ARTICLE SECOND
Les nerfs, ou systèmes nerveux latéraux.
Les nerfs sont des cordons de la même substance nerveuse qui compose l'encéphale et la moelle spinale; étendus depuis l'un ou l'autre de ces deux centres, dans toutes lesparties du corps; allant depuis cette origine, en se partageant successivement en troncs, branches, rameaux, ramuscules; communiquant souvent entre eux dans leur trajet ; souvent aussi dans ce trajet s'entrelacant entre eux d'une manière inextricable , et formant ce qu'on appelle des p/ejcu^; offrant quelquefois, d'intervalles en intervalles, des renflements appelés ganglions y et finissant par se perdre dans le parenchyme des organes , dont ils sont un des éléments générateurs. Symétriques , comme l'axe cérébro-spinal , ils sont au nombre de quarante-
l88 FONCTION DE LA SEIN'SIBILITÉ.
deux paires. D'après leur origine, qui est rapportée à l'encéphale et à la moelle spinale, on les divise en nerfs encéphaliques, et en jierfs spinaux.
Les premiers proviennent de l'encépliale, ou vont s'y insérer, et passent par les trous qui sont à la hase du crâne. Ils sont au nombre de douze, savoir, de devant en arrière, le nerfolfac- ^^Ji <T"i se distribue à l'organe de l'odorat; l' optique , qui avive celui de la vue; le JiGYÏoculo-niusculaire commun, ou de laî/msième paire , qui donne ses filets à la plupart des muscles de l'œili V oc ulG-musculaire interne ■> ou pathétique, q^ai distribue les siens au muscle grand oblique de l'œil ; le trifacial^ ou cinquième paire, qui se partage en trois branches, pour l'œil, le nez et la langue; la sixième paire, ou V oculo^musculaire externe^ qui se distribue au muscle droit externe de l'œil; le nerf jacial, ou portion dure de la septième paire, qui se distribue aux muscles de la face; le nerf acoustique, ou portion molle de la septième paire, qui se rend à l'organe de l'ouïe ; le nerf de la huitième paire , ou vague , ainsi nommé , parce qu'il distribue ses filets à beaucoup de parties à la fois , et particulièrement au larynx, au poumon , au cœur et à l'estomac; la glossO'pharjngien , nerf qui a été souvent considéré comme une subdivision du précédent , et dont le nom indique la distribution; le grand hypoglosse, ^ qui se distribue à la langue; et enfin , le nerf spinal ou accessoire de Willis, qui , né de la moelle spinale dans sa région cervicale , remonte du canal du rachis dans le crâne , et sort par un des trous de la base de celui-ci , pour aller se distribuer à quelques muscles du col. Du reste, il y a quelques dissidences parmi les auteurs sur le nombre des nerfs encéphaliques , lo parce que, divisés sur l'origine précise de la moelle spinale, ils ont tour-à-tour regardé les derniers nerfs encéphaliques , l'accessoire de Willis , par exemple, comme des nerfs spinaux; ou les premiers nerfs spinaux, le sous-occipital, par exemple , ou premier cervical , comme des nerfs encéphaliques; 2» parce que tour-à-tour ils ont rattaché quelquesuns de ces nerfs à une seule paire , ou en ont fait des paires séparées, comme cela a été , par exemple , des nerfs facial et acoustique^ réunis sous les noms de portions dure et molle
de la septième paire; duglosso-pliaryngien, quia été rapporlé à la huitième paire , etc. C'est ainsi que Gordon n'admettait queliuit nerfs encéplialiques^ et trente-quatre nerfs spinaux; et qu'au contraire Malacarne reconnaissait quinze paires de nerfs encéphaliques. Le nombre de douze est celui qui est aujourd'hui le plus univrsellement admis [ voyez SœmmerrÎDg, Gall, Meckel , etc.). Tous ces nerfs seront décrits à l'article des fonctions qui les concernent; et l'on indiquera avec soin le lieu précis de leur origine, ou de leur insertion à l'encéphale, lieuqui est fort souvent litigieux. Nous dirons seulement que tous proviennent de la partie de l'encéphale qui a été appellée moelle alongée; le ceiveau ou le cen'elet n'en fournissent aucun, bien que , jusqu'en ces derniers temps , on ait dit que les nerfs olfactif et optique provenaient du premier, et que jadis on rattachât au second tous les nerfs des mouvements involontaires.
Les nerfs spinaux sont au nombre de trente paires, et sont partagés, d'après les vertèbres dans l'intervalle desquelles ils sortent, en trachéliens ou. ce n^ic aux ^ au nombre de huit; en dorsaux au nombre de douze ; en lombaires, au nombre de cinq ; et en sacrés , au nombre de cinq ou six. Ces noms indiquent leur position. Le premier cervical sort entre l'occipital et l'atlas , le huitième entre la septième vertèbre cervicale et la première dorsale, et les autres dans l'intervalle : les quatre cervicaux inférieurs sont bien plus gros que les supérieurs , parce que ce sont eux qui fournissent les nerfs des membres supérieurs. La première paire dorsale sort entre les deux premières vertèbres dorsales , et la dernière entre la dernière vertèbre dorsale et la première lombaire. La première paire lombaire sort entre les deux premières vertèbres lombaires, et la dernière entre la cinquième vertèbre lomjbaire et le sacrum. Enfin, la première paire sacrée sort par le premier trou, sacré , et la dernière par i'échancrure supérieure du coccyx.
