces animaux, ceux auquels s'insèrent les nerfs pneumo-gastriques , etc.; et ce sont ces renflements que M. Desmoulins a spécifiés sous les noms de lobes en arrière du quatrième a}entricule ou post cérébelleux, de lobes du pneumo-gastrique. Ensuite il a fait de la moelle alongée , c'est-à-dire du renflement qu'éprouve l'axe cérébro-spinal entre l'insertion des nerfs de la cinquième et de la huitième paires en avant, et le premier nerf spinal en arrière, un lobe spécial sous le nom de lobe du quatrième ^ventricule , lobe qu'il considère comme le point de concours et de réunion de toutes les sensations du corps, moins celle de la vue , et comme étant surtout en rapport de volume avec les nerfs de la cinquième et de la huitième paires encéphaliques.

Telle est l'histcire anatomique abrégée de l'axe cérébrospinal , partie qui , d'après MM. Mechcl^ Serres, Desmoulins ,

et tous les zoolomistes, n'existe que dans les animaux vertébrés. Nous exposerons plus bas les idées de M. de Blainville sur l'encépliale, en présentant toute la doctrine de cet anatomisle sur la généralité du système nerveux. Nous allons terminer cette étude de la partie centrale du système nerveux parla considération de ses enveloppes.

3° Dans l'homme , comme dans tout animal vertébré , la nature a pris toutes précautions pour proléger l'axe cérébrospinal contre toute percussion : d'abord elle Ta renfermé dans une cavité osseuse , qui est le racliis , pour la moelle spinale , et le crâne pour l'encépliale ; ensuite , elle l'a entouré de trois membranes particulières, appelées les méninges, qui sont la dure-mère , V arachnoïde et la pie-mère : enfin , il existe entre la plus interne de ces membranes et l'axe cérébro-spinal, un fluide dont la quantité est d'autant plus grande dans les animaux , que ces animaux habitent un milieu qui les expose à plus de chocs , et qui conséquemment est encore un moyen de protection.

A. Dans toute la longueur du corps de l'homme , sur la ligne médiane, existe une colonne osseuse, formée par une suite d'anneaux osseux empilés les uns sur les autres, qu'on appelle vertèbres ^ et qui , en même temps qu'elle est la base du squelette, le point d'appui sur lequel reposent toutes les autres parties osseuses, constitue un canal dans lequel est contenu l'axe cérébro-spinal. Dans la plus grande partie de son étendue , à partir du col jusqu'au bassin , cette colonne renferme la moelle spinale , et est appelée rachis. Mais dans sa partie supérieure , elle s'est considérablement dilatée pour envelopper l'encéphale , et là sa cavité porte le nom de crâne. A la vérité , à ne juger que d'après les apparences , le crâne paraît appartenir à une partie distincte du rachis, et qu'on appelle la tête ; mais nous verrons que cette tête n'est que la continuation du reste de la colonne; elle en est la partie supérieure, et ne paraît en être distincte , qu'à cause de la grande ampliation qu'a prise sa cavité intérieure pour loger l'encéphale , et qu'à raison de diverses parties qui lui sont surajoutées en devant pour former ce qu'on appelle \diface.

