‹ Physiologie de l'hommeChapitre 26 sur 43 · Tome I. i · texte numérisé non relu

Tome I. i

Nous avons dit que les nerfs encéplialiques ne s'inséraient à l'encépliale que par une seule racine ; et qu'au contraire les nerfs spinaux étaient tous attachés à la moelle spinale par deux racines , implantées , l'une au faisceau antérieur, et l'autre au faisceau postérieur de la moelle. Or, des expériences et des faits pathologiques que nous détaillerons ailleurs , ont semblé prouver que le faisceau antérieur de la moelle et les racines antérieures des nerfs spinaux, donnaient aux nerfs la faculté de faire contracter les muscles sous les inspirations de la volonté ; et qu'au contraire le faisceau postérieur de la moelle, et les racines postérieures des nerfs spinaux , faisaient jouir les nerfs de la faculté de sensibilité. Qu'on coupe sur un animal vivant les racines antérieures des nerfs spinaux, les muscles auxquels ces nerfs se distribuent ne peuvent plus se contracter et obéir aux ordres de la volonté , mais les parties ont conservé leur sensibilité; et au contraire que ce soient les racines postérieui'es qui aient été coupées , toutes les parties auront perdu leur sensibilité , mais les muscles conserveront le pouvoir de se contracter par la volonté. Il résulterait donc de là, que les nerfs spinaux qui ont deux racines, jouiraient à la fois delà double propriété d'être les conducteurs du mouvement et du sentiment; et qu'au contraire les nerfs encéphaliques , qui n'ont qu'une seule racine , n'auraient qu'une seule de ces propriétés , et seraient exclusivement, ou des nerfs sensilifs , ou des nerfs moteurs , selon que leur racine serait , ou au faisceau postérieur, ou au faisceau antérieur de la moelle alongée. Il en résulterait encore qu'on pourrait distinguer déjà, sous le rapport physiologique, trois espèces de nerfs : des nerfs sensitifs , qui naissent par une seule racine du faisceau postérieur des moelles spinale et alongée; des nerfs moteurs , qui naissent par une seule racine du faisceau antérieur de ces mêmes moelles; et enfin des nerfs qui sont en même temps sensitifs et moteurs, qui ont deux racines, une à chacun des faisceaux postérieur et antérieur de la moelle. Déjà des auteurs anciens, Hérophile, Galien , avaient instinctivement établi ces distinctions entre les nerfs; mais elles viennent d'être

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proposées de nouveau, et d'après des faits spéciaux, par Ch. Bell en An lelerre, et par MM. Magendie et Desmoulins en France.

Nous avons dit encore que la moelle alongée est , «elon beaucoup d'anatomistes , composée de trois faisceaux de chaque côté, un antérieur, un moyen, et un postérieur. Or, tandis que, d'api-ès l'hypotlièse précédente, le faisceau antérieur produirait les nerfs moteurs , et le faisceau postérieur les nerfs sensitifs; le faisceau moyen , selon le même Ch. Bell , donnerait naissance à une troisième espèce de nerfs, chargés exclusivement de présider aux mouvements de la respiration , et que ce physiologiste appelle à cause de cela nerfs respirateurs. A ce troisième ordre de nerfs appartiendraient le nei'f accessoire de Jaillis, ou mieux le respirateur supérieur^ le nerf vague , le glosso* pharyngien ; le facial, que Ch. Bell appelle le nerf respirateur de la face ; le nerf diaphragmatique , et un autre nerf qui a la même origine que ce dernier,^ et qui devrait être appelé le nerf respirateur externe. Ainsi, la spécialité des nerfs ne se bornerait pas à ce que ces organes seraient, ou sensitifs, ou moteurs ; mais elles s'étendrait à des mouvements déterminés, ceux delà respiration. En effet, des expériences dues à Ch. Bell^ et que nous rapporterons ailleurs, semblent démontrer, que chaque nerf porte dans les muscles la faculté de concourir à la production de tels mouvements déterminés; et que des muscles, paralysés sous le rapport de tels mouvements , par la section d'un nerf, conservent leur aptitude à produire d'autres mouvements, sous l'influence d'autres nerfs laissés intègres.

