‹ Physiologie de l'hommeChapitre 32 sur 43 · SENS DU GOUT · texte numérisé non relu

SENS DU GOUT

voir un aliment qu'il sait d'avance lui convenir. C'est surtout avec l'estomac, organe principal de la digestion ;, que le goût est uni. Dans la série des animaux , généralement, le goût trouve une saveur agréable aux substances naturelles qui sont aliments; et, au contraire, il trouve une saveur désagréable à celles qui sont réfractaires à Féconomie digestive , et qui sont des médicaments. A cet égard, le goût varie dans la série des animaux dans le même rapport que l'alimentation. De même, la faim signale-t-elle le besoin qu'éprouve l'estomac de recevoir des aliments ? le goût est éveillé, disposé à agir; il s'exerce avec plus de vivacité et de jouissance ; les papilles de la langue sont plus saillantes. Au contraire , à mesure que la faims'appaise , le goût se fatigue de ce qui lui avait plu d'abord. Enfin une maladie atteint-elle l'estomac, et y empêcbe-t-elle le développement de la faim , ou y fait-elle naître une faim pervertie ? le goût participe de ces états divers : ou il ne trouve aucune saveur aux aliments, les papilles de la langue sont affaissées, et la surface de cet organe toute lisse ; ou bien , il trouve une saveur fausse aux aliments , indépendamment des erreurs qu'il peut devoir aux sucs muqueux morbides qui peuvent former un enduit à la langue. Rien n'est donc mieux prouvé que l'usage principal du goût : et remarquons en passant combien est grande la bonté de la nature, qui pour nous contraindre à un acte qui importe à notre conservation , y a attaché le caractère séduisant du plaisir.

§ 4' Il nous reste à indiquer quelle est la portée de ce sens dans l'homme , relativement à ce qu'elle est dans les animaux. Ce sens est chez nous assez délicat ; car , d'un côté , la partie nerveuse de l'organe est assez développée y les trois nerfs de la langue sont assez gros; de l'autre côté, l'appareil antérieur est convenablement disposé , les papilles sont spongieuses et assez mises à nu; la surface de la langue est sans cesse humectée de sucs qui sont toujours prêts à liquéfier le corps sapide, et qui maintiennent souples les papilles ; l'épiderme n'est ni trop épais , ni trop mince , etc. On est même allé jusqu'à dire que le goût n'était chez aucun animal plus parfait que chez l'homme. Sans doute beau-

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coup d'animaux lui cèdent sous ce rapport , les oiseaux , par exemple , qui ont la langue coraée , les poissons, qui avalent leur proie sans la mâclier; mais beaucoup aussi paraissent avoir un goût plus délicat, à juger du moins par la grande étendue de leur langue , le gros volume des nerfs qui y aboutissent, le grand développement des papilles, la finesse de l'épiderme. Si Ton objecte que dans aucun la langue n'est aussi mobile que dans l'homme , on peut répondre que cela tient moins à la fonction du goût qu'aux autres fonctions de la langue , à la parole , par exemple. Il est certain, au moins, que le goût est pour l'homme un guide moins sûr dans le choix des aliments que pour les animaux; tandis que ce sens est pour ceux-ci un instinct conservateur d'autant plus fidèle qu'ils sont plus inférieurs, il est souvent trompeur dans l'homme ; il faut dans cet être que l'intelligence apprenne sans cesse à reconnaître et à prévenir ses erreurs. Il semble que la nature ait voulu, sous ce rapport , comme sur tant d'^autres, nous abandonner à nous-mêmes , se reposant sur l'intelligence dont elle nous a fait don, et voulant nous forcer à déployer sa puissance.

On conçoit, du reste, que dans chaque espèce animale, et même dans chaque individu d'une même espèce , dans chaque homme , les nerfs du goût ont une organisation spéciale , qui détermine non-seulement le degré de délicatesse du sens, mais encore le genre de saveur qui est trouvé aux différents corps sapides. On sait que telle substance , qui est insipide pour tel animal, est, au contraire, sapide pour tel autre; que telle substance, qui a pour tel individu une saveur agréable, souvent en a une désagréable pour tel autre. Ainsi que nous l'avons dit, toutes ces différences tiennent à une organisation spéciale des nerfs du goût , mais qu'il nous est impossible de caractériser ; nous ne pouvons pas même les juger, car , pour ce qui est de tout acte de sensibilité, nous en sommes réduits à ce que nous éprouvons nousmêmes , et notre manière de sentir est le type auquel nous rapportons tout. Trois circonstances expliquent toutes les variétés que présente le goût dans les divers hommes : l'organisation spéciale des nerfs du goût , et qu'il nous est

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impossible de spécifier; la structure plus ou moius licureuse de la langue, qu'il est plus facile d'apprécier; enfin, Tobservance plus ou moins entière de toutes les précautions d'îiygiène propres à conserver la langue clans l'état le plus convenable pour l'exercice de sa fonction.

Le goût est , comme tout sens , même plus que tout autre . dépendant de la volonté; par conséquent, il s'exerce de deux manières, passivemenl ou actwenient , et est passible de l'éducation. Dans l'exercice actif du goût;, il y a d'abord action de l'appareil musculaire de l'organe , pour appliquer la partie sentante au corps sapide; la partie musculeuse de la langue presse ce corps sapide , l'enveloppe , pour que le contact soit le plus parfait possible, et dans le degré qui convient à la délicatesse de la sensation. Ensuite , il y a érection de la papille nerveuse , qui exécute l'action d'impression. Par la culture, enfin , on fait acquérir à ce sens une délicatesse extrême. Quelle ditférence n'y a-t-il pas entre le palais du simple habitant des campagnes et celui du voluptueux citadin? Les gourmets vont jusqu'à percevoir plusieurs saveurs à la fois, jusqu'à analyser l'aliment composé dont ils usent. Il n'est pas rare de trouver dans notre Bourgogne méridionale des personnes qui , nonseulement reconnaissent les vins de chacun des terroirs qui la composent , mais encore assignent la propriété particulière qui les a fournis , et l'année où ils ont été récoltés. Pour faire acquérir au goût ce degré de perfection , il faut des soins, de l'étude; d'un côté, éviter tout ce qui , mécaniquement, peut altérer l'organe, épaissir l'épiderme, par exemple; de l'autre, exercer souvent, et avec mesure, le sens, et arrêter son attention sur les sensations qu'il fournit. Certainement, on juge mieux une saveur à la septième ou huitième fois qu'on l'éprouve , qu'à la première ; souvent un aliment^ qui avait paru peu savoureux d'abord, devient ensuite l'objet désiré de nos friandises. Si le goût acquiert moins vite de la perfection qu'un autre sens , et si l'on conserve moins la mémoire de ses sensations, c'est que généralement la faim fait précipiter ses opérations, et que le bien-être qui résulte de l'introduction des aliments dans

restomac vient se joindre à ses propres sensations , et y jeter de la confusion. Mais ces faits ne contredisent pas la possibilité de donner à ce sens beaucoup de sûreté et de délicatesse par un exercice convenable , et tous les gourmets en feront foi. Chez l'enfant, il est plus avide que délicat; chez le vieillard, quelque importance que celui-ci y attache, il offre , comme les autres actions , l'empreinte de la vieillesse; l'adulte est, par d'autres goûts, distrait de ses impressions; c'est dans l'âge mûr qu'il est le plus sûr , le plus exact , parce qu'on s'en occupe davantage. On conçoit bien qu'il ne faut pas en forcer Texercice; on sait que ce sens se perd chez les personnes qui abusent des aromates, des épices, des aliments de haut goût. Du reste , tout ceci doit s'entendre autant des déterminations intellectuelles qui font suite au goût, que du goût lui-même.

§ m. Sens de V Odorat.

Le sens de l'odorat ou de l'olfaction est celui qui nous donne la notion de cette qualité particulière des corps , qu'on appelle leur odeur. Il n'est aussi qu'un toucher , mais encore plus délicat que le goût, puisqu'il fait apprécier une qualité des corps encore plus intime que celle de la sapidité. Son histoire va comprendre les mêmes considérations , l'étude physique des odeurs , l'étude anatomique de l'organe du sens, et l'exposition du mécanisme de l'odorat.

i'' Des Odeurs.

De même qu'on avait appelé saveur la molécule intégrante du corps sapide , la partie de ce corps sapide qui , en impressionnant la langue , a été la cause de la sensation de saveur; de même on a donné le nom à^ odeurs à des molécules du corps odorant , à des particules qui , émanées de sa substance , vont impressionner le sens de l'odorat , et sont la cause de la sensation d'odeur. Dans l'odorat comme dans le tact et le goût , c'est encore le corps extérieur lui-même , qui est en contact avec la partie nerveuse. La seule différence 3 c'est que ce corps n'agit ici que par Aqs émanations

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lancées au loin , et qu'ainsi l'odorat est un sens qui agit à distance , tandis que le tact et le goût ne sont impressionnés que par les objets rapprochés.

Walther ^ à la vérité, a émis l'opinion qu'un corps odorant n'était tel, que par un mouvement vibratil analogue à celui qui fait le corps sonore. Mais il est impossible de méconnaître que les odeurs ne soient des molécules spéciales, lorsqu'on les voit être incarcérées dans des vases , et être retenues par le verre; lorsqu'on les voit se suspendre dans des liquides, ou aqueux, ou huileux, ou alcooliques, et leur transmettre leurs propriétés ; lorsque l'on remarque que chacune affecte une préférence pour l'un ou l'autre de ces dissolvants; qu'elles s'attachent de même à des corps solides , et les rendent odorants; lorsqu'on les voit enfin, en même temps qu'elles affectent l'odorat , modifier réconomie. Qui ne sait combien les odeurs agissent sur le système nerveux? Plusieurs causent des migraines, des assoupissements, des convulsions. Les molécules qui les composent peuvent même être saisies par les absorbants , et aller exercer dans l'éconcmie une influence alimentaire ou médicinale. On raconte que Démocrite se soutint pendant trois jours par la vapeur qui se dégageait du pain chaud. Bacon cite l'exemple d'un homme qui put supporter une abstinence de plusieurs jours , en respirant l'odeur d'un mélange d'herbes aromatiques et alliacées. Bojle et Sennert disent que deux personnes ont été purgées , pour être restées dans une chambre où l'on pilait de l'ellébore noir et de la coloquinte.