Le rachis y dont nous parlerons avec détail à l'article de la locomotion, est formé par une suite d'anneaux osseux , ar^ ticulés entre eux d'une matière solide , cependant mobiles pour la plupart les uns sur les autres , et constituant parleur réunion un long canal tout à la fois solide et flexible, dans lequel est contenue la moelle épinale. Les os qui le forment sont appelés vertèbres , parce que dans les mouvements du corps ils tournent un peu les uns sur les autres. Dans chacun d'eux, on distingue deux parties, une antérieure, qu'on appelle leur cprps^ par laquelle ils sont continus les uns aux autres; et une postérieure y appelée masse apophysaire , parce qu'elle est hérissée de beaucoup d'apophyses. Ces deux parties sont comme deux demi anneaux qui, par leur réunion, constituent un anneau entier; et c'est ainsi que de l'ensemble de ces vertèbres résulte un long canal dans lequel est enfermé la moelle spinale. Ce canal est merveilleusement organisé pour protéger la moelle contre toutes percussions extérieures. Il est en effet abrité en avant par le col, le thorax et l'abdomen , et en arrière par les muscles des gouttières vertébrales; il est très solide par lui-même, car il est en grande partie osseux , et s'il n'est pas d'une seule pièce , les os qui le forment sont articulés entre eux d'une manière solide , et attachés les uns aux autres par des liens ligamenteux puissants ; enfin , il est clos de toutes parts , sauf que sur ses côtés, entre chacune des vertèbres qui le forment, sont des trous dits intervertébraux , par lesquels passe chacune des trente paires de nerfs que nous avons dit émaner de la moelle spinale , ou aller se réunir à cette partie centrale du système nerveux. Il y a plus ; le rachis, qui, pour les besoins de la locomotion , est et devait être mobile, est aussi très bien organisé pour défendre la moelle de l'effet de ses mouvements propres; le nom.bre considérable des vertèbres qui le composent, la largeur du corps de ces vertèbres, la multiplicité et la force des ligaments qui les unissent , sont autant de conditions anatomiques desquelles il résulte que dans quelque mouvement du tronc que ce soit, chaque vertèbre n'exécute isolément qu'un très petit mouvement, et ne peut conséquemment , ni se luxer, ni comprimer la moelle. Tome L 12

lyS FONCTIOIN' DE LA. SENSIBILITÉ.

Ajoutons que celle-ci n'adhère pas aux parois de ce rachis ,

et ne remplit pas toute la capacité de son canal.

• Le crâne est une cavité ovalaire, occupant la partie supérieure et postérieure de la tête , au-dessus et en arrière de la face; formé chez Thomme par huit os articulés entre eux d'une manière immobile , le frontal , l'ethmoïde , le sphénoïde et l'occipital sur la ligne médiane , les deux temporaux et les deux pariétaux sur les côtés ; et contenant l'encéphale. Clos de toutes parts, sauf à sa base , où il présente un grand trou dit occipital, par lequel la moelle spinale se continue avec l'encéphale, et d'autres petits trous par lesquels passent les paires de nerfs qui aboutissent à cette partie de l'axe cérébro-spinal ou qui en émanent ^ le crâne forme aussi pour l'encéphale une enveloppe protectrice des plus solides. D'abord, il est protégé, en avant par la face, et en arrière par quelques muscles, par la peau^ qui en cette partie est plus dense qu'ailleurs ;, et surtout par des cheveux nombreux qui ont la propriété de se mouiller avec difficulté , d'être mauvais conducteurs de Félectricité , et qui constituent un véritable feutre fort épais. Ensuite il est très solide par lui-même , car les os qui le forment sont très résistants par eux-mêmes, et ces os sont très solidement attachés les uns aux autres. Ceux de la base à la vérité ne sont que juxtaposés ; mais la largeur des surfaces par lesquelles ils se touchent, le secours d'un cartilage qui est toujours placé entre eux, et surtout la disposition générale de ces os, qui sont tellement enclavés , que tous les eiTorts exercés sur eux ne tendent qu'à les rapprocher davantage, sont autant de conditions anatomiques, qui assurent la fixité de leur réunion. A la voûte , cette union est encore plus solide, car ces os sont engrenés à leurs bords les uns dans les autres , ce qui constitue les sutures.

Aussi le crâne protège-t-il merveilleusement l'encéphale de tous chocs extérieurs , ra,ais par un mécanisme qui difïere selon le point auquel est appliqué le choc. Supposons-nous lin coup porté sur le vertex? le choc se propage le long des parois du crâne , mais en se divisant ; il s'étend , en devant parle frontal, en arrière par l'occipital, sur les côtés par

