RÉSUMÉ SUR LES SENS
eux , toujours en même temps qu'un sens est très exquis , un autre est obtus; nous répondrons que cela est aussi de l'homme ; son odorat , par exemple , est loin d'égaler son toucher; nous demanderons pourquoi, au moins chaque animal n'a pas perfectionne l'acte intellectuel qui semble se rapporter le plus au sens qui domine en lui ? pourquoi la peinture n'a pas été cultivée par celui qui a la vue la plus délicate , la musique par celui qui a l'ouïe la plus fine , les arts mécaniques par ceux qui sont doués d'une organe de toucher parfait? La nullité , ou le peu de puissance des animaux sous tous ces rapports prouvent , selon nous , que toutes ces facultés , et l'intelligence en général , ne dépendent en rien de l'état des sens. D'ailleurs, pourquoi les animaux, avec des sens qui sont au fond les mêmes , et qui ne diffèrent que par le plus ou moins de puissance, ont-ils des instincts si divers. ? Enfin, pour nous en tenir à l'homme , les idiots n'ont-ils pas souvent les sens excellents? et, au contraire, que de génies peuvent avoir les sens obtus! Vainement des philosophes ont voulu rapporter à la main de Thomme toute sa supériorité intellectuelle; la main, nous l'avons déjà dit, n'est qu'un instrument subordonné, qui a besoin d'être guidé.
Les sens ne soiit que des instruments secondaires, nécessaires sans doute à l'accomplissement de quelques-unes des facultés de l'esprit , mais qui n'en déterminent nullement la puissance. Ces sens et l'intellect sont deux sortes d'actions, sans doute liées les unes aux autres et enchaînées dans un même but, mais bien distinctes, et qui ont chacune leur office propre. 11 eût été absurde de chercher la cause du caractère de la vision dans le cerveau, parce que le concours de cet oi'gane est nécessaire à cette fonction : il est tout aussi déraisonnable de placer dens les sens la cause du caractère de l'intelligence, parce que celle-ci peut quelquefois employer ces organes.
On objectera, peut-être, qu'un animal qui n'aurait aucun sens n'aurait non plus aucun acte intellectuel. Ceci demande discussion. Suppose-t-ou un animal édifié de manière à n'avoir nalurellement aucun sens? alors cet animal
ne connaîtra rien de l'univers; mais la nature l'aura organisé de manière à n'avoir pas besoin de cette connaissance. Alors aussi cet animal n'aura pas davantage de facultés intellectuelles; et, en effet, à quoi lui serviraient-elles, puisqu'il ne doit pas avoir de rapports sentis et volontaires avec l'univers , et que c'est pour guider dans l'établissement de ces rapports que l'intellect est institué? Mais de ce que cet animal qu'on suppose sans sens n'aurait pas d'intellect, il ne faut pas en conclure que les premiers soient les producteurs du second ; ce sont seulement deux rouages qui se commandent réciproquement, et avec un seul desquels la nature, malgré sa toute-puissance , n'aurait pu édifier un animal. Il est bien d'autres appareils qui se commandent ainsi respectivement, les appareils respiratoire et circulatoire, par exemple. Suppose-t-on , au contraire, un animal organisé de manière à avoir besoin des cinq sens, et qui devait naturellement les posséder? Sans doute, il n'aura aucunes notions de l'univers. Il ne pourra non plus exécuter aucune des facultés de Tesprit qui exigent pour leur accomplissement le service des sens^ comme les facultés de musique , de langage, par exemple. Mais rien ne doit empêcber de croire qu'il aurait ses autres facultés spirituelles , et même le sentiment de celles qu'il ne pourrait exercer. De même qu'il pour- 3'ait avoir la sensation de la faim, par exemple, pourquoi n'aûrait-il pas également le pencbant moral de l'amour, cepencliant qui éclate, même dans l'isolement de toutes les impressions externes qui s'y rapportent? Du reste, est-il permis de raisonner d'après la supposition d'un être qui serait construit si contrairement aux règles posées par la nature qu'un pareil être serait à jamais hors d'état de continuer d'exister?
