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XXV. — MOYENS D'ACCÉLÉRER LA LECTURE DES AVEUGLES

Utilité de la sténographie pour les aveugles. —

Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de bien définir la nature des services que les aveugles peuvent attendre de la sténographie. Il est présumable qu'ils ne deviendront pas aisément des sténographes professionnels, car il leur est difficile de percevoir les circonstances extérieures qui constituent une partie importante des discussions que le sténographe recueille sur le papier. D'autre part, l'aveugle ne peut pas transcrire rapidement en dactylographie des notes prises en sténographie ponctuée, cette transcription exigeant, au minimum, l'emploi de trois mains. Il est vrai que le plus souvent les sténographes professionnels dictent la transcription à un dactylographe, et rien n'empêcherait un sténographe aveugle de procéder de même. On conçoit donc parfaitement l'association de deux aveugles pour faire de la sténographie et pour la transcrire.

Pour les aveugles, la principale utilité de la sténographie serait, peut-être, de rendre plus rapides les correspondances entre aveugles sachant une même sténographie, ainsi que cela se pratique entre M. de la Sizeranne et quelques autres adeptes de la sténographie Ballu, et aussi, de permettre à quelques étudiants de prendre des notes en suivant des cours. Or, si l'étudiant est astreint à copier ces notes après coup, pour les conserver plus lisibles qu'en sténographie, le but est complètement manqué, car ce serait un travail supplémentaire excessif que celui qui consisterait à transcrire la sténographie. Pour l'étudiant, il suffit d'avoir une sténographie dont la vitesse soit au moins égale à celle de l'écriture ordinaire des clairvoyants, et qui soit facilement lisible. D'ailleurs, comme rien n'empêche d'employer la machine pour écrire en abrégé ou en sténographie, on voit que le problème d'une écriture en relief suffisamment rapide est amplement résolu.

En 1902, au Congrès de Bruxelles, M. Monnier a demandé qu'on mît à l'étude une sténographie internationale à l'usage des aveugles. Cette proposition porte en elle-même la preuve que la sténographie désirée par les intellectuels devrait être facilement lisible, non seulement pour celui qui l'a tracée, mais pour tous les aveugles doués d'une instruction étendue.

J'espère que ce desideratum sera pris en considération

par l'homme de France qui est le plus au courant des choses de la sténographie ponctuée, j'ai nommé M. Deschaux, de Montluçon, qui, avant de perdre la vue, connaissait la sténographie Duployé, et qui, depuis, après avoir étudié à fond la sténographie et l'écriture rapide de Ballu, la sténographie Flageul, dérivée du Duployé, la sténographie pratiquée en Belgique par le frère Isidore Clé et la sténographie Prévost-Delaunay, consacre toute son ingéniosité à la construction d'une sténographie qu'il a la sagesse de perfectionner patiemment avant de la proposer au jugement des personnes compétentes.

A mon avis, dans le choix des caractères sténographiques, il convient de tenir le plus grand compte des besoins de la phonographie'; il me semble que, rqciproquement, l'adoption d'un système phonogi;aphique doit être subordonnée, dans une certaine mesure, à la transformation de ce système en sténographie. Je dis « dans une certaine mesure », car il serait fâcheux que la considération d'une sténographie rapide, dont les adeptes seront toujours en nombre infime, nuisît à la bonne ordonnance d'une phonographie destinée à l'immense majorité des aveugles.

Sténographie Ballu. — Dans sa très ingénieuse sténographie, Ballu a eu le tort de ne pas tenir compte des nécessités des langues étrangères. Il ne paraît pas avoir connu les meilleures méthodes de sténographie en noir, et le principal avantage de son système devient presque illusoire depuis l'invention de la machine Hall.

Ballu eut la pensée toute naturelle de représenter les lettres les plus fréquentes par les signes les plus simples, c'est-à-dire formés du plus petit nombre de points possible.

Malgré l'introduction de la machine Hall, cet avantage subsiste encore quand l'aveugle, réduit au poinçon, veut prendre des notes à un cours.

La fréquence des diverses lettres et contractions étant loin d'être la même dans toutes les langues, les étrangers n'ont pas pu songer à adopter le système Ballu, qui n'est appliqué que par M. de la Sizeranne et les aveugles de son entourage immédiat.

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