‹ Physiologie de l'hommeChapitre 27 sur 43 · DU NERF GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

DU NERF GRAND SYMPATHIQUE

Les ganglions ont une forme irréguliève , assez généralement arrondie. Indépendamment d'une double enveloppe celluleuse qui les revêt , et des vaisseaux sanguins qui les pénètrent pour leur nutrition, ils sont composés de deux parties : lo de filets nerveux blancs, qui en émanent ou y aboutissent, et qui sont droits quand le ganglion est formé d'un seul nerf, ou entrelacés, quand ils sont formés de plusieurs. M. Lohstein dit avoir vu nettement, sur un nerf grand sympathique macéré , que le cordon médullaire , émané du ganglion cervical supérieur , par exemple , traversait tous les ganglions, mais en s'y mêlant avec d'autres cordons qui constituaient leur substance ; 2° d'une matière molle , d'un gris rougeâtre , pulpeuse , albumineuse ou gélatineuse , qui remplit les intervalles des filaments nerveux : on a voulu assimiler cette matière à la substance grise du cerveau ; mais elle ne se comporte pas de même aux réactifs , comme le prouvent des expériences de Bichat et de TVutzev, Que sont CCS ganglions ? Les auteurs sont très divisés sur ce point. Willis y Haller, FFinslow , en font de petits cerveaux sécrétant les esprits animaux ; Lancisy, Vicq-d'Azjr, des espèces de cœur, imprimant une impulsion à ces esprits , ou des réservoirs destinés à les tenir en dépôt. La plupart les considèrent comme des moyens de division , de distribution des nerfs , ou comme servant à les unir et les mélanger ; Scarpa fait le mot ganglion synonyme du mot plexus; et, selon lui , les ganglions ne sont que des plexus dont les filets sont très rapprochés y et les plexus , des ganglions dont les filets sont plus écartés. Joknstone dit qu'ils servent à entraver la transmission des sensations et les ordres de la volonté dans les nerfs qui en émanent. D'autres , au contraire , veulent qu'ils concentrent, renforcent l'action nerveuse, ou la répartissent uniformément dans les appareils des fonctions nutritives. Enfin , on en a fait les centres d'autant de systèmes nerveux particuliers , et les analogues des ganglions qui composaient à eux seuls le système nerveux dans les animaux où ce système est au plus grand degré de simplicité.

Les nerfs du grand sympathique, sont de trois sortes; ceux qui unissent les ganglions entre eux et parais-

sent ainsi en former un seul organe; ceux qui unissent ces ganglions aux trente paires spinales ; et enfin ceux qui des ganglions se distribuent aux organes. Les premiers sont blancs , courts , ne forment pas de plexus , ne fournissent aucuns rameaux , ressemblent aux nerfs spinaux , et ne paraissent être qu'anastomo tiques. Il en est de même des seconds. Mais les derniers, qui sont les plus importants, sont d'un ordre particulier; ils sont rougeâtres, mous, sans disposition piexiforme dans leur intérieur , et restent toujours petits et grêles. Emanant des ganglions, et non du cordon nerveux qui est dans leur intervalle , ils s'entrelacent autour des artères, et les accompagnent jusque dans leurs ramifications dernières; ils deviennent ainsi un des éléments générateurs des organes , et probablement existent en toute partie. Souvent, avant de suivre les artères, ils forment auparavant, en s'entrelaçant entre eux, des plexus inextricables auxquels on a donné des noms particuliers ; et c'est de ces plexus que partent ensuite les nerfs qui s'attaclient aux artères et les suivent. Ainsi, du plexus gangliforme qui existe dans le canal carotidien^ naissent des filets qui , selon TVinslow et M. Ribes , s'attachent aux artères cérébrales. Du ganglion cervical supérieur, en proviennent d'autres qui suivent l'artère carotide externe. Beaucoup de filets provenant des ganglions cervicaux et thoraciques forment, en s'entrelaçant le plexus dit cardiaque, d'où naissent les nerfs du cœur et des gros vaisseaux. Ces mêmes ganglions thoraciques en fournissent pour chaque artère intercostale. Un nerî dit grajid splajîchnique , provenant de quelquesuns des ganglions thoraciques , passe à travers les piliers du diaphragme du thorax dans l'abdomen, et, à peine parvenu dans cette cavité , s'y termine dans un vaste plexus , dit pleocus semi-'lunaire . Ce plexus, en s' unissant avec celui du côté opposé, forme un entrelacement nerveux plus vaste encore, appelé plexus solaii^e ; et c'est ensuite de celui-ci que partent les nombreux filets qui , s'attachant aux artères coronaire stomachique, hépatique, splénique^ spermatique , rénale , mésentérique supérieure , mésentérique inférieure, liypogastrique , etc. > vont se distribuer aux parties

DU NERF GRAND SYMPATHIQUE. 2o3

que ces artères alimentent, à l'estomac, au foie, à la rate , aux testicules, aux reins, à l'intestin, etc. Nous ne présentons ici qu'une description générale de ce nerf, sur lequel nous reviendrons ailleurs.