Mais dira-t-on encore, un homme qui naîtrait privé des sens de l'ouïe et de la vue aurait certainement une intelligence ])ius bornée que celle d'un homme ordinaire ; et l'exemple des sourds-muets ajoutera-t-on , présente en quelque sorte la moitié de cette supposition . On sait, en effet , combien de temps ces infortunés sont restés dans l'ignorance; et ce li'esl que par les plus difficiles et les plus honorables travaux
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qu'on parvient de nos jours à les en tirer. Mais, cle ce qu'on peut aujourd'hui les instruire, il faut déjà conclure que le sens dont ils sont privés ne constituait pas un élément absolument nécessaire de l'intelligence, sinon tous nos efforts auraient été vains , mais seulement une condition qui lui est utile, et qui encore, comme on le voit, peut être remplacée. Ensuite, on peut indiquer quelle est cette utilité secondaire , et pourtant si nécessaire , dont est le sens de l'ouïe pour le développement de l'esprit : c'est celle de recueillir les mots, les sons, qui sont les représentations^ des divers produits de l'esprit. Rappelons en effet, que les langues ne servent pas seulement à communiquer les idées , mais à en avoir ; l'intellect a absolument besoin, pour opérer, de se faire un langage; à mesure que l'esprit produit une idée, il faut qu'il lui attacbeun signe qui lui donne du corpset la conserve. Sans cet artifice , l'esprit serait comme une glace mobile où les idées s'évanouiraient à mesure qu'elles seraient formées. Condillac a fort bien prouvé que sans les langues, l'esprit humain resterait dans une éternelle enfance; et qu'au contraire c'est à ces langues que l'esprit doit de pouvoir passer d'abstractions en abstractions. Or , ces signes, ces langues sont, ou des figures offertes à l'œil, ou des sons reçus par l'oreille ; et de là la grande utilité de ces sens pour Fexercice de l'entendement; ils sont nécessaires à la formation d'un langage , sur lequel l'entendement doit absolument s'appuyer. Cela est si vrai que l'on n'est parvenu à faire jouir le sourd-muet de tout le développement de son intelligence qu'en étendant le seul langage qui est possible à sa nature, celui de figures offertes à la vue ou au tact; il a pu dès lors non-seulement conserver toutes les idées qu'il a faites, mais les multiplier, comme nous le faisons nous-mêmes à l'aide de nos langues parlées. D'ailleurs ^ on a pu lui faire connaître celles-ci en les lui traduisant par l'écriture ; et , c'est ainsi que ces infortunés ont eu, non-seulement nos mêmes idées, mais encore nos mêmes mots pour les rendre.
Un bomme qui naîtrait privé des sens de la vue et de l'ouïe, serait sans doute encore plus difficile à instruire que le sourd-
muet , puisqu'on n'aurait plus que le sens du toucher sur les sensations duquel on pourrait établir un système de signes. Mais cet homme n'en aurait pas moins les mêmes facultés intellectuelles; seulement beaucoup ne pourraient pas être mises en jeu. Est-ce que les sourds et muets qui sont abandonnés à eux-mêmes sont pour cela sans intellect ?
Du reste , cette supposition d'un homme privé des sens de la vue et de l'ouïe 5 et cependant intelligent, a été, en quelque sorte , réalisée dans un jeune écossais appelé Mit chel ^ né en 1795 , et qui vivait encore en 1818 , quand M. Spurzheim imprima sa Plirœnologie , dans laquelle j'en ai puisé l'observation. Ce jeune homme , quoique aveugle €t sourd de naissance , n'en manifestait pas moins beaucoup de facultés intellectuelles et affectives , et même à un assez haut degré. Très curieux et très avide de connaître tous les corps extérieurs , pour y parvenir , il employait sans relâche les seuls sens qu'il possédât , le toucher et l'odoi'at. Toutes ses actions portaient en elles la marque de l'intelligence et du raisonnement. Ses gestes étaient très bien calculés pour l'objet qu'il voulait faire connaître , la pensée qu'il voulait communiquer; de son côté, il comprenait à merveille ceux qui lui étaient adressés, et qui ne pouvaient s'appliquer qu'à son toucher. Il était sensible aux caresses , susceptible d'affections diverses , de bienveillance et de haine , de colère et de malice. Il avait de la coquetterie , car il aimait à se parer. Enfin, il avait le sentiment de la propriété, et la connaissance de la mort, qui lui inspirait beaucoup de crainte. Certes, aucun fait ne peut mieux prouver dans quelle indépendance sont des sens les facultés intellectuelles et morales.