Ainsi , les odeurs sont évidemment des particules émanées des corps odorants, et qui, dissoutes ou suspendues dans le milieu ambiant , vont impressionner l'organe de l'odorat. MM» Bertholet et Bénédict Pj^évost l'ont même prouvé par des expériences directes. Le premier a placé un morceau de camphre au haut d'un tube entièrement rempli de mercure, et il a vu qu'au bout de quelque temps le mercure descendait, que le camphre avait diminué , et qu'il était remplacé par un gaz odorant. Le second a vu qu'en plaçant à la surface de l'eau de petits fragments d'une matière odorante quelconque , ces petits fragments se mouvaieut subitement Tome I. 21

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et en tournoyant avec une grande vitesse, ce qui était dû à une foule de particules qui émanaient de tous les points de leur surface ; il s'est même servi de ce procédé , qu'il appelle odoj^oscope , pour deviner quels corps sont odorants, et quels autres ne le sont pas.

Mais , quelle cause fait ainsi émaner d'un corps quelconque ces particules? Est-ce un mouvement intestin dans le corps odorant , ou l'action dissolvante du calorique sur ce corps? On a adopté cette dernière opinion; et on en a conclu, ainsi que Tliéophraste l'avait avancé dès long-temps, que tout corps est odorant, parce qu'il n'en est point en effet dont le calorique ne puisse volatiliser quelques parties. On a dit que le corps qui est inodore ne nous paraît tel que parce que les particules qui émanent de lui sont trop subtiles pour faire impression sur l'organe de l'odorat. On s'est appuyé sur ce qu'il suiEt de faire varier, par des circonstances extérieures quelconques , la quantité dans laquelle se fait la volatilisation des molécules d'un corps , ainsi que le volume de ces molécules volatilisées , pour que le corps , d'inodore qu'il était , devienne odorant. 11 est bien vrai que , par une chaleur artificielle, l'application de la lumière, le frottement , l'humidité , de nouvelles combinaisons , l'électricité, la fermentation, l'état de l'air qui est le véhicule des odeurs , etc., on développe la qualité odorante dans des corps qui ne la présentaient pas. Mais néanmoins la proposition me paraît fausse. Ce n'est pas tout en eiTet qu'un corps soit tel que le calorique puisse volatiliser quelques-unes de ses molécules , il faut encore que celles-ci soient de nature à impressionner l'organe de l^odorat; sinon, tout corps qui est volatil serait odorant, ce qui n'est pas. De même que tout corps n'est pas sapide parce qu'il est soluble , de même tout corps n'est pas odorant parce qu'il est volatil. Il faut de plus uîi rapport spécial entre la particule liquéfiée ou volatilisée, et les oi'ganes du goût et de l'odorat.

Toutefois, les odeurs étant des molécules des corps, dissoutes , volatilisées par le calorique, et répandues dans l'air, ces odeurs forment autour de chaque corps odorant une atmosphère particulière , qui est d'autant plus dense ,

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qu'elle est plus rapprochée de ces corps. Tout corps odorant en projette en tout sens; et, comme on le conçoit, le rapprocliement^lacondensaliondecesmoléculeSj influentsurl'intensité de l'impression qu'elles dé lerminent sur l'organe de l'odorat.

Une fois dégagées par le corps odorant , ces odeurs se répandent dans l'atmosphère , qui en est le véhicule. Elles ne s'y comportent pas comme la lumière; leur mouvement n'est ni direct ni rapide; elles s'y propagent à la manière d'un fluide qui se mêlerait dans un autre; elles flottent dans son sein, et en suivent toutes les impulsions. En général, si latmosphère est immobile ou tranquille, la force des odeurs sera en raison inverse du carré de la distance. Du reste, il est parmi elles des variétés sur la distance à laquelle elles s'étendent. Comme les molécules qui ..^ les constituent sont très divisées, en général elles sont très dissolubles, et se propagent au loin: ainsi, un grain de musc suffit pour parfumer tout un vaste appartement. On rapporte que des vautours vinrent d'Asie sur le champ de bataille de Pharsale , attirés par l'odeur des cadavres qui y gissaient ; Bojle dit que l'on reconnaît, à vingt-cinq milles en mer, l'approche de l'île de Ceylan, par l'odeur de canelle qui s'en émane. Il est d'autres odeurs, au contraire , qui ne sont pas à un si haut degré dissolubles dans l'air; le parfum des roses , par exemple , se concentre autour du buisson qui porte les fleurs qui le dégagent.

L'air est-il le seul fluide qui puisse être le véhicule des odeurs? Long-temps on l'a pensé, plusieurs le pensent encore; et même , àcause de cela , on a nié l'existence de l'odorat dans les animaux aquatiques, et particulièrement dans les poissons. Mais les parliciiîes odorantes s'attachent aux corps solides ; pourquoi dès lors ne pourraient-elles pas se suspendre dans des fluides ? Ne reiidons-uous pas odorants des liquides? D'ailleurs il y a toujours de l'air incarcéré entre les molécules de l'eau ^ et cet air peut encore se charger des odeurs, et les porter à l'organe de l'odorat des poissons. 11 est sûr, au moins , que ces animaux sont attirés de loin par les appâts odorants que nous mettons dans nos pièges, et qu'ils ont le nerf olfactif.

3^4 rOTv^GTION DE LA SENSIBILITÉ.

Les particules odorantes sont généralement d'une ténuité extrême; d'une ténuité telle que, quelle que soit la quantité de celles dégagées par un corps odorant , le poids de celui-ci n'en est pas cliangé. D'après des calculs de Boyle et de NoUet , 2 grains de musc se sont divisés en 22,658,584^000 molécules, qui, à juger par ce nombre considérable , devaient être d'une petitesse excessive. C'est ordinairement le fait des odeurs que l'on cite en physique , pour prouver l'extrême divisibilité de la matière. Cependant , quelque ténues que soient ces molécules odorantes, elles le sont moins que les molécules lumineuses , puisque le verre , que celles-ci traversent, les retient.

C'est surtout relativement aux odeurs, qu'on s'est demandé si les particules qui les constituent forment un élément unique et particulier des corps , qu'on a appelé arôme, esprit recteur ; ou si elles ne sont que les molécules intégrantes du corps odorant qui ont été volatilisées par le calorique et dissoutes par l'air. Long-temps on professa la première opinion , et les corps devaient d'être odorants à un arôme ou esprit recteur , qui , selon les uns, était acide , et, selon les autres, huileuoc. Mais aujourd'hui, on croit le contraire , et l'on se fonde : sur ce qu'il faudrait admettre autant d'espèces d'arômes ou d'esprits recteurs, qu'il j a d'odeurs; sur ce que ces odeurs, si elles avaient constitué un principe unique , auraient du présenter au moins quelques caractères généraux et communs; sur ce qu'on développe la qualité odorante dans un corps par des circonstances extérieures , qui ne font que volatiliser quelques-unes de ses parties, comme la chaleur, le frottement, etc.

On a aussi beaucoup cherché la cause des odeurs, c'està-dire pourquoi les particules odorantes impressionnent l'organe de l'odorat. Les uns ont accusé la figure de ces particules; mais elles sont si ténues, que la vue et le toucher, qui sont les seuls sens qui peuvent apprécier les figures, ne peuvent les apercevoir. D'autres, avec plus de raison, l'ont fait consister dans la nature chimique de ces particules, mais sans pouvoir spécifier quelle est la comiposition chimique qui rend un corps odorant. Dans l'état actuel de

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la science , on ignore à quelle condition chimique est due l<i qualité odorante des corps j et de là résulte, que l'expérience seule fait juger quels corps sont odorants; on ne peut les dire tels à priori, A cet égard, tous les corps naturels sont partagés eihodorants et en inodores ; ceux qui sont odorants ^ le sont en mille degrés.

Les odeurs ne sont pas moins nombreuses et variées que Tétaient les saveurs. Elles sont aussi multipliées qu'il y a de corps odorants dans l'univers, et d'espèces d'organe d'odorat. Or, les uns et les autres sont innombrables. Pouç énumérer toutes les odeurs, il faudrait : i9 avoir odoré tous les corps de la nature, et toutes les combinaisons que l'art peut en faire; 20 les avoir odorés dans toutes lés conditions possibles que peut présenter l'organe de l'odorat dans cbaque espèce animale et dans chaque individu. On voit que cela est impossible.

Qae dire alors de toutes les classifications qu'on a faites des odeurs ? Les uns les ont partagées en animales , végétales et minérales. Mais des odeurs analogues se retrouvent à la fois dans les trois règnes : l'odeur de musc, par exemple , est exhalée par la chair du crocodile , du rat musqué , la liqueur noire des poulpes , la sueur de l'homme quelquefois : par quelques végétaux, Yerodiuni moschatum , la rpsa moschata ; et enfin , par quelques dissolutions d'or ^ quelques terres dont on fait en Chine des théières. Il en est de même de l'odeur de Yail, qui se retrouve à la fois, et dans le végétal qui porte ce nom , et dans l'arsenic que l'on brûle , et dans une espèce de crapaud. Nous pourrions citer bien d'autres exemples. B aller, d'après la sensation plus ou moins agréable ([ue les odeurs produisent , en faisait trois genres , les am hroisiaques ou. agréables, les fétides ou désagréables , et les mixtes. Linneus avait fait sept genres d'odeurs : les aromatiques, comme celle des fleurs d'œillet ; les fragrantes , comme celle des fleurs de lys; les ambroisiaques , comme celles de musc , d'ambre; les alliacées ,; les fétides , comme celle du bouc; les repoussantes ou cireuses , comme celles de la plupart des plantes de la famille des solanées ; enfin, les nauséeuses. Il avait négligé les odeurs des substanQ.es.

minérales. Lorrj en établissait cinq genres : les camphrées , les narcotiques , les éthérèes ^ les acides ^volatiles , et les al" Jialines; et, selon leur degré de ténacité, il les rapportait à un principe fugace ou fixe. Fourcroy, d'après la nature chimique supposée des corps odorants , en faisait cinq classes : les extractlves ou muqueuses , \es huileuses fugaces ^ les huileuses volatiles, les arom^atiques et acides, et les hydro-s u Ifureuses .

