PLANCHETTE A ÉCRIRE DES AVEUGLES
Aussitôt] après la perte de ma vue, je me préoccupai de me procurer un appareil qui me permît d'écrire comme par le passé. Parmi les nombreux systèmes parvenus à ma connaissance, et dont j'expérimentai- plusieurs, aucun ne me donnait satisfaction, car aucun ne laisse à la main et aux doigts la pleine liberté de leurs mouvements. Le guidage, quel qu'il soit, est un continuel obstacle qui ralentit ou déforme l'écriture, et qui est une cause de préoccupation empiétant sur la liberté d'esprit de l'écrivain.
Je fis alors construire la planchette scoto graphique représentée par la Fig.81, et qui est fondée sur les principes de physiologie de l'écriture que j'ai exposés plus haut, Chap. XIII, p. 145 (1). La pièce caractéristique de ce petit appareil est une sorte de talon où vient se loger le coude de l'écrivain. Pivotant dans un plan horizontal, l'avant-bras fait décrire à la pointe de la plume un arc
Fis. 81.
(1) Voir aussi : Sur l'écriture. Société de Biologie, 24 novembre 1883 (distinction entre les mouvements isochrones du poignet et les mouvements des doigts).
.IAVAT. 17
de cer
DEDUCTIONS PRATIQUES.
cle de grand rayon, et cet arc de cercle donne la forme générale de la ligne d'écriture.
Si la largeur du papier est modérée, les lignes ainsi tracées se présentent avec une courbure très faible et d'autant moins choquante qu'on rencontre une courbure pareille dans bon nombre d'écritures.
Un second organe de mon instrument est une crémaillère qui sert à remonter le papier d'un centimètre, chaque fois que l'écrivain passe d'une ligne à la suivante.
Enfin, je me sers exclusivement d'une de ces plumes à réservoir, si commodes, qui nous viennent d'Amérique. Il me paraît bien mieux d'écrire à l'encre qu'au crayon, car il est fort difficile à l'aveugle de se rendre compte de l'état de la pointe du crayon, afin de le tourner entre ses doigts pour éviter la formation d'un méplat, qui élargit à son insu les traits et peut rendre l'écriture indéchiffrable (1).
Dans les premiers temps, les plumes à réservoir étant moins parfaites qu'aujourd'hui, il m'est arrivé, résultat navrant, après avoir cru écrire une page, de n'avoir devant moi que du papier blanc.
T'lS- 82 • Pour éviter cet inconvénient.
(1) Si l'on tient à écrire au crayon, employer de préférence le crayon « Koh-i-Noor » qui marque bien noir tout en étant très dur. Il porte l'indication :« British graphite drawing pencil, compressed lead. Made by L. et C. Hardtmuth in Austria ».