AXE C/iRiBRO SPINAL. 17^

les pariétaux et temporaux; et tout Fefîbrt vient en dernier lieu aboutira la base du crâne, au milieu, sur la li^ne médiane, au corps du sphénoïde. Sans doute ce choc tend à écarter les pariétaux et à les enfoncer; mais ces os sont soutenus par les grandes ailes du sphénoïde et les temporaux, qui s'articulent avec eux en les recouvrant , et sont pour eux comme des arcs-boutants, ainsi que l'a dit Hunauld (Mém. de l'acad. des scien. , ann. ijSo). Du côté du front, une partie du coup à la vérité va se perdre dans la face; 'mais à cause de cela , le frontal est soutenu par les quatre apophyses orbitaires externes et internes qui sont comme les piliers du front. Ainsi, le mouvement a glissé le long du crâne , sans atteindre l'encéphale, et c'est vers le corps du sphénoïde et Tapophyse basilaire que se concentre l'effet du choc ; cela est si vrai, que c'est en ce lieu que les fractures du crâne sont plus fréquentes. On conçoit qu'il est avantageux que le crâne ne soit pas d'une seule pièce , mais qu'il soit formé de huit os; cela décompose les mouvements, et en atténue les effets. Supposons-nous, au contraire, un choc du côté de la partie inférieure ? et ici le crâne supporte des percussions continuelles par suite d^s heurtements de la mâchoire inférieur contre la supérieure dansil'acte de la mastication; il en sera de même encore , ainsi que l'a fait voir Bordea , dans un autre mémoire. D'abord une partie de la percussion se perd par le fait seul de la multiplicité des dents, aux" quelles cette percussion est appliquée; l'effet de cette percussion eût été plus considérable , si nos trente-deux dents avaient été remplacées par un seul os. Ensuite le choc qu'imprime la mâchoire inférieure est propagé par en haut et par les côtés au même lieu de la base du crâne, au corps du sphénoïde. En haut, il est reçu par les quatre apophyses orbitaires, qui , bien soutenues par le frontal et le sphénoïde , ne cèdent pas , et transmettent le mouvement à la base du crâne , tant par les petites ailes du sphénoïde en bas , que par le frontal , les pariétaux et l'occipital en haut et en arrière. Sur les côtés, le choc est reçu par l'os malaire, que soutient l'ai-cade zigomatique, et de là est transmis à la base du crâne par l'os temporal. Ainsi les leviers qui propagent

l8o FONCTION DE LA SENSIBILIT c

le mouvement, à îa face, coiilournent les cavités des orbites et des fosses nasales ; et au crâne, tout vient aboutir au corps du spliénoïde , qui , comme l'indique le nom donné à cet os, est bien la clef de la voûte. Ce sphénoïde est vraiment l'os du crâne qui supporte le plus grand effort, lorsqu'un grand fardeau est porté sur la te le , ou soulevé avec les dents; aussi son corps est-il la partie qui „ dans la tête, est la première ossifiée. Enfin, si la tête reçoit, lorsqu'elle est appuyée ,uii cboc quelconque â sa face antérieure, postérieure, ou latérale, le mouvement se propage à la partie qui est appuyée, et qui semble être alors comme la base; c'est en effet cette partie qui, alors , est menacée de se fracturer, et toujours le mouvement glisse à la surface de l'encéphale, sans atteindre cet organe. En somme, le crâne est autant bien disposé que possible, pour concentrer en lui tous les chocs extérieurs qu'il reçoit , et n'en rien transmettre à l'encéphale.

Long-temps le crâne fut considéré comme une partie différente du rachis; aujourd'hui on reconnaît qu'il n'en est que la continuation, et qu'il est^ comme le rachis, formé de vertèbres qui seulement sont articulées d'une manière immobile, et ont pris dans quelques-unes de leurs parties plus de développement. En 1808, M. J^wmén/ présenta à l'institut un mémoire dans lequel iJ établissait que le crâne était une véritable vertèbre très développée; le trou occipital était considéré comme Torigine du canal rachidien ; l'apophyse basilaire et le corps du sphénoïde , comme le corps de la vertèbre ; les condyies occipitaux en étaient les apophyses articulaires ; la protubérance occipitale externe , l'apophyse épineuse; et enfin , les apophyses mastoïdes du temporal en étaient les apophyses ti^ansverses. Depuis , on a dit \e crâne, ' non une seule vertèbre , mais un assemblage de plusieurs, articulées entre elles d'une manière immobile , comme le sont celles du sacrum, et on a établi îa pins grande analogie entre la tête et le rachis. Ainsi ^ de même que du rachis naissent divers appendices, les côtes, les membres; de même, des vertèbres de la tête , se détachent quatre appendices , celui de l'hyoïde, celui de Torgane de l'ouïe et ceux des mâchoires supérieure cl inférieure^ qui forment la face. De

