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DE L'ACUITÉ VISUELLE INDÉPENDAMMENT DE L'ÉCLAIRAGE

La vision indirecte ne jouant, dans la lecture, qu'un rôle accessoire, nous ne nous occuperons ici que de la vision directe, laquelle ne paraît pas employer les bâtonnets, et s'exerce au moyen des cônes, terminaisons nerveuses sensibles dont la mosaïque tapisse la macula hitea ou tache faune de la rétine, tout autour de la fovea centralis ou point de fixation.

Nous admettons, avec tous les physiologistes, que chaque cône ne peut nous fournir qu'une seule sensation. En d'autres termes, nous admettrons comme démontré que les images de deux points lumineux très voisins, venant se peindre sur un seul cône, produisent la même impression qu'un seul point deux fois plus brillant. Nous admettrons également que pour produire la sensation de deux points séparés la distance des centres des deux images devra excéder le diamètre d'un élément sensible. En effet, si les images sont plus rapprochées que le diamètre d'un cône, deux cas peuvent se présenter : elles se peignent sur un même cône, et alors la sensation est évidemment unique ; ou bien elles tombent sur deux cônes contigus, et alors rien ne distingue la sensation obtenue d'avec celle que produirait un point unique dont l'image tomberait précisément sur la limite commune de deux cônes.

Partant de ces idées théoriques, on a fait de nombreuses expériences en prenant pour objets des couples de points lumineux, des groupes de lignes parallèles ou des figures en échiquier, et ces recherches ont cadré assez bien avec les

résultats obtenus par la mesure micrométrique des cônes rétiniens, pour qu'on puisse admettre que ces cônes constituent les éléments sensibles de la rétine.

Ce n'est pas ici le lieu d'aborder cette intéressante étude; nous devons nous borner à rechercher si les expériences dont nous venons de parler peuvent nous servir à étudier l'aptitude de l'œil pour la lecture, aptitude que nous désignerons provisoirement par le nom d'acuité visuelle.

Nous ferons remarquer tout d'abord que la lecture est un acte passablement complexe, et que c'est aller un peu vite en besogne que de l'assimiler à cette expérience qui consiste à rechercher la distance la plus grande où la figure formée par des traits parallèles, alternativement blancs et noirs, cesse de paraître rayée et prend l'aspect d'une teinte plate; il nous semble donc, a priori, que les raisonnements théoriques sur lesquels se sont fondés M. Giraud-Teulon et M. Snellen, lorsqu'ils ont construit leurs échelles typographiques, ne reposent pas sur une base solide (1).

Les premières échelles typographiques régulières qui aient été faites sont celles de Stellwag von Carion (Sitzungsber. der math, naturw. Classe der Kais. Akademie der Wissenschaften, t. XVI, p. 187-282), échelle gravée avec une étonnante précision.

D'autre part, le Dr Hirschmann (2) a pu distinguer les rayures d'un gril dans des conditions telles que l'angle sous

(1) Voici des extraits des explications de M. Giraud-Teulon :

« Cette échelle est formée par une série de caractères d'imprimerie, assemblés pour la lecture courante, et disposés en série régulièrement progressive. La progression a pour unité l'intervalle 0mm,10 qui, à 33 centimètres (1 pied de distance, sous-tend un arc rétinien de 1' ou de 0mm,005. Tous les caractères de l'échelle, visés à la distance marquée (en pieds) par leur numéro dans la série, sous-tendent ce même angle de 1', correspondant à cette même grandeur de l'image rétinienne 0mm,005.

» La limite de gi-andeur de l'image 0mm, 005, et la condition de présenter les pleins égaux aux clairs donnent à cette échelle l'avantage de s'appuyer sur le dernier terme de la sensibilité distincte de la rétine ; dès que l'observateur vient à sortir des limites du champ de sa vision distincte, le cercle de diffusion qui naît à cet instant empêche au même moment de distinguer le blanc du noir.

» Pour mesurer, chez chaque sujet, le degré de sensibilité distincte ou l'acuité de la vision, on considérera comme ayant une acuité égale à 1 tout individu lisant couramment le n° 1 à 1 pied de distance, le n° 2 à 2 pieds, etc. ».

(2) Helmholtz, Optique physiologique, trad. française, p. 296.

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