Tel est le grand sympathique chez l'homme. Les premiers anatomistes l'appelaient le nerf intercostal , et le considéraient comme un nerf encéphalique provenant de la cinquième ou de la sixième paire , ou des deux ensemble. ÏPourfour du Petit, ensuite, en fît un nerf spinal ^ sur trois raisons: 1° que sa communication avec la cinquième ou sixième paire encéphalique, qu'on disait son origine, se faisait sous un angle aigu en arrière; ce qui annonçait que ce nerf, au lieu de provenir de ces paires de nerfs , allait seulement les rejoindre; 20 que la sixième paire encéphalique était plus grosse après avoir reçu le filet du grand sympathique qu'avant j ce qui prouvait encore qu'elle ne fournit pas ce nerf, mais le reçoit; 3» qu'enfin le nerf grand sympathique diminuait de volume à mesure qu'il ap- /prochait de l'encéphale , ce qui est le contraire de ce qui aurait dû être, s'il y avait pris son origine. Après, Winslow présenta le grand sympathique comme un système nerveux isolé , considérant les ganglions qui le composent comme autant de petits cerveaux , et regardant les filets qui l'unissent , en haut avec la cinquième et sixième paire encéphalique, et tout le long du rachis avec chacune des ti'ente paires de nerfs spinaux, comme de simples anastomoses. Enfin, Bichat et Reil , s'emparant de l'idée de TVinslow ^ l'ont fait adopter presque généralement. Le grand sympathique est, selon eux , formé d'une série de ganglions, constituant autant de systèmes nerveux spéciaux, indépendants les uns des autres , seulement communiquant par des bran^ ches intermédiaires , et entre eux, et avec la moelle spinale, et avec l'encéphale. Leurs arguments sont les suivants : lo les rameaux qui sont étendus de la moelle spinale aux ganglions du grand sympathique rougissent et prennent successivement les cai^actères de ce nerf 5 à mesure qu'ils approchent des ganglions; d'où l'on peut conclure, que ces nerfs sont plutôt des rameaux anastomotiques à la moelle,

que des rameaux d'origine du grand sympathique ; 20 les rameaux qui sont étendus d'un ganglion à l'autre sont entre chacun ^ tour-à*tour uniques ou multiples , grêles ou gros ; et cette disposition ne s'accorde guère avec l'idée qui fait de tous ces rameaux un seul et même nerf continu ; o» il n'y a pas de proportion entre les filets qui sortent en bas d'un ganglion , et ceux qui y ont pénétré en haut ; ce qui ne permet pas de croire que les uns ne soient que la continuation des autres ; 4*^ il est évident que chaque ganglion , ainsi que les nerfs propres qu'il fournit , ont chacun leur texture propre, et qui les distingue de tous les autres; 5o enfin, il existe souvent des interruptions dans la longueur du grand sympathique ; Haller, par exemple , l'a vu finir à la sixième côte, et renaître plus bas du septième nerf dorsal; Bichat dit que souvent il est interrompu entre le dernier ganglion thoracique et le premier lombaire, et entre le dernier lombaire et le premier sacré.

Cependant l'admission de ces idées de FFinslow , Reil et Bichat n'est pas universelle. M. Chaussier considère encore le nerf grand sympathique, comme un nerf encéphalique. Le gallois ^ Béclard , au contraire, en font un nerf spinal. Il en est de même de M. Lohstein , qui dit avoir, par la dissection, suivi le nerf à travers les ganglions cervicaux jusque dans les ganglions tlioraciques, le nerf se mêlant sans doute dans chacun d'eux aux filets divers qui constituent leur substance, mais restant néanmoins assez distinct pour qu'on puisse le reconnaître , et occupant le côté interne des ganglions. Cet habile anatomiste dit aussi avoir poursuivi les racines du nerf grand splanchnique jusque dans le premier ganglion cervical. Enfin, Meckel en fait un nerf à la fois encéphalique et spinal, plaçant son origine dans plusieurs paires encéphaliques et dans tous les nerfs spinaux. Admettant, que plus un nerf doit être indépendant de l'axe cérébro-spinal , et doit affranchir de l'influence de la volonté les organes auxquels il se distribue , plus sont nombreuses les paires de nerfs qui lui donnent naissance , et plus sont multipliés les plexus qu'il forme en sou trajet, et les ganglions qu'il traverse ; Meckel fait consister en ces seules dispositions