AXE CiKÉBRO-SLnNAL. l8l

même que chaque vertèbre du raeliis est composée de deux parties, le corps , et la masse apophysaire , qui se réunissent pour former un canal à la moelle spinale ; de même , le crâne est composé de pièces médianes, les analogues du corps des vertèbres, qui soutiennent l'encéphale , et qui laissent entre elles des trous pour le passage des nerfs qui en i^aissent; et de pièces latérales , les analogues de la masse apophysaire des vertèbres, qui se réunissent en dessus pour former une cavité à l'encéphale. L'apophyse basilaire de l'oGcipital , le corps du sphénoïde, l'ethmoïde , par exemple , sont des parties du crâne qu'on peut dire les corps des vertèbres dont résulte cette cavité; et au contraire les parties latérales de l'occipital, les ailes du sphénoïde , les temporaux et pariétaux, sont les masses apophysaires de ces vertèbres. Selon M. de Blainville , les vertèbres crâniennes sont au nombre de quatre : i^ une postérieure, formée par l'os basilaire ou os occipital inférieur, qui en représente le corps , et auquel s'ajoutent les occipitaux latéraux et l'occipital supérieur, pour compléter l'anneau ; c'est la même disposition qu'à la première vertèbre cervicale, où il y a quatre points d'ossification , un pour le corps , un pour chaque condyle , et un pour l'apophyse épineuse. 2» La suivante, a pour corps le sphénoïdal postérieur , et pour parties latérales les grandes ailes du sphénoïde et les os pariétaux. Quelquefois il y a dans ce second anneau crânien, un petites de plus, àilwormien chez l'homme, mais appelé chez les animaux, où il est plus prononcé , inter pariétal. 3^ La troisième est formée par le sphénoïde antérieur , auquel s'ajoutent , pour compléter l'anneau, les petites ailes du sphénoïde et les os frontaux. 4^ Enfin, la quatrième vertèbre, celle qui termine le crâne en avant, est formée par le vomer, qui a pour appendices latéraux les os propres du nez. Entre chacune de ces vertèbres, est un trou pour le passage des nerfs encéphaliques, comme cela est au rachis , savoir : à la vertèbre la plus postérieure, les trous déchirés postérieurs et condyloïdiens, pour la huitième et neuvième paire; à la troisième , les trous oval et rond , pour le nerf de la cinquième paire ; à la deuxième, le trou optique et la fente sphénoïdale , pour les

l82 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.

nerfs de la deuxième et de la troisième paire ; et enfin , à la première , les trous de la lame criblée de l'etlimoïde pour la première paire encéplialique. En somme , le crâne ne serait qu^'une continuation du rachis, et serait édifié sur le même plan. De même que le rachis se termine en pointe par le coccyx^ de même la tête se terminerait en avant par le vomer. Ainsi que dans le rachis, le corps des vertèbres est surtout relatif au système nerveux , et la masse apophysaire en rapport au contraire avec le système locomoteur; la chose est encore de même aux vertèbres de la tête, surtout dans les animaux. Enfin s*il y a soudure immobile des vertèbres de la tête, une semblable soudure s'observe en quelques régions du rachis, au sacrum, par exemple. Dans cette manière de concevoir la structure du crâne , ce n'est qu'accessoirement que le temporal concourt à sa composition; il appartient primitivement à un des appendices des vertèbres crâniennes, l'appendice de l'organe de l'ouïe.