Encore une fois , les sens ne sont que des instruments secondaires , à l'aide desquels l'esprit acquiert la notion de l'univers extérieur ; mais ils n'ont pas sur l'entendement une influence aussi grande qu'on l'avait dit, quand on avait voulu trouver dans leurs impressions les matériaux exclusifs el nécessaires de toutes nos pensées. Seulement, comme on ne juge de l'univers que par eux , et qu'ils ne sont pas en
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même nombre et à une égal degré de perfection dans les animaux, il en résulte que l'univers n'est pas le même pour ceux-ci, mais qu'il est dans chacun en raison du nombre et de la délicatesse des sens qu'ils possèdent. H y a certainement une grande dislance entre le monde d'un polype, qui n'a que le tact et seulement ce que ce tact a de nécessaire pour la nutrition , et le monde de l'homme , dont l'œil voit tous les corps diversement colorés et figurés qui sont répandus dans l'espace, dont l'oreille est frappée de mille sons , et le palais et l'odorat , le siège de mille sensations délicieuses. Ajoutons que nous ne jugeons du monde que d'après nous, et que, quand nous assurons que ce monde est le même pour un autre animal, ce n'est que par analogie, puisque nous sommes à jamais hors d^état de savoir ce que sont l^s sens de cet animal.
Du reste , on se rappelle la distinction que nous avons faite des fonctions des sens en immédiates et médiates. Il est évident que chaque sens n'a qu'une seule fonction immédiate : le sens du tact , celle de donner la sensation de la température ; les sens du goût , de l'odoi'at , de l'ouïe et de la vue, celles de donner les sensations des saveurs, des odeurs, des sons et des couleurs. Il est évident aussi qu à cet égard aucun sens ne peut en suppléer un autre, et n a besoin , pour exercer sa fonction, du secours d'un autre sens, ni de l'habitude ou d'une espèce d'éducation. C'est à tort que Bichat a dit que les sens, pour s'exercer complètement,^ avaient, comme toutes fonctions animales, besoin d'une éducation préalable ; ils remplissent leur office dès que leur organe a acquis le développement convenable ; et, eu effet, dans la série des animaux, il n'en est aucun qui ne se soit montré agissant dès Tinstant même de la naissance, et, par conséquent, sans exercice antérieur. Au contraire , les fonctions médiates des sens sont multiples en chacun d'eux ; souvent plusieurs sens ont les mêmes , et se prêtent à cet égard des secours mutuels. Le toucher,, par exemple , sert tout à la fois à reconnaître la figure, les dimensions des corps, et la vue est apte à donner les mêmes notions; l'impression que l'un de ces sens peut
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ocîiapper est recueillie par l'autre; et celui-ci reconnaît l'erreur dans laquelle peut jeter celui-là.
Comme la vue, l'ouïe , le touclier, ont bien plus de fonctions médiates à remplir que le goût et Todorat , Buisson a appelé les premiers, sens de Vintelligence ^ et les seconds , sens de la nutrition. Divers caractères justifient cette distinction. Le goût et l'odorat sont situés plus infé? ieurement, ^ et occupent les appareils des fonctions pour lesquelles ils exercent un ministère d'exploration : ils sont symétriques , mais non divisés en deux organes séparés ; leur siège est en des membranes muqueuses ; ils exigent le contact du corps extérieur lui-même, et, sous ce rapport, semblent davantage être une espèce de tact; ils ne donnent que des notions corporelles, relatives à la nature intime des corps, et, à cause de cela, ont été appelés sens chimiques ; enfin, utiles surtout pour la nutrition en explorant les aliments et l'air , ils servent plus l'animal que l'homme , sont souvent plus exquis cbez le premier que cliez le second, et seraient impunément perdus pour la vie sociale. La vue et l'ouïe, au contraire, sont situés plus supérieurement, occupent des cavités qui leur sont propres, et sont toujours composés de deux organes séparés ; ces organes ne sont plus une membrane muqueuse , mais des parties fort compliquées ; leurs impressions ne résultent pas du tact du corps extérieur luimême, mais de celui d'un corps intermédiaire; les notions qu'ils donnent sont relatives aux qualités extérieui'cs des corps; enfin» ces sens servent prochainement l'intelligence, puisque ce sont eux qui apportent les signes de la pensée , qui recueillent toutes les espèces de langage; sous ce rapport, ils sont vraiment les sens sociaux; aussi ne manquentils jamais, sans que l'homme , sous le point de vue intellectuel et moral, ne reste dans un grand état d'imperfection. Cependant, observons que Buisson a encore ici rapporté à la vue et à l'ouïe des effets qui appartiennent à l'intelligence : ces sens ne fournissent que les impressions physiques, l'esprit seul reçoit les idées que lui seul y a attachées : ce n'est pas plus l'œil qui lit, l'oreille qui entend parler, que ce n'est la langue qui parle, les doigts qui jouent d'un
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instrument, les pieds qui dansent; la vue et l'ouïe ne sont toujours ici que des instruments secondaires , agissant sous la direction du cerveau.