Nous répéterons ici ce que nous avons dit à l'occasion des saveurs. D'abord, ces classifications ne peuvent être qu'incomplètes; car, comme on peut toujours attaclierun nom particulier à la moindre nuance d'odeur, on peut toujours aussi augmenter indéfiniment le nombre des odeurs. En second lieu, la seule classification possible des odeurs est celle qui les partage en agréables et désagréables; bien entendu qu^on ne sait pas plus pourquoi un corps a une odeur agréable ou désagréable , qu'on ne sait pourquoi il est odorant; bien entendu encore que ce rapport d'agrément et de désagrément que présente une odeur , varie , non -seulement d'espèce à espèce , d'individu à individu , mais encore dans le même individu, selon les conditions diverses dans lesquelles il peut être. Enfin , on ne peut pas plus définir les diverses odeurs que les saveurs ; étant des actes de sensibilité , on ne peut aussi qu'en rappeler le souvenir aux personnes qui les ont éprouvées , étant à jamais dans l'impossibilité de les faire connaître à celles qui ne les ont pas reçues.

2" Anatomie de Forgane de FOdorat.

L'organe de l'odorat cbez l'homme est une membrane nerveuse, analogue à celle qui est l'organe du goût, mais dans laquelle les papilles nerveuses sont encore plus délicatement disposées , parce que l'excitant qui doit les impressionner est encore plus ténu. Cette membrane , appelée olfactive ou pi" tuitaire 3 est aussi située à la tête, dans une cavité osseuse creusée dans l'épaisseur de la face et appelée fosse nasale, "Cette cavité est ouverte , en avant pour permettre l'accession dans son intérieur des molécules odorantes, et en ar-

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rière pour permettre à l'air de la respiration qui la traverse , de parvenir au poumon. Son ouverture antérieure est recouverte par une espèce de chapiteau, destiné à recueillir les molécules odorantes, et qu'on appelle le nez. De toutes ces parties qui composent chez l'homme l'organe de l'odorat, la membrane olfactive est la seule qui soit essentielle; souvent dans les animaux elle compose à elle seule l'organe de l'odorat; les autres ne sont que des pièces accessoires, qui ont été surajoutées successivement dans la série des animaux pour perfectionner le sens.

1° Fosse nasale. Cette cavité , creusée dans l'épaisseur de la face, est située au-desuss de la bouche, au-dessous du front, sur la ligne médiane, dans l'épaisseur de l'appendice qui forme la mâchoire supérieure. Ses parois sont en partie osseuses et en partie cartilagineuses. Elle résulte de l'assemblage de quatorze os , le frontal , i'ethmoïde , le sphénoïde , les os propres du nez , les os palatins , susmaxillaires, unguis, les cornets inférieurs et le vomer. Sa forme est fort irrégulière; elle est partagée en deux moitiés par une cloison médiane, que forment la lame perpendiculaire de I'ethmoïde, le vomer et un cartilage. C'est même pour cela que l'on dit \es fosses nasales, et non la fosse nasale. Chaque fosse a une forme quadrilatère, est plus large en bas qu'en haut , et telle qu'on peut y distinguer quatre faces , et deux ouvertures, lo hsiface supérieure est concave de devant en arrière, et la moins étendue de toutes; elle est foi-mée, par les os propres du nez en avant , les rainures de l'os ethmoïde au milieu, et le corps du sphénoïde en arrière. En ce dernier lieu , elle présente une ouverture qui conduit dans les cavités qui existent dans le corps du sphénoïde, et qu'on appelle le sinus spliénoïdal. 2" J^di face inférieure est convexe de devant en arrière, et concave transversalement, plus large que la précédente , et inclinée en arrière ; elle est formée, par l'apophyse palatine de l'os susmaxillaire en avant, et la portion transversale de l'os. palatin en arrière. 3° La paroi interne correspond à la cloison qui sépare en deux la cavité nasale; formée par la lame perpendiculaire

3^8 FOKGïION DE LA SENSIBILITE.

de l'os ethmoïde, le vomer et un cartilage , elle est lisse , le plus souvent droite , quelquefois cependant déjetée d'un côté ou de l'autre. 4° La paroi externe est la plus grande de toutes, formée par les os unguis, palatin, etlimoïde, susmaxillaire et cornet inférieur , et hérissée d'un grand nombre d'éminences et d^aspérités qui ont reçu le nom de cornets. Ces cornets sont au nombre de trois, placés les uns au-dessus des autres de liaut en bas , et ainsi désignés : le cornet supérieur, formé par une lame de l'ethmoïde , qui est ronlée sur elle-même; le cornet moyen , qui est au-dessous, et formé de même dans l'ethmoïde : enfin le cornet injérieur, qui est situé le plus bas , et qui est formé par un os particulier, l'os du cornet inférieur ou sous-ethmoïdal. Chacun de ces trois cornets est séparé l'un de l'autre par une sorte de gouttière , à laquelle on a donné le nom de méat. Il y a donc aussi trois méats : le supérieur , situé immédiatement au-dessous du cornet supérieur, recouvert par lui, et présentant deux ouvertures ; l'une en avant , appelée trou sphéno-palatin , et par où pénètrent dans la cavité nasale les nerfs et vaisseaux de ce nom ; l'autre en arrière , qui conduit à des cellules dont est creusée la moitié postérieure de l'os ethmoïde : le méat moyen , qui est au-dessous du cornet moyen, plus étendu que le précédent, et qui offre aussi deux ouvertures ; une en avant , qui conduit à des cellules creusées dans la moitié antérieure de l'os ethmoïde , et qui est appelée infundihulum ; une autre en arrière, qui conduit dans une cavité qui existe dans Fos susmaxillaire^ et qu'on appelle sinus maxillaire ou antre d^Higmore ', enfin le méat inférieur, situé au-dessous du cornet inférieur, dans lequel aboutit l'orifice inférieur du canal nasal ou lacrymal. 50 Vouverture antérieure est triangulaire, bornée par les os propres du nez et les apophyses montantes des os maxillaires dans le squelette , mais étendue pendant la vie par les cartilages du nez ; elle correspond au nez. 6° \^ ouverture postérieure est quadrilatère, plus longue que large, formée par le corps du sphénoïde en haut, le palatin en bas, le vomer en dedans, l'apophyse ptérygoïde en dehors. C'est par

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elle que l'air de la respiration passe du nez dans le larynx ; et près d'elle vient aboutir ie conduit guttural du tympan ou trompe d'Eustachi.

Les fosses nasales sont agrandies par des cavités creusées dans l'épaisseur des os qui les forment, et qu'on appelle sinus. Ces sinus sont au nombre de quatre cbez l'homme : \o le sinus ethwmdal , appelé encore cellules etkmoïdales , qui consiste en des cellules qui sont creusées dans l'intérieur de l'os etbmoïde , et qui sont au nombre de Luit ; qualre de chaque côté, deux antérieures , et deux postérieures; les cellules antérieures ne communiquent pas avec les postérieures , mais celles du côté droit communiquent avec celles du côté gauche. Les cellules antérieures s'ouvrent dans les fosses nasales à la partie antérieure du méat moyen; et les postérieures, à la partie postérieure du méat supérieur. 20 Les sinus frontaux , qui, creusés entre les deux tables de l'os frontal , s'étendent de la racine du nez à un pouce à peu près en hauteur ^ et à une distance un peu plus grande de chaque côté sur les sourcils; ils sont séparés l'un de l'autre par une cloison verticale, et s'ouvrent dans les fosses nasales , non immédiatement, mais par l'intermédiaire des cellules ethmoïdales antérieures , auxquelles ils aboutissent. 3^ Le sinus spliénoïdal , qui creusé dans l'épaisseur de l'os sphénoïde, est aussi séparé en cellules, et qui s'ouvre à la face supérieure des fosses nasales. 4^ Enfin le sinus maxillaire ou antre d'Higmore , creusé dans l'os susmaxillaire, et s'ouvrantàla partie postérieure du méat moyen.

Telle est la cavité fort anfractueuse et assez étendue, dans laquelle est étalée la membrane olfactive.

20 Membrane olfactive. Celle-ci revêt tout l'intérieur de cette cavité , et y adhère assez fortement. Du genre des membranes muqueuses , puisqu'elle tapisse une cavité qui communique au dehors par une ouverture naturelle , elle a encore une assez grande analogie de texture avec la peau. Elle est composée de deux feuillets, un extérieur , muqueux, et un intérieur, fibreux. Ce dernier n'est pas celui sur lequel porte l'analogie, il n'est que le périoste ou le périchondre des cavités nasales. L'autre est formé, comme la peau, d'un

33o FONCTIOÎS DE LA SENSIBILITÉ,

cliorion très prononcé , aussi épais que celui des gencives et du palais, à Ja surface duquel aboutissent les ramifications des vaisseaux exhalants , absorbants et sanguins j et celles des nerfs , et recouvert d'un épiderme si ténu . qu'il est à peine apercevable. Ces deux feuillets adhèrent intimement l'un à l'autre, et la membrane qui en résulte est épaisse, molle, d'un rouge pâle , et a l'apparence d'un velours mou et pulpeux. Du reste, elle vaine dans les divers points de son étendue : sur les cornets , par exemple , elle adhère à la paroi osseuse subjacente par une couche fibreuse prononcée , est plus molle, plus épaisse, plus rouge, et a un système capillaire plus marqué: dans les sinus, au contraire, elle n'adhère aux os que par une cellulosité assez lâche ^ et elle est ydus dense, plus mince, moins rouge, pénétrée de moins de vaisseaux, arrosée par des sucs plus limpides. En outre, ce ne sont pas les mêmes nerfs qui la pénètrent dans ces divers points : aux uns , c'est le nerf olfactif ; et aux autres , le nerf nasal de l'ophthalmique de la cinquième paire.