Ces nerfs, soit encéphaliques, soit spinaux, proviennent de l'un ou de l'autre de ces deux centimes, ou s'y réunissent (car nous verrons que ces deux opinions sont soutenues), j)ar un certain nombre de filets, ou déjà réunis, ou isolés, lis
naissent, non de la surface seulement , mais de l'intérieur , à une certaine profondeur, et en général de la substance grise. Cette origine n'offre rien d'uniforme dans les nerfs encéphaliques ; mais dans les spinaux , chaque nerf résulte toujours de deux faisceaux de filets , les uns antérieurs , les autres postérieurs , séparés d'abord les uns des autres par ce que nous avons appelé le ligament dentelé , se réunissant ensuite au-delà de ce ligament , et présentant près le trou invertébral un de ces renflements connus sous le nom àe ganglions ^ à la formation duquel la racine postérieure seule concourt. Nous verrons quelle importante distinction on a voulu établir entre les nerfs , selon qu'ils naissent ainsi par une seule racine, ou par deux, correspondant chacune à Tun des deux faisceaux de la moelle. Quelques anatomistes pensent, que les paires de nerfs s'entre-croisent à cette origine, et s'appuient sur ce que dans les maladies et les expériences la paralysie ou les convulsions se déclarent au côté du corps qui est opposé à celui où FeRcéphale et la moelle spinale sont lésés. Le plus grand nombre, Bichat, Gall, Meckel, nient cet entre-croisement.
Sortis des cavités du crâne et du rachis , ces nerfs se portent à leurs organes respectifs en se ramifiant successivement, et en établissant entre eux de fréquentes anastomoses. Parmi les encéphaliques , l'olfactif, l'optique et l'acoustique se rendent à leur destination, sans communiquer avec aucun autre nerf. Les autres offrent entre eux des communications, d'autant plus nombreuses , qu'ils naissent plus inférieurement dans la moelle alongée. Les nerfs spinaux , après avoir dépassé le ganglion qui est à leur origine, sortent par les trous inter-vertébraux ; les supérieurs , par les trous qui leur correspondent ; et les autres , par des trous qui sont d'autant plus au-dessous de leur origine , qu'ils sont eux-mêmes plus inférieurs. Nous avons vu que la moelle spinale finissait au niveau de la deuxième vertèbre des lombes; nous venons de dire que les paires lombaires et sacrées sortaient du rachis par les trous lombaires et sacrés ; il est donc évident que ces paires sortent par des trous qui sont bien au-dessous du point de la moelle qui leur a donné naissance; elles forment dans
DES NERFS. igi
la partie inférieure du canal durachis, que nous avons dit être vide de moelle, un amas de nerfs constituant ce qu'on a appelé laqueue deches^al. Etant ainsi d'autant plus obliques, et d'au taîitplus gros qu'ils sont plus inférieurs, les nerfs spinaux, au sortir des trous invertébraux, se partagent en deux brandies, une antérieure et une postérieure pour chacune des deux moitiés du corps. Mais les branches antérieures, avant de se distribuer aux parties qu'elles doivent animer, forment généralement entre elles des entrelacements inextricables qu'on appelle plexus ; et c'est ensuite de ces plexus que se détachent les nerfs qui , par branches , rameaux , ramuscuîes, vont se distribuer aux organes. C'est aiusi que les branches antérieures des quatre paires cervicales supérieures forment un plexus dit cen^ical, duquel naissent tous les nerfs du col ; que celles des quatre dernières paires cervicales et de la première dorsale, forment le plexus brachial, qui produit tous les nerfs des membres supérieurs ; et que celles des cinq nerfs lombaires et des cinq nerfs sacrés forment les plexus lombaire et sciatique , qui engendrent, le premier, les nerfs des parties situées dans le bassin, et le second, ceux des membres inférieurs. Ces branches antérieures en outre, à peu de distance de la sortie du nerf du canal vertébral, communiquent, et entre elles, et avec la troisième partie du système nerveux que nous devons examiner ci-après , le grand sympathique.