B. Outre ce premier abri , que la nature a donné à l'axe cérébro-spinal , cet organe est encore enveloppé par trois membranes appelées méninges , savoir , la dure-mère , Varachnoïde, et la pie-mère.

La dure-mère est la plus extérieure des trois : c'est une membrane de nature fibreuse, d'un blanc luisant, très résistante, et qui forme un sac clos de toutes parts autour de l'axe cérébro-spinal. Sa disposition diffère à l'encéphale et à la moelle spinale. Au premier , elle adhère intimement à toute la surface interne du crâne; et outre des prolongements qu'elle détache au niveau de chacun des trous qu'offre la cavité du crâne, et qui accompagnent plus ou moins loin les nerfs et les vaisseaux qui en sortent , elle en envoie d'autres dans l'intérieur de l'encéphale lui-même, pour en séparer les diverses parties. Elle est, de plus, creusée de canaux appelés 5ma5 , où se rendent les veines de cet organe. Ainsi , ce n'est pas un sac simple , mais une cavité divisée en plusieurs compartiments pour contenir les principales portions de l'encéphale. Ses replis intérieurs sont au nombre de trois, savoir : i» \difaux du cerveau^ qui est étendue sur la ligne médiane, depuis la crête de l'ethmoïde en

AXE CÉRÉBRO-SPINAL. i83

avant, jusqu'à Tépine cruciale de roccipilal eu arrière, tout le long de la suture sagittale, et qui sépare l'un de l'autre, les deux hémisphères du cerveau. 20 La tente du cervelet , située horizontalement à la partie postérieure et inférieure du crâne , et qui sépare les fosses occipitales et le cervelet, qui sont au-dessous, du reste du crâne et du cerveau, qui sont au-dessus. Sa circonférence est attachée à droite et à gauche depuis la protubérance cruciale de l'occipital, d'abord aux bords de la gouttière latérale de cet os, puis au bord supérieur du rocher, jusqu'à l'apophyse clinoïde postérieure du sphénoïde. Sur son milieu aboutit la base du repli précédent; et à sa partie antérieure est une ouverture en forme de croissant , par laquelle les parties encéphaliques qui sont situées au-dessus d'elle communiquent avec celles qui sont au-dessous. 3<^ J^difaiix du cervelet, qui, située au-dessous de la tente du cervelet, mais verticalement sur la ligne médiane , s'étend depuis la protubérance occipitale interne jusqu'au bord du trou occipital, entre les deux hémisphères du cervelet ; ainsi que la base de la faux du cerveau aboutissait en haut à la partie médiane de la tente du cervelet, la base delà faux du cervelet y aboutit en bas. Ces divers replis sont continus l'un à l'autre, et toujours tendus, afin de bien soutenir les parties cérébrales qu'ils sont destinés à isoler. Quant aux canaux appelés sinus , que présente la dure-mère dans son épaisseur , et où aboutissent toutes les veines du cerveau ; pour les former, la dure-mère se partage en deux lames , d'où résulte un canal dans lequel s'engage la veine dépouillée de ses tuniques extérieures, et réduite à sa membrane interne; nous en indiquerons le nombre , la situation et les communications à l'article de la circulation. Jadis cette dure-mère encéphalique avait été considérée par ^<5î^/iVi et Pacchioni , comme un muscle à trois ventres et à quatre tendons , et on lui attribuait beaucoup d'usages hypothétiques; il est évident qu'elle n'est pour l'encéphale qii'une enveloppe de protection. A la moelle spinale , la dure-mère offre quelques différences. D'abord elle est plus longue que la moelle, car elle s'étend jusqu'au bas du canal l'achidien , jusqu'à

i84 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ.

l'extrémité inférieure du sacrum. Ensuite elle n'adhère pas aux parois de ce canal, mais forme un sac plus étroit que lui. Cependant elle est fixée dans ce racliis par les prolongements qu'elle détacte au niveau de chacun des trous inter-vertébraux , pour accompagner les nerfs spinaux. En outre, entre les racines antérieures et postérieures de ceux-ci, existent de petits faisceaux fibreux^ attachés d'un côté à la dure-mère et paraissant en être un prolongements de l'autre à la pie-mère, et constituant dans leur ensemble ce qu'on appelle le ligament dentelé. Ces faisceaux sont dits être à la dure-mère spinale ce que sont les replis de la faux du cerveau et du cervelet, à la dure-mère de l'encéphale ; c'est-à-dire des prolongements destinés à soutenir les diverses parties de l'organe.