La faculté qu'ont les sens de se suppléer les uns les autres dans leurs fonctions médiates éclate surtout dans les cas où il y a perle de quelques-uns d'entre eux, dans les aveugles et les sourdsj par exemple : on voit alors les sens qui restent, fournir seuls les notions qui auparavant étaient données par tous. Dans les aveugles, le toucher et l'ouïe étant les seuls agents de l'âme , acquièrent une très grande délicatesse. Ij'aveugle-né de Puiseaux apprenait à lire à son fils avec des caractères en relief; il tournait et maniait habilement l'aiguille; il appréciait au tact toutes les nuances du poli des corps ; il jugeait de même le poids d'un corps , la capacité d'un verre; par la seule action de l'air sur son visage, il jugeait de la distance à laquelle il était des corps. Son oreille n'était pas moins exercée que son toucher; il reconnaissait toutes les personnes au son de leur voix; avec le secours de la voix , il jetait à un but avec assez de sûreté; au caractère du son que produit la chute d'un liquide dans un vase, il jugeait de l'instant où le vase était plein. Son langage prouvait que son esprit avait reçu ses principales impressions du toucher ; l'œil , disait-il , est une longue main qui va toucher les objets au loin ; le miroir , une machine qui met les corps en relief loin d'eux-mêmes. L'aveugle Saunderson , qui , quoique privé de la vue , a écrit un traité sur l'optique , reconnaissait les personnes en suivant avec le doigt le profil de ]eur figure. Les sourds, au contraire^ perfectionnent beaucoup leur vue; on les voit comprendre les paroles au seul mouvement des lèvres. Dans ces secours respectifs des sens, la vue et le toucher s'associent, comme le goût et l'odorat; on veut toucher tout ce qu'on voit, et regarder tout ce qu'on touche ; comme on goûte ce qu'on odore , et qu'on odore ce qu'on goûte.
Y a-t-il dans les animaux et dans l'homme quelques sens autres que ceux que nous avons décrits? Pour ce qui est des animaux , la question est insoluble ; s'ils avaient quelques sens de plus, il nous serait impossible de
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nous en assui'er. D'un côté, on ne connaîtrait pas la qualité liouvelle de l'univers dont ces sens donneraient la notion ; car nous serions , par rapport à elle , comme est un aveugle de naissance par rapport aux couleurs. D'un autre côté , on ne pourrait pas même savoir que les organes nouveaux qui en seraient les instruments seraient des organes de sens plutôt que des organes d'autres fonctions; on serait toujours réduit, sur l'action de ces organes, à des conjectures. Ce n'est que par analogie , mais par une analogie assez forte , que nous disons que les animaux n'ont pas de sens autres que les nôtres. Spallanzani , Jurine , ayant remarqué que des cbauve-souris auxquelles ils avaient crevé les yeux, bouché les narines et les oreilles , avaient néanmoins retrouvé sans hésiter leurs trous dans des cavernes , ont attribué cet effet à l'action d'un sixième sens qu'ils ont supposé exister dans ces animaux ; mais cet effet peut s'expliquer par la seule délicatesse de leur tact. On a parlé d'un sens des localités donnant la faculté de retrouver les lieux ; mais c'est une faculté de l'intellect. Enfin , M. Jacobson a trouvé dans l'os incisif des animaux un organe nouveau, que tour-à-tour on a dit un organe pour le rut, ou un sens intermédiaire à ceux du goût et de l'odorat, et destiné à éclairer l'animal sur les aliments qui lui conviennent. Mais M. Jacobson ne regarde cette partie comme organe de sens que parce qu'elle communique avec l'extérieur , et qu'elle est plus riche en nerfs qu'en vaisseaux; et certainement ces considérations ne constituent pas une démonstration complète.