Le nerf qui forme ici les papilles de la membrane est le nerf olfactif , ou et/unoïdal, ou de la première paire. Longtemps les nerfs olfactifs ne furent pas considérés comme tels : Galien , par exemple, les disait des espèces d'émunctoires, de canaux, par lesquels s'écoulait la pituite, qu'était supposée sécréter le cerveau. Aujourd'hui, il n'y a plus de doutes que sur le lieu de l'encéphale où l'on pîace leur origine. Les uns l'assignent à la partie inférieure du lobe antérieur du cerveau, et le dérivent de là par trois racines, dont deux sont de substance nerveuse blanche, la troisième de substance nerveuse .grise, et dont une peut être suivie en dehors jusqu'à la scissure de Sylvius. D'autres le font naître aux corps striés , qu'on a appelés , à cause de cela , couches du nerfetlimoïdal; mais il n'y a nui rapport de volume, dans l'homme et les animaux , entre les corps striés et les nerfs olfactifs. M. Gallàil qu'il provient, comme tout autre nerf des sens , de ia moelle aiongée; et en eiîet, dans un cas d'hydrocephaiie qu'a observe M. Bée lard , la destruction d'une partie du cerveau par la maladie , a mis à même ce médecin ac iccounailre cette origine. D'ailleurs, dans les poissons os-

SENS DE l'odorat. 33 1

seux , celte origine est évidente; on peut poursuivre le nerf jusqu'aupoinloù les pédoncules cérébraux sortent de dessous les lobes cérébraux. Enfin les zootomistes le font naître du lobe olfactif, celui de tous les lobes de l'encépbale qui est le plus antérieur. M. deBlainville. par exemple, le rapporte à son premier ganglion encéphalique , ne considérant plus les filets qu'on présente comme ses racines, que comme des filets decommunicationquece ganglion envoieauganglion central. Quoi qu'il en soit de cette controverse, le nerf, de la partie inférieure du lobe antérieur du cerveau^ où il est distinct, se dirige en avant du côté delà lame criblée de l'os elbmoïde, et se divise là en unequarantaine de petits filets qui, s'engageant dans les trous dont est percée cette lame osseuse, pénètrent dans l'intérieur des fosses nasales, dans le tissu de la membrane olfactive qui les tapisse , et se distribuent à sa partie supérieure et moyenne, sans paraître s'étendre jusqu'à sa partie inférieure. On ne peut voir comment ils s'y disposent: la plupart ont cru que ces filets allaient former des papilles; mais Scarpa , Blumenhach , n'ont pu les poursuivre jusque dans ces papilles , et leurs dissections les portent à croire que le nerf se termine [)ar des filets qui forment en serpentant une espèce de membrane propre.

Outre ce nerf, qui a été considéré jusqu'à présent, par presque tous les physiologistes , comme le système nerveux de l'odorat , l'organe en reçoit d'autres encore de la cinquième paire encéphalique ; savoir : le rameau nasal de la branche ophtalmique du trifacial, et des filets venant du rameau frontal du même tronc, du ganglion sphéno-paîatin, du grand nerf palatin, du nerf vidien, et du rameau dentaire antérieur du maxillaire supérieur. Un de ceux-ci s'engage dans les conduits naso-palatins , arrive à la voûte palatine, et, dans ce trajet ^ traverse un petit ganglion situé dans ces conduits, que M. H. Cloquet a déerit avec soin sous îe nom de ganglion naso-palaiin , et qu'il conjecture être la cause organique des phénomènes sympathiques des sens du goût et de l'odorat.

Telle est la membrane olfactive. Adhérente par une de

ses faces , par l'autre elle est libre , et est le siège d'une action d'absorption^ et d'une action d'exhalation. Le produit de cette dernière sert à l'entretenir dans un état d'humidité convenable. Le même effet d'ailleurs est obtenu par le mucus que sécrètent des follicules qu'elles contient dans son épaisseur; ce qui était d'autant plus "nécessaire qu'elle courait le risque d'être toujours desséchée par le; passage continuel de l'air de la respiration. Ce sont ces deuxfluides qui , avec les larmes qui par le canal nasal tombent dans le nez, forment la matière du moucher. Elle est d'autant moins fongueuse 5 qu'elle est plus près de l'ouverture extérieure du nez, et, à cet orifice^ elle présente souvent de petits poils, appelés vibiisses , qui évidemment servent à tamiser l'air delà respiration. En recouvrant les anfractuosités qui résultent des cornets et des !méats , elle rétrécit beaucoup la voie que l'air de la respiration doit traverser ; et ce qui le prouve,, c'est qu'au moindre rhume, au plus léger gonflement de cette' membrane, le passage devient difficile et même impossible. A l'endroit oùjelle bouche l'entrée du sinus maxillaire, elle contient dans sa duplicature une glande, qui est plus petite ici que chez les animaux, et qui est couverte d'une quantité innombi-able de petits vaisseaux excréteurs.

30 Nez. On appelle ainsi l'espèce d'auvent situé au milieu de la face, sur la ligne médiane , entre la bouche et le front, sur l'ouverture antérieure des fosses nasales, et qui sert à recueillir les molécules odorantes, et à les diriger dans ces cavités. Une cloison médiane, et qui est une continuation de celle que nous avons vu exister dans les fosses nasales, partage aussi le nez en deux cavités, appelées narines. Sa forme est celle d'une pyramide triangulaire , dont la base est en bas , et le sommet en haut. Le sommet, qu'on appelle la racine du nez y est dirigévers le front. La base présente les ouvertures des deux narines , lesquelles sont toujours béantes , afin qu'en tout temps l'air puisse pénétrer dans le nez, et dirigées en bas, à cause de la station bipède de l'homme. Par sa face postérieure, le nez recouvre l'ouverture antérieure des fosses nasales. Ses faces latérales sont

SENS DE l'odorat. 333

extérieures; on voit se prolonger sur elles un sillon, qui sépare le nez des joues; et leurs parties inférieures s'appellent les ailes du nez. Le bord qui réunit ces faces latérales s'appelle le dos du nez ; et le lieu où ce bord se termine à la pointe ;, est ce qu'on appelle le lohe du nez. Du reste ^ ce nez varie beaucoup par sa grosseur, sa longueur, sa direction; on en distingue de plusieurs espèces, Vaquilîn , le camard , V épaté , le retroussé , etc.

Il est formé de trois couches , superposées les unes aux autres, et qui sont de tissus différents : une externe, cutanée; une interne, muqueuse^ et une intermédiaire à ces deux-là, en partie osseuse, et en partie cartilagineuse, lo Celle-ci est la charpente du nez. Osseuse et toute solide en haut, cartilagineuse et un peu mobile en bas , elle représente supérieurement une voûte , formée par les os propres du nez et les apophyses montantes des os susmaxillaires, et que soutient l'épine du frontal. Dans le milieu , cette voûte est continuée par une substance cartilagineuse. Celle-ci, selon Bichat, n'est qu^un seul cartilage , qui d'abord continue la cloison médiane du nez^ et qui ensuite, vers le dos du nez projette en dehors deux lames, pour en former les ailes; mais , selon les autres anatomistes^ elle constitue au contraire trois cartilages, savoir, celui de la cloison et ceux des ailes. Enfin, tout-à-fait en bas, deux fibro-cartilages achèvent cette charpente , un antérieur, bordant le contour des ouvertures antérieures des narines , et un postérieur , concourant à former les ailes du nez. Des ligaments attachent ces diverses parties; et cette structure est telle, que le nez est fort solide en haut où est spécialement le siège du sens, et au contraire fort mobile en bas, vers l'ouverture des narines , afin de faciliter et d'entraver selon le besoin l'entrée des odeurs et de l'air. 20 Une couche de peau revêt en dehors cette charpente du nez; elle est riche en follicules sébacés; son adhérence à la charpente osseuse est lâche en haut , mais fort intime en bas. 3^ Enfin , intérieurement est une membrane muqueuse , à laquelle appartiennent , plutôt qu'à la membrane olfactive, les petits poils appelés vibrisses, dont nous avons parlé plus haut.

Les ouvertures antérieures des narines , à raison du fibrocartilage qui en borde le contour, sont toujours béantes. Sous ce rapport, l'organe de l'odorat diffère des organes du goût et de la vue , dont les orifices externes sont musculeux, et ouverts on fermés à volonté; et il se rapprocbe de l'organe de Touïe, dont l'orifice est de même un fibro-cartilage toujours ouvert. Cependant il est annexé à ces ouvertures des narines un petit appareil musculaire, destiné aies agrandir ou les rétrécir selon le besoin, et faisant mouvoir les ailes du nez. Il se compose de quatre muscles : lO le pyramidal ou fronto-nasal , qui paï ait n'être qu'un prolongement de l'occipito-frontal , et qui sert moins aux mouvements des ailes du nez, qu'à ceux de la peau du front ; 2» le transverse du nez , ou sas-niaxillo-nasal , étendu de l'os sus-maxillaire, près l'angle externe de l'orbite, jusque sur le dos du nez , où il se réunit à celui du côté opposé ; on le croyait jadis un constricteur du nez , mais il en est un dilatateur ; 30 Vélé'^^ateur commun des ailes du nez et de la lèi^re supérieure , grand sus-maxillo-labial , dont les fibres descendent de la face externe de l'apophyse montante de l'os sus-maxillaire au cartilage des ailes du nez sur les côtés du nez, et qui est un dilatateur du nez; 4° enfin ^ Vahaisseur des ailes du nez, qui s'étend de la face antérieure de l'os sus-maxiîlaire , au-dessus des dents incisives , à la partie postérieure de la narine correspondante , depuis le cartilage de la cloison jusqu'à celui de l'aile du nez, et qui, tirant l'aile du nez en bas et en dedans, est constricteur des narines.

Tel est l'organe de l'odorat. Cliez l'homme , il est sur un plan postérieur à celui sur lequel est placé l'organe du goût; mais , à mesure que l'on descend dans la série des animaux, l'on voit au contraire l'organe de l'odorat devenir antérieur, et recouvrir et dépasser l'organe du goût. On peut y reconnaître les deux parties qui composent tout organe de sens , la partie nerveuse qui développe l'impression, et l'appareil antérieur destiné à effectuer le contact. Nous aurions pu lui " rattacher l'appai'eil musculaire , qui préside à l'entrée et à la sortie de l'air de la respiration : nous allons voir en effet

SENS DE l'odorat. 335

que c'est cet appareil qui porte la molécule odorante dans le nez ; mais sa description appartient plus spécialement à la fonction de la respiration.

3*> Mécanisme de l'Odorat.

Nous n'avons toujours ici qu'à faire voir comment la molécule odorante qui, par son contact, est la cause de l'impression , parvient jusqu'à la membrane pituitaire; qu'à montrer comment celle-ci développe , par suite , une impression , et quel est le rôle de chacune des parties de l'organe du sens pour la production de cette impression; qu'à énumérer les usages de l'odorat; et enfin qu'à évaluer sa puissance chez l'homme.