L' arachnoïde^ la seconde membrane de l'axe cérébrospinal, est une membrane très mince, du genre des séreuses , ayant conséquemment la disposition d'un sac sans ouverture, et étant le siège d'une perspiration. A l'encéphale , elle revêt d'abord toute la convexité de cet organe, passant d'une circonvolution à l'autre , sans pénétrer dans les anfractuosités qui les séparent; arrivée à sa base, elle l'enveloppe de même; et dans ces deux régions, elle fournit des gaines aux vaisseaux qui entrent dans le crâne et aux nerfs qui en sortent. En passant du corps calleux sur le cervelet, elle pénètre par un trou dans le ventricule moyen ; et de celui-ci, elle s'étend dans les ventricules latéraux et le quatrième ventricule. Toute cette dernière partie de la membrane est appelée arachnoïde intérieure , par opposition à la première, qui est appelée arachnoïde extérieure. Enfin, elle se réfléchit sur la face interne de la dure-mère , qu'elle tapisse dans toute son étendue, qu'elle accompagne dans tous ses replis, et à laquelle elle donne le luisant qu'elle offre de ce coté. H y a donc une arachnoïde crânienne et une arachnoïde cérébrale , comme il y a une plèvre costale et une plèvre pulmonaire y et la membrane , dans son ensemble , a tout-à-fait la disposition des membranes séreuses, comme l'a fait voir Bichat. Au niveau du trou occipital, Ciette arachnoïde encéphalique se continue sur la moelle

AXE CÉRÉBRO-SPINAL. l85

spinale dans toute sa longueur, formant de même à cette moelle une enveloppe, mais plus large qu'elle, et dans laquelle on peut distinguer de même deux feuillets, uu qui répond à la moelle et un autre à la dure-mère.

Entin , la troisième membrane de l'axe cérébro-spinal , la plus interne, est la pie-mère, A l'encéphale, c'est une membrane très fine, qui enveloppe immédiatement cet organe à sa voûte et à sa base, qui pénètre dans ses cavités intérieures, plonge dans toutes ses anfractuosités , et paraît moins une membrane proprement dite , qu'un lacis de vaisseaux très fins. Pénétrant dans le ventricule moyen et les ventricules latéraux , elle forme dans le premier ce qu'on appelle la toile choro'idienne , et dans les seconds les plexus choroïdes. Les petits vaisseaux qui en forment la trame plongent partout dans le parenchyme de l'encéphale. A la moelle spinale, cette membrane, quoique vasculaire encore, est plus dense , et c'est elle , plus que la dure-mère , qui est l'enveloppe protectrice. Long-temps on crut que la pie-mère avait pour office de servir à la ramification des vaisseaux, pour que ceux-ci ne pénètrent le parenchyme très délicat de l'axe cérébro-spinal, que lorsqu'ils sont très divisés ; mais aujourd'hui on la regarde comme l'organe qui sécrète la matière nerveuse, et qui, conséquemment, est l'appareil nutritif, pi'oducteur de l'axe cérébro-spinal.

