XVIII. — PROPAGATION DE L'ÉCRITURE DROITE
S..., B... et F..., vont lancer dans le dix-neuvième siècle des modèles qui passeront à la postérité », épigraphe signée de Saintomer et digne de son légendaire élève Joseph Prudhomme. Parmi les diverses écritures contenues dans ce volume fin de dix-huitième siècle, c'est l'anglaise qui a pris, peu à peu, le haut du pavé. Elle est, en effet, par excellence, l'écriture à grande vitesse, à cause de sa pente, de ses boucles et de ses liaisons, toutes circonstances qui permettent de la tracer sans guère lever la plume ni déplacer le coude, à condition d'écrire sur papier incliné ; bonne pour l'homme de lettres, elle est pernicieuse pour l'enfant.
Cette écriture, peu différente en somme de la bâtarde italique, dont Matrot a donné de si beaux modèles il y a bientôt trois cents ans, a pris sa forme actuelle vers le commencement de ce siècle, en Angleterre, sous l'impulsion de Carstairs. Ce maître, très ingénieux, sut intéresser à sa méthode les plus grands personnages, si bien que, le 9 juillet 1816, ses procédés furent recommandés au public par le procès-verbal d'une nombreuse et brillante réunion, qui eut lieu à la taverne des francs-maçons, sous la présidence de S. A. R. le duc de Kent.
Très judicieusement, Carstairs exerçait séparément les mouvements du bras, du poignet et des trois doigts qui tiennent la plume, et recommandait de faire glisser la main en prenant un appui sur les ongles de l'annulaire et du petit doigt. Il allait jusqu'à pratiquer, pendant quelques leçons, des ligatures destinées à empêcher ces deux doigts de participer aux mouvements des trois autres.
En 1822, la méthode de Carstairs fut importée d'Angleterre en France par Audoyer, qui avait été son élève, sous le nom de méthode américaine, nom adopté à cause de la haine de l'Anglais, si vivace à cette époque. La méthode Chandelet, parue vers 1827, procède également de la même origine. La méthode de Carstairs a été traduite par Julien, en 1828.
Baron, qui jouissait d'une autorité incontestée parmi les maîtres d'écriture de la première moitié du xixe siècle, se fit, malgré lui, le propagateur de l'anglaise, qui fut professée en 1846 aux Tuileries par Taupier, le maître du comte de Paris et du duc de Chartres ; à partir de ce moment, l'anglaise a occupé, sans conteste, la première place.
Parmi les auteurs que j'ai cités et parmi ceux, beaucoup plus nombreux, que j'ai cru inutile de mentionner dans ce court aperçu, pas un seul n'a compris la raison de la pente de l'écriture rapide des adultes, car pas un n'indique la convenance de poser le papier obliquement sur la table quand on veut écrire très rapidement. C'est donc par instinct et non par raisonnement que, pendant des siècles, nos calligraphes faisaient commencer l'enseignement par l'écriture droite, dénommée française, financière ou ronde, suivant les temps.
D'après le récit qui précède, on voit que, malgré la résistance des maîtres d'écriture les plus renommés, l'écriture droite avait disparu vers le commencement du xixe siècle.
C'est aux environs de 1880 que se place la reprise des hostilités, sous la conduite de quelques hygiénistes. Commençons par les pays étrangers.
En Allemagne, d'après la méthode Nadelin (1839) qui eut une vogue considérable, les enfants devaient écrire penché, sur papier droit, mais rejeté vers leur droite. Certains maîtres acceptaient pourtant une position du papier légèrement oblique vers la gauche. Aujourd'hui encore, la position de Nadelin est officiellement prescrite en Allemagne.
La résistance à cette prescription, qu'ils considéraient comme antihygiénique, fut inaugurée en 1877 par Ellinger et Gross, tous deux de Stuttgart. Tandis qu'Ellinger réclamait une modification de position du cahier, le Dr Gross entreprenait une campagne pour demander une diminution de la pente de l'écriture. En 1880, le Dr Schubert, de Nuremberg, entrait le premier en ligne en faveur de l'écriture droite avec une énergie extraordinaire. En 1887, il obtenait l'institution, sur une grande échelle, d'expériences comparatives.
Cependant les docteurs Berlin et Remboldt, oculistes tous deux, apportèrent en 1882 leurs expériences et leurs théories, très contestables, qui servirent de point de départ à de nombreuses discussions, qu'on peut trouver dans les années