X. — LES PLEINS ET LES DÉLIÉS EN TYPOGRAPHIE
visibilité de points et de lignes qu'on pourra puiser des règles, tant soit peu précises, sur le sujet qui nous occupe actuellement. Après avoir recherché les qualités que doivent posséder les caractères typographiques pour être appropriés aux exigences des presbytes, nous allons examiner ce qu'il faut faire pour tenir compte des convenances des myopes.
Les personnes qui ont la vue basse préfèrent généralement les impressions fines, et cette prédilection est tout à fait justifiée, car la proximité du livre leur fait paraître suffisamment grands les plus fins parmi les caractères usités généralement, tandis que les lettres de dimension un peu grande viennent occuper sur leur rétine une étendue bien supérieure à celle qui est nécessaire pour qu'elles soient vues nettement. Si une impression trop fine est insupportable pour les presbytes, une impression trop grosse est incommode pour tout le monde, surtout pour les myopes, car l'étendue relativement considérable occupée par chaque mot oblige le lecteur à faire des mouvements rapides avec les yeux et même avec la tête si sa myopie est tant soit peu forte.
Il ne saurait être question de confectionner des livres spécialement pour l'usage des myopes, mais, par considération pour eux, on ne doit pas employer de caractères plus grands qu'il n'est nécessaire pour donner à peu près satisfaction aux presbytes. Or, nous avons vu que les caractères de dix points peuvent être lus par les presbytes avec un déficit d'accommodation d'une dioptrie ; nous pouvons admettre que les verres convexes sont d'un usage assez répandu pour qu'il soit légitime de faire choix de types tels que les presbytes ne pourront les lire qu'en corrigeant à peu près le défaut de leur vue, et ceci nous amène à faire choix de caractères d'environ huit points, sauf à mécontenter un certain nombre de presbytes, qui résistent trop longtemps à la nécessité de prendre des verres.
Chez les peuples Européens, l'astigmatisme a généralement pour effet de faire voir les traits horizontaux plus distinctement que les verticaux (1). Il se peut fort bien que cette cir-
(1) Dès 1865, j'avais fait observer que si, dans les caractères hébraïques dits « carrés » les pleins sont horizontaux, cela tient sans doute à ce que l'astigmatisme inverse est fréquent cbez les Juifs. (Voir Bulletin de la Sociétéd'Anthropologie, deWECKER, 15 juillet 1869, p. 545 et Javal, 1er mars 1877, p. 157).
constance soit pour quelque chose dans la distribution des pleins et des déliés dans leur écriture et dans leur typographie. — On verra plus loin, dans le chapitre consacré au mécanisme de l'écriture, comment cette distribution résulte de notre tenue de plume ; mais on peut se demander si ce n'est pas, au contraire, notre tenue de plume qui résulte du désir que nous avons de faire des pleins verticaux. En effet, ceux qui écrivent de l'hébreu à pleins horizontaux y parviennent aisément en tenant la plume dans un plan parallèle aux bords supérieur et inférieur du papier, c'est-à-dire à 90° de notre position usuelle.