Quant à l'homme , il ne possède que les cinq sens que nous avons décrits; la périphérie de son corps n'offre aucun autre organe auquel on puisse attribuer une action de ce genre. Buffon avait indiqué, comme un sixième seas, la sensation vive qui est éprouvée dans le coït; mais celleci n'est qu'une sensation tactile muqueuse^ distincte de toute autre en ce qu'elle exige un état particulier de la membrane uréthrale, pour que le fluide excrété fasse impression sur elle : sous ce rapport, cette sensation tient à la fois des sensations externes et des sensations internes. Les magnétiseurs ont supposé un sixième sens, auquel l'homme
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devrait d'être accessible aux impressions par lesquelles ils le modifient; mais on peut expliquer, sans cette conjecture, ce qu'il y a de réel dans les influences magnétiques. Enfin , on a parlé d'un sens de la faim , situé à l'orifice supérieur de l'estomac; d'un sens de la soif, siégeant dans l'œsopliage ; el d'un sens pneumatique , situé dans le poumon; mais les sensations qu'on leur rapporte sont des sensations internes.
Okdre II. — Sensations externes autres que les Sens.
Il n'en existe que deux , et nous aurions pu renvoyer leur histoire à celle des douleurs; car, quand ces sensations sont prolongées, elles en prennent le caraclère. Ce sont le prurit ou démangeaison , et le chatouillement.
Le prurit n'éclate guère qu'à la peau , à l'origine des membranes muqueuses, et aux parties qui forment accidentellement la périphérie du corps. Souvent il est une sensation interne, succédant à une cause organique et interne, comme dans les dartres et autres affections de la peau. Mais souvent aussi il tient au contact d'un corps étranger^ et c'est pour cela qu'il sollicite à ce qu'on appelle le gratter^ genre d'attouchement a pour but de détacher de la peau le corps dont le contact l'agace. Cette sensation ne peut pas plus être définie que toute autre; elle est susceptible de mille degrés, et, portée à l'extrême, elle constitue un véritable supplice. Ou peut lui appliquer ce que nous avons dit de toutes les sensations en général .
Le chatouillement est aussi une sensation propre à la peau et à l'origine des membranes muqueuses, mais qui est constamment externe , c'est-à-dire produite par un contact. Seulement ce contact exige des conditions particulières ; il faut qu'il soit léger , exercé par un corps doux , et comme à l'im« proviste. Du reste, il y a des différences selon les parties dans lesquelles on veut faire naître la sensation du chatouillement ; tantôt le corps doit être très fin , et à peine appliqué à la surface sensible , comme aux lèvres; tantôt il peut avoir plus de volume, mais demande à être appliqué comme inopinémeat. Tome I. 3i
Toutes les parties de la peau et des membranes muqueuses ne sont pas aptes à la développer; celles qui le sont plus sont probablement celles dans lesquelles le système nerveux prédomine et est le plus dépouillé. Les orifices des membranes muqueuses , la peau des bypocliondres , la paume des mains, la plante des pieds, sont les parties qui la montrent le plus souvent. Il y a aussi des différences individuelles; et telles personnes y sont si prédisposées, que le simple geste, la simple menace du cbatouillement , les jette dans le spasme qui accompagne cette sensation. Nous ne pouvons encore que rappeler ici ce que nous avons dit des sensations en général : seulement nous ajouterons que cette sensation est si vive , qu'elle trouble aussitôt tout le système nerveux ^ jette dans un état de spasme et de convulsion générale , telle qu'il faut la faire finir; prolongée , elle amènerait de graves accidents, et sa répétition énerve. Lecat l'appelait une sensation hermaphrodite , parce que, provoquaat le rire d'une part, et de l'autre , ne pouvant être supportée, elle semble intermédiaire à la douleur et au plaisir.