Les troncs, qui sont formés d'abord, sont ordinairement ronds, plus ou moins alongés; ils marchent seuls, ou accompagnent de gros vaisseaux, et sont placés dans les intervalles cellulaires qui séparent les organes; d'eux naissent les branches ; des branches , les rameaux ; et des rameaux , les ramuscuîes. Du reste, ce n'est pas une véritable origine, ni une bifurcation; c'est simplement le détachement de quelques-uns des filets , que nous allons dire composer le nerf. Les communications sont des plus fréquentes; de sorte que le système nerveux ne représente pas dans son ensemble un arbre , comme il en sera du système artériel , mais un réseau. Les nerfs, du reste, varient beaucoup par leurs apparences extérieures ; les uns sont ronds , les autres
aplatis, d'autres cannelés sur les côtés; et généralement tous sont placés de manière à être à l'abri des lésions extérieures.
Parvenus au dernier degré de ramification, ces nerfs se terminent , ou en s'unissant soit à d'autres nerfs , soit à des filets du grand sympathique , partie du système nerveux dont il nous reste à parler ; ou en se perdant dans le parencliyme des organes, qui doivent à leur présence leur sensibilité, leur vie. A ce dernier égard , on ne sait pas comment se fait cette terminaison; si la pulpe nerveuse s'épanouit en membrane , comme cela paraît être pour les nerfs des sens de la vue , de Fouïe et de l'odorat ; ou si elle forme , dans cbaque partie, des pénicilles , des papilles , etc. Il est certain, seulement, que les organes du corps diffèrent beaucoup entre eux , sous le rapport de la quantité des nerfs qui s'y terminent , et relativement à la disposition que les extrémités nerveuses y affectent. Il est des organes qui , dans leur parenchyme, offrent beaucoup de nerfs, et d'autres qui paraissent n'en point avoir. Il en est chez lesquels ces nerfs sont presque à nu, très dépouillés, et d'autres où cela n'est pas. On verra cette double circonstance influer sur le degré de la sensibilité des parties.
Quant à l'organisation de ces nerfs , on dit que chacun d'eux est composé : i» de cordons nerveux, placés les uns à côté des autres, et formés eux-mêmes de filets plus fins; 20 d'une enveloppe extérieure , qui circonscrit le tout, appelée névrilème. Reil prétend avoir reconnu cette texture en plongeant deux nerfs; l'un dans l'acide nitrique , qui détruisait le névrilème, et ne laissait que la substance nerveuse coagulée; et l'autre dans un eau alcaline, qui détruisait la substance nerveuse , et ne laissait subsister que le névrilème. Celui-ci est, selon cet anatomiste, un canal de consistance assez grande , de nature cellulaire , et qui paraît être une continuation de la pie-mère, au moins pour les nerfs spinaux. Les filets intérieurs sont de la substance nerveuse ; ils font au-dedans du nerf des plexus , comme les nerfs en forment entre eux, et sont entourés chacun d'une enveloppe cellulaire. Se séparant, à mesure que le nerf che-
mine, pour former d'autres nerfs, ou pour ee j^éunir aux filets d'un autre , c'est par eux que se font les subdivisions , et que s'établissent les anastomoses. Nous n'avons pas besoin de dire que ces nerfs contiennent de plus les tissus générateurs , qui servent à former toute partie ; du tissu cellulaire , qui entoure le nerf pour l'unir aux parties voisines , et pénètre dans son intérieur pour en unir les différents ' filets; des vaisseaux sanguins , qui y apportent les matériaux nutritifs, etc. Cependant quelques anatomistes contestent aujourd'hui les observations de Reil; MM. Magendie et Blainidlle les ont répétées en vain , et cx'oient que le névrilème n'est qu'une enveloppe cellulaire analogue à celle qui recouvre les vaisseaux et toutes les parties en général. Il y a quelques années, qu'un jeune anatomiste , mort depuis, M. Bogros y annonça qu'il existait un canal dans les nerfs, et qu'il y avait fait pénétrer une injection; cette injection était si bien , selon lui , dans la pulpe nerveuse , et non dans le névrilème, qu'elle lui avait réussi dans des nerfs dépouillés de leur névrilème par l'action de l'acide nitrique ;► et qu'au contraire il n'avait pu la reproduire dans des nerfs privés de leur pulpe intérieure par une lessive alcaline ; ainsi , il voulait qu'on considérât les nerfs comme des espèces de vaisseaux. Mais ses préparations ont été répétées en vain par d'autres anatomistes, et aujourd'hui on pense qu'il avait été dupe de quelques illusions.
Telle est l'histoire anatomique des nerfs, appelés encore par quelques auteurs, à cause de leur situation sur les côtés de l'axe cérébro-spinal, les systèmes nerveux latéraux. C'est d'après la partie de cet axe à laquelle ils s'insèrent , qu'ils ont été partagés, dès les temps les plus anciens, en spinaux et en encéphaliques. Mais de nos jours on a voulu établir entre eux d'autres distinctions, d'après les usages qu'ils ont paru remplir ; et en même temps , on a cherché à atténuer l'importance de la première distinction tout anatomique qui en avait été faite. C'est par l'exposition des idées qui ont été récemment émises sous ce double rapport par Ch. Bell , M. Magendie^ Meckel, que nous allons terminer cette histoire des nerfs.