XI. — ACUITÉ TACTILE
analogue à celui qui oblige nos yeux à être constamment en mouvement pour empêcher la vision de s'émousser par la production d'images accidentelles.
L'étude de la performance de lecteurs habiles donnerait des indications pour l'éducation des novices.
De cette étude on pourrait déduire aussi des indications pour le perfectionnement des signes en relief. Par exemple, en ce qui me concerne, le b du Braille est plus lisible que le c, car, lorsque mon doigt se promène horizontalement, il m'arrive de n'éprouver qu'une sensation pour les deux points juxtaposés qui constituent le c, tandis que cela n'a pas lieu pour les deux points superposés verticalement qui forment le Z).Pour cette raison et pour d'autres analogues, reposant sur la direction horizontale suivie par le doigt, il me semble donc qu'il y aurait intérêt à diminuer la hauteur des lettres et à augmenter leur largeur ainsi que celle des intervalles qui les séparent.
M. Kunz, Directeur de l'institution d'aveugles d'Illzach près de Mulhouse, a étudié avec détails la comparaison entre la sensibilité tactile chez les voyants et les aveugles ; clans une brochure in-8° de 34 pages intitulée Zur Blinde nphysiologie (Das Sinnenvicariat) Edit. Moritz Perles, Vienne, 1902, il a analysé longuement les expériences de sensibilité faites par M.Griesbach à Illzach et plus récemment, en 1902, à l'institution des sourds et des aveugles de Weimar.
M. Kunz a examiné un autre aspect de la question, et il a trouvé avantageux, pour les adultes qui apprennent le Braille de se départir d'un des principes fondamentaux de Barbier, et de remplacer, peut-être plus souvent qu'il ne conviendrait, la figure formée de deux points par un petit trait de même longueur ; il a imprimé des livres d'après ce système.
La diminution de sensibilité pendant la lecture, dont j'ai parlé plus haut, ne me paraît être un fait ni anormal, ni isolé. En effet, chez un aveugle dont le front jouissait de ce qu'on nomme « le sens des obstacles » (1), je crois avoir constaté que la finesse de ce sens s'émoussait très rapidement. D'ailleurs sans chercher aussi loin, à qui n'est-il pas arrivé de continuer à marcher presque sans douleur,
(1) Voir, dans mon livre : Entre aveugles, le chapitre intitulé : Le sixième sens.
malgré la présence, sous le pied, d'un petit caillou ou d'une pointe de clou, dont le contact avait commencé par être très pénible. Quelqu'incomplet que soit malheureusement l'état actuel de nos connaissances sur l'acuité tactile, ce qui vient d'en être exposé trouvera son application dans le chap. XXV consacré à l'accélération de la lecture des aveugles.