OPTIQUE DE L'OEIL
Les questions d'hygiène de la vue et en particulier les règles qui doivent présider à l'éclairage des salles de classes, à la confection des cartes et des livres scolaires ne peuvent être étudiées sans une connaissance préalable de l'optique de l'œil dont le présent chapitre constitue un abrégé très sommaire.
Emmétropie et presbytie. — Comme leurs noms l'indiquent, Y emmétropie est l'état de l'oeil optiquement normal et la presbytie est une modification de l'œil qui survient surtout chez les gens âgés.
Depuis les mémorables expériences de Thomas Young, on sait que Y accommodation, ou miscau point pour les objets voisins, se fait par le moyen d'une augmentation de réfringence du cristallin ; on a démontré depuis que cette déformation résulte de la contraction d'un muscle circulaire, logé derrière l'iris, et qu'on nomme muscle de Brùcke, muscle ciliaire ou muscle tenseur de la choroïde. Le milieu du cristallin se bombe d'autant plus que ce muscle se contracte davantage. Quand le muscle est entièrement relâché, l'action réfringente du cristallin est faible; elle atteint son maximum lorsque le muscle est le plus fortement contracté. L'œil qui accommode peut donc voir nettement des objets d'autant plus voisins que le cristallin est plus souple ou que le muscle ciliaire est plus fort.
Il faut abandonner l'ancienne expression de distance de la vision distincte ; en fait, nous voyons distinctement entre deux limites, l'une très éloignée (punctiim remotnm) et l'autre très rapprochée (punctiim proximum). La distance entre ces deux limites est le parcours de la vision distincte.
J'ai dit que l'œil emmétrope est optiquement normal, c'est dire qu'il n'est ni myope, ni hypermétrope. Un œil peut être affecté de cataracte, d'amblyopie (mauvaise acuité), etc., sans cesser d'être emmétrope.
On verra plus loin que les hypermétropes et que certains myopes peuvent devenir presbytes. Examinons d'abord les phénomènes qui accompagnent la presbytie chez les emmétropes, c'est-à-dire chez les personnes dont les yeux sont construits de manière à recevoir sur la rétine, des images nettes d'objets très éloignés quand l'accommodation est complètement au repos.
Avec les progrès de l'âge, chez tous les hommes, le parcours de l'accommodation diminue graduellement, si bien que, le piinctiim remotum restant à peu près invariable, le punctum proximum s'éloigne peu à peu.
Vers l'âge de quarante-cinq ans, ce point est déjà assez loin, chez l'emmétrope, pour que les objets tenus à la main soient situés en deçà du parcours de la vision distincte.
C'est cette modification qui constitue la presbytie.
On voit que ce défaut de la vue est purement optique et n'est point un affaiblissement réel, et d'ailleurs il est à remarquer que les yeux presbytes sont généralement très solidement constitués et sont rarement atteints d'un certain nombre de maladies graves, telles que le décollement de la rétine, la choroïdite, etc.
A mesure que la presbytie augmente, l'emmétrope est contraint d'éloigner les objets de plus en plus pour les voir nettement. Il arrive bientôt un moment où cet artifice devient insuffisant, car un éloignement trop considérable est fort incommode pour le travail, et de plus, la possibilité de voir nettement à condition de s'éloigner est de nulle ressource, quand il s'agit de petits objets, tels qu'une impression fine, qui devient indéchiffrable pour le presbyte un peu avancé. En effet, il ne peut la lire de près, car elle se trouverait située en deçà du parcours de son accommodation, et il ne gagne guère à s'éloigner, car l'image rétinienne deviendrait trop petite pour qu'il soit possible d'en faire usage pour lire.
Tout le monde sait comment et pourquoi les verres sphériques convexes permettent aux presbytes de se tirer fort bien d'embarras : la convexité du verre vient suppléer à