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X. LES PLEINS ET LES DÉLIÉS EN TYPOGRAPHIE

une discussion qui est d'ailleurs du domaine du calcul intégral (1); bornons-nous à noter : 1° que l'image de diffusion d'une ligne d'épaisseur négligeable possède, en ses divers points, des intensités proportionnelles aux ordonnées d'un cercle ; 2° que la courbe des intensités monte bien plus rapidement quand l'épaisseur de la ligne n'est pas négligeable par rapport au diamètre des cercles de diffusion.

L'inspection de cette courbe permet de voir très clairement dans quelle mesure les cercles de diffusion portent obstacle à la possibilité de distinguer les lignes les unes des autres.

Cette étude suffit pour expliquer comment, avec une accommodation inexacte, on peut lire des caractères notablement plus fins que cela n'aurait lieu si la lisibilité cessait dès que les cercles de diffusion se touchent.

L'examen des courbes nous fournit cet autre résultat, fort important, que, lorsque la vision d'une série de droites parallèles cesse d'être possible par suite de l'augmentation de diamètre des cercles de diffusion, la condition la plus favorable à la vision est celle où les pleins sont égaux aux vides.

D'où cette conclusion que, si la lecture consistait simplement à distinguer les uns des autres les jambages verticaux des lettres, il faudrait faire les vides égaux à l'épaisseur des jambages, toutes les fois qu'on voudrait obtenir une impression qui restât lisible malgré une accommodation inexacte de la vue.

D'autre part, notre formule d = — nous enseigne que,

dans le cas d'accommodation imparfaite, le diamètre /; de la pupille exerce une influence énorme sur la netteté de la vision; en effet, on admet généralement que le diamètre delà pupille peut descendre au-dessous d'un millimètre et dépasser largement quatre millimètres ; ces variations suffisent pour expliquer comment un presbyte, qui ne peut pas déchiffrer sans lunettes, à un faible éclairage, un texte imprimé en très gros caractères, lira un texte beaucoup plus fin quand il sera en présence d'une forte lumière : aussi voit-on des presbytes mettre une bougie entre eux et le livre pour obtenir une constriction suffisante de leurs pupilles. C'est certai-

(1) Voir Helmholtz. Optique physiologique, § 13.

nement pour la même raison que, bien souvent, les presbytes se plaignent de voir plus mal à la lumière artificielle qu'en plein jour (1).

L'expérience nous apprend que les presbytes ne recourent guère aux lunettes avant que le déficit de leur accomodation ne dépasse une dioptrie, et que, bien souvent, ils attendent davantage encore. D'après le calcul que nous avons fait tout à l'heure, avec une pupille d'un millimètre de diamètre, c'est-à-dire avec un très bon éclairage, il leur faudrait, pour lire facilement à 25 centimètres, des lettres dont les traits fussent écartés d'environ un quart de millimètre, d'axe en axe, ce qui correspondrait aux caractères de 2 points 1/4, groupe 3 de la fîg. iî p. 114. En d'autres termes, une inexactitude d'une dioptrie dans l'accommodation réduirait l'acuité visuelle des trois quarts, dans le cas d'un éclairage précisément assez fort pour réduire à un millimètre le diamètre de la pupille. Nous avons déjà dit que ces résultats du calcul dépassent sans doute un peu la réalité; en attendant, on nous accordera que la théorie conduit à n'admettre des lettres de cinq points typographiques que dans le cas où les pleins seraient égaux aux vides.

Mais cela ne serait encore vrai que si la lecture ne consistait qu'à compter les jambages des lettres ; pour que les détails de leur forme soient perçus, pour qu'on voit suffisamment une partie des déliés, il faut aller bien au delà, et ce n'est guère trop de demander, pour les presbytes imparfaitement corrigés, une dimension double, c'est-à-dire des lettres de dix points typographiques, dont les pleins auraient un demi-millimètre d'épaisseur et les déliés un quart de millimètre.

Pour apporter quelque précision sur ce point, il faudra remarquer que le cas où l'on doit distinguer l'un de l'autre deux traits parallèles ne se présente, en somme, qu'exceptionnellement. Pour lire, il faut distinguer des points et des lignes de différentes formes, et c'est dans les conditions de

(1) Dans ce qui^ précède, nous trouvons l'explication de ce fait, bien connu, que la pupille des myopes est généralement plus grande que celle des presbytes. En plein air, les uns et les autres contractent leur pupille pour arrêter l'excès de lumière, mais, tandis que, pour lire, le soir, le presbyte s'approcbe de la lumière et trouve avantage à contracter sa pupille, le myope, qui n'est pas gêné par les cercles de diffusion, dilate sa pupille au maximum et se contente de l'éclairage le plus médiocre.

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