§ 1 . C'est le mouvement d^inspiration , par lequel l'air est introduit sans cesse dans le poumon pour la respiration , qui fait pénétrer dans l'intérieur des fosses nasales les molécules odorantes que l'on sait être en suspension dans l'air. Ce mouvement d'inspiration est, en quelque sorte, indispensable pour l'exercice de l'odorat. Perrault et Lower ont expérimenté , qu'en pratiquant sur des animaux une ouverture à la trachée-artère , et en empêchant ainsi l'air de la respiration de passer par les fosses nasales , ces animaux n'avaient plus d'odorat; les chiens ^ soumis à Texpérience, mangeaient alors des aliments qu'ils avaient refusés auparavant. M. Chaussier a répété ces expériences, et en a obtenu les mêmes résultats. Qui n'a d'ailleurs observé sur soi-même que , pour échapper à une odeur , ou l'on suspend momentanément sa respiration, ou l'on ouvre la bouche afin que Tair de la respiration passe par cette cavité , et non par les fosses nasales? Lahire fils cite l'observation d'un homme qui , dans ces cas , contractait le voile du palais , de manière à ce que l'ouverture postérieure des fosses nasales fût aussi fermée , et qu'aucune molécule odorante ïie pût pénétrer de ce côté. Ne sait-on pas enfin que, pour odorer uu parfum qui plaît, on presse, on rapproche les mouvements d'inspiration, pour que l'air parfumé soit sans cesse introduit dans les fosses nasales ?

On conçoit dès lors pourquoi l'organe de Todorat est placé sur les voies de la respiration : c'est afin que l'air, qui est respiré , dépose en passant les molécules odorantes dont il est chargé. C'est peut-être aussi pour que l'odorat juge par avance des qualités de Tair respiré; car il est possible que ce sens soit , pour la fonction de la respiration , ce qu'est le goût pour celle de la digestion. Cependant cette situation de l'organe de l'odorat sur les voies de la respiration n'est pas une cliose générale dans tous les animaux : dans plusieurs , les poissons , par exemple , l'organe de l'odorat forme une cavité à part , et qui n'a plus qu'une ouverture en avant pour l'entrée des odeurs.

Cependant , si c'est l'inspiration qui conduit le plus souvent et ordinairement les molécules odorantes dans les fosses nasales , quelquefois aussi ces molécules y parviennent d'elles-mêmes, par le fait seul de leur expansibilité. On sait que , pour échapper à une odeur, souvent il ne suffit pas de suspendre sa respiration , mais qu'il faut encore se bouclier le nez.

Ce n'est que dans ce premier temps de l'odoration qu'agit le nez. Ce chapiteau, évidemment, sert à recueillir les odeurs et à les diriger dans Fintérieur des cavités. Sa position élevée, et telle, qu'il est au lieu où abondent les odeurs^ qui, comme corps volatils et gazeux, tendent toujours à nionter; la direction horizontale en bas de ses ouvertures, tournées ainsi du côté d'où s'élèvent les odeurs; la forme de cet auvent , qui est celle d'un cône; ayant sa base en bas , l'élargissement des fosses nasales, élargissement qui s'augmente à mesure qu'on pénètre plus dans leur profondeur ; la texture cartilagineuse des ailes du nez et du bord des ouvertures des narines , d'où résulte que cet auvent réfléchit plus facilement dans les fosses nasales les molécules odorantes , el surtout peut être agrandi, au besoin, par l'action des muscles que nous avons dit s'y attacher : telles sont quelques-unes des conditions de structure qui rendent le nez très propre à l'office que nous lui assignons ici. Il n'est pas jusqu'aux petits poils appelés vibrisses , dont on ne puisse assigner l'usage j ils tamisent l'air, ce qui, du reste.

SENS DE l'odorat. 33;

sert peut-être plus à la respiration qu'à l'olfaction , ou n'est relatif qu'à la conservation de la membrane où siège le sens. Aussi , les personnes qui ont le nez écrasé , petit, et dans lesquelles les narines sont dirigées troj) en avant , ont l'odorat presque nul. Il en est de même de celles qui ont perdu cet organe par accident ou par maladie; ces personnes reconnaissent la plus grande différence d'intensité dans leur odorat, selon qu'elles odorent ou non avec le nez "artificiel qu'elles ont Thabitude d'adapter à leur visage, pour diminuer leur difformité.

§ 2. La molécule odorante ainsi mise en contact avec la surface de la membrane olfactive , les filaments nerveux qu'offre celle-ci sont aussitôt ébranlés , et instantanément la sensation est éprouvée. Avons-nous besoin de répéter qu'on n'en sait pas plus sur l'action d'impression que développe ici le nerf, que sur les actions d'impression des sens précédents ? Cette action , également trop moléculaire pour être appréciée parles sens, n'est connue que par son résultat. On en ignore l'essence. En vain on a voulu la faire aussi consister en une modification chimique du fluide nerveux, et faire de l'odorat un sens chimique comme le goût; ce n'est là qu'une conjecture que rien ne confirme ; tout ce qu'on peut assurer, c'est que cette action n'est pas physique, ni chimique, et dès lors est organique et vitale. Il est sûr aussi qu'elle n'est pas une suite mécanique de l'application de l'excitant extérieur, mais le fait de l'activité propre de l'organe.

Ce ne sont encore que les filaments nerveux qui développent l'impression; toutes les autres parties de l'organe ne tendent qu'à en favoriser le développement. Ainsi, les sucs qui sont exhalés à la surface de la membrane, le mucus qui la lubréfie, servent à maintenir celle-ci souple et humide, à prévenir la dessiccation dont la menace le contact continuel de l'air de la respiration: peut-être aussi servent-elles à dissoudre les molécules odorantes, et sont-elles pour ces molécules ce qu'était la salive pour les molécules sapides ? L'épiderme est ici à peine apparent, parce que la molécule odorante est si déliée qu'il n'était plus nécessaire; le nerf est presque à l'OME 1. 2 2

138 fOjNXTion de li sensibilité.

nu, et la membrane a l'apparence d'un velours très fin. Le petit appareil de muscles appartenant aux ailes du nez, sert à agrandir ou à diminuer, au besoin, l'ouverture antérieure des narines ; cet appareil avecc^lui de l'inspiration est pour le sens de l'odorat , l'appareil locomoteur que nous avons dit être annexé à tout organe de sens , pour qu'il soit soumis à la volonté.

Il n'y n guère que les cornets et les sinus dont on ne peut indiquer sûrement les usages. Sans doute, ces cornets et ces sinus ont une influence quelconque; et sur la respiration , en amortissant peut-être le choc de l'air qui arrive au poumon ; et sur la voix , en concourant à lui imprimer le timbre qui lui est propre. Mais nous discuterons ailleurs leur utilité sous ce double rapport. Ici, nous n'avons à juger que leur service dans l'olfaction. Or, les auteurs sont tous dissidents à cet égard. Selon les uns , les lames des cornets servent à prolonger la surface sur laquelle doit s'étaler la membrane pituitaire , et par conséquent à augmenter l'étendue de cette membrane. Selon d'autres, elles forment des conduits qui dirigent Fair odorant vers les emboucliures des sinus. Il en est qui veulent que ces sinus soient des réservoirs où les odeurs sont mises en réserve , et d'où elles vont se répandre dans la partie des fosses nasales qui est plus spécialement le siège du sens. Enfin d'autres disent qu'ils fournissent les mucosités qui entretiennent bumide la membrane pituitaire. Tout cela est conjectural. D'une part, certainement ils ne fondent pas la partie essentielle du sens : car, lO le nerf olfactif , qui paraît être le nerf exclusif de l'odorat, ne se distribue pas à la portion de pituitaire qui revêt les cornets inférieur et moyen, non plus qu'à celle qui tapisse les sinus; 2^ cette pituitaire a, dans les sinus^ une autre texture; 3» ces sinus manquent dans l'enfant, qui cependant a déjà l'odorat; 4'* ils n'existent que dans les mammifères; 5» enfin, nous allons dire tout à l'heure que le siège spécial du sens est à la partie supérieure des fosses nasales: et que des injections odorantes qui ont été portées par Dessaalt et M. Deschamps fils dans les sinus frontaux, et par M. i?/c/ier«?îf/ dans les sinus maxillaires,

SENS DE l'odorat. 33f)

n'y oiiL pas élé perçues. D'autre part, il n'est guère possible de méconnaître que ces cornets et ces sinus ne soient au moins des perfectionnements pour le sens, puisque généralement ces cornets sont d'autant plus multipliés dans les animaux , et ces sinus d'autant plus vastes , que les animaux ont l'odorat plus fin. Dans le chien, par exemple , le cornet inférieur, au lieu de consister en une simple demie spirale, comme cliez l'homme, forme deux tours et demi, et préîsenle, à son extrémité, une série de dico ternies qui augmentent beaucoup le nombre de ses lames ; les sinus frontaux occupent tout l'os frontal, remplissent l'intérieur des apophyses orbitaires externes, et descendent jusque dans la paroi postérieure de l'orbite. Dans le cochon et l'éléphant, ces sinus s'étendent encore plus loin , puisque , régnant dans l'épaisseur des os pariétaux et temporaux , ils se prolongent jusqu'aux condyies articulaires de l'occipital. Mais, il faut avouer que, tout en étant convaincus que ces parties concourent à la perfection de l'odorat, nous ignorons en quoi ils y servent. Yoilàun premier exemple de l'impossibilité oii nous sommes d'indiquer l'usage précis de toutes les parties constituantes d'un organe de sens; l'histoire des sens de l'ouïe et de la vue nous en fournira un bien plus grand nombre.

