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CHAPITRE XII

LE MÉCANISME DE LA LECTURE

Dans un important travail exécuté par M. Lamare à mon laboratoire (1), il a été démontré que, loin d'être continu, le mouvement horizontal des yeux pendant la lecture se fait par saccades. Le lecteur divise la ligne en un certain nombre de sections d'environ dix lettres, qui sont vues grâce à des temps de repos rythmés ; le passage d'une section à la suivante se fait par une saccade très vive, pendant laquelle la vision ne s'exerce pas. M. Lamare a fait de nombreuses expériences pour compter le nombre de saccades exécutées par ses yeux pour lire des caractères plus ou moins fins ; le comptage se faisait au moyen d'un microphone construit à cet effet par M. Verdin.

Une pointe mousse, posée sur la paupière supérieure du sujet en expérience, actionnait un microphone dont le son, transmis par un tube en caoutchouc, parvenait à l'oreille de l'observateur. Chaque saccade se traduisait par un bruit bref, tandis que le grand mouvement fait pour passer de la fin d'une ligne au commencement de la suivante produisait un bruit plus prolongé. Avec un peu d'habitude, on arrivait ainsi à compter les saccades.

A notre grande surprise, il se trouva que le nombre des saccades restait le même, quelle que fût la distance de l'observateur au livre. Cette distance n'avait donc aucune influence sur la grandeur absolue des sections, mais la grandeur angulaire des sections de ligne imprimée dont la lecture se faisait sans mouvement des yeux était inversement proportionnelle à la distance du livre. Or, cette relation est identique à celle qui régit la visibilité des objets ; il paraissait donc probable que le lecteur divise la ligne im-

(1) Lamare. Des mouvements des yeux pendant la lecture. Compte î-endu de la Société française d'Ophtalmologie.

primée en sections précisément aussi grandes qu'il convient pour que l'œil, dirigé vers le milieu de la section, puisse encore distinguer en vision indirecte les lettres qui en forment le commencement et la fin.

Certaines observations faites par M. Lamare font naître un doute sur mes conclusions antérieures, relatives à la longueur qu'il convient de donner aux lettres longues de la typographie, car, dans mes raisonnements, je n'ai tenu compte que de la vision directe. Or, si l'on admet qu'en lecture rapide, un lecteur exercé s'arrange pour diminuer le nombre des saccades par l'emploi de sections de plus de dix lettres, dont les premières et les dernières seraient plutôt devinées que lues, on conçoit que le raccourcissement démesuré des lettres longues serait défavorable à ce mode de procéder. Il est clair qu'aux extrémités des sections, des lettres longues seront plus reconnaissables que des lettres courtes. De plus, les lettres longues contribuent à donner aux mots qui en contiennent des physionomies reconnaissables dans leur ensemble. J'incline donc à croire que, pour l'agrément de la lecture, il ne faudrait pas pousser aux dernières limites le raccourcissement des lettres longues que j'ai préconisé pour le cas où l'éditeur veut pousser à l'extrême l'utilisation de la surface du papier.

Quoi qu'il en soit, le raccourcissement des lettres longues n'a de raison d'être que si l'on ne met pas d'interlignes : quand on se donne le luxe de ménager entre les lignes un espace blanc assez large, il est logique d'en profiter pour recevoir les saillies, aussi importantes que possible, faites par les lettres longues au-dessus et au-dessous de l'alignement des lettres courtes.

Voici des extraits du mémoire de M. Lamare :

Je viens vous présenter le court résumé des longues recherches que j'ai faites il y a treize ans, au laboratoire d'ophtalmologie de la Sorbone, sur les mouvements des yeux dans la lecture, mais que je n'ai pas eu le loisir de faire aussi étendues que j'aurais voulu, malgré les conseils et l'aide éclairée que m'a prodigués M. Javal.

La récente publication de M. Landolt sur ce sujet me fait un devoir d'exposer tels quels les résultats de mes expériences.

Ces recherches devaient compléter les études sur la phy-

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