DU IVERF GRAIN D SYMPATHIQUE. 2o5

les différences qui distinguent ]e gi*and sympathique des autres nerfs. Il donne en preuve, que d'autres nerfs, par cela seul qu'ils avivent des organes dont les fonctions sont involontaires, offrent déjà en partie ces caractères d'une origine multiple, et d'une disposition plexiforme et ganglionnaire en leur trajet. Il cite en exemple le nerf diaphragmatique , qui^ destiné à un muscle dont le jeu n'est pas exclusivement volontaire, provient de plusieurs des paires cervicales; les quatre nerfs encéphaliques postérieurs , et surtout le nerf vague, qui, comme le grand sympathique, destiné principalement aux viscères , offre à son origine des anastomoses plexiformes nombreuses avec les nerfs cervicaux supérieurs , et qui forme dans son trajet de nombreux plexus , desquels partent les nerfs qu'il envoie aux organes. Selon Meckel , le grand sympathique ne diffère de ces nerfs, qu'en ce que toutes ces dispositions sont portées en lui au plus haut degré, à un degré tel, que d'une part les origines du nerf sont aussi "^ nombreuses que possible , et que, d'autre part, la texture plexiforme dans le trajet et à la terminaison est arrivée au point que cette partie du nerf est devenue prédominante sur les rameaux d'origine , et a été élevée , comme il le dit, au rang et à la dignité de partie centrale. Meckel , en effet, distingue dans le grand sympathique; lO les ganglions centraux ou la partie centrale , qui se compose des nombreux plexus ganglionnaires situés dans l'abdomen, et qui ont pour point de départ ce que nous avons appelé les -plexus semi-lunaires et solaire; 2° les ganglions externes , limitrophes , ou la partie externe , qui comprend la série des ganglions situés sur les côtés du rachis , depuis la base du crâne jusqu'au sacrum. Le nevî grand splanchnique , n'est, selon lui, qu'un moyen de communication entre la première de ces parties qui, par sa prédominance, est devenue un centre, et la seconde, qui est celle par laquelle le nerf est lié à l'axe cérébro-spinal, et au reste du système nerveux. Nous allons voir ci-après les mêmes idées reproduites, surtout en ce qui concerne le nerf vague , dont les rapports anatomiques et physiologiques avaient été depuis longtemps entrevus, et qui, à cause de cela , avait été appelé an-

ciennement le nerf moyen srmpathique. Venons aux usages du grand sympa tliique , auxquels ceci nous conduit.

Les Anciens croyaient que le nerf grand sympatliique servait à établir les connexions des divers organes; et de là même le nom qu'ils lui avaient donné. Mais Reilet Bichat remarquant , 1° que les organes des fonctions involontaires, de la digestion, de la respiration, de la circulation, etc. , jont besoin, pour pouvoir agir, de l'intégrité des nerfs qui s'y distribuent, ainsi que nous le montrerons; 20 que les nerfs de ces organes proviennent en grande partie du grand sympatliique ; 3» qu'enfin les nerfs du grand sympathique décèlent des propriétés bien différentes de celles des autres nerfs ; que , par exemple , tandis que dans les expériences les autres nerfs se montrent très sensibles, ceux du grand sympathique paraissent insensibles, sont impunément coupés, brûlés, etc., ReilelBickat, à raison de ces considérations, ont conjecturé que le grand sympathique était chargé de présider àtoutes les fonctions qui sont en nous hors la dépendance de notre volonté et de notre conscience; et cette opinion est aujourd'hui presque universellement adoptée en physiologie. De là le nom de système nerveux organique donné à ce nerf, par opposition aux autres parties nerveuses comprises sous le nom de système nerveux animal ; parce que le premier est dit présider aux fonctions involontaires et non senties , et le second aux fonctions animales ou de relation.

Seulement PFeber a. -publié , en 1817, à Leipsick, une Dissertation sur l'anatomie comparée du grand sympathique , dans laquelle il établit que la fonction attribuée au grand sympathique d'être le nerf viscéral, est aussi en partie remplie par le nerf vague. Selon ce savant , le nerf grand sympathique est d'autant moins développé que l'animal est inférieur ; le nerf vague , au contraire, l'est d'autant plus, et à la fin finit par être le seul nerf viscéral. Ainsi , le grand sympathique, quoique existant dans tous les mammifères, diminue déjà chez eux en raison de la place qu'ils occupent dans le cadre zoologique. Dans les oiseaux , c'est encore plus marqué, les ganglions du col et le cœliaque manquent; et au lieu des plexus viscéraux , ce ne sont que de simples filets.

Page 1