PRÉFACE
DE lA PREMIÈRE ÉDITION.
LiYRÉ depuis quinze années à l'enseignement publie de la physiologie de l'homme , je me suis efforcé de suivre les progrès de cette science, de rassembler tous les faits qui lui appartiennent , et de les disposer dans l'ordre le plus propre à faire comprendre aisément ce que l'on sait du mécanisme de la vie de cet être. L'ouvrage que je publie aujourd'hui est le prodiit de mes travaux sous ces divers rapports.
Le sujet que j'embrasse est immense ; l'homme est le premier des êtres vivants ; nul ne possède un aussi grand nombre de facultés , n'offre , dans sa structure , autant d'organes; dans aucun, la vie ne se compose d^autanl de phénomènes , et ne présente un mécanisme aussi compliqué ; pour en tracer une exposition claire , il faut , sans cesse , en appeler à la physiologie des autres animaux ^ et recourir à des notions empruntées à toutes les autres sciences naturelles. A tous ces titres, la composition d'un Traité de la physiologie de l'homme présente de grandes difficultés.
Mais , à aucune époque des temps passés , on n'a pu réunir, pour un tel travail , plus de secours. La physiologie de l'homme , étudiée dès les premiers âges de la médecine, est déjà très riche en faits; et cultivée surtout avec ardeur depuis un siècle, elle en voit chaque jour augmenter le nombre. L'anatomie , dont elle ne peut se séparer^ a fait connaître maintenant ,
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jusque dans les plus petits détails , ia structure du corps humain , et » malgré ses continuels efforts , espère à peine de nouvelles découvertes. Les physiologistes^ dans leurs recherches , embrassent désormais toute la nature vivante ; et, indépendamment de ce que cette direction , imprimée à leurs travaux , donne à leur science un caractère éminemment philosophique, souvent ils trouvent, dans d'autres espèces animales , le secret d'opérations qui , étudiées dans l'homme seul, n'auraient pu être pénétrées. Les sciences physiques et chimiques dont les progrès , dans ces dernières années, ont été immenses , fournissent, sur les corps naturels non vivants , des notions qui deviennent chaque jour plus exactes. Appliquées à l'étude des corps vivants eux-mêmes et de l'homme , elles font connaître plusieurs points de leur histoire; par exemple, les rapports matériels qu'ils ont nécessairement et inévitablement avec les agents universels de noire globe. Faisant enfin pénétrer , de plus en plus , les lois des phénomènes généraux de la nature, peut-être qu'un jour elles arriveront à montrer que les phénomènes de la vie sont eux-mêmes dépendants de ces k^is , et que hi physiologie rentre dans h^ physique générale. Pour arriver à \à connaissance de la nature physique et organique de l'fiomme , on s'aide de l'observation de cet être dans toutes les conditions possibles de sou existence, en maladie comme en sanlé; et, par un heureux concert, tandis que le pathologiste , pour connaître et traiter les maladies de l'hou) me , en appelle sans cesse à ce que la physiologie lui a appris de la nature de cet être; de son côté, le physiologiste , pour approfondir celle-ci , interroge continuellement les laits de la pathologie. Enfin , jamais l'art expérimental n'a été plus habilement mis en œuvre, et la méthode analytique de Bacon plus rigoureusement suivie. D'une
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part , des expérimentateurs ingénieux étudient un à un chaque phénomène organique, souvent chaque élément d^m même phénomène, et ainsi analysent le mécanisme de la vie. D^autre part, jamais en aucun temps on ne s'est plus attaché aux faits , on n'a mis pins de soin à ne voir qu'eux dans les abstractions qui les expriment , à ne fonder que sur eux les principes des sciences. En prenant l'organisation pour point • de départ de tous les travaux , on s'est mis en garde contre les erreurs de l'ontologie et des abstractions. La; physiologie surtout a doublement profité de cet emploi d'une bonne méthode : elle doit à l'application qui en a été faite à elle-même et aux autres sciences ; d'un côté , d'avoir reçu de celles-ci des notions à la fois plus sûres et plus fécondes, et, de l'autre , d'avoir quitté les fausses routes dans lesquelles elle s'était, à plusieurs reprises, engagée.
A l'aide de ces secours , par lesquels s'étend chaque jour la physiologie de l'homme , on peut donc aujourd'hui, plus que jadis , espérer pouvoir en tracer le tableau ; et je les ai mentionnés , moins pour faire l'éloge , du reste bien mérité , des temps actuels , que pour indiquer les sources diverses auxquelles j'ai puisé ^ et faire connaître aussitôt le caractère de cet ouvrage. Gomme on le conçoit , j'ai dû faire servir les travaux de tous les médecins anciens , et ceux de tous mes contemporains. La science de la physiologie , ainsi que toute autre, ne s'est faite que lentement; elle n'est l'œuvre d'aucun homme en particulier , mais celUvde tous : j'ai dû recueillir les faits à mesure qu'ils ont été découverts , et les doctrines diverses qui successivement en ont été déduites. Aussi^ cet ouvrage, à proprement parler, n'est pas le mien ; il appartient à louspes savants, surtout à ceux de l'époque actuelle : je n'ai fait que rassembler leurs travaux, qui étaient
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épars , pour les rattacher à un même but ,; qu'en former un ensemble où tout fut lié , et où les faits et les principes fussent présentés dans un ordre tel qu'on pût en suivre^ sans efforts, les développernenls. Tel a été du moins le but que je me suis proposé. Offrir l'état actuel des connaissances sur la physiologie de l'homme, et le faire de manière à être toujours clair, et à ce que le lecteur reconnaisse aussitôt ce qui est certain, ce qui n'est que vraisemblable , ce qui n'est qu'à peine entrevu , enfin , ce ([ui est tout-à-fait inconnu , et peut-être le sera toujours : disposer les faits et les doctrines, dans un ordre tel, que les uns et les autres soient aussitôt compris , jugés , appréciés : aborder toutes les questions de la science, après les avoir placées où elles doivent l'être; de sorte qu'on puisse, soit y ajouter leur explication , quand on l'aura trouvée, soit rectifier , sans nuire à l'ensemble, les explications erronnées que je puis avoir données : enfin , mettre les élèves en médecine à même de lire avec fruit tous les ouvrages de physiologie , malgré les dissemblances de leurs doctrines , de leurs opinions, de leurs langages : tels sont les objets divers que j'ai eus en vue. J'ai surtout cherché à procéder partout avec méthode , et c'est en cela que m'a servi la pratique de l'enseignement. Professer , me paraît être la condition la plus heureuse pour faire un livre (jue l'on destine à l'instruction des autres. Les efforts continuels que l'on fait pour exposer brièvement et en termes clairs, les questions souvent les plus complexes, vous amènent à la fin à en découvrir îe trait principal , celui auquel se rattachent tous les autres, comme accessoires ou comme développements. Dans l'enseignement, on suit tour-à-tour la voie de l'analyse et celle de la synthèse , selon que Ton traite une question peu connue encore ou approfondie ; on s'efforce surtout de