Ainsi, selon Ch. Bell, il existe trois classes de nerfs; et ce physiologiste professe, qu'un nerf peut sans doute appartenir exclusivement A l'une ou l'autre de ces classes , mais aussi qu'un même nerf peut contenir des filets de diverses sortes, les uns sensitifs, les autres moteurs, et d'autres respirateurs. Il dit que , dans ce dernier cas, chaque filet conserve dans toute la longueur du nerf sa fonction, ou de sentiment , ou de mouvement , indépendamment de celle des autres filets qui se trouvent accoilés à lui, sans participer à

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leur influence et sans nuire à la leur. Ces eutrelacements que nous avons appelés plexus , ont , selon lui , pour but , de réunir dans un même nerf des filets qui ont des fonctions diverses, afin de faire jouir à la fois du sentiment, du mouvement et de tel ou tel mouvement déterminé , une même partie : il donne pour preuve, que ces plexus sont toujours en raison du Dombre des muscles qu'ils doivent animer, et de la variété des combinaisons de mouvements auxquelles ces muscles doivent concourir. Enfin , il fait sentir combien il est utile d'après ces idées , pour bien juger des offices des nerfs , de recLercber avec soin , et leur origine dans l'axe cérébro-spinal , et toutes leurs ramifications dans les organes. Par la première de ces reclierclies en effet, on découvre la fonction primitive du nerf; et par la seconde, on pénètre les connexions des diverses parties du corps, et quel est le concours de chacune d'elles à une même fonction. Enfin, considérant les nerfs dans la généralité des animaux, et ayant égard au nombre des fonctions exercées par eux, et A leur puissance pour associer les organes, Cli. Bell ramène tous les nerfs à deux grandes classes : ceux qu'il appelle réguliers ou primitifs . qui sont communs à tous les animaux, depuis les vers jusqu'à l'iiomme , et qui président en eux à la sensibilité générale et aux mouvements volontaii'es; et ceux qu'il appelle irrégaliers ou surajoutés, qui ont été ajoutés aux précédents, à mesure que l'organisation des animaux a offert des organes nouveaux ou plus compliqués. Les premiers naissent tous par deux racines, l'une de la colonne antérieure de la moelle spinale , et l'autre de la colonne postérieure; tous ont à cette dernière racine un ganglion, et se rendent de chaque côté aux parties qu'ils doivent animer, eu marchant perpendiculairement à la division longitudinale du corps , mais sans servir à établir de rapports entre les divers appareils de l'économie : ce sout chez l'homme , tous les nerfs spinaux, et un nerf encéphalique , celui qu'on appelle la cinquième paire, ou le trifacial. Les secoîids ne naissent que par une racine , à laquelle on ne voit jamais de ganglion; et sans affecter de symétrie dans leur distribution , ils se rendent à des organes qui sont déjà amplement pourvus des premiers, et y président à des fonc-

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lions nouvelles , en même temps que par eux sont établis les rapports des parties : ce sont tous les autres nerfs encéplialiques.