Comme nous l'annoncions tout à l'heure, c'est la partie supérieure des fosses nasales qui paraît être surtout le siège du sens. Si on empêche l'air odorant d'y arriver, l'odorat est nul; et si , au contraire, à l'aide d'un tube, on dirige les odeurs sur cette partie exclusivement, la sensation est éprouvée. Dessault parle d'une fille qui avait une fistule des sinus frontaux , et qui, quoiqu'elle respirât par cette voie, ne percevait pas Todeur qu'on présentait à l'orifice de sa fis» tule , parce que celle-ci ne communiquait pas avec la partie supérieure des fosses nasales. M. Deschamps fils cite l'observation d'un homme qui avait une fistule du sinus frontal , chez lequel on injectait impunément dans le sinus une solution d'éther, lorsque préalablement on avait fermé toute communication entre ce sinus et la partie supérieure des fosses nasales; mais qui sans cette précaution recevait mieux les odeurs lorsqu'elles parvenaient par le trou fistulaire, que

lorsqu'elles arrivaient par l'ouverture naturelle des narines. D'ailleurs , qui ne sait que pour odorer avec plus d'exactitude , on fait de fortes inspirations , afin de faire pénétrer l'air odorant jusqu'à la partie supérieure des fosses nasales ? n'est-ce pas enfin à cette partie supérieure que se distribue le nerf olfactif particulièrement ? A la vérité , cette dernière raison suppose que des deux paires de nerfs que reçoit l'organe de l'odorat, le nerf olfactif et la cinquième paire encéphalique , c'est le premier qui est l'agent du sens. Longtemps en effet on l'a cru , et c'est encore l'opinion dominante. On se fonde sur ce que les filets nasaux de la cinquième paire ; ou se distribuent plus aux parties accessoires de l'organe qu'à la membrane olfactive proprement dite; ou se distribuent seulement à la partie postérieure et inférieure de cette membrane , c'est-à-dire , là où cette membrane n'est plus apte à effectuer l'odoration. C'est à cette partie de ]a membrane, par exemple, qu'arrive, après avoir pénétré dans les fosses nasales par la fente qui est à la partie antérieure de la lame criblée de l'os etbmoïde , le nerf dit rameau nasal de Vophthahnique de TT^illis. On fait valoir, que le nerf olfactif, par son origine et sa distribution, semble plus qu'aucun autre nerf An nez , propre à constituer un système nerveux spécial; que ce nerf a dans les animaux un volume et un développement proportionnés à l'énergie de l'odorat; que c'est surtout là où il se distribue , que la pituitaire a l'aspect fongueux, velouté, qui semble si propre à la fonction.

Cependant des doutes ont été élevée sur cette proposition , anciennement par Méry , et de nos jours par M. Magendie. Le premier a objecté que les poissons et les cétacés, qui certainement odorent, n'ont pas de nerfs olfactifs. Il a argué de trois cas pathologiques dans lesquels il a vu l'odorat persister, malgré que les nerfs olfactifs fussent devenus tout calleux. Mais d'abord, les travaux des zootomistes modernes ont prouvé que le premier fait est faux; et quant aux cas pathologiques , on peut leur eu opposer de tout contraires : Loder a vu une anosmie produite par une tumeur squirrlieuse qui comprimait dans le crâne les nerfs olfactifs;

SENS DE l'odorat. 34 i

Oppert a vu un cas tout semblable ; Cérutti parle d'un homme qui n'avait aucun odorat,, et chez lequel aussi manquait tout-à-fait le nerf olfactif. M. Magendie a invoqué des expériences. Déjà, il avait remarqué avec étonnement que des animaux auxquels il avait enlevé les hémisphères cérébraux et les nerfs olfactifs en totalité , avaient conservé l'odorat. Il avait vu de même l'odorat se conserver chez des aliénés tombés dans un état de stupeur générale, et chez lesquels la substance cérébrale se montrait après la mort profondément altérée. Il eut alors l'idée de mettre les nerfs olfactifs à nu sur des chiens vivants, et d'expérimenter. 11 vit d abord que ces nerfs étaient insensibles aux piqûres , aux contacts , même à l'attouchement des corps les plus odorants. Il constata ensuite , qu'après leur section complète , non-seulement la membrane pituitaire conservait sa sensibilité générale, appréciait un contact, mais encore qu'elle continuait de sentir les odeurs fortes , celles d'ammoniaque , d'acide acétique , d'huile de lavande, de Dippel. Ayant enfin coupé sur d'autres chiens la cinquième paire dans le crâne , en laissant intacts les nerfs olfactifs , il remarqua : i» qu'alors la membrane pituitaire avait perdu toute sensibilité générale , n'était plus sensible à aucun contact ; 2P que cette membrane avait perdu également l'aptitude à sentir les odeurs. Il con-^ jectura donc de ces expériences; en premier lieu, que le nerf olfactif ne préside pas à la sensibilité générale dans le nez, et n'a tout au plus qu'une sensibilité spéciale relative aux odeurs ; en second lieu , que si ce nerf olfactif est le nerf de l'odorat 3 il a au moins besoin, pour agir, de l'influence de la cinquième paire, lise demanda si dans le sens de l'odorat ^ comme dans celui du goût , la sensibilité générale et la sensibilité spéciale ne seraient pas encore confondues en partie dans un même nerf , la cinquième paire. Sans doute cesexpériences fondent un puissant argument ; mais elles n'empêchent pas , selon nous ^ qu'on doive regarder les nerfs olfactifs comme les nerfs spéciaux de Todoration ] elles prouvent seulement que le nerf de la cinquième paire est aussi nécessaire à l'exercice de ce sens , comnïe à celui de tous les autres, ainsi que nous le verrons. Il est même

342 rOiNCTION DE LA SENSIBILITÉ.

facile d'eu donner la raison. On se rappelle en effet que la cinquième paire avive à elle seule tous les organes des sens dans les animaux inférieurs; on sait que ce n'est que dans les animaux supérieurs qu'il a été créé pour les sens des nerfs spé^ ciaux, mais qu^alors tous ces organes ont continué de recevoir quelques-uns des rameaux de cette cinquième paire, et surtout que leurs nerfs spéciaux ont été mis en communication aveceîle. Or, est-il extraordinaire dès lors que cette cinquième paire soitrestéenécessaireàleur jeu? Doit-on s'étonner, qu^'après avoir été primitivement le seul nerf des sens ; qu'après s'être réduite par la complication de l'organisation , à n'être plus qu'un nerf accessoire de ces organes , elle ait cependant conservé de l'influence sur eux ? Non sans doute ; et en effet, nous la verrons en exercer une toute semblable sur l'ouïe, sur la vue. C'est même ce qui explique pourquoi cette cinquième paire se distribue à tous les organes des sens; et pourquoi dans certains animaux elle remplace des nerfs de sens spéciaux , comme l'optique dans la taupe , la musaraigne , comme l'acoustique dans les raies, etc.

Les impressions des odeurs sont, comme celles des saveurs, susceptibles de persister en certains cas, et quelquefois on a peine à échapper à leur durée. Cela provient; soit de ce qujS la molécule odorante est retenue par le mucus nasal, ou engagée dans les anfractuosités et les détours des sinus et des cornets; soit de ce que l'impression odorante est de celles qui laissent après elle de longs souvenirs. Ce dernier fait est possible, à juger par la puissance de l'excitant extérieur du sens; les molécules odorantes, non-seulement agissent sur î'odorat , mais impressionnent tout le système nerveux ; elles produisent des céphalalgies , des spasmes , des convulsions ; elles influent surtout sur les organes génitaux et le cerveau : qui n'a remarqué que les odeurs j)rovoquent aux plaisirs de l'amour, et stimulent le travail de la pensée? Rousseau^ dans son Emile, appelle, à cau«e de cela, l'odorat, le sens excitant de l'imagination.

§ 3. L'odorat, sous le rapport de ses usages, est dans la même catégorie que le sens du goût. Sa fonction immédiate est de donner la sensation des odeurs. Sous ce point de vue,

SENS DE l'odOUAT. 343

il sert à explorer la qualité de l'air qui est respiré, et celle dua aliments qui sont introduits dans Festomac. Pour ce double office , il est placé à l'entrée de l'organe respiratoire , et de manière à surveiller tout ce qui entre dans la bouche. Les impressions q\ii\ éprouve vont retentir dans les appareils respiratoire et digestif, et les disposent à recevoir ou rejeterla substance qui leur est envoyée. L'air respiré a-l-il une odeur désagréable ? l'inspiration semble se faire à regret , et la poitrine se resserrer d'avance. L'odeur d'unaliment estelle nauséeuse ? tout ce qu'excite une saveur désagréable dans les organes de la mastication, de la déglutition , de la cbymification , se manifeste ; et , ce qu'il y a de surprenant^ c'est que chacun de ces appareils , digestif et respiratoire ^ ne répond qu'aux impressions odorantes qui les concernent , et reste sourd à celles qui sont relatives à l'autre appareil. Cependant , répétons ici la remarque que nous avons faite à l'histoire du goût. Les avertissements de l'odorat, pour la respiration et la digestion , ne sont sûrs, que pour les animaux inférieurs; dans l'homme particulièrement, ils sont souvent trompeurs, ou au moins insuffisants. Ce sens, qui pour beaucoup d'animaux, est un guide fidèle , trop souvent ne décèle pas à l'homme les gaz dont la respiration est funeste; souvent il lui fait trouver une odeur désagréable à de bons aliments, et une odeur agréable à de dangereux poisons. La nature a encore privé Tliomme de cette lumière toute instinctive ^ afin de lui faire déployer, toujoui-s de plus en plus , cette puissance d'observation dont elle a fait le caractère de son intelligence.

Quant aux fonctions médiates de l'odorat, elles sont bornées comme celles du goût, et ce sens sert bien moins l'intelligence que le toucher, la vue et l'ouïe. Cependant le minéralogiste, le chimiste en usent pour reconnaître les différences des corps. Il peut aussi éclairer sur la distance et la direction des corps, parce que l'impression que les molécules odorantes font sur l'organe est d'autant plus forte que ces molécules sont en plus grand nombre , et que ce nombre varie selon la distance à laquelle on est du corps odorant. On sait quel secours

tirent de ce sens , sous ce rapport , les animaux cliasseurs. On avait voulu lui rapporter la faculté qu'ont les animaux et l'homme de reconnaître les lieux. On sait ^ par exemple, que des chiens transportés à plusieurs centaines de lieues reviennent à l'habitation de leur maître; que l'hirondelle, à l'approche de Fhiver, s'éloigne de nos climats, mais s'y remontre au printemps , et vient y retrouver jusqu'au même nid qu'elle y avait bâti. On avait expliqué ces faits en disant que les miasmes odorants, déposés par l'animal à son premier passage , avaient été recueillis par i odorat au retour, et avaient servi de guide pour ce retour. Mais comment croire , que le plus souvent ces miasmes n aient pas été détruits par les vicissitudes atmosphériques , pendant le long espace de temps qui s'est quelquefois écoulé? Et, d'ailleurs, en existe-t-il, quand l'animal suit au retour, une route différente de celle par laquelle il est allé? Nous croyons, avec M. Gall, que cette faculté est étrangère à l'odorat, et constitue un instinct qui a sa cause dans le cerveau.