C. Enfin , M. Magendie a récemment découvert qu'il existe toujours autour de l'axe cérébro-spinal, entre cet organe et la pie-mère , un fluide qui est sécrété par celle-ci , et qu'il considère comme destiné à exercer encore un office de protection. Selon M. D es moulins , en effet, ce fluide est d'autant plus abondant dans les animaux, que ces animaux habitent un milieu qui les expose à plus de chocs; par exemple , sa quantité est plus forte dans les mammifères que dans les poissons et les oiseaux. M. Magendie appelle ce fluide céphalo- spinal. Il a expérimenté qu'il s'évapore et disparaît graduellement après la mort , ce qui l'a fait si long- temps méconnaître; cependant il en a trouvé encore une certaine quantité après vingt-quatre heures. Lorsque dans un animal vivant^ il a mis à nu le canal de la dure-

l8.6 FONCTION LE LA SEI^SIBILITÉ.

mère au racliis , et qu'il a piqué ce canal de manière à pénétrer jusqu'à la pie-mère, il a vu jaillir le fluide à plusieurs pouces, surtout si, dans le même instant, l'animal faisait quelque effort musculaire, ou si une pression était exercée sur son abdomen. Dans les premiers temps de cette extraction, l'animal était dans l'iiébètement et l'immobilité; mais au bout de vingt-quatre heures, la sécrétion avait renouvelé le fluide, et les fonctions étaient rétablies. Ce fluide lui a paru être plus abondant aux régions cervicale et lombaire, et à la hauteur du quatrième ventricule, et communiquer, non-seulement du rachis au crâne, mais encore de l'extérieur de l'organe dans ses ventricules intérieurs. Selon M. Magendle, en effet, le quatrième ventricule communique librement avec le vide où est ce fluide, par une ouverture arrondie, qui a deux ou trois lignes de diamètre , et qui est située entre les deux artères cérébelleuses postérieures. C'est par cette ouverture , qu'il appelle Ventrée des ventricules cérébraux , que le fluide cépbalo-spinal entrerait de l'extérieur de l'organe dans ses ventricules intérieurs, car on sait que le quatrième ventricule communique avec le troisième, et celui-ci avec les ventricules latéraux: et c'est à lui qu'il faudrait rapporter la sérosité qu'on trouve si souvent après la mort dans ces cavités. M. Magendie conjecture même qu'il se fait sans cesse un flux et reflux de ce fluide de l'extérieur à l'intérieur de l'organe , et vice ^versâ. Il donne comme preuve que toutes les surfaces internes des ventricules présentent cet aspect lisse qui fait présumer un frottement continuel. Il cite deux cas d'apoplexie dans lesquels il y avait un caillot sanguin dans le troisième ventricule, et où il a trouvé le liquide cépbalo-spinal partout coloré en rouge , et au contraire le caillot décoloré à sa surface. Selon lui , ces faits pi'ouvent au moins qu'un liquide qui est épanché dans les ventricules descend jusqu'au bas de l'épine. Il cite un autre cas, où le fluide céphalo-spinal était remplacé par du pus, et dans lequel ce pus étant x'emon té du rachis dans les ventricules, causa une mort inattendue. 11 pense conséquemment que le fluide céphalo-spinal se meut sans cesse; par exemple, reflue dans les ventricules

loî's des inspirations, en ressoi't lors des expirations; qu'il se déplace dans les mouvements de la tête^ montant quand la tête se fléchit sur le thorax , descendant dans le cas contraire. C'est ainsi qu'il conçoit les sex'vices de ce fluide, qui compléterait l'ensemble des précautions prises par la nature pour la protection de l'axe cérébro-spinal. Ainsi , nonseulement seraient remplis tous les vides entre l'organe nernerveux et ses enveloppes membraneuses et osseuse; nonseulement il serait porté remède aux variations de volume que cet organe est peut-être susceptible d'éprouver par intervalle , et aux diminutions de volume que de toute certitude l'âge amène en lui , mais encore il serait paré aux chocs extérieurs, et aux effets que pourrait produire sur la moelle et l'encéphale les mouvements propres du rachis , et les reflux de sang que nous verrons se faire sur eux par l'acte de la respiration. Quant à ce qu'est ce fluide en lui-même, M. Lassaigne a analysé celui du cheval , et y a trouvé les éléments suivants: eau, 98,180; osmazôme, i,io4; albumine, o,o35 ; chlorure de sodium, 0,610; sous-carbonate de soude, 0,060; phosphate de chaux et traces de carbonate de chaux, 0,009.

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