Déjà^ dans le système de Ch, Bell y on voit mi nerf encéphalique^ la cinquième paire , rapproché des nerfs spinaux. Comme les nerfs spinaux, cette cinquième paire est dite naître de l'encépliale par deux racines , avoir un ganglion à sa racine postéi-ieure; et comme eux , elle est rangée parmi les nerfs l'éguliers ou primitifs, parmi les nerfs qui sont à la fois sensitifs et moteurs. Or, plusieurs anatomistes ont voulu dans ces derniers temps en faire autant des autres nerfs encéphaliques. Ainsi que la partie de Fencéphale dite moelle allongée a été présentée comme la continuation des cordons constituants de la moelle spinale, et que îe reste de l'encéphale n'a été considéré que comme une expansion , un développement de ces cordons; ainsi qu'on a ramené la composition du crâne à celle du rachis, et assimilé les os qui le forment à des vertèbres i de même on a voulu ramener les sierfs encéphaliques aux conditions de structure que présentent les nerfs spinaux. Qu'on se rappelle, en effet, que la moelle allongée n'est que la continuation de la moelle spinale , et que c'est de cette moelle allongée exclusivement que naissent les nerfs encéphaliques, et on sera déjà très disposé à admettre cette analogie de structure. Les nerfs encéphaliques ne seraient que des nerfs spinaux dont les deux ra« cines ne se seraient pas réunies en un seul tronc, et dont chacune de ces racines aurait alors constitué une paire de nerfs à part. Telle est, par exemple, l'opinion que professe Meckel. Cetanatomiste assigne deux causes à la modification qui seule distinguerait les nerfs encéphaliques : i° le grand développement de la masse centrale du système nerveux dans l'intérieur du crâne; 20 le développement dans le crâne d'organes particuliers pour les sens. De ces deux causes, la première est facile à concevoir; la masse centrale dans l'intérieur du crâne n'a pu éprouver un grand développement sans tenir mécaniquement écartées Tune de l'autre les deux racines d'un nerf, et empêcher leur réunion. La seconde ne peut être comprise sans quelques détails. Il faut savoir que ces organes particulier qui se développent dans le crâne pour les

senS; ont pour fondements les nerfs qui s'y rendent; or, ceux-ci ne sont pas toujours des nerfs nouveaux ; le plus souvent ils ne sont que des branches d'une paire primitivement existante, mais que la nature a élevé au rang de paires spéciales , en les faisant provenir directement d'une portion spéciale de l'encéphale. C'est ainsi, que la cinquième paire, par exemple, représente, dans les derniers animaux, tous les sens, et que ces sens qui dans les animaux supérieurs, ont des nerfs spéciaux, ne sont, dans des animaux moins élevés dans Féchelîe , vivifiés que par des branches de cette cinquième paire. Conséquemment, pour satisfaire à ce besoin, la nature a encore empêché la réunion des racines des nerfs encéphaliques , et fait de chacune de ces racines des nerfs spéciaux. Toutefois, ce n'est qu'en cela que les nerfs encéphaliques différeraient des spinaux ; ils en différeraient d'autant plus, qu'ils seraient plus antérieurs , de même qu'où a vu les vertèbres crâniennes différer d'autant plus de celles du rachis , qu'elles étaient plus en avant dans le crâne ; mais il serait possible de les ramener tous à un petit nombre de nerfs à deux racines, Ainsi ^ selon Meckei^ les quatre derniers encéphaliques , le nerf accessoire de Willis , le pneumo-gastrique, le glosso-pharyngien , et l'hypoglosse , ne formeraient d'abord qu'une seule paire, à la racine postérieure de laquelle répondraient les trois premiers , tandis que l'hypoglosse répondrait à la racine antérieure. Les trois premiers de ces nerfs naissent en effet du cordon postérieur de la moelle; tous les trois présentent un ganglion peu après leur sortie du crâne ; ils sortent de cette cavité par la même ouverture, le trou déchiré postéi'ieur, et ont entre eux dès leur origine d'intimes communications : le nerf hypoglosse , au contraire, naît du cordon antérieur de la moelle. A la vérité , tandis que les deux racines des nerfs spinaux sortent par le même trou de conjugaison, ici la racine postérieure sort par le trou déchiré postérieur , et la racine antérieure sort par un autre, le trou condyloïdien antérieur. Mais cette différence est de peu d'importance , car elle se retrouve pour les nerfs spinaux en certains animaux ; par exemple, dans les poissons , les racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux sortent du rachis par des trous

