DE L'ACUITÉ VISUELLE
au carré de cette grandeur. Si par conséquent, on voulait se servir de la Fig. 34 pour mesurer la sensibilité rétinienne, c'est plutôt des files horizontales que des files obliques qu'il faudrait faire usage en numérotant les lettres 1, 2, 4, 8, etc., tandis que théoriquement les lettres de la file oblique seraient numérotées 1, 4, 16, 64, etc. Cependant, dans ce qui suit, il sera bien plus commode de parler simplement de la hauteur ou grandeur linéaire des lettres vues, sans rien préjuger relativement à la théorie de l'acuité visuelle.
4° Choix des degrés de l'échelle. — La grandeur relative des lettres de l'échelle de M. Snellen est mesurée par les nombres 1 ; 1,5 ; 2 ; 3 ; 4 ; 6 et 10. Si l'on veut des échelons à peu près aussi nombreux, il sera préférable de prendre 1 ; v 27 2 ; 2 v/2] 4 ; 4 yjY; 8 et 8 sj % qui forment une progression géométrique; les hauteurs des lettres seront respectivement 1 ; 1,41 ; 2; 2,83; 4; 5,66; 8, 11,31... Il serait tout aussi facile d'obtenir une progression géométrique à intervalles aussi rapprochés qu'on voudra. Pour le moment, nous devons nous borner à faire ressortir les avantages que présente la progression géométrique, et qui ont d'ailleurs été indiqués par M. Green (1).
On remarquera tout d'abord que les échelons en progression géométrique présentent, sur les intervalles adoptés par M. Snellen, l'avantage que l'échelle est propre à être employée à autant de distances différentes qu'elle compte de lignes : nous avons supposé jusqu'ici qu'on se mettait à la distance d'un mètre ; rapprochons-nous, par exemple, à
50 centimètres, c'est le groupe y y (Fig. 34) de la dernière
ligne qui devra être lu par une bonne vue.
Principale supériorité de la progression géométrique : l'expression : le malade lit une ligne de plus de la fig. 34, prend un sens parfaitement déterminé : son acuité superficielle a doublé ; s'il lit deux lignes déplus, son acuité linéaire a doublé, mais son acuité superficielle a quadruplé.
(1) A New Séries of Test Letters, in Transactions of the American Ophthalmological Society, 1867, p. 67. M. Green avait choisi la progression \J 2. Je préfère \] 2.
En d'autres termes, si l'on persiste à considérer l'acuité visuelle comme inversement proportionnelle à la grandeur linéaire des lettres lues, c'est lorsque le malade gagne deux lignes de la fîg. 33 qu'on dirait que son acuité a doublé. (D'après la théorie que j'ai mentionnée en passant, l'acuité superficielle serait doublée en réalité quand le malade gagne une ligne sur cette figure 34, parce que le nombre des éléments rétiniens affectés par les lettres d'une ligne est précisément double du nombre de ceux affectés par les lettres de la ligne immédiatement inférieure).
On sait que par une coïncidence très remarquable, les
termes de la progression 1 ; ^2] 2; 2 \J2; 4 peuvent être
exprimés avec une très grande approximation par les chiffres 5; 7; 10; 14; 20; 28; 40, etc. Plaçons ces chiffres à côté des lignes de la figure 33 en commençant par le bas ; on remarquera que le nombre 10 tombe en regard de la ligne qui correspond à l'acuité normale de Snellen (1).
(1) Le Congrès international de 1900 a chargé une Commission composée de MM. Javal, Hirschberg, Landolt et Parent d'étudier la réforme qu'il pourrait être utile d'apporter à la notation de la faculté visuelle.
La Commission s'est réunie aussitôt et, après m'avoir désigné comme président, elle m'a chargé de la conduite de ses opérations.
En vertu du droit de cooptation qui lui avait été conféré par le Congrès, la commission s'est adjoint MM. Reymond, de Turin, et Châtiasse, médecin principal de l'Armée française.
Il a été impossible de réunir la Commission à Madrid en 1903, elle se présentera à Lisbonne en 1906. La présente rédaction provisoire résulte de correspondances échangées avec mes collègues. Nous n'avions pas connaissance de l'ingénieux mémoire présenté au Congrès spécial de Lucerne, en septembre 1904, par le Dr von Siklossy (Buda-Pesth).
Il a été reconnu tout d'abord qu'en présence des lois relatives aux accidents du travail, il importe de fonder une notation sur une base théorique incontestable et qui soit intelligible pour les magistrats. Cette dernière nécessité exclut l'emploi du terme d'acuité normale qui, l'expérience l'a démontré, apporte un obstacle parfois insurmontable à l'échange d'explications entre le juge et l'expert.
Car ce n'est pas une petite affaire d'expliquer au juge comment on a été conduit à prendre, pour la mesure de la fonction visuelle, une certaine unité arbitraire et d'employer des fractions de cette unité.
La difficulté disparaît si, au lieu de s'exprimer par fractions et de partir d'une unité arbitraire, l'expert parle d'iMPERFECTiON visuelle, cette Imperfection étant définie par la grandeur de l'objet que l'ouvrier peut voir après l'accident. La comparaison entre V imperfection antérieure à l'accident et ï Imperfection actuelle donne l'idée de la détérioration.
Il est clair que la perfection visuelle, imaginable, permettrait de discerner un objet infiniment petit. Une vue infiniment bonne s'inscrirait : / = 0. {imperfection nulle.) L'impossibilité .de rienjdistinguer s'é-