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PROPAGATION DE L'ÉCRITURE DROITE

L'écriture penchée n'est pas une nouveauté (1) : la variété sidonienne de l'écriture phénicienne présente une inclinaison analogue à celle de nos italiques et on peut en voir un exemple au musée du Louvre, sur le célèbre sarcophage d'Echmounazar, roi de Sidon. Mais, dans l'antiquité, la pente est une exception. Sur la stèle de Mésa, située dans la même galerie (Voir Fig. 3 et 4,page5), l'obliquité des verticales est à peine sensible, et dans les inscriptions tyriennes de Carthage, bien postérieures, les traits ont repris leur position rectangulaire.

Qu'on examine les capitulaires de Charlemagne (789), les manuscrits produits à l'abbaye de Saint-Martin de Tours sous la direction d'Alcuin (796 à 804), les belles écritures franques minuscules du douzième siècle, les gothiques qui apparaissent au quatorzième siècle, les manuscrits de la Renaissance italienne, le célèbre Champfleury de Geoffroy Tory (1529), qu'on parcoure le beau volume de Sylvestre (La Paléographie), on voit que, pendant tout le moyen âge et la Renaissance, les écritures soignées sont généralement droites.

Lorsqu'apparut l'imprimerie (1440), ni Gutenberg, ni aucun de ses successeurs immédiats ne créèrent de caractères typographiques penchés. Or, on sait que les premières impressions imitèrent les écritures les plus régulières de l'époque, au point d'être vendues pour des manuscrits. Nous voyons encore, plus de cent ans après (1556), apparaître les carac-

(1) Javal. L'écriture droite et l'écriture penchée. Article publié dans la Revue pédagogique en décembre 1893, pour répondre à une demande du ministère de l'Instruction publique.

tères de civilité de Granjean, qui lui servirent à imprimer la Civilité puérisle et honneste, réimprimée sous la même forme pour les écoles chrétiennes jusqu'au dix-neuvième siècle, et qui furent longtemps employés comme modèles d'écriture ; ces caractères sont droits.

Depuis l'invention de l'imprimerie, pendant que les caractères évoluaient pour aboutir à leur forme actuelle, qui serait difficile à reproduire en écrivant, les caractères manuscrits se transformaient dans le sens d'une exécution plus facile et plus rapide, et c'est pour obéir à cette tendance que se produisit au seizième siècle en Italie cette écriture penchée qui prit successivement en France le nom d'italienne et de bâtarde italique, et qui fut importée dans notre pays par Jehan de Beauchesne. L'emploi de l'écriture italienne reçut une nouvelle impulsion en 1608 par la publication de Lucas Materot, Bourguignon français, citoyen d'Avignon, qui contient des modèles d'une bâtarde tout à fait expédiée, tracée avec une plume fine ; les / sont bouclés, et l'aspect est très voisin de celui de l'anglaise moderne.

Cependant, les calligraphes français résistaient à l'introduction de cette écriture penchée et, à l'exemple de Le Gangneur, ils donnèrent toujours, pendant deux siècles, la préséance à l'écriture droite, qui s'appela successivement française et financière ; ils reléguaient toujours à la fin de leurs ouvrages les modèles d'écriture italienne ou bâtarde italienne, malgré l'impulsion de la mode. Ainsi, en 1647, Barbedor, dont la réputation de calligraphe était immense, écrivait que l'italienne bâtarde, dont il donne des modèles à la fin de son livre, était employée à la cour par les personnes de condition qui ne sont ni de finance, ni de palais ; il résistait à l'introduction de la coulée, et ses modèles d'écriture financière ou française diffèrent peu de notre ronde actuelle.

Barbedor fut chargé par la communauté des maîtres écrivains, dont il était le syndic, d'exécuter un exemplaire de lettres financières destiné, par arrêt du Parlement de Paris, à servir de modèle aux particuliers et de règle aux maîtres. Depuis 1620, l'écriture nationale française tendait à devenir une ronde obtenue sans tours de plume ; Barbedor en produisit des modèles longtemps célèbres, et les règles de son exécution furent posées bientôt après par J.-B. Alais, fils du calligraphe Jean Alais.

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