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séparés; et dans beaucoup de mammifères, les deux premières paires cervicales ont leurs racines écartées , et sortant par des trous distincts, comme si la nature tendait déjà à les disposer comme le seront les nerfs encéphaliques. Quant aux huit autres nerfs de l'encéphale, Meckel convient qu'il n'est pas aussi facile de les réduire en paires distinctes ; mais il cherche au moins à indiquer A quelle nature de racines appartiennent leurs origines. Le nerf moteur commun et le nerf oculo-musculaire externe , ont le caractère de racines antérieures ; il en est de même du nerf trijumeau; au contraire, le nerf acoustique, le nerf de la quatrième paire , et le facial , ont celui de racines postérieures. Le nerf optique , comme naissant des tubercules quadri jumeaux et des couches optiques , serait aussi comparable à une racine postérieure , et l'olfactif, au contraire, à une racine antérieure. Enfin, Meckel est très disposé à croire que les nerfs facial, auditif, pathétique , trijumeau , moteur commun et moteur externe, ne sont qu'une même paire , à la racine postérieure de laquelle correspondent les trois premiers , tandis que ce serait à la racine antérieure que répondraient les trois derniers. Toutes ces idées, sans doute, ont besoin d'être confirmées ; on peut leur reprocher en beaucoup de points d'être contradictoires ; comme lorsqu'on place la cinquième paire encéphalique , tantôt comme analogue aux nerfs spinaux , parce qu'elle a deux racines, et tantôt comme correspondant à une racine antérieure , bien qu'on en fasse un nerf spécialement sensitif , et non un nerf moteur. Mais nous les rapportons, parce qu'elles caractérisent la direction suivie aujourd'hui dans les études anatomiques , direction qui consiste à considérer tous les animaux comme un seul être, et à rechercher si, malgré toutes les différences qu'ils présentent, il y a ou non unité dans leur organisation. Cette voie nouvelle a sans doute amené déjà quelques écarts ; peut-être conduira-t-elle à de plus grands encore; mais elle n'en est pas moins un grand pas dans la science, et ce qui peut le plus l'établir sur des fondements solides. Aussi ne négligerons-nous dans cet ouvrage aucuns des travaux qui s'y l'apportent.

ARTICLE III

Les nerfs grands sympathiques.

La troisième partie du système nerveux de l'hom^me et des animaux vertébrés , est appelée nerf grand sjmpaîhique , nerf trisplanchnique j nerf ganglionnaire. C'est cliez l'homme un organe nerveux, composé d'une série de ganglions , tous unis entre eux par des branches intermédiaires; formant ainsi un tout étendu sur les côtés du rachis , depuis la base du crâne jusqu'à la partie inférieure du tronc; communiquant par un rameau avec chacune des trente paires de nerfs spinaux, et plusieurs des nerfs encéphaliques; et détachant de ses divers ganglions des nerfs qui , accompagnant les artères, vont se distribuer particulièrement aux organes des fonctions involontaires. A sa partie supérieure, il est caché dans le canal carotidien et le sinus caverneux, et se présente sous la forme d'un plexus gangliforme , dont deux filets vont à la rencontre de la sixième paire encéphalique, et un autre à celle du nerf vidien de la cinquième: par cette cinquième paire, il communique aussi avec un ganglion dit ophtalmique , que Bichat considère comme lui appartenant , qui serait conséquemment le plus supérieur des ganglions qui le composent, et qui, comme son nom l'indique, est destiné à l'œil. Sorti du canal carotidien, il se dirige en bas, sur le côté du rachis, jusqu'au sacrum, présentant une série de ganglions : trois au col , les ganglions cervicaux supérieur , mojen et inférieur; douze au dos , les ganglions ihoj'aciques ; cinq aux lombes, \es ganglions loni^ h aires ; et trois ou quatre au sacrum, les ganglioji s sacrés. Arrivé au coccix, il se termine par un petit ganglion, dit coccigien, ou en s'unissant avec le nerf grand sympa thiqne du côté opposé. C'est à travers l'intervalle qui sépare les piliers du diaphragme, qu'il passe du thorax dans l'abdomen. A raison des branches qui unissent les ganglions entre eux, il paraît ne constituer qu'un seul nerf. Il faut étudier en lui ses ganglions , et les jierfs qui les unissent et en proviennent pour se distribuer aux organes.

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