§ 4« Tel est l'odorat. Il nous reste à indiquer la puissance de ce sens chez l'homme, comparativement à ce qu'elle est dans les animaux. Nul doute que l'homme ne soit encore, relativement à l'odorat, mieux partagé que beaucoup d'animaux. Cependant ce sens est de tous, celui qui est le moins parfait chez lui , et chez beaucoup d'animaux il est plus exquis. Le nerf olfactif de l'homme est assez petit proportionnellement; le ganglion olfactif est fortgrèle, et tel qu'il n'est, selon M. de Blainville , que rudimeutaire; les fosses nasales sont peu étendues ; les cornets ne sont que des demianneaux , et ne présentent pas ces contours doubles et triples, les dicotomies multipliées qu'offrent les cornets du chien ; le nez n'est pas, pour l'office qu'il a à remplir, aussi bien disposé que le sont le museau du chien , le groin du cochon , la trompe de l'éléphant , par exemple ; l'ouverture antérieure de ce nez est fort petite, peu mobile; les petits muscles qui y aboutissent ne sont guère que des vestiges de ceux qui existent dans certains animaux, M. Cuvier veut que les animaux carnivores aient

SENS DE l'odouat. 345

conslamment l'odoràL plus fin que les herbivores : cela peut être ; mais M. Gall remarque qu'il n'y a aucune corrélation forcée entre l'odorat, et l'instinct de se nourrir de chairs ou de végétaux; il dit avoir vu le nerf olfactif très gros chez des herbivores : et , en effet , si l'odorat est sentinelle de la digestion , les herbivores n'en ont-ils pas autant besoin que les carnivores ?

Du reste, nous n'avons pas besoin de dire que le nerf olfactif a certainement :, dans chaque espèce animale, une organisation spéciale qui détermine quelles substances sont odorantes, et quels rapports d'agrément ou de désagrément sont trouvés aux odeurs. Ce qui est odorant pour un animal peut être inodore pour un autre; et ce qui plaît à une espèce peut déplaire à une autre. La cause de ces différences réside dans l'organisation profonde du nerf olfactif, mais sans qu'on puisse dire en quoi elle consiste. C'est celte même cause qui produit les antipathies et les sympathies diverses d'odeurs que présentent les hommes; certaines personnes recherchent des odeurs que d'autres trouvent désagréables ; Louis XIV , par exemple , aimait les odeurs vireuses ; les Persans qualifient de manger des Dieux l'assa-fœtida^ que nous appelons du nom de stercus diaholi. Trois circonstances aussi déterminent toutes les variétés de l'odorat : la structure intime du nerf olfactif; la disposition plus ou moins heureuse des parties accessoires de l'organe du sens, sinus, cornets, nez extérieur; enfin, l'observance ou l'oubli des soins propres à maintenir la membrane olfactive dans l'intégrité qui importe à l'exercice de sa fonction. Il y a certainement une grande différence entre l'odorat obtus de la personne qui abuse du tabae , et celui de la personne qui n'a pas émoussé la sensibilité de la membrane pituitaire par le contact de cette substance irritante.

Le sens de l'odorat est aussi soumis à la volonté; on avait voulu le nier à cause de sou union au mouvement d'inspiration : mais de ce que l'état de vie nécessite ce mouvement d'inspiration, il ne s'ensuit pas que l'exercice de l'odorat soit irrésistible; il l'est si peu, que l'inspiration est ellemême un mouvement volontaire. C'est comme si l'on pré-

346 rONCTION DE LA SENSIBILITE.

tendait que la vision n'est pas un acte volontaire , parce que J 'exercice de la veille réclame toujours l'emploi de ce sens. D'ailleurs, quand nous disons que les sens sont des fonctions volontaires, nous entendons dire seulement que la volonté peut commander leur action; nous savons bien que lorsque les corps extérieurs les ont impressionnés , leur service est forcé ; et qu'à raison de leur situation à la périphérie des corps , ils sont souvent impressionnés malgré nous.

De là, toutefois, un odorat passif, et un odorat actif. Dans ce dernier, qui est ce qu'on appelle le flairer^ i^ y ^ d'abord action des appareils musculaires propres à rapprocher le corps odorant et l'organe du sens : c'est-à-dire i» action de l'OT^gane de préhension , qui approche du nez l'objet odorant, ou action de la tête, qui conduit le nez près de l'objet: 2^ inspirations c^ui, au lieu de se succéder machinalement et dans la seule vue de la respiration, se pressent, et surtout se prolongent , afin que l'air odorant soit introduit jusqu'à la partie supérieure des fosses nasales, et que son contact sur la membrane nerveuse soit le plus long possible. Sans cette dernière circonstance , l'expiration remportant Tair apporté par l'inspiration, la sensation ne serait pas produite : o» enfin actions des muscles qui meuvent les ailes du nez , pour augmenter l'ouverture des narines; de l'élévateur commun , qui tire les ailes du nez en haut, du transverse , qui les tire en dehors, des muscles du voile du palais, qui rendent aussi accessible que possible l'ouverture postérieure des fosses nasales. Il y a ensuite érection des papilles de la membrane olfactive. La volonté veut-elle , au contraire , soustraire le sens à l'impression d'une odeur ? on éloigne le corps odorant, on le fuit, on suspend les inspirations, ou au moins on les fait petites et courtes; le muscle myrtiforme et les muscles du voile du palais agissent pour diminuer, le premier l'ouverture antérieure des narines, et les seconds leur ouverture postérieure.

Enfin l'odorat, par la culture, acquiert comme tout sens un assez haut degré de perfection. Les parfumeurs , par exemple , démêlent les traces les plus légères d'une odeur qu'on a ajoutée à beaucoup d'autres. Il en est de même des

SENS DE l'odorat. 34 7

iiharmaciens , des chimistes, de tous ceux qui consultent souvent l'odeur des diverses substances naturelles pour reconnaître ces substances. Il existe de grandes différences dans l'odorat d'un cbien, selon qu'on le mène peu ou souvent à la chasse. On sait que les nègres ont l'odorat si subtil , qu'ils distinguent de loin , si l'homme qui les approche est un nègre ou un blanc. Ils doivent cette faculté; en partie à ce que, privés des ressources de notre civilisation, ils se sont plus attachés aux lumières naturelles que peut leur fournir ce sens; et en partie à ce que dans leur race l'organe de l'odorat offre déjà des dispositions de structure plus rapprochées des animaux, comme l'ont observé Blumemhach et Sœmmering. A l'article du toucher, nous avons parlé d'aveugles qui , par cela seul qu'ils étaient privés des secours que donne le sens de la vue, avaient beaucoup perfectionné le sens du toucher; on en cite de même à l'occasion de l'odorat; on parle d'un aveugle qui distinguait par ce sens si sa fille avait manqué ou non aux règles de la chasteté.

§ IV. — Sens de l'Ouïe.

Le sens de l'ouïe est celui auquel nous devons la notion des sons. Son histoire doit comprendre aussi trois objets : l'étude physique du son ou de l'excitant extérieur qui frappe le sens, l'étude anatomique de l'organe du sens, et le mécanisme de l'audition.

1° Histoire physique du Son.

Quand on imprime à un corps une percussion , il s'établit dans les molécules qui le composent, des mouvements de vibration qui ne s'arrêtent que par degrés; ces oscillations, aussitôt partagées et répétées par l'air qui touche ce corps ^ se propagent de proche en proche aux différentes couches, qui composent l'atmosphère jusqu'à une certaine distance; et Tébranlement parvenant enfin jusqu'à l'oreille , y produit une sensation, qui est ce qu'on appelle le son ou le bruit. Dans le sens de l'ouïe-, l'excitant extérieur n'est donc pas le

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corps sonore lui-même, comme cela était dans le toucher; ce n'est pas même une de ses molécules intégrantes , comme cela était dans le goût et l'odorat; c'est Fair répétant le mouvement vibratil auquel est en proie le corps sonore.

Il est bien certain que telle est la cause de la production et de la propagation du son ; car les oscillations moléculaires dont nous le faisons résulter sont perceptibles à la vue , au toucher , dans une cloche que l'on frappe , dans une corde que l'on fait résonner. Ces oscillations ne doivent s'entendre que des molécules du corps; car souvent il n'y a pas de son produit, quoiqu'on détermine les vibrations dans sa masse totale , comme lorsqu'on abandonne à leur élasticité les deux branches d'une pincette , après les avoir rapprochées; et , au contraire , on anéantit ou l'on diminue le son , lorsqu'on met un obstacle aux vibrations des molécules du corps , comme lorsqu'on applique la main sur la surface d'une cloche , ou qu'on recouvre d'une étoffe de laine la peau d'un tambour.

Ce qui détermine les vibrations d'où résulte le son , est tout ce qui comprime les molécules d'un corps : celles-ci , en effet, à raison de leur élasticité, tendent alors à revenir sur elles-mêmes; mais leur rétablissement à leur état premier ne se fait que par une série d'oscillations , d'abord assez étendues , mais dont les amplitudes vont ensuite toujours en diminuant^ et qui graduellement cessent tout-à-fait. La rapidité de ces oscillations est d'autant plus grande que le corps est plus dur et a plus d'élasticité : d'où Ton a pensé que ces deux qualités étaient ce qui rendait un corps sonore. Peutêtre , cependant, est- il aussi difficile de dire rigoureusement ce qui constitue un corps sonore, que ce qui fait un corps sapide ou odorant.

Mais ces vibrations, desquelles résulte le son, sont susceptibles d'offrir beaucoup de différences sous le rapport de leur étendue , et de leur nombre en un temps donné ou de leur rapidité; et de ces différences dépendent deux des qualités particulières du son, S3.foj'ce et son ton.

Ijdi force ou \^. faiblesse du son dépend de l'étendue des oscillations qu'exécutent les molécules du corps sonore : le

SENS DE l'ouïe. 349

son est fort, si ces oscillations sont étendues; il est faible, dans le cas contraire. Quand on fait résonner une corde , on reconnaît que le son s'affaiblit à mesure que l'amplitude de ses oscillations diminue. Il y a mille différences dans le degré de force et de faiblesse des sons. On le mesure par la distance à laquelle on peut les entendre.

Le ton d'un son tient, au contraire, à la rapidité des oscillations , à leur nombre en un temps donné , quelle que soit d'ailleurs l'étendue de ces oscillations, et par conséquent la force ou la faiblesse du son. Le ton est graine si les oscillations sont peu rapides , et leur nombre dans un même temps donné, petit : il est aigu dans le cas contraire. Il y a mille intermédiaires entre le son le plus grave , et le son le plus aigu; comme il y avait mille degrés de force et de faiblesse. Le son le plus grave que notre oreille puisse apprécier est celui qui résulte de 32 vibrations par seconde, et le son le plus aigu est celui qui résulte de 8192. C'est entre ces deux extrêmes que sont tous les tons appréciables : endeçà et au-delà il n'y a que du bruit. Il y a , en effet , cette différence entre le son et le bruit y que le premier s'entend de sons qui résultent d'ondulations permanentes et régulières, et que l'oreille peut apprécier; et que le second, au contraire, est un son que l'oreille ne peut apprécier, soit parce qu'il résulte d'ondulations non permanentes et non régulières, soit parce qu'il est formé par une multitude confuse de sons divers , et qui , conséquemment , n'ont pas de netteté. Du reste , quoique tous les sons comparables, musicaux, soient renfermés entre ces deux extrêmes, 82 et 8192 vibrations, l'oreille la plus délicate ne peut pas encore les apprécier tous ; les nuances les plus légères échappent ; et le nombre des intermédiaires entre le ton le plus grave et le ton le plus aigu n'est pas aussi grand qu'on pourrait le croire. Cette étendue contient huit octaves environ , dans chacune desquelles il y a sept intervalles ou sept sons , que Ton désigna d'abord par les sept premières lettres de l'alphabet, auxquels on donna ensuite les noms connus de ut, 7'e, mi ,fa, sol, la, si^ et qui constituent ce qu'on appelle une gamme. Seulement , afin de rendre moins sensibles les

intervalles naturels des tons d'une même gamme , on introduit entre eux des sons intercalaires que l'on nomme dièses et bémols , et qui indiquent qu'une note est élevée ou abaissée au-dessus ou au-dessous de sa valeur primitive d'un semi-ton mineur.

Il est une troisième qualité du son, qu'on appelle son timbre. Les pliysiciens n'ont pu encore en indiquer la cause; la plupart la font dépendre de la nature substantielle du €orps sonore , si c'est une surface, et en même temps de sa forme , si c'est un tuyau. M. Biot conjecture qu'elle est due à la série des sons barmoniques que fait entendre tout son appréciable quelconque. Tout son, en effets est accompagné de deux autres sons , que l'on appelle ses harmoniques , dont l'un est la quinte de Foctave du son fondamental, et l'autre la tierce majeure de sa double octave ; et probablement ces deux sons ne sont que les premiers termes d'une série prolongée indéfiniment de sons de plus en plus aigus et de plus en plus faibles, et qui aurait pour expression la suites des nombres naturels, i, 2, S, 4» 5, etc. Toutefois, sous ce rapport du timbre , le son offre beaucoup de variétés ; il y en. a en quelque sorte autant que de corps sonores ; ici l'art peut ajouter beaucoup à la nature par d'heureuses combinaisons; et comme les sons pouvaient déjà varier beaucoup sous le rapport de la force et du ton , il en résulte que les sons sont aussi innombrables que l'étaient les saveurs et les odeurs.

Mais pour que les vibrations effectuées par le corps sonore affectent l'organe du sens , il faut qu'un corps intermédiaire les répète et les lui transmette : ce corps intermédiaire est ce qu'on appelle le véhicule du son , et c'est ordinairement l'air. Ce gaz, en effet, environne de toutes parts le corps sonore , et peut conséquemment en recevoir les oscillations : de plus, son élasticité le rend très propre à les répéter et à les propager jusqu'à l'oreille. Le fait est d'ailleurs manifeste; on voit la flamme d'une bougie , le liquide contenu dans un verre, s'agiter consécutivement à la production d'un son un peu fort; dans quelques cas, les oscillations aériennes ?ont appréciables au tact; Bauhshée enfin, ayant placé une

SENS DE L OUÏE. 35 i

pièce d'îiorlogerie sous le récipient de la macliine pneumatique , cessa d'en entendre le son , après avoir fail. le vide ; et M. Biot^ répétant la même expérience avec une petite cloche, a signalé le même résultat.

Les couches d'air qui touchent les corps sonoi^es reçoivent d'abord une première impulsion des molécules qui vibrent; ces couches ensuite la transmettent aux couches d'air suivantes , et cela ainsi de suite, plus ou moins loin, selon l'intensité du mouvement vibra til , et la sphère plus ou moins grande de la masse aérienne dans laquelle se répand le son. On conçoit, que plus l'oscillation sonore sera forte, plus le son se transmettra loin; que plus la transmission se fera daBS de nombreuses directions, plutôt le mouvement s'arrêtera, une petite perte de mouvement se produisant nécessairement à chaque passage d'une couche à une autre. M. JBiot a prouvé, par expérience, ce dernier fait; il a vu que , si la colonne d'air qui est le véhicule du son ne s'étend qu'en une direction , la transmission du son se fait beaucoup plus loin ; parlant à voix très basse à Tune des extrémités d'un cylindre long de 95 1 mètres , dans les aqueducs sous Paris, il était entendu à l'autre extrémité. Dans cette transmission du son par l'air, le son ne perd que de sa force, en raison inverse du carré de sa distance; mais c'est toujours le même Ion et le même timbre qui sont entendus. C'est réellement une chose digne d'être remarquée, que cette souplesse avec laquelle l'air reçoit et transmet toutes les nuances si variées des sons : non-seulement il répète chaque son, mais il en propage plusieurs à la fois sans les confondre, bien qu'ils diffèrent en force , en ton et en timbre. Majran , pour expliquer ce phénomène, disait que l'air était composé de molécules diverses, affectées chacune à un ton particulier; c'était là une hypothèse tout-à-fait gratuite. Il vaut mieux dire que les diverses molécules d'air répètent les oscillations des différents sons, et les propagent sans les confondre; comme on voit les cercles , que l'on produit à la surface de l'eau par des pierres qu'on y lance , se succéder et se couper entre eux sans se mêler.

Cette qualité qu'a l'air d'être véhicule du son , est d'an-

tant plus prononcée , qu'il est plus dense , plus chaud , et partant plus élastique. Dans l'expérience de Haukshée , que nous avons citée plus liautj on entend le son diminuer graduellement, à mesure que Yon fait le vide. Qui n'a remarqué la différence d'intensité des sons , selon que Fair est brumeux ou serein ? Saussure dit que sur le sommet du Mont- Blanc, le bruit d'un pistolet lui paraissait égaler à peine celui d'une pièce d'artifice. M. Biot a répété l'expérience à^Haukshée avec différents gaz , et il a vu que l'intensité du son était en raison de la densité du gaz, par exemple, était plus grande dans l'acide carbonique que dans le gaz hydrogène. La rapidité avec laquelle le mouvement passe d'une couche aérienne à une autre, d'où résulte la vitesse de la propagation du son, est assez grande. On en juge ordinairement par l'intervalle de temps qui s'écoule entre le moment où l'on aperçoit la lumière d'un arme à feu , et celui où l'on en entend le bruit. Comme la lumière est vue à peu près au moment même de sa production , tout le temps qui s'écoule entre l'instant où on la voit et celui où le coup est entendu, est le temps qu'a employé le son à se propager. En 1738, l'Académie des sciences de Paris fit faire des expériences sur un terrain long de 54636 toises, ou 19000 mètres, situé entre Montlhéry et Montmartre , et il en est résulté que le son , dans un air tranquille, et à la température de 6 degrés, parcourt 173 toises, ou 337, 18 mètres, par seconde. Cette transmission était également rapide dans la direction vers le nord, dans celle vers le sud, par un ciel serein ou brumeux , avec un son faible et avec un son fort. Les variations barométriques n'avaient sur elle aucune influence ; de sorte que les résultats seraient les mêmes, qu'on opérât dans les hautes régions de l'atmosphère ou à la surface de la terre. Le son, dans cette propagation , marchait toujours avec la même rapidité, ni plus vite en commençant, ni plus lentement à la fin; il parcourait toujours les mêmes espaces dans des temps égaux. Le ton n'infiue pas non plus sur la vitesse , car M. Biot ayant fait jouer un air de flûte à l'extrémité de ce cylindre, long de 961 mètres, l'a entendu avec toute justesse à l'autre extrémité ', ce qui prouve que les divers tons

avaient été propagés avec une vitesse uniforme. La transmission, en un mot, n'était modifiée que par l'agitation de l'atmosphère ; selon que les vents soufflaient dans le sens dans lequel venait le son , ou dans un sens contraire , ce son arrivait plus vite, ou était retardé dans sa marche, ou même cessait de parvenir.

Une chose remarquable , c'est que l'air transmet plus rapidement le son , que ne le comportent les conditions physiques auxquelles il doit d'avoir cette faculté. Cette transmission est plus rapide d'un sixième; car le calcul indique i44 toises ou 279 mètres, au lieu de 173 toises ou 337 mètres. Delaplace explique cette différence , en disant que dans la formation des ondes sonores , les couches d'air éprouvent alternativement des compressions et des dilatations rapides, lesquelles mettent en jeu le calorique latent de l'atmosphère, font varier à chaque instant sa température avec une promptitude telle que le thermomètre ne saurait en tenir compte, et par conséquent font varier aussi son ressort.

La disposition des lieux que traverse le son, produit quelques phénomènes dont il importe de donner en peu de mots l'explication. Si l'air chargé d'un son rencontre une surface résistante qui s'oppose à son passage, le son est réfléchi, de manière à faire un angle de réflexion qui est égal à celui d'incidence et situé dans le même plan. Si la surface réfléchissante est assez éloignée pour que Foreilleait le temps de recevoir le son direct , avant que lui parvienne le son réfléchi , le son est entendu deux fois , et il y a ce qu'on appelle écho. Cet écho peut être redoublé; c'est-à-dire que le son réfléchi peut l'être encore de nouveau, et de manière qu'il soit toujours chaque fois entendu séparément.

Ainsi , par suite de la facilité avec laquelle l'air répèle les oscillations des corps sonores , et les propage de proche en proche , le son se répand de tous côtés en lignes droites et divergentes , qu'on appelle en physique lignes ou ondes sonores. Le mouvement est d'autant plus intense , qu'on se rapproche plus du corps sonore , qui est le centre de